Seigneur-Croc



Le destin d’un assassin
25 août 2011

Le destin d’un assassin

L’eau chaude coulait dans le bassin de la station thermale. De ce coté de la barricade, c’était le coté des femmes. La nudité régnait donc. Les femmes se prélassaient avec aisances sur le bord du bassin. Pourtant il y avait un homme quelque part de ce coté de la barricade. Une femme leva les yeux et vit une ombre dans de saule pleureur. D’un geste fluide, l’ombre disparut. L’espace d’un instant à peine, un enfant d’une dizaine d’années passa derrière exactement au moment où personne ne regardait à cet endroit. Il disparut dans un buisson. Il continua son infiltration et s’approcha du bassin sans être vu. Il se délecta des corps des jeunes femmes nues, décontractées et se croyaient en toute intimité. Mais aucune intimité n’est inviolable pour ce gosse de 9 ans à peine. Une autre femme entra. A peine l’eut-il vu que l’enfant s’enfuit dans les broussailles et se cacha derrière l’arbre. Il avait sans peine reconnu le regard aguerri de la femme. Son voyage s’arrêtait là. Il risqua un coup d’œil sans pourtant prendre le moindre risque et mémorisa la femme. Il sortit un carnet de sa poche et en fit le portrait à toute vitesse. Il écrivit des indications, puis le referma tout en le gardant à la main. Il sauta dans l’arbre et se percha à une branche. Au bout d’une trentaine de seconde, le regard de la femme se posa sur l’arbre. Instantanément, l’enfant sauta au dessus de la barricade en poussant un cri de victoire. Il écouta avec joie les hurlements d’indignation et pouffa de rire. Encore une fois, il avait maté les femmes plusieurs heures sans être vu. La femme que l’enfant avait repérée passa la barricade, une serviette autour du corps.

« Cette fois, tu ne m’échapperas pas, sale petit voyeur ! »

L’enfant sortit son carnet et rajouta des indications. Il sembla pensif et revint quelques pages en arrière.

« Hum… Cheveux noirs, bouclés, regard aguerri, dents blanches, formes inintéressantes, petit cul, pas de poitrine, large d’épaule, 1m 63.4 à vu de pif, les oreilles décollées, les yeux verts, petit nez. Tu pensais qu’en changeant de coiffure je ne te reconnaîtrais pas ?

-Grr… Il est temps pour toi d’être raisonner !

-C’est ça ! Et qui va le faire ? Une folle comme toi qui pense me battre ?

-Sale gosse ! Voyeur de bas étage !

-De bas étage ?? Je suis un expert voyeur, professionnel je n’ai jamais été surpris. Je fais parti des grands !

-Tu penses échapper à un assassin de la guilde du Cercle de sang ?

-Ouais ! »

La femme se jeta sur lui en sortant une dague. Sans paniquer, l’enfant para l’attaque, esquiva un autre coup et envoya la femme dans une poubelle proche.

« Incapable ! Dit-il à la femme en lui posant la main sur les fesses.

-Sale pervers ! »

Elle bondit des ordures et tenta de trancher la gorge de l’enfant, qui prit appuie sur la barricade et esquiva sans peine avant de prendre la fuite par les toits.

« Je serais bien resté plus longtemps si t’avais perdu ta serviette, mais j’ai à faire !

-Un jour je t’attraperais, Sarasin !! »

 

Sarasin passa devant la place principale de la cité où il vivait et jeta un regard sur une femme passante. Il passa à coté d’elle et lui mit la main sur les fesses. Elle se retourna et l’enfant s’exclama en désignant un passant :

« Oh ! Le pervers ! »

La femme gifla l’homme surpris, alors que Sarasin disparut dans une ruelle, plié de rire. Il entra dans un établissement et le garde le salua comme s’il le connaissait. Ensuite, l’enfant monta à l’étage et entra dans le bureau de propriétaire.

« Yo !

-Ah, Sarasin, tu es à la recherche d’argent hein ?

-Faut bien vivre. Alors ?

-Homme d’1m79, trente-six ans, porte des lunettes, vit dans une maison rue Toredid. J’en offre 50 pièces d’or.

-C’est six fois moins cher qu’un assassin !

-Cent pièces d’or.

-Vendu.

-Tu devrais vraiment aller au Cercle du sang.

-Pas envie qu’une guilde d’assassin me dise comment faire. »

Il sortit du bureau, puis de l’établissement. Se dirigeant vers sa destination, il vola une orange à un marchand, coupa par une ruelle en la mangeant et anticipa son action. Il arriva à la maison désigna et demanda au garde :

« Je peux passer s’il vous plait ?

-Va jouer ailleurs gamin.

-Mais j’ai perdu mon ballon ! Il est là-bas ! »

Il désigna la maison. Le garde se retourna et la seconde suivante, Sarasin lui mit un terrible coup sur la nuque et l’assomma. Il se glissa à l’intérieur et tendit l’oreille. Il se cacha derrière un pot de fleur pour laisser passer la patrouille, puis reprit son chemin. Il vit une porte avec deux gardes devant. La situation était toujours plus compliquée avec deux gardes. Il jura à voix basse. Il se cacha derrière un rideau et calcula ses chances de réussite lorsqu’une femme passa devant lui. Un sourire fendit son visage. Il jeta sa dague sur elle et trancha sa robe qui tomba. Les gardes se retournèrent vers elle d’un air interloqués et Sarasin bondit vers eux et les assomma tout deux. Il adressa un rapide salut de remerciement à la femme et entra. Un homme était assis à un bureau, lui faisant face.

« Monsieur, commence-t-il, j’ai un message pour vous.

-Pourquoi on m’envoie un gamin ?

-Un gamin ! Je suis le fils d’un haut dignitaire !

-A mes yeux, tu seras toujours un gamin. Apporte-moi cette lettre et disparais, j’ai du boulot. »

Sarasin s’approcha, puis murmura :

« C’est toi qui va disparaître. »

Il saisit sa dague et la planta dans la gorge de l’homme.

« Je suis toujours un gamin à tes yeux ? »

Il lui brisa la nuque pour lui épargner des souffrances inutiles, puis ressortit trempé de sang. Il sourit de plaisir par avance de ce qui l’attendait. Les gardes alertés lui fonçaient dessus. Il s’étira, puis entama son sprint qui faisait de lui un être irrattrapable. Il sauta à travers la fenêtre et disparut dans la foule. En en sortant, il avait déjà changé de vêtements. Il retourna à l’établissement, monta à l’étage, et jeta le stylo de l’homme qu’il avait assassiné sur le bureau.

« Mission accomplie.

-D… Déjà ?

-Eh oui. Ma tune ! »

Le propriétaire lui jeta une petite bourse. Sarasin la soupesa.

« 98 pièces d’or ? On avait dit cent.

-Petit futé… »

Il lui jeta deux autres pièces.

« Aller va, garnement !

-Salut.

-Tu gâches ton potentiel ! Tu devrais vraiment aller au Cercle de Sang !

-J’irais lundi 36 du mois prochain !

-T’as fais l’école du rire, toi… »

 

Il sortit et s’acheta de la nourriture et des boissons avant de gripper sur les toits. Il fit un pique-nique sur le sol de pierre et regardant avidement les passantes. Il sauta et atterrit en toute discrétion. Il passa à coté d’une femme et en quelques secondes, sans qu’elle puisse le voir, il changea sa coiffure, lui déroba ses sous-vêtements, ouvrit en grand son décolleté et lui mit des lunettes. Elle ne s’en rendit compte que plusieurs mètres après en sentant le froid s’abattre avec force sur son torse. Elle hurla soudain d’indignation et Sarasin lui jeta tout ce qu’il lui avait prit en criant :

« J’ai encore frappé ! »

Il disparut dans une ruelle et s’assit sur un banc. Il attendit quelques minutes et voulut répéter son action. Une femme le croisa et il leva la main à toute vitesse. Aussitôt une poigne de fer lui saisit le poignet et le fit valser dans la fontaine.

« Petit garnement… Lança un homme à voix basse. Pourquoi le maître s’intéresse-t-il à toi ? Enfin qu’importe, je t’ordonne de me suivre.

-Ah ouais ? »

Sarasin bondit de l’eau et saisit l’homme par le col, ce dernier se dégagea sans peine et fit une prise complexe et jeta l’enfant à terre avant de lui mettre une dague sous la gorge.

« T’es pas de mon niveau. Tu peux tenir tête à Célyne, pas à moi.

-Ah d’accord, je me rends.

-Sage décision. »

Il voulut ranger son arme et l’enfant lui mit un coup de tête, le fit trébucher, l’étala en faisant une lourde insulte à sa virilité avant de lui voler son arme.

« Ne jamais relâcher sa vigilance.

-Ecoute tes propres conseils. »

Sarasin se baissa et l’homme passa son bras au dessus.

« Prévisible. »

Il se retourna et sauta sur un axe diagonal en tournant sous lui-même à une vitesse folle, faisant de lui-même une tranchante toupie. Du sang gicla des muscles intercostaux en lambeaux de l’homme.

« Tu as 15 minutes pour te faire soigner, sinon t’es mort. »

L’homme se releva et le sang arrêta de couler.

« Je suis un assassin du Cercle du sang, mourir d’hémorragie m’est impossible.

-Et sans cage thoracique, tu peux mourir d’insuffisance respiratoire ? »

Sarasin se jeta sur l’assassin qui lui mit un coup de pied bien plus rapide que ses coups précédent dans la figure.

« J’en ai assez ! »

Il enchaîna un nombre de coups de poing affolant dans le ventre de l’enfant qui alla s’écraser contre un mur en crachant du sang à flot. Sarasin se releva et dégaina enfin ses épées.

« Puisque tu veux jouer à ça, tu vas être servi !! »

Il se jeta avec une vivacité hors du commun sur l’assassin et trancha les rotules alors que ce dernier lui perforait les vertèbres. Tout deux hurlèrent de douleur. Divers coups partirent, toujours plus rapide, mais Sarasin s’effondra le premier. L’assassin le regarda de haut et lui cracha :

« Sixtyne. Voila le nom de l’homme qui t’a vaincu. »

Il se pencha sur l’enfant.

« Sarasin, tu ne peux plus fuir. Si le maître m’envoie moi, l’un de ses meilleurs éléments, tu n’as d’autres choix que de le rencontrer enfin. »

Le temps sembla s’allonger, quand soudain, Sarasin se releva les yeux brillant d’une lumière jaune à faire frémir. Il trancha sans s’arrêter l’assassin dans une douleur inhumaine, dévastant méthodiquement ses organes, décimant peu à peu sa morphologie qui se rapprochait peu à peu d’un simple tas de chair. Cette force surnaturelle balaya la place publique en craquelant les pavés. Le jaune de ses yeux disparut peu à peu.

« Sarasin, voila le nom du gosse qui t’as anéantit !! Tu n’es plus rien ! Je t’ai tué ! Tu m’es inférieur !! J’ai gagné et tu es vaincu ! Je suis le meilleur ! »

Il prit une pose de frime si classique que s’en était risible.

« Quelle prétention de se croire le meilleur. Lança une voix derrière lui. Je te félicite néanmoins pour ta victoire. »

La voix débordait d’assurance et Sarasin se sentit dépassé par les simples paroles, comme écrasé.

« Je suis Davéstyne. Rends-toi, je te trainerais de gré ou de force.

-Tu n’as pas vu mon éclatante victoire ?

-Qu’importe, ce n’est pas parce que tu as vaincu l’oiseau que tu triompheras de l’aigle. »

Sarasin se retourna et vit une femme portant deux épées dans le dos.

« Il est clair que je suis inférieur à toi.

-Tu ne m’auras pas comme lui.

-Ce n’est pas mon intention. »

Il jeta ses armes et s’approcha de la femme.

« J’accepte e te suivre sans histoire à une condition.

-Laquelle ?

-Je veux que tu me donnes ta culotte. »

La femme lui asséna un grand coup sur la nuque et l’assomma.

« Ce sera de force. »

 

Sarasin fut emmené sur une montagne. La femme le portait sur l’épaule depuis plus d’un kilomètre sans ressentir la moindre fatigue. Elle entra dans un grand bâtiment aux murs rouges sang. L’enfant fut déposé sur le sol et Davestyne se mit à coté de lui :

« Le maître va nous recevoir.

-Gné ?

-Bien dormi ?

-T’as pas les épaules confortables. »

La grande porte s’ouvrit. Un homme entra et la femme bondit sur place avant de frapper Sarasin d’un violent coup de pied dans la mâchoire.

« Que ce passe-t-il ? Demanda un vieil homme chauve avec une grande barbe.

-Ce petit pervers que vous m’avez demandé de vous ramener à tenter de me voler mes dessous !

-Ouais, commenta Sarasin en se libérant sans peine de ses liens et en se tenant la mâchoire. J’ai pas l’habitude de me louper par contre.

-Sale petit voyeur !

-Cul-serré.

-Comment ??

-Davestyne, je te remercie, tu peux  disposer si tu le souhaites.

-Bien, maître. »

Elle partit. Sarasin grimpa sur les poutres et inspecta la demeure. Il regarda le vieil homme en jaune. Il était chauve, barbu, yeux plissé, l’air sage, il y avait presque écrit « Cliché » sur sa toge. Il désigna la toiture.

« C’est du solide tout ça ! Vous comptez vous mettre sur la gueule avec quelqu’un à grand coup de catapulte ?

-Cesse tes inepties ridicules, veux-tu ? J’ai à te parler.

-Sans blague ! Vous ne m’avez pas fait venir ici pour me faire visiter la baraque ? J’vais bouder !

-Hum, jeune impertinent. Sache que je suis le maître Dilijyne.

-Tout les noms ici finissent par –Yne ? Je refuse de m’appeler Sarasyne ou Sarasinyne !

-Que dirais-tu d’Anonyme ?

-Très drôle.

-Ecoute jeune homme. Sais-tu pourquoi tu es ici ?

-Vu depuis le temps que vos envoyés me gonflent, vous savez… J’le sais !

-Tu as un potentiel sans limite. Tu dois étudier ici pour progresser efficacement, un tel talent ne doit être gâché.

-Merci, mais non merci.

-En es-tu sur ?

-Pourquoi vous vous intéressez au plus gros pervers et au plus jeune voyeur de la cité, vous ? Sur 350 000 habitants, il faut que ça tombe sur moi !

-Tu es destiné à de grandes choses. Plus grandes que moi.

-Je suis très heureux avec les choses les plus basses. Foutez-moi la paix.

-Je ne vais pas t’obliger à rester, et sache que l’homme le plus important du pays après l’empereur t’estime… Le plus important, et le plus fort. Plus que l’empereur même.

-C’est ça, moi j’me barre. »

Il poussa la porte, puis lança :

« Au fait, vieil homme, tu diras à Davestyne que j’ai toujours ce que je veux.

-Pour ça, il faudrait que tu restes ici.

-Je rentre chez moi. A plus, le vieux.

-Hump, jeune insolent. »

 

De retour en ville, il faisait nuit. Comme à son habitude, il grimpa en quelques sauts sur un toit et s’y abrita. Il se coucha et commença à s’endormir. Il pensa à sa journée, puis à celle de demain, quand soudain il entendit des cris. Il bondit sur ses pieds et fonça droit vers la source de ces bruits perturbants son sommeil. Du haut de son toit, il fit une fille fermement tenu par d’autres hommes armés. Elle criait :

« Laissez-moi partir ! Je ne vous ai rien fait ! »

Un homme dégaina son couteau et s’en servit pour trancher la chemise de la fille.

« Arrêtez ! Non ! Que quelqu’un vienne m’aider ! »

Sarasin sauta du toit en masquant la lune :

« Et quelqu’un vint t’aider ! »

Il atterrit en se vautrant pathétiquement dans une poubelle. L’enfant sortit de l’objet puant.

« Mais bon sang qui a mit ça là ? Enfin bref. »

Il s’avança vers les hommes qui lancèrent :

« Ma mignonne, t’as pas de bol, voila le plus gros pervers de la ville !

-Vous faites quoi ? Lança Sarasin en s’étirant les bras.

-Bah, une tournante… Tu veux y participer j’imagine.

-Hum alors si je pige bien, j’arrive, je la viole et je repars.

-Bah oui, t’es bien Sarasin ?

-Moui, moui… Donc c’est aussi simple que ça ?

-Evidement !

-Mais où est le défi ?

-Quel déf… »

Sarasin donna soudain un énorme coup de pied ascendant dans la mâchoire de l’homme qui s’arracha sous un tel coup. Il hurla de douleur alors que l’enfant dégaina ses épées.

« Vous faites erreur sur moi, je suis un voyeur, pas un violeur. C’est facile de s’en prendre à plus faible que soit, mais mater tout le monde avec une discrétion d’assassin, ça c’est bien. Je suis un assassin et un guerrier. Vous, vous n’êtes que des lâches. »

Il ferma les yeux une seconde en réfléchissant :

« Frapper au cœur l’assaillant derrière moi, jeter une dague sur le foie du gars du fond qui semble alcoolique. Le type à ma droite tente de me frapper avec une barre de métal, je m’en sers comme appuie pour sauter en lui tranchant la gorge. Tant que je suis en l’air, je suis hors de leur portée. Je peux jeter une dague sur le mec près de la poubelle. Il penche la tête vers le bas, torticolis diagnostiqué, il n’aura rien vu venir et il ne pourra pas esquiver. »

En moins d’un quart de seconde, il assassina tout les hommes désignés. Il atterrit en douceur. Il prit en grand coup de barre métallique sur la tête. Il pensa :

« Ennemi non identifié vient de surgir. Esquive. »

Il bondit en avant et se retourna. L’homme lui avait prit ses armes.

« Je suis désarmé. Recherche d’objet contendant. Couvercle de la poubelle utilisé en disque de lancer. Dangerosité : Acceptable. »

Il arracha le couvercle et le jeta en biais. L’homme esquiva.

« Capacité de l’ennemi supérieur aux autres. Nécessité de se battre dans le but de provoquer une mort brutale. Début de l’embuscade. »

Il disparut. Le temps sembla s’allongea. Des briques tombèrent sur l’homme qui les évita. Un reflet métalique trahit la dague qui allait lui trancher la tête, il parvint à l’arrêter et réalisa que ce n’était qu’un leurre jeté. Bruit de pas dans une flaque, il se retourna en lança sa barre de métal. C’était encore un leurre.

« D’après le bruit, il s’agit d’une barre de fer brut non travaillée. Dangerosité : Moyenne. »

Sarasin ramassa ses armes et chargea son adversaire de front. Il trancha la barre sans effort. L’homme esquiva un coup mortel. Une grande douleur l’informa qu’il venait de s’entaillé sur un poignard fixé à une planche.

« Le piège a fonctionné. »

Sans s’occuper de sa blessure, l’homme prit le poignard. Il voulut lever le bras pour frapper mais ne put.

« La lame est empoisonné, déclara Sarasin à voix haute. Tu es fini.

-N… Non… »

L’enfant passa derrière l’homme.

« Mise à mort immédiate. »

Il se prépara à enfoncer sa dague dans la nuque de l’homme.

« Rendez-vous en enfer !

-Non ! Ne le tue pas ! Hurla la fille.

-… Gné ?

-Il ne m’a pas tué, il ne mérite pas de mourir… Laisse-le partir.

-Hum… Il est empoisonné. Il s’en mourra pas, mais la convalescence sera longue, il souffrira. Et qui payera les soins d’un tel déchet de l’humanité ? Bon… Tu veux que je l’épargne c’est ça ?

-Oui.

-Et bah j’refuse ! »

Il décapita le malheureux à terre dans une fontaine de sang si vite que personne ne le vit bouger. Comme s’il ne venait pas de tuer, il aida la fille à se relever et la prit dans ses bras.

« Allez, t’habites où ?

-Palais ro… Pallier… Rue… Au bout de la rue.

-Ah bon. »

Il la lâcha.

« Alors tu peux rentrer chez toi. A plus !

-Mais… Tu pars comme ça ?

-Ecoute, j’attends pas un bouquet de fleurs ou tout autre remerciement. Je viens de faire cesser les cris qui m’empêchaient de dormir. Bonne nuit, j’suis fatigué.

-Attends !

-Quoi encore ? »

La fille le saisit et l’embrassa sur la joue.

« Bonne nuit. Fit-elle.

-Elle a déjà bien commencée. »

Il sauta avec une telle vitesse que la fille ne put le voir. Sarasin retourna se coucher en regardant le ciel étoilé.

« Moi ? Un vaillant justicier ? »

Il se retourna pour s’assoupir.

« Quelle connerie… »

 

Le lendemain, il dormait encore. Un homme arriva d’un pas tranquille, des menottes à la main. Sans le réveiller, il enchaîna Sarasin, puis lui mit un terrible coup de pied dans la mâchoire que l’enfant parvint néanmoins à esquiver.

« Si tu me laisses pas finir ma nuit, je donne pas cher de ta peau.

-Tu vas me suivre au tribunal.

-Si tu me laisses dormir. »

Un autre homme arriva à grande vitesse et se stoppa net au bord du toit. Il portait une cape déchirée et son visage était orné d’un tatouage ressemblant à une rune.

« Laisse cet enfant, garde. Lança-t-il, ou réponds-en devant le cercle de Sang.

-Le… Il doit comparaitre pour crime !

-Je te conseille de partir avant que je ne décide de te tuer. Mon nom est Férastyne, l’un des meilleurs assassins du cercle de Sang. J’ai le droit de tuer quiconque sans avoir à me justifier. Relâche-le ou je te supprimerais.

-Essaye donc.

-Bien. »

L’assassin fondit sur lui avec une vitesse ahurissante et lui décocha un terrible uppercut dans le ventre. Aussitôt le garde lui saisit le bras et l’envoya valser contre le sol, lui faisait traversé plusieurs étages.

« Mon nom est Égatèr. Je suis un magistrat et un grand combattant. Tu n’es pas de taille face à moi. »

L’assassin bondit et attrapa le magistrat avec fermeté pour le lapider de coup de lame. S’en suivit un vaillant combat opposa les deux hommes d’une force égale.

« Bon sérieux là ! S’écria Sarasin, vous en faites du bruit ! J’veux dormir ! Qu’il m’emmène au tribunal s’il le veut tant.

-Non Sarasin, répondit Férastyne, je refuse de…

-Tu penses qu’ils peuvent me retenir en prison ?

-Avec cet homme, Egatèr, oui.

-L’assassin ne se limite pas au potentiel de combat. Si je n’arrive pas à m’enfuir, je ne mérite même pas d’entrer dans le cercle de Sang.

-Je comprends. Je vais donc partir. »

Il disparut.

« Et toi le magistraaaaaaaaat, reprit Sarasin. Tu m’embarques ? »

 

Il arriva au tribunal. Il fut mit à la barre des accusés et il commença à s’endormir sur la table. Un garde le réveilla en le secouant.

« Reste debout, toi.

-Le juge nous a dis de nous assoir !

-Fais pas l’imbécile toi, sinon…

-Sinon… ?

-… Rien. »

Le procureur commença à énoncer les objets des accusations de Sarasin.

« Alors, Sarasin, 10 ans, mâle…

-Hein ?? Ça s’voit non ?

-Un garçon accusé de…

-Un homme.

-Un garçon.

-Un homme !

-Un gosse.

-Je suis un homme ! Je ne suis plus vierge depuis mes 7 ans et j’ai tué de nombreuses personnes, je vis seul et je suis indépendant. Que me manque-t-il pour être un homme ?

-D’être majeur, à tes 16 ans.

-Pauvre type.

-Tu es accusé d’effractions répétées, de vols répétés, de meurtres…

-Combien ?

-58.

-C’est tout ?? J’ai tué bien plus que ça ! J’ai du atteindre 800, 900.

-Je prends note.

-Je ne tue que les hommes fourbes et criminels, ceux qui ont des raisons de se faire tuer. Pour le compte de pas mieux, certes.

-Je reprends, meurtres, voyeurisme, du jolie, harcèlement… Tu es aussi accusé de terrorisme et de… D’héroïsme, de sauvetage et de protection envers un membre de la famille royal ?

-Y’a un problème avec ta feuille. Je retourne me coucher. »

Des gardes lui mirent leurs épées sous la gorge.

« Bon, j’irais plus tard.

-Silence ! Même si ces actes étaient véridiques, quelques bonnes actions ne peuvent racheter une vie de meurtre ! Il est inutile de délibérer. Je te condamne sur le champ à la peine capitale !

-Ah carrément ? Même pour un ‘gosse’ ?

-Je te condamne à mort ! Tu seras exécuté à peine sorti d’ici !

-Houla du rapide ! J’ai mater ta gonzesse ou quoi ? J’ai droit à une dernière volonté ? »

Les portes s’ouvrirent des deux hommes en armure aux carrures colossales entrèrent, suivit d’une frêle jeune fille. Immédiatement, elle lança :

« Je m’oppose à ce jugement !

-Et de quel droit ?

-De mon droit de veto que chaque membre de la famille royal possède !

