Seigneur-Croc



Le lourd passé du Seigneur-Croc
25 août 2011

Comme tout bâtiment doit avoir de solide fondation, il paraissait normal de créer la passé de mon héros principal, pour pouvoir m’y rattacher. Mais plus que des information, cette histoire est devenue l’une des meilleures. Aller, bonne lecture !

 

 

 

Le lourd passé du Seigneur-Croc

 

 

 

I L’Eden

 

Le Seigneur-Croc est sûrement le guerrier qui se rapproche le plus de l’expression ‘Tas de muscle sans cervelle’. Mais a défaut d’avoir un cerveau, il a un cœur. Nous allons le voir.

 

 

C’était il y a longtemps, si longtemps… Le jour où sa vie bascula de la paix à la guerre, de la faiblesse à la puissance, et de la diplomatie au massacre…Le Seigneur-Croc vivait encore dans un village quelconque. Il avait ses amis, ses parents qu’il chérissait, son école, sa vie !

 

Il courait à travers la place, un chien à ses trousses. Le chien tenait dans sa gueule une corde colorée et gagnait du terrain. Acculé dans un coin, l’enfant du se retourna vers le chien et lui saisit la corde :

« C’est un bon chien, il m’a rattrapé ! »

Il caressa le chien qui accepta les caresses en remuant la queue. Puis le chien lui sauta sur le torse d’un air joueur et lui lécha le visage.

« Du calme, bon chien ! » Apaisa le garçon.

« Ho hé ! Montana ! Sézirien ! A table ! Appela une voix.

-J’arrive p’pa ! »

 

Sa famille n’était pas riche, mais pas pauvre. Ils vivaient confortablement à la sueur de leur front. Ses parents aimaient leur travail, et ils étaient respectés par le village. Sézirien adorait son chien, Montana, un magnifique labrador joueur et fort. Ni agressif ni timide, il était capable de mettre une fuite un vrai molosse. Personne dans le village, à l’exception du doyen, n’était un combattant de grande classe. Le doyen savait se battre, aimé des villageois et de la force d’un capitaine, il ne représentait en aucun cas une menace. Pacifiste endurcie et diplomate acharné, il évitait la guerre à tout prix. Jamais le trouble ne s’était installé dans ce paisible village. Les enfants jouaient librement dans le village en toute sécurité, le dernier délit ou crime commis datait de plusieurs dizaines d’années, un simple vol à tire. L’honnêteté était sacrée. Leur église était magnifique et leur corpulent prêtre d’une bonté époustouflante. Il n’hésitait jamais à donner du temps à une tierce personne pour lui répondre à une question et sa gentillesse n’avait d’égal que son savoir. Sézirien vivait en paix. Il n’était pas ambitieux, ni combattant. Il était garant de la paix chez les enfants de son âge. Ayant hérité de la diplomatie de sa mère et de la force de son père. Il réglait les troubles dans le calme, et organisait parfois des bagarres pour les extrémistes. Il avait même écrit les règles, le combat s’arrêterait à la première blessure. Les combattants se serraient la main après chaque rencontre, et celui qui avait raison était celui qui avait gagné. La garnison des soldats était presque inexistante, mais chaque villageois savait se battre et combattrait pour leur village. Le village séparé d’une rivière avait pour principale activité la course de bateau que les enfants ou adultes construisaient eux-mêmes.

 

Ce jour était aussi paisible que les autres, mieux que hier, et pire que demain. Le village vivait dans une paix inébranlable. Sézirien  promenait tranquillement Montana, qui s’arrêta près du fleuve. Sézirien  se pencha au dessus de l’eau en attendait que son chien ait soulagé la nature. Mais le chien, toujours amicalement agressif, le poussa dans l’eau d’un coup de côte. L’enfant remonta, et caressa son chien pour lui montrait qu’il apprécier la plaisanterie. Le chien se mit sur le dos pour recevoir des caresses, mais son maître semblait figé. Il regardait avec concentration l’embouchure du fleuve, et il lui sembla voir des hommes se déplacer, armés. Il courut voir son père, à l’autre bout du village. Meilleur coureur de son âge, il battit son propre record en parcourant 800 mètres en 2 minutes. Il hurla le nom de son père qui sortit, affolé par ses cris.

« Papa ! J’ai vu des hommes près du fleuve ! Ils sont armés !

-Que dis-tu ? Répondit le père, certain que l’enfant ne mentirait jamais sur ce sujet. Tu en es sur ? »

Montana arriva, et comme pour appuyer la déclaration de son maître, il inclina la tête.

« Il faut prévenir les autres ! »

En quelques minutes, tous les citoyens étaient dehors, armés avec ce qu’ils trouvaient, couteaux de cuisine, haches à fendre les bûches, bouclier servant de plateau. Le doyen était en armure, armé d’une grande épée large, une claymore de taille respectable. Elle mesurait deux bras d’homme et était large comme une main. Tous scrutaient les forêts environnantes, et le doute s’installa.

« Sézirien, tu as du te tromper !

-Mais je vous assure ! Je les ai vus !! »

Quittant leur poste de combat peu à peu, les villageois regagnèrent leur travail, ayant fermement l’intention de ne jamais tenir rigueur à cet enfant qui pensait bien faire. Les heures passèrent, et tout les villageois travaillaient paisiblement. Sézirien  lançaient des pierres dans le fleuve en guettant l’embouchure, son chien à coté de lui, dormant le museau entre les pattes. Une petite fille vint s’asseoir à coté de lui :

« T’es sur que tu les as vu ? Demanda-t-elle d’un ton enfantin.

-Sur, plus que jamais ! Répondit Sézirien  sans lui accorder un regard, clairement touché par sa venue. Si le village se fait attaqué, je me ne le pardonnerais jamais. »

La petite fille se pencha vers son ami.

« Tu veux aller voir ?

-Non, bien sur que non, imagine que j’y aille, que je repère les bandits et qu’ils m’attrapent, je suis le seul à les avoir vu, et sûrement l’un des rare villageois à être sur ses gardes. Sans moi, la prudence chutera et le village tombera. Je dois rester ici.

-Alors j’irais ! Répondit la fille avec un large sourire en se relevant.

-Non, n’y vas pas. »

Il saisit son poignet et mit toute ses forces pour la rassoir, lui faisant mal au poignet.

« Je dois guetter cet endroit. »

La fille se coucha à coté de lui, la tête sur le ventre du chien.

« J’attendrais avec toi. »

Sézirien  lui lança un sourire franc, appréciant sa compagnie. Ils commencèrent à discuter, et malgré lui, Sézirien  relâcha sa vigilance.

 

 

Un bruit de pas se fit entendre, de nombreuse personne s’approchaient du village. Les pas étaient ceux de combattants, en armure et à leur tête, un homme d’une cinquantaine d’année, fortement musclé et le visage illuminé d’assurance. Il leva la main et la troupe se stoppa.

« Je suis l’Archempereur, villageois, je tiens à vous prévenir, je viens en paix… »

Des murmures parcoururent l’assemblée de curieux.

« Votre village va devenir un champ de bataille, vous devez partir. Des fils de l’enfer arrivent. Il ajouta en voyant les visages terrifiés : Des bandits, pas des démons, des guerriers entraînés, vous ne pouvez pas lutter. Partez, je vous en prie. Mes soldats n’arrêteront pas leur charge sous prétexte que vous êtes au lieu du champ de bataille, nous tendrons une embuscade à ces barbares dans ce village, ces fumiers sont des animaux. »

La nouvelle se répandit vite, et en quelques heures, le village fut désert. Il ne restait que trois villageois dans ce futur champ de bataille, une enfant de huit ans, une fille de six ans et un chien. Près du fleuve, ils ne furent pas prévenus.

 

 

Sézirien regarda l’embouchure du fleuve, il n’y vit rien. Il commença à se convaincre qu’il avait rêvé. Il s’allongea, à côté de son amie. Il lutta, mais en vain, le sommeil l’emporta. Il se réveilla en sueur, il regarda autour de lui, incapable de se souvenir quel atroce cauchemar l’avait tiré de son sommeil. Il regarda son amie, toujours endormie sur le chien immobile, dormant aussi. Il sourit. Il regarda autour de lui, rassuré. L’eau était calme, et les poissons n’étaient pas agités. Le vent bougeait à peine les branches d’arbre et la lune éclairait le fleuve de derrière son nuage. Il ne put s’empêcher de regarder à l’embouchure du fleuve, et là, son regard se figea, il vit distinctement un homme en noir, un arc à la main, visant dans sa direction. Il se coucha sur son amie en la réveillant, elle et le chien, et la flèche les frôla, blessant de façon superficielle le dos de Sézirien. La fille hurla de peur en recevant quelque goutte de sang de son ami sur le visage, et le chien bondit sur ses pattes, prêt à se battre, et grognant vers l’adversaire. L’attaquant s’approcha, calmement, et brandit son épée vers les deux enfants.

« Je n’aime pas tuer les gamins, mais je vais faire exception.

-J’vous en supplie, monsieur, lança la fille, à genou, laissez-nous tranquille on a rien fait ! »

Sézirien  était trop apeuré pour bouger.

« Tout ce que je peux vous offrir, c’est une mort honorable. »

Il jeta au pied de Sézirien une épée, normale, remarquablement bien faite. Avant d’avoir put saisir la situation, Sézirien  se fit attaqué par l’attaquant. Sézirien  savait se battre, mais son ennemi était bien plus fort et plus agile que lui. Il prit un coup à niveau de la gorge et s’écroula, tentant de bloquer l’hémorragie avec ses doigts. L’ennemi repoussa le chien acharné à lui arracher un mollet d’un coup de pied qui fit pousser au chien un cri de douleur. Il se tourna vers l’animal à terre, et leva son épée.

« Non !! »

Hurla la fille en poussant l’inconnu, qui ne fut pas déstabilisé. L’épée se baissa, prenant la vie de l’innocent animal dans un cri de douleur épouvantable et apitoyant. Soudain, Sézirien  vit le cadavre de son fidèle compagnon, et tout devint noir, il vit ensuite le cadavre de l’attaquant, horriblement mutilé et éventré sur le sol, secoué de spasmes. Sans comprendre pourquoi il tenait dans ses mains une épée ensanglantée et suait comme après un exercice. Il vit son amie, les yeux emplis de terreur. Quelques instants plus tard, une dague se trouvait sous sa gorge.

« Lâche cette arme, gamin, lança l’étranger d’un ton méfiant. Lâche sinon… »

La vision de Sézirien  redevint noire, et quand il reprit conscience, son épée dégoulinait d’encore plus de sang, et l’étranger se tordait de douleur, torturé comme si le plus cruel des dieux s’était mit à l’œuvre. La fille était tombait en arrière, reculant, terrorisée. Sézirien  lui tendit la main pour l’aider à se relever mais la fille s’écarta vivement en criant :

« Ne m’approche pas, monstre ! »

Et elle s’enfuit dans la nuit. Quelques instants plus tard, Sézirien  entendit ses cris d’agonie. Puis se retrouva au milieu de cadavres, il tenait une hache et une épée qu’il lâcha sous leurs poids. Il était le seul debout, son amie gisait sur le sol. Il tomba à genou, terrorisé. Incapable de comprendre comment ou pourquoi il tuait tout ce qui vivait sans s’en souvenir, si s’était bien lui qui prenait la vie si atrocement. Il partit aussi vite que possible de cet endroit morbide.

 

Il était en haut d’une falaise qui surplombait le village de quelques dizaines de mètres, ce qui lui permettait de voir son village devenu un champ de bataille. Après une longue observation, il vit ses parents morts, ayant courageusement défendu leur terre. Les larmes lui montèrent aux yeux. Il entendit des bruits de pas derrière lui, un étranger le regardait d’un air cruel. Il lécha la lame de son poignard et se jeta sur l’enfant, puis il fut soudain projeté du haut de la falaise, un creux d’impact monstrueux dans le cou. Un grand homme se tenait désormais devant lui. Il tendit la main au garçon qui se leva péniblement.

« Que fais-tu ici, pauvre fou ?

-Mais… Je… Ce…

-Le village est attaqué, tu n’as pas été prévenu ? »

L’enfant bafouilla, puis fit non de la tête.

« Que vas-tu faire ? »

L’enfant s’assit, reprenant péniblement la raison. L’homme attendit que l’enfant se calme et déclara :

« Je suis l’Archempereur, le village est… Un champ de bataille. Mes arches ont vaincus, et l’ennemi de respire plus, le dernier vient de faire une longue chute de cette falaise. Alors dis-moi, où sont tes parents ? »

Sézirien montra du doigt son village.

« Morts ? Et bien… Que vas-tu faire ?

-Les pleurer.

-Et après ?

-Pleurer mon amie et mon chien.

-… Mais après ?

-Je l’ignore.

-Tu vas fuir ?

-Ca jamais ! Mes amis ont souffert, et j’ignore par quel moyen démoniaque j’ai pu terrasser tout ses étrangers sans m’en rappeler, et pourquoi je les ai torturés de la sorte… Mes proches ont souffert, je souffrirais aussi. »

L’homme ne répondit rien à cette logique ridicule.

« Ils sont tous morts, alors je ne peux me venger.

-Tu as dit vouloir souffrir non ?

-Oui, et alors ?

-Dans ce cas, ne souffre pas inutilement, viens avec moi, entre dans mon armée. Tu souffriras si tu veux.

-…Je ne sais que dire… »

L’homme le prit par la taille et le mit sur son épaule.

« Aller viens avec moi, j’t’embarque dans ma galère, dans mon arche, y’a d’la place pour tout les guerriers. Avant que ce lieu devienne un grand cimetière, faut profiter un peu du temps qu’on a. »

 

 

 

 

 

II Les Arches

 

 

 

Sézirien devenait peu à peu fort au fur et à mesure. Il avait maintenant douze ans, et était croisé.

 

L’Archempereur l’avait prit en affection. Et aujourd’hui à 13 h, il allait l’adopter.

« Pour entrer dans ma famille, tu devras changer de nom, Sézirien. A partir de maintenant, et ce pour toujours, tu te nommerais Escé, les initiales SC désigne le « Seigneur du Canyon ».

-Changer de nom ? Je ne vais pas refuser une adoption pour cela, mais… C’est étrange.

-Mes deux autres fils se nomment bien Esgey et Essef, « Seigneur de glace » et « Seigneur du feu ».

-Mais pourquoi n’ai-je pas également un titre de seigneur en rapporte avec les éléments ?

-Et pourquoi pas ? Retourne à ta place, le devin va venir.

-Vous croyez ce qu’il dit ?

-Pas toujours mais c’est une tradition. Il viendra dire une phrase maintenant, et dans 3 ans. »

Un homme avec un masque étrange entra, il regarda rapidement Escé, et lança :

« Ce garçon a un grand avenir. »

Il tourna les talons et partit.

« Ce…c’est tout ?

-Bah… Répliqua l’Archempereur. La tradition… »

Le nouveau fils partit rejoindre ses nouveaux frères. Le glacial Esgey et la tête brûlée d’Essef.

 

Deux ans passèrent. Escé était général, car il était peu doué en ce qui concerne les tactiques militaires. Seul Esgey s’était élevé à ce rang là. Escé se sentait contrôlé par son père. Il devait travailler d’arrache-pied chaque jour. L’Archempereur était impitoyable. Chaque jour, Escé recevait une série d’insultes déplaisantes. « T’appelle ça une passe ? » « C’est quoi cette feinte ? » « T’as de la merde dans les mains ! » « Ce plan, là ! Il pleure dans sa tombe !! »

Escé ne le supportait plus. Jamais à la hauteur de l’estime de son père, et bien que reconnaissant pour lui avoir offert cette chance, Escé détestait son père. Rien ne passait. Et son collège le détruisait. Il n’avait pas l’autorisation de son père pour se défendre, et seule sa mère intervenait contre l’école. Il devait se laisser faire, et seule sa mère lui faisait entendre raison. Il l’adorait plus que tout au monde. Les arches avaient mauvaise réputation. Fils de leur souverain, Escé n’avait aucun ami.

 

L’homme tomba à genou, et se releva. Incapable de contenir ses coups, Essef était moins fort qu’Escé. Il tomba à la renverse, puis se releva.

« Tu es mou, aujourd’hui. Lança Escé. Tu te sens bien ?

-Tu te fais des idées. Lui répondit Essef.

-Je n’ai jamais été capable de contenir ta vitesse. Là, je t’ai dominé tout le combat. Tu dois avoir besoin de repos.

-J’vais t’faire ravaler tes paroles ! Dit-il en souriant.

-Esgey, ne penses-tu pas la même chose ?

-Il est clair qu’Essef n’est pas en forme.

-N’importe quoi ! Je me… »

Il tomba à genou et cracha du sang. Escé n’avait que repoussé les attaques de son frère. Il hurla à l’aide, et le père arriva…

 

L’archiprêtre se tenait à coté de lui. Essef, toujours étalé sur le sol, semblait mort. Il respirait avec difficulté et ne bougeait absolument pas.

« Archempereur, je crains le pire pour votre fils.

-Qu’a-t-il ? Demanda le grand homme, le visage anxieux mais la voix ferme et le regard droit, comment va mon fils ?

-Il est condamné. Il mourra jeune, mais je peux repousser sa mort.

-Comment ? Jusqu’à quand ? Et qu’a-t-il de si grave ?

-C’est une défaillance cellulaire, les cellules de son corps ont subitement arrêté de se reproduire. Il va se décomposer sous nos yeux. Je ne vois pas beaucoup de solution. Il faut un sort de soin éternel. Mais un sort ne peut pas reconstituer les cellules qui constituent le cerveau. Je connais un sort capable de le sauver. Il y en a sûrement d’autre, mais le temps presse. Cette défaillance le tue à une vitesse folle. D’ici là 3 semaines, il ne sera plus qu’un tas de cellules mortes.

-Quel est ce moyen ??

-Êtes-vous fort ?

-Je terrasserais n’importe qui pour le sauver !

-Ce n’est pas ma question : êtes-vous fort ?

-Bien sûr ! Je suis Archempereur non ?

-Oui, je sais, mais… Le sort consiste à le lier à vous. Chaque blessure que vous subirez se répercutera sur lui, et cent fois plus douloureuse, mais s’il subit une blessure, même s’il est tranché en deux, même s’il est tué, même s’il est démembré et éventré… Il se relèvera, sans relâche. Il mourra quand vous, vous mourrez. Si vous mourrez demain, il vous accompagnera. Cette forme d’immortalité est extrêmement dure à mettre en place, car les composants ne se trouvent pas n’importe où… Sans parler de la pression psychologique d’avoir constamment la vie de votre fils entre vos mains, et ceux pour toujours. »

De la pression mentale ? L’Archempereur ?

« Je le ferrais ! Sauvez-le ! Le temps presse !!

-Nous ne sommes pas à la minute près. Il doit avoir quelques heures devant lui, des heures de vie douloureuses, mais des heures de vie. J’ai besoin de quelque chose, de plusieurs choses… D’abord, il faut le sang de son père et de sa mère. Aucun problème, vrai. Une fiole suffira. Mais surtout, il faut un démoniste, pour qu’il nous apporte l’âme de… D’un… J’ai peine à la dire, d’un seigneur Élémentaire. La cible la plus proche est le noble Sorangar. Il doit être sacrifié injustem…

-Je m’en contrefiche !

-Allez partez maintenant ! »

L’Archempereur sortit sans même remarquer que l’archiprêtre lui avait donné un ordre.

 

Sorangar était un être pur. Sacrifier son âme était abominable. Il était aussi incroyablement fort, mais il faut être réaliste : L’Archempereur lui était bien supérieur. Si une échelle allant de 1 à 100 devait tracer leur force, Sorangar sera à 5, et l’Archempereur à 76, et à l’heure le Seigneur-Croc est empereur, il est bien au-dessus de 100…

 

Escé était sorti, incapable d’aider son père, il faisait une sortie nocturne. Son épée d’acier à la main, il voletait dans les ténèbres, il goûtait l’air de la nuit. Dans le brouhaha du silence, il marchait sans faire de bruit. Soudain il fut éblouit par une beauté incohérente. Son père l’avait prévenu « Méfie-toi des belles femmes, laisse à l’esprit l’avantage. Tu peux connaître l’amour, mais la tristesse est souvent de mise. ». Mais quand il vit cette fille, ses pupilles se dilatèrent. Comme si une immonde créature provoquer la réaction de peur, son cœur s’emballa et il sentit l’adrénaline dans ses veines. Il respira plus fort et plus profondément en voyant cette fille. Elle regardait fixement un arbre, il la voyait de côté, son magnifique visage provoqua le coup de foudre. Et en parlant de foudre, elle s’abattit soudain sur un arbre proche. Escé sursauta, mais la fille resta calme. Elle se tourna vers le point d’impact et tourna le dos à Escé. Il vit le dessin de ses hanches et sursauta devant cette découverte : L’amour. Il se calma et tenta une approche logique. « L’amour est un sentiment. Comme la peur ? On peut lutter contre. Calme-toi Escé… L’amour n’est pas dangereux. Respire calmement… »

Il ferma les yeux pour se détendre et entendit un bruit, une voix qui le fit sursauter d’avantage que la foudre :

« Bonjour, qu’est-ce que tu fais ici ? »

Escé sauta sur place de surprise, lâcha son épée, la ramassa aussi vivement que s’il devait combattre, la brandit vers la fille qui ne bougeait pas. Son visage calme et serein orné d’un sourire angélique explosa comme une bombe sur le cœur d’Escé. Si elle fermait les yeux, on aurait cru qu’elle dormait.

« Qui c’est elle ? Pensa-t-il. Elle n’est pas armée et elle n’a même pas peur ! »

Comme si elle lisait dans ses pensés, en lança :

« Tu ne me menaces pas vraiment, je le vois. »

Escé frémit, et vit sa lame trembler. Il la lâcha à terre, la ramassa et la rangea dans son fourreau. Fils de l’Archempereur, il décida de la prendre de haut.

« Que fais-tu ici ?

-Je me promène.

-…Mais encore ?

-Je n’ai pas le droit de me promener ? »

En un instant, la fille fit vaciller l’esprit d’Escé en lui ôtant tout sentiment de supériorité. Il baissa les épaules.

« Et toi, que fais-tu ?

-Eh bien…c’est compliqué…Mon frère, mais pas mon frère de sang, mon frère adoptif…non le frère de mon père adoptif. Non ! Le fils de mon père adoptif ! Il est malade et mon père est allé chercher de quoi le soigner. Mais comme il faut se battre…

-Tu n’es pas à la hauteur c’est ça ? »

Elle étouffa un rire dans sa main.

« C’est la première fois que tu vois une fille ou quoi ? Je te sens… Comme déstabilisé…

-C’est parce que je n’en ai jamais vu d’aussi belle… »

Il mit les mains sur sa bouche comme s’il pouvait encore retenir ses mots à l’intérieur.

« C’est gentil. »

Elle inclina la tête sur le côté et afficha un sourire éclatant en fermant les yeux. Sa beauté démultipliée, Escé réprima un frisson.

« Mais pourquoi es-tu là, si tu ne peux pas aider ton père, reste chez toi. »

Comme animé par la colère, Escé rétorqua plus violement qu’il ne le voulait :

« Mon frère est gravement malade je vais pas attendre qu’il finisse son agonie en pionçant sur mon lit !!! »

La fille fit un pas en arrière, dévoila sa peur sur son visage.

« Désolée je ne voulais pas…

-Non c’est à moi de m’excuser… J’aurais pas du répondre comme ça. C’est quoi ton nom ?

-Crystal. Répondit-elle de son sourire charmeur, mais la conviction lui manquait après la colère d’Escé.

-C’est qui ton père ?

-Tu ne le sais pas ? Bah… Comment dire ? Mon père c’est… »

Il hésita, les arches avaient très mauvaise réputation, être le fils de leur chef était mal vu, très mal vu.

« Ne t’inquiète pas, à moins qu’il soit l’Archempereur lui-même, c’est pas grave que tu sois fils d’un arche ! »

Le sourire charmeur n’eut pas son effet, Escé faillit s’écrouler.

« Ce…C’est…

-Un arche ?

-Bah oui mais…

-Mais… ?

-C’est… »

Le sourire de la fille disparut.

« L’Archempereur ?

-Oui, euh non ! Enfin pas vraiment ! Presque ! Mais tu sais… Euh…Si on veut ! Mais faut vraiment le vouloir quoi…»

Crystal  ne réussit pas à masquer sa gêne.

« Je suis désolée…

-C’est rien…Je l’aime pas plus que ça…il m’a sauvé ma vie mais c’est un tyran…

-S’il se bat pour son fils, il ne peut pas être mauvais.

-Ce… C’est pas si simple…

-Ah bon ? Au fait tu m’as pas c’est quoi ton nom ?

-Escé, comme les lettres SC, initiale de « Seigneur du Canyon ». Choisi par mon père.

-Il t’a adopté jeune alors ?

-Non, j’avais 10 ans. Il m’a renommé. »

Un gong sonna une fois, puis deux, et une troisième fois.

« On m’attend au château, enfin à la maison, enfin…

-Oui, oui… Je comprends… Quand pourrait-on se revoir ?

-Euh je sais pas… Les horaires sont pas planifiées et…

-Les arches n’acceptent pas les invités ?

-Je sais pas, répondit Escé avec une expression de douleur au visage, j’en sais rien du tout, il faut que je me renseigne et pour te prévenir de la réponse… Bon j’ai une idée. Tu vois la tour là-bas ? C’est ma chambre. Demain, passe vers midi, si un drap vert est à la fenêtre, alors c’est oui, présente-toi à la porte principale, décline ton nom et demande audience. Si c’est un drap rouge, mon père a refusé. Alors attend-moi la nuit à cet endroit. Si le drap est blanc, c’est ajourné, mon père est d’accord, mais pas tout de suite, comme le rouge, attends-moi aussi.

-D’accord. »

Escé partit en faisant de grands signes de mains vers l’arrière. Espérant de tout son cœur revoir cette fille qui avait provoqué dans son cœur plus de sentiments que tout ce qu’il avait connu.

 

 

 

 

 

III L’amie

 

 

 

« Une amie ?

-Oui !

-Mais que faisais-tu dehors à une heure pareille ?? Pendant que tu batifolais avec cette fille, j’ai sauvé mon fils Essef !

-Tu aurais voulut que j’y aille moi ? Tuer ce Sorangar ?

-Non, mais ce n’est pas une raison !

-Père, je vous le demande humblement, cette fille est… Comme une découverte… Je ne comprends pas exactement, et j’aimerais la revoir. S’il te plait ! »

L’Archempereur hésita. Sous l’influence de cette nouvelle intervenante, Escé risquait de négliger son entraînement. Il ne devait, et ce à aucun prix, renoncer à agrandir son savoir de la guerre et sa puissance de combat juste pour une fille de rien. Finalement, il lança :

« Soit, j’accepte, néanmoins si tu venais à allégé ton investissement dans ton apprentissage, je la chasserais. J’irais jusqu’à la tuer s’il le faut, maintenant, va.