-… Hein ? P… Princesse ! Vous ici ! »

Sarasin envoya au tapis les gardes qui le maintenaient enchaîné et s’exclama :

« Ma dernière volonté : Faites-la sortir ! »

L’un des hommes immenses le saisit par le col et l’éleva de toute sa taille, soit plus de deux mètres.

« Comment osez-vous parler ainsi à la princesse Khydal alors qu’elle vient pour vous sauver ?

-Mais j’la connais pas moi ! Qu’elle sorte ! Si on m’aide y’a plus de défi ! »

La princesse releva sa longue robe pour pouvoir se déplacer et s’approcha du guerrier gigantesque :

« Lâche-le je te prie. »

Sarasin se dégagea avant qu’elle ne puisse finir sa phrase.

« Mais t’es qui ? Enfin pourquoi tu m’aides, moi ? Même si tu es la seule fille de la ville que j’ai pas matée, toi et ta famille royale, tu n’as pas à… Hé ? Mais c’est toi que j’ai sauvé hier !

-Enfin tu daignes me reconnaître ! Sarasin, tu as accomplit un acte héroïque et renié ta réputation pour pouvoir me venir en aide, par mon pouvoir royal que ma ligné se transmet de génération en génération, je te libère des accusations qui pèsent sur toi !

-J’ai faillit m’endormir. Tu peux pas dire « J’suis princesse alors t’es libre » ? C’est quand même plus court !

-Insolent !

-Connasse. »

Les deux colosses dégainèrent leurs épées.

« Vous les deux gros balourds, bougez encore un peu et je vous envoie dans l’autre monde.

-Nous sommes prêt à mourir pour la princesse !

-Ecoutez-moi bien mes gaillards ! Vous savez qui je suis ? Je suis Sarasin ! Si je décide de buter la princesse, j’ai le temps de la violer six fois, et vous avec, avant que vous ne dégainiez ! Rangez vos gadgets de ferraille avant que je me fâche ! »

Un silence de cathédrale régna sur le tribunal.

« Reprenons, je venais d’être condamné à mort…

-Sarasin ! Reprit la princesse, de par mon pouvoir, je t’ordonne de me suivre dans mes appartements privés !

-Qui m’y forcera ? Toi ? »

Aussitôt il fut saisit et jeté à terre par les gardes avec une vitesse insoupçonnée. Il poussa un rugissement de colère à la limite entre le ridicule et la caricature.

« Bon j’vous ai sous-estimé. Tu veux quoi déjà ? Ah oui que je te suive. Bon j’obéis, mais uniquement parce que ça emmerde le juge. »

Il bondit à coté de ce dernier et fit mine de l’étrangler avec sa cravate.

« Tu l’as dans l’os mon vieux, et bien profond. »

Il sortit d’un pas décontracté, après avoir bousculé les gardes et volé leur argent sans qu’ils n’en rendent compte.

 

 

Dans les appartements privés de la princesse, Sarasin lança sa veste sur le premier garde qu’il vit et se jeta allongé sur le lit royal.

« Bon, alors ma p’tite, tu veux quoi ?

-Sarasin, sache que tu as mon admirations pour tes actes de bravoures pour le moins héroïque car…

-Merde à la fin ! Tu peux pas parler la langue du peuple ?

-Mille excuses si mon dialecte est soutenu trop haut pour toi !

-Je vais te frapper. »

Un des gardes approcha.

« Toi le gros balourd, coucouche panier ! »

Il fit un geste de recul.

« Voila, t’es un bon chien.

-Arrête ! S’insurgea la princesse.

-Oh toi tu commence sérieux à me gonfler !

-Mais tu vas la fermer pauv’ type ??

-Ah, une amélioration du langage. Nous allons pouvoir dialoguer.

-Gardes, laissez-nous je vous prie. »

Ils sortirent.

« Sarasin, aussi ridicule que cela puisse paraître, car on se connait peu… Depuis que tu m’as sauvé, je ne pense plus qu’à toi. Je te veux pour compagnon car la braise de mon cœur…

-Attend, je suis encore à décrypter.

-Je t’aime et je veux que tu sois mon petit ami ! »

Sarasin manqua de s’étouffer et se leva avant de s’étaler pathétiquement.

« Qu… Quoi ?? Tu veux d’un pervers tel que moi ! Comment peux-tu croire une seule seconde que je pourrais te rester fidèle !

-Je le sais, mais je pense qu’à mes coté, je peux t’élever à un seuil de noblesse que peu de gens peuvent prétendre avoir vu !

-Quel gag ! Arrête ton délire ! L’amour c’est pas fait pour moi ! J’suis une bête ! Un animal ! Un monstre !!

-Je veux que tu restes !

-Rien ni personne ne peut m’obliger à rester ici !

-Je… Je… Je te laisse m’embrasser si tu restes !

-La bonne blague ! Tu crois que je vais céder face à ça ? Rien à foutre de ton baiser !

-Je suis une princesse ! Mes baisers valent de l’or !

-Je suis un pervers doublé d’un assassin triplé d’un combattant surpuissant ! Les baisers ont tous la même valeur : Décoration !

-Tu oses !

-J’ose ! Oui !

-Je… J’accepterai de… Mais tu veux quoi de moi ?

-Rien ! D’ailleurs j’vais partir !

-Je t’en supplie ! Je t’aime !

-Rien à foutre.

-Mais c’est comme si tu m’arrachais le cœur !

-Tu veux que je le fasse vraiment au sens propre de terme ? Tu pourras constater la différence !

-Gardes !

-Hein ? »

Une dizaine de gardes colossaux entrèrent.

« Immobilisez cette personne ! »

Aussitôt, submerger par le nombre, Sarasin fut bientôt incapable de bouger, tenu trop fermement.

« S’il le faut, lança la princesse, je serais aussi perverse… »

Une lueur d’inquiétude passa à travers le visage de Sarasin.

« Je t’embrasserais contre ton gré… »

L’enfant prit un air blasé.

« Trop puissant… Essaie et je t’arrache la langue pour voir tes gardes terrorisés te voir mourir d’hémorragie !! »

Elle approcha sa tête de celle de Sarasin qui tenter vainement de se débattre.

« Bon c’est d’accord, soupira Sarasin. Embrasse-moi vraiment, jette-toi à mon cou. »

Sans hésiter, elle passa les mains autour de la nuque de Sarasin et sentit qu’elle venait d’appuyer sur une sorte de bouton.

« Merci idiote… Personne ne peut arrêter Sarasin ! Poussé d’adrénaline ! »

Ses vaisseaux sanguins gonflèrent sur son visage et il envoya à terre tout les gardes d’un seul et même coup. Il prit leurs armes et se mit en garde.

« Approchez… Approchez… Et mourrez ! »

Les gardes se jetèrent sur lui et il aurait put les anéantir dans une marre de sang, mais Sarasin se contenta de les assommer.

« Pourquoi ? Lança-t-il. Pourquoi je n’ai pas envie de les tuer ? Pourquoi ?? »

Il posa son regard assassin sur la princesse.

« C’est ta faute.

-Arrête ! Je ferais tout ce que tu veux ! Je… Je veux bien coucher avec toi ! C’est le mieux que je puisse faire !

-J’en ai rien à foutre. Je vais te massacrer !! Je vais te transformer en lambeaux de chairs sanglant !! »

Il lâcha ses armes.

« Je n’y arrive pas… Merde !! »

Il traversa le mur d’un coup de coude et disparut.

 

Sarasin était perché sur un toit, à regarder les passants défiler. Mais cette fois, il ne regardait pas les femmes, il les évitait du regard.

« Si je chope cet emplumé de Cupidon, j’lui fais bouffer son arc, et j’lui colle ses flèches là où le soleil ne brille jamais !! »

Il continuait de regarder la rue. Il vit un homme dégainer un poignard et s’approcher d’un autre. La seconde d’après, il avait immobilisé son poignet et lui demanda d’un air calme :

« Tu comptes buter qui avec ce jouet ?

-Quoi ? »

Dans un sursaut de colère qui ne l’avait encore jamais frappé, il lui brisa la nuque d’un coup ferme dans un grand bruit. Une main se posa sur son épaule.

« Sarasin, tu fais trop de zèle. Mais dis-moi depuis quand tu joues les héros ? »

C’était Davestyne. Sarasin répondit :

« Pour son estime… Hein ?

-Quoi « hein » ?

-C’est moi qui ait dit ça ? Terrifiant. Mais toi tu fais quoi ici ?

-Je suis envoyée pour tenter vainement de te convaincre de rejoindre le Cercle de Sang. Maintenant que je te l’ai dit, je vais pouvoir aller me coucher.

-C’est ça bonne nuit.

-Alors là tu as perdu toute ta répartie ! Qu’est-ce qu’il t’arrive ?

-… On peut tuer un ange ?

-Il y a 5 ans 8 mois 17 jours, combat entre deux légions. Un ange se ramène pour ordonner la paix. Un type hyper fort genre le niveau du maître le blesse avant de se faire massacrer sans problème. Si on peut le blesser, on peut le tuer. Tu comptes tuer qui ?

-… Cupidon.

-Je te souhaite bien du courage. Il est juste responsable de la moitié des guerres, du trois quarts des meurtres et de la quasi-totalité des suicides du monde.

-… ‘Foiré.

-T’es tombé amoureux, toi. Je peux savoir de qui ?

-Tu ne me croirais pas. J’vais y réfléchir.

-Comme tu voudras. »

Sarasin jeta un bref coup d’œil au visage de Davestyne et lança :

« T’as pas l’air bien.

-Laisse tomber. »

 

Des bruits de métal claquaient. Un homme arriva, seul, aux portes de la ville. Cette ville est en plein désert, au bord d’un fleuve où poussaient quelques végétations. Au-delà de celui-ci, le Cercle de Sang est établit dans des montagnes proches. Il n’est pas rare de voir arrivé un bateau marchand, de tourisme ou autres embarcation, mais un homme venant à pied est tout à fait insolite.

« Qui es-tu, étranger, toi qui vient d’où il n’y a rien ?

-Je suis originaire du sud de Lehi.

-Que viens-tu faire au nord de ton pays, étranger ? Il n’y a rien à part cette ville qui vit du commerce.

-Je viens conquérir cet endroit par la force des armes. »

Il jeta un regard malveillant au garde et entra. Il se dirigea vers une auberge et y pénétra. Tout le monde se tourna vers lui. Sa peau était mate et ses yeux bleus magnifiques. Son sourire était à la fois charmeur et assassin. Il portait une capuche et un long manteau, ainsi qu’une cotte de maille sous ses vêtements. Ses deux épées longues et fines inspiraient la crainte et le respect. Il s’assit au bar et lança :

« Aujourd’hui je me repose, demain je conquiers cette ville. »

Il posa une lourde bourse de pièce d’or sur le comptoir.

« Aubergiste, je veux assez de viande pour trois personnes.

-Bien… »

L’intéressé se retira aux cuisines. L’étranger s’étira, puis hurla à tût-tête :

« Je vais conquérir cette ville, personne ne compte m’arrêter ? Où est le plaisir de gagner ?

-Conquérir cette ville hein ? Lança une voix de l’étage. C’était sans compter les assassins du cercle de sang de passage.

-De la résistance, enfin. »

Un homme descendit des escaliers et se plaça devant l’étranger.

« Mon nom est Faebryne, voila le nom de l’homme qui t’as vaincu.

-Quelle prétention. Mon nom est sans importance. »

L’assassin dégaina son arme et fut aussitôt paré par un troisième arrivant.

« Faé-truc, tu ne sais pas estimer la force d’un individu ? Et tu es au Cercle de sang ? Et on se demande pourquoi j’y vais pas… »

L’étranger regarda l’enfant qui semblait avoir 10 ans à peine, impressionné.

« Tu es fort. Toi, tu m’opposeras une réelle résistance. Je me présente face à quelqu’un d’à peu près digne : Je suis Néantir.

-Comme « anéantir » ?

-Précisément.

-Je suis Sarasin. »

L’étranger éjecta l’assassin du Cercle du sang d’un coup de pied sur le buste et engagea le combat avec Sarasin. Il n’y avait qu’un dizaine de personne dans la ville et dans le Cercle de sang à pouvoir prétendre contenir Sarasin quelques instants. Il y en avait trois capable de le vaincre : Les deux élites du Cercle de sang et le maître de cette guilde. Désormais, il y avait un nouveau challenge.

 

Néantir perça en une passe toutes les failles de la garde de Sarasin, ce dernier riposta en le blessant au bras d’un coup vif.

« Tu es la première personne à arrivé à me blesser depuis une semaine, et la Lumière sait combien j’en ai tué.

-Tu es aussi… La première personne à me mettre quasiment hors-combat en une passe…

-Hors-combat ? Non ! Tu es capable de tenir encore un peu. Aller, je veux me distraire ! »

Sarasin lui fit un signe de main pour lui demander d’attendre. Néantir attrapa une chope de bière et l’avala d’une traite, puis la lança au tavernier en le félicitant pour son excellente boisson. Sarasin passa les mains derrière son cou et respira à fond. Ses membres commencèrent à trembler, son visage de crispa pour passer de la détente à la fureur vive, et ses yeux virèrent au jaune.

« Oh, fit l’étranger, cure d’adrénaline ?

-Ouais !!! »

Sarasin se jeta sur Néantir et frappa bien plus fort et bien plus vite. Il passa sa garde et faillit lui trancher la gorge, ne faisant que le blessant aux muscles du cou. Il perfora sa cage thoracique et fut repoussé. Néantir frappa Sarasin si fort d’un coup de pied que ses cotes se brisèrent. L’enfant se releva, blessé, mais trop insufflé d’énergie pour rester à terre. Il l’écorcha aux abdominaux en tenta de lui percer les intestins et Néantir parvint tout de même à le blesser à la joue en tentant de lui crever un œil. Tout deux frappaient fort, tout deux frappaient vite, mais tout deux étaient doté d’une maîtrise de l‘esquive type des assassins. Finalement, Néantir s’énerva enfin. Sa cape s’éleva sous un vent de puissance et il embrocha Sarasin d’un coup net dans le cœur. Enfin vaincu, l’enfant s’effondra. L’étranger s’assit de nouveau au bar et se calma lentement alors que Sarasin agonisait sur le sol.

« Tavernier, une boisson forte. »

Il prit sa chope et se retourna :

« Sarasin, tu veux une dernière… »

Plus personne, juste une flaque écarlate.

« Bah ? Où il est passé ? »

 

Sarasin se réveilla en se redressant d’un coup, virevolta dans la pièce en cherchant sans le trouver son poignard, se cogna au plafond et s’écrasa lamentablement sur le sol.

« Enfin réveillé ? Il était temps. »

Davestyne se leva et désigna brièvement la fenêtre.

« Il fait encore nuit, Néantir commencera son massacre demain.

-Et t’es pas intervenu ?

-Pourquoi l’aurais-je fait ? Nous sommes des assassins, pas des défenseurs.

-Comment je peux être encore en vie ?

-Tu me dois une fière chandelle. Néantir a percé ton cœur, mais n’a que blesser ton ventricule gauche. Je l’ai un peu près rafistolé et il est déjà en pleine forme. Je n’attends pas à être remerciée. Le maître va bientôt venir.

-Tu sembles plus en forme que hier, ou avant-hier. Je ne sais plus… C’est du sang sur ta manche ? Et en quantité !

-Je suis une assassine.

-Ouais enfin, sur la manche. »

Davestyne alla chercher le maître, qui ne perdit pas de temps à venir.

« Sarasin, dit-il en entrant. J’ai un marché à te proposer. Néantir n’est pas hostile au Cercle de sang. Nous n’allons pas réagir. Qu’en penses-tu ?

-J’en pense que je n’ai pas envie de voir ma ville se faire anéan… Détruire ! Je vais payer un assassin à votre guilde pour qu’il m’en débarrasse, vu que je ne suis décidément pas à sa hauteur.

-Tu ne tiens pas à cette vile, tu irais ailleurs, il y a autre chose… Mais qu’importe. Nous n’interviendrons pas, même pour un contrat, nous laisserons la ville mourir.

-Qu… Quoi ??

-La seule solution qu’il te reste et d’accepter mon marché. J’enverrais mes deux meilleurs éléments, ou j’irais moi-même, qu’importe, à la condition suivante : Rejoins la Cercle du sang. Nous t’élèverons à un point que tu n’imagines pas. Laisse-nous un mois et tu seras surpuissant, laisse-nous un an et tu seras parmi les meilleurs, laisse-nous tout notre temps, tu seras invincible.

-… Laissez-moi y réfléchir.

-Nous te laissons seul. Mais n’attend pas trop. N’attend pas qu’il attaque, il a prit 4 ville déjà.  N’attends qu’il se déchaine, même s’il n’a pas d’armée, il y arrivera. N’attend qu’il les tienne.

-Je vais faire un tour.

-Tu es blessé, alors…

-Alors j’irais quand même.

-Certes oui, mais nous t’affublerons un garde du corps. Davestyne.

-Encore elle ? Pourquoi toujours celle-la ?

-Parce que c’est mon meilleur élément après Célistyne. Et elle refusera ce travail.

-Pourquoi tes meilleurs éléments sont des femmes ?

-Tu es machiste. C’est ainsi, c’est tout. Le meilleur, c’est encore moi. Mais j’ai passé l’âge de ces bêtises. »

Sarasin considéra alors que la discussion était close et partit par la fenêtre, suivi par Davestyne. Ils allèrent en ville et s’arrêtèrent sur le toit de l’auberge.

« Davestyne, tu penses que j’ai une chance de l’assassiner pendant son sommeil ?

-… Non, aucune.

-Je vois… Je vais aller voir quelqu’un, mais ne me suis pas. Je ne veux pas que tu saches qui c’est.

-Je reste ici.

-Ne regarde même pas où je vais, je peux échapper à ta vigilance, mais j’ai la flemme.

-D’accord. »

Sarasin partit vers le nord et Davestyne détourna le regard. Elle écouta et aux sons, elle parvint à deviner où Sarasin allait. Un reflet dans une vitre lui confirma qu’en effet, il allait dans le palais royal.

 

Sarasin entra dans la chambre de la princesse assoupie. Il crocheta la fenêtre. Il fallait qu’il lui parle. Il inspira et la secoua doucement.

« Hé ! Khydal, debout !

-Hmm… Laisse-moi dormir…

- Khydal ! Hé ! C’est moi, Sarasin !

-Sarasin n’est qu’un mécréant qui a volé mon cœur… »

L’enfant soupira, puis secoua la fille avec force.

« Khydal c’est moi !

-Je connais pas de « Mwa »… Dodo… »

Elle leva les yeux et tomba sur le visage de celui qu’elle aimait.

« Sarasin ??

-Ah bah quand même ! Il faut qu’on parle. »

Un garde toqua à la porte.

« Princesse Khydal ? J’ai cru entendre des voix.

-C’est rien ! J’ai fait un cauchemar, merci de votre sollicitude !

-A votre service, princesse. »

Sarasin reprit :

« Tu as eu vent de « Néantir » ?

-Oui, il parait qu’il t’a tué…

-Davestyne m’a sauvé. »

La princesse bondit de jalousie.

« C’est qui elle ??

-Une assassine du Cercle de sang. Et elle a 25 balais de toute façon.

-Ah, ça va alors.

-Euh bon… Néantir va détruire la ville.

-Ah bon ? Je ne savais pas ! Arrête-le !

-J’ai essayé… Je m’suis prit une branlée monumentale.

-De quoi ?

-« J’ai essuyé une défaite critique ».

-Ah bon.

-Le Cercle de sang ne bougera pas, la ville va tomber… En toute franchise je m’en fous de la ville. J’en trouverais une autre. Mais… Toi, je ne veux pas te perdre…

-Alors tu… Tu m’aimes ?

-Je crois, pas facile de savoir. Je suis un assassin ! Je suis pragmatique, cartésien ! Je ne fais rien sans être absolument certain ! Alors… Ils m’ont proposé un marché, ils tueront Néantir si… Si je rejoins leur guilde. A choisir, je préfèrerais refuser, mais je ne veux pas te perdre. Je vais accepter.

-C’est super ! Tu acceptes et après, on va se marier et…

-Stop ! Si je vais dans la guilde, je ne pourrais pas venir te voir.

-Mais… Reste au moins avec moi pour la nuit !

-Non, je dois repartir leur dire que j’accepte leur contrat. Dès lors, mon entraînement commencera et je ne reviendrais pas.

-Non… Je ne veux pas te perdre alors que je viens de te gagner !

-Et pourtant… Et pourtant…

-Je t’en supplie… Embrasse-moi au moins avant de partir !

-… Non. »

Sarasin partit. La princesse resta seule, à pleurer.

 

Sarasin retrouva vite Davestyne. Il lui dit qu’il acceptait et elle alla l’annoncer le devançant largement par sa vitesse de course. Rapidement, elle revint accompagner d’une autre femme. Autant Davestyne était belle, charmante et attirante, autant ce n’était pas le cas de Célistyne. Elle était tout aussi jeune, tout aussi belle, mais froide. Son regard était glacial et même Sarasin eut un frisson en la voyant. Elle ne lui adressa qu’un regard vide avant d’entrer dans l’auberge. Sarasin voulut les suivre mais Davestyne l’en empêcha.

« Ne sois pas stupide, tu ne ferais que nous gêner. »

Des hurlements retentirent et Néantir sortit en fracassant le mur. Davestyne parvint à peine à le contenir et réussi là où Sarasin avait échoué, à savoir le repoussé dans ses derniers retranchements. Elle fut vite dépassé par la cadence de frappe mais Célistyne intervint. Elle para les deux épées qui s’abattait toujours plus vite d’une seule main armé d’un pugilat et trancha Néantir à l’horizontal avec son épée. Puis, elle lui fracassa la boîte crânienne contre le pavé d’un coup de pied pour pouvoir assurer sans se tromper qu’il était mort. La flaque écarlate grandit.

« La vache… Laissa échapper Sarasin. Quelle vitesse…

-Oui, répondit Davestyne, c’est elle, la meilleure. »

Célistyne s’accroupit et imbiba ses doigts de sang avant de les lécher. L’enfant ne tint pas à rester plus longtemps et partit au Cercle de sang.

 

Le maître accorda à Sarasin une grande chambre de trois personnes pour lui tout seul. Il

possédait même un lit deux places. Il demanda ce qu’il lui était interdit et on lui répondit que rien ne l’était. Il était autorisé à posséder un animal de compagnie, un esclave, des substances illicite ou tout ce qu’il lui passer par la tête. Seules était obligatoire les heures d’entraînement.

« Je suis autorisé à retourner en ville ?

-Non. Tu es élèves ici, tu n’as pas le droit de sortir de cette enceinte. »

Sarasin soupira.

« Cœur qui soupire n’a pas ce qu’il désire ?

-Foutez-moi la paix. »

 

Les entraînements duraient de 6 heures du matin à 22 h le soir, avec une pause de 2 h à midi. Sarasin fut d’abord mit parmi les débutants, mais fut mit dans le niveau « expert » après avoir manqué de tué son professeur d’un seul coup. Mais même parmi les meilleurs, c’était lui, le meilleur des meilleurs. Il progressait sans cesse mais le temps paraissait long.

 

« Il est 22h, le cours est fini ! Rangez vos affaires ! »

Les élèves quittèrent les lieux. Sarasin regagna sa chambre d’un pas lent. Il entra et retira tunique de combat. Désormais torse nu et seul, il se sentait mieux. Il se jeta sur son lit et ferma les yeux. Il entendit d’abord le sifflement des oiseaux, le bourdonnement des derniers insectes du jour et des premiers de la nuit. Les portes qui claquaient, et puis une respiration. Une infime respiration humaine. Il saisit ses dagues et écouta. Elle était lente, donc peu paniquée. Donc soit la personne était extrêmement forte, soit en ne se sentait pas menacée. Qui ne se sentirait pas menacé ? Personne. Il opta pour la première option. Il s’approcha en silence de son armoire et l’ouvrit en grand. Il leva ses armes qui s’arrêtèrent net en l’air. Une fillette se jeta à son cou.

« Khydal ??

-Sarasin !! »

Il fut si surpris qu’il oublia de freiner cette charge et fut mit à terre.

« Mais qu’est-ce que tu fais là ?

-On m’a autorisé à entrer ! Le maître est très gentil !

-Le maître ? On t’a déroulé le tapis rouge ! Ah princesse un jour, princesse toujours.

-Pas vraiment. Mon père ne veut pas que je sois ici, je me suis enfuie.

-Tu te rends compte que ça va être la guerre entre la ville et la Cercle du sang ?

-Mon père n’a aucune chance, et il le sait très bien. Je veux juste vivre avec toi ici.

-Mais… Soit. Mais de 22h à 6h, ça nous laisse peu de temps pour nous voir.

-Non tu as mal compris, avec toi ça veut dire dans cette chambre. »

La porte s’ouvrit et Davestyne entra.

« Sarasin, tes dernière notes sont pour le moins excellentes, on décidé avec le maître de… »

Elle regarda Sarasin, toujours torse nu, et la fille au-dessus qui tentait de le serrer assez fort dans ses bras pour l’empêcher de partir, tous deux allongé sur le sol.

« Je dérange je crois. Je laisse la feuille ici. »

Elle partit.