-Je ne vous décevrais pas, père. »

 

 

Le drap vert fut mit à la fenêtre, et peu après, Escé alla lui-même accueillir son amie. Rapidement, ils montèrent dans sa chambre. En haut de la tour, un grand bazar sans nom régnait. Gêné à en rougir de honte devant cette négligence, Escé demanda à Crystal d’attendre quelques instants. Un bruit étrange d’objet brisé et de chose rapidement rangées sortit de la pièce. La porte s’ouvrit, la chambre était « Nickel Chrome » Comme le disait Crystal. Escé s’assit sur son lit et contempla la modeste pièce. Des armes, une armoire remplie à ras bord de linge sale et d’objet dont il ignorait l’existence, des feuilles destinées aux stratégies de guerre. Peu de distraction. Lui-même, il ne savait que combattre, il n’a jamais fait autre chose dans toute sa vie d’arche.

« Que veux-tu faire, Crystal ?

-Comme tu veux ! Répondit la fille de son sourire charmeur.

-Je sais pas… Tu veux voir mes compétences en combat ? Mon talent en cuisine qui ferait pouffer de rire un marmiton de bas étage ? Tu veux que j’appelle mon chien ?

-Tu as un chien ? Comment il s’appelle ?

-Elle s’appelle Anna, une belle chienne blanche à tâche noir et marron. Elle a les poils longs et… Elle est très affectueuse.

-Elle est où ?

-D’habitude, elle est dans la cour. Il faudrait descendre. »

Soudain consciente qu’Escé était vexé qu’elle accorde autant d’importance à un chien et non à lui, elle relança :

« Tu me montrera tes compétences de combat !

-D’accord, répondit Escé comme s’il n’avait pas été blessé. On… Ouais les escaliers. »

Crystal sembla surprise, elle regarda par la fenêtre et vit que la tour, bien que peu haute, était à plusieurs dizaines de mètre du sol.

« Tu descends comment toi ?

-En sautant. »

Un long silence s’installa.

« Tu ne me crois pas ?

-Il faut avouer que c’est difficile à imaginer. Je comprends que tu puisses sauter d’ici, mais tu te casserais au moins une jambe ! Comment fais-tu ? »

Elle sentit des bras la saisir par la taille, la seconde d’après, elle était dans les bras de son ami.

« Je te montre.

-Non, att… »

Mais il était trop tard, Escé avait sauté. La chute parut longue et Crystal du reprendre plusieurs fois son souffle pour continuer de crier pendant la descente. Malgré le visage de marbre du garçon, elle paniquait complètement. Escé atterrit dans un grand fracas, mais elle ne sentit pas le choc, parfaitement amortie par son ami. Elle se laissa tomber à terre. Des larmes coulait le long de ses joues, mais ces larmes étaient dues au vent qu’elle avait reçut. Elle vit malgré cela qu’Escé se tenait la cheville.

« Ça va ?

-J’ai connu mieux, mais ça ira.

-Ce… »

Elle se tut, attendit un peu, regarda en haut de la tour, et un sourire fendit son visage. Elle explosa de rire.

« C’était génial ! C’est mieux que se raconter des histoires qui font peur !

-Je recommencerais plus jamais ça avec une charge supplémentaire, mais bon, content que ça t’ait plu !

-Escé ! Fais-moi faire d’autre chose délirante dans ce genre !

-Hum ? Du genre ? Sensations fortes ? D’accord. »

Il la reprit dans ses bras, plia les jambes, attendit et sauta de toutes ses forces au dessus des remparts. Ne sentant plus ni la fatigue ni la douleur, il sauta au dessus des lacs, des crevasses, monta en haut d’une montagne enneigée et arriva sur le toit de la plus haute tour de l’école de Crystal.

« Belle vue hein ?

-Oh oui ! C’est génial ! Comme j’aimerais être aussi forte !

-Question d’entraînement. On descend ? »

Il sauta de toit en toit en glissant sur les gouttières et arriva sans encombre.

« C’est quoi ça ? »

Les deux enfants se tournèrent. Un groupe de plusieurs personnes les avaient entourées.

« Tu dragues ma p’tite copine ?

-Édouard ! C’est fini entre nous ! Et depuis longtemps !

-Arrête, Crystal ! Tais-toi quand tu parles ! T’es avec moi et personne d’autre !

-Je suis libre ! Hurla-t-elle ! Je ne veux plus de toi ! »

Escé lui mit la main sur l’épaule et lui chuchota à l’oreille :

« Je ne voudrais surtout pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais tu veux que je fasse quelque chose ?

-Casse-lui la tête, à ce pauvre type !

-Je ne dois pas user de violence hors du domaine de mon père… »

Crystal foudroya Édouard du regarda et embrassa Escé, puis reformula sa requête. Machinalement, Escé se tourna vers les compères d’Édouard qui hurlaient d’indignation. Il demanda :

« Je vais jusqu’où ?

-A la limite de la mort ! Hurla Crystal. »

Sans chercher à comprendre, encore sous le choc du baiser, il déposa ses armes. Ses iris semblaient blancs, et ses pupilles semblaient avoir disparues. Inexpressif, il se jeta vers les trouble-fêtes. Il frappa au ventre l’un d’entre eux qui cracha sang et vomi. Un autre en lui brisant les côtes, il manquant d’en tuer un en l’envoyant valser contre un mur. Puis d’autres tombèrent, et en quelques instants, seul Édouard était debout. Escé le frappa à la mâchoire, manqua de lui arracher. Il martela son torse et fit craquer sa cage thoracique, lui cassa les bras et finit par lui mettre un coup de boule qui lui fractura la boite crânienne. Toujours sans montrer la moindre expression, il garda son air grave et se replaça au côté de son amie, sidérée par tant de violence.

« Ils ont leur compte. »

Escé hocha la tête en signe d’approbation. Crystal le secoua par les épaules.

« Et bien, Escé ? Ne restons pas là ! Tu n’as pas vu les autres hommes ? Un gars en armure noire avec des bougies sur des épaulières et un groupe avec un type en robe noire qui est devenu jaune, un garçon roux et un grand type avec des dagues. Ils sont arrivés de nulle part ! C’est mauvais signe ! On s’en va ! »

Comme s’il retrouvait son aplomb, Escé lança un sourire amusé à Crystal :

« Où est passée la fille que ne sursaute même pas devant la foudre ?

-Cherche pas ! »

Elle tira Escé, sans réussir à le déplacer.

« On va où ?

-On rentre chez toi. »

Escé la prit dans ses bras et partit plus vite que jamais, et ce, dans la mauvaise direction.

 

Arrivé enfin à Archékelbezyn (La forteresse des arches), il monta dans sa tour. Escé déposa son amie sur le lit, et s’assis à coté d’elle.

« Tu sembles perturbé.

-Je n’ai pas envie d’en discuter, mais je n’ai personne d’autre à qui en parler.

-Mais, quoi donc ? »

Escé se jeta en arrière et s’allongea près de son amie :

« Tu m’as embrassé. Voila tout. C’est nouveau pour moi, complètement. J’en suis encore atterré.

-Même un fier de puissant guerrier tel que toi n’est pas de taille face aux charmes d’une jeune et séduisante jeune fille n’est-ce pas ? Plaisanta Crystal.

-C’est une façon de voir les choses. J’ai vu mes parents morts, mon chien se faire tuer et mon amie la plus proche également. Mon village fut rasé, mais jusque là, jamais je ne me suis senti si… Impuissant.

-Tu es impuissant ? Lança Crystal en étouffant maladroitement un rire.

-Bah oui, ou il y a un sens caché dans cette phrase, Je ne sais pas comment réagir. Je ne sais même pas si je t’aime, je n’arrive pas à trier les sentiments de mon cœur.

-Si tu en es à là, tu es tombé bien bas ! Je n’ai jamais vu quelqu’un tomber amoureux par logique !

-Je… »

Il bondit hors du lit et se mit à genou face à Crystal, comme s’il la supplier :

« Je t’en prie, donne-moi une preuve matérielle de cet amour. Je ne sais pas quoi penser !

-Hum… La lumière existe-t-elle ou est-ce une invention ?

-Elle existe ! C’est la raison de vivre des arches !

-Mais comment le sais-tu ? Es-tu toi-même allé de l’autre coté de la vie voir son visage ? Es-tu allé vérifier son existante au-delà de toute logique ?

-Non, mais j’y crois, et ça me suffit.

-Et bien l’amour, c’est pareil ! »

Escé se sentit fondre. Des larmes lui montèrent aux yeux. Ému au plus profond de son être, il força son corps engourdi à s’asseoir sur le lit et s’effondra. Crystal arracha la couette et la déposa sur Escé qui la regarda d’un air absent. Elle regarda par la fenêtre, estima l’heure et s’endormit sur le torse du fils de L’Archempereur, l’homme le plus méprisé à des kilomètres. Il dormait déjà, cette journée avait était trop éprouvante pour ce guerrier. Elle sombra dans le sommeil.

 

 

 

 

 

 IV La folie du berserk

 

Aujourd’hui, Escé avait décidé d’aller chercher Crystal à la sortie de ses cours. Il s’était installé devant l’école de celle qu’il aimait. Il s’était vêtu de sa plus belle armure et de sa meilleure épée. Ses épaulières argentées réfléchissaient les rayons du soleil qui brillait à l’horizon. Son gorgerin lui donnait un air d’invincibilité et le fait qu’il ne porte pas de heaume laissait penser qu’il était suffisamment entrainé pour s’en passer. Son arme reposait à coté de lui, contre le muret de la fontaine où il était assit. Elle était large et longue, et Escé la portait avec difficulté, même avec ses deux mains. Sa force de frappe était grande, mais sa vitesse était inapte au combat car elle était trop lourde. Bien qu’elle soit d’excellente qualité, il ne l’avait prise que pour sa beauté.

 

Les gens s’arrêtaient pour le contempler dans son armure. Sur sa poitrine, au-dessus du cœur, un impact était la preuve qu’Escé avait retiré le symbole des arches. Il regardait la porte de l’école. A coté se trouvait un père qui attendait son enfant, un groupe d’adolescent qui discutait entre eux et un garde de l’armée non régulière du pays. La cloche sonna et les enfants sortirent. Escé les fixa avec attention et vit enfin Crystal. A peine fut-elle sortit que le groupe l’accosta. Elle leur tendit une bourse et ils sourirent, puis lui donnèrent une autre bourse et elle en partit  sous les encouragements creux du groupe. Escé s’approcha d’elle.

« Salut, tu me présentes pas tes amis ?

-C’est pas mes amis.

-Ah ? C’est qui ?

-C’est… Rien.

-Tu peux tout me dire !

-Rien, je te dis.

-Bon, je te crois. Aller, je te raccompagne chez toi.

-J’ai… Euh des choses à faire.

-J’vais t’aider alors.

-Non… Je préfère que tu rentres.

-Hein ? J’ai sorti ma plus belle armure rien que pour toi ! Je sais que tu en rêvais que je la porte ! Et elle est lourde ! Impossible de bouger correctement !

-Rentre ! C’est un ordre !

-D’accord ! D’accord ! »

Il s’éloigna et regarda Crystal partir. Puis il s’approche du groupe.

« Qu’est-ce que vous lui vouliez ?

-Casse-toi, le mioche.

-Je vous conseille de répondre.

-D’accord, on va t’expliquer en marchant. »

Escé leur emboita le pas. Ils tournèrent à une ruelle, il suivit. L’un d’entre eux sortit un couteau de sa poche et menaça Escé avec.

« Ecoute le mioche, tu… »

L’enfant lui saisit le poignet et lui brisa. Son adversaire hurla de douleur en s’effondrant.

« Maintenant ça suffit, dites-moi tout ou je vous massacre.

-T’es qui ?

-Je suis le fils de l’Archempereur ! »

Il regrettait d’avoir à invoquer le nom de son père comme référence.

« Laisse-nous partir ! On est cinq contre toi ! »

Escé désigna celui qui l’avait agressé.

« Quatre et demi.

-Fais pas le malin !

-Tu veux passer à trois et demi ? »

Soudain, une poigne de fer l’étrangla. Il fut jeté à terre avec force et désarmé.

« Tu sais pas à qui tu as affaire ! On est un gang ! Un réseau entier, et on est puissant !

-Un gang ? C’est quoi ça ? Mon père m’a souvent dit qu’il les massacrait. »

Le nouvel arrivant le plaqua à terre en lui marchant sur la poitrine.

« Ta copine est partie vendre notre drogue. Voila ce que tu voulais savoir. Maintenant casse-toi avant que je décide de te tuer ! »

Escé comprit qu’il n’avait aucune chance. Il préféra se rétracter et s’enfuit à toutes jambes.

 

 

Il était arrivé devant sa forteresse. Les gardes le saluèrent. Il n’osait pas entrer, il ne pouvait pas abandonner Crystal de la sorte. Même si elle lui demandé, même s’il n’en avait pas la force. Il fit demi-tour et prit son épée en main. Trop lourde. Trop grande. Qu’importe.

« Vous ! Cria-t-il aux gardes. Allez patrouiller dans la ville ! Si vous trouver Crystal, emmenez-la dans ma chambre, même si c’est de force !

-A vos ordres ! »

Il retourna dans la ville. La nuit était tombée et seuls les lampadaires lui permettez de voir. Il continua sa route vers la maison de Crystal. Il ne la trouvait pas.

« Je n’aurais pas dû fuir ! Je suis un lâche ! J’aurais dû tenter de les tuer et retrouver Crystal ! Merde ! »

Il aperçu une silhouette. C’était un homme d’un certain âge qui marchait en titubant. Il s’approcha.

« Oh toi ! T’as bu ?

-T’occupe. »

Il regarda autour de lui. L’homme avait une seringue de la poche. Crystal était dans un recoin de la rue.

« Crystal ! »

Elle le vit et s’enfuit. Surpris, Escé la poursuivit. Elle se cacha sous un pont.

« Pourquoi tu fuis ?

-Ne me regarde pas.

-Quoi ?

-Me r’garde pas ! »

Escé passa sa cape sur son visage pour cacher sa vue et prit Crystal dans ses bras.

« Voila.

-Me touche pas ! »

Il était trop tard. L’enfant sentit sur ses mains un liquide visqueux. Il retira sa coiffe ridicule et le reconnut.

« Du sang… Pourquoi ?

-C’est rien ! »

Il frappa de toutes ses forces le pont de son épée et l’encastra dedans.

« Dis-moi !

-Je… Je vend de la drogue pour eux… Et un client n’avait pas assez d’argent, alors… Il m’a agressé et m’a volé ma drogue. Comme je n’avais rien, le gang m’a aussi frappé car je n’avais pas l’argent…

-Pourquoi tu me l’as caché ?

-Ca fait seulement quelques jours qu’ils me forcent à faire ça. J’ai peur, alors j’obéis…

-Tu aurais dû m’en parler. »

Il l’aida à se relever et arracha avec peine son épée à la pierre. Il la mit sur l’épaule, ne pouvant la porter à bout de bras.

« On va chez toi. »

Crystal tremblait, alors Escé la prit dans ses bras pour la porter et lui confia son arme. Il passa devant la maison de Crystal, le gang l’attendait là. Escé soupira.

« On va à la forteresse. »

L’un des membres du gang les désigna :

« C’est elle ! »

Ils l’encerclèrent. Escé posa sa petite amie et prit son épée en main.

« Je vous déconseille très fortement de m’approcher, et surtout de l’approcher, elle ! »

L’un sortit une arme, l’enfant lui planta son épée dans le bras. Il tomba. Escé avait visé le ventre. Sortir sans une arme adaptée était une grave erreur de sa part.

« Elle nous doit 300 pièces d’or et elle va nous les cracher !

-Les arches payeront pour elle.

-Eux ? Ben voyons !

-Je suis le fils de l’Archempereur, et je vous apporterais l’argent moi-même si vous la laissez tranquille. »

Ils explosèrent de rire.

« Quelle comédie ! On le veut maintenant le fric, et on va vous le faire comprendre. »

Trois cordes ceinturèrent soudain Escé et le paralysèrent. Crystal fut facilement maîtrisée.

« Ne la touchez p… »

Un grand coup de barre de fer l’assomma.

 

 

Il se réveilla dans une cage à coté de Crystal qui sanglotait.

« On est où ?

-Je t’avais dit de pas me suivre… Je te l’avais dit… »

Elle hurla soudain.

« Je te l’avais dit !! »

Un homme entra et lui mit un grand coup de pied dans la figure.

« La ferme ! »

Escé se débattit en vain, les cordes étaient trop résistantes. Crystal continuait de pleurer en étouffant ses larmes. Un grand sentiment d’impuissance envahit Escé. Crystal se tourna vers lui :

« Je ne veux plus jamais te revoir. »

Le monde s’effondra autour d’Escé. Il venait de perdre tout ce qu’il aimait. Il n’avait plus rien, plus rien à perdre. Ses iris virèrent au blanc. Comme sous l’emprise d’une folie meurtrière, il dégagea assez de force pour faire céder ses liens. Trois hommes armés se jetèrent sur lui.

« Hors de mon chemin ! »

D’un coup, sans même mettre sa main en poing, il trancha le premier d’en eux, empala de son autre main un second, et fracassa le crâne du troisième d’un coup de boule. Ils gisaient dans leur sang.

« Crystal, c’est vrai, je ne sais que détruire. Mais je vais te montrer à quel point je le fais bien ! »

Toujours en armure trop lourde, Escé se dirigea vers la sortie. Le chef du groupe pris une épée et un bouclier qui céda au premier coup. Il para le second, sa lame explosa sous le choc et il reçu d’innombrables éclat d’acier dans le visage. Avant d’avoir put hurler de douleur, il fut perforé à la gorge d’une main nue.

« Tu as frappé Crystal ! »

Il fut décapité. Sans libérer l’élue de son cœur, il sortit pour continuer son carnage. Elle entendit d’horrible hurlement de douleur. Certains criaient vengeance, d’autres suppliaient en pleurs. Mais l’enfant restait impitoyable et continuer à faire preuve d’une incroyable cruauté. Après un moment, Escé revint, couvert du sang de ses ennemis et criblé de blessures. Sans un mot, il brisa les cordes d’une poigne de fer.

« En route, Crys… »

Une épée lui travers le torse au niveau du cœur. Il se retourna et étrangla d’une main son adversaire.

« En… En quoi es-tu fait ?

-Situs inversus, le cœur à droite. »

Il lui brisa la nuque sous sa force de la pression, puis emmena Crystal. Hors de la salle, tel un berserk implacable, il se fraya un chemin dans le sang.

« Je vais détruire cet endroit. »

Il tua les dernières personnes encore en vie, hommes, femmes, seniors. Il brisa les colonnes qui soutenaient le bâtiment pour qu’il s’effondre. Il saisit un rescapé.

« Toi ! Je veux connaître le prochain endroit de ce réseau !

-Je… Je… Je… »

Escé lui brisa la jambe.

« J’ai toute ton attention ?!

-Oui ! Oui… Au sud de la ville, dans une maison blanche, avec un portail noir, le grand chef ! Une colombe sur la porte… »

Le garçon lui perfora le crâne à main nue, puis se releva.

« Je veux que tu restes avec moi tant que le gang n’est pas éradiqué. »

 

Il traversa la ville, ensanglanté, sous le regard des passants. Quand quelqu’un voulut lui arraché Crystal, qu’il pensait sa prisonnière, il fut massacré.

« Personne ne touche celle que j’aime. Personne. »

Depuis, nul ne l’approchait Escé arriva à l’endroit désigné. Il abattit le portail d’acier, élimina les gardes et se rendit à la maison.

« Ouvrez ! Vous aurez une mort rapide ! Menti-t-il. Ouvrez ou… »

Une lance lui perfora à moitié la gorge au niveau de la carotide.

« La menace a été éliminée, je répète, la menace a été… »

Escé lui arracha la lance des mains et la retourna contre lui pour le décapiter. Mais le saignement et le poison faisaient effet, l’enfant vacilla et manqua sa cible. Mais ce guerrier intrépide au cœur solide spécialisé en homicide était suffisamment entrainé pour se relever. D’autres gardes d’élite surgirent. Comme s’il était en enfer, étouffant la lumière, la terreur semblait de répandre dans l’air. Il prit la lance en main.

« Venez ! Venez que je vous massacre ! »

Il tenait à peine debout. Il désarma tant bien que mal son premier adversaire et l’exécuta, il fut poignardé dans le dos, il se retourna et une épée lui traversa le bras. Il était désormais entravé d’un membre. La défaite semblait inévitable. Ses veines gonflèrent, il semblait emplit d’une énergie sans fin. Son regard n’était plus rage mais haine.

« Je vous détruirais… Je vais vous exterminer !! »

Il fit un pas et tomba à genou sous l’hémorragie. Soudain, une douce lumière enveloppa Escé et le régénéra. Les gardes s’effondrèrent tous d’un coup. Une immense silhouette faisait fasse à eux. Cette personne mit un grand crochet du droit à Escé.

« Tu le méritais au moins. Je suis fier de voir combien tu as progressé, mais ne te lance pas dans un combat si tu ne penses pas le gagner. Tu n’étais pas obligé de venir ici, tu aurais dû venir me chercher. Pour ton héroïsme, je ne te punirais pas, mais pour ta bêtise, je ne te récompenserais pas non plus.

-Qui ose… »

Une poigne de titan se posa sur son épaule.

« Ton père ! »

Escé reconnu l’Archempereur, dans toute sa force et sa puissance imposante.

« Rentre à la forteresse.

-Non, je veux tuer leur chef !

-Je préfère le faire moi-même.

-Non !! Laisse-moi l’éviscérer ! Il souffrira tellement qu’il suppliera pour qu’on l’achève ! Je trainerais son corps à l’agonie derrière moi et je le dépècerais morceau par morceau ! Je l’éparpillerais pour que les gens marchent sur son cadavre ! Il n’aura aucune sépulture ! Et l’enfer aura un goût de paradis tellement je l’aurais supplicié !! »

L’Archempereur demeura sans voix.

« Je préfère que tu en restes là, ordonna le père.

-Non ! Je…

-On a compris, tu vas le torturer, toute la panoplie. Mais quand la haine aura quitté ton cœur, tu regretteras tes actes. Rentre, je me charge du chef. »

Les paladins apportèrent le désigné. On lui avait tranché les jambes pour qu’ils cessent de se débattre. Essef et Crystal furent mis à l’écart.

« Toi, dirigeant de ce réseau ignoble, pour ton incroyable mépris de la vie humaine, des lois et des valeurs morales, pour tes multiples viols, meurtres, pour ton esclavagisme et tes crimes contre l’humanité, je te condamne à mort sur le champ !

-Non ! Je vous donnerais de l’argent ! Tout l’argent que vous voulez !

-Repose en paix, pauvre fou. »

Un dernier cri, le bruit familier de la lame qui tranche la chair, c’était fini. L’Archempereur revint vers Escé en l’ignorant et partit. L’enfant jeta un regard neutre à Crystal.

« Voila à qui tu t’étais alliée.

-Je suis désolée…

-Je proclame le non-lieu. Je ne tiendrais jamais compte de cet épisode. Mais une récidive aura un plus grand impact. »

Il se mit en chemin.

« Escé… je t’aime. »

Il l’ignora, imperturbable. Il était juste terrorisé par sa propre force et la rage qui l’avait investie.

« J’ai du mal à croire que cette force était la mienne. »

 

 

 

 

 

V Prophétie

 

Comme chaque semaine, Crystal vint voir son ami. Mais elle semblait préoccupée, inquiète. Elle cherchait une solution à un grave problème.

« Bonjour Escé…

-Qu’est-ce qui ne va pas ? Demanda immédiatement son ami, perçant à jour son angoisse.

-Ce… C’est terrible… Ma tante est morte… »

Le garçon fut coupé dans sa joie de revoir son amoureuse.

« Toutes mes condoléances…

-Tu ne comprends pas ! Je me moque de cette enfoirée ! C’est… »

Elle explosa en sanglot.

« Je n’ai plus nulle part où vivre !

-Ah…

-Je veux pas vivre dans la rue… Aide-moi…

-La seule solution serait de vivre ici.

-Mais ton père ne voudra jamais ! Il te tuerait… Il me tuerait… J’ai peur Escé, ne m’abandonne pas…

-C’est sur… Mais pourquoi lui demander son avis ?

-Quoi ? »

Elle la prit par le poignet et l’emmena dans sa chambre.

« Derrière ce mur de pierre, il y a… De la pierre. »

Il perça le mur de son épée à maintes reprises pour faire un petit espace d’un mètre de largeur pour deux mètres de longueur.

« Quelle force ! Admira Crystal.

-Je te raconte pas ce que je prendrais par mon père si j’en étais pas capable. Rentre dedans et attends-moi. »

Elle s’exécuta. Escé mit une lourde armoire devant le trou dans son mur. Crystal était piégée, mais elle se sentait protégée. Escé revint rapidement avec Essef. Il poussa l’armoire

« Le nouveau foyer de Crystal. File-lui ton hamac.

-Pas de problème, je saurais garder le secret… Tu me dois un service ! »

Il planta des clous dans la pierre pour attacher le lit de fortune. Essef resta aider son frère à installer un semblant de confort pour Crystal.

« Comment tu vas la nourrir ? Demanda Essef.

-Je demanderais plus de nourriture aux serviteurs. Répondit Escé.

-Père risque de se douter de quelque chose.

-Comme si ils en avaient quelque chose à faire, les serviteurs ! Ils savent même pas compter !

-T’as raison. »

Il mit en place une étagère en hauteur.

« Pour y stocker ta nourriture, ou ce que tu veux.

-Merci. Répondit Crystal. Merci infiniment… Je te dois la vie ! Je… Je te dois tout. »

Ils finirent leur travail et Essef partit.

« Voila, tu vivras à trois mètres de moi. Tu peux toujours sortir la journée, mais pas trop.

-Oui je comprends. »

Il regarda sa clepsydre.

« Bientôt 21h… J’ai pas vu le temps passer. Déjà, couche-toi vite, le couvre-feu est dépassé. »

Crystal prit son oreiller et sa couverture et se coucha sur le hamac. Escé souffla sa bougie, ferma ses contrevents et se coucha à son tour.

 

La nuit avança. Vers quatre heures du matin, le garçon fut réveillé.

« Escé ! Murmurait Crystal. Réveille-toi !

-Hum… Quoi ?

-Je veux sortir ! Pousse l’armoire !

-Sortir à cette heure ?… Mais couche-toi voyons !

-Il faut que je sorte… S’il te plait ! Je… Aller ! »

Escé se leva péniblement et poussa un peu l’armoire, juste assez pour que Crystal se glisse dehors, et se recoucha. Le sommeil allait le prendre quand il sentit une masse se glisser dans ses draps. Sans réfléchir, il saisit son épée et se jeta hors du lit.

« Qui va là ?

-Mais enfin ! C’est moi !

-Crystal ?

-Qui veux-tu que ce soit d’autre ?