« C’était qui ?

-Davestyne. Attention elle est plus forte que moi.

-Ah, la fameuse. Elle est vraiment très belle.

-C’est vrai…

-Attention à ce que tu dis !!

-C’est toi qui a mit ça sur le tapis ! »

Sarasin entendit Davestyne discuter avec le maître de guilde. Après quelques instants, on toqua à la porte.

« Sarasin, pouvons-nous entrer ? Demander le maître.

-Euh un instant ! »

Il mit rapidement une chemise et ouvrit.

« Oui ?

-Sarasin, commença le maître, je pensais que cette fille était ton amie et pas… Plus, dirons-nous. Il est extrêmement rare qu’un assassin ait une compagne, alors il n’est établi aucune règle.

-J’ai droit à une esclave non ?

-Exacte mais c’est une princesse.

-De un, vous n’allez pas de faire croire qu’aucun assassin n’a jamais taper dans une esclave, ou qu’aucune assassine n’a taper dans un esclave.

-Certes mais…

-J’suis sur que même la nôôôble Davestyne s’est permis ça !

-Comment ! S’insurgea-t-elle ! Je me préserve pour l’homme de la vie ! Moi ! Je ne donne pas ma virginité à 7 ans !

-T’es encore vierge à 25 balais ? C’est pas de la dignité, c’est du fanatisme !

-Revenons à Khydal ! Ordonna le maître.

-De plus elle n’est plus princesse, elle s’est enfuit.

-Je ne peux tout de même pas…

-Bon merde, là ! Davestyne tu me connais, penses-tu raisonnable de penser déloger de mon esprit l’idée d’aimer cette fille ?

-Hum… Non, impossible. Mais un esclave ne doit pas sortir de la chambre. J’ajouterais qu’il n’y a pas d’esclave ici même si c’est autorisé.

-Changez les règles.

-Les changer ? Mais…

-Si j’ai sauvé la ville en acceptant votre marché, c’est pour elle, vu ? Vous la dégagez d’ici, vous serez contraint de me tuer.

-Je vois… J’accepte exceptionnellement ce ménage en raison de ton talent et de ton potentiel tout aussi exceptionnels… Tu iras plus loin que Davestyne ou Célistyne, peut-être plus loin que moi-même. »

Il partit, suivit de Davestyne.

 

La nuit parut à la fois longue et courte. Les deux amoureux n’osèrent pas s’approcher l’un de l’autre, mais ils profitaient d’être cote à cote.

 

Le lendemain, ils n’avaient pas dormit. Sarasin insista pour que Khydal prenne des cours pour savoir se battre, juste assez pour échapper à des brigands. On lui répondit qu’elle avait toujours vécu choyée, et qu’il été maintenant impossible d’en faire une guerrière affirmée. Elle passait donc ses journées dans sa chambre. Le Roi de la ville ne mit pas longtemps à ordonner au Cercle de sang de lui restituer sa fille. Sarasin alla lui-même le voir et lui annonça que si sa fille était partie, elle l’avait décidé et qu’il n’avait qu’à assumer ses actes passés. Il profita également de sa vitesse pour lui botter le dernière en public, pour affirmer sa supériorité.

« Sarasin, ton affront ne sera pas oublié ! Je te ferais exécuter !

-Si tu me tues, tu tues ta fille, et tu tue également le père de l’enfant qu’elle porte. »

Le roi était sidéré et Sarasin rentra. Il venait de mentir de façon aberrante, mais c’était le mieux à faire pour faire comprendre à ce père que sa fille était autonome.

 

Le couple ne progressa pas de façon spectaculaire. Il fallut que Sarasin prenne les devants en l’embrassant pour la première fois. Davestyne était désespérée de ce pervers endimanché incapable de rendre celle qu’il aime heureuse. Mais Sarasin continuait ses activités puériles. Il annonça haut et fort devant tout le monde son nouvel objectif. Il venait se perdre à nouveau face à Davestyne. Il se releva, et hurla :

« Un jour, je te battrais !

-Il faudra d’entraîner un peu plus, voler les culottes des élèves n’est pas suffisant pour progresser.

-Un jour, c’est ta culotte que je volerais ! »

La menace mit Davestyne de travers, il en était bien capable.

 

Sarasin ferma son calepin et le jeta derrière lui. Une élève le ramassa par curiosité et cria d’indignation. Dedans, il était marqué le jour et la manière dont Sarasin avait volé à absolument toutes les filles leur dessous, à l’exception de Davestyne, Celistyne et Khydal. Elle y retrouva son nom, comme beaucoup, et elle se jeta sur lui. Elle fut paré sans subir de riposte et éjectée, mais ce garçon de maintenant 11 ans s’était mit à dos la moitié du Cercle de sang, et avait réalisé son premier véritable exploit.

 

Khydal attendait dans sa chambre, comme toujours. Elle s’était prit d’une violente affection pour la lecture et lisait à une vitesse hallucinante. On toqua à la porte. Elle demanda :

« Qui c’est ? »

Elle n’eut pas de réponse. Elle se décida à ouvrir. A peine eut-elle ouvert le verrou que la porte s’ouvrit et trois femmes entrèrent.

« Que… Que voulez-vous ?

-C’est très simple, nous ne sommes pas en mesure de nous venger de Sarasin, alors on s’en prend à toi. C’est lâche, mais bon… Le plus simple est encore de te voler tes dessous à toi, peut-être qu’il comprendra. »

Elles avancèrent vers Khydal quand Davestyne passa dans le couloir, le regard vide, la mine basse.

« Davestyne ! Aide-moi ! Cria la fille. »

Elle n’eut en réponse qu’un regard inexpressif. Elle commença à prier en vain, les femmes s’approchèrent.

« La Lumière me protège !

-Arrête, on va pas te tuer. »

 

Khydal pleurait amèrement sur son lit. Sarasin ne rentra que très tard. Il entra en lattant la porte comme à son habitude et fut surpris par ce spectacle. Khydal en larmes, tous les meubles étaient renversés.

« Que c’est-il passé ?!

-Sa… Sarasin !! »

Elle se jeta sur lui en le rouant de coup comme si elle avait la moindre chance de le blesser.

« Qu’est-ce qui se passe ??

-A force de jouer les pervers, c’est sur moi que ça retombe ! On m’a humilié ! Je suis une princesse !

-Toi, tu n’as pas vécu dans la rue, ça se voit. Raconte-moi tout. »

Khydal lui fit un récit dramatique de l’évènement comme s’il s’agissait d’une tragédie. Sarasin ne cilla pas, indifférent.

« Mais surtout, Davestyne ne m’a pas aidé ! Elle m’a juste lancé un regard, la… La… La coquine !

-Tu parles d’une insulte. J’vais aller voir cette… »

Il proliféra une chaîne d’injures qui semblait interminable.

« Sarasin ! Lança Khydal. Si tu m’aimes… Si tu m’aimes vraiment… Reste à me consoler !

-Tu n’as rien subit ok ? Un simple bizutage.

-Mais…

-Tu t’es déjà fait torturer ? Tu t’es déjà fait pendre au nœud coulant ? Tu t’es déjà fait poignarder ?

-N… Non…

-C’est pas parce qu’on t’as volé un bout de tissu que tu vas pleurer n’est-ce pas ?

-Je… »

Elle se jeta dans ses bras.

« Reste, s’il te plait !

-Autant les actes de ces femmes m’indiffèrent, autant la trahison de Davestyne me met hors de moi. Je vais la voir ! Et elle va m’entendre !! »

 

Davestyne attendait dans sa chambre. La maître de la guilde entra et lança :

« Bonne chasse ?

-Néant.

-Tu n’as rien attrapé ? Voilà qui est fâcheux… Il te faudra y retourner. Je t’enferme dans ta chambre. Evite tout contact. »

Il sortit. Davestyne resta assise sur son lit, le regard vide. Des coups résonnèrent contre la porte, c’était Sarasin.

« Davestyne ! Ouvre ! Ouvre que je t’éviscère ! »

Il n’eut pas de réponse.

« Davestyne ! »

Il frappa la porte d’un grand coup de pied, mais elle tint bon.

« Une porte ! C’est tout ce que tu peux mettre en toi et ma vengeance ? »

Il continua de frapper la porte blindée sans parvenir à la défoncer.

« Ouvre ! Tu as abandonné Khydal, je ne te le pardonnerais pas comme ça ! »

Il se tut un instant, puis relança :

« Si tu me glisse ta culotte par-dessous la porte, j’oublie tout. »

Un coup d’une force monstrueuse frappa la porte. Défié, Sarasin parvint à défaire la porte blindée. Il lança un regard noir à Davestyne, qui semblait toujours l’esprit ailleurs. Elle lui fit signe d’approcher. Son regard changea, c’était comme si seul Sarasin existait à ses yeux. Sarasin avança d’un pas furieux mais Davestyne le prit au dépourvu. Elle passa sa main tendrement sous son cou en le caressant. Elle approcha ses lèvres de celle de l’enfant d’à peine 12 ans le regard charmeur et le visage doux. Khydal entra à ce moment là. Elle poussa un hurlement d’horreur à la vision de la scène et Sarasin bondit, mais Davestyne ne sembla pas l’avoir remarqué. Khydal n’existait pas à ses yeux.  Sarasin tendit la main vers celle qu’il aimait pour tenter de lui expliquer lorsqu’il sentit des crocs aiguisés se planter dans sa jugulaire. Il échappa un cri de douleur et de surprise et se dégagea sans grande peine. Il regarda Davestyne, elle avait des crocs animaux et les yeux rouges écarlate. Elle léchait le sang qui était tombé sur sa main.

« Plus… Il m’en faut plus…

-M’approche même pas ! »

Davestyne se jeta sur lui. Il parvint à la repousser mais il ne voulait pas la blesser. Elle, elle ne pensait qu’au sang. Elle n’esquivait plus les coups, elle ne parait pas, elle n’encaissait pas, elle avait arrêté tout système de défense.

« Davestyne si tu t’approches encore, je devrais réagir avec plus de force ! »

Elle se jeta à nouveau sur lui. Il ne put se contrainte à contre-attaquer et sentit ses crocs plonger dans sa gorge. A ce moment, Sarasin sentit une aura de mort provenant de derrière lui. Derrière la porte entrouverte, il vit deux yeux bleus argentés. Célistyne entra en furie et mit Davestyne à terre d’un seul coup. Elle la ligota sans peine et la jeta contre le mur.

« Sarasin, tu devrais partir.

-Et puis quoi encore ? D’abord elle laisse Khydal se faire…

-Sarasin, si tu ne quitte pas cette pièce, la vie quittera ton corps. De mes mains.

-D… D’accord ! »

Elle s’enfuit en emportant une Khydal terrifiée.

 

Dans le bureau de Dilijyne, maître du Cercle du sang, ce dernier expliqua :

« Sarasin, tout d’abord je te demande d’excuser Davestyne. Ensuite, je te remercie de ne pas avoir riposté. Ton sang lui a permis de se contrôler un peu mieux et elle est de nouveau « normale ».

-Pourquoi cette tarée m’a agressé ?

-Davestyne est une vampire. Tu t’en doutais je pense, tu es très intelligent.

-J’me doutais, en effet. Mais pourquoi moi ? Enfin je veux dire, elle a pas sauté sur Khydal.

-Un vampire est toujours attiré par le sexe opposé au sien, à moins d’être homosexuel. Davestyne étant une femme, toi étant un homme, elle a voulut boire ton sang, pas un autre.

-Et…

-De plus, le sang d’un enfant en pleine croissance, soit entre 10 et 20 ans, est plus attirant pour un vampire. Question d’hormone. Tu ne pouvais pas y couper.

-Mais… Pourquoi elle ne fuit pas la lumière ?

-Peuh ! Fuir la lumière ! Tu lis trop de livre stupide. Les vampires sont des gens normaux. Je suis moi-même un vampire, comme Célistyne. Un vampire est un homme de guerre qui boit le sang de son ennemi. D’abord, c’est par tradition, « s’accaparer la force du vaincu ». Un vampire désigne un drogué de ceci. Pour un vampire, le sang n’est pas mauvais, au contraire, ça le renforce ! Mais les instincts…

-Un peu comme un homme est attiré par le sexe.

-Exactement, bel exemple. Un vampire n’est pas attiré par le sexe de façon primitive, mais par le sang. Et de façon bien plus… Addictive.

-Et vous êtes un vampire ? Vous tuez les honnêtes gens ?

-Vois-tu, le monde se divise en deux : Les guerriers et les autres. Les autres sont importants, bien sûr, mais ne sont pas endurcit. Le sang d’un guerrier est bien meilleur, déjà, mais surtout le sang des gens normaux ne vaut rien. Il n’apaise pas de soif car il n’y a pas de force à prendre. Davestyne part très souvent dans les montagnes, remplies de bandits, ou elle s’occupe d’exécuter les condamnés à mort. Célistyne boit le sang de ses ennemis, et crois-moi, elle en tue bien assez. Moi, je n’en bois plus depuis longtemps. Un vampire reste un vampire à jamais. Être un vampire n’a rien de mal. Il existe de mauvais vampire comme de bons vampires, de mauvais magicien et des bons, comme toute chose.

-Je n’ai pas le moindre préjugé sur les vampires ou quoi que ce soit. Y’a des loups-garous dans l’histoire ? Tant qu’à faire.

-Non. Il en existe, mais pas ici.

-D’accord… Où est Davestyne ?

-Dans sa chambre. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée d’aller la voir, elle s’en veut terriblement tu sais.

-Je vais lui dire que je la pardonne. On est maître de son esprit, pas toujours de son corps. »

Il jeta des clés sur le bureau.

« J’ai pas pu m’empêcher de vous les piquer.

-Je l’avais vu.

-Menteur. »

L’enfant partit. Dilijyne resta l’air pensif, puis s’assit. Il ouvrit un tiroir et sortit une fiche portant le nom de « Sarasin ». Il la lut plusieurs fois, puis lança :

« Cet enfant est vraiment formidable. Il ira loin. »

 

Sarasin crocheta la porte de la chambre de Davestyne pour y entrer en douceur. Elle sembla troublée à sa venue.

« Sa… Sarasin… Je suis désolée, vraiment. Je ne voulais pas.

-Du calme. Je ne t’en veux absolument pas.

-Tu… Tu vas me demander ma culotte, c’est ça ?

-Il n’y aurait plus aucun défi. Une victoire s’arrache, elle ne se prend pas pour cadeau de pardon. »

Il ouvrit le col de sa tunique.

« Si tu veux encore du sang, tu peux pomper. Maintenant que t’es calme, ça ira. Tu peux prendre deux litres si tu veux, c’pas ça qui me tuera.

-Non. Tu ne mérites pas ça.

-Si tu veux que j’utilise une seringue, pas de problème.

-Tu es gentil, vraiment, mais c’est trop donner. Oublie juste, et pardonne-moi… Je suis navrée…

-Davestyne, combien de fois m’as-tu sauvé la vie ? Combien de fois m’as-tu surpris à essayer de te piquer tes dessous sans me rosser derrière ? Tu le mérite amplement.

-D’accord… Juste cette fois. »

Ses yeux virèrent au rouge et elle plongea ses crocs dans le cou de Sarasin. Il ne gémit même pas. Il sentit la respiration de Davestyne accélérer, ainsi que son rythme cardiaque. Il compta :

« 79 battements par minutes. 85. 92. 109. 121. 134. 149. 156. 162. 170. »

La respiration cessa d’augmenter. Il fredonna un air de musique pour passer le temps et pour ne pas entendre son sang couler dans la gorge de Davestyne. Au bout d’un moment qui parut très long à Sarasin et très court à Davestyne, elle relâcha sa prise. Elle plia les genoux devant elle et les enlaça de ses bras tremblants, comme pour se retenir.

« Tu en veux encore hein ?

-Si tu laissais mon envie aller jusqu’à la fin, tout le sang de ton corps ne suffirait pas. J’en ai déjà pris trop. »

Elle trembla de plus belle.

« Rentre dans ta chambre.

-J’ai même pas le vertige.

-Rentre chez toi. »

Sarasin soupira, puis se leva. Il fit quelque mouvement et ne décela aucun engourdissement. Il banda ses muscles devant Davestyne pour clairement montrer que donner son sang ne lui faisait rien à part flatter son égo tellement gigantesque qu’il lui faudrait une canne pour marcher avec. Il passa le seuil quand les bras de Davestyne l’enlacèrent.

« Encore un peu… »

Elle le mordit à nouveau. Sarasin attendit patiemment. Une fois qu’elle eut fini, Davestyne se retira comme si elle regrettait déjà son geste.

« Pardon… Je… J’abuse de ta gentillesse.

-Même pas le tournis ! C’est qui qu’a la plus grosse ? La plus grosse épée hein, à quoi tu pensais ? »

Il s’éloigna. Doté d’une ouïe hors du commun, il entendit Davestyne prononcer une dernière phrase avant de rentrer. Nul autre n’aurait entendu, mais lui si. Davestyne avait dit :

« Juste encore un peu… Un peu plus… »

 

Le lendemain, Sarasin se réveilla en retrouvant son lit vide. Il entendit Khydal chantonner dans le vestiaire et en déduisit qu’elle allait encore mettre un temps fou à s’habiller. Il se leva et se secoua la tête, personne dans la pièce. Il se frotta les yeux et enfila sa tunique lorsqu’il sentit une présence derrière lui.

« Juste encore un peu… »

Il sentit les crocs de Davestyne s’enfoncer dans sa chair. Il laissa échapper un faible gémissement de douleur.

« Chéri ? Lança Khydal, ça va ?

-Oui… Je, euh, je me suis cogné le pied contre un meuble.

-Ah, le célèbre coup ! »

Sarasin baissa la voix et lança :

« Bordel Davestyne t’es malade ! Si Khydal sort, elle fait une crise cardiaque en nous voyant !

-Encore… Encore un peu… »

Elle finit par retirer ses crocs et lécha la plaie, puis elle partit. Sarasin remonta sa tunique pour ne pas laisser apparaître les traces. Khydal sortit deux robes à la main.

« Laquelle je mets ?

-Je sais pas…

-T’as pas l’air bien ?

-Je… J’ai le tournis un peu…

-Tu veux pas aller en cours ?

-C’est pas un vertige qui va m’empêcher d’éclater tous les autres ! »

Elle l’embrassa.

« Bonne journée.

-Merci… Houla… »

 

Echappant à la vigilance de tous, en parfait assassin, Sarasin se glissa à sa place de cours pour masquer son retard et ne fut pas surpris. Le cours était sans le moindre intérêt. Les masses ! Inutile à un assassin selon lui. Il fut le premier à sortir lorsque la cloche sonna. Il alla immédiatement rejoindre Khydal dans le parc et ils y passèrent la journée.

« On se mariera plus tard ? Lança soudain la fille.

-Hein ? Euh oui ! Bien sûr. »

Elle posa sa tête sur ses genoux.

« Je t’aimerais toujours, Sarasin. Même si t’es un gros pervers. Même si t’es un assassin. Mais ne me trompe jamais.

-Je n’en ai pas l’intention. Je suis un voyeur, pas un séducteur, ni un violeur. »

Khydal s’endormit. Sarasin allait faire de même lorsqu’il sentit une tête se posé à coté de la sienne.

« Encore un peu…

-Davestyne, je ne suis pas une machine. Je peux pas te donner autant de sang !

-Un tout petit peu…

-Non ! En plus j’suis avec Khydal. »

Avec son ongle aiguisé, Davestyne ouvrit une légère plaie sur le cou de Sarasin et lécha le peu de sang qui en coula.

« Aïe… T’es chiante ! »

Elle continua de lécher, mais s’éloigna de la plaie et s’approcha du visage de Sarasin. Elle lui léchait maintenant la figure et l’enfant ne pouvait rien faire sans risquer de réveiller Khydal. Davestyne lui fit une nouvelle plaie sur la joue pour en lécher le sang et Khydal ouvrit les yeux. Aussitôt Davestyne se retira.

« Hein ? Fit-elle. J’ai cru voir… Davestyne te lécher…

-Dé quoi ? Davestyne n’est pas un chien voyons !

-Oui… Hum, j’veux encore dormir.

-D’accord. Je sèche les cours. »

Il jeta un regard plein de reproche à Davestyne qui baissa les yeux, puis s’en alla.

 

Sarasin toqua à la porte de la chambre de Davestyne. Elle ouvrit immédiatement, et baissa la tête en le voyant.

« Je… Je te présente mes excuses les plus…

-Tu n’as aucune excuse. A défaut de cela, je peux te pardonner.

-Pardon…

-Tu ne me fais pas entrer ? »

Davestyne s’écarta et Sarasin entra. Il claqua lui-même la porte avec force.

« Que tu me prennes un peu trop de sang passe encore, mais que tu viennes me lécher alors que Khydal dort sur mes genoux, tu dépasses les bornes.

-Je sais… Mais c’est instinctif… C’est animal ! Je ne le contrôle pas vraiment.

-Ecoute, tu vas pas me faire croire ça ! T’es intelligente, t’es forte, t’es belle, tu es vive, tu as tout ce que les femmes demande chaque jour à la Lumière. Me fais pas croire que tu peux pas te contrôler ! Et puis sérieusement, tu peux pas aller sucer le sang de quelqu’un d’autre ?

-Non… J’aime ton sang… Il est bon, il est plein de force…

-Ecoute, je ne suis pas n’importe qui. J’ai fais un calcul par prise de sang, je peux fabriquer un demi-litre de sang par jour. C’est ce à quoi tu as droit. Vu que j’en perds constamment, mon corps va s’adapter et en fabriquer d’avantage.

-Merci… Merci mille fois… N’importe qui d’autre m’aurait rejeté… »

Sarasin ouvrit le col de sa tunique et montra les traces de morsure.

« Tes dents ne sont pas assez puissantes pour briser notre amitié ! Mais n’oublie pas le respect. Ne mords pas la main qui te nourrit. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Liens de sang

 

                Depuis maintenant près d’une demi-année, Davestyne ne buvait que le sang de Sarasin. Il pouvait désormais se permettre d’en perdre deux litres par jour sans soucis.

 

Sarasin regarda sa pendule, 5 heure passée. Davestyne était en retard pour sa ration de sang. C’était plus qu’étrange, c’était affolant. Il s’empressa d’aller voir Dilijyne.

« Hé le vieux ! Où est Davestyne ?

-Elle garde Célistyne. Tu peux la trouver dans la chambre de cette dernière, mais je te préviens, Célistyne est bien pire que Davestyne. Si elle te voit, elle te tuera pour boire ton sang. Elle est en manque.

-Mais envoyez-la faire une chasse aux malfrats !

-Non. Vois-tu, j’attends un ami, son frère, et on ne peut pas dire qu’ils s’aiment. Ils sont tous deux puissants, mais son frère est une force de la nature. Il ne faudrait pas qu’ils se croisent.

-Si elle veut du sang, je peux lui en offrir !

-Je sais que tu en offres déjà beaucoup à Davestyne, mais Célistyne a un appétit bien pire. Davestyne tient facilement avec deux litres par jour. En temps normal, un vampire fait une réserve pour la semaine. 2×7=14. Davestyne boit généralement 14 litres de sang par semaine donc, elle tue donc 3 personnes car une personne normale possède 6 litres de sang environ, 14×4=56, Davestyne boit 56 Litres de sang par mois… Célistyne en boit 400 par mois. Davestyne est une assassine indifférente au meurtre, mais douce, gentille et attentionnée. Combattive, mais elle a tout d’une femme. Elle est… Parfait peut-être ? Célistyne n’est pas une assassine. C’est une machine à tuer. Je ne l’utilise que pour les missions les plus dangereuses.

-Attend 400/30=13.3 litres de sang par jour ??

-Terrifiant n’est-il pas ? Un vampire est un sang-mêlé, puisqu’il allie plusieurs sang, le sien et un autre ou des autres. Un vampire ne boit donc jamais le sang d’un autre vampire. Célistyne ne s’en prendra donc pas à Davestyne. N’y vas surtout pas.

-Je comprends… »

Il partit. Arrivé dans sa chambre, il embrassa Khydal et s’affala sur le lit.

« J’espère que Davestyne ne risque rien. »

A ce moment là, il entendit un long cri d’agonie. Il fracassa sa porte pour sortir et vit Célistyne, à genou devant un corps mutilé et vivant. Davestyne apparut et s’empara du malheureux pour le jeter dans sa chambre, Célistyne suivit sa proie. On ne pouvait plus rien pour lui, mais Sarasin alla voir et fut terrifié par ce spectacle. Célistyne ne buvait pas seulement son sang, elle arrachait les organes pour en boire le contenu sanguin alors que sa victime était toujours à l’agonie, et Davestyne ne bougeait pas, elle n’était pas en mesure de lutter contre elle. Pris d’un éclair de pitié, Sarasin jeta un poignard pour achever le malheureux. Célistyne se retourna et vit ce jeune homme de 13 ans, attirant, fort, et au sang remplit de puissance. Elle se jeta sur lui et Davestyne tenta de l’arrêter en criant :

« Non, pas lui ! »

Mais elle ne put faire grand-chose. Sarasin repoussa son agresseur mais se blessa plus qu’elle. Célistyne commença par vaincre en un seul coup Davestyne avant de fondre sur Sarasin. Alors que l’enfant pensait sa dernière heure arrivé, une main vint saisir Célistyne par la gorge et la repoussa sans peine. Un homme se mit entre lui et elle.

« Tu es toujours aussi monstrueuse, ma sœur. Combien de gens as-tu tué dans ta vie… De 110 ans ?

-… Ne m’approche pas ! »

Elle n’eut même pas le temps de dégainer que déjà, l’arrivant l’avait mit hors combat. Sarasin n’en revenait pas.

« Qui es-tu, toi qui l’as vaincu sans peine ??

-Mon nom est Netal, je suis son frère. Ton amie va bien, elle est hors de danger.

-Tu parles de Célistyne ?

-Comment un monstre telle qu’elle pourrait avoir un ami ? Je parle de la femme qu’elle a vaincu.

-Ah, Davestyne… C’est son nom. »

Netal partit rejoindre Dilijyne, laissant Sarasin seul. Ce dernier entreprit de laisser Célistyne à terre et de mettre Davestyne dans sa chambre pour qu’elle se repose.

 

Davestyne s’éveilla dans le lit de Sarasin.

« Où suis-je ?

-Tu « suis-je » dans ma chambre. Répondit l’enfant. Comment tu vas ? »

Elle lança un regard implorant à Sarasin, puis baissa les yeux.

« Tu veux du sang, hein ? »

Elle hocha la tête timidement.

« Célistyne n’a pas eu le temps de me blesser alors je n’y vois pas d’inconvénients. Mais… Pourquoi toujours moi ? Tu ne veux pas le sang d’un autre ?

-Je… Je suis dépendante de ton sang maintenant…

-Dé quoi ?

-Mon organisme s’est habitué à ton sang d’excellente qualité… Il n’en accepte plus d’autre. Il faudrait quelqu’un de ton niveau pour compenser.

-Ah bon ?

-Tu sais ce que ça signifie pour un vampire, d’être dépendante du sang de quelqu’un ?

-Euh pas du tout.

-Ça veut dire… Que je suis tombée amoureuse…

-Qui que quoi ?? Mais de qui ?

-Un vampire dépendant est amoureux de celui dont il dépend…

-Que… Moi… ?

-Oui… »

Elle l’enlaça et posa ses crocs contre son cou sans les enfoncer.

« Je peux ?

-O… Oui… »

Elle les planta et but son sang alors que Sarasin la regardait, surpris. Le temps lui parut court, et il sentit Davestyne retirer ses crocs et lécher la plaie. Comme elle l’avait déjà fait, elle le lécha en remonta le long de son coup et approcha ses lèvres de celle de Sarasin. Ce dernier la bloqua de sa main au dernier moment.

« Je… Khydal ne me pardonnerais jamais…

-J’aime ton sang, mais je voudrais goûter ta salive…

-Non… Je… Je suis perdu… »

Il s’allongea. Davestyne fit de même et posa sa tête contre son épaule.

« J’en veux encore… »

Elle le mordit de nouveau. Sarasin sentit ses forces le quitter, mais il était envouté.

« Si tu veux quelque chose en échange de ton sang, tu n’as qu’à demander.

-Euh… Peut-être que… Bah, oublie.

-N’ai pas peur, tu en as trop fait pour moi pour que je puisse refuser quoi que ce soit. »

Sarasin rougit à en devenir aussi écarlate que les yeux de Davestyne.

« Eh bien… Khydal est vraiment super. Elle est douce, gentille… Je l’aime vraiment mais… Au lit, c’est vraiment pas ça… Et c’est à peine une fois par mois… »

Davestyne ôta ses dents et retira sa chemise. Elle était torse nu lorsque Khydal fit irruption dans la salle.

« Sarasin, où tu es ? Sara… »

Elle se figea en voyant la scène. Instantanément, Sarasin désigna la bouche de Davestyne et lança à toute allure :

« Quand je suis entré elle était à moitié habillée mais elle avait tellement soif de sang qu’elle m’a sauté dessus direct sans se rhabiller c’est pas pour me déplaire mais voila c’est pas ma faute on fait rien elle boit juste mon sang ! »

Il reprit son souffle. Khydal regarda le sang perler entre les seins de Davestyne. Cette vision, horrifiante pour elle, la convainquit largement.

« Davestyne, je ne dirais rien cette fois, mais vous serez prié de vous resaper la prochaine fois que vous buvez son sang ok ?

-Oui… »

Khydal sortit en fermant la porte. Sarasin s’essuya le front.

« Sarasin, tu ne comptes pas lui dire pour nous deux ?

-Non, d’ailleurs oublie ce que j’ai demandé. J’aurais pas dû.

-Tu l’as pourtant dit.

-C’était sous l’effet de la testostérone, qui influence les neurones. ‘Rah l’excuse bidon’, pensa-t-il.

-Et là ?

-L’adrénaline de la peur l’a chassée. »

Il se tourna vers elle. Davestyne léchait le sang qui avait coulé sur sa poitrine et Sarasin ne parvint pas à en détourner le regard.

« Tu rechanges d’avis, hein ? Lança la femme.

-Et m… »

 

 

 

 

 

Graves erreurs

 

Poussé par une raison inconnue, Sarasin refusa de commettre l’adultère. Il se contentait de caresser la poitrine de Davestyne lorsque celle-ci buvait son sang. Ni lui, ni elle ne comprenait comment un pervers comme lui pouvait ainsi se limiter.

 

Davestyne jonglait avec divers poignards, haches ou autres objets de massacres pendant que Khydal lisait sur le bureau.

« Tu sais, t’as vraiment beaucoup de chance d’avoir Sarasin comme petit ami. Dit Davestyne d’un ton jaloux.

-Je sais, il est merveilleux. En fait, il cumule à la fois un nombre de qualité impressionnante et tout autant de défaut. Douceur contre agressivité, protection contre perversité, autorité contre soumission. On ne trouverait pas une qualité ou un défaut qu’il n’a pas.

-Il ne faut pas exagérer.

-Vous êtes très ami avec lui, hein ?

-Oui. C’est surtout à cause du sang, mais pas seulement. Au début, si… Mais maintenant…

-Vous êtes amoureuse de lui hein ?

-Que… Quoi ? Fit l’assassinne en échappant ses jouets. Comment le savez-vous ?

-Au palais, on m’a appris à déceler les émotions chez les autres pour la diplomatie.

-En fait… Je suis dépendante de son sang. Il en faudrait un autre d’égale qualité pour le substituer. Un vampire dépendant est un vampire amoureux… Tu m’en veux ?

-Non, pas du tout. Sarasin ne me tromperais jamais. »

Davestyne sembla pensive une seconde, mais se reprit en excellente assassine en se rappelant que Khydal pourrait deviner ses sentiments. Sarasin entra l’air fatigué. Il s’effondra sur le lit et annonça :

« Jamais je ne re-provoquerais Dijilyne en duel ! Il est atrocement fort !

-Comment ? Répondit Davestyne, il est à mon niveau ! Il est vieux maintenant.

-J’étais fatigué avant notre combat… Je crois que je vais devoir te donner un peu moins de sang.

-Je… D… D’accord…

-Et pas aujourd’hui… Ah, j’suis mort ! »

Il attrapa Khydal par le col et la jeta sur son lit pour s’endormir dans ses bras. Davestyne regarda l’homme qu’elle aimait enlacer une autre et ressentit un profond sentiment de jalousie. Elle parvint à se contrôler de justesse et sortit. Elle respira un grand coup et frappa avec force le mur devant elle qui se fracassa en une gigantesque fissure.

« Un problème, Davestyne ? Lança le maître de la guilde.

-Depuis quand êtes-vous là ?

-Quelques minutes, j’ai suivi Sarasin pour m’assurer qu’il ne s’effondre pas. Tu lui prends trop de sang et il ne tiendra pas.

-Je vais faire un effort…

-Davestyne, il n’aurait pas du perdre contre moi. Tu comprends ? Il aurait dut me battre ! Il aurait dut m’écraser ! Tu l’affaiblis beaucoup, pas qu’un peu.

-Je… Je… Mais je ne peux pas me passer de son sang !

-Tu devras trouver quelqu’un d’autre.

-D’accord… Je ferais de mon mieux. »

Davestyne partit troublé. A ce moment, Sarasin sortit et lança un regard noir au maître.

« Je n’avais aucune chance de vous battre.

-Tu ne sais pas de quoi tu parles. »

Sarasin ouvrit la main et lui montra une mèche de barbe.

« C’aurait put être votre gorge. Je ne pouvais pas vous battre car je vous ai laissé gagner ! Nous étions face à toute la guilde, vous deviez garder votre autorité.

-N’épargne jamais un ennemi, Sarasin.

-Vous avez encore bien des choses à m’apprendre, c’est pourquoi je vous ai épargné… Trois fois. »

Il retourna se coucher. Le maître soupira, puis s’en alla.

 

Davestyne se tournait et se retourner dans son lit sans parvenir à dormir. La soif la rongeait. Déjà trois jours qu’elle n’avait pas pu boire une goutte de sang, même pas celui du meilleur élève après Sarasin, son organisme l’avait rejeté. Elle regarda le soleil déjà haut dans le ciel et se leva. Rien à faire, impossible de dormir.

 

Elle sortit et passa instinctivement devant la salle de classe de Sarasin. Il écoutait d’une oreille distraite tout en regardant le décolleté de sa voisine. Elle resta là longtemps, à regarder ce beau jeune homme remplit de sang qu’elle voulait tant, ce garçon qu’elle aimait avec force. Elle le désirait, rien ne pourrait plus les séparer. A force d’attendre, Khydal finit par passer.

« Qu’est-ce que vous faites là Davestyne ? »

La femme tourna la tête vers elle. Ses yeux n’était pas bleus comme à leur habitude, mais écarlate comme lorsqu’elle est en grave manque de sang. Son visage se crispa de colère et elle saisit l’ex-princesse pour l’envoyer avec puissance à travers la salle de classe. Sarasin se retourna trop tard pour la réceptionner et elle s’écrasa dans un bruit sourd contre le mur. Il se jeta sur elle et ne décela aucune blessure, mais il s’énerva comme jamais et se retourna pour découvrir avec stupeur l’agresseur. Davestyne se jeta sur lui et le roua de coups à toute vitesse. Complètement dépassé, il mit un instant à reprendre ses reflexes et fut mit à terre. L’immobilisant, Davestyne jeta ses crocs dans sa gorge sans la moindre délicatesse et but en grande quantité et en aspirant toujours plus de sang. Sarasin calcula que s’il ne faisait rien, son cerveau manquerait d’oxygène.

« Désolé Dav’ ! »

Il planta son poignard dans le bras de la femme et s’en dégagea. La blesser ne mènerait à rien, l’assommer était trop risqué, la laisser faire reviendrait à mourir, et à la tuer par conséquent. Elle ne contrôlait plus aucune logique. Il réfléchit à toute vitesse sans trouver de solution. Il pria juste. Il sentit des crocs acérés se planter dans sa gorge et il perdit à moitié connaissance. Il n’entendait que la respiration haletante de Davestyne et le bruit du sang qui coulait dans sa gorge. Puis, plus rien. Triste fin pour un guerrier de son calibre, pensa-t-il. Mourir car on ne veut pas tuer l’agresseur.

 

Les yeux de Davestyne redevinrent bleus et elle lâcha sa prise. Il lui fallut un instant pour réaliser ce qu’elle venait de provoquer. Sarasin fut transporté d’urgence dans un temple pour qu’un évêque le soigne, il ne restait pour que cet espoir. Davestyne voulut l’accompagner, mais le maître la consigna dans sa chambre jusqu’à nouvel ordre. Il lui annonça également que si Sarasin mourrait, elle serait exécutée. Elle resta enfermée dans sa chambre, par terre. Elle était amoureuse d’un homme qui ne lui rendrait jamais cet amour, elle vivait à ses dépends et elle l’affaiblissait. Elle dégaina son épée et la pointa vers son cœur, résignée. Elle avait fait son temps, elle n’était plus qu’un fardeau.

« Il faut toujours savoir quand est venu le moment de rengainer l’épée… A tout jamais. »

 

Sarasin bondit sur place.

« Ou j’suis ??

-Au temple, reste calme, tout ton sang n’a pas était restauré.

-Où est Davestyne ?

-Dans sa chambre.

-Elle a retrouvé ses esprits ?

-Oui, par chance car…

-Non, pas par chance, elle va faire une grosse connerie celle la !

-Je ne te laisserais pas partir. »

Sarasin enfonça son maître d’un charge d’épaule et partit à toute vitesse. Pulvérisant son record personnel de vitesse, dépassant les 600km/h, il arriva à la guilde en un temps record.

 

Davestyne soupira. A quoi bon. Elle respira un grand coup et serra les mains sur son arme. Une mort rapide, elle ne méritait pas mieux.

« Adieu, monde cruel…

-Espèce d’enfOIRÉE !! »

Sarasin traversa le mur et arracha l’objet de mort à Davestyne.

« Si tu te suicide, j’te bute ! »

Il se mit en position de combat.

« Si je dois t’estropier pour te garder en vie, je le ferais !

-Sarasin, je ne suis qu’un fardeau pour toi… Laisse-moi quitter ce monde…

-Va mourir ! Euh non ! Surtout pas !

-Sarasin, je t’aime et tu ne m’aimeras jamais. Ma vie n’est que souffrance, laisse-moi à mon destin.

-Surement pas !

-Tu serais mieux sans moi.

-Tu ne sais pas ce que tu représente à mes yeux, Davestyne… Personne ne le sait.

-Je ne représente rien. Je ne suis rien.

-… Mes parents sont morts quand j’avais un ou deux mois. Des bandits nous ont agressés. D’abord mon père, puis ma mère… Puis les bandits. Un assassin de la guilde du cercle de sang les a tués, il avait un contrat sur eux. Un assassin, un vrai, m’aurait abandonné à mon triste sort. Un assassin humaniste m’aurait achevé. Mais cet assassin-là m’a déposé dans un orphelinat, où on me nomma ‘Erasin’, celui qui subit le destin.

-En quelle langue ?

-Je ne sais pas… Et cet illustre inconnu… C’était une femme. C’est pourquoi les femmes m’intriguent, on m’a répété à l’orphelinat que les garçons étaient plus forts que les filles, mais c’est bien une femme qui a transformé les bandits en un marécage de sang… Elle a payé ma pension, pour que je sois bien nourri. A 8 ans, j’ai fuis l’orphelinat. J’étais déjà très fort et talentueux. Je suis devenu ce que je suis… ‘Sarasin’, celui qui tue le destin. Et cette assassine, je la considère comme ma mère.

-Alors…

-Pour moi, tu es ma mère.

-Moi ? Mais… Alors c’était toi ?

-Oui. J’suis plus aussi mignon hein ? J’ai changé dans cet orphelinat. Je me suis longtemps entrainé et… C’est là que j’ai perdu ma virginité.

-… A 8 ans ?

-Oui. Je l’ai perdu… En fait on me l’a volé. Un prof là-bas se foutait pas mal de mon avis. Après coup, il a dû culpabiliser puisqu’il s’est suicidé… Il s’est planté un poignard dans le cœur. Dans le dos. A trois reprises. Oui, j’avais commis mon premier meurtre… Je suis parti dans le but de te retrouver. Et je t’ai rencontré. Au premier coup d’œil, j’ai su que je ne te battrais pas, tu te rappelle ? Je me suis rendu.

-Tu m’as demandé ma culotte en retour.

-C’était pour avoir un souvenir de toi… D’accord, j’avais d’autres idées derrière la tête, mais je voulais tout savoir de toi, ma ‘mère’. Je n’ai jamais pu te refuser quoi que ce soit. A part d’entrer dans la guilde, mais je tenais à ma liberté. Quand j’ai appris que tu avais besoin de mon sang, je n’ai pas su dire non. Je pouvais enfin te donner quelque chose contre ce que tu m’avais donné. Et je continuerais de donner. »

Il saisit fermement la femme par le col et l’éleva à son niveau. Il contempla un instant son regard triste, et l’embrassa. Il sentit les crocs de Davestyne contre ses lèvres, et ses bras qui l’enlaçaient avec puissance. Une sorte de nouvelle force s’éveilla en Davestyne. Une douce chaleur réanima sa volonté et réchauffa son cœur. Elle ne voulait pas séparer ses lèvres de celle de Sarasin pour plonger ses crocs dans ses artères. L’amour venait de triompher de ses instincts. Le temps leur parut court, mais ce moment fut long. Finalement, Davestyne relâcha son étreinte à contrecœur et Sarasin se dégagea lentement. L’assassine lança :

« Sarasin… Merci… Dire que j’ai toujours pensé que c’est moi qui te guiderais et que tu dépendrais de moi… Mais c’est l’inverse…

-Y’a pas de mal.

-On pourrait se revoir ce soir près de…

-Ah non pas ici, il fait chaud, il fait froid, c’est trop sec, c’est humide, il fait noir, il fait clair et ça pue !

-Qu…

-Non j’suis déjà allé ailleurs c’est hyper crade.

-… Hein ?

-Khydal… »

Il partit.

 

Sarasin était resté seul toute la journée. Il n’était pas allé en cours, il n’était pas retourné dans sa chambre, il était resté sur le toit de la guilde. Quelqu’un l’appela :

« Sarasin !! »

Le garçon reconnu la voix de Khydal. Elle portait un bras en échappe, et des bandages étaient disposés sur ses cotes. Ses blessures étaient superficielles. A sa vue, il ressentit un profond sentiment de culpabilité. Il devait se décider : La fuir, ou aller la voir. Il pensa à Davestyne, plus qu’à elle. Sarasin, bien que puéril et immature par moment, était doté d’une capacité de réflexion hors du commun. Il réfléchit vite et efficacement, pesant le pour et le contre. Enfin, il entreprit d’aller la voir. Quitte à être un homme immonde, il l’assumerait. Il atterrit en douceur et Khydal lui lança à mi-voix :

« Sarasin… J’ai envie de toi…

-Euh non… Pas aujourd’hui. »

Khydal fut estomaqué. En temps normal, il se serait jeté sur elle et l’aurait couvert de baisers,  mais là, il s’éloignait d’un pas lent et l’air pensif. Sarasin n’était plus Sarasin.

« Que me caches-tu ? »

Il se retourna.

« Ben, rien !

-Tu mens ! Ça se voit comme le soleil au zénith ! Qu’est-ce que tu me caches ?

-Rien, je t’assure !

-Ne me prend pas pour une cruche ! Tu n’es pas dans ton état normal !! Que se passe-t-il ?!

-Je ne sais pas, peut-être que Davestyne me prend trop de sang…

-C’est elle !

-Quoi ?

-La façon dont tu as prononcé son nom t’a trahit ! Qu’est-ce que vous avez fait ?

-Rien du tout !

-Menteur ! T’assume pas en plus ! Tu as… Fauté ?

-Je le jure devant la Lumière, non ! Répondit-il avec une assurance qu’il dressait comme un étendard de bataille. Je ne t’ai pas trompé !

-Alors quoi ?

-C’est… C’est délicat…

-Si tu ne me dis pas tout, je m’en irais !

-Pour aller où ? Voir ton père après près d’un an d’absence ?

-Pourquoi tu me dis ça… Tu sais que ça me fait du mal…

-J’ai pas eu une journée très facile, vu ? Hier Davestyne t’a agressé, puis ce fut mon tour, j’ai faillit clamser, et Davestyne a voulut se suicider !!

-Alors c’est ça…

-Quelle théorie foireuse vas-tu encore échafauder ?

-Tu as donné une preuve d’amour à Davestyne pour lui remonter le moral.

-T’as vu ça où ?

-C’est évident, tout devient cohérent… Elle se sentait coupable, tu lui as remonté le moral en lui donnant un gage d’amour et tu culpabilises… Maintenant dis-moi juste : Que lui as-tu fait ? Ne me mens pas, je le saurais. »

Sarasin se réfugia dans un mutisme total et lui tourna le dos pour cacher son visage. Le jour allait bientôt s’estomper et l’assurance de Khydal allait se calmer. Cette capacité maudite qu’elle possédait, à percer chaque mensonge lui laisserait un peu de répit. Khydal avait peur du noir… Mais quand le soleil sera levé, elle recommencerait. Jamais il ne serait en paix tant qu’il n’aura pas tout avoué. Il voulait tant tout effacer, mais il ne pouvait l’oublier. Tant que son esprit pourra penser, il voudra toujours embrasser et Davestyne, et Khydal. Au final, il craquera. Après tout, sa vie n’était qu’une succession d’horreur défiant toute raison, l’envie de tuer guidait ses actions, rien ne le vaincrait, à la force de l’amour, il répondrait la force d’une âme d’acier. Il se retourna.

« Khydal… J’ai embrassé Davestyne…

-Dire que je voulais moi-même embrassé ses lèvres… Tu me dégoûtes !

-Qu’aurais-je du faire ? La laisser mourir ? Tu peux partir, ni le chagrin, ni la solitude, ni la peur ne me tuera ! Inutile de me raisonner, seule la mort peut m’arrêter ! »

Il partit en direction de sa chambre. Il y entra et ferma la porte à clé. Peu après, les coups de Khydal résonnèrent. Sarasin les ignora.

« Sarasin, ouvre ! Il faut qu’on parle ! On va pas se séparer !

-Dégaaaaaaage !!! »

Khydal recula de peur et des larmes de chagrin perlèrent aux coins de ses yeux.

« Sarasin… S’il te plait…

-Va crécher ailleurs ! C’est MON lit dans MA chambre de MA guilde ! Retourne te vernir les ongles et autres trucs de princesse, c’est une zone de guerre ici ! Pas de place pour les figurants dans ton genre !!

-Mais… Mais… »

Khydal tambourina vainement à la porte en s’effondrant en larmes.

« Ouvre ! Ouvre ! S’il te plait ouvre !

-Je vais le faire. »

Une main cogna sur la porte qui vola en éclats instantanément.

« Davestyne ? »

La princesse se jeta sur elle en lui martelant les bras.

« A cause de vous, Sarasin m’aime plus !

-Vaudrait mieux être sourd que t’entendre ça. »

Sarasin s’enfuit par la fenêtre.

« Ecoute-moi bien Khydal, reprit l’assassine, met-toi à la place de Sarasin. Tu sauves une amie en l’embrassant et ta petite amie t’agresse à cause de ça. Il est perturbé et ça le rend agressif.

-Tu m’as volé Sarasin !

-Khydal, je te laisse le choix… Tu peux choisir de garder Sarasin pour toi ou…

-Oui ! Vas te faire voir ! T’es qu’un boulet pour nous ! Va-t-en !

-Comme tu veux. »

Elle dégaina son épée et la pointa vers son cœur.

« Adieu.

-Quoi ?! »

Sarasin apparut un instant pour la désarmer, puis disparut.

« Sarasin, lança Davestyne, je sais que tu m’entends. Je te l’ai dit, si je suis un fardeau, je me tuerais, et j’en suis un. Tu ne pourras pas me protéger de moi-même, rends-toi à l’évidence.

-Je sais, répondit-il, je réfléchis. Pour moi, tu n’es pas un fardeau, tu en es un pour Khydal. Mais comment lui faire comprendre que tu peux être un allié ? Je ne connais pour cela que la méthode forte, et il est hors de question que j’agresse celle que j’aime. Il y a une solution à chaque problème, un problème sans solution est un problème mal posé. Laisse-moi réfléchir. »

Khydal se sentit soudain responsable de tout. Le problème en question n’était pas Davestyne, c’était elle. Mais elle ne pouvait tolérer l’idée de partager SON Sarasin.

« Sarasin, finit-elle par dire, je te pardonne… Discutons-en pour trouver une solution.

-Je réfléchis mieux seul. J’ai toujours été seul avant toi, et je peux le rester jusqu’à ma mort, ce n’est pas dérangeant. »

Il partit.

 

Depuis maintenant une semaine, Khydal n’avait pas vu Sarasin. Elle était exaspéré de voir Davestyne normale, et pas en manque comme elle le devrait. Elle voyait encore Sarasin, et pas elle. La princesse faisait les cent pas sans s’arrêter dans la chambre vide. Elle s’assit sur le lit, désespérée. Des coups résonnèrent à la porte. Elle se précipita pour ouvrir et un homme s’inclina devant elle avant d’entrer. Elle ne le connaissait pas et vit qu’il était armé.

« Qui êtes-vous ?

-Mon nom est Aghof, enchanté. Votre père le roi m’envoie car il se préoccupe de la santé de sa fille.

-Vraiment… ?

-Oui, voyez-vous, il vous chéri beaucoup et vous tient en haute estime. Si vous avez besoin d’aide, je suis votre humble serviteur.

-… Pourriez-vous retrouvez Sarasin ?

-Oui, je le peux.

-Trouvez-le… Et neutralisez-le. Je veux lui parler, et ce sera de force.

-Bien, ai-je le droit de le blesser ? Cela serait préférable car ce jeune homme est très fort.