-… Va savoir. »

Il lâcha son épée.

« Pourquoi tu es dans MON lit je te prie ?

-J’aime pas le hamac… Il me donne envie de vomir à se balancer encore, encore et encore…

-Tu es consciente que si mon père te voit ici, il te tuera ? »

Crystal acquiesça.

« Je vais aller dormir dans ton hamac.

-Non ! Euh… Reste… S’il te plait…

-Une encyclopédie ne me permettrait pas de te comprendre.

-Je… »

Elle se tut. Escé sembla pensif, puis lança :

« Je crois avoir comprit un morceau de l’histoire ! C’est pas le hamac qui te dérange ! C’est… La suite j’en sais rien !

-Tu plaisantes ! Je veux… Je…

-Cesse tes périphrases. Dis-moi clairement ce que tu veux, j’ai sommeil.

-Je veux dormir avec toi…

-Bah voila, il suffit de le dire !

-Quel manque de romantisme… »

Il se coucha à ses cotés et commença à s’endormir. Il sentit soudain Crystal se blottir contre lui. Sans chercher à comprendre, à juger ou à expliquer cette conduite, il sombra dans le sommeil.

 

 

Réveillé en pleine nuit, Escé n’avait pas entendu sa clepsydre et ne s’était pas lever à l’heure. Il sursauta en entendant les pas de son père dans les escaliers qui menaient à sa chambre. Il jeta presque Crystal dans son hamac, poussa l’armoire, et commença à se changer. D’après sa clepsydre, il était assez peu en retard. Son père entra.

« Escé tu es en retard !!

-Pardonnez-moi ! J’arrive tout de suite ! Je mets ma tenue de combat !

-Je le vois… »

Il balaya la chambre du regard.

« Tu n’as pas entendu ta clepsydre ?

-Non. Je ne sais pas pourquoi.

-Qu’importe ! Rejoins-moi dans la cour !

-J’arrive, père ! »

L’Archempereur partit. Escé finit de se changé, puis poussa un peu l’armoire.

« Crystal, je dois y aller. Je peux pas te laisser sortir, désolé mais tu va t’ennuyer…

-Pas grave… Et merci de m’avoir laissé dormir à tes cotés, je chérirais ce souvenir jusqu’à mon dernier souffle.

-Je t’aime.

-Moi aussi. »

Il l’embrassa rapidement, et remit l’armoire en place.

 

 

Peu après midi, Escé revint dans la chambre. Il ferma la porte et Crystal lança :

« Escé, on a oublié un détail super important !

-Quoi ? »

Il poussa l’armoire. Crystal sautillait sur place.

« Faut que j’aille au toilette !

-… La blague.

-Et ça presse là !

-Bon, réfléchissement !

-Me fais pas rire ! Tes toilettes sont où ?

-Au cœur du château, tu croiserais quelqu’un à coup sur. Je peux t’y emmener cette fois sans problème, mais tous les jours…

-Je peux plus attendre !!

-J’ai même pas de bassine… Bon solution d’urgence, tu fais ta petite commission dans mon lit et les serviteurs changeront les draps !

-Je vais pas faire ça !!

-L’urgence c’est l’urgence !

-Ton gros défaut, c’est qu’à force de tout juger mathématiquement, tu te rends pas compte du nombre de conneries que tu dis !

-… Solution d’urgence deux. »

Il prit une jarre et la posa dans la « chambre » de Crystal.

« On peut le boucher. Mais ça me rappelle que question hygiène c’est pas le top. Pas de douche, pas de vêtement… J’ai une idée super ! Attends-moi ici.

-Et je…

-Dans la jarre. »

Escé partit, puis revient avec des vêtements de serviteurs.

« Tu te fais passer pour ma servante. »

Il jeta la jarre par la fenêtre avec puissance.

« Poubelle ça. Bon, une boniche a des droits ici, si on t’embête tu demandes à me voir et je résous le problème. Tu dormiras ici. »

Il remit l’armoire en place.

« Attends-moi ici, esclave ! »

Il fit un clin d’œil amusé.

 

 

Escé rangeait sa chambre à sa manière, c’est à dire en déplaçant le bazar de sa chambre à son placard. Crystal s’était proposée pour l’aider, mais son efficacité était négligeable face à ce guerrier héraut du désordre.

« Comment je peux t’aider ? Fit-elle pour la vingtième fois.

-Je sais pas ! J’ai pas besoin de ton aide pour ranger ma chambre ! »

Il mit un coup de pied dans des affaires qui traînaient.

« J’ai l’impression de vivre à tes crochets, Escé ! J’aimerais tellement te donner quelque chose en retour ! »

Il la saisit délicatement par le menton.

« Mais ta simple présence est le plus beaux des cadeaux ! Je ne te demande pas plus que d’être là. Tout le monde y trouve son compte.

-Mais je me sens passive !

-Fais-moi un bisou et vas te coucher ! Répondit-il avec un sourire.

-Tu ne comprends rien ! Hurla-t-elle ! Je veux avoir l’impression que tu m’es redevable quelque part ! Je ne suis qu’un parasite pour toi, ça m’agace !

-Moins fort…

-Si j’veux ! Je pourrais au moins ranger ta chambre de façon pour ordonnée ! On dirait que tu crois que je suis juste bonne à faire de la figuration !

-Calme-toi…

-Non ! D’ailleurs, la première chose que je vais faire c’est ton lit, parce qu’il en a rudement besoin ! Regarde ça, on dirait un champ de bataille ! Tu vis dans le désordre !

-T’as quelque chose contre le désordre ? Si tout est trop propre, moi, ça me fais penser à mon père… Quand c’est le boxon, j’ai moins l’impression de subir une autorité. Je me sens plus libre…

-Moi je me sens sale en voyant ça ! C’est une porcherie !!

-Mais parle moins fort je t’en supplie !

-Et ça là, par terre, c’est quoi ? J’y crois pas une dague ! On pourrait marcher dessus !

-C’est un kriss, pas une dague…

-Ne joue pas sur les mots !!

-Notre première dispute, hyper romantique…

-Arrête de jouer le chevalier blanc et range ta chambre !! »

Escé échappa un rire.

« C’est drôle ?

-Non, désolé. Mais j’ai l’impression d’entendre ma mère !

-J’suis pas vieille !

-Bon par quoi on commence ? »

Crystal empoigna une armure et entreprit de la mettre à sa place. L’objet perdit l’équilibre et la fillette fut entrainée dans sa chute. Escé la retint de justesse à bout de bras et sans effort.

« Tu vois ?

-Nooon !! »

Elle entendit soudain un hurlement de rage. Elle jeta un coup d’œil par l fenêtre. L’Archempereur la regardait d’un air teint de haine et de fureur.

« Qui es-tu ?? Hurla-t-il assez fort pour que tout le château l’entende, Escé ! Qui est cette fille ? Rah ! »

Il disparut dans le couloir menant à sa chambre. Escé tomba sur son lit, tétanisé de peur.

« Je t’avais dit de parler moins fort…

-Je… Je… Je suis désolée…

-Tu es surtout morte maintenant ! Et moi avec ! Il ne nous pardonnera jamais… Puisse la Lumière nous venir en aide…

-Alors, on va mourir… ?

-C’est plus que probable, c’est évident. Notre vie s’achève ici… On dit que la première dispute est souvent meurtrière, cette fois, ce n’aura jamais été aussi vrai…

-Je suis tellement désolée…

-Je m’en fous, un mort n’en a rien à foutre… »

 

L’Archempereur se dirigeait d’un pas ferme vers la chambre de son fils, décidé à tuer Crystal pour de bon. L’arme en main, il commença à gravir les escaliers. Soudain, le devin apparut devant lui.

« Qu’allez-vous faire, mon souverain ?

-Je vais aller anéantir cette garce et libéré mon fils de sa néfaste influence !

-Ne faites pas cela, sinon voila ce qui se passera. »

Il fit apparaître une image de Archékelbézyn et de ses alentour.

« Si vous la tuez, c’est toute la contrée qui commence à s’effondrer. Il fera appel à une puissance sans fin, et tuera tous les tiens. Il en suit la fin du pays, et de ta patrie. Les éléments se déchaînent, les flammes remplacent la neige, le continent est ébranlé, et tout est dévasté. Un futur envisageable si vous commettez l’irréparable.

-Qu… Qui ? »

Le devin claqua des doigts et des explosions retentirent dans son image.

« Il est seul et vous êtes dix, mais ça sera votre supplice. Sa puissance est sans équivaut, il sera votre dernier étau. Bang, il nous attaque, il traverse la plaque, sans état d’âme, il nous crame. Je reste pas sur ces lieus, cette vision c’est du sérieux, ce combat c’est de l’art, mais surtout un vrai cauchemar. Bang, il nous déchire, il va nous anéantir. Il est calme pour le moment, c’est pour ça qu’on est vivant, le provoquez pas en attendant, je veux pas voir ce tyran. Même vous, vous avez la tremblote, face à ce puissant despote, votre dieu ne vous aidera pas, vous mourrez sous ses pas.

-Mais qui fera cela ?

-S’il n’a ni maison, ni famille, ni attache, il n’aura qu’une éternelle passion à user de sa hache. J’espère qu’on est tombé d’accord sur notre guerrier, que si Crystal meurt il va tout atomiser. C’est lui le plus fort, dans tous les décors il sème la mort et fais pleuvoir les corps. Avec lui pas d’incantations, il passe direct à l’action, ses ennemis sont des avortons, même vous n’êtes qu’un paillasson. Mission oblitération sous une avalanche de gnons. La violence est son obsession, il fait pas dans la précision.

-Mais qui ?

-Votre fils adoptif…

-Escé ? Impossible ! Il est trop faible ! Il n’est pas intéressé par la guerre ! Il veut juste être… Normal ! Inférieur ! Il ne mérite même pas d’être considéré comme un guerrier !

-Vous pensez mériter d’être considéré comme un paladin ? »

Le devin tourna les talons et disparut dans les escaliers.

 

 

L’Archempereur entra dans la chambre d’Escé. Les paroles du devin résonnaient encore dans sa tête.

« Père, commença Escé.

-Silence !! »

L’enfant baissa la tête, attendant sa dernière heure.

« Qui est-elle ?

-Avec tout le respect que je vous dois, et surtout avec toute la crainte que j’ai pour vous, je ne vous répondrais pas même sous la torture.

-Où est-elle ?

-Je sais pas.

-J’ai une théorie. »

Il posa sa main sur l’armoire et la jeta à terre avec force et violence. Crystal regardait avec terreur l’Archempereur.

« Pourquoi est-elle là ?

-Sa tante est morte… Elle n’a plus rien pour vivre.

-Ce n’est pas une faute que l’on pardonne, Escé. Introduire ici une personne, une fille qui plus est, c’est un acte irréparable. Tu es un paladin, pas un séducteur. »

Escé prit son épée en main.

« Tu compte te battre contre moi ?

-Je suis fou, pas stupide. »

Il se mit l’épée sous la gorge.

« Je la suivrais jusqu’en enfer ! Cria-t-il avec détermination.

-Je vois… Je t’ai dit que si elle nuisait ton entraînement, je la tuerais. Elle l’a fait.

-Ma mort nuira aussi à mon entraînement, tu ne crois pas ?

-Certes… »

Il joignit les mains et le trou dans le mur se résorba, repoussant Crystal dans la chambre. Il se rappelait des paroles du devin avec exactitude comme si elles s’étaient gravées elles-mêmes dans son esprit.

« Elle peut dormir ici. Si elle t’empêche de t’entraîner, si elle te nuit, quelque soit la raison, je la tuerais. »

Escé n’en revenait pas. Il assistait bel et bien à un miracle. Plus improbable qu’un démoniste dans une cathédrale, plus irréaliste qu’un évêque en armure, plus surprenant qu’un dragon rose avec des rayures fuchsia. La clémence de son père. Il se mit à genou.

« Je vous remercie du fond du cœur, père.

-Tu n’es pas dispensé d’entraînement pour autant. Il sera même accentué.

-Bien. »

L’Archempereur partit. Escé finit de se changer alors que Crystal pleurait de soulagement.

« Ton erreur est grande, mais la Lumière nous a soutenu. Finalement, c’est « grâce à toi » et non plus « à cause de toi »… Maintenant, tu peux vivre ici en toute légalité…

-Tu… Tu m’aurais vraiment suivit dans la mort ? »

Il l’embrassa.

« Bien sur ! »

Il se coucha contre elle qui de blottit à son tour contre lui. Le sommeil vient les prendre.

 

 

Une année s’était écoulée. Escé dormait chaque nuit avec Crystal. L’Archempereur désapprouvait au plus haut point ce comportement. Il ne s’était rien passé outrepassant la bienséance. Absolument rien d’autre que des baisers d’amoureux.

 

 

Escé se réveilla en sueur. Il se redressa et saisit la première chose autour de lui qui ressemblait à une arme, et ce fut le pied de sa table de nuit. Les objets en tombèrent dans un grand fracas et réveillèrent Crystal.

« Hum… Fit-elle ensommeillée, qu’est-ce qui se passe ? »

Elle laissa tomber sa tête sur le traversin en voyant le soleil derrière les rideaux. Escé s’était déjà préparé à partir, contrairement à elle. Elle ne s’était jamais levée enthousiasmée à l’idée de quitter le confort du lit 2 place qu’Escé avait obtenu. Elle se recroquevilla sous les draps et entendit son amoureux lui chuchoter :

« Aujourd’hui c’est samedi, dors tant que tu veux et excuse-moi pour le réveil brutal. »

Et il partit à toute allure vers la salle du trône. Aujourd’hui, ce n’était pas seulement un samedi, c’était le 3e anniversaire de son adoption par l’Archempereur. Le devin devait revenir. Il s’attendait bien sur, comme il y avait eu droit il y a trois ans et comme ses frères, à une phrase simple et sans importance. Un « Il est fort ! » ou « Il deviendra un grand guerrier ». Son père le tyrannisait chaque jour d’avantage. Seule Crystal lui permettait de garder la raison.

 

 

Il était assis à la droite de son père, comme la tradition le voulait. Les portes s’ouvrirent et le devin entra. Il semblait aussi pressé qu’il y a trois ans. Il marcha sans vraiment prendre appuie sur son bâton. Escé soupira, mais l’Archempereur semblait faire preuve d’une attention hors du commun, prêt à boire les moindres paroles du devin.

« Revoilà le garçon. Hum… Son potentiel est encore inexploité. »

Il tourna le dos. Escé soupira de nouveau et allait se lever en regardant le devin faire quelque pas, mais ce dernier se figea. Il se retourna lentement et ses yeux brillaient d’un blanc surnaturel.

« On t’as fait une vie trop étroite pour tes idées. Pour que tes ambitions deviennent enfin réalité. Tu es prisonnier de ta maison, de tes parents. De cet adulte qui te dit qu’il a raison, et qui te ment. Tu n’es pas né pour la discipline et la droiture, tu n’es pas né pour servir les arches. »

L’Archempereur foudroya du regard le devin qui reprit :

« Toi, tu es né pour la folie, pour la Lumière, pour un pays reculé et ta famille. Et tu te demandes dans ta vie obscurcie par l’ombre de ton père, pourquoi tu vis, et où tu vas. Tu n’as pas besoin d’un grand bateau pour t’en aller. Les illusions qui restent sont comme un radeau qui va couler. Si tu le veux de tout ton cœur, de toute ton âme, tu briseras enfin les barreaux de ta prison, et tu vivras vraiment. Tu prendras les armes avant ta majorité. Plus jamais tu ne te demanderas où tu vas, ni pourquoi tu vis. Tu seras héros ton guerre, ton sera dans les écrits comme l’un des plus grand guerrier du monde. »

Le devin s’écroula, à bout de souffle, il rejeta l’aide des soldats et se mit maladroitement debout.

« Archempereur, les dieux ont parlé. »

Il disparut mystérieusement, au lieu de partir comme n’importe qui comme il l’avait toujours fait. Le silence retomba sur la salle du trône. L’Archempereur considérait et reconsidérait les dires du devin. Il réfléchit, puis rompit le silence :

« Escé, approche, mon enfant. »

L’intéressé s’exécuta.

« Tu es fort, je le vois, mais cette puissance semble… Dangereuse… Suis-moi. »

Il partit par la porte de service, suivi par son fils. Les gardes trouvèrent rapidement de quoi s’occuper. Personne d’osa un commentaire, mais tous méditaient.

 

 

« Ta puissance est grande, mon fils… »

L’homme avait emmené son fils dans une pièce étrange où des runes étaient gravées sur le sol. Escé était placé au milieu de l’étrange cercle.

« De grand pouvoir implique de grande responsabilité. Tu es trop jeune pour ce pouvoir, je vais le sceller, et quand tu le mériteras, alors tu pourras user de toute ta force. »

Des canalistes vêtus de rouge et d’une capuche écarlate s’approchèrent. Ils se mirent autour du cercle et incantèrent un rituel. Des flux d’énergie verdâtres tournaient autour de l’enfant effrayé.

« Ne t’inquiète pas, mon fils, la douleur n’est qu’éphémère. »

A ce moment, la masse imposante d’énergie lui pénétra la peau en tout point. Escé hurla de douleur dans une agonie animale.

« Sois courageux, mon fils, fais-moi honneur… »

Le rituel durait encore. Escé reprit à peine sa respiration pour hurler plus fort encore. Cette énergie sans cesse renouvelée continuait de lui percer la peau. Escé fut prit de vertige et cessa d’hurler malgré la douleur sourde. Il voyait miroiter son père et les hommes de la pièce. Ça ondule, ça pendule, il retint une nausée. Des lueurs cosmiques brouillèrent sa vue. Il perdit l’équilibre et bascula en arrière. Il s’étala, s’affala sur le sol couvert de runes et cracha du sang. Il ne parvenait plus à avaler sa salive et de la bave franchissait ses lèvres alors que la douleur atteignait son paroxysme. Ses yeux se gonflèrent de sang et Escé suffoqua. Il respira avec difficulté et ne parvenant pas à suivre son rythme cardiaque non viable pour un homme normal. Il sentit ses entrailles se tordre de douleur les veines de son cou ressortirent comme s’il était étranglé. Son agonie dura plus longtemps qu’Escé ne pouvait l’endurer. Ses os craquèrent sous la force inexplicable de l’énergie verdâtre. Escé se figea, raide. Il ne voyait plus rien. Le rituel continuait encore, mais Escé ne sentait plus de douleur. Il était dans une obscurité démente. Une lumière brillait quelque part, mais il ne pouvait savoir d’où. Une migraine terrible le terrassa pour de bon. Son cœur s’arrêta sous la douleur après plus d’une heure de rituel d’agonie.

 

 

Escé s’éveilla dans son lit. Il voulait bouger la main pour essuyer une larme sur sa joue mais n’en eu pas la force. Il put à peine ouvrir les yeux. Vidé de toute force, il ne put tourner la tête vers les pleurs de Crystal qu’il n’entendait pas. Il n’arrivait pas à se rendormir, et patienta. Après des minutes interminables, il parvint à réunir suffisamment de force pour pousser un faible grognement inintelligible pour exprima qu’il était conscient. Peu après, un visage se pencha au dessus de lui. Il ne put distinguer clairement le visage car il voyait encore flou. Mais la peau qu’il percevait n’était pas tanné par la force de l’âge comme son père, ni obscurcie par les flammes d’Essef, mais blanche. Pâle, comme la peau de neige de Crystal. Il ne sentit pas la main de Crystal lui caresser la joue pour essuyer une larme. Il ne reconnut pas l’odeur du sang et de la sueur, et ne put bouger ses yeux pour changer enfin de point de vu. Il n’entendit pas son frère Essef entrer dans ouvrant la porte à grand coup de pied, ni Esgey entrer et renverser une chaise. Et quand son père entra et lui prit la tête dans sa main, il ne s’en aperçu pas, incapable d’interpréter les signaux que ses yeux envoyait à son cerveau. Il ne sentit pas le doux sort lumineux le baignait et retrouva sa vigueur. Il se redressa calmement, encore étourdit, et s’écroula de douleur. Une souffrance sans nom le brûlait sur le bras droit, une autre plus forte sur le dos, une puis grande encore sur le thorax, et une douleur plus grande que tous les autres réunis dans la nuque. Il hurla de douleur, et se recroquevilla dans ses sanglots. L’Archempereur le saisit pour l’immobiliser et dit d’une voix forte et calme

« Escé, tu dois te reposer, la douleur n’est qu’éphémère, sois courageux ! »

Il le lâcha. Escé se retourna encore et encore dans ses draps, incapable de réfléchir. Tous sortirent, à l’exception de Crystal, qui restait au chevet de l’amour de sa vie. Ignorant aussi bien que mal les cris de douleur. Les larmes lui montèrent aux yeux et elle détourna le regard pour le cacher. La colère le rendant agressif à un point rarement vu, Escé lui hurla :

« C’est moi qui souffre ! C’est à moi de pleurer, pas toi ! Cesse de pleurer sur le champ !! Ne détourne pas le regard !!! »

Crystal explosa en sanglots, posa ses bras sur le torse d’Escé, et sa tête dans ses bras, et versa des torrents de larmes. Cette conduite aurait ému Escé et lui aurait retourné le cœur, mais la douleur l’aveuglait. Il se tordit encore dans ses draps et déchira sa couette, frappa le mur et le fissura. Il réclama en hurlant son arme, mais lui apporter serait une folie. Il hurla de rage. Il frappa Crystal pour la première fois lorsque celle-ci lui refusa. Elle s’écrasa sur le mur et se cassa les côtes, un bras, et des os dont elle ne soupçonnait même pas l’existence. Incapable de se rendre compte de la souffrance de son amoureuse, il la frappa à grand coup de pied surpuissant dans les côtes. Par chance, Essef intervint assez vite pour la sauver d’une mort atroce. Encaissant les pire attaques, tranché, brisé, broyé, Essef se relevait toujours, immortel. Escé se coucha au sol sous l’effet incessant de l’agonie et son cœur lâcha alors que sa souffrance approchait son apogée.

 

 

Lorsqu’il s’éveilla, il était solidement enchaîné à une planche de fer. Il ne souffrait plus. Il tenta de se leva mais ne parvint pas à briser le métal qui le retenait prisonnier. En face de lui, Crystal, défiguré de blessures. Un bras dans le plâtre, la mâchoire décalée sur le côté, les côtes en miettes et des bleus sur tout le corps. Elle le regardait avec une terreur dans les yeux, une terreur que l’on éprouve que face de la mort, une terreur qu’un soldat ressent lorsqu’un adversaire surpuissant le prend pour cible, une terreur d’un animal terrorisé par les éléments, une terreur qui vous ferait faire une crise cardiaque.

« Que c’est-il passer ? Demanda-t-il. Qu’est-ce qui t’es arrivé ? »

Crystal tressaillit, et détourna le regard. Un prêtre la soignait calmement.

« C’est vous. »

Escé se figea.

« Moi ? Mais quand ? »

Il se souvint de son réveil et de la douleur terrible qu’il avait endurée. Il ordonna au prêtre de  le détacher, mais l’homme l’ignora. Le garçon renonça, et regarda son bras tendu et maintenu. Une marque étrange y était inscrite. Une voix forte résonna, et le prêtre le libéra enfin, puis retourna soigner Crystal. Escé regarda les marques qui l’avaient fait souffrir :

 

Il regarda à nouveau Crystal, qui semblait toujours terrifiée, ses blessures se refermant peu à peu. Elle semblait dans un état de faiblesse critique. L’un de ses yeux était gonflé par un hématome. Du sang séché coulait de sa bouche, ses cheveux étaient sales de poussières. Des hématomes et des plaies sur tout le corps, Crystal poussait de temps à autres de gémissement de douleur. Escé se rappela soudain des paroles du prêtre, c’était de sa faute. Le chagrin et le regret lui étreignirent le cœur. Il baissa la tête pour ne pas voir l’horreur qu’il avait commis. Il se perdit dans ses pensés lugubres, il ne rendit pas compte que la température baissait, contrairement au prêtre. De la glace se forma aux pieds du prince qui ne le remarqua pas. Le prêtre lui hurla :

« Qu’est-ce que tu fais ? Tu veux tuer ton amie ?? Si c’est ça dis-le, que je m’emmerde pas à la sauver !! »

Escé retrouva ses esprits. Il vit la glace et en retira ses pieds avec force. Il regarda Crystal, son expression était encore plus marquée par la peur.

« Qu’ai-je donc fais ?

-Ça, je vais te l’expliquer »

Escé se retourna vers son père. Il se tenait en haut des marches, son imposante carrure dominant tout les soldats présents. Malgré ses cheveux devenant blancs et son visage creusé de ride, l’Archempereur inspirer au respect dans sa simple façon de regarder. Escé suivit son père et sortit, hanté par de Crystal.

« Mon fils, tu as perdu la raison sous la douleur, je te pensais capable de l’endurer… Tu me déçois, mais là n’est pas le problème. Ces sceaux qui scellent ta puissance… Ont dévoilé, par la douleur ou autre, ta puissance magique. Cette force est dominée par tes sentiments, la tristesse te donne le pouvoir de givre, et la colère le feu, et j’ignore les autres. Cette force doit être contrôlée…

-Essaie de me poser encore un seul sceau et je…

-Il n’y a pas besoin de sceau, juste de maîtrise de soi-même.

-…Et Crystal ?

-Que veux-tu savoir sur elle ?

-Elle me pardonnera un jour ?

-Il faut laisser du temps au temps. Elle est sous le choc tu l’as malmené à un point terrifiant. Tu n’es plus que terreur pour elle. Voila pourquoi je ne voulais pas que tu ais de petite amie, tu ne dois penser qu’à la guerre et à servir la Lumière avec foi. Ce soir, elle ne dormira pas avec toi, ne t’inquiète pas. »

Un soldat arriva en appelant son supérieur, et l’Archempereur partit régler un problème mineur.

 

 

Un vent terrifiant s’abattait sur le château. Il était six heures passées, et le bruit des branches s’entrechoquant, des tuiles s’envolant et du bétail affolé remplissait le château d’anxiété. Le raffut insupportable des vents incessants était enduré par tous. Dans les couloirs quelque part dans le château, Escé se remémorait la vue de Crystal hier, lorsqu’elle était soignée. Plusieurs fois, il avait dû arracher ses pieds à la glace, plusieurs fois, ses larmes se gelèrent sur sa joue. Elle ne lui avait pas parlé depuis le drame, elle l’avait évité, rebroussant chemin à chaque fois qu’elle le voyait et l’ignorant lorsqu’il l’appelait. Elle avait dormit seule dans une chambre où seul un lit était présent. Escé se releva enfin, il arracha ses pieds et ses mollets au bloc de glace qui les retenait prisonniers et alla à la salle à manger. Il ne toucha pas son repas, il n’avait rien avalé depuis le drame, même pas un peu d’eau. Après une heure devant son assiette, il se décida à boire enfin, puis il se leva, rejetant la question d’Essef qui lui demandait la solution d’un exercice de math d’un geste de la main. Il partit sans rien dire, repoussa les grandes portes en bois fin et alla dans sa chambre. Il s’assit sur le lit deux places et ressentit un grand vide en regardant la place de Crystal. Il se coucha malgré les deux heures qui précéderaient le couché de soleil. Il attendit le sommeil, immobile, se retournant parfois sur lui-même. Il regarda l’astre solaire disparaître derrière l’horizon depuis sa fenêtre. La lune monta dans le ciel étoilé et le vent redoubla de force. Chaque bruit aurait fait sursauter n’importe quel guerrier, mais Escé demeurait immobile, il entendait le vent, mais ne l’écoutait pas. Il devait être vers le milieu de la nuit quand quelqu’un toqua à la porte. Escé l’ignora par son immobilité, mais les coups résonnèrent de nouveau, puis la porte s’ouvrit. Escé ne prit même pas la peine de se retourner, il ordonna :

« Je veux être seul, et même si la Lumière venait elle-même, je la rejetterais. Paladin, paysan, diable ou archange, nul n’est autorisé à venir. Alors rebrousse chemin.