-Oui, mais pas trop gravement… Je l’aime, et je ne veux pas qu’il m’en veuille.

-A vos ordres. Ah, votre père vous souhaite également un joyeux anniversaire. »

Il lui tendit un paquet et partit. La princesse l’ouvrit et y trouva un magnifique pendentif doté d’un flamboyant cristal d’un bleu sans pareille. Elle le regarda et l’ouvrit. Dedans, il y avait un message qui lui était destiné :

N’oublie pas, on peut trouver de la lumière même dans l’obscurité la plus totale

Elle versa quelques larmes d’émotion et l’allongea sur le lit, pressant le médaillon de toutes ses forces contre sa poitrine.

 

Sarasin était perché au sommet d’un immense cèdre sûrement millénaire. Debout sur sa branche, il regardait les montagnes d’un air absent, cherchant toujours une solution. Une imperceptible secousse le prévint que quelqu’un grippait à l’arbre, mais il ne vit rien. Il dégaina ses armes, prêt à se battre.

« Qui va là ? »

Soudain, Aghof apparut derrière lui et le frappa la tête d’un coup de poing surpuissant, l’envoyant traverser les branches à toute allure pour qu’il s’écrase en bas. Sarasin se releva complètement sonné.

« Qui… ou quoi…

-La très vénérable princesse Khydal m’envoie vous mander, et je n’imagine pas possible pouvoir vous convaincre, aussi ai-je prit la permission de vous agresser. »

Il s’inclina avec grâce.

« ‘Tin l’enfoiré…

-Veuillez excuser le désagrément causé, et veuillez excuser ce qui va suivre. »

Il passa derrière Sarasin et le plaqua contre le sol avant de le ligoter fermement.

« Je vous serais gré de ne pas me résister.

-Comment as-tu peux me battre si facilement ?

-Allons, nous n’avons pas lutté et je vous ai attaqué par derrière…

-J’y crois pas… »

Aghof mit l’adolescent sur son épaule et rentra voir la princesse.

 

Khydal attendait, toujours allongé sur son lit, serrant son pendentif. Des coups résonnèrent à nouveau sur la porte et elle s’empressa d’ouvrir.

« Aghof !

-Sa majesté a deviné. Voici Sarasin.

-Lâche-moi ! Hurla-t-il ficelé.

-Sa majesté désire-t-elle que je me retire ?

-Oui, s’il vous plait, mais restez derrière la porte.

-Vos désirs sont des ordres. »

Il s’inclina et sortit. Sarasin ne parvint pas à se libérer. Il réussit tout de même à se dresser et s’assit sur le lit tant bien que mal.

« C’était qui ce barge ?

-Oublie, j’ai à te parler.

-Je n’ai pas encore trouvé de solution.

-Désires-tu vraiment entretenir une relation amoureuse avec Davestyne ?

-… Qu’est-ce que tu veux entendre ?

-Ce que ton cœur te dit.

-… Je pense pouvoir me limiter à toi, mais Davestyne en mourrait de chagrin.

-Alimente-la d’espoir.

-L’espoir est le pire poison qui soit s’il n’est pas récompenser.

-Si tu lui donnes des… Gages d’amour, restera-t-elle… En vie ?

-Je sais pas.

-Je tolère que tu lui accordes un peu de ton amour, mais tu n’appartiens qu’à moi. Embrasse-la au mieux, surtout pas plus.

-… Sérieusement ?

-Oui, et… »

Des coups frappèrent à la porte. Khydal ouvrit.

« Oui ?

-Sa majesté m’excusera, mais une certaine Davestyne demande une audience. »

Retrouvant enfin ses repères de noblesse, Khydal se recoiffa rapidement et répondit :

« Congédiez-la je vous prie, je suis occupée.

-A vos ordres, princesse. »

Khydal referma la porte.

« Hep ! Fit Sarasin, qu’est-ce que tu fiches ? J’ordonne que Davestyne entre, elle est concernée !

-Les ordres, c’est maintenant moi qui les donne, car je dispose désormais d’un allié de poids… »

Un hurlement de douleur féminin retentit soudain. La princesse ouvrit la porte et vit Aghof plaquer Davestyne contre le sol en lui faisant une clé de bras.

« Que se passe-t-il ? Demanda-t-elle.

-Sa majesté me pardonnera, cette importune femme a voulut entrer par la force, mais n’ayez crainte, je l’en ai empêché et elle n’est pas blessée.

-Vous êtes adorable, Aghof. Je vous remercie de votre sollicitude.

-Sa majesté m’honneur de par ses propos.

-Dé quoi ?? S’insurgea Sarasin. Il a mit à terre Davestyne ?? Mais c’est qui se type ?! Il est hyper balaise ! Et lâche-la enfoiré !

-Je vous prierais de surveiller votre langage en présence d’une personne royal, sire Sarasin.

-Comment « Sire Sarasin » ?!

-Vous semblez êtes un proche de la princesse, je vous accorde donc le titre de…

-Je refuse tout titre à part ‘Ô grand Sarasin’.

-Il n’est pas question que je vous accorde un titre plus valorisant que la princesse. »

Khydal ferma la porte pour couper court à la discussion.

« Sarasin, nous sommes seuls… Alors il est temps de te faire pardonner, embrasse-moi.

-Dis à ton gorille de relâcher Davestyne !

-Soit. »

Elle lança à travers la porte.

« Aghof, veuillez remettre en liberté cette insolente.

-A vos ordres ! »

Elle approcha lentement son visage de Sarasin en entrouvrant les lèvres. Soudain celui-ci bondit et la plaqua contre le mur d’une charge d’épaule en l’empêchant de hurler.

« Écoute-moi bien, Khydal. Je t’aime toujours, mais plus tu m’attires vers une direction, plus je vais dans la direction inverse ! N’essaye pas de me dominer ! Je ploierais sous la force de l’amour, pas sous la force des armes !

-Mais… Contre toi, il n’y a pas d’autres moyens de…

-Je ne te blâmerais pas pour l’erreur que tu commets ainsi… Mais assumes-en les conséquences. »

Il partit par la fenêtre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Complot

 

Sarasin avait refusé de dormir avec Khydal. Il voulait s’expliquer à Davestyne qui le méritait.

« Alors voila, maintenant elle a un garde du corps surpuissant.

-Elle sait que tu vas dormir avec moi ?

-Elle n’a pas besoin de le savoir. Je ne supporte pas cet Aghof ! Il dort contre la porte de la chambre, j’ai pas envie d’être espionné ! »

Davestyne ne répondit pas.

« Je commence à piger tous tes mécanismes. Quand tu ne réponds pas, c’est que tu as envie de sang. Tu cherches à préparer le terrain pour une demande, mais une formule de politesse fera l’affaire. »

La femme posa ses crocs sur la gorge de Sarasin, mais il la repoussa au dernier moment.

« J’ai pas entendu de demande poliment formulée.

-Euh… Je peux ?

-Pouvoir quoi ?

-Te prendre du sang…

-Répète toute la phrase.

-Je peux te prendre du sang ?

-A qui ?

-… Sarasin, je peux te prendre du sang ?

-Et bah voila c’est pas compliqué ! Vas-y. »

Elle planta ses crocs dans la jugulaire de Sarasin. Ce dernier l’enlaça pour commencer à s’endormir entre ses bras. Rassasiée, elle demanda :

« Tu es sur de… Que Khydal le permet ?

-Hé, on fait rien d’étrange, je te fais juste un câlin ! J’en fais bien à un chien ou un chat alors toi… C’est très saint comme relation.

-Tu as le nez dans ma poitrine…

-C’est bien ce que je te dis.

-Tu veux jamais admettre que j’ai raison.

-Oui, t’as raison. »

Il commença à s’endormir lentement.

« Sarasin…

-Hum… Oui ?

-S’il te plait, embrasse-moi…

-Hum… Non. Ça ne doit pas devenir monnaie courante, un baiser reste une exception.

-Mais… Mais…

-Non c’est non. Dors maintenant. »

Résignée, Davestyne soupira. Elle posa sa tête contre l’épaule de Sarasin lorsque celui-ci la saisit et l’embrassa sans prévenir.

« Aghof nous espionnait, bien sur que tu peux m’embrasser… Grande cruche. »

 

Le matin, Khydal convoqua Aghof. Ce dernier lui rapporta que Sarasin était demeuré fidèle à son engagement et qu’il n’avait fait qu’enlacer Davestyne, mais cela suffit à faire rougir la princesse de jalousie. Le serviteur rajouta même que Sarasin dormait la tête posée contre les seins de Davestyne, ce qui offusqua Khydal au plus haut point car elle n’avait pas de formes généreuses, contrairement à Davestyne. D’ailleurs, il lui paraissait invraisemblable qu’une femme avec une telle poitrine puisse se battre correctement au corps à corps.

« Aghof !

-Oui, votre majesté ?

-Apprends-moi à me battre !

-Sauf votre respect, je le peux, mais cela prendre du temps et de l’énergie, et jamais vous ne rattraperais Sarasin s’il continue de progresser. Voulez-vous confirmez votre demande ?

-… Je suis condamnée à la faiblesse ?

-Non ! Vous n’avez que onze ans, mais Sarasin est une force de la nature alors qu’il en a douze ! Je n’ose imaginer comme il deviendra fort. Un jour, on m’a conté l’histoire d’un homme de vingt-cinq ans qui ne s’était jamais entraîné, savez-vous ce qu’il est maintenant ?

-Non.

-Il est le major absolu !

-Le majab ?

-Oui, impressionnant n’est-il pas ?

-Plus je m’y mettrais tôt, plus j’ai des chances d’être forte ?

-Oui, mais n’oubliez pas que le majab a reçu un coup de pouce du destin.

-Lequel ?

-Je ne puis hélas vous révéler cette information.

-Je vois… »

 

Dans le bureau du maître de guilde, une réunion prohibée se tenait. Férastyne disait à Dilijyne :

« Davestyne est un poids pour Sarasin, elle l’empêche de décoller.

-Je ne le sais que trop, Férastyne, mais que proposes-tu ?

-Tout d’abord, je vous suggère de bannir Aghof, il provoque la méfiance de Sarasin et le rapproche de Davestyne en l’éloignant de Khydal. Il faut que Sarasin se rapproche de Khydal… Détruisez peu à peu le lien qui unit Sarasin et Davestyne, ensuite… Eliminons-la.

-Khydal est aussi une entrave. Je pensais au contraire…

-Une entrave qui au moins de le vampirise pas ! Maître, nous devons réussir à éduquer Sarasin à la culture de la perfection. Son potentiel est sans fin.

-Mais qui tuera Davestyne ? C’est une excellente combattante, et Sarasin est encore plus fort !

-Poussez-la au suicide.

-Non, trop cruel. Célistyne la supprimera.

-A vos ordres. »

 

Sarasin dormait encore malgré l’heure tardive. Davestyne fixait pensivement ses stylos sans rien écrire. De faibles coups résonnèrent sur la porte.

« Oui ? Lança l’assassine.

-C’est Khydal, je voudrais vous parler.

-… Pas envie.

-Davestyne ! Je dois vous parler de Sarasin !

-J’ai rien à te dire.

-Il m’aime toujours ?

-Khydal, tu as déclaré la guerre à Sarasin, comment pourrait-il encore t’aimer ?

-La guerre… ?

-Ton serviteur vient souvent nous espionner pour vérifier que mes lèvres ne le touche pas ailleurs que sur sa jugulaire. Sarasin déteste être espionné, il croit que tu te méfie de lui, qu’il a perdu ton estime, estime pour laquelle il a beaucoup lutté et fait beaucoup d’effort ? Tu le mets hors de lui. Si tu ne lui fais pas confiance, comment peut-il t’aimer ? Plus tu le surveilles, plus il se voit insulté. Plus tu te méfie de lui, plus tu auras de raison de le faire.

-Il ne m’aime plus alors…

-Je n’ai pas dis ça. Je ne sais pas comment il fait, mais il t’aime toujours. C’est à lui que tu devrais parler, pas à moi.

-Laissez-moi entrer.

-Hors de question. Sarasin a clairement déclaré que cette chambre était désormais la sienne.

-C’est la tienne !

-Plus maintenant. Et sa chambre est désormais la tienne, cadeau de sa part.

-Je t’en supplie Davestyne… Que dois-je faire ?

-… Laisse-lui une occasion de venir lui-même à ta rencontre. Il te prendra de haut car il se sent malaimé, mais soit patiente et reste calme.

-Quand viendra-t-il ?

-Pas la moindre idée.

-J’aimerais le voir, laisse-moi entrer… »

Davestyne ne prit pas la peine de répondre. Khydal insista sans résultat, puis s’en alla.

 

Le jour déclinait à l’horizon et les ténèbres engloutissaient la guilde. Khydal entra dans sa chambre, vide. Elle congédia Aghof, et s’allongea dans le lit. L’absence de Sarasin lui fendait le cœur. Elle tira sur sa couette et l’enlaça comme pour remplacer celui qu’elle chérissait.

« Hé, tu pourrais m’en laisser, non ? »

Khydal sursauta. Sarasin reprit sa part de couverture légitime et s’enroula dedans.

« Sa… Sa…

-‘Sarasin’. »

Elle se jeta sur lui mais ce dernier la repoussa de façon presque violente en la maintenant à distance de lui.

« Ecoute, dit-il d’un ton ferme.

-Non ! Toi, écoute !

-La ferme ! Pour commencer, sache que je suis très déçu par ton comportement. Mais nous l’éloigner l’un de l’autre est parfaitement stérile. Assume les conséquences de tes erreurs, tu…

-J’t’en supplie ! Embrasse-moi, ça fait trop longtemps !

-Jamais. Tu dois commencer par te faire pardonner. Pour cela, tu dois prouver que tu m’aimes encore, car je doute. Toi, tu ne me manques pas. Si je suis ici, c’est pour toi uniquement.

-Non… Impossible ! »

Khydal mit sa main devant sa bouche comme si elle pouvait étouffer ses sanglots.

« Je suis un assassin ! Jamais je ne m’attache jamais à qui que ce soit. On va tout reprendre au début. On rétrograde notre amour au stade d’amitié et on repart de là.

-Mais…

-Ce n’est pas une question. Je vais dormir avec toi néanmoins. »

Il relâcha sa prise.

« Bonne nuit. »

Sarasin se retourna. Khydal se rapprocha de lui et se blottit contre son dos, immédiatement l’assassin la rejeta d’une poigne de fer.

« Tu n’as pas saisi je crois, tu as perdu ma confiance. Si tu n’es pas capable de te retenir, alors tu ne me reverras jamais. »

Il reprit sa position. Khydal s’éloigna, et posa par reflexe sa main contre l’élu de son cœur pour se rassurer de sa présence.

« Tu cherches les coups, là. »

Un reflexe de survie lui fit retirer sa main. Elle ne parvenait pas à s’assoupir. Le désir de se serrer contre Sarasin était trop grand. Elle se serra contre son oreiller en s’imagina que c’était Sarasin, mais un assemblage de tissu ne pouvait imitait de toucher inouïe d’un corps forgé par la guerre, assassin, entraîné, qui se détendait et s’ouvrait sous ses mains. Elle bascula sans s’en rendre compte assez vite et sa chevelure frôla Sarasin. Celui-ci se leva d’un coup.

« J’en ai marre, je vais dormir avec Davestyne !

-Non ! Reste, je t’en supplie !

-A plus.

-Sarasin, pardonne-moi. Je suis navrée…

-Je t’ai dit que ce n’était pas une question d’excuse ou de pardon.

-Non, pardonne-moi pour… Ce que je vais faire… »

Elle prit une grande respiration.

« Aghof, à l’aide !! »

Le désigné fracassa la porte et décocha un magnifique coup de pied dans la mâchoire de Sarasin, puis le plaqua à terre.

« Sarasin, pardon, mais j’ai besoin de sentir tes lèvres contre les miennes.

-Khydal ! Tu me déçois beaucoup !

-Aghof, tenez-lui ma mâchoire je vous prie.

-J’ai assez mal aux dents là !

-Pardon… »

Elle s’approcha de Sarasin qui se débattit comme un diable. En fin de compte, celui-ci se libéra en rejetant Aghof. Il saisit Khydal fermement par le col.

« Pard…

-Arrête de t’excuser !

-Sarasin…

-Khydal, tu m’as convaincu, il est plus qu’évident que tu m’aimes encore. »

Il l’embrassa. Aghof retint sa charge à la dernière seconde pour ne pas déranger sa maîtresse, et au contraire quitta la pièce.

 

Quelques jours plus tard, Davestyne tournait dans les couloirs, sans savoir où aller. Soudain, un choc. Elle ne sait pas pourquoi, son corps bascula. Le décor devant elle s’éleva, elle ne touchait plus le sol, elle est projetée dans un engourdissement de douleur. Elle ne comprend pas. Dure fut la chute, elle est couverte de sang. Allongée seule dans le couloir, elle était l’une des meilleure assassine, vaincue en un éclair. L’air se faisait rare, ses poumons la brûlaient, des pas s’éloignaient, d’autres se rapprochaient. Son dernier souffle venait de s’échapper. Les regrets l’engloutirent, elle voulait être mère, elle a choisit Sarasin, elle l’a aimé, mais pas comme elle voulait. L’absurde l’a touchée, mais elle n’était pas mauvaise. Elle n’entendait plus rien, des bras la soutinrent. Une personne hurla, de rage, de peur, elle ne voulait même pas chercher à comprendre. Elle se fait emportée, elle ne sait pas pourquoi. Elle n’en a que faire, elle regarde la nuit par la fenêtre, le ciel est magnifique et la Lune étincelle. La vie la quitte peu à peu. Son dernier désir est qu’on ne la renie pas, même vampire, elle est humaine. Aujourd’hui, elle devait mourir, elle l’a mérité. Tout devint noir, l’ultime jour d’une assassine. Les dieux la regardaient sûrement d’en haut, elle n’a pas volée sa mort.

 

Davestyne avait perdu connaissance. Sarasin fusait comme un météore à travers la guilde, tout ce qui lui fait obstacle était taillé dans le sang, gardes, passants, aucunes distinctions. Quelques secondes plus tard, il fracassa le mur de l’évêché. Le prêtre ouvre à peine les yeux, Davestyne est à ses pieds, et une dague est sous son cou. Il ne mit pas longtemps à comprendre. La lumière scintilla. L’assassine est morte, elle n’a pas eu de chance.

 

La porte du bureau de Dilijyne n’était plus qu’un tas de décombres, son bureau de même. Sarasin était surexité, son regard terrifiant. Lui qui ne voulait pas être un homme d’action est devenu assassin de première. La source du cyclone qui frappa un être cher. Célistyne était à coté de son maître. Sa nature avait frappée, forgé pour la guerre, d’un entraînement d’inhumain est issue, idée venue droit de l’enfer. La mort se fit sentir. Un jeune assassin furieux d’avoir perdue une personne, bien que leur relation soit ambigüe. Devant lui, un vieux maître expérimenté qui cherche son bien à travers le mal, et une machine à tuer à son service. Aucune pitié ne sera accordée, aucune pitié n’est attendue.

« Pourquoi ?? Hurla soudain Sarasin.

-Pour ton bien, répondit Dilijyne. Elle te dérangeait. Un être aussi intelligent que toi a bien comprit qu’elle n’était qu’un fardeau. Un boulet que tu traînais.

-Méritait-elle de mourir pour cela ?!

-Combien de personne as-tu tué… Pour bien moins que cela ?

-J’ai souvent tué. Les morts tombaient l’un après l’autre sous ma lame. Des ducs, des vipères, des héros, des monstres, jamais un être cher.

-Sarasin, je vais te montrer ce que la solitude m’a enseigné. Célistyne, tiens-toi en retrait, et t’intervient pas, même je dois mourir… Ce qui n’arrivera bien sûr pas. »

Le vieil homme jeta sa toge jaune.

« Je venais de me réconcilier enfin avec Khydal, j’ai vraiment cru la perdre, et voila que tu m’arraches Davestyne !

-Khydal est un fardeau moins lourd, puisqu’elle ne te vampirise pas. Néanmoins, elle restera un poids tant qu’elle ne saura pas se battre.

-C’est juste pour ça que tu as tué Davestyne ? Pour quelques gouttes de sang qu’elle me prenait !

-Quelques litres…

-Il est vrai, mais cet affaiblissement fut contre balancé, et cela a accrue ma résistance !!

-Sarasin, tu n’es pas dans un livre. Aussi, nous l’allons pas monter peu à peu notre niveau de technique, un combat n’est pas un escalier. Par conséquent, je me lancerais de tout mon être dans cet affrontement.

-Hé papi, faut toujours garder une botte secrète sous l’coude !

-Fendrombre…

-J’ai bien entendu ? »

D’un mouvement, il éteignit les bougies de la pièce, seule la Lune illuminait leur combat. Dilijyne ouvrit une brèche dans l’atmosphère. Une sorte de déchirure dans l’air, non, dans l’ombre. Il y enfourna son bras, celui-ci réapparut dans l’ombre d’un meuble, sortant aussi de nulle part. Sarasin l’esquiva de justesse, le bras disparut.

« Voila le pouvoir que j’ai acquis. Le meilleur des assassins tue à distance dans l’ombre, voila l’enseignement porté à son paroxysme. Je suis un assassin, et je n’ai pas besoin de me déplacer pour lutter.

-Le Fendombre… »

Dilijyne récidiva, et planta une dague dans les cotes de Sarasin. Il se plia de douleur et de surprise.

« Je comprends, je ne le maîtrise donc pas…

-Pardon ?

-Je n’ai pas de mal à accéder à la lecture… La serrure de ta bibliothèque, une vraie blague ! »

Dilijyne enchaina des coups dans toute la pièce sans pour autant se déplacer. Sarasin esquivait, parait tant bien que mal, le plus frustrant était de parer sans pourvoir contre-attaquer. Les nuages recouvrirent le ciel, les ombres s’allongèrent, et la portée des coups de Dilijyne avec. Sarasin recula d’effroi. Il s’accroupit, et se recroquevilla sur lui-même, comme un petit enfant apeuré par le noir. Dilijyne ne bougea pas, son bras apparut au dessus de Sarasin.

« Tu as compris ta défaite. Rends-toi, tu as encore un avenir prometteur devant toi.

-Je sais… Je m’imagine dans quelques années, avec Khydal… Nous avons un enfant…

-Perte de temps pour un assassin !

-Je ne combats plus, je suis un humble roturier.

-Abomination !

-Ouais d’accord, je déconne sévère. Mais quand j’imagine mon avenir, quel que soit l’angle, j’y retrouve deux points communs à toutes les possibilités. Je me vois avec Khydal, Davestyne… Et sans vous ! »

Sarasin bondit et ouvrit à son tour une brèche dans les ombres, et s’y engouffra lui-même.

« Mensonges… Murmura Dilijyne.

-Tu penses pouvoir monopoliser une technique ? Répliqua Sarasin en surgissant derrière lui.

-Tu ne peux pas te transposer en entier !! »

Dilijyne fut, pour la première fois, contraint de se déplacer.

« Sarasin ! Tu ne peux faire qu’une transposition complète ! »

Dilijyne se jeta sur lui, Sarasin para l’attaque, mais les ombres transposa le bras du maître dans le dos de Sarasin et le poignarda. Il hurla de douleur.

« Enfoiré ! »

Il prit une distance de sécurité.

« Eloigne-toi autant que tu veux, tu restes à ma portée !

-Ah ouais ? »

Il mit sa dague sous sa gorge.

« Viens donc prendre ma vie ! »

Dilijyne ouvrit une brèche et y enfourna son bras. Aussitôt Sarasin jeta une petite boule de tissu, avec à son extrémité une mèche enflammée.

« Fourbe ! S’écria le maître.

-La clé de la victoire est l’anticipation. »

La bombe explosa, et une lumière aveuglante décima les ombres. Le portail de Fendrombre disparut, arrachant au passage les bras du vieil homme. La lumière disparut, l’homme était encore éblouit. Sarasin, qui avait prit soin de se cacher les yeux, se transposa derrière Dilijyne et sur lui abattit un déluge de coups de lame, trancha sa chair impitoyablement. Célistyne ne cilla pas. Les vertèbres craquèrent, la colonne vertébrale suivit, les organes étaient décimés. Sarasin calma sa furie.

« Tu es mort, vieil homme ! »

Il cracha sur son adversaire agonisant.

« Je ferais ce qui doit… Être fait… Célistyne !

-Maître ? »

Sarasin se mit en garde, prêt à contenir une charge de machine à tuer, réputée inarrêtable.

« Elimine Khydal ! »

Sarasin décapita l’homme. Célistyne partit en fendant l’air.

« Merde ! S’écria le jeune homme blessé, fils de chien ! J’aurais dû te fracassa la cervelle ! »

Titubant, il alla aussi vite que possible dans la chambre de Khydal. A son arrivée, le lit était inondé de sang. Il allait pousser un hurlement de rage lorsqu’une main l’en empêcha et le tira dans un recoin sombre. Le fait qu’elle soit désarmée empêcha Sarasin de la mutiler par reflexe.

« Khydal ?!

-Je ne sais pas, lorsque je suis arrivée, il n’y avait dans cette pièce que ce lit maculé de sang. Je l’ai gouté, et j’ai détecté des hormones de croissance féminin, c’est celui de Khydal…

-Tu as trouvé le corps ?

-Je n’ai pas pu pousser la recherche, mais non. On peut continuer de le chercher, mais Celistyne n’a surement pas prit la peine de le dissimuler. Si je ne l’ai pas vu, c’est qu’il n’était pas là.

-Et où est cette connasse ?!

-Chut, moins fort, elle nous cherche…

-Je la tuerais… Au fait, ravi de te voir en vie, Davestyne. »

-Merci ♥ »

Les pensées de Sarasin s’accélèrent. Il voulait tout calculer, il regardait le sol ensanglanté. Célistyne passa soudain devant lui, sans le voir. Autant Célistyne était une force de l’inhumanité, autant elle était tout sauf une assassine. C’est plutôt une guerrière entrainé à prendre les ennemis à revers. Rien de subtile, juste la vitesse de ceux de la race de Sarasin. Aucune discrétion, aucune finesse, aucune réflexion. Une machin à tuer classique. Les mains du jeune homme tremblèrent. Il les posa sur ses armes. L’enfer n’a pas de maison, Célistyne errait à la recherche de ses cibles actuelles, Sarasin, et Davestyne si elle découvrait son existence.

« Davestyne, je vais faire diversion, je suis sur d’être capable de la semer, toi, tu partiras après.

-Je préfère mourir pour toi que l’inverse.

-J’ai perdu Khydal, je ne veux pas te perdre aussi. »

Davestyne le regarda intensément.

« Tu n’as pas l’air de la pleurer.

-Je… J’ai trop peur… »

Célistyne balaya la pièce du regard. Elle renversa le bureau, ouvrit le placard. Puis enfin, envoya valser un fauteuil d’un coup de pied, dévoilant Sarasin. Son regard était abominable, vide, mais n’inspirant que la crainte.

« Bordel, fuis !!

-Davestyne devrait être morte. Cible prioritaire…

-Sympa de le préciser connasse, mais tu laisses le champ libre ! »

Il tenta lui trancher la gorge, mais Célistyne l’arrêta net en retenant son poignet. Elle le fit passer par-dessus son épaule et l’encastra dans un mur.

« Tu es blessé, tu es mort.

-Reste à prouver salope… J’arrive même plus à t’insulter correctement… »

Il prit la fuite. Célistyne le rattrapa, ils étaient dans la forêt. Le sang coula encore, et Sarasin parvint à se cacher. Sur une branche, il regardait la femme abattre les arbres un à un sans montrer le moindre signe de colère, de lassitude ou d’ennui. Ce visage dénué d’expression lui inspirait plus de terreur que le regard haineux de Dilijyne. A force, Célistyne s’éloigna. Davestyne fit alors son retour.

« Aller Sarasin, faut s’enfuir !

-Célistyne est plus forte que nous, mais c’est une guerrière. Nous sommes des assassins, nous devons nous battre comme tels !

-Qu’est-ce que tu… »

Il lui mit un terrible coup de poing dans le ventre et la fit chuter en silence. Elle se releva.

« Tu as perdu l’esprit ?!

-Si tu savais… »

Il la transperça de son épée et la cloua littéralement sur l’arbre derrière elle.

« Adieu.

-Sarasin ! Tu ne vas pas me faire ça ! »

Le jeune homme parti. Davestyne n’en revenait pas, pouvait-il avoir assez peur pour la laisser mourir ? Et quel rapport avec le style de combat des assassins ? Peut-être la lâcheté… Célistyne la retrouva sans peine. Elle ne prit pas ses armes, ses mains nues suffiraient. Elle s’approcha lentement de la femme clouée.

« Tu meurs…

-Attends, avec tout ce qu’on a partagé, tu vas pas me tuer ?

-… Encore.

-Alors c’était toi, dans le couloir… »

Elle leva les bras. Soudain, Sarasin surgit derrière elle et l’empala sans hésitation, ses yeux brillaient de jaune sous l’effet de l’adrénaline. Il cria :

« Cliché !! »

Il enchaina les coups de façons spectaculaire Célistyne se dégagea, et Sarasin s’enfuit. Ce dernier avait compris le style de combat de Célistyne, propre aux machines à tuer.

 

Une machine à tuer se bat sans la crainte de subir des blessures. Même le cœur percé, elles continueront de frapper comme si de rien n’était jusqu’à leur mort. Sarasin avait par conséquent mutilé ses mains pour l’empêcher de tenir ses armes. Un poison paralysant la prit soudain. Elle avait du mal à bouger, et sa vue se troubla. Réduire au maximum la mobilité et les mouvements d’une machine à tuer est le seul moyen efficace de les vaincre, s’en prendre aux organes vitaux est une erreur face à elle, à moins de les tuer en un coup. Célistyne resta imperturbable, même désorientée. Elle se retourna vers Davestyne, toujours clouée sur son arbre. Elle regarda ses mains, et vit ses phalanges. Pour elle, la douleur est une information, elle n’est en rien désagréable. Sarasin surgit cette fois par le coté et lui trancha les tendons des chevilles, avant de s’enfuir à nouveaux. Frappant toujours par derrière, disparaissant ensuite. Une guerre d’usure, une guerre d’assassin. Ce combat, c’était l’assassin contre la machine à tuer. Rien à voir, et pourtant tellement proche. Célistyne ne pouvait plus tenir debout, elle s’effondra. Sarasin réapparut et lui jeta une pierre aiguisé sur les yeux, et atteint l’arcade sourcilière. Le sang vint cacher un instant la vue de Célistyne, il lui entailla la gorge du mieux qu’il put avant de repartir. Le sang s’arrêta de couler. Célistyne prit appuie sur l’arbre. Le jeune assassin réapparut. Elle se retourna sans prévenir et lui empala les épaules, et le plaqua au sol. Il se dégagea au lourd prix d’une dague dans le dos, et parvint à s’enfuir. Célistyne suivit les traces de sang, qui la menèrent au cadavre d’un quelconque sanglier. Sarasin la reprit par surprise et lui perfora un poumon, pour s’enfuir ensuite. Cette limitation respiratoire allait clairement engourdir ses mouvements, mais il était lui aussi blessé.

 

Davestyne ne les voyait plus, la panique la prit. Elle avait vite compris le stratagème de Sarasin lorsqu’il l’avait transpercé dans le torse, en évitant son cœur, ses poumons, son tube digestif et ses seins. La précision nécessaire n’était pas celle de la panique. Mais l’issue de ce combat restait incertaine.

 

Célistyne perdit l’équilibre, Sarasin la désarma définitivement. Un coup de pied dans la mâchoire, une épée dans le coude, elle était sonnée et handicapée. Elle lui renvoya un coup de genou surpuissant dans le tibia et lui brisa dans un bruit sourd, cette force était titanesque. Sarasin venait de perdre une grande capacité de vitesse. Il lui taillada un bras en essayant de lui amputer, mais la douleur le faisait trembler et l’aveuglait. Célistyne gardait son visage de marbre. Il lui jeta une pierre et parvint à lui crever un œil. Elle avait désormais un angle mort sur sa gauche. Un arbre lui tomba dessus, elle le fracassa sans peine, mais derrière Sarasin surgit et lui coupa un bras au niveau de l’épaule, le destin jouait en la faveur du jeune homme. L’autre bras suivit, la victoire était emportée. Sarasin fit face, la regardant de tout son orgueil. Célistyne, amputée des deux bras, ferma les yeux en signe de reddition.

« Je ne t’épargnerais pas. »

Il leva son arme, lorsque soudain la femme sauta et lui mit un terrible coup de pied entre l’épaule et la gorge, brisant tous les os présents. Une machine à tuer n’abandonne jamais. Sarasin s’effondra. Son adversaire prit sa place, mais resta cois. Elle prit une position pour l’achever, Sarasin roula pour esquiver un coup de pied meurtrier qui fracassa le sol, lui trancha une jambe au niveau des mollets, lui empala l’autre, et finit par l’éviscérer. Il s’effondra de fatigue.

« Salope, j’t’ai eu salope ! Prend ça dans ta face salope ! Connasse ! Salope ! Salooope ! »

Des pas approchèrent, Davestyne s’agenouilla devant lui.

« Bravo, mon héros, mais vas-y moins fort la prochaine fois que tu m’empales.

-Fallait que ce soit réaliste…

-… Bravo pour ta victoire.

-Elle a eu son compte, salope… »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un nouveau départ ensanglanté

 

Pourquoi un départ ensanglanté ? Et pourquoi je m’incruste dans ce récit à la première personne ? Je fais ce qu’il me plait, c’est moi l’auteur !

 

Sarasin se voyait lui-même, dans un lit. Il dormait, sa peau était parcourut de blessures. Khydal dormait dans ses bras. Elle pâlit, elle disparut tel un fantôme. Lentement, les bras de Sarasin se refermèrent sur eux-mêmes.

 

Sarasin se réveilla d’un coup en se redressant et en mettant un magnifique coup de boule à Davestyne, au dessus de lui, qui était occupée à le soigner.

« Qu’est que Khydal quoi où ?

-… Outch…

-Davestyne ?

-Headshot. »

L’assassine se frotta le front. Sarasin reprit ses repères. Il avait vaincu Célistyne et Dilijyne… Et Khydal était morte.

« Khydal…  Elle est morte… Elle est morte !!

-Je sais que ça t’es impossible, répliqua Davestyne avec une voix compatissante, mais reste calme ou tu vas aggraver tes hémorragies. »

Il commença à pleurer. Davestye réalisa alors que, même s’il avait vaincu son maître de guilde, même s’il avait vaincu une machine à tuer, même s’il avait trouvé l’amour véritable, il n’était qu’un gamin de maintenant 13ans. Elle l’enlaça, mais il se dégagea immédiatement.

« Khydal ! Je ne veux pas ! Je n’accepte pas ! J’irais te chercher en enfer !! »

La femme n’osait plus bouger. Comme si le moindre geste pouvait définitivement briser Sarasin. Des coups résonnèrent sur la porte.

« Hé ! Faut payer maint’nant !

-Plus tard ! Répondit Davestyne.

-Ah non ! Deux jours sans casquer, c’est du vol ! »

Il entra, ignorant complètement l’enfant estropié en larmes.

« 65 pièces d’or, et tout de suite !

-Ecoutez, on n’a pas d’argent, mais on va en obtenir !

-De quoi ?! Et par quel prodige ? »

Sarasin, prit d’une furie soudaine, se releva et le saisit par le col.

« On va faire du mercenariat ! J’étais assassin à gage avant, tu veux la mort de quelqu’un ? Je peux t’aider. Dans le feutré ? En pleine place publique ? Mort douce ? Douloureuse ? Exemplaire ?

-Woh woh ! Je ne déteste personne au point de vouloir le tuer !

-J’ai pas besoin d’haïr quelqu’un pour le tuer moi ! T’as de la concurrence ? Je supprime !

-Arrête ton char gamin ! Et paye maintenant ! »

Davestyne saisit Sarasin et le plaqua sur le sol pour l’empêcher de tuer l’aubergiste.

« Bon, fini par dire l’hôte, je repasserais ce soir, vous avez 7 heures pour vous faire 80 pièces d’or !

-C’était 65 !

-Ah bah vous occuper toujours la chambre ! »

Sarasin s’effondra sur son lit. Davestyne l’enlaça aussitôt.

« S… Sarasin, je sais que tu es perturbé, mais… Mais…

-Tes yeux rouges te trahissent.

-Je sais que t’es pas en état, mais j’ai besoin de sang.

-T’attend quoi ? Une carte d’invitation ? »

Il leva la tête pour exhiber son cou. Sa colère se peignait sur son visage. Davestyne n’osait plus bouger, renonçant. La salle entière commença soudain à tremblait, de façon infime, mais assez pour être détecter pour des assassins entraînés. Pourtant, même si Davestyne montrait sa surprise, Sarasin était imperturbable. Il disparut un instant, tous les meubles s’effondrèrent, tailladé en cubes.

« Aller on bouge, j’ai besoin de me défouler. »

 

L’enfant sortit de l’auberge, et hurla au milieu de la foule.

« J’offre 150 pièces d’or à celui qui parvient à me faire une blessure, le coût d’inscription pour tenter sa chance est de 5 pièces d’or. »

Tout le monde le regarda d’un air dubitatif. C’était un enfant, et il était difficile de le prendre au sérieux. Pourtant, son expression de rage infinie décimait les doutes.

« Personne ?! »

Un homme s’approcha de lui.

« Je tente ma chance.

-Bien. Pas de règle, utilise n’importe quelle arme, tu es juste obligé de lutter seul. Tu seras déclaré perdant si tu abandonnes ou si un de tes membres devient inutilisable. C’est pour éviter de te buter, je ne vais pas retenir mes coups. Tu seras déclaré vainqueur si tu fais couler mon sang. »

Il se mit en posture de combat. Son adversaire fit de même.

« Frappe le premier. »

L’homme se jeta sur lui, immédiatement Sarasin lui fit une prise de lutte et le plaqua au sol, en tenant fermement son bras pour lui déboiter l’épaule.

« Abandonne.

-Sûrement p… »

L’enfant tira un coup sec, l’épaule céda. L’homme hurla, puis s’en alla en grommelant, les larmes aux yeux de douleur.

« Déjà 5 pièces d’or. Suivant ! »

Un autre homme s’approcha. Le combat fut tout aussi court. Après avoir récité les règles, Sarasin lui avait cassé le coude et l’avait envoyé valser. Puis se fut le tour d’une femme. Sans la moindre réticence pourtant, Sarasin lutta et lui fractura le sternum, la forçant à abandonner. Au bout de plusieurs heures de lutte, Sarasin était toujours aussi furieux, et il ne s’était pas calmé. Il avait accumulé déjà plus de 300 pièces d’or.

« Y’a aucun adversaire de valeur ?! »

Après un moment d’hésitation, une silhouette approcha. Elle portait une capuche, et un long manteau, impossible de distinguer s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme, de savoir s’il était seulement armé, s’il était un combattant de corps à corps ou de magie.

« Tu as fait assez de grabuge comme ça, jeune impertinent.

-Viens te débattre ou dégage !

-Je me battrais. »

Il jeta les 5 pièces d’or par terre, Davestyne les ramassa. La personne ainsi dissimulée se jeta sur l’enfant, et dégaina une grande claymore qu’elle masquait sous son manteau. C’était une femme. Sarasin para sans peine, mais ne put contre-attaquer. La fureur le rendit fou, il frappa sans réfléchir, comme s’il ne savait faire que ça. La femme porta un coup d’une extrême violence, mais malgré la parade pourtant parfaite, Sarasin fut désarmé.

« Aller, abandonne.

-Va crever !! »

Elle chargea pour porter le dernier coup, Sarasin passa la lame sous son bras dans une esquive éclaire, et la plaqua. Il la maintenait ainsi, le combat était figé. Il posa sa main libre sur la lame et parvint à la briser.

« … J’abandonne. Dit-elle. »

Prit d’une rage inouïe, il se jeta sur elle et la roua de coup. S’il avait été armé, il l’aurait impitoyablement tué.

« J’veux plus te voir, perdante ! Dégage !!

-Sarasin, coupa Davestyne, il faut que tu te calmes.

-Va te faire enculer !

-Pas de grossièreté, je te prie.

-Tu veux te battre toi aussi ?

-J’ai pas envie de perdre.

-Lâche ! Couarde ! Aller viens !! »

Les insultes frappèrent Davestyne en plein cœur.

« Calme-toi…

-Je vais le calmer, moi. »

Une militaire approcha.

« Commissaire Feirg, pour…

-Ta gueule !

-Touchant… »

La femme dégaina, aussitôt Sarasin surgit dans son dos et frappa sans attendre. Ses vertèbres volèrent à travers la place dans une fontaine. Sa colonne vertébrale fut broyé. Ses organes furent décimés. Le cadavre s’effondra. Soudain, une lumière le baigna, et la femme se releva.

« Jeune homme, lança un homme en toge de religieux, je ne tolèrerais pas la violence sur mes terres.

-T’es qui toi ?

Je suis le Guide de Lumière.

-Ah… Quand même. »

La commissaire tituba, puis tomba de terreur.

« Casse-toi, lança Sarasin. Je suis calmé pour aujourd’hui, je t’épargne.

-Qu… Quoi ?

-Et toi, le Guide de Lumière, du vent.

-J’ai dit que je ne tolérerais aucune violence, rétorqua l’homme de foi. Je resterais ici pour le vérifier.

-J’ai dit que je l’épargnerais. J’ai l’ai déjà buté, deux fois de suite c’est de l’abus.

-Tu m’épargne parce que je suis une femme ? Lança la militaire. Je te fais pitié en fait…

-Tout les moyens sont bons pour rester en vie, soit heureuse de ton sort et décarre de là.

-Tu ne sais pas ce que c’est que d’être considérée comme inférieur !

-Effectivement j’ai pas la notion.

-Sale… »

Sarasin lui jeta un regard inondé de haine et de colère.

« Disparais.

-… Non. »

Il se jeta sur elle, mais le Guide de Lumière se mit sur son chemin, para les coups de son bâton de marche et lui donna un coup sur le plexus, l’éjectant sans peine.

« Salaud ! »

Davestyne retint l’enfant, le serrant contre sa poitrine.

« Tu as tué assez de personne aujourd’hui, Sarasin, il est temps de se calmer.

-Dégage ou je te décapite !

-A ta guise. »

Elle resserra son étreinte. Sarasin trembla de rage, puis éclata en sanglots dans les bras de l’assassine.

« Khydal !! »

Les pleurs lui coupèrent la parole. La commissaire partit sans demander son reste, et le Guide de Lumière reprit sa route. Tous les regards des passants se posèrent sur ce jeune garçon de 13 ans, qui pleurait sur l’épaule de Davestyne comme un gosse dans les bras de sa mère. Est-ce bien lui qui avait combattu avec autant de cruauté ? Etait-ce vraiment cet enfant en larmes qui avait tué sans pitié homme et femme dans une mer de sang ?

« Sarasin, rentrons. Ton tour de force nous donnera une réputation assez grande pour nous lancer dans le mercenariat. Rentre à l’auberge.

-Oui… »

 

Le lendemain, l’aubergiste n’osait pas réclamer son loyer, mais il fut payé. Sarasin et Davestyne s’installèrent dans la taverne et commandèrent des boissons non-alcoolisées. Des murmures se propagèrent à leur arrivée, puis disparurent dans le brouhaha. Les deux nouveaux mercenaires commencèrent une partie de cartes.

« Sarasin. Lança Davestyne.

-Ouais ?

-Ecoute, je… C’est difficile à dire…

-Vas-y franco, pas de manière.

-Comment formuler…

-Balance les infos, je m’occupe de les remettre en ordres.

-Pourquoi c’est si difficile de se faire comprendre…

-Balance j’te dis !

-C’est à propos de Khydal.

-J’aimerais éviter ce sujet. Ça m’irrite.

-D’accord… »

Un marchand entra dans la taverne, il était blessé de façon superficiel et tenait une arbalète.

« Y’a-t-il des mercenaires ici ? »

Sarasin se leva, puis fit signe à Davestyne de faire de même.

« J’ai dis des mercenaires, pas un gosse et une femme. »

Sarasin dégaina, toute la taverne sursauta et se précipita vers la sortie.

« T’es convaincu ?

-Je… Ouais, ça fera l’affaire je pense. Je cherche un escorte, je suis tombé sur un groupe réduit de bandit, et j’ai réussit à m’en tiré. Mais je ne pourrais pas toujours me sauver. Ça vous dit ?

-Combien tu nous payes ? Déclara l’assassin.

-30 pièces d’or par jour.

-70.

-40 !

-Fais des efforts, j’en ferais aussi. Me dis pas que t’as pas les moyens d’allonger moins de 100 pièces d’or d’un coup, ton collier est en or massif et ton arme est d’excellente qualité.

-Va pour 50.

-60 !

-Rah d’accord, d’accord ! 60 par personne ! Je peux pas en prendre qu’un ? La femme, je préfère être défendu par un adulte. »

Sarasin se rassit.

« D’accord le môme, tu peux nous accompagner ! Sale gosse ! »

Il se tourna vers Davestyne.

« Vous êtes sa mère ?

-Non.

-Z’êtes quoi par rapport à lui ?

-… Une amie.

-Admettons, en route. On a du chemin. »

Il sortit d’un pas pressé. Le marchand possédait une caravane tiré par deux chevaux d’une forme excellente, ses marchandises devaient couter une véritable fortune. De la soie de contrebande, de l’alcool d’un pays éloigné, et autres merveilles pour les bandits. Sarasin s’installa dans le fond et commença à s’assoupir contre une caisse. Davestyne choisit de se mettre à coté du conducteur pour guetter un éventuel ennemi.

« Pourquoi trainez-vous ce fardeau ?

-Pardon ?

-Le gosse.

-… Il est plus fort que moi. »

Le marchand arrêta soudain son véhicule.

« Ce gosse ? J’ai engagé des sous-doués ! Fichez le camp !

-Vous connaissez le Cercle de Sang ?

-Ouais, et ?

-Je suis une élite de là-bas. Au dessus de moi, il y avait mon maître et une autre assassine. Ils sont morts… Tous deux de la main de Sarasin. »

Le marchand remit en route sa caravane.

« A son âge ?

-C’est une surpuissance. A titre d’information, Dilijyne, notre maître, est dit-on plus fort que feu l’empereur Ixa. Je  doute qu’il soit plus fort que Xa, le nouvel empereur. Célistyne, l’autre élite, était une machine à tuer.

-C’est ce qu’on dit…

-Pardon ?

-Savez-vous ce qu’est une machine à tuer ? C’est un combattant qui lutte sans se soucier de sa vie, qui…

-N’obéit qu’à un seul maître, incapable de ressentir un autre plaisir que celui de la victoire. Elevé depuis sa naissance au combat et à la guerre. Une « Machine à tuer », une aberration dénuée de toute humanité. Une…

-Une abomination, voila le mot qui désigne les machines à tuer. Ils ne vivent que pour tuer… En tuer une est très dur.

-Célistyne, vous connaissez ?

-Non.

-Pas étonnant.

-C’était une assassine ? Vous pensez me faire avaler ça ? Une machine à tuer doté de discrétion…

-C’est vrai, elle n’avait de commun avec un assassin que la vitesse et l’ambidextrie.

-… Je vous crois… Mais… »

Il lui jeta un regard condescendant.

« Pourquoi trainez-vous un tel fardeau ? »

Davestyne sauta sur place et scruta les ténèbres du crépuscule.

« Des bandits ?

-Oui, mais je ne les vois plus.

-Combien ?

-Un groupe, j’ai dut en voir 5 je pense, des éclaireurs. On est en droit de penser que leur groupe est de 15 bandits environs. »

La voix de Sarasin résonna dans la forêt.

« Si c’est le cas, ils ne sont plus que 14. »

Il jeta un cadavre au pied du chariot.

« Pas entraînés, ils savent à peine porter une épée. »

D’autres mouvements se firent entendre. Sarasin jeta l’arme de sa victime dans les buissons, un cri de douleur retentit, puis plus rien.

« Tué en un coup, tu parles d’un guerrier. »

Des pas plus clairs se fit entendre, les bandits fuyaient. Sarasin se remit à l’arrière du chariot. Le marchand était sidéré. Il reprit sa route.

« Sarasin n’est pas un fardeau pour moi, murmura Davestyne… Je suis un fardeau pour lui.

-Ne soyez pas stupide, si vous étiez une élite, vous lui êtes forcément d’une utilité.

-Certes, mais je diminue ses capacités.

-Comment ça ?

-… Laissez tomber… Au fait ,c’est quoi votre nom ?

-Kreser.

-C’est noté.

-Mais je vous repose encore la question… Pourquoi trainez-vous un tel fardeau ?

-Vous devenez lourd avec ça.

-Vous n’avez pas la conscience tranquille. Sans ce gosse, vous vous porteriez mieux. Pas vrai ? »

Elle ne répondit pas.

 

Le chariot s’arrêta. La lune était haute dans le ciel, il devait être proche de minuit.

« Nous allons camper ici, lança le marchand.

-Ok. »

Sarasin sauta du chariot et partit chercher du bois. Davestyne se proposa pour le premier tour de garde. Craindre des bandits ? C’était pour la forme. Sarasin revint, chargé de bois de chauffe.

« Kreser, je dors de ce coté. »

Il traça une ligne.

« Davestyne dormira de mon coté, toi de l’autre.

-Il ne serait pas plus logique que nous dormions d’un coté les hommes, de l’autre la femme ?

-Je préfère dormir avec une mercenaire qu’avec un marchand. On a que deux sac de couchage.

-C’est toi qui voit. Mais pas de cochonnerie ! »

Kreser afficha un sourire narquois, mais Sarasin répondit d’un ton glacial.

« Si jamais tu te réveilles et que Davestyne a la tête posée à coté de la mienne, un bon conseil, rendors-toi et surtout n’approche pas.