-Je ne suis pas la Lumière… Mais j’ai peur… »

Escé bondit sur son lit comme si un dragon venait de dévaster la tour. Il regarda perplexe la silhouette de Crystal dans l’ombre et parvint à déceler des frissons, de froid ou de peur. Elle s’avança, elle se mit près du lit et murmura :

« Escé, je… J’ai peur à cause du vent… »

Elle hésita, comme si elle choisissait ses mots, puis ajouta :

« Tu me fais une place ? »

Escé bondit sur le coté pour libérer la place, et Crystal se blottit dans les draps. Les minutes parurent interminables, Escé était déstabilisé par la respiration exagérée de Crystal, due à la peur et au stress. Finalement, il demanda :

« Me pardonneras-tu un jour l’atrocité que j’ai commise ? »

Le langage soutenu choqua Crystal, Escé était, en toutes circonstances, décontracté. Même face à son père furieux, il parlait avec légèreté ou neutralité, à moins d’être en danger de mort. Qu’il utilise un langage soutenu exprimait son angoisse et ses regrets plus clairement que s’il l’avait dit lui-même.

« Je ne sais pas…Avoua-t-elle. Peut-être.

-Je regrette…

-Je le sais.

-Je t’aime !

-Je le sais aussi.

-Comment être pardonné ? »

Crystal se blotti contre lui, elle était glacée. Escé tenta, pour la première fois, de contrôler ses sentiments comme un objet. Peu à peu la colère l’envahit sous sa volonté. Il se leva, se mit devant le lit et réunit une pile de feuille, il écarquilla les yeux et frappa avec fureur la pile qui s’enflamma. Le feu réchauffa Crystal qui ne put retenir un sourire. Le garçon se calma rapidement, heureux de sa performance. Il murmura :

« Et maintenant, tu as toujours froid ?

-Oui… »

Elle prit Escé dans ses bras froids comme la glace et ferma les yeux, vaincue par le sommeil.

 

 

Le lendemain, il était midi passé quand Crystal se réveilla. Elle était enroulée dans les draps, et Escé était absent. Elle parcourut la pièce du regard, embrumée par le sommeil, puis entendit distinctement :

« Mais ce plateau est pour l’archiduc de Kal-hédémide !

-Et bien tu en prépareras un autre ! »

Puis les voix cessèrent et peu après, Escé entra dans la pièce, un plateau de déjeuner dans la main. Il raviva le feu et posa le plateau devant son aimée.

« Comment vas-tu ?

-Bien ! Répondit Crystal avec un sourire franc, je vais beaucoup mieux.

-Chut… Écoute… »

Crystal tendit l’oreille, elle n’entendit que le crépitement des braises et des voix résonnait dans la grande cour.

« Tu entends le bruit du silence ? »

Crystal ria faiblement, puis comprit.

« La tempête a cessé ?

-Ah ça n’a pas été facile ! J’ai du me lever tôt pour pouvoir m’y opposé.

-Tu t’y es opposé ? Mais comment ?

-Le vent est comme la volonté, il faut un obstacle solide pour l’arrêté, et plus il est fort, pour l’obstacle vacille. J’ai vaincu le vent par la volonté. »

Crystal mit du temps à comprendre, mais finalement, elle hocha légèrement la tête et regarda le plateau.

« Il est midi, je n’ai pas trouvé de petit déjeuner…enfin c’est mieux que rien.

-Il a l’air…comment dire ?

-Léger ? Normal, j’ai retiré les choses que tu n’aimais pas.

-Quelle délicate attention ! »

Escé sembla soudain embarrassé, il détourna le regard vers son calendrier, puis comme un flash, il se tourna vers Crystal.

« Joyeuse fête de l’année ! »

La fête de l’année est l’équivalent du jour de l’an et de Noël. On s’offre des cadeaux pour célébrer la nouvelle année.

« Merci, joyeuse fête aussi ! »

Crystal regarda le plateau et saisit l’un des mets, Escé se tourna et se mit à la fenêtre. Il regarda le soleil descendant de son zénith. Derrière lui, une étrange pile d’objet quelconque superposait son ombre à celle du jeune garçon, étendant sur le sol l’ombre d’un homme grand et adulte, portant dans le dos une gigantesque arme, un fendoir ! Il regarda ensuite en bas distraitement, puis sentit des liens d’aciers passer autour de ses bras, il se laissa faire. L’instant d’après, il était solidement fixé à coté du lit, assit.

« Qu’est-ce qui te prend ?

-Je te fais un cadeau, mais je sais que sans t’attacher, tu le refuseras… »

Crystal commença alors à retirer sa chemise, et lorsqu’il vit la poitrine de son aimée, alors Escé comprit.

« Hé ! Stop ! Que fais-tu ? Ah j’ai compris ! Écoute ! Attends ! »

Crystal l’ignora complètement, et lorsqu’elle fut nue, Escé perdit tout sang-froid. Crystal s’approcha du visage d’Escé et murmura :

« Joyeuse fête du jour de l’année ! »

Escé respira un bon coup, puis sembla immobile. Les veines de ses bras ressortirent et les liens explosèrent sous cette force inhumaine.

« Crystal, commença-t-il en se levant, ce que tu fais… Le fais-tu par reconnaissance, par générosité ou par plaisir ?

-Je… Balbutia la fille, je ne comprends pas.

-Si tu le fais, tu fais-tu plaisir à toi, ou seulement à moi ?

-A toi ! C’est pour la fête, et pour hier. »

Escé tourna les talons.

« Désolé, mais c’est non, ça ne se pratique pas par obligation physique, moral, par reconnaissance ou en temps que cadeau. Ce sera en temps que plaisir partagé. »

Il regagna sa fenêtre et attendit impassiblement que Crystal se rhabille, puis lorsqu’elle eu fini, elle se posa à coté de l’amour de sa vie :

« Je suis désolée, je ne voulais pas t’embarrasser, je… C’est ma faute, je n’ai pas assez de charme, je n’aurais même pas du agir ainsi, je… Je suis minable !

-Dire que tu es minable, si c’était une autre personne qui l’aurait dit, je l’aurais tué… Ce n’est pas ta faute, mais ce n’est tout simplement pas le moment. C’est ma faute, je ne suis pas prêt.

-Je suis désolée ! Si désolée ! Répondit-elle les larmes aux yeux.

-Arrête ! Je suis cul-serré et j’ai pas honte de le dire. Mais rapporte pas ça à Essef hein. Non plus sérieusement, me donner ce que tu as de plus précieux… »

Escé se retourna vers Crystal d’un air sévère, puis la serra dans ses bras.

« Plus jamais de ma vie, je ne veux te voir pleurer. Plus jamais par tristesse, tout du moins. »

Crystal explosa en sanglot, et les larmes de joie trempèrent les vêtements du garçon, à la limite d’en faire autant.

 

 

 

 

VI La conquête d’un pays

 

 

Trois ans s’était écoulés depuis le jour du drame. Escé avait terrassé la plupart des soldats dans un combat singulier. Il était toujours tyrannisé par son père, mais plus encore. Il ne supportait tout simplement plus son père. A chaque fois qu’il le croisait, il lui arrivait quelque chose. Des exercices, une tâche quelconque, une remontrance, un reproche, une insulte…

 

Escé avait enfin prit son nom de Seigneur du Canyon. Et seul les membres familiaux pouvaient l’appeler Escé, même Crystal devait l’appeler « Seigneur du Canyon » Si l’Archempereur était présent, ou toute autre personne pouvant lui reprocher. Le Seigneur du Canyon projetait d’épouser enfin Crystal. Mais son père s’y opposait fermement.

« Tu as entendu ça ? Demanda Essef, le Seigneur du Feu, l’archiduc à divorcé de l’archiduchesse !

-Je m’en moque éperdument !

-Mais ils ont huit enfants !

-T’as raison ! Adoptes-les c’est trop triste ! »

Essef ria un bon coup.

« On a inventé un nouveau machin une machine de guerre, une catapulte qui balance trois rochers d’un coup !

-J’en ai entendu parler, un bel engin !

-Tu crois que c’est gros ?

-Non, j’en ai un sous mon lit. »

Ils explosèrent de rire.

« Ce truc marche sur le principe du balancier à longue échelle, ils ont calculé que si on éloigné suffisamment un objet sur une balance, un kilo pouvait paraître pour lourd qu’une tonne ! D’après le théorème de…

-Ouais c’est pas faux ! Coupa Essef, les larmes aux yeux de rire.

-Ils utilisent de l’acier de bateau et des chats pour les essaie car les chats retombent toujours sur leur pattes !

-Meuh non ! C’est de l’acier de bateau !  Et les chats virent à chaque fois ! »

Les deux frères étaient des maîtres dans l’art des mensonges absurdes et des théories tordues. Les rires cessèrent quand l’Archempereur entra.

« Il suffit de rire, pauvres sots ! Il faut travailler, aller me faire 800 tours du château sur une main, maintenant ! Et que ça vous apprenne à perdre votre temps à rire inutilement ! »

Les deux frères sortirent sans grommeler, c’était plus qu’inutile.

« Et toi, Esgey, cesse de soulever ces poids et vas les accompagner, ça te changera. »

Le troisième frère partit, sans regarder son père pour lui éviter le regard noir qu’ils auraient put lui envoyer.

 

A l’extérieur, il y avait plus d’un mètre de neige, les trois garçons sautillaient pathétiquement sur leur main, tombant à presque chaque saut. Esgey avait prit de l’avance car Escé avait fait une halte pour regarder le paysage et Essef l’avait attendu. Puis ils reprirent.

« Il me gonfle, père ! Lança Escé

-Ouais pareil, mais que veux-tu faire ?

-Un jour, je vais m’barrer !

-C’est ça, même moi, l’immortel de service, je le ferais pas, et du connais ma devise : Ne faites jamais ce que je ne fais pas !

-C’est ça, t’es pas amoureux et y’a pas de danger à aimer Crystal. Je fais donc ce que tu ne fais pas.

-Pas de danger ? Père te haï encore plus que nous à cause de ça.

-Père ne nous haï pas, c’est nous qui le haïssons.

-Tu penses qu’il nous aime ?

-Non ! Bien sur que non !

-Eh bien ?

-Il est juste… Spécial et… Complètement barge !

-Mieux vaut ne pas médire de lui, on va s’en prendre une !

-Ouais ouais…

-Toi, tu as quelque chose sur la conscience.

-Oui…tu me connais bien hein ?

-Je suis ton frangin ! Alors ?

-Je l’ai appris hier…Père n’en sais rien…Mais Crystal…

-Qu’est-il arrivé à ta dulcinée ?

-Ma quoi ?

-Oublie.

-Crystal est enceinte. »

Essef s’effondra sous la surprise et tomba de la falaise.

« Boulet ! »

 

En bas, un impact plutôt impressionnant était creusé. Essef s’étirait calmement.

« Depuis quand ? Reprit Essef.

-Deux mois.

-Et tu l’as su hier ?

-Eh bien en fait…

-Enceinte, comment est-ce possible ?

-Tu sais, quand un homme aime une femme, et que cette femme lui  renvoie cet amour…

-J’ai pas besoin du mode d’emploie.

-J’en doute.

-Bref t’as couché avec elle ?

-Ta perspicacité me laisse sans voix. »

Ils repartirent finir leur exercice.

« Que vas-tu faire de l’enfant ?

-Je l’ignore…Je vais demander à père de me laisser épouser Crystal.

-Et s’il refuse ?

-Alors je partirais.

-Tu quitterais ton père pour ta femme ?

-Je quitterais volontiers un être que je haï pour un être que je chéris, pauvre cloche.

-Mon pauvre, t’as du souci à te faire.

-Je n’ai pas peur.

-Tu mens vachement mal.

-A ce point ? Mais bien sur que j’ai peur ! Défier père est une folie ! Mais je vais le faire. »

Un vaisseau lumineux s’envola depuis le château.

« Ah, à table. »

 

Le repas était copieux. L’Archempereur était en bout de table, à coté de lui sa femme. De l’autre coté de la table, Escé, et ses frères.

« Père, j’ai à vous parler.

-Tu peux me tutoyer, Escé.

-C’est important, Archempereur.

-Je vous écoute, Seigneur du Canyon.

-Je veux épouser Crystal.

-Tu sais que je refuserais. Pourquoi renouvelles-tu ta demande ?

-Je l’ai mis enceinte ! »

L’Archempereur recracha soudainement le contenu de sa bouche et manqua de s’étouffer.

« T’as couché avec elle ?

-Votre perspicacité équivaut à celle d’Essef, j’en suis sans voix.

-Ne me mêle pas à la conversation ! Relança Essef.

-Toi, la ferme ! Tu ne seras jamais détective

-Explique-toi Escé !

-Le « pas détective » il va t’en foutre une !

-Silence !

-La ferme ! »

L’Archempereur se leva et coupa la dispute :

« SILENCE !!!! »

Tous se turent.

« Escé, ce que tu as fais est impardonnable ! On ne couche pas avec une femme !

-Et Essef est né dans un chou ? Et Esgey ?

-Je n’ai pas ton âge !

-Dommage, ça te ferait pas mal de cheveux blancs en moins !!

-Comment oses-tu !

-Je veux épouser Crystal !

-C’est non !

-Je…Commença Crystal

-Tais-toi, lui hurla l’Archempereur, ça ne te concerne pas !

-Mais t’as quoi à la place du cerveau ? Un boulon rouillé ?

-Que dis-tu ??

-J’en ai marre de ta tyrannie !

-Tu as le caractère rebelle de ta mère malgré le physique de ton père !

-J’ai du bol c’est pas l’inverse ! »

A bout de nerf, le père tenta de gifler son fils qui para le coup, il se jeta sur lui et fut éjecté sans peine.

« Il suffit, Escé ! Tu es consigné dans ta chambre jusqu’à nouvel ordre !!

-Euh…et moi ? Demanda timidement Crystal

-La ferme ! Tu dormiras avec les femmes de chambre sur leur descente de lit !

-Si tu lui fais ça…Enragea Escé.

-Tu feras quoi ? Tu partiras ? Quelle immense perte !

-Tu ravaleras ta fierté le jour où je reviendrais, chien ! »

L’Archempereur se rua sur son fils, et soudain, une immense force sembla le contrer. Une lumière illumina Escé et son père fut repoussé.

« Viens, Crystal. »

Il prit le poignet de son aimé et quitta la pièce.

« Je t’avise pas de me suivre, Arch ! »

C’était la première fois qu’Escé l’appelait par son prénom, Arch, l’Archempereur des Arches et chef suprême, 3e puissance mondiale, venait de se faire traîné dans la boue par son fils.

« Quand tu reviendras terrassé par le froid et dévoré par la maladie, je ne serais plus là pour t’accueillir, et mes soldats te mettront en charpie !

-Quand je reviendrais, ton domaine tombera ! Toi, ton titre, tes armés, ton château, et tout l’orchestre !

-Laisse les musiciens en dehors de ça, ils n’ont rien fait !

-T’es vraiment trop con ! »

Escé partit à la hâte, Crystal dans ses bras.

« Tu n’aurais pas du faire ça.

-Plutôt mourir que de m’excuser, je ne le supportais plus. »

 

 

 

 

Depuis Wyrm, Escé voyagea jusqu’à Jyz. Ils passèrent à coté d’une grotte ornée de joyaux.

« Cette grotte est trop décorée mais n’est pas garder, pourquoi ne l’a-t-on pas volée ? »

Il se mit face à l’entrée et gratta une pierre pour en décrocher un magnifique rubis qu’il offrit à Crystal.

« Cadeau, mon aimée.

-Que c’est gentil ! Mais ce n’est pas à toi.

-Porte-le en pendentif, il te va à ravir ! J’en décrocherais bien davantage. »

Il gratta de nouveau la pierre, puis donna un saphir à Crystal.

« Ce n’est pas à nous, voyons ! Repose ça ! »

Elle garda tout de même la pierre précieuse et Escé se tourna vers les alentours.

« Étrange endroit n’est-ce pas ? Personne ne… »

Une ombre leur cacha le soleil un instant.

« C’était quoi ça ? Crystal ? Crystal ?? Crystal !

-Un…Un…Un dr…dra…UN DRAGON !!! »

Un gigantesque dragon rouge se posa lourdement devant eux.

« Qui ose me voler mes joyaux durement acquis ?

-C’est à vous ? Ah je suis désolé ! Je vous les rends !

-Tais-toi, mortel ! »

Il piégea soudain Escé sous sa patte avant.

« Mortelle, tu porte mes joyaux ! Tu vas périr pour ça !

-M…Mo…Mon Sei…Seigneur…Balbutia-t-elle terrorisée,  je suis désolée je…

-Meurs par mon souffle de flamme !

-Essaie un peu ! Hurla Escé en soulevant la patte du dragon, je vais te mettre en cendre ! »

Il sauta à la gorge du dragon et lui trancha à plusieurs reprise avec son épée, mais en vain : Le dragon était bien trop résistant.

« Tu oses t’en prendre à moi ? Ton châtiment restera gravé dans les mémoires !

-Tu vas te faire un claquage de langue à force de sortir des phrases à rallonge ! Il parait que c’est super douloureux ! »

Sans prévenir, le dragon le croqua. Ses crocs tranchèrent la tendre peau d’Escé qui hurla de douleur.

« Lâche-moi sale bête ! »

Il donna des coups de poings dans les crocs plantés dans sa chair, mais ne réussit qu’à souffrir d’avantage. Il pensait vivre ses derniers instants, se débattant inutilement de la gueule dentelée du dragon imposant. Il regarda les yeux du dragon, trop loin pour être atteints, et vit que le dragon ne le regardait pas lui, mais Crystal. Les griffes du reptile fendirent l’air et au moment où Crystal allait être envoyé au ciel dans d’atroces souffrances, le sceau sur le bras d’Escé se brisa :

=> Extrait : Le Seigneur-Croc et le dessinateur dans le fond de la salle

Les crocs du dragon volèrent en éclats et il hurla de douleur, déviant la trajectoire de sa patte sous le spasme de souffrance. Escé se releva, des plaies béantes dans ses membres. Escé lui trancha la gorge, le décapitant à moitié.

« Tu vas mourir, dragon.

-Je me rends compte…que j’ai était égoïste… Tu as mérité ta victoire, gamin…Prends ce que tu veux. »

Le dragon rendit son dernier soupir, et le tatouage de sceau reprit sa forme initiale.

« Tout va bien Crystal ?

-Moi ? Oui mais toi ! Tu as vu tes blessures ? »

Escé regarda ses membres mutilés et s’effondra de douleur.

« C’est maintenant que tu t’en rends compte ?

-Arg ça fait mal !

-Pourquoi tu as pris ses joyaux ? Le pauvre dragon !

-Pauvre dragon ? Il a voulu te tuer !

-C’est ta faute ! »

La dispute continua…

Des villageois s’approchèrent, avertis par le cri du dragon.

« Vous avez vu ? Ils ont tué le dragon !

-Quelle force !

-C’est prodigieux !

-Il est blessé !

-Faut le soigner !

-Un médecin ici ?

-Moi je ne l’approche pas.

-Enfin ce dragon est mort !

-Tais-toi, on n’en sait rien. »

Escé et Crystal hurlèrent en chœur :

 

 

« Pfff vous avez vu votre état ? Inconscients ! »

Les villageois avaient vu le dragon mort, tous étaient libérés. Escé était soigné par le seul médecin à des kilomètres à la ronde.

« Merci pour les soins, lança Escé en se levant de son lit, mais il faut que je parte.

-Où allez-vous comme ça ?

-A Koljeizer »

Il n’attendit par la réponse pour partir, mais ne put s’empêcher de retourner voir le dragon. Tous les joyaux avaient été dérobés et le cadavre du dragon semblait intouché. Il ouvrit la gueule du dragon et vit dedans deux crocs en parfait état. Il réfléchit, pour se décida. Il prit le collier de métal étrange que le dragon portait à son cou et retourna au village voir le forgeron.

 

Il arriva chez le forgeron qui l’accueilli avec joie.

« Ah mais voila notre sauveur !

-Oui, oui, j’ai besoin de tes compétences.

-Je suis tout ouïe. »

Escé sortit un parchemin de sa poche.

 

« Vous voyez ? Je veux une arme avec les crocs du dragon, et la barre de métal doit être forgé avec le métal de son collier. Il faut que ça fasse la longueur de mon bras à peu près…et une largeur assez grande pour être extrêmement résistant.

-Ah oui je vois…Un bien grande idée, pour le moins novatrice. Laissez-moi une demi-journée.

-D’accord je repasserais dans l’après-midi.

 

Il arriva sur la grande place du marché, pour tuer le temps. Crystal était intéressé par un grand nombre de chose et la plupart des villageois lui offraient avec joie. Escé laissa Crystal farfouiller dans une boutique et s’éloigna, il surprit une conversation.

« Vous en avez une grosse !

-Oui…vous aussi, comment faites-vous pour la ranger ?

-Ah ça ce n’est pas facile, il faut le reconnaître.

-On doit la sentir passer quand vous vous en servez ! »

Escé intervint.

« Salut, du quoi vous parlez ?

-De nos épées. »

Il vit qu’en effet leurs épées étaient démesurées, c’était des fendoirs impressionnants.

« Passe-moi ça une seconde…

-Oui, tiens. »

Il prit la gigantesque épée à bout de bras, elle était lourde, très lourde. Sa structure étrange faisait d’elle une arme imprévisible et il y avait de nombreux points obscurs sur ses compétences.

« Une bien belle arme.

-Je l’aime beaucoup, mais elle ne vaut pas le Fendium.

-C’est quoi ça ?

-Tu ne connais pas « El famous ? » Le Fendium est une arme légendaire ! Personne ne sait où elle est.

-Ah bon ?

-Escé vient voir !! »

L’intéressé se retourna et vit Crystal avec une énorme peluche dans les bras.

« Je l’ai gagné à la loterie !

-Une…Peluche ?

-Un gros nounours !

-Un…ah lala… Viens on retourne voir le forgeron. »

Crystal refusa de jeter son gain et Escé dut le transporter dans toute la ville sous les regards intrigués.

« Me revoilà forgeron, et ne fais pas attention à cette peluche…

-Ah te revoilà… Bon à part la peluche…

-Oublie-la.

-Donc j’ai ton arme, comment tu l’appelleras ?

-Je ne sais pas encore…Hum… »

Il posa la peluche et fit quelques mouvements.

« Je la nomme « La seigneurie du dragon ».

-Un nom à coucher dehors !

-Vous n’avez aucun goût.

-Si j’ai du goût ! J’ai même gravé ta barre qui tient les crocs.

-Alors je lis…Conception Brikane Office, Jyz

-Ça me fera de la pub.

-Euh oui sûrement. »

Il s’éloigna en pensant à l’absurdité d’une indication aussi vague.

 

 

Ils arrivèrent à Koljeizer. Ce pays était gouverné d’une main de fer par Archéom, l’ombremage le plus puissant de l’histoire. Après une semaine de voyage, ils brûlaient d’envie de se reposer. A la frontière, on leur demanda :

« Qui es-tu, étranger ? Toi qui veux entrer dans ce pays délabré ?

-Je suis Es…Le Seigneur…Je suis le Seigneur-Croc, prétendant au titre d’empereur. Archéom tombera.

-Quelle prétention ! T’en as dans le froc mon gaillard ! Non mais j’admire ! Aller viens boire un coup, ou plutôt venez, futur-majesté.

-Je suis mineur.

-Si l’empereur bois pas sous prétexte qu’il est mineur, tu gouverneras mes couilles ! »

Malgré sa réticente à boire de l’alcool, le Seigneur-Croc but plus de verre que celui qui l’avait accueillit tout en restant sobre.

« Ha ha ha ! T’as un brave gars, mon gars ! Des gars comme toi, ça se trouve pas comme ça, mon gars ! Et la copine elle boit pas ?

-Pas envie. Répondit sèchement Crystal.

-Roooaller quoi ! Bu un coup !

-Non !

-Aller ! Je suis sur que t’as chaud. Viens que je t’enlève toutes ses fringues ! »

Avant qu’il eut fini sa phrase, le Seigneur-Croc l’avait attrapé par le poignet.

« On ne touche pas ma femme !

-T’es marié ?

-Pas officiellement.

-Alors on s’en tape ! Aller à poil ! »

L’homme traversa le bar et le mur lorsqu’il posa sa main sur l’épaule de la fille.

« Je vais devenir empereur, pas un gars abruti par l’alcool comme vous ! Crystal, on s’en va ! »

 

Ils arrivèrent à Trachéom, château d’Archéom, l’espace était surveillé par des sorciers avec un heaume en forme de dôme.

« Crystal, reste ici.

-Escé, je…

-Je ne suis plus Escé.

-Je ne vais pas t’appeler Seigneur-Croc.

-Appelles moi comme tu veux, mais pas comme ça. »

Il partit vers le château.

 

 

Il arriva devant l’imposante forteresse : Trachéom. Il lança un regard au garde et dit :

« Je veux rencontrer Archéom.

-Il te tuera, va-t-en, gamin.

-Qu’il essaie seulement de me chasser d’ici. »

Il passa devant les deux gardes qui ne bougèrent pas, pour eux, ce jeune homme venait de mourir. Il traversa un long couloir, monta des escaliers, ouvrit des portes et finalement, il demanda son chemin à un mage en robe noir.

« Hé toi, où est Archéom ?

-Tu veux le rencontrer ? J’espère pour toi que tu as rédigé ton testament. Fais demi-tour, tourne à droite, puis troisième à gauche, et enfin en bas des escaliers. Il y aura une grande porte, c’est derrière.

-Merci. J’y vais de ce pas…et je tuerais Archéom pour prendre sa place.

-J’espère que vous ne serez pas aussi cruel que lui, en tout cas, vous ne pourrez être pire. »

 

Il suivit les instructions du mage et tomba face à une grande porte avec deux gardes superbement armés devant.

« Je voudrais entrer.

-Nous ne sommes pas autorisés à laisser passer n’importe qui. Donnez-nous le code.

-Vous aimez la domination d’Archéom ?

-Non, évidement.

-Qui agit contre ?

-Personne.

-Pourquoi ?

-Nous ne sommes pas capables de nous opposer à lui.

-Alors vous le soutenez ?

-Non, nous obéissons, nuance.

-Erreur, il n’y a aucunes nuances. Combattez-le ou partez, ne lui obéissez pas. Comment avez-vous pu le laisser prendre cette place ?

-Il nous avait promis un monde meilleur, et une nouvelle religion. Il nous a…trahit.

-« Tu ne tueras point ». Depuis quand ne l’ai-je entendu ? Au nom de quelle religion vous massacrer en est fier ?

-On lui a promis un pouvoir absolu contre son fameux monde meilleur.

-Un tyran reste un tyran. Qu’il hurle au nom de la lumière ou qu’il chante les ténèbres. Des promesses d’un monde meilleur qu’il détruit peu à peu chaque jour… »

Il franchit la porte en achevant sa phrase.

« Je connais pas cette religion où on anéantit par amour. »

A l’autre bout de la salle, un homme en robe noire bondit sur son siège.

« Qui vous a laissé entrer ? Les gardes seront exécutés pour ça !!

-Tu terrorises ta population alors que tu lui avais promis une vie meilleure, et je convoite ta place. Aujourd’hui, tu vas mourir.

-La terreur est le seul régime capable de sauver les gens, je sais ce que je fais, descendance par descendance, je guide mon peuple.

-Voila ce qu’ils laissent à leurs descendants : La même haine et la même couleur du sang. La même peur étreignant le même peuple, la même sueur et les mêmes drames. Fais ta prière, si tu as réellement un dieu à qui t’adresser. »

D’un saut, il arriva au niveau d’Archéom et empala le vieux mage rouillé par le temps d’un coup à la gorge.

« Je… T’avais… Sous-estimé… Salaud… Tu peux détruire le mal, mais pas le bien qui l’abrite. Je peux le voir dans tes yeux. »

Archéom perdit connaissance un court instant, puis de grands cris de surprises et de douleur déchirèrent le bref silence.

« Tu as de la réserve, mais cette fois, je vais pas te louper ».

Escé retira sa lame et la brandit vers le ciel, prêt à trancher son ennemi en deux à la verticale.

« Non… Attends ! Bénis sois-tu ! »

Les vêtements de l’ombremage devinrent peu à peu jaunes. Un éclat lumineux jaillit de ses mains et la plaie mortelle se referma avec une vitesse impressionnante, même pour l’archevêque qu’Escé avait connu chez son père. Les deux gardes se jetèrent à corps perdu sur leur sauveur pour l’empêcher de prendre une vie.

« Arrêtez ! Seigneur Inquisatus ! Enfin vous revoilà ! Quelle joie de vous revoir ! »

L’arme pointée vers le ciel descendit et se rangea à sa place.

« Expliquez-moi ceci ou je tue toutes personnes dans cette pièce.

-Inquisatus a été corrompu ! C’est pour ça qu’il est devenu Archéom ! Enfin le revoilà ! Nous sommes sauvé !!

-Archéom risque-t-il de revenir ?

-Oui, prononça enfin le vieil homme d’une voix massacrée par le sang. Achève-moi, ou tout va recommencer.

-Je ne tue pas quelqu’un pour rien, on a des principes ou on n’en a pas.

-Cette corruption ne se contrôle pas, il faut me tuer !

-Pas question. Il y a forcément une autre solution. »

Il désigna du doigt l’un des gardes.

« Toi, je te nomme général, fais le nécessaire. Au moindre doute, tues Inquisatus, je ne veux plus voir Archéom. »

Il s’assit sur le trône déclara en désignant l’autre garde.

« Toi, je te nomme héraut, va et annonce qu’Archéom est tombé. Toute l’armée est conviée devant Trachéom. »

Il regarda autour de lui comme s’il chercher quelqu’un.

« Je veux un prêtre pour me couronner empereur. Je veux un nouveau blason pour Koljeizer. Je veux moi-même dessiner mon emblème. Je veux crée ma propre hiérarchie avec mes propres grades. Mais avant toutes choses, je dois aller chercher quelqu’un… »

 

 

Crystal avait attendu moins d’une heure dehors malgré le froid. Il se jeta au cou de son aimé lorsqu’elle le vu.

« Tu as réussi ?

-Bien sur. Je suis empereur, la cérémonie arbitraire va commencer. Je vais inspecter chaque soldat un à un. Je vais préparer notre chambre, et celle de notre enfant qui naîtra bientôt…

-Ne sois pas pressé, normalement, il faut encore compter sept mois.

-Même s’il fallait attendre des millénaires, sa chambre sera prête demain. »

Une bouteille d’alcool à moitié vide explosa la fenêtre et s’abattit sur Crystal, prise par derrière. Un homme ivre sortit de la taverne proche.

« Holà ! Ca va ma mignonne ? »

L’homme tomba sous la force écrasante du nouvel empereur.

« Cette taverne sera rasé. »

 

 

Ils retournèrent à Trachéom où ils furent accueillis en héros. Toute l’armée s’était réunie devant la passe qui rejoignait Trachéom à la terre ferme.

« Vous allez être testé, jugez, et vous aurez un grade. Mais avant cela, les grades, je vais les faire. Mais je dois nommer des juges pour vous juger, et je dois juger les juges pour ça… Bon en attendant, vous êtes de permission et ce jusqu’à nouvel ordre. »

Il pointa du doigt un haut gradé.

« Toi, trouve-moi un prêtre pour un mariage. »

Il en désigna un autre.

« Toi indique-moi la bibliothèque, je dois trouver un moyen de sauver Inquisatus. »

La foule se dispersa rapidement et les 2 désignés firent ce qu’on leur demandait.

 

 

Après une semaine de chaos et de confusion total dans l’administration, le nouveau régime était mit en place. Il fallait trouver des juges, jugez les soldats, procéder au mariage et sauver Inquisatus. Escé, toujours pas empereur, alla faire un tour avec Crystal. Ils allèrent à la falaise, cachée de tout. Ils profitèrent de ce moment et lorsque les choses semblèrent avancer, Escé reçu une pierre sur la tête.

« La vache pour vous trouver faut avoir du courage ! Lança une voix.

-Qui ose me déranger ?

-Moi, et je suis plus fort que vous !

-Qui es-tu ? Et surtout pourquoi viens-tu ?

-Mon nom est Dimention, je suis un démoniste de rang 7. »

Les démonistes sont gradés sur 10 rangs, avoir le 7e rang était respectable.

« Et pourquoi nous interromps-tu ?

-Je viens me mettre à votre service, je viens essayer de sauver Inquisatus et par dessus tout je viens ici parce que je m’ennuie dans la salle du trône à vous attendre.

-Je devrais te mettre en morceau pour violation de l’intimité de l’empereur.

-Vous n’êtes pas empereur.

-Ca m’empêche de vous découper ?

-Essayez. »

En un instant, la seigneurie du dragon était dans la main d’Escé, il frappa Dimention de toutes ses forces mais fut bloquer par un démon difforme.

« Qu’est-ce ?

-Un coureur des ombres, un démon quoi. »

Il posa sa paume sur le ventre de l’empereur qui s’envola et chuta de la falaise. Puis il s’assit près de Crystal.

« Et vous, vous êtes ?

-Crystal, je suis… La promise du futur empereur.

-Fiancée ?

-Non.

-Future épouse d’un futur empereur, c’est beaucoup de « futur » pour une seule phrase.

-Et je suis une future mère.

-Toutes mes félicitations. Est-ce un garçon ou une fille ?

-Je ne sais pas. Je suis enceinte de 2 mois.

-2 mois ? C’est trop peu pour que je puisse dire son sexe.

-Vous pouvez ?

-En regardant son âme. S’il est guerrier, il sera garçon, s’il est doux, il sera fille.

-Macho !

-Je sais le test n’est pas très fiable et c’est très macho, mais bon je suis démoniste, pas chirurgien.

-Un démoniste prend des vies, il ne la donne pas.

-Erreur ! Un démoniste utilise la vie qu’il prend, un démoniste donne la vie aux démons. Un démoniste est un humain. « L’ombre s’est faite humaine », c’est ma devise, je suis un démoniste, je suis des ombres, je contrôle les flammes, mais je suis humain et d’une agréable compagnie selon mes amis… Ah votre futur mari est enfin remonté de la falaise.

-Il est trempé ! Ria Crystal.

-Je vais le sécher… »

Il lança un sort qui chauffa l’empereur sans le brûler et fit évaporer l’eau.

« T’es fort, Dimention… Lança Escé, tu disais pouvoir sauver Inquisatus, comment ?

-En emprisonnant son âme de un pendentif.

-Inquisatus ?

-Non Archéom.

-Ah bon ?

-Un démoniste qui ne sait manier les âmes s’appelle un abruti.

-Un ombremage.

-Non, un ombremage peut faire autant avec une âme qu’un démoniste, mais ils maîtrisent le givre, nous la démonologie. Voila la différence. Aussi ils ont tendance à se battre en solo, nous on n’a pas de problème à faire équipe. Et…

-C’est bon, c’est bon. Sauve Inquisatus s’il te plait.

-Tu crois qu’il suffit de claquer des doigts ? Un sort et c’est fini ? Il me faut un composant.

-Lequel ?

-Un pendentif résistant, il doit être forgé par le souffle d’un dragon.

-Rien que ça ? Tu crois que j’ai que ça à faire ?

-Ne t’occupe pas de ça, je m’en occupe. Mais tout travail mérite salaire, je veux ma propre pièce, mon laboratoire, autant de composant que je veux et la permission de faire des expériences dangereuses…

-Je t’arrête, quel genre d’expérience ?

-Du genre qui risque d’exploser à tout moment et de faire des cendres, rien de grave.

-Pas d’expérience sur un homme ?

-Non pas mon style. »

Dimention se leva.

« Je me mets en route.

-D’accord, fais vite. »

L’empereur rentra au château, Inquisatus l’attendait.

« Vous allez avoir l’honneur d’être sacrer empereur et d’être marier par un archevêque.

-Vous allez le faire ?

-Bien sur, la cérémonie se déroulera demain. A deux heures avant le coucher du soleil.

-Le mariage ?

-Non la sacralisation.

-D’accord, et le mariage ?

-On verra. J’ai un message : Il y a des troubles sur la côte à un jet de pierre d’ici… Si c’est vous qui la jetez. »

D’un geste de la main, Inquisatus montra une direction.

« J’y vais. »

 

 

Sur la côte, un bateau s’était amarré à la falaise. Ses voiles étaient repliées et un campement était établie sur la petite plage de rocher ensevelit de sable. Escé y alla calmement, et vis que les marins semblaient épuisés. Un se déchargea de son fardeau de matériel est s’écrasa sur le sol.

« Encore un qui s’est évanouie. Lança une voix. Laissez-le où il est, dans 5 min, repos général. »

Les marins grommelèrent et achevèrent leurs corvées. Une fois ceci fait, ils s’allongèrent et dormir aussitôt. Un homme de carrure moyen sorti du bateau.

« Bon, dit-il en s’étirant, même le capitaine à droit à du repos…

-C’est toi le dirigeant de ce navire ? Lança Escé, tu es sur mes terres sans autorisation, je ne vais pas chasser ces hommes qui semblent épuisés, mais…Voila, tu me comprends.

-Ah ? Oui oui, nous pouvons peut-être nous arranger…

-Là n’est pas la question. Je ne vais pas vous chasser mais ne restez pas ici longtemps.

-Nous avons navigué 1 an durant. Laissez-nous un mois de repos !

-Un mois ! Je vous laisse une semaine !

-Une semaine est trop courte !

-Ce n’est pas mon problème, vous accosterez plus loin.

-Le bateau n’est pas en état de repartir !

-Je n’y connais rien en bateau.

-Écoutez, nous resterons une semaine, mais rien ne nous empêche de négocier, je vous offre la compagnie d’une des meilleures femmes du navire.

-Je ne marchande pas les hommes ou les femmes comme des ressources, cette conduite que je juge inhumaine peut vous valoir la peine de mort.

-De mort ?! Attendez de la voir en action au moins ! Et puis une compagnie moins rustre ne lui fera pas de mal.

-M…Moins rustre ?? Je devrais vous enfermer jusqu’à votre décomposition !

-Calmez-vous ! Passez une nuit avec elle et on en discutera. Ça lui fait plaisir !

-Prouvez-le ! »

Il secoua une femme qui dormait paisiblement.

« Debout, Kiérol ! Tu as du travail !

-Du travail ? A cette heure ? Bon…je n’ai pas le choix… »

Elle se leva péniblement.

« C’est cet homme, sur le rocher. »

Elle marcha maladroitement et glissa, mais fut rattraper par le guerrier.

« Je passerais la nuit avec elle, mais pas comme vous l’entendez je suppose… Je serais de retour à l’aube.

-D’accord, laissez-nous dormir. »

‘Et je vous ferais connaître une souffrance qui restera gravée dans la Légende.’ Pensa l’empereur.

 

 

La dénommé Kiérol fut amenée dans la chambre impériale où elle fut présenté à Crystal.

« Crystal, j’ai de la compagnie, c’est… Une amie. Tu me fais confiance ?

-Aveuglément.

-Bon, euh comment dire ? Il faudrait que tu partes, disons qu’on lui a inculqué des habitudes… Malsaines.

-Oui je comprends, raisonne-la. »

Crystal quitta la pièce sans la moindre hésitation et sans le moindre doute, Escé n’aimait qu’elle, ou du moins, jamais il n’aimerait une autre femme autant qu’elle.

Le guerrier la suivit du regard puis lorsqu’il regarda Kiérol, elle était à moitié nue. Il se retourna vivement et lança d’un ton très gêné.

« Rhabille-toi, tu n’es pas sur un bateau de salauds, tu es dans la chambre de l’empereur.

-Vous êtes impuissant ?

-Impuissant ? Quel rapport ? Je suis très fort ! J’ai battu Archéom.

-Non, impuissant signifie que vous…

-Que je ne suis pas puissant, c’est dans l’étymologie du mot. »

Kiérol lui expliqua en baillant ce qu’elle sous-entendait par là.

« Là n’est pas la question, de toute façon je suis… Spécial. Tu es ici chez toi, et tu peux y passer ta vie, je ne tiens pas à te ramener sur ce bateau. »

Kiérol s’éveilla soudainement.

« Vraiment ? Vous m’accordez l’asile politique ?

-Je t’accorde plus que ça, un foyer, une vraie vie, et des gens bien autour.

-Ce… Je ne sais quoi dire, que dois-je payer pour ça ?

-Euh rien ! Tu possèdes de l’argent ? Même si c’était le cas je n’en voudrais pas.

-Non, je parle avec mon corps… »

Escé s’appuya la tête sur le mur comme s’il allait tomber.

« Que t’ont-ils fait vivre sur ce rafiot ? Quelle horreur.

-Je peux vous le raconter, tout à commencer…

-Non merci !! »

Il sembla pensif, mais Kiérol ne le vit pas puisqu’il était tourné.

« Vous ne dites rien, qu’avez-vous en tête ? Des choses…

-Non ! Ecoute, imagine le pire des pervers !

-C’est fait.

-Je pense plus à la guerre et au sang qu’il pense au sexe.

-Ca fait beaucoup… Je suis libéré de violeurs et je tombe sur un barbare.

-Je suis pas un barbare ! Juste un peu violent… Je pensais au combat, tu sais te battre ? »

Il se retourna et vit qu’elle ne s’était pas rhabillée et refit demi-tour, si bien qu’il sembla faire un tour complet.

« Oui, je maîtrise la magie…

-Peux-tu juger quelqu’un s’il te montre ses facultés ?

-Ses facultés…

-Tu as les idées mal placées, ma pauvre.

-J’en suis désolée.

-Pas ta faute ! Des facultés de combat.

-Ah, eh bien oui, je pense.

-Je vais te former à cela, il faut distribuer les grades dans cette armée. Mais avant tout, rhabille-toi !!

-J’ai peut-être les idées mal placées mais vous, vous êtes complètement coincé.

-Qu… Quoi ? Je te signal que depuis cinq minutes, je suis ton empereur.

-Ah j’avais pas fait le rapprochement, mais vous n’êtes pas empereur !

-Mais tais-toi dont ! Cette pièce est la seule à avoir un lit confortable, tu dormiras ici cette nuit. Demain à l’aube, je dirais à tes anciens compagnons que tu les quittes… Entends par là qu’ils vont quitter ce monde, et ce dans la souffrance. Ils vont payer, tout ce paye. Tout. »

Il se retourna lentement avec hésitation et vit à la pile de vêtement sur le sol que Kiérol dormait nue, mais bon elle dormait. Ce qu’elle avait dû endurer devait être atroce. Escé n’hésitait pas à prendre des vies, mais imaginer ce spectacle lui retournait les viscères alors que les pires massacres le dégoûtaient à peine.

 

 

A l’aube, Escé alla au point d’accostage où il y avait les marins.

« Hé vous ! »

Le capitaine se retourna.

« Depuis combien de temps Kiérol fait-elle ce genre de… Service ?

-Depuis qu’elle a 15 ans, elle en a 25 maintenant.

-Bon ben, je crois qu’on va devoir vous recoudre… En enfer !! »

Il massacra la moitié des hommes présents d’un coup, perfora le crâne de l’un, brisa la nuque d’un autre. Il se tourna vers le capitaine.

« Hump. Tu supplicierais un vieil homme ?

-Devine. »

Il le cloua au sol par son arme et lui prit la main.

« Enchanté, je suis votre némésis. »

Il lui arracha le bras. La victime hurla de douleur.

« Ah, vous n’êtes plus symétrique. »

Il lui arracha l’autre.

« Mince ! Sans femme à séquestrer, vous aller avoir besoin de votre main. Sans elle, je vais vous épargner de ne pouvoir vous satisfaire, je suis gentil non ? »

Il enfonça son arme dans l’entrejambe de l’homme.

« Arrête, gamin, à ma place, tu…

-On pari ? »

La capitaine mourut sans raison.

« … J’espère qu’en enfer, on lui infligera la douleur qu’il mérite. Ce salaud.

 

 

Escé fut sacrer empereur, désormais il était le chef absolu de ce pays.

« Crystal, à propos de Kiérol…

-Elle m’a tout raconté.

-Tout ?

-Tu cherches à cacher quelque chose ?

-Si elle t’avait tout raconté, tu ne serais pas à coté de moi et quelque part plus loin à vomir tes reins.

-Plus exactement ?

-Une chose terrible que je ne tiens pas à te révéler, ça tient en une phrase.

-Dis-la moi.

-Pas question.

-Dis-la-moi ou tu le regretteras !!

-Je préfère te protéger d’un traumatisme que t’empêcherais de la regarder sans une abondance de pitié dans le regard. Car ça, je le regretterais. »

Il partie sans dire mot.

 

 

Toute l’armée était devant Trachéom, l’empereur déclara.

« J’ai sélectionné un certain nombre de juge, dix exactement. Inutile de faire la queue, allez boire un coup, ce sera long. Chacun son tour, première rangé vous commencez. »

Dix tables et vingt chaises furent disposées, chaque soldat ou général fut jugé sans distinction. Certains furent intéressants.

 

 

Le 143e soldat fut intéressant.

« Bonjour Seigneur-Croc.

-Salut, alors que sais-tu faire ?

-Je sais faire bien des choses.

-Quelle ta spécialité ?

-Hum…Apprendre.

-Apprendre ?

-Enseigner plus exactement.

-Ah, je vois. Quel mot vous définirait le mieux ?

-Patience.

-Votre devise ?

-Même la patience de la lumière a ses limites.

-Je vois… Vous savez manier quelles armes ?

-A peu près toutes…

-Haches ? Épées ? Masses ? Pugilats ? Lance ? Hast ? Boucliers ? Fendoir ? Tranchoir ? Claymore ? Dagues ? Armes de jets ? Arbalètes ? Arc ?

-Poignards, crocs, armes de fortunes, kriss, marteaux, massues, etcetera.

-Impressionnant. Je me demande quel grade vous mettre… Montrez-moi vos mouvements. »

L’homme se leva et ouvrit sa veste, dedans se cachait un nombre d’arme plus qu’impressionnant, et leur diversité encore plus.  Il était agile bien que peu fort, rapide et expérimenté.

« Je vous nomme maître d’arme. C’est pas un grade répertorié mais… Faut juste que je le case.

-Quel sont les grades ?

-Y’en a neuf, soldat, sergent, lieutenant, vice-capitaine, capitaine, colonel, unité d’élite, officier et général.

-Un capitaine est un officier, pareil pour un général… C’est du grand n’importe quoi.

-Je fais les grades comme il me plait.

-Pas de caporal ? Pas de sous-lieutenant ? Pas d’adjudant ?

-Non.

-Pas très glorieuse comme hiérarchie.

-Ton grade sera moins glorieux aussi si tu continues. Je trouverais bien un vétéran pour mettre ça en ordre.

-Oui désolé.

-Tu es maître d’arme, SUIVANT ! »

 

Après des jours d’examen interminable vinrent enfin les derniers. Il restait huit personnes dans la file de l’empereur qu’il examina avec soin malgré son épuisement mental. Il se leva et voulut partir quand une main le retint.

« Je n’étais pas de l’armée d’Archéom, je peux tenter ma chance ?

-Oh je suis fatigué, ça peut attendre ? »

L’homme qui l’avait retenu se plaça face à lui. Il était plus grand, de plus imposante carrure et moustachu. Il dégaina si vite que l’empereur manqua de prendre un coup. Il s’énerva et fonça, mettant en évidence toute sa force.

« Vous êtes fort, mais inexpérimenté, ça se voit. Lança l’homme.

-Comment ? »

Les coups partaient toujours plus vite, encore et encore plus vite. D’avantage plus vite, toujours et encore. Mais l’homme moustachu les para tous bien qu’il plie sous la force de chaque coup. Finalement, le Seigneur-Croc fut pris d’un éclair de rage et enfonça sa seigneurie du dragon dans le flanc de l’home et tira sèchement, puis il lui enfonça dans la gorge et fini par lui mettre dans l’omoplate et tira pour le mettre à genou. Il se rendit compte de sa colère et se calma, une fontaine de sang gisait sur le sol.

« Je l’ai tué… Dommage il était fort.

-Me tuer ? Vous en êtes capable, mais il en faudra plus. Je suis Aomushni, spécialiste de l’endurance, vétéran de la 3e guerre, homme expérimenté et militaire loyal. Là où j’étais, mon grade était caporal, mais suite à des actes héroïques j’ai été nommé maréchal. Seulement Maréchal était un titre de noblesse, si bien que maréchal, j’étais aussi caporal. Ce titre était décoratif. Aucunes médailles, juste un mot, « Maréchal ». Je viens ici vous proposez mes service. Ils ne reconnaissaient pas ma valeur.

-J’en serais ravi. Vous avez des exigences je pense ? On va déjà vous soigner hein.

-Je veux être nommé maréchal, dans le sens militaire, être plus qu’un général. Et pas la peine de me soigner, ça me tuera jamais.

-Dans le sens mili… N’importe quoi. Bon, vous êtes bien plus fort qu’un général, maréchal sera le 10e grade, au dessus de tous les autres. Félicitation maréchal Aomash… Aomish…

-Aomushni.

-C’est imprononçable. »

 

 

L’empereur retourna à sa chambre. Il demanda aux gardes postés devant.

« Comment va Kiérol ?

-Je ne sais pas, on n’a rien entendu.

-Elle doit être intimidé et gêné.

-Peut-être dort-elle.

-Depuis 4 jours ? M’étonnerais. »

Il entra, balaya la pièce du regard et dit :

« Je suis étonné… »

Kiérol dormait encore. Le monarque mit un genou sur le lit pour s’approcher du corps immobile et secoua doucement l’épaule de la femme dedans qui s’éveilla lentement. Comme si elle venait de s’extirper d’un sommeil d’acier.

« Qu’est-ce que… J’avais fait un si beau rêve, on avait accosté à Koljeizer et… L’empereur était… Quelqu’un de bien…

-Ce n’était pas un rêve, mais je ne suis pas quelqu’un de bien. »

Sortant des draps comme un fauve sautant sur une proie, Kiérol étreignit l’empereur de toutes ses forces. Malgré la nudité de la femme, le Seigneur-Croc parvint à se concentrer assez pour ne pas réagir violement pour se dégager. Il respira un bon coup et demanda à Kiérol de le lâcher, puis il l’ordonna pour se faire exécuter.

« Mon sauveur ! Comment vous remercier ? Je suis si heureuse d’être libéré de ces marins ! D’ailleurs que leur est-il arrivé ? Et pourriez-vous s’il vous plait me regarder quand je vous parle ?

-Habille-toi avant.

-J’avais oublié à quel point vous étiez coincé.

-Pour répondre à te question, les marins sont morts.

-Vous avez battu le capitaine ?

-Je l’ai écrasé.

-Comment sont-ils morts ?

-Les marins, perforés, déchirés. Le capitaine, j’ai pris soin de le supplicier… Mais il a fini par se suicider on ne sait comment. Le diable se chargera sûrement de la suite. Après m’avoir dit que tu étais à leur service depuis tes 15 ans, j’ai pété les plombs. J’ai cru en vomir de dégoût…

-Mais ce sentiment de dégout ne s’en va pas. JE… Je ne voulais pas les tuer.

-Tu manques clairement de force mentale, mais qu’importe.

-Je… Je suis émue que quelqu’un fasse aussi attention à moi… Ca ne m’est jamais arrivé… Les gens ne m’aiment que pour mon corps d’habitude…

-Je trouve ce comportement bien pire que le meurtre.

-Je ne sais quoi dire, je ne sais quoi faire… Je ne sais comment vous remercier…

-Je n’ai même pas pensé à un remerciement quelconque. Pourrais-tu me montrer tes techniques de combat ?

-Je suis trop fatiguée, j’aimerais me recoucher.

-Après 4 jours de sommeil ??

-4 jours ? Eh bien…

-Eh ben quoi ?

-Je… Rien.

-Ne me mens  pas.

-Je suis désolée ! Vraiment…

-Du calme y’a pas mort d’homme. Tu veux quelque chose et tu n’oses pas le dire c’est ça.

-Vous m’avez tant donné…

-Tant donné ? Un lit et une place dans mon pays ? Dans quelle misère vivais-tu ?

-J’ai soif… Et j’ai faim… Je trouverais bien quelque chose. »

L’empereur sortit et rentra aussitôt.

« Ça arrive.

-Quoi dont ?

-De l’eau et un plateau repas. Si tu veux du vin il est encore temps. »

La femme tomba sur son lit, assommée par tant d’attention.

« Je ne sais quoi dire… M’apporter de l’eau est un miracle… Me proposer de m’apporter du vin est…

-Tout à fait normal ici. Tant que tu ne demandes pas la moitié de nos vivres et que tu n’envoies pas un garde faire une course toutes les vingt secondes, demande ce que tu veux et tu l’auras.