-Pourquoi ? »

Il n’eut pas de réponse. Le feu fut allumé Davestyne s’adossa contre une bûche, à moitié dans le sac de couchage pour ne pas avoir froid. Sarasin dormait sur ses cuisses, le visage inquiet. Khydal ne quitterait pas son cœur avant un moment. Elle se glissa à son niveau, et posa ses crocs sur la jugulaire de l’enfant assoupi.

« Sarasin…

-Hum… Quoi ?

-J’ai besoin de sang. Ca fait longtemps… Trop longtemps…

-Sers-toi. »

Elle enfonça ses dents dans la gorge molle de l’enfant. Soudain, une voix s’éleva :

« On avait dit pas de cochonnerie ! C’est du détournement de mineur ! »

Kerser donna un coup de pied dans les cotes de Davestyne pour l’éjecter. Ses crocs furent arrachés dans le mauvais angle et Sarasin hurla de douleur.

« S’pèce de con ! Hurla-t-il ! Dégage ! »

Davestyne se retourna, ses lèvres étaient couvertes de sang. Elle s’essuya sur sa manche.

« Une vampire ?!

-Ouais, répliqua Sarasin. Voila pourquoi tu devais pas bouger ! Abruti ! Va te coucher ! ‘Tin j’ai mal ! A cause de toi elle m’a déchiré la jugulaire ça pisse le sang ! »

L’assassine se pressa de lécher sa plaie pour la cicatriser. Le marchand la regardait avec des yeux effarés.

« Vas te coucher, connard ! »

Kerser s’enfuit sous son duvet. Il entendit les légers gémissements de douleur de Sarasin. De son coté, Davestyne remonta comme à son habitude le long de la gorge de Sarasin pour s’approcher de ses lèvres. Elle s’attendait à être arrêtée au dernier moment, mais au contraire Sarasin l’embrassa avec passion. Ce baiser fut long, l’enfant refusait simplement de la lâcher. Finalement, il se blottit contre sa poitrine.

« Sarasin, je voulais te demander à la taverne, Khydal nous ayant quitté… Ton cœur est libre ?

-Je peux bien te faire une place en tassant l’amertume dans un coin… »

Kerser préféra de pas écouter. Ces deux personnes étaient vraiment des assassins mercenaires prêts à se déchiqueter pour une poignée d’argent ? Une lame fendit soudain d’air et un cri de douleur retentit.

« En plein cœur. Lança Sarasin. Avec un couteau de lancer normal, en pleine nuit. Du premier coup. »

Davestyne l’enlaça pour le calmer. Le sommeil vint le prendre, et il s’endormit le nez dans les seins de l’assassine.

« Il dort toujours comme ça ? Lança Kerser.

-Dormez au lieu de poser ce genre de question. Sarasin est peut-être encore plus mature que vous, plus fort, plus autonome, plus courageux… Mais il reste un enfant. Même à 13ans, j’ai l’impression d’avoir un garçon de 6 ans dans les bras… Comme si c’était mon fils…

-Je te signale que je ne dors pas, lança Sarasin.

-Je sais… »

Elle afficha un sourire magnifique en regardant le ciel. Kerser se coucha, pressé de se débarrasser de ces mercenaires.

 

Le lendemain, l’aube se leva. Sarasin réveilla Davestyne en la secouant gentiment, et Kerser en renversant son café brulant sur son visage. Il se réveilla en hurlant.

« Mais t’es malade !

-Oups, pardon, je l’ai pas fais exprès. Menti-t-il.

-Dire que je vous paye pour ça !

-Je te signale que malgré la trentaine de personnes qui ont rôdé autour de nous, pas une seule ne vit encore. On y met pas les formes mais la travail est fait. »

Il rangea les sacs de couchage qu’il mit dans le chariot de Kerser, puis ordonna le départ.

 

Après une demi-journée de voyage, ils arrivèrent à destination. Kerser s’empressa et les remercier, de les payer et leur demanda de partir. Sarasin compta son butin, 300 pièces d’or en trois jours. Largement suffisant.

 

Ils décidèrent de retourner à la ville précédente pour y forger leur réputation et trouver de meilleur acheteur, plutôt que de vagabonder de ville en ville. Ils marchaient côte à côte sous le soleil qui déclinait lentement dans le ciel.

« C’est à combien de jour de marche ? Demanda Sarasin.

-Deux jours de marches, ou trois heures de sprint.

-Je me sens pas de sprinter pendant aussi longtemps. »

Il accéléra un peu sa vitesse de marche.

« Y’a de la fumée au loin. Lança-t-elle d’un ton glacial.

-J’ai vu, et ?

-Ca te dis d’aller jeter un œil ?

-Non. »

Il demeura silencieux. Davestyne se plongea dans ses réflexions, puis s’arrêta de marcher. Sarasin fit de même et demanda :

« Qu’est-ce qui te prend ?

-Je ne t’aime plus.

-Q… Quoi ?

-Tu n’es plus Sarasin. Tu n’es plus ce gamin énergique toujours plein d’entrain, tu n’es plus ce voyeur vantard malveillant prêt à jouer un mauvais tour à quiconque, tu n’es qu’un bloc de glace.

-Je te signale que Khydal est morte.

-Tu portes son deuil pour la forme. Tu n’as pas besoin d’être aussi froid. Tu ne cherches qu’à montrer que tu l’aimais, et ce à moi seule, qui le sais déjà. Voire pire, tu cherches à me faire souffrir par là.

-Tu réfléchis trop, je suis triste, voila tout.

-Tristesse, colère, haine. C’est les seuls sentiments que tu ressens. La colère, je l’avais déjà vu avant. Mais jamais tu n’as montré de la tristesse ou de la haine. Ce qui fait que, finalement, tu n’es plus le même. Tu es un tueur à gage, rien de plus. Et ton caractère normal me manque.

-Quoi ? Mes défauts te manquent ? J’en cumule tellement. Et la je ferme ma grande gueule et tu t’en plains ?

-Parfaitement. Si tu étais parfait, je t’aurais surement haï. Pas par jalousie, mais par principe. Quelqu’un de parfait est ennuyeux. Toi, tu as nombre de qualités, mais surtout nombre de petit défaut. L’imperfection est une forme de perfection. Et toi, tu es, non tu étais parfait dans ton imperfection.

-C’est un non-sens.

-Tu n’es même plus perspicace, cette phrase, tu aurais dû la retourner sous tous les angles. C’en est navrant. Je te quitte, je préfère être seule que mal accompagnée.

-Non ! Dit-il d’un ton enfin humain. Tu ne peux pas partir ! Tu mourrais de soif de sang.

-Peut-être bien. Ou je tomberais sur un guerrier, gentil, lui, qui me laissera boire son sang, et dont je deviendrais dépendante. Alors je serais amoureuse de lui.

-Je refuse de te voir dans les bras d’un autre !

-Alors fais preuve d’un peu plus d’humanité. Tu me fais penser à Célistyne par moment. Une sous-machine à tuer. Une machine de guerre. Une… Arme. »

Elle le dépassa d’un air hautain. Sarasin la rattrapa.

« Je t’en supplie à genou s’il le faut, ne pars pas !

-T’as juste besoin de moi pour te passer les nerfs. »

Il continua son chemin en direction de la fumée.

« Calme-toi !

-Je suis calme. J’ai pas besoin de m’énerver pour te dire tes quatre vérités.

-Mais… Mais… Tu ne peux pas vivre sans moi !

-N’oublie pas que tu n’es qu’un gosse de 13 ans ! Personne n’a besoin de toi. Khydal voulait un chevalier servant, pas un assassin. Dilijyne voulait un grand combattant pour satisfaire son orgueil. Et je ne voulais que du sang.

-Tu mens…

-Tu n’as jamais été aimé dans ta ville. Khydal t’aimait. Pourquoi ne t’es-tu pas enfuit avec ?

-Mais… Tu es comme une mère pour moi !

-Je n’ai fait que te mettre dans un orphelinat.

-Tu… Tu m’aimes.

-C’est à cause du sang, je suis un vampire. Si je trouve un homme plus fort que toi et qu’il m’accepte comme parasite, je l’aimerais tout autant. Et s’il ne me chahute pas parce qu’il ne sait pas faire la part des choses, contrairement à toi, je l’aimerais encore plus. Tu n’as jamais su te décider entre Khydal et moi.

-Alors j’aurais perdu tout ce que je possède… ?

-Tu n’as jamais rien possédé, sinon une fille qui dépendait de toi par sa faiblesse, une vampire qui dépendait de ton sang, et ton orgueil d’être le meilleur de ta guilde. Va répandre la mort plus loin.

-Tu…

-Tu as rejeté Khydal lorsque tu m’as embrassé pour la première fois car elle s’était énervée. Tu aurais dû te jeter à ses pieds et implorer son pardon. Tu lui as dit de partir car la solitude de t’effrayait pas. Prouve-le. »

Elle entama un sprint impressionnant pour disparaître dans la forêt. Sarasin était resté pétrifié sur place. Il tomba assis, perdu.

 

Le soir vint, il n’avait pas bougé. Il s’était juste réfugié dans un arbre creux. Les bêtes sauvages rôdaient autour de lui. Il était mille fois capable de les exterminer. Mais s’il le faisait pour lui, ça n’avait pas de sens. Il resta à pleurnicher dans son abri de fortune, les armes dans ses mains tremblantes. Il avait faim, et soif, mais il n’avait ni la force ni le courage de sortir. Soudain, il entendit un jappement aigu. Des pas s’approchèrent de lui et il redoubla de larmes, espérant qu’une bonne âme le prendrait en pitié.

« Un gosse, je l’avais dit. »

Davestyne se pencha sur son terrier.

« Alors monsieur j’ai-peur-de-rien ?

-Da… Da… »

Il se jeta contre elle en la serrant dans ses bras.

« Pourquoi t’es revenue ?!

-Une mère doit savoir pardonner à son fils, non ? »

L’atmosphère n’était plus la même. Les bêtes avaient fuis, la lune avait déchiré les nuages, le vent s’était arrêté. Davestyne mit son gilet autour de Sarasin et planta la toile de la tente sur l’arbre, faisant de lui un abri plus confortable. Sarasin se blottit contre elle.

 

Le lendemain, Davestyne se réveilla seule. Et se redressa, à moitié embrumé.

« Ben ? Sarasin ? »

Elle se secoua la tête doucement, lorsqu’elle rouvrit les yeux, Sarasin était devant elle.

« Bonjour ! »

Il souriait enfin. Il prit une fiche dans sa poche et toussota.

« Hum. Davestyne. Je voulais te dire que… Euh… Qu’est-ce que j’ai écrit ? »

Il se retourna un instant.

« J’arrive même pas à me relire !

-C’est quoi ? Une liste de course ?

-Un poème.

-Et il tient en un post-it ?

-Euh, j’suis pas poète ! »

Il déchira la feuille en grommelant, puis prit une boite à bijou.

« Je savais que je me planterais, alors je t’ai au moins prit ça.

-Tu l’as acheté ?

-Euh… Oui. »

Davestyne sourit malicieusement et ouvrit la boite. Il s’agissait d’une superbe bague orné d’un rubis étincelant.

« Whaou !

-Je sais que tu affectionnes pas mal le rouge, alors… »

Elle se saisit par les épaules et le plaqua contre elle, puis lança d’un ton de fillette :

« Oh merci merci merci merci !!!

-Non… Merci à toi d’être revenue… »

La fumée dans la forêt n’avait pas disparut.  Davestyne insista pour y aller et Sarasin céda facilement. Arrivés sur place, ils ne virent qu’un camp dévasté et des cages où avaient été sûrement enfermés des esclaves. Sarasin inspecta les décombres.

« Rien par ici, et toi ?

-Non plus.

-Ca valait le coup ! Regarde ! J’ai trouvé un cadre ! »

Il exhiba fièrement un châssis de peinture, mais vierge. Il le jeta d’un air rieur. C’était pas drôle, ni même souriant. Mais au moins,il était de bonne humeur. Soudain, il sentit quelque chose se plaquer à lui.

« Pa… Pa… »

Il s’agissait d’une petite fille extrêmement jeune. Elle était blonde, ses cheveux étaient lisses et fins, avec de grands yeux, amaigrie par la faim et tremblante dans ses vêtements déchirés.

« Hein ? Qui es-tu ?

-Papa…

-Je ne suis pas ton père. Où sont tes parents ?

-Papa… »

Elle se serra contre lui. Davestyne soupira.

« On va pas la laisser ici.

-Trop bon, trop con.

-Je te signale que c’est dans un cas similaire que je t’ai ramassé. »

Sarasin se raidit à cette remarque, prit la fille dans ses bras et prit la direction de la ville la plus proche. La fillette semblait apprécier.

« On la dépose à l’orphelinat ?

-Elle a quel âge ?

-Je lui donne 8 ans.

-Perdu, 10 ans. Elle les fait pas. C’est marqué sur sa cage par contre. Comme ‘Esclave sexuelle n’ayant encore jamais servie’. Je ne sais pas qui a ravagé le camp, mais il devait avoir de bonnes raisons.

-Une chance qu’on s’en soit pas encore prit à elle. »

La fillette continua de serrer Sarasin dans ses bras en regardant Davestyne avec méfiance.

« Papa…

-T’as fini oui ?

-Pardon… Pardon… »

Elle explosa en sanglot.

« J’ai dit quoi encore ? Fit Sarasin en la reposa.

-Elle est traumatisée. J’imagine que les mots que tu viens de prononcer lui ont été adressés dans une situation particulièrement éprouvante et sont restés gravés dans sa mémoire.

-Wouah… Respect !

-Merci. »

Elle lui fit un grand sourire, puis s’agenouilla au niveau de l’enfante.

« Bon, ça va ? »

La fillette se colla à Sarasin en murmurant :

« Papa… Papa…

-Elle comprend ce qu’on lui dit ? Demanda Sarasin à bout de nerf.

-Bonne question. Une autiste ?

-Ducon, couillon, fripon, poltron, cochon, pourri, bandit, enfoiré, taré, dégonflée, salopart, ringard, face de rat, scélérat, enquiquineur, voyeur, menteur, conasse pas de ma race, tu m’les casse, putain, boudin, bon à rien, tu sers à rien ! »

La fillette ne cilla pas.

« Insensible aux insultes ?

-Eh j’suis pas psy.

-Bon fillette, on va t’amener à l’orphelinat… »

Aucune réaction.

« … Ici, il n’y a pas de place pour toi. »

Elle explosa en larmes en serrant Sarasin de ses maigres forces.

« Traumatisme mentale… Soupira Davestyne.

-Faut choisir nos mots.

-Papa… Pars pas papa… Papa… Me laisse pas toute seule…

-D’accord… Je reste. »

Son visage s’illumina. Malgré ses efforts, Sarasin ne put résister à ses grands yeux ronds et finit par la reprendre dans ses bras. Elle sembla apprécier, voire adorer ce geste.

 

Ils arrivèrent en ville et s’installèrent à l’auberge.

« On voudrais une chambre avec trois lits.

-60 pièces d’or.

-C’est du vol ! On va prendre deux lits.

-20 pièces d’or.

-Logique… »

Sarasin plaqua sa bourse sur le comptoir et s’empara furieusement des clés de la chambre. Il se retourna, poignard en main, de façon à ce que l’aubergiste le voit. Puis il monta dans la chambre, les autres suivirent. La pièce était extrêmement petite, il y avait la place pour deux lits à une place, et une table de nuit entre les deux. Un placard sans porte se tenait à coté.

« 20 pièces d’or ? Ca ? Quelle arnaque ! »

Il plongea sur le lit.

« Fillette, je ne connais même pas ton nom.

-Papa pas content ?

-Non… C’est quoi ton nom ? »

Elle ne réagit pas. Davestyne s’allongea sur l’autre lit en faisant tourner son poignard dans sa main, l’air songeur. Il insista.

« Comment t’appelles-tu ? »

Davestyne pointa la fille et dit d’un air infantile :

« C’est qui ça ? C’est qui ça ?

-C’est Altey ! »

Davestyne laissa échapper un soupir de satisfaction.

« Ben voila. Quand on est pédagogue ! »

Sarasin s’allongea sur le lit de Davestyne.

« Altey, tu dors sur l’autre lit.

-Papa va aimer une inconnue ?

-Outch, direct ! Non, papa aime maman. Davestyne, c’est maman.

-Ca, pas maman. Ca être un tueur.

-Une assassine… Grogna Davestyne entre ses dents.

-Maman c’est maman. Ca c’est pas maman.

-… Altey, retiens ceci : Davestyne est maman. »

La fillette se figea, stupéfaite, comme pour assimiler l’information. Puis elle posa sa tête contre le genou de Davestyne.

« Maman.

-Un traumatisme aussi ? Jeta Sarasin. A retenir.

-Non… C’est un reflexe acquis. Elle est… Programmée ? Je dois me faire des idées, c’est un traumatisme. »

Le soleil se coucha à l’horizon. Sarasin s’enfouit sous la couette. Davestyne se posa contre son épaule. Comme si Altey maîtrisait son cycle de sommeil, elle s’endormit aussitôt.

« Sarasin, j’ai soif…

-Quoi ? T’en as déjà eu ce matin.

-J’en ai pas pris beaucoup…

-D’accord, vas-y. »

Elle planta ses crocs dans la jugulaire de Sarasin. Altey s’éveilla aussitôt.

« Que maman fait à papa ?

-Maman fait un bisou à papa ! répondit Sarasin aussitôt, comme s’il l’avait anticipé. Dors ! »

Altey se rendormit immédiatement.

« Jolie reflexe. Tu réfléchis vraiment à une vitesse incomparable, ca tient du génie.

-Merci… Tu as aussi tes qualités.

-Je suis intelligente, pas géniale. »

Elle l’embrassa. Sarasin fut comme transporter par ce baiser ensanglanté, puis ils s‘endormirent.

 

Le lendemain, Sarasin et Davestyne se rendirent à la taverne en se faisant connaître comme mercenaire. Comme l’incrédulité régnait, Sarasin organisa une série de combat avec pari qu’il remporta sans mal et d’où il tira un avantageux profil. Puis la journée passa, et aucune demande ne leur fut adressée. Le soir venu, Altey descendit les rejoindre.

« Eh, on perd toute crédibilité avec toi ! Faut que tu restes en haut !

-Papa me manque. »

Sarasin soupira. Il jeta un regard empli de haine aux curieux pour assoir sa réputation de tueur professionnel, puis prit la fillette pour la mettre sur ses genoux. Visiblement, elle adorait cette position. Altey prit un poignard qui trainait sur la table et traça des lettres contre la table sans pour autant la graver.

« Qu’est-ce que t’écris ?

-Dicton. Combat.

-Super clair… »

Il la laissa jouait avec l’arme.

« Papa.

-Quoi ? »

Elle regarda fixement la lame.

« Je veux me battre. »

Sarasin ne put retenir un fou rire.

« Toi ? Te battre ! La bonne blague ! Tu sais à peine parler et tu prétends te battre !

-Ne la remets pas en cause pour autant, répliqua Davestyne. Le combat est instinctif, pas le langage. »

Sarasin posa la fillette sur les genoux de Davestyne et se plaça en face d’elle.

« Tu sais faire un bras de fer ? »

Elle hocha la tête et se mit en position. Sarasin lui prit la main et la laissa commencer. La force d’Altey était misérable, et Sarasin remporta la victoire avec délicatesse.

« Bien, tu ne te battras pas. »

Altey regarda dans la vague.

« Autiste, va. »

Un groupe de personne accosta Davestyne.

« C’est toi la mercenaire ?

-J’en suis une, le chef c’est lui. »

Elle désigna son partenaire. Le groupe pouffa de rire. Sarasin se remit en position de bras de fer. Un homme d’une certaine carrure se plaça en face de lui.

« Ok, je relève le défi. »

Il ouvrit les hostilités en mettant toutes ses forces et en repoussant peu à peu Sarasin à la limite de la défaite. Alors que la main de ce dernier allait frôler la table, il lança :

« C’est tout ce que tu sais faire ? »

Il renversa la situation en une fraction de seconde et remporta la victoire. L’homme hurla et vérifia que son bras n’était pas cassé.

« Convaincu ?

-Et la gamine ?

-Compliqué, on la garde, on sait pas quoi en faire. L’orphelinat, j’le sens pas trop, elle est autiste. »

Son interlocuteur se découvrit le visage, s’était un homme barbu et mince, pourtant musclé. Il désigna son épée dans son dos, puis ses trois équipiers.

« Voyez, on est des guerriers, mais un peu d’aide n’est pas de refus, vous imaginez le danger. Vous vous sentez de relever un défi où vous pouvez y laisser la peau ?

-Deux guerriers dont un ‘Fantassin’ et un ‘Escrimeur’, un mage, et une… Euh ?

-Je suis une druide.

-Une druide ? C’est pas plutôt druidesse ?

-Oui mais ça sonne faux.

-Druide, la vache c’est hyper rare ! Bon sinon on est des assassins nous. »

Il tapa sur son buste.

« J’ai tué le maître de la guilde du Cercle de Sang, ainsi que la meilleure des assassine qui s’y trouvé, une machine à tuer. Bon je dis assassins, mais en fait pas vraiment… Et Davestyne ,c’est une élite de là-bas.

-Et la gamine ?

-Altey, c’est une, je cite, ‘Esclave sexuelle n’ayant encore jamais servie’. 10 ans, on l’a trouvé dans un camp d’esclave un peu plus loin. Autiste, elle nous prend pour ses parents, voila. »

La druide reprit.

« Dans une vieille langue, Altey signifie le regard du loup. Al, le regard ou l’œil, et Tey, c’est le loup. D’ailleurs, Sarasin…

-Au début, je m’appelais Erasin. Er, celui qui subit, et Asin, le destin.

-Sar, celui qui tue…

-Ouaip, je suis celui qui tue le destin. »

Il s’étira, Altey se blottit contre lui.

« Altey, retiens ceci : Ces quatre personnes sont désormais nos amis. »

Elle se figea un instant, puis acquiesça. Sarasin lui ébouriffa les cheveux.

« On se met en route. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En quête

 

Sarasin était sur le toit de la calèche. Il contemplait le paysage. Dedans, Davestyne somnolait contre la fenêtre et le reste du groupe patientait. Assise à même le sol, Altey attendait, parfaitement immobile.

« Bon, lança le chef du groupe, je vais vous expliquer votre mission. Nous allons dans une forteresse. Davestyne et Sarasin… Davestyne ,vous dormez ?

-Hum… Nan…

-Ben voyons. »

Sarasin entra avec fluidité dans la calèche.

« Raconte.

-Bon, nous allons infiltrer la zone discrètement.

-Avec ton armure ?

-Vous nous ouvrirez la voie, vous tuerez les gardes, vous nous renseignerez… Enfin voila. En comptant sur l’effet de surprise, on devrait pouvoir tuer nos cibles.

-C’est qui ?

-Ils sont trois. Ce sont des chevaliers du mal, si tu veux. Esist, Celes, Aodal.

-Esist, la croisade irrévocable. Celes, la mort sanguinaire. Aodal, la fin du bien. Ca promet.

-Ce sont de grands guerriers malfaisants, nous devons les éliminer.

-En gros vous êtes des héros des petits bleds pleins de désirs de faire le bien.

-Un problème avec ça ?

-L’enfer est pavé de bonnes intentions.

-T’es payé, t’obéis. »

Sarasin soupira en signe de reddition. La calèche s’arrêta.

« Je ne vais pas plus loin. Vous êtes arrivés. »

Ils descendirent. Davestyne fit des étirements pour se remettre en forme. Sarasin confia Altey au groupe.

« Suivez-nous comme nos ombres. Si on se fait repéré par votre faute, on mettra les voiles.

-Quoi ?

-Je joue ma vie pour vous, j’la sacrifierais pas. »

Il grimpa sur les remparts, sautant de pierre en pierre. En haut, il poignarda un garde. Il autre le vit, il ouvrit la bouche pour hurler, mais Davestyne le décapita à temps. Ils se laissèrent tomber en bas et tuèrent d’autres ennemis. Ils enchainèrent les assassinats avec une discrétion impressionnante. La troupe derrière la suivit sans problème en marchant sur les cadavres. Puis, ils firent face à un groupe de 6 gardes.

« Impossible de les supprimer discrètement. Lança Sarasin.

-Hum… J’ai une idée.

-Raconte. »

 

Davestyne et Sarasin s’approchèrent du groupe comme s’ils étaient chez eux.

« On a un problème ici… Y’a une taupe. Balança Sarasin d’un air hautain.

-Quoi ? Qui ? »

Il en désigna un.

« Lui. »

Les autres gardes dégainèrent, mais Davestyne leur fit signe de la laisser faire. Elle s’approcha de lui, ouvrit un bouton sur son décolleté et dit d’une voix langoureuse :

« Salut, beau gars… Alors, dis-nous qui t’a envoyé ?

-Je… Je… Je ne vois pas de quoi vous parlez… »

Un des gardes disparut.

« Voyons… Relança Davestyne en exhibant sa poitrine, dis-nous juste pourquoi tu es là… Je te laisserais toucher… »

Un autre garde disparut dans un reflet de métal.