-Je n’oserais jamais. »

Elle se mit à pleurer faiblement.

« Qu’et-ce qui se passe ?

-Ce sont des larmes de joie…

-Misère… Que désires-tu d’autre ?

-R…Rien… »

Elle pleura d’avantage.

« Pardonnez-moi, c’est l’émotion c’est… Désolée.

-Jamais je n’ai vu quelqu’un pleurer pour ça et s’en excuser. Sèche tes larmes. »

Un soldat toqua à la porte.

« Entrez… Euh non n’entrez pas ! Enfin dites-moi ce qui ne va pas… Euh enfin ce qui se passe quoi.

-Hein ? Quoi ? Euh Dimention est de retour avec les composants du collier.

-J’arrive. »

Il se tourna vers la femme.

« Je dois y aller, si vous voulez quoi que ce soit, demandez-le aux gardes devant la porte, si vous voulez me voir… Demandez aussi aux gardes, et pour l’amour de la Lumière resapez-vous ! »

 

 

Dimention attendait dans la salle du trône, et sur le trône qui plus est.

« C’est ma place.

-Comme vous n’étiez pas là, j’ai pensé à vous la garder pour qu’on ne vous la vole pas.

-Bien sûr c’est évident pour n’y ai-je pas pensé ? Et le pendentif ?

-Prêt. Où est cet Inquisatus ?

-Je vais le chercher… Quoique vas-y toi, dit-il à un garde, et précise que c’est de ma part.

-Bien seigneur ! »

Dimention s’approcha de son empereur d’un pas machinal.

« J’ai entendu des pleurs.

-Oui c’est…

-Un traumatisme.

-Comment tu sais ça toi ? Tu écoutes aux portes ?

-Une âme fissurée à ce point se sent à des dizaines de mètres pour quelqu’un comme moi. Je suis passé devant la porte et j’en ai vu la raison.

-… Quand tu dis avoir vu…

-Oui j’ai vu, j’ai put voir l’origine de la fissure, c’était… Abominable…

-Oui, à 15 ans…

-13 ans et elle en a 27. »

L’empereur se figea, puis se retourna en se penchant pour prévenir une éventuelle nausée.

« Vous vous en tirez à bon compte, je l’ai vu, cette frêle jeune fille. Et ces marins vicieux… Moi aussi j’ai vomi. D’ailleurs les gardes ont été plutôt surpris.

-Je t’en supplie épargnes-moi les détails.

-Vous me suppliez ?

-Je me sens pas assez en forme pour te couper en deux.

-Je ne peux changer ses souvenirs, je ne peux changer le passé… Mais je peux guérir la fissure, du moins la refermer légèrement.

-Si tu peux l’aider, fais-le, sinon fiche le camp, je me sens mal. Toi tu ne sembles pas atteins.

-Question d’habitude. »

Inquisatus arriva.

« Seigneur, j’ai appris pour le collier… Vous semblez mal en point !

-Rien, une longue histoire que je ne tiens pas à raconter. Surtout pas… Dimention donne-lui le truc.

-Vous savez combien il m’a cassé les pieds le ‘truc’ ? »

Inquisatus mit le collier et ressentit un profond soulagement.

« Je me sens si en sécurité… Comment vous remercier ?

-C’est normal, dis machinalement le Seigneur-Croc.

-Normal ? Reprit Dimention, je compte bien être payé ! Archéom a fait l’acquisition d’une bien belle arme que je convoite… J’en ai ce moment la perche illusoire. Je veux le bâton cendré des âmes.

-Je me souviens, il est dans ma chambre, je te le donnerais. Un objet bien trop maléfique pour moi. »

Dimention tourna les talons.

« Maléfique ? Non, vous ne maniez ni le feu, ni les âmes, voila tout, la magie noire, la magie blanche… Tout dépend de comment on l’utilise.

-Dim’ attend une seconde.

-Quoi ?

-Tu dis qu’elle a 27 ans, je croyais 25, mais d’un coté comme de l’autre elle semble beaucoup moins vieille !

-Nom de la technique : « Revigoration charnelle ». Consiste à sacrifier une âme pour rajeunir quelqu’un. Elle est élémentaliste, et même, si elle pouvait utiliser la maîtrise d’âme, je l’aurais sentis je pense. Ce n’est pas de sa volonté, ça j’en suis sur. Mais on l’a rajeunit et c’est pas à portée de tous ! »

 

 

L’empereur rentra dans sa chambre, désireux de dormir. Sans réfléchir, il se glissa dans les draps et le blottit contre la femme qu’il pensait être la sienne. Kiérol sursauta et demanda d’une voix tremblante et terrorisée :

« Vous vous êtes décoincé ?

-Hein quoi qui que ? »

Il bondit du lit.

« Ah, j’oubliais… Ecoutez je suis crevé j’aimerais dormir.

-Je me suis resapé comme vous dites, vous pouvez dormir ici.

-Et ma femme ? Où est-elle passée ?

-Vous ne savez pas ? »

L’empereur lu l’inquiétude sur le visage de Kiérol.

« Que s’est-il passé ?

-Elle a fait une crise de… J’ai oublié le nom, elle a vomi et a fait un malaise, mais elle va bien elle est dans l’infirmerie.

-Je dois aller la v… L’infirmerie ? Il y a une infirmerie ? Où ça ?

-Elle dort, la réveiller serait une folie. Dormez. Il fait déjà nuit. »

L’empereur se coucha et s’éloigna de Kiérol.

« Quel coincé…

-Vous avez dit quelque chose ?

-Non rien… »

L’empereur sombra dans le sommeil aussi vite qu’une pierre coule dans l’eau. Mais Kiérol ne trouvait pas le sommeil. Elle se sentait étrange. Elle éprouvait de la reconnaissance pour l’homme allongé à coté d’elle, mais il y avait autre chose… Ce n’était pas de l’amitié, ni de l’admiration…Comme une délivrance, elle ne saurait l’expliquer. Plus tard dans la nuit, Kiérol se réveilla. Elle changea de position et passa les mains autour du cou du son voisin de lit, aussitôt il s’éveilla, saisit la première chose qui lui tomba sur la main, et ce fut une bougie, et menaça du bout de cire fondu Kiérol.

« Vous n’avez pas le sommeil lourd.

-C’est vous ? Ah… Pourquoi j’ai une bougie dans la main ?

-Vous me menaciez avec.

-Une bougie ?

-Et oui. »

L’empereur reposa l’objet et se retourna pour dormir. Kiérol se rendit alors compte qu’elle ne s’était pas sentit menacée, même si l’objet était ridicule, elle ne sentait pas que le monarque pouvait la tuer. Elle comprit alors ce sentiment qu’elle n’avait connu que dans les livres qu’elle volait dans le bateau.

« Seigneur-Croc, vous dormez ?

-Non.

-Je crois que j’ai compris…

-Comprendre quoi ?

-Ce sentiment…

-Lequel ? Et ça peut pas attendre demain ?

-Pas vraiment, enfin… Je crois que je vous… »

Elle laissa sa phrase en suspend, mais comme le Seigneur-Croc, ne réagissait pas, elle redemanda :

« Vous dormez ?

-Oui !

-Je crois que j’ai compris.

-J’ai comme une impressionnant de déjà vu.

-Je ne suis pas sûre mais…

-Alors vérifier la véracité de cette information et dites-la moi demain. »

Il ne bougea plus.

« Vous dormez ?

-Merde !

-En fait… Je crois que je vous aime.

-Oui moi aussi je vous aime bien, mais laissez-moi dormir.

-Non, je crois que… »

Elle rougit.

« Je suis amoureuse de vous. »

L’empereur bougea enfin.

« Je vous ai sortit d’un sacré mauvais pas, c’est sur, mais on se connait depuis 5 jours ! Je ne sais pas quoi dire, en fait… Je suis trop fatigué pour y réfléchir. Vous êtes sous le choc, surement. Apprenez d’abord à me connaître, moi, un homme violent.

-Alors dormez.

-Merci de me l’accorder enfin ! Bonne fin de nuit. »

Kiérol ne put dormi, trop perturbée par cette découverte. Après une attente interminable, elle demande :

« Vous dormez ? »

 

 

Deux jours passèrent sans encombre. Kiérol avait montré une grande capacité à utiliser la magie. Depuis maintenant deux heures, les soldats s’étaient éparpillés autour d’elle, un seau à la main et le visage stressé.

« Belle boule de feu, commenta l’empereur, c’est votre maximum ?

-Non, mais je ne pense pas faire vraiment mieux. »

Un soupir de soulagement parcourut l’assemblée de gardes.

« Et en givre, vous vous y connaissez ?

-Non, pas vraiment, je peux geler l’eau, je ne peux m’attaquer ni au objet ni à l’humidité de l’air, à moins qu’il pleuve.

-Montrez-moi. Soldats, inondez-moi cette cour. »

Tous les soldats lancèrent leurs seaux. Rapidement, une couche de glace de plusieurs centimètres s’étendait dans la cours, piégeant le Seigneur-Croc. Il se dégagea sans peine.

« Pas très solide, mais c’est pas mal. Vous maîtrisez autre chose ?

-Il y a beau avoir comme éléments l’eau, la terre, le feu et le vent, je ne maîtrise pas tout.

-C’est vrai que tout à l’heure, le cyclone était pas mal, mais loin d’être suffisant. Vous ne maîtrisez pas la terre ?

-Non, enfin je peux faire une petite motte de terre ou faire un trou pas trop grand, mais rien de puissant.

-Je résume, vous maîtrisez assez le feu pour faire une boule de feu de la taille de la cour, soit 400 mètres sur…Je dirais 200 mètres. Vous maîtrisez assez le givre pour permettre le passage d’une petite armée, mais pas assez bien pour piège un ennemi de grande force. Vous maîtrisez le vent au point de faire envoler des soldats, pas mal. Vous ne maîtrisez pas la terre…Et la foudre ?

-Jamais eu le temps d’apprendre cette école.

-L’arcane ?

-Ah ne me parlez pas d’arcanes, ça n’a rien à voir avec les éléments et c’est encore plus compliqué que l’ombre.

-Vous maîtrisez l’ombre donc ?

-Non, je reste sur ma maîtrise élémentaire.

-Je vois… Je vous nomme officier. Votre magie nous sera d’un grand secours.

-D’accord. »

Le monarque leva les yeux et vit par la fenêtre d’une tour proche sa femme lui sourire.

« Crystal semble rétablie… »

 

 

 

 

VII Sous le joug du Seigneur-Croc

 

 

Six mois maintenant que le Seigneur-Croc avait conquit Koljeizer. Huit mois que Crystal était enceinte. L’armée était coordonnée, le régime en place. Le Seigneur-Croc et Kiérol n’avaient plus parlé d’amour depuis que cette dernière lui avait avoué ses sentiments. Crystal sentait les symptômes de la grossesse avec patience, dans un mois, elle serait mère.

« Bien ! Bien ! Très belle passe ! Ah… Aaaaaa… Et non dommage ! Maréchal Aomushni : 1372 victoires aujourd’hui, aucune défaite jusqu’à lors !! »

Comme toujours, le maréchal entraînait les troupes et les soldats amusaient à compter ses victoires. A part le Seigneur-Croc lui-même, peu de gens pourraient le vaincre. Au centre de l’attroupement voisin, une voix féminine s’éleva :

« 15462 combats, 12454 soldats, 2102 officiers et 14 généraux à avoir participé !! »

Une suite de chiffre incompréhensible énonça la moyenne, l’estimation et autre chose sur les combattants.

« Qui a dit ça ?

-C’est Khuozufp seigneur, pourquoi ? »

L’empereur s’en rapprocha.

« Khoaséof !

-Khuozufp.

-Oui voilà, Khuozufp. Dis-moi ton grade.

-Sergent.

-Dis-moi ton vrai grade.

-Capitaine.

-Tu as un don pour les calculs, tu me serais très utile. Je te nomme officier, si j’ai besoin d’une comptable, je veux pouvoir compter sur toi. Peux-tu calculer ma force ?

-Hum… »

Elle posa sa main sur le torse du monarque et dit :

« Talent : 20 000… Pas mal… Vous avez du avoir du mal à le mettre à profit. Force : 78 000…Et vous avez battu Archéom avec ça ? Talent : Bien au-delà de 100 000… Je n’en attendais pas moins. »

L’empereur en resta bouche bée, ces calculs devait être extrêmement compliqué et les chiffre impressionnant, il était évident que Khuozufp avait arrondit le tout.

« Je reviens sur ma décision.

-Tiens donc ? Répondit Khuozufp en se passant la main dans les cheveux.

-Je te nomme générale. Avec ça, tu pourras prendre d’importante décision. »

Il se retourna en voyant Kiérol franchir la porte des remparts du chemin de ronde.

« Salut ! Bien dormit ?

-Ah seigneur ! Oui oui ! Hé ! Je maîtrise la foudre ! Comme c’est assez proche du vent… »

Elle tendit la main et foudroya l’empereur.

« Force du coup reçu : 1 200. C’est ridicule pour un sort !

-Hé je débute dans cette école ! Et t’es qui toi ?

-Khuozufp, générale Khuozufp. Je suis ton supérieure je crois… Hé hé. »

Kiérol lança une boule de feu qui voila le ciel un instant.

« Force du sort : 15 000. Déjà mieux.

-Déjà…Mieux ?? Répondit Kiérol en contenant à peine sa colère outragée.

-Tu ne t’attendais quand même pas à des félicitations pour avoir fait assez de feu pour incendier une grange à peine. »

Kiérol écarta les bras, d’immenses éclairs traversèrent le ciel sans nuages, du feu se répandit sur le sol et mit feu au château avant de se noyer sous une pluie torrentielle accentué par un terrible vent qui finit par former un cyclone.

« Et là, c’est mieux ? »

Khuozufp avait regardé la scène immobile, la stupéfaction de voyait sur son visage comme un océan sur une plage.

« F…Force des sorts : 42 000… J’ai jamais vu ça… »

Kiérol lui sourit et reprit sa route.

« Qui était cette femme, finit par demander Khuozufp ?

-Une proche, dirons-nous.

-Votre maîtresse ? »

Le monarque faillit s’étouffer.

« Ma… Mais pas du tout !! C’est une amie ! C’est tout !

-Calmez-vous c’est pas si grave… Rétorqua Khuozufp en regarda l’empereur rougir d’un air blasé.

-Je suis marié je te signale ! Et je suis bientôt père.

-Oui je sais. »

 

 

Un peu plus tard dans la journée, Kiérol croisa Khuozufp.

« Générale. Salua Kiérol.

-Salut !

-Quel manque de respect envers le protocole…

-Je suis ton supérieur, et la vache ça fait du bien d’être parmi les plus hauts gradés et d’avoir deux personnes au dessus de soi !

-Fais gaffe à comment tu le dit, on pourrait penser des choses… Railla Kiérol d’un regard partagé entre la colère et l’irritation.

-C’est comme ça qu’on parle à un générale ? 20 pompes !

-Vous voulez un café aussi ? »

Kiérol tourna les talons en ignorant les ordres de sa supérieure. Puis cette dernière la rattrapa et quand Kiérol se retourna en affichant un air lassé, elle fut giflée.

« T’as de puissant sort ma mignonne, mais tu dois quand même respecter la hiérarchie !

-Disons qu’elle le fera à l’avenir, mais pas envers vous. »

Le Seigneur-Croc avait assisté à la scène. Il lança un regard critiquant à Khuozufp et aida Kiérol à se lever.

« J’ai à vous parler, officier Kiérol.

-Je ne sais même plus si c’était bien le grade que vous m’aviez donné.

-Vous êtes désormais amirale, plus haut que général, mais en dessus de maréchal. Il vaut garder l’autorité, hein… »

Ils partirent ensemble, lorsqu’ils allaient tourner et disparaître de la vue de Khuozufp, elle leur cria en riant :

« Pas votre maîtresse ? Qui le croira ?

-Si ça vous rentre pas dans le crâne, mon épée le fera ! »

 

 

Ils s’arrêtèrent dans une prairie. Kiérol fit un trou par ses pouvoirs élémentaires, le remplit d’eau et la chauffa.

« Magnifique cette source chaude. »

Il y laissa tremper un bras.

« Impressionnant.

-Un jeu d’enfant.

-Non… c’est magnifique… Bravo.

-Merci. Répondit Kiérol en rougissant.

-La magie, on peut y voir ce qu’on veut y voir.

-C’est pas faux.

-Kiérol… Vous êtes une magicienne, une élémentaliste plus exactement, de grand potentiel. Souvenez-vous de ce jour, vous êtes désormais amirale. Je vous ai sortis de l’enfer, n’y retournez plus jamais.

-Oui.

-Promettez-le-moi.

-Je le promets.

-Jurez-le !

-Je le jure.

-Je serais toujours là pour vous soutenir, je vous offre ma confiance, donnez-moi la votre.

-C’est d’accord…

-Désirez-vous autre chose.

-Oui, mais vous ne pouvez me l’offrir.

-Je vois, hélas c’est vrai.

-Je ne peux vous en vouloir.

-Amirale Kiérol, votre vie a atteint son été. L’hiver a été long, le printemps a duré huit mois. Désormais vous êtes en été. Le soleil rayonne. Profitez de la lumière.

-Merci… Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi.

-Par pitié ne pleurez pas. »

Il se retourna et partit, sa voix trahit sa joie, et il ajouta :

« Je ne le tolérerais pas de la part d’un amiral. »

 

 

Un mois plus tard. La paix règne toujours sur Koljeizer.

« Seigneur-Croc ! Content de voir !

-Salutation, maréchal.

-Je me demandais, quand est prévenu l’accouchement de votre femme ?

-Entre maintenant et dans 3 semaines…

-Question précision… Mais nous avons bien un chirurgien ?

-Chirurgien dentiste.

-Ah d’accord… On m’a informé qu’un orage se prépare cette nuit.

-Je vois cela, je me demande de quelle violence il… »

Il fut coupé par le tonnerre.

« Il sera, disais-je. »

Un grand nombre de coup de tonnerre retentirent le temps que l’empereur se mette à l’abri de la pluie.

« Je n’entend rien avec ce raffut !

-Qu’est-ce que vous dites ?

-Comment ?

-J’entend rien !

-Parlez plus fort j’entends rien !

-Quoi ?

-Comment ? »

Le monarque renonça lorsque le tonnerre redoubla de vitesse.

« 13 coups de tonnerre par seconde.

-Khuozufp ! Vous disiez ?

-Quoi ?

-Hein ? Ah et puis laissez tomb… »

L’empereur se figea, une peur panique peinte sur le visage.

« Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? »

Sans dire un mot, l’empereur partit en traversant les murs d’une charge d’épaule.

 

 

En un instant, il était aux cotés de sa femme. Le chirurgien dentiste lui annonça :

« Elle va accoucher bientôt, elle perd ses eaux.

-Ses quoi ? Ah quel raffut dehors ! »

La fenêtre fermée fit place à un mur clos, et il en fut de même pour les portes et toutes autres issues, la seule lumière de la pièce était la torche et la flamme que l’amirale tenait dans la main.

« Que…

-C’est moi qui est fait ça, lança la femme à la flamme. J’ai soudé les murs et tous autres endroits capables de laisser passer les sons.

-Merci. »

Crystal hurla de douleur soudainement, aussitôt l’empereur écrasa entre ses doigts la pierre qui était dessous.

« Que…

-C’est tout sauf agréable. Et ça va durer un moment. Mais je suis dentiste, pas sage-femme.

-Et ça on en a pas ?

-Non. Dites comment avait su pour votre femme ?

-Je l’ai entendu.

-Mais elle a à peine gémit avant ça.

-J’ai entendu malgré le tonnerre.

-Quelle ouïe…

-On s’en fout ! Et ma femme ?

-Je ne sais pas ! Normalement l’homme qui capable de faire ça seule, il faut laisser faire la nature !

-La nature ! La nature c’est le risque de se faire bouffer par plus fort que soi à chaque instant ! J’ai une idée ! Amirale ouvrez-moi ce mur !

-Il va vers une cheminée…

-Alors l’autre ! »

Le mur s’ouvrit et le Seigneur-Croc s’y précipita. Il revint avec Inquisatus.

« Seigneur, que puis-je faire ? La foi en la Lumière n’a rien à voir avec l’accouchement !

-Soignez ma femme !

-Mais elle n’est pas… »

Du sang l’étouffa lorsqu’il en avala.

« …Blessée ? »

L’empereur venait d’ouvrir le ventre de sa femme d’un grand coup d’épée. Il en dégagea avec précaution le frêle nourrisson. Aussitôt la plaie se referma.

« Vous êtes complètement malade !

-Assurément.

-Vous auriez put la tuer !

-Je sais ce que je fais.

-Vous êtes cinglé !

-Cinglé, sonné, timbré, marteau et fou ! »

Il lança un regard inquiet à sa femme qui lui sourit.

« Je ne pense pas avoir fait quelque chose de mal à part une césarienne spéciale.

-Spéciale ? Hurla Inquisatus. Barbare vous voulez dire !!

-Vous avez raison.

-Malade !

-La ferme. »

L’archevêque se tut.

« C’est une fille.

-Je suis si heureuse ! Répondit Crystal, encore couchée par la douleur.

-Je… Je ne sais pas quoi faire… Tu veux la prendre ? »

Le puissant guerrier tendit sa fille à sa femme d’une main tremblante et Crystal prit sa fille.

« Comment on va l’appeler ?

-Que dirais-tu… D’Émeuraude ?

-J’aime beaucoup… »

Elle laissa tomber son enfant sur son ventre sous la fatigue.

« Je suis crevée…

-Le contraire me ferait nommer ma propre femme capitaine… »

Il ne put rire de sa blague. Il sortit en fracassant le mur qui se résorba grâce à l’amirale. Il cria :

« Cette tempête M’ÉNERVE !!! »

Une explosion de vent retentit, puis le silence absolu. Le mur explosa de nouveau, et l’empereur apparut.

« Voila y’a plus de vent ! »

Le Seigneur-Croc s’effondra.

 

 

L’archevêque allait et venait entre l’empereur et le démoniste.

« Quand vous avez repoussé la tempête, avait vous sentit quelque chose sur votre bras ?

-Non…

-Vous avez pourtant sentit quelque chose ? Au niveau général ?

-Oui ! Je l’ai déjà dit cent fois ! C’est comme si de l’énergie pure s’était mit à couler dans mes veines. J’avais dans les muscles une force qui ne demandait qu’à être utilisée !

-Dimention tu as une idée ?

-Sans le vouloir vraiment, il a détruit le premier sceau… Mais temporairement. Visiblement c’est pas l’énergie que le sceau retient qui le met à plat, c’est le sceau lui-même quand il se reconstruit. Je pense que c’est son père qui a voulut ça, non pas que les sceaux puisse s’ouvrirent ainsi, mais qu’au cas où son fils soit mit à mal. »

Le monarque bondit de son lit et s’écroula sur le champ.

« Mon père a… Saleté ! Il a réduit mes capacités ! Pourquoi ?

-Je pense… Que voyant votre potentiel, il a tenu à ce que vous ne le déplaciez pas je pense.

-J’en doute, 3e puissance mondiale, je ne le rattraperais jamais.

-Qui sait ? Mais là n’est pas l’important. Mes sorts de soin de niveau d’archevêque ne vous remette pas sur pied, je ne vois pas quoi d’autre.

-Euh… Commença Dimention, je vais paraître idiot, mais y il a quoi au dessus d’archevêque ?

-Grand démoniste Dimention, toi qui as le rang 7, si tu avais regardé l’affiche sur le mur derrière moi tu verrais qu’il n’y a que la guide de lumière, il n’interviendra pas. »

 

 

« Je ne sais pas quoi faire, je pense que le temps fera son œuvre.

-Le temps ? Rétorque l’empereur, il faut que j’attende dans ce lit incapable de marcher ?

-Regardez, reprit Dimention, vous avez risqué la paralysie totale et définitive de votre bras, car c’est là que ce trouve le sceau. Qu’en est-il du sceau sur votre colonne vertébrale ? Vous deviendrez tétraplégique ? Et le sceau sur votre torse, paralysie pulmonaire et cardiaque ? Et sur votre nuque, la mort ?? Quand au 5e sceau j’ai beau vous inspectez je ne le voie pas ! Ne les brisez sous aucun prétexte !

-Oui oui. Hein ?

-J’ai dit… »

Le monarque saisit le démoniste et l’approcha de son visage avant de lui lança d’un air furieux.

« Je dois me lever !

-Il n‘en est pas quest…

-La ferme ! Maréchal Aomushni ! Venez sur le champ !!! Quelqu’un ! Un soldat ! »

Le maréchal entra dans la cathédrale.

« Vous désirez ?

-Portez-moi jusqu’à la chambre de mon épouse, vite !

-Vous porter ?

-Faites ce que je dis ! »

Dimention se plaça entre les deux hommes et leva son bâton, toutes les personnes debout dans la salle furent jetées à terre.

« Seigneur, je ne sais pas quelle idée loufoque et stupide vous est passé par la tête, mais vous resterez alité.

-Plutôt mourir ! »

Le démoniste se figea et prit un air songeur.

« Vous seriez prêt à mourir pour aller voir votre femme ?

-Vous êtes bouchés ? J’entends les pleurs de ma fille et ma femme tenter de le réconforter !

-Vous entendez cela ? Cette chambre se trouve à 700 m d’ici derrière 4 m de pierre !

-J’entend, figurez-vous !

-Hum ça a peut-être quelque chose à voir avec les sceaux…

-Je veux y aller !

-Maréchal, soyez gentil, allez chercher Crystal. Demanda le Démoniste.

-Dimention ! Il fait -4° dehors, je ne veux pas que ma fille sorte par ce temps là ! »

Le démoniste fit jaillir des flammes de sa paume.

« J’irais.

-N’approchez pas ses flammes de ma fille !

-Bon…

-Je vais y aller.

-Non ! »

L’empereur voulut se relever mais il n’en eut la force.

« Je veux voir ma famille !

-Si vous continuer vous attendrez leur mort pour les revoir aux portes du paradis !

-Je… »

Dimention fut englouti par une grande flamme rouge et lorsqu’il en sortit, sa peau était rouge, il avait des ailes nues dans le dos et de longues cornes, le rendant similaire à un démon.

« Silence être inférieur !! Non seulement vous resterez alité pendant sept jours sous ma surveillance, mais vous serez aussi désarmé et subirez des traitements de choc ! Je ne veux plus voir une goutte d’adrénaline dans vos veines et votre cœur n’a pas intérêt à dépasser 80 battements par seconde !!! A la moindre tentative de fuite, je vous ferais plus souffrir quand lorsqu’on vous a imposé ses sceaux !! »

Sa peau rouge fondit et le démoniste retrouvera son apparence normale.

« Je suis passé rang 8 dernièrement, commenta-t-il. »

Un silence pesant retomba. Le monarque état figé à moitié levé sur son lit et le religieux luisait d’un bouclier protecteur au dessus de son immobilité.

 

 

Les jours passèrent. L’empereur se forçait à rester calme malgré les pleurs qu’il entendait incessamment. Il regardait fixement l’horloge. Il lui restait dix minutes avant midi et il pourrait enfin se lever. Un grand bruit se fit entendre, comme une pierre gigantesque qui fracasse un rempart. Il se redressa et fut plaqué au lit par les gardes.

« C’était quoi ?

-Je vais voir, monseigneur, répondit un garde en disparaissant derrière la porte.

-On nous attaque ? »

Le garde revint en courant et se jeta sous le lit, aussitôt un rocher traversa le mur de marbre.

« Hé mais c’est super cher ça !

-On nous attaque seigneur ! La bannière, c’est un aigle jaune devant un trophée blanc sur fond bleu.

-Les arches !! Mon père nous attaque ! Je dois y aller. »

Dimention apparut parmi les gravats.

« Vous partirez dans 7 minutes.

-Mon père dévaste ce château ! Ma femme est dedans !

-Votre femme est dans le lieu le plus sur et le plus étrange que vous puissiez imaginez. Je ne suis peut-être pas de taille face à lui, mais vous non plus, vous restez dans le lit, je vais parler diplomatie.

-…Quels sont tes arguments ?

-Hum incinération, impact d’ombre, démons en tout genre…

-Je vois… »

Le démoniste partit.

« Il ne reviendra jamais… »

 

 

Les pierres continuaient de pleuvoir sur le château. Les hommes fuyaient de toutes parts. Les quelques milliers qui constituait l’armée de Trachéom n’avait aucune chance face au million d’arches qui les assiégeait. Les hauts gradés hurlaient des ordres aux soldats qui se faisaient anéantir au front.

« Bon sang ! S’écria le maréchal, où est l’empereur ? Amirale, allez le chercher !

-On a besoin de moi pour tenir le front Est ! Envoyez quelqu’un d’autre !

-Vous êtes la plus apte à y aller, personne ici ne peut vaincre un petit groupes d’arches à part nous deux !

-Allez-y !

-Je suis le maître stratège, sans moi c’est la fin ! »

Une pierre catapultée s’abattit sur le vieil homme et se brisa sans que sa cible ne tangue à peine.

« C’est pas vrai ! Sans lui, c’est la fin ! Hurla l’amirale débordée par le nombre.

-Je s… »

Un messager lui apporta une lettre.

« Il sera là dans 5 minutes parce qu’il est ALITÉ SOUS LES ORDRES DE DIMENTION ??

-C’est une blague ?? »

Une tour du château s’effondra.

« C’est vraiment beau l’amour paternel ! »

 

 

Dimention arriva devant l’Archempereur.

« Je suis le porte-parole du Seigneur-Croc, empereur de ces terres. J’exige le retrait immédiat et sans condition de vos troupes !

-Hump, tu te crois drôle ? Ce château sera réduit en cendre !

-Quels sont les motifs de votre attaque ?

-Je n’ai pas à me justifié devant qui que ce soit, et surtout pas vous ! Fichez le camp où mes arches vous mettront en charpie ! »

Le démoniste désigna les troupes proches d’une geste de la main et une vague de flamme et d’ombre les balaya.

« Eux ? Vous vous moquez !

-Un ombremage !

-Démoniste.

-C’est du pareil au même ! Les forces de l’ombre sont les ennemis des arches !

-C’est pas un archombremage que je vois là-bas ?

-C’est un cas particulier… Je n’ai pas à me justifier je l’ai déjà dit ! »

L’Archempereur allait lui sauter à la gorge quand le front fut balayé par une gigantesque frappe. Les sols de Trachéom se fendirent d’une crevasse et le Seigneur-Croc en sortit.

« Père, vous allez mourir ici, et maintenant ! »

 

 

Peu avant cela, l’empereur angoissait toujours dans son lit. Il écoutait le moindre bruit et regardait partout autour de lui.

« Bonjour. »

Il sursauta. Une femme était à coté de lui et avait échappé à sa vigilance.

« Qui êtes vous ?

-Je me nomme… Mon nom est sans importance. Vous devez savoir que je suis dans votre camp.

-Vous portez une robe écarlate signe de la magie noire et une capuche masque votre visage, j’ai du mal à le croire.

-Puisqu’il le faut, je suis Sucarnian je suis invocatrice.

-Une invocatrice c’est comme une élémentaliste.

-Entre invocatrice et élémentaliste, la différence est aussi flagrante qu’une un démoniste et un ombremage.

-Une faible différence donc.

-Là n’est pas la question, même si je meurs d’envie je vous clouer le bec.

-Et avec quelle armée ?

-Je suis plus forte que Dimention. »

A l’intonation et au regard perçant qu’elle lui lançait, l’empereur comprit qu’elle ne bluffait pas.

« Pourquoi êtes-vous là ?

-La raison de ma présence n’est pas importante, ce qui l’est, c’est sa conséquence. Je viens vous informer qu’une arme avidement gardée par Archéom se tapis sous terre. Allez la chercher.

-Dimention va me tomber dessus…

-Vous avez peur ? Vous vous en fichez de votre femme ?

-Elle est en sécurité.

-Et l’amirale ? Le maréchal ? Tous vos soldats ? »

Il le gifla si fort qu’il broya le lit sous le choc.

« Allez-y, je m’occupe de cet idiot. Percez le sol, vous ne pouvez pas la louper. »

Elle calcina une tapisserie pour illustrer un schéma.

 

« C’est aussi bête que ça. Allez-y sur le champ.

-C’est pas Trachéom ça.

-On s’en fiche ! »

Elle leva la main pour le gifler à nouveau.

« J’y vais ne vous énervez pas ! »

Il frappa du pied et ouvrit une crevasse menant à un tunnel par lequel il s’engouffra. Quand il fut loin, la femme retira d’un geste violent sa robe écarlate pour laisser apparaître une magnifique robe blanche bordée de bleue et sa belle chevelure.

« Mission accomplit. »

Elle disparut.

 

 

« Qu’est-ce ? »

En l’espace de quelque seconde, les 400 m d’arches qui séparaient l’Archempereur de Trachéom furent ravagés dans un sanglant spectacle.

« Qui c’est ?

-Votre fils, et moi je ne vais pas rester ici. »

Le démoniste disparut lorsque le Seigneur-Croc arriva.

« Seigneur du Canyon Escé, rendez-vous sans condition.

-Arch, empereur des arches, vous qui êtes Archepereur, retirez vos troupes.

-Comment ??

-C’est un ultimatum.

-Tu oses ! Tu n’es pas en position de force ! Pauvre idiot ! Ce n’est pas parce que tu as dévasté un quart de millier d’arches en quelques secondes que tu pourras me vaincre.

-Non, mais je vais te vaincre grâce à l’arme que j’ai dans la main : Le Fendium.

 

-Une belle arme que tu as là ! Mais son nom n’est pas bêtement « Fendium », il se nomme « Fendium le protecteur ». Si cette lame est aussi large, épaisse et résistante, c’est pour protéger son porteur et ses alliés. Ton arme est une arme défensive.

-Alors c’est par une arme défensive que tu seras vaincu. »

Le Seigneur-Croc se jeta sur son père et le bombarda d’assaut sans relâche. Sans reprendre son souffle, sans marquer de pause, il frappait encore et encore son père désarmé.

« Je seras fier de tes progrès si tu n’étais pas dans le camp en face du mien.

-Je t’offre une dernière chance de FUIR.

-Fuir ! Tes troupes crouleront sous le nombre et tu pourras le contempler aux portes de l’enfer !

-Je n’irais pas en enfer, et même si j’y vais, je t’emmène avec moi ! »

Dans une avalanche de coups extrêmement rapides, le Seigneur-Croc frappa sans cesse, mais son père parait encore et encore de son avant-bras nu.

« Tes os seront broyés par la force du Fendium !

-Mes os ne sont peut-être pas aussi durs que ton arme, mais ta force est si faible que tu ne trancheras pas ma peau. »

L’empereur continua de frapper toujours plus vite. De grandes rafales de vents soulevèrent la poussière supprimant toute visibilité, mais les coups continuaient de résonner. Ils s’arrêtèrent un bref instant.

« Cette fois c’en est trop ! »

Le Seigneur-Croc frappa son père de toute sa force et fut paré par sa cible. La peau de l’avant-bras de l’Archempereur s’ouvrit et une goutte de sang perla.

« Oui, répondit le père, c’en est trop. »

Il s’agenouilla et leva un poing rageur dans le ventre de son fils qui se courba sous cette force. Il lâcha son arme et cracha du sang. Il tomba lourdement sur le sol.

« Désormais, deux fils me suffiront. Ils sont dévoués. »

Un grand coup résonnant d’un son métallique s’abattit sur sa nuque et il vacilla sur le coté.

« Mes frères ne sont pas plus dévoués que moi, ils sont justes plus lâches que moi pour partir…

-Tu aurais du rester à terre.

-Pourquoi ? Tu reviendrais. »

L’Archempereur se releva calmement, dos à son fils et lança :

« Finalement tu mérites peut-être ce trône. »

Il se retourna et envoya un grand coup de pied à son fils qui vola jusqu’à son château assommé par un tel coup.

« Arches, nous partons. »

Peu à peu, les conflits cessèrent dans le château et les Arches se retirèrent.

« Alors ils partent ? Commenta l’amirale, comme ça ? D’un coup ?

-Ne vous plaignez pas, rétorqua le maréchal d’une voix ferme, ce n’est pas un spectacle ici, les Arches sont bien plus fort que Trachéom. »

Les soldats restèrent aux aguets, mais il était évident que la retraite des Arches n’était pas un leurre. Peu à peu, la tension retomba. Peu après, l’empereur s’éveilla, et demanda sur le champ :

« Dimention, où est ma femme ? »

Le démoniste n’était pas présent, mais on envoya un garde le chercher et il vint.

« Oui vot’ femme oui, vous êtes entre la vie et la mort, votre père vous a étalé et nous vivons par miracle, mais votre femme passe avant tout ! Franchement…

-Ma femme ! »

Le démoniste balaya la place de la main et ouvrit un portail démoniaque et Crystal en sortit.

« Que… Commença-t-elle.

-Vous allez bien ? Alors je vais pouvoir partir avant qu’on me demande de réparer les dégâts… »

Il se volatilisa.

 

 

Les réparations prirent plusieurs années. Après trois ans, Émeraude maîtrisait déjà un vocabulaire plus large que celui de son père.

« Papa ! J’estime que bien que ce ne soit ni mon anniversaire ni aucunes fêtes du même genre, renouveler ma chambre et l’agrandir principalement me semble une bonne chose. J’ai ici le plan de plusieurs salle que je pourrais prendre, je pourrais aussi abattre le mur Nord pour agrandir la pièce, puisqu’il n’a y rien d’important derrière.

-Euh… Répondit son père. Le château est grand, ça peut se faire. »

Il se retourna et murmura à sa femme, assise à coté du trône.

« Déjà, pourquoi elle était inscrite sur la liste de doléance ?? Et comment peut-elle s’exprimer aussi clairement à 3 ans ??

-Pour la liste de doléance, elle a convaincu le responsable, ou persuadé.

-Aucune différence !

-Si ! Rétorqua la fille, s’incrustant dans la conversation, convaincre revint à se donner raison par les arguments, et persuader revient à utiliser les sentiments.

-Qui t’as appris ça ?

-Madame Kiérol. »

L’empereur soupira. Kiérol passait son temps à apprendre à sa fille comment parler exactement et lui, il ne suivait pas.

« Je vais agrandir ta chambre. Suivant. »

Émeraude sortit en sautillant joyeusement.

« C’est du mal à croire que c’est une gamine de 3 ans ! Qui est le suivant ?

-L’amirale Kiérol. Répondit Crystal en consultant le registre.

-Mais c’est pas possible !! Si elle a quelque chose à me dire elle n’a qu’à venir me voir en dehors de la doléance ! Déjà ma fille qui vient !

-Elle a le droit de venir, comme les autres. »

L’amirale entra.

« Seigneur-Croc…

-Vous pourriez pas venir me voir dans la cour ?

-… Écoutez l’heure est grave !

-Alors venez me voir directement au lieu de faire la queue dans la liste de doléance !

-Écoutez, vous vous souvenez du bateau infernal dont vous m’avez sortit ?

-En fait je me souviens surtout des marins.

-Le chef de la bande se demande où nous sommes passés et a appris la nouvelle, il va venir et… et… Il va m’attraper…

-Qu’il essaie seulement. »

Il pouffa de rire.

« Il tient ma sœur en otage ! Je n’aurais pas le choix ! S’il vous p…

-Ta sœur est prise en otage !!

-Oui… En faite c’est ma faute, j’ai était négligente et… Et… Tout est ma faute !

-Tu es vraiment stupide !

-Pardon ! Je…

-Si ta sœur est prisonnière, il fallait me le dire avant !! On annule toutes les doléances, il est où ?

-Ma sœur est à Jyz.

-Quoi ? Au beau milieu de la guerre civile ! En plus ce pays est un grand marécage… On annule toutes les doléances !

-C’est déjà fait, répondirent les gardes.

-Ah bon ? Comment  vous avez deviné ? Bref j’y vais ! Amirale vous venez bien sûr. »

L’empereur se leva et prit son Fendium.

« On est partis ! C’est ou ? »

Elle désignée un point usr la carte, en pleine forêt de Jyz

« C’est pas la porte à coté ! Amirale venez !

-Mais il fait froid ! Laissez-moi me changer !

-Vous… Mais dépêchez-vous ! »

 

 

 

 

 

 

 

VII Sauvetage et rencontre

            Un vent froid balayait le marais puant. L’eau croupie se les arbres croulant couverts de lianes donnait une ambiance d’insécurité totale.

« Seigneur-Croc…

-Chut ! Parle moins fort !

-Seigneur-Croc…

-Pardon ?

-Seigneur-Croc, vous devez savoir que j’ai la phobie des insectes ! Et y’a que ça ici !

-Mais c’est pas des insectes pas plus grands que votre main qui va vous faire… »

Une immonde larve gigantesque leur barra la route, déglutinant de son seul orifice de répugnantes antennes.

« …Peur…

-KYAAAAA !! »

L’amirale sauta en arrière et tomba dans une plaque d’eau nauséabonde. La larve putride recula, puis leur fondit dessus. L’empereur la trancha avec une grande facilité, il avait l’impression d’avoir troué une feuille de papier enroulé autour d’une masse d’organes immondes.

« …C’est dégoûtant… Beurk ! Amirale… Amirale ! Répondez ! »

Il se retourna enfin et la vie paralysé par la peur. Un mille-pattes enroulé autour du cou. Elle murmura :

« Enlevez-le… »

Il le trancha et frappa du pied le cadavre qui continuait de bouger.

« Je ne reviendrais pas ici ! »

Ils continuèrent leur route à travers les immondices, des insectes plus grands que des hommes, des animaux malades et d’autres immondes spectacles. A la fin du voyage, l’empereur devait porter l’amirale dans ses bras car elle refusait de marcher de menacer de calciner toute la forêt. Ils arrivèrent près d’une cabane qui sembler abandonnée.

« C’est ici ?

-Je crois…

-Vous croyez ? Si on a fait ce voyage pour rien…

-Bon ouvrez cette porte qu’on le sache ! »

Le Seigneur-Croc la regarda d’un air ébahit.

« La colère est le seul moyen dont vous disposez pour vous dissiper de vos phobies ?

-Pourquoi ? »

La Fendium passa soudainement à quelques centimètres de son œil et du sang tricolore lui éclaboussa le visage.

« Vous ne l’aviez pas vu, c’est bien ce que je pensais. »

Il tira la poignée, il tenta de la forcer, puis essaya de la crocheter et se décida à la défoncer d’un coup de pied. A l’intérieur, une femme du même âge que l’amirale se tenait assise dans une cage, ses vêtements étaient mis en lambeaux par le temps ou quelque chose d’autre. Elle les regardait d’un air terrifié et rougissait en murmurant des supplications et des menaces.

« C’est elle ?

-Oui ! C’est ma sœur !! »

La femme se leva :

« Kiérol ! Pourquoi tu es venu ! Tu ne peux rien contre lui ! Va-t-en vite ! C’est un piège !!

-Mais je n’allais pas te laisser moisir ici, Luna !

-Pars maintenant ! Il va revenir et…

-Excusez-moi, coupa l’empereur, loin de moi l’idée de vous paraître indiscret, mais pour un piège, pourquoi êtes aussi loin de Koljeizer !?!

-C’qui lui ? Cracha Luna, ton p’tit copain ? Un d’ces enfoirés d’marins ??

-Je suis le Seigneur-Croc, empereur de Koljeizer, fils adoptif de cet enfoiré d’Archempereur. J’ai sauvé votre sœur de ce rafiot immonde.

-Et les marins ?

-Morts dans d’atroces souffrances. »

L’amirale se mit à crier sans raison apparente.

« Kiérol ! Sœurette qu’est-ce qu’il y a ??

-J’ai une bête dans le dos ! Virez-moi çaaaaaaa !! »

D’un coup circulaire, la veste de l’amirale tomba tranchée par le Seigneur-Croc.

« Et voila. Dit l’empereur en soupirant. Vous êtes consciente qu’on en est mission de sauvetage ? Purée, on en censé être incognito.

-Mais elle est en sous-vêtements ! Hurla Luna, sale pervers. »

L’empereur brisa les barreaux d’une poigne de fer.

« Pas de temps à accorder à la pudeur, il faut sortir d’ici sinon…

-Sinon quoi ? Demanda une voix.

-Vous êtes le chef de… Pourquoi avez-vous un fouet ? Vous comptez me tuer avec ce gadget ? »

Il se rendit compte que les deux femmes étaient terrifiées.

« …J’pige rien, c’est quoi la blague ? Et pourquoi elles ont peur d’un fouet et pas d’une épée !

-La lame c’est la mort, mais le fouet la torture ! Elles aimeraient mourir qu’est-ce que tu crois ! Et toi aussi quand je me serais occupé de t…

-Et bah fini ta phrase ! Ah ouais pas facile sans poumons ! »

Il lança les viscères et les organes qu’il venait d’arracher à mains nues dans une douleur inhumaine.

« Un cœur de chair ? Je m’attendais à une pierre ou un glaçon… »

Il broya l’organe.

« Écoute, je suis humain, je suis gentil, colérique, bref tout, mais il y a une différence entre nous deux. »

Il décapita l’homme agonisant d’un coup de pied.

« Je respecte tout le monde, le meurtre est préférable au viol dans mon esprit. Et aussi… Il n’y a pas de limite à la cruauté dont je peux faire preuve sous la colère !! »

Il massacra le corps inerte de coups de pieds rageurs.

« Ce n’était pas la peine de s’énerver à ce point… Murmura Luna.

-Tu as déjà tué ?

-Hein ? Oui une fois…

-Dans quelles circonstances ?

-On m’agressait…

-Voila ! Sous l’effet de la peur, on tue pour vivre ! Pareil pour la colère, la rage nous aveugle. »

Il se retourna et fit signe de suivre.

« Il n’y a rien de plus dur dans la mort que de tuer froidement quelqu’un qui nous supplie à genou et dont on sait tenir la vie au creux de notre main armée. »

Il sortit.

« Hep hep hep ! Lança Luna, tu vas laisser ma frangine se baladé le torse nu dans ce marécage ?

-Tu veux que je la catapulte à Koljeizer ? En visant Trachéom j’ai mes chances.

-Écoutez c’est par parce que vous êtes surpuissant qu’il faut négliger les autres ! Ma sœur se balade à moitié à poil !

-Bon sans blague elle a juste la peau du dos, du ventre et des bras en plus de nous, elle va pas en mourir ! »

Il soupira et décrocha sa cape, il enleva sa chemise et la tendit à l’amirale.

« Elle est un peu grande mais là n’est pas l’important, mettez-la.

-Mais non ! Répondit-elle gênée, ce n’est pas la peine !

-Mettez-la ou c’est moi qui le fais, je vais pas laisser votre sœur me pourrir la moitié du voyage ! »

L’amirale s’exécuta, puis l’empereur l’enroula dans sa cape.

« Mais monseigneur… Continua-t-elle.

-Quoi de mieux que ça pour prouver à Luna qu’elle à tord ? »

Il trancha un insecte géant.

« Allez ! »

 

 

Après plusieurs jours de marche, ils arrivèrent dans un endroit où les insectes étaient particulièrement féroces. L’amirale terrifiée s’en était évanouie. Luna, elle, semblait avoir un caractère à toute épreuve.

« Bon, commença le monarque, je vais aller chercher de quoi manger, reste ici avec ta sœur.

-J’te signal que j’suis pas une guerrière si on nous attaque j’fais quoi ?

-Ton possible. Ne t’inquiète pas ! Rajouta-t-il en voyant la colère se graver sur le visage de Luna, hurle et j’arrive. »

Il tourna le dos sans attendre de réponse. Il trouva un grand nombre d’insectes, mais pas de mammifères ou de volaille.

« Bon sang ! M’énerve ! Kiérol mangera jamais un insecte et y’a pas d’autres gibiers ! J’fais quoi ? »

Il aperçu deux lueurs très faibles se déplacer.

« Y’a quelqu’un ? Demande-t-il sans crainte. Hé ho ! Y’a quelqu… »

Un garçon d’une dizaine d’années tout au plus sortit des buissons, armé d’une épée et tenta de le tuer.

« Hola gamin ! T’es perdu ? »

Il se rendit compte que l’enfant avait deux bougies plantés sur ses épaulières à pointes et que son armure noire était trop grande pour lui.

« Tu vas pas allé loin avec ça, mon petit. Change d’armure et d’arme. »

Le gamin ne répondit pas et continua de frapper. Il fut paré encore et encore.

« Sans blagues arrêtes tu vas blesser quelqu’un ! »

L’empereur attrapa à pleine main l’épée de l’enfant et la lui déroba. L’enfant semblait apeuré mais sur de lui.

« Comment tu t’es retrouvé ici ? »

Il se rendit compte que le gamin n’avait jamais répondu à une de ses questions et se demanda s’il parlait le Leilos, la langue du continent. Il renonça à le questionner et se décida à le mettre d’abord en position de faiblesse. Il tenta de la frapper du poing mais l’enfant évita et, d’un coup de la jambe circulaire, fit trébucher l’empereur et plaça un poignard là où il devait tomber tout en ayant assez de temps pour s’écarter. Le Seigneur-Croc évita l’attaque sans problème mais fut impressionné par cet enchaînement.

« Pas mal… Bon maintenant calmes-toi ou… »

Il encaissa un violent coup de pied dans la mâchoire, bascula et prit un uppercut monstrueux avant d’être lapidé de coup. L’empereur s’écarta et s’essuya  le sang qui coula de sa bouche.

« Tu…Me… »

Il frappa avec une force inouïe l’enfant au ventre et le projeta contre un arbre qui explosa sous le choc.

« …Saoule !!!! »

Il contempla le corps inerte du garçon.

« Dommage, je ne voulais pas le tuer, mais ce qui est fait, est fait. »

Il se retourna et allait partir d’un pas tranquille quand il entendit des pleurs étouffés.

 

 

Le garçon vivait encore. Il tentait de masquer ses larmes par son immobilité totale.

« Tu vis encore ?

-Oui.

-Décidé à parler ? Bien. Comment t’es-tu retrouvé ici ?

-On m’a abandonné.

-Quand ?

-Il y a trois ans.

-Qui ?

-Mes parents.

-Quel âge tu as ?

-9 ans.

-Comment tu peux vivre ici ?

-Je vis de la chasse.

-Pourquoi ne pas partir ?

-Je ne sais pas.

-Comptes-tu te relever ?

-Non.

-Pourquoi ?

-Je ne sais pas. »

L’empereur demeura perplexe.

« Que se passera-t-il si un insecte t’attaque ?

-Si vous êtes là, je mourrais, sinon, je le tuerais.

-Pourquoi ne réagir que si je ne suis pas là ?

-Votre victoire doit être symbolisée par la mort de votre adversaire. Je vis mais je n’ai aucune chance, je me comporte donc comme un mort.

-Aimerais-tu rejoindre une armée ?

-Qu’est-ce ? »

L’empereur expliqua vaguement à l’enfant ce qu’était un pays, puis renonça.

« Une amie m’attends, viens.

-Tuez-moi avant.

-Non ! Sûrement pas !

-Mais pourquoi ?

-Je n’ai rien à gagner à te tuer et tout à gagner à te laisser vivre.

-Vous agissez dans votre propre intérêt.

-Te tuer n’agirais ni dans mon intérêt ni dans le tien.

-Une dernière question.

-Quoi ?

-Qu’est-ce qu’une « amie » ? »

 

 

Luna tentait désespérément de calmer sa sœur quand le Seigneur-Croc revint.

« C’qui c’môme ?

-C’est… J’ignore son nom. Amirale vous êtes plus pâle qu’un mort.

-Mon nom est Oxyor, lança le garçon en regardant stoïquement l’arbre devant lui.

-Amirale vous vous sentez bien ?

-J’irais mieux hors d’ici.

-Nous partons.

-J’ai faim. »

Aussitôt Oxyor se retourna, planté son épée dans le sol et présenta devant la femme une taupe dégoulinante de sang.

« Si tu as faim, mange. »

Devant cette logique implacable, l’empereur soupira.

« Elle ne mange pas ça.

-Pourquoi ?

-Oxor…

-Oxyor.

-Oui Oxyor, tu connais ces animaux qui ne mangent que des plantes ? Elle, elle ne mange qu’une certaine nourriture.

-L’humain est omnivore, il mange tout. Si on choisit sa nourriture, on meurt. »

Un silence pesant s’installa.

« Amirale, mangez cette taupe ou nous partons tout de suite. »

La femme se leva en tremblant.

« Vous avez faim à ce point ?

-Non, j’ai peur des insectes. »

Oxyor alluma les bougies sur ses épaulières avec un silex.

« Moi, je ne tue que pour manger. Les insectes aussi mais je veux pas qu’ils me mangent alors je les tue. Je n’aime pas tuer pour rien. Alors je signale ma présence, les animaux ont peur de moi car je suis très fort. »

L’amirale chuchota :

« Il est vraiment fort ?

-Il m’a étalé. »

L’amirale vacilla et le monarque la rattrapa.

« S’pas si grave !

-Je veux rentrer… »

 

 

Une fois à Trachéom, la tension du voyage retomba. Il fallut à l’empereur une semaine pour qu’Oxyor comprenne la base de la société. Il renonça à continuer. Il était fort, très fort. Il était capable de tenir tête au maréchal au combat corps à corps, et esquivait tous les sorts de l’amirale sans grande peine visible. Luna avait fait un foin aberrant car l’empereur était tombé malade pour s’être « trimballer le torse nu en plein marécage » d’après les médecins. La sœur de l’amirale était restée quelque jour, puis était partie.

« Amiral commença l’empereur, j’ai l’impression de passer ma vie soit blessé soit alité, pourquoi ?