« Mais… Mais… Fit le garde, je ne suis pas celui que vous croyez… »

Davestyne lui susurra avec douceur à l’oreille :

« Je sais… Plaide juste coupable, que je t’ai pour moi toute seule… Toi aussi tu m’auras… »

A nouveau, un garde disparut sans un bruit.

« Je… Je me rend, fut l’accusé. Je vous suis.

-Bien… »

Elle partit, et le dit coupable le suivit comme un chien court après son maître. Les gardes restants reprirent leurs esprits :

« Euh… Où sont les autres ? »

Sarasin apparut entre eux.

« En enfer ! »

Il les poignarda en plein cœur. Davestyne revint tâchée de sang.

« Obstacle passé. C’est pas l’élite ici. »

Ils firent signe à la troupe d’approcher.

 

Ils continuèrent ainsi un moment. Trop souvent, tout ce produisait trop vite pour que les gardes réalisent qu’ils venaient de mourir. Même les employeurs des assassins ne parvenaient pas à les suivre du regard. Mais maintenant, ils faisaient face à un nouveau problème. La citadelle de leur cible étaient séparée par des douves très profondes, impossible de les traverser, ou du moins de remonter une fois de l’autre coté. La seule passerelle était gardée par une dizaine de soldat d’élite. Sarasin s’assit, détendu, et réfléchit. Après un court moment, il se leva et dit à la troupe.

« Vous, allez vous mettre en embuscade et attendez mon signal. »

Ils allèrent se placer.

« Davestyne… Mords-moi.

-Pardon ?

-Fais ce que je te dis. »

Il dissimula ses armes et retira sa tunique de combat, puis se décoiffa. On aurait dit un enfant perdu maintenant.

« Aller ! »

Les yeux de Davestyne devinrent rouges. Elle mordit Sarasin à la carotide.

« Ne me lâche pas avant que je te le dise ! »

Il se mit à hurler comme un cochon qu’on égorge. Cette voix de jeune garçon en détresse attira immédiatement les gardes d’élite. Trois restèrent garder la passerelle, deux aller voir quel était ce raffut.

 

Lorsque les gardes arrivèrent, ils virent un jeune enfant torse nu et couvert de son propre sang, afficha une grimace de douleur à retourner l’estomac du pire des meurtriers. Et ce vampire, les lèvres couvertes de sang et les yeux écarlates, mordant cette enfant sans défense à la carotide. Ils chargèrent.

« Davestyne, fuis ! »

Le vampire disparut dans les ténèbres. Sarasin se roula à terre de douleur en pleurant comme un gamin.

« Comment es-tu entré là ? Demandèrent les gardes en premier lieu.

-Ma… Ma maman… Elle travaillait ici… Elle est morte ! Bouhouhou ! »

Il dut se concentrer pour se pas exploser de rire.

« Il faut en informer les autres ! »

Davestyne apparut soudain devant eux et enfonça ses deux dagues dans le cœur et le foie de celui de droite. Puis elle lui brisa la nuque.

« Enfoi… »

Sarasin se releva derrière lui.

« Vous avez échoué. Merci de mourir. »

Il planta ses dagues dans la nuque et le crâne du deuxième. C’en était fini.

« Et maintenant ? Demanda Davestyne. Ils vont se demander pourquoi les coéquipiers ne reviennent pas.

-Mais ils vont revenir.

-Tu fais de la nécromancie ?

-Non, je suis un assassin. Capito ?

-Pas du tout.

-Je suis juste un peu trop petit. Mais toi, t’es assez grande.

-… Quoi ?

-Bon, met une de leur armure !

-Ben dis-le tout de suite. Je peux me faire passer pour l’un d’entre eux un court instant. Mais dès qu’ils verront que je n’ai ni sa voix, ni ses manies, ni son style de démarche ou de combat, ils me démasqueront.

-Ca devrait suffire. Quand tu iras à eux, répond juste par des signes de tête ou de main. Dès que tu es à leur niveau, attaques-en un, je m’occuperais d’un autre. Et là, on lance l’assaut. Au mieux, c’est du six contre un, au pire, c’est deux estropiés et un indemne comme six. »

Davestyne acquiesça et mit l’armure. Elle cacha ses longs cheveux dans le casque et ses dagues dans sa ceinture. Elle prit l’épée de la dépouille et retourna vers le groupe. Dès qu’ils la virent, ils demandèrent :

« On a entendu des cris, c’était quoi ? »

Davestyne haussa les épaules.

« Où est l’autre qui était avec toi ? »

Davestyne baissa la tête, et fit un signe négatif. Celui qui parlait s’approcha d’elle avec colère et la saisit par les épaules.

« Comment il est mort ?! Répond !

-En un instant. Comme toi. »

D’un mouvement ascendant, elle enfonça sa dague dans la gorge du garde. Les deux autres dégainèrent d’un mouvement brusque. Trop brusque. Sarasin saisit la main qui venait de dégainer et la désarma sans peine. Encore sous la surprise, le sans défense fut décapité sans mal. Désormais seul, le dernier jeta ses armes et se mit à genou en signe de reddition. Sarasin s’approcha de lui.

« Pas de prisonnier.

-Tu permets ? »

Davestyne retint son bras.

« Quoi ?

-Il semble assez fort. Ca devrait aller.

-Pour ? »

Elle le saisit par les épaules et le mordit à la jugulaire. Elle but sans ménagement tout le sang qu’elle put jusqu’à ce qu’il s’effondre sinistrement, sans vie.

« Bon les autres, on se ramène s’il vous plait. »

Les embusqués sortirent, ébahit par l’efficacité des assassins, à l’exception d’Altey, qui restait de marbre comme à son habitude. Soudain, la herse de la citadelle se leva et une voix retentit.

« Quoi ? Il y en a encore ?

-Des moucherons de plus. »

La herse se leva et trois silhouettes en sortir. Trois guerriers. Le premier avait une énorme hache, Aodal. Le deuxième une épée à deux mains équilibrée, Celes. Et le dernier avait une épée et un bouclier, Esist. Sarasin et Davestyne bondirent en arrière pour disparaitre dans les ténèbres. Les combattants chargèrent. Aodal tua un guerrier d’un coup de hache surpuissant, brisant son épée et son armure. Celes tua le deuxième en lui transperçant la gorge avec une immense précision. Lorsque le druide riposta, Esist bloqua le sort de son bouclier et heurta violement son adversaire avec, pour enfin l’achever. La mage s’affola.

« Eh les mercenaires… Faudrait voir à me sauver la peau… »

Sarasin bondit derrière Aodal. Aussitôt celui-ci fit une attaque tourbillonnante pour le repousser, et utilisa la force de centrifuge pour se jeter sur lui. Sarasin manqua de se faire tuer. Davestyne intervint en lança une embuscade rapide sur Esist. Il la bloqua avec son bouclier tout en l’assommant, et la rejeta vers Celes, qui l’attendait fermement. Il élança son épée avec force. Au dernier moment, Sarasin déchira la nuit pour sauver Davestyne d’extrême justesse, mais il prit néanmoins le coup dans les cotes. Il était désormais gravement blessé, avec une hémorragie grave et trois adversaires bien supérieurs à son niveau. A cet instant, la mage venait d’être exécuté. Sans pouvoir fuir, les assassins se demandaient comment se sortir de ce cauchemar.

« Pa… Pa… »

Altey sortit de derrière son arbre.

« Papa… ?

-Dégage ! Fuis ! Merde !

-Papa va mal ?

-Papa va mourir ! Fuis !!

-Pa… Pa…

-Casse-toi !

-Pa… Pa… »

Aodal s’approcha d’elle, menaçant.

« Fuis, Altey ! Je t’en supplie !

-Papa. »

Aodal soupira devant son adversaire pitoyable. Il leva sa hache au dessus de sa tête et se prépara à frapper.

« Papa.

-Altey ! Non ! »

Sarasin était au supplice. Il allait voir ce qu’il considérait comme sa propre fille se faire éviscérer sous ses yeux sans pouvoir intervenir. Aodal frappa. A ce moment, Altey se pencha en arrière et esquiva d’un cheveu.

« Quoi ?! »

Altey bondit en arrière avec encore plus d’agilité que Sarasin. Elle arracha sa chemise qui l’empêcher de se mouvoir correctement et s’assit. Elle fit appel à ses douloureux souvenirs. Son entrainement, ce qu’elle avait apprit. Elle se releva et avança. Aodal chargea. Altey esquiva la grande hache et grimpa sur les épaules de son adversaire. Elle frappa avec une force surhumaine l’armure qui se fissura sous la puissance de sa main nue. AOdal tenta de la tua d’un grand de hache, mais il était difficile de l’atteindre. Altey frappa de nouveau, si fort que l’armure vola en éclat. Les deux autres combattants rirent aux éclats.

« Et ben ? Pas foutu de gérer une petite fille ?

-La ferme ! »

Altey frappa une dernière fois, il n’y avait plus d’armure, laissa la chair à nue. Elle se concentra un court instant et plongea impitoyablement sa main dans la chair de son ennemi et lui arracha la colonne vertébrale. Il tressaillit, puis s’effondra. Celes chargea.

« Tu vas me le payer ! »

Altey, toujours avec un calme impensable sur le visage, prit lentement la hache gigantesque pour elle. Celes se rapprochait, brandissant son épée. Sarasin comprit qu’Aodal était le plus faible d’entre eux, mais ne comprenait toujours pas comment Altey pouvait avoir tant de force. Le guerrier était au niveau de la fille. Il abattit son épée. Dans un reflexe surhumain, Altey fit un tourbillon sur elle-même en esquiva d’extrême justesse l’épée. Elle n’eut qu’à relevé la hache, la force de centrifuge additionnée à la force de la vitesse de la charge fit le travaille pour elle, Celes fut décapité. Elle prit la hache dans une main, l’épée dans l’autre. Ces deux armes étaient plus que démesurées pour elle. Avec un calme mortel et un regard si froid qu’il tuera sur place, elle s’approcha d’Esist. Elle tremblait, comme un frissonnement de rage et de fureur. Son traumatisme lui faisait endurer le martyr, mais elle ne montrait toujours aucune expression dans ses yeux à moitié caché derrière ses cheveux blonds. Esist se prépara à contenir une attaque, le temps n’était plus à l’orgueil. Sarasin, à terre, regardait Altey, ébahit. Elle chargea, tenant ses armes à bout de bras sans problème. Elle bondit. Esist se protégea derrière son bouclier tout en tenta d’empaler Altey. Elle fut transpercée au niveau des cotes, elle ne réagit pas. Elle frappa de toutes ses forces le bouclier d’un coup de hache, il vola en éclat. Avant même que les bouts de métal puissent s’incruster dans le visage d’Esist tant ils allaient vite, elle le frappa directement au visage. Sa tête explosa, recouvrant le sol de cervelle et de sang. C’était fini. Comme si elel était entrainée à faire ça, elle récita :

« La dernière survivante traque sa proie dans la nuit… »

Elle lâcha ses armes et se tint aussi droit qu’elle put.

« L’aube se lève, seule Altey est debout. Inondée de sang… »

C’était vrai.

« Ses cheveux volent au vent de la victoire. »

Tout était vrai.

« Papa. »

Elle s’approcha de Sarasin.

« Tu es… Terrifiante.

-Papa… A peur ? Désolée. Altey est désolée ! Altey demande pardon !

-Non ne t’excuses pas, tu es géniale. Papa t’aime beaucoup. »

Altey le serra dans ses bras. Davestyne avait repris conscience. Elle se remit debout et évalua ses blessures. A part une grosse bosse, elle n’avait rien. Elle ne pouvait pas en dire autant pour les autres, ses employeurs étaient morts, Sarasin était gravement blessé et Altey s’était faite transpercée, même si elle ne montrait aucun signe de douleur. Visiblement, seule l’affliction pouvait l’atteindre, mais une hémorragie ne s’arrête pas avec de la volonté. Elle mit Sarasin sur ses épaules et prit Altey sous le bras. Pour une fois, l’adulte allait sauver les enfants. Pour une fois, les choses se passaient normalement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La vengeance du cœur brisé

 

Depuis les exploits d’Altey, Davestyne n’osait plus l’approcher. Bien qu’elle sache pertinemment qu’Altey était inoffensive, savoir qu’Altey était une Célistyne miniature la terrifiait. Sarasin, lui, ne semblait pas apeuré. Au contraire, ça le rapprochait d’Altey. Déjà, elle était montée en flèche dans son estime. Elle n’est pas qu’une autiste incapable d’être comprise, c’est une grande combattante et une martyre. Le procédé pour créer une machine à tuer était simplement inhumain. Sarasin voulait être un père pour cette fille qui pourrait être sa sœur. Il voulait lui donner l’amour dont on l’avait privé depuis sa naissance.

« Altey ! Hurla Davestyne, lâche ça ! »

Elle lui arracha le poignard qu’elle venait de ramasser.

« Pas d’armes !

-Pardon maman… »

Elle se blottit contre Sarasin.

« Déstresse, Dav’ !

-Elle est dangereuse ! C’est une…

-Une pauvre enfant entrainée à tuer dès son plus jeune âge. Une martyre !

-Une tueuse assoiffée de sang !

-Assoiffée de sang ? Eh, elle mord pas, elle ! »

Davestyne se crispa.

« C’est pas le moment de faire la chasse aux préjugés, elle est un réel danger pour ceux qui l’entourent. Ais la maturité de ne pas le nier !

-Meuh non, elle m’a juste défendu. »

L’assassine soupira et retourna bouder. Sarasin donna un morceau de bois taillé à Altey pour la distraire. Elle le tenait comme un crayon et dessina un nuage dans les plis de la couverture du lit.

« Ca, c’est dangereux ? »

Il n’eut pas de réponse. Quelqu’un toqua à la porte. Sarasin lança :

« Qui c’est ?

-Aghof, j’ai à vous parler.

-Aghof ? Sérieux ? »

Il ouvrit la porte.

« Comment avez-v… »

Le garde du corps brandit une hache à double tranchant vers lui, manquant de le tuer.

« M… Mais t’es dingue ! »

Davestyne bondit sur ses pieds.

« Qu’est-ce que c’est que ce chantier ? »

Altey commença à dessiner une poule avec son bâton.

 

Aghof para une riposte et retenta un assaut.

« Qu’est-ce que tu me veux ?!

-J’ai ordre de rapporter ta tête à Khydal.

-Khy… Dal ? Elle est vivante ?

-Oui, bien que tu l’ais abandonné.

-Kôa ?!? »

S’empourprant dans la rage, Sarasin s’injecta une dose d’adrénaline et monta à l’assaut :

« Allez, crache-moi c’que t’as dans les tripes ! »

Le combat continua. Dehors, le soleil mourrait à l’horizon. Davestyne se joignit à la bataille et planta Aghof dans le dos. Il tomba à genou.

« Dis-moi tout ce que tu sais ! Ordonna Sarasin en le menaçant de mort.

-Je vois que je ne suis pas de taille.

-Tu n’es qu’un valet pro-courbette.

-Je laisse faire les experts. Considère que tu ne respires plus. Tu connaitras le désespoir. »

Le soleil s’était couché et la lune illuminait la nuit. Aghof commença à trembler.

« Hum ? »

Il semblait habitué et parfaitement conscient. Il se remit debout, revitalisé. Il dégagea une fumée opaque.

« Tu cherches à te cacher ? »

Il entendit la hache tomber sur le sol. Soudain, d’immenses griffes tranchantes comme des épées manquèrent de le tuer. De grands crocs tentèrent de le broyer. Désormais sa fourrure déployé, Aghof renversa la situation.

« Un… Un… Un loup-garou ?! »

Aghof poussa un hurlement féroce, toussa, et déclara d’une voix déformée mais compréhensible.

« Désormais, vous ne pouvez plus gagner.

-Il faut cacher la lune ! »

Aghof défonça le mur de l’auberge. Altey n’avait pas bougé.

« Altey, à l’aide !

-Je dois sortir les poubelles ?

-Non ! Bats-toi ! »

Elle pencha la tête, ne comprenant manifestement pas. Sarasin esquiva un coup de griffe, une morsure, continuant l’esquive. Il ne trouvait pas d’angle d’attaque, il manquait d’allonge et son adversaire ne pouvait pas être désarmé, ou même paré. Aghof renifla, puis se baissa, évitant le coup mortel de Davestyne.

« Je vous sens. »

Il se retourna et attaqua Davestyne. Elle fut tranchée au niveau du ventre. C’était superficiel et c’était à peine si elle saignait, mais elle venait tout de même de prendre son adversaire par surprise alors qu’il était concentré sur Sarasin. Ses reflexes étaient surhumains. Sarasin se concentra, surtout ne pas laisser la colère l’envahir. Si c’était bon pour un guerrier, ça ne pouvait que desservir un assassin.

« Sarasin, meurs ! »

Il se prépara à esquiver. Au premier coup d’épée, il dévia les griffes in extremis. Deuxième coup de contrer, Aghof a frôlé son torse. L’enfant se fit une poussée d’adrénaline. Davestyne frappa Aghof au bras et enfonça sa lame dans l’artère. Le sang coula à flot. Sarasin doubla sa vitesse de frappe et para les coups de l’homme-bête et le frappa au cou. Il se désengagea avant d’être mordu. Aghof poussa un cri bestial. Il repoussa violement Davestyne et lui brisa plusieurs côtes. Il esquiva l’attaque de Sarasin et lui mutila le dos, à défaut de le tuer sur le coup. Sarasin tomba à terre.

« C’est fini. Sarasin, pour avoir abandonné Khydal pour une autre femme, je te condamne par la présente à mort. Le verdict est irrévocable… Misérable incapable. Tu as défié l’amour sans penser à l’inévitable. Tu as trahit Khydal, la seule femme qui n’a jamais perdu foi en toi. Tu n’auras aucune pitié, tu seras l’exemple des jeunes fougueux qui brise des cœurs par orgueil.

-Je ne l’ai pas… Abandonné… Je la croyais morte… Me met pas dans le même sac que les autres dépravés. »

Aghof abaissa son bras avec l’intention de prendre la vie. La griffe s’arrêta à quelques centimètres de Sarasin.

« T’es méchant avec papa. »

C’était Altey, qui s’était visiblement décidé à sauver son sauveur. Elle repoussa l’imposant homme-bête de son frêle bras chétif. Puis elle ramassa la hache à deux mains d’Aghof. Toujours aussi impassible, elle le chargea. Le loup-garou grogna :

« Dégage, minable ! »

Il la frappa de ses griffes. Altey se lança dans une rotation, parant les griffes tout en frappa l’ennemi au niveau des cotes. La hache s’enfonça profondément dans la chair, jusqu’à atteindre les poumons de l’impressionnante carcasse qu’était Aghof. Il suffoqua, condamné par la blessure mortelle.

« Sale gamine…

-Vieux con ! »

Sarasin apparut derrière lui en lui tranchant la gorge, genre presque décapité. Aghof fut éventré comme un animal par Altey, une machine à tuer n’est jamais trop prudente. Comme on lui avait appris, elle explosa la boîte crânienne de l’homme-bête, rien de mieux pour s’assurer de la mort d’un adversaire. Aghof était vaincu, mort, inerte sur le sol dans une flaque écarlate. Sarasin s’effondra sur son postérieur, exténué.

« Khydal… »

Davestyne rampa jusqu’à lui et posa sa tête sur ses genoux.

« N’y pense plus. Elle a voulut te tuer en envoyant Aghof.

-Et maintenant, que va-t-elle devenir sans son serviteur ?! Je dois aller la chercher.

-Mais… Tu… Enfin… Et puis merde, fais comme tu veux. Tu sais même pas où elle est. »

Sarasin soupira en se rappelant de ce détail.

« Primo, on récupère. Aghof était un loup-garou. Tu parles d’une surprise. Secundo, on chercher Khydal.

-Quelque chose me dit que c’est elle qui viendra, répondit Davestyne. »

Altey se blottit contre Sarasin. Davestyne pensa :

« Machine à tuer… »

Mais Sarasin pensait :

« Bonne fifille. »

 

Nos héros entreprirent de trouver le plus d’informations possibles. La meilleure source était évidente : La bibliothèque.

« Pouah ! Fit Sarasin. Je déteste lire.

-C’est primordial pour un assassin.

-Je sais. »

Il prit un livre intitulé ‘L’origine des loups-garous’. Il le lut en un temps record. En moins de deux heures, les 500 pages du livre avait été lu. Davestyne, elle, avait lu les livres ‘Les hommes-bêtes’, ‘L’alchimie des chimères’ et ‘Objectif worgen’ en ce même laps de temps. Ses yeux bleus étincelants, rares dans ce pays, lisaient à toute vitesse.

« Aghof était un loup-garou courant. Reste à savoir s’il a lui-même fait la formule de transformation ou si c’est un autre.

-Ca change quoi ? Fit Sarasin.

-Si c’est un alchimiste, il est envisageable que Khydal soit devenue elle aussi une loup-garou. »

Sarasin imaginé Khydal, jeune et frêle, couverte de poils disgracieux. Il frémit d’épouvante.

« Khydal ne ressemblera jamais à un chien. »

Altey, elle, regardait un livre d’image. Elle tournait les pages en ignorant les textes. Peut-être qu’elle ne savait pas lire.

« Zoli arbre. »

Sarasin lui ébouriffa les cheveux.

« Ah ! Fit Davestyne. La transformation en loup-garou est très à la mode en Ondu.

-Et ?

-On devrait commencer les recherches là-bas.

-J’vois pas pourquoi. Aghof a du se transformer il y a longtemps, il l’était peut-être avant qu’on le rencontre. De plus, il n’aura pas parcourut des milliers de bornes pour me tuer sans emporté Khydal, sur qui il veille.

-C’est pas faux. »

Elle jeta le livre ‘les loup-garou, c’est cool’. Soudain, Altey saisit le pantalon de Sarasin pour attirer son attention.

« Hum ?

-Papa. Combat. Lifre. Libre. Livre.

-Kézako ?

-Je pense qu’elle veut te montrer un bouquin, fit Davestyne avec mépris.

-Encore un dessin ? Pfff. »

Il la suivit. Elle tourna à un royan, continua tout droit, à droite, et se dirigea vers un escalier. Soudain, un bibliothécaire lui coupa la route.

« Désolé, c’est l’enfer, là. Accès restreint.

-C’est ma fille qui veut me montrer un bouquin, on va rien dérangé.

-Votre fille ?

-Qu’est-ce que je dis ? Une fille que j’ai recueilli. Mais elle m’appelle ‘papa’ tout le temps.

-Peu importe, vous ne passerez pas. »

Sarasin se déplaça furtivement derrière lui et l’assomma si vite qu’il ne vit rien.

« C’est ça. »

Il descendit les marches et glissa. Altey le retint par le poignet, et sans effort, le stoppa dans sa chute. Elle continua la première, zigzagua entre les royan, et s’arrêta devant une étagère. Elle jeta à terre les livres qui devaient valoir une fortune. Derrière se trouvaient d’autres livres. Sarasin les prit.

« Hum ? Les 10 tomes de l’assassinat ombragé ? C’est quoi ça ? »

Davestyne le rejoignit.

« T’as trouvé quoi ? »

Il lui tendit les livres. Davestyne y jeta un œil, puis le rendit.

« C’est pas ce qu’on cherche. »

Altey insista en tirant plus fort le pantalon de Sarasin.

« Je vais les livres, tes trucs. Lâche moi ou je vais finir en caleçon. »

Altey sourit, puis partit. Sarasin feuilleta les livres. Il y avait :

-1 Evasion.

-2 Riposte.

-3 Précision.

-4 Préméditation, avait écrit à la main en-dessous ‘Avantage déloyal’.

-5 Mortalité

-6 Agression.

-7 Embuscade.

-8 Assassinat.

-9 Expertisme.

-… Il manquait le 10e tome.

« C’est quoi ça ?

-Lire. Papa livre lifre. Lifre libre. »

Elle se renfrogna à force de ne pas réussi à prononcer correctement ‘Lire livre’.

« Papa va lire le livre. Pas de panique. »

Il prit le livre ‘Evasion’ et le lut calmement. C’était un genre s’apprentissage pour assassin. Il était d’abord dégouté de devoir reprendre les bases les plus évidentes, mais l’irrésistible regard d’Altey l’y força. Même s’il apprenait peu, il apprenait tout de même. Ce n’était peut-être pas vain. Il venait de finir le livre quand Davestyne revint.

« J’ai rien trouvé.

-Pareil.

-T’as pas cherché ! Je devrais t’égorger et te vider de ton sang pour me laisser faire le boulot !

-J’éduque notre fille.

-Ce n’est pas ta fille, et encore moins la mienne ! C’est une machine à tuer, ce qui fait d’elle un danger public.

-Arrête, elle nous a sauvé la vie deux fois.

-Et si un jour, elle tourne ses armes vers nous ?

-Ca n’arrivera pas, hein Altey ?

-Lidre lifre. Méchants mots, méchants ! »

Sarasin pouffa de rire.

« C’est quoi ce bouquin ?

-C’est ‘Devenir un assassin pour les nuls’.

-Et t’as besoin de lire ça ? Je me demande comment je fais