-Parce que c’est le cas.

-Très drôle. Où est Dimention ?

-Partit chercher je ne sais quel gadget.

-Ah bon ? Où ça ?

-Hum dans l’empire Otrajyd je crois, ou truc du genre.

-Ouais en faite c’est sans importance.

-Comment va votre maladie ?

-Je suis résistant, mais vous non, finalement votre sœur avait raison. »

 

 

 

Dimention arriva près d’une petite maison, au bord d’un fleuve et d’une forêt. Il entra sans prévenir.

« Tu es en avance. »

L’homme était dans un fauteuil, face au feu. Dimention ne le voyait pas.

« Je sais, mais je ne tenais pas à attendre dehors pendant deux jours. Pourquoi m’avez-vous fait demandé ?

-J’ai une bonne nouvelle pour toi. Tu te rappelles du parchemin de sort que tu cherchais ?

-… L’ « Aura de destruction » rang 6 ?

-Oui. Je l’ai trouvé, alors j’ai pensé que tu aimerais l’apprendre.

-Un peu que je veux l’apprendre !

-En échange, tu devras enseigner l’art des afflictions à mon fils.

-Ah non !

-Tu y tiens à ton sort ?

-D’accord d’accord, marché conclu.

-Bien. Tu devras rester ici en attendant.

-Comme vous voudrez. »

Il monta à l’étage et se saisit d’une lettre où il écrivit simplement : « J’vais mettre du temps à revenir. » et il envoya cette lettre au Seigneur-Croc. Il poussa un juron mêlé à un soupir en ouvra la porte de la chambre de son fils.

« Salut gamin !

-Vous… N’êtes pas… Mon père ! »

L’ignoble créature jeta un puissant sort de feu sur le démoniste qui la balaya d’un regard.

« J’suis ton nouveau prof, abruti qui s’est laissé trop envahir par les ombres.

-Pour… Quoi… ?

-Parce que j’ai pas le choix… »

Il soupira.

« Aller, monsieur l’antéchrist. On commence. »

 

 

 

 

Les années passèrent. Quelque part, dans un endroit désertique, deux personnes se battaient avec force.

« Impact de feu !

-Inutile de crier le nom d’une attaque, ça aide l’ennemi à l’anticiper. »

Le sort de feu s’abattit sur l’homme qui ne fléchit pas.

« Force des flots !

-J’ai dit… »

La foudre s’abattit sur l’homme.

« Bien vu. »

Il passa dans le dos de la femme qui lançait les sorts et commença à l’étrangler.

« Vous avez perdu. »

Il la lâcha.

« Bien, bien, commenta le Seigneur-Croc. Amirale, décidément vous avez beau être plus puissante que le maréchal, pas moyen de le faire ployer sous vos sorts. Vous formez décidément un parfait duo. »

Un soldat sortit de derrière un arbre.

« C’est fini les sorts ? Dit-il d’une voix tremblante.

-Euh oui… Qu’est-ce qu’il y a ?

-Les sorts me font peur !

-Je parle de la raison de ta présence ici.

-Ah ! Vous avez reçu une lettre de Dimention. »

Le Seigneur-Croc la parcourut rapidement.

« On est pas près de revoir not’ pote démoniste. »

Il annonça la fin de l’entraînement et partit en direction de Trachéom. Il n’avait pas franchit le seuil de ce château que sa femme lui sauta au cou.

« J’ai une excellente nouvelle !

-Ah oui ? Raconte !

-Devine !

-Euh… »

Il inspecta la femme.

« Emeraude a établit un nouveau record en résolvant un problème de polytechnicien ?

-Un problème de quoi ? Oh et puis oublie ! Je suis…

-Enceinte !

-Gagné ! »

Il enlaça sa femme.

« On va fêter ça ! On va faire un grand banquet…

-Non ! Je veux fêter ça comme n’importe qui ! On va à la taverne et on boit un coup.

-Euh… Comme tu veux.

-Je connais une taverne super sympa ! Aller viens ! »

Elle partit vers la ville.

 

 

Elle entra dans une taverne à l’allure modeste. Elle salua le dirigeant en l’appelant « patron », commanda « la formule habituelle » et s’assis à « la table classique ».

« Tu as l’air de connaître ici.

-Assez oui ! J’aime beaucoup !

-Bien, et c’est quoi la formule habituelle ?

-Elle arrive. »

Le tavernier arriva avec deux assiettes.

« La formule habituelle fois deux, steak saignant, salade, une bouteille de vin rouge et la tarte arrive.

-Merci patron ! »

Crystal remarqua que son mari ne semblait pas à son aise.

« C’est pas parce que t’es empereur que tu ne peux pas manger à un établissement populaire.

-Oui je sais, c’est pas ça. Mais tout le monde me regarde avec crainte…

-Vire ton arme, avec 250 kilo on va pas te la voler, vire tes épaulières de combat et boit un coup, ça ira mieux, et ne te comporte pas en empereur.

-Je me comporte en empereur ? Je suis dégouté ! »

Il leva la main.

« Patron ! Servez-moi ce que vous avez de plus fort ! »

Il posa lourdement son Fendium et retira sa cape et ses épaulières puis avala son repas en un instant.

« J’ai encore les crocs.

-Pour le Seigneur-Croc, c’est normal ! répondit sa femme.

-Patron ! Six poulets !

-Ça marche ! Hé vous avez de l’appétit, ça me plait ça ! »

Le tavernier apporta la commande. Il avait l’air sympathique et calme. Son air franc et décontracté donnait à l’empereur l’impression d’être un habitué.

« Excellent ton… C’est du quoi ?

-Ce que j’ai de plus fort ! Du « Debout les morts » ! 81% !

-Houlà ! Rien que ça ? »

Il fini la bouteille d’un litre d’une traite. Sa femme était sciée, mais riait à gorge déployée quand le monarque s’étouffa ensuite.

« C’est fort quand même ! Resservez m’en une autre bouteille.

-Hééé ! Je vous sers la spécialité de la maison, j’en ai pas beaucoup mais pour vous, je sors le « Debout les âmes » ! C’est ce que j’ai de meilleur, 85% !

-Je suis sur que ça mérite son nom ! »

Il voulut boire d’une traite mais n’y parvint pas et en renversa sur ses vêtements. Il jura :

« Hé galère ! Dis Crystal, je suis ivre ou pas ?

-On dirait que tu tiens bien l’alcool. »

Elle prit un verre de debout les âmes. , mais c’était si fort qu’elle ne put l’avaler.

« Et tu bois ça ?

-Sans problème ! »

Il regarda son pantalon inondé par l’alcool.

« Presque sans problème. »

Le repas continua dans une ambiance chaleureuse. Soudain un homme entra en criant :

« Bandits ! Les bandits ! »

L’empereur se leva et ramassa son arme.

« Ils ont mal choisit leur jour… »

Il ne parvint pas à soulever son Fendium.

« Et bien ? »

Il força et le souleva avec tant de force qu’il le fit traverser le plafond.

« J’ai pas assuré. Bon j’ai peut-être un peu trop bu pour me battre avec des armes. »

Il lâcha son arme et sortit. On entendit des bruits sourds et Crystal le suivit. Elle vit son mari en train de s’acharner sur un innocent panneau de signalisation en proférant des menaces.

« C’est pas vrai… »

Les bandits sortirent des bois sans voir l’empereur et commencèrent à piller la ville. Le Seigneur-Croc frappait toujours et encore son panneau. Un bandit s’approcha de Crystal l’arme en main, le panneau vola et lui traversa le crâne. L’empereur venait de le lancer avec un regard sûr et sérieux, mais il reprit un air ivre.

« Où il est passé ?! »

Il se saisit d’un bandit, regarda son visage et le jeta par-dessus son épaule.

« Pas un bandit ça ! »

Crystal s’approcha de l’empereur qui faisait de grands gestes amples, menaçant de la frapper. Quand elle fut à sa portée, l’empereur saisit une barrière et frappa dans la direction de sa femme avec force. La barrière traversa de façon sûre Crystal, détruisant le mur derrière et assommant les bandits loin derrière en lançant la barrière. Mais Crystal n’avait rien.

« Comment il a fait ça ? Demanda un villageois.

-Il veut quoi lui ? »

Crystal prit calmement un hôras à son mari et l’activa. Le maréchal arriva en un temps record. Il repoussa les bandits sans peines et demanda la raison de cette alerte.

« Mon mari a un peu bu…

-Je le croyais résistant.

-Il a bu trois debout les morts et deux debout les âmes.

-Ah oui, tout de même. Je dois l’arrêter ? Vous m’envoyez à la mort.

-Je ne savais pas quoi faire d’autre. Mais maintenant que les bandits sont partis, j’ose espérer qu’il va se calmer. »

En effet, le Seigneur-Croc se calma et s’assit sur un banc, puis sombra dans un sommeil de plomb.

« Je suis venu pour rien ! S’exclama le maréchal.

-Allez capturer les bandits plutôt ! »

 

 

 

 

VIII Les plumes du phénix

 

 

L’empereur se réveilla dans son lit, se demandant pourquoi il n’avait même pas la migraine. Il se leva sans réfléchir et réveilla Crystal qui dormait accrochée à son bras.

« Ah… Déjà debout ?

-Euh… Ah oui la fête, l’alcool… J’ai fait une connerie là.

-Pas vraiment, tu as cassé un mur tombant déjà en ruine, une barrière, endommagé le plafond du tavernier, repoussé une attaque de bandits et j’ai passé une excellente soirée. C’est pas bien grave.

-Je crois que c’est la première fois que je suis ivre. Je suis trop fier ! »

Crystal sourit.

« La taverne, la fête… Enceinte ! Pour quand est prévue la naissance ? Demanda l’empereur.

-Huit mois.

-Bien. Notre fils/fille, barre la mention inutile, sera accueillit comme il se doit.

-Notre fils j’en sais rien mais nous…

-Nous… ?

-Réfléchis. Tu as quel âge ?

-Euh… J’ai vraiment trop bu hier.

-Quel âge a Emeraude ?

-Quatre ans.

-Bien. Mais elle ne fut pas conçue à notre première rencontre.

-Encore heureux !

-Suis mon raisonnement, tu es parti à 16 ans alors qu’elle est né une demi année plus tard. Tu avais 17 ans à sa naissance.

-Et alors ?

-Elle a quatre ans. Tu as 21 ans.

-Je ne vois toujours pas où tu veux en venir.

-Quand Essef a-t-il frôlé la mort ?

-J’avais 14 ans.

-21-14 ?

-7 !

-Donc…

-Donc…

-Pfff que c’est-il passé le jour où il est tombé malade ?

-Je t’ai rencontr… On se connait depuis 7 ans ! Ah mais quel con ! J’ai oublié !

-Tu peux encore te rattraper, notre anniversaire de rencontre est dans un mois. »

Il s’enfuit presque de la pièce. Selon la tradition pour un couple, 7 ans après leur rencontre, le mari devait offrir un fabuleux présent à sa femme, et la femme offrait un fabuleux présent seulement après 70 ans. Pourquoi ? Parce que.

 

 

Il se mit à la recherche d’un présent, mais il ne savait pas quoi, il n’avait pas la moindre idée. Soudain il eu vent d’une zone perdu dans le royaume d’Okeud. Une vague rumeur… Mais véridique ! Il partit sur le champ, sans même se préparé. Il revint le jour suivant pour récupéré son Fendium et son armure…

 

 

Il se dirigeant vers les montagnes, il mit trois jours à arriver à sa destination. Il saisit un passant par le col et lui demanda :

« Y parait que y’a un phénix ici, tu sais où il est ?

-Non. Lâchez-moi.

-Qui peut me le dire ?

-Le guide, au bout du chemin. »

L’empereur lâcha l’homme. Il se dirigea vers la cabane qui semblait vide. Le bois vieux et les tuiles brisées donnaient une impression de maison abandonnée. Il toqua à la porte qui céda sous le choc.

« Pas bien solide.

-Vous voulez quoi ?

-Je veux mettre la main sur le phénix.

-… Seigneur-Croc ? Vous avez que ça à faire, courir après un attrape-touriste ?

-C’en est un ?

-Mouais… Disons que vous, vous l’attraperez peut-être. Pas un touriste, ça fait pas un pli.

-Alors où est-il ?

-Dans les montagnes, sur le plus haut pic se trouve son nid. Cette montagne, c’est le mont Conzius. 8 240 mètres de haut. Encore jamais gravis par l’homme. Mais parfois, on voit le phénix dans les montagnes plus basses. Ici je l’ai même déjà vu.

-Merci pour l’info. »

Il partit à toute vitesse. Pensant qu’une escalade était le moyen le plus sûr d’avoir ce qu’il voulait, même si ça représentait un sacré trajet. Sans même s’équiper, il commença son ascension.

 

 

Il devait être au tiers de son chemin quand il décidé de s’arrêter pour la nuit. Il se sentait scié. Il s’enroula dans sa cape pour dormir et ferma les yeux. Le froid le dévorait. Ses armes gelées lui affligeaient une brûlure de givre. Il les posa donc à coté de lui. Il commença à s’endormir quand il se sentit bougé. Il tomba du rocher où il était et commença à rouler sur les flancs de la montagne. Il saisit le sol à pleines mains et réussit à freiner sa chute. Il soupira. Il regarda autour de lui et s’aperçu que la neige avait cessé. Il remonta chercher ses armes et la neiges reprit. Il se dit que là où il était, il ne neigeait pas pour une raison quelconque. Il remarqua un canyon et descendit dedans. Le soleil était levé et il ne voyait pas les nuages.

« Je suis bluffé. »

Il avança dans le canyon pour découvrir un rempart de pierre modeste, et une porte en bois dedans. Un chevalier attendait devant, armé. Il demanda poliment :

« Il y a quoi derrière ce mur ?

-Ne passeront que ceux qui répondent à mon énigme.

-Et bien d’accord.

-J’ai des feuilles, beaucoup de feuilles, mais je ne suis pas un arbre. Je porte le savoir, je raconte des histoires, mais je ne parle pas.

-Un livre ? »

La porte s’ouvrit.

« Passez. »

Le Seigneur-Croc le remercia et passa. Plus loin, un grand rempart avec deux grandes portes de métal. Un géant attendait devant, avec une grande massue.

« Voyageur, si tu veux passer, tu devras dépondre à mon énigme.

-J’écoute.

-Il te ressemble en tout point, il t’imite, mais sa droite est ta gauche et sa gauche est ta droite. »

Le monarque fit une grimace de réflexion.

« Là je sèche.

-Si tu ne réponds pas, je te tuerais.

-Bon je vais bien trouver. »

Il prit du temps pour réfléchir.

« Mon reflet dans un miroir !!

-Bien, bravo. Tu peux passer. »

Les deux portes s’ouvrir dans un grand bruit. L’empereur continua sa route, intrigué. Il parvint finalement à un immense rempart aux portes incrusté de pierres précieuses. Un dragon arriva en se posant sur une montagne et en fracassant les pierres.

« A toi qui veut passer, je vais te soumettre une énigme ! Si tu ne réponds, tu mourras !

-J’écoute, dragon.

-Je commence par un E, je fini par un E, mais je ne contiens qu’une lettre ! Qui suis-je ?

-La lettre E.

-Faux ! »

Le dragon cracha sur lui un véritable déluge de flammes. L’empereur se protégea de son Fendium mais ne put se couvrir entièrement. Le feu était d’une puissance époustouflante. Il cria.

« Une enveloppe ! C’est une enveloppe ! »

Le dragon se calma.

« Tu as juste. Tu peux passer. »

Les portes s’ouvrirent dans un bruit monstrueux.

« Soit le bienvenu à Drak’thoeur ! »

D’immenses dragons volaient à droite et à gauche. Une vraie société de dragons se tenait sous ses yeux.

« Quel est ton nom ? Demanda le dragon.

-Es… Seigneur-Croc. Je suis le Seigneur-Croc.

-Je veux ton nom.

-Seigneur-Croc. Ne m’appelle pas autrement.

-Comme tu voudras. »

Il ne put s’empêcher d’aller admirer le combat entre deux dragons verts.

« Impressionnant !

-Tu veux tenter ta chance ?

-J’ai déjà tué un dragon, mais je ne sais pas si je pourrais recommencer. »

Il n’eut pas de réponse.

« Quoi ?

-De quelle couleur était-il ?

-Rouge. Pourquoi ?

-Il y a deux camp, les dragons or et noir, un jeune dragon noir est rouge, un jeune dragon or est vert. Tu as eu la chance de venir dans notre camp et pas l’autre. Mais montre-nous ce que tu vaux, bat-toi. »

Le dragon le poussa dans le ring.

« Attention, si je me bats, surtout contre un dragon, je me bats pas pour gagner. Là, je me battrais pour tuer.

-N’ais crainte. Bats-toi au maximum de tes capacités. »

L’empereur porta sa main sur le manche de son Fendium et attendit. Un dragon vert s’avança. Il se jeta en avant et dégaina. Le dragon para la lame avec ses griffes. L’empereur passa dans son dos et planta son arme en visant approximativement le cœur. Le dragon hurla, mais le Seigneur-Croc n’arriva pas à le tuer. Il esquiva un souffle de feu dévastateur et jeta de toutes ses forces sa pesante arme qui alla se planter dans un œil du dragon. Désarmé, il voulut aller chercher son Fendium mais le dragon furieux le retira d’un mouvement de tête et balaya l’empereur d’un puissant coup de queue. Il le mordit à pleine dent pour l’immobiliser. Le monarque sentit la vie lui couler entre les doigts. Une douleur vive lui écrasa le bras sans qu’il s’en aperçoive. Il arracha les crocs du dragon sans peine et saisit la gueule de la bête. Tel un simple homme, et le fit passer par-dessus son épaule et le fracassa avec puissance sur le sol. Il reprit son arme et la brandit au dessus du dragon vaincu. L’arme descendit avec force quand l’empereur fut balayé par un puissant vent.

« Tu as bien lutté, lança le dragon or. Inutile d’aller plus loin. Tu as un grand potentiel.

-On me l’a déjà dit.

-Si tu restes avec nous pendant quelques années, tu t’accapareras d’une force que tu n’imagine pas.

-Ma femme m’attend. Désolé, je suis venu chercher le phénix. D’ailleurs si je suis ici, c’était pour m’abriter de la tempête de neige.

-J’ai rarement entendu une raison aussi étrange pour venir dans le sanctuaire des dragons.

-Et pourtant… »

Le dragon se retourna et murmura, du moins dit à voix basse, quelque chose à un dragon vert.

« Combien de temps peux-tu rester si tu ne dois pas chercher le phénix ?

-Voyons… Trois semaines. Non, Deux.

-Bien. Nous allons t’enseigner le plus de choses possible pendant ce lap de temps. »

Le dragon jeta d’un rayon vert sur le Seigneur-Croc et le soigna.

« Les techniques que nous allons t’apprendre ne sont pas des ténèbres, mais pas de la lumière.

-Les techniques, quelles que soient leurs origines, n’ont pas de camp. J’ai un ami démoniste qui lutte pour la Lumière par les ténèbres… enfin lutte, disons qu’il est du coté du bien.

-Tu fais preuve de sagesse par ses mots. Nous allons commencer. »

 

 

Quinze jours plus tard, l’empereur était déjà devenu bien plus puissant. Sa force n’avait plus d’égal dans Koljeizer.

« Dragons, j’ai passé deux semaines ici, mais je dois repartir sur les traces du phénix et retourner voir ma femme.

-J’ignore comment une femme peut être « la femme de quelqu’un », mais concernant le phénix, tu n’as pas à t’en faire. »

Un magnifique oiseau de feu se posa soudain devant l’homme. Sa beauté était sans pareil. Les flammes ruisselaient sur ses plûmes. Jamais le Seigneur-Croc, n’avait vu quelque chose d’aussi sublime. La créature était aussi grande qu’un dragon, soit environ quatre mètres de haut pour plusieurs mètres de long. Son envergure laissait le Seigneur-Croc pantois. Les flammes se calmèrent et le phénix adressa un signe de tête à l’empereur.

« Pourquoi voulais-tu le voir ?

-Je voulais rapporter une de ses plûmes à ma femme. Et elles sont encore plus belles que je ne l’aurais cru. »

Le phénix s’arracha une plume d’un coup de bec et la présenta à l’empereur. Elle était aussi grande qu’une épée modeste. Le feu la parcourrait.

« Quand cessera-t-elle de briller ?

-Jamais. Les plumes du phénix sont éternelles. Détruites, elles renaissent de leur cendre. Seul le phénix peut décider de les éteindre. »

L’oiseau de feu poussa un grand cri en écartant les ailes et les flammes de son corps grandir à un point tel qu’on n’y voyait qu’un ardent brasier pouvant illumina une nuit comme un soleil. Puis les flammes diminuèrent jusqu’à disparaître. Le monarque put admirer le phénix sans ses flammes. Il ressemblait à un aigle gigantesque aux plûmes vermeilles. Il semblait que cette créature n’avait pas de limite à sa beauté. Le phénix s’envola et disparut derrière les nuages, les éclairant comme le soleil.

« Je reviendrais. Promis l’empereur. Je vous remercie infiniment pour tout ce que vous avez fait pour moi.

-Ce n’est rien. Ce n’est pas souvent qu’on a de la visite ici. Mais tu devras repasser les trois énigmes.

-Je n’échouerais pas. Au revoir, dragon !

-Attends ! J’oubliais !

-Quoi donc ?

-J’aimerais vous offrir les lames jumelles du tonnerre. Un grand guerrier était venu ici. Il les a laissés en disant qu’il avait trouvé mieux et nous a demandé de les offrir à quelqu’un de prometteur.

-Quel était son nom ?

-Je l’ignore. »

Il prit les épées.

« Je m’en vais donc, merci infiniment !

-Adieu, Seigneur-croc ! »

Le monarque partit par le même chemin qu’il était venu et fut surpris par la tempête de neige. Il regarda la plume qui brillait toujours de mille feux.

« En route ! »

 

 

Il arriva à Trachéom après moins d’un jour de marche. Il s’introduisit discrètement dans le château et cacha la plume. Puis il ressortit et rentra par l’entrée normale.

« Salutation, Seigneur-Croc. Lança le garde.

-bonjour soldat. Quelles nouvelles de ma femme ?

-Rien de spécial. Elle doit être dans sa chambre à l’heure qu’il est. »

L’empereur alla dans sa chambre et découvrit sa femme endormie dans le lit. Il se coucha à coté d’elle et s’endormit à son tour.

 

 

Crystal s’éveilla. Elle vit son mari et referma les yeux. Puis les ouvrit vivement et se redressa. Le Seigneur-croc dormait bien à coté d’elle.

« Escé ?

-Tu es réveillée ? »

Il se redressa à son tour.

« Quel jour sommes-nous ? »

Crystal se jeta à son cou.

« Joyeux anniversaire de rencontre, si on peut dire !

-Quoi ? Déjà ? »

Crystal parut inquiète.

« Tu n’as rien prévu ?

-Mais ! Tu me prends pour qui ? Bien sûr que si ! Mais je croyais avoir encore quelques jours, j’suis nul en maths ! Qu’importe. »

Il se leva et sortit. Il revint peu après sans entrer et Crystal l’entendit parler à un garde.

« C’est un ordre !

-Mais c’est pas mon rôle !

-Article I de Koljeizer ? »

Le garde soupira.

« Obéir à tout ordre du Seigneur-Croc. »

Le garda entra avec un gâteau dans les mains. Il le posa et partit. Le Seigneur-Croc entra à son tour, les mains vide.

« Mon aimée, ma chérie, je suis à court de synonyme…

-Déjà ??

-Ton cadeau. »

Il saisit un coffre caché derrière la porte et l’offrit à sa femme.

« Qu’est-ce que c’est ?

-Quelque chose que tu ne pourras jamais deviné. Une chose magnifique ! Jamais je ne l’aurais cru si belle. Je ne pense pas que beaucoup d’autres personnes pourraient l’offrir. »

Elle ouvrit le coffre. Il était vide.

« Où est la blague ? »

L’empereur se mit à coté de sa femme et désigna une ficelle ouvrant un faux-fond de la boîte. Crystal tira dessus et fut illuminée par la merveilleuse plume.

« Qu’est-ce que c’est ?

-Une plume de phénix ! Répondit fièrement l’empereur.

-C’est magnifique !

-Je suis bien d’accord. Le phénix était encore plus beau, mais je n’allais pas le rapporté ! »

Elle se jeta à son cou.

« Jamais je n’aurais espéré quelque chose d’aussi… Il n’existe pas de mot pour décrire une telle beauté ! Tu as dut te donner du mal !

-Pas vraiment en fait. Bon je suis monté sur une montagne mais, crois-moi ou pas, j’ai rencontré des dragons. Ils m’ont entraîné et le phénix est venu me voir en toute courtoisie.

-Il faudra que tu me raconte ça.

-Je le ferais.

-On va boire à la taverne ?

-Euh… »

 

 

 

 

IX Cruel départ.

 

 

Depuis maintenant douze ans, le Seigneur-croc régnait sur Koljeizer. Depuis douze ans, il gouvernait. Son fils, Rubis, était sa fierté de par sa combativité. Mais aujourd’hui, tout se rompit. Crystal était parti rejoindre une amie, avec ses enfants, laissant le Seigneur-Croc seul sur le trône. Rapidement, il s’emplit de noirceur. Elle lui manquait.

 

Il était assis sur le trône, pensif, le regard vide et l’air absent. Il fixait sans cesse une dalle en face de lui, sans raison. Il avait besoin d’elle, il ne vivrait jamais sans. Il se leva et cria :

« Je vais devenir fou !! »

Il se rassit l’air rageur. Il contempla un instant son Fendium, puis soupira :

« Crystal… Je t’aime tant… »

Le maréchal entra avec un captif. Il le fit mettre à genou.

« Seigneur, je viens mander votre sens de la justice pour juger cet homme qui se rend coupable d’un haut crime, néanmoins avec des circonstances atténuantes.

-Mouais… Hé le gros à g’nou, t’es accusé de quoi ?

-De viol.

-Tu en es coupable ?

-Oui, mais… »

L’empereur jeta son arme légendaire sur l’accusé qui mourut sans attendre, décapité.

« Monseigneur ! S’écria le maréchal, mais enfin, vous… Vous ne pouvez pas tuer arbitrairement un homme qui…

-Et qui m’en empêchera ? »

Il n’eut pas de réponse. A cet instant, un officier entra et s’inclina, puis dit :

« L’orphelinat de Klasor aimerait recevoir une de vos visite.

-Pas envie…

-Vous êtes assit sur le trône à ne rien faire depuis le départ de votre femme ! Faites quelque chose ! Réagissez !!

-Si je veux bouger, j’irais buter du bandit !

-Arrêtez d’agiter votre épée à qui mieux mieux, et aller vous rapprocher du peuple !

-Mouais bof… Vivement que Crystal revienne…

-Allez-y ! Aller !

-D’accord, d’accord, j’vais y aller… »

 

 

 

 

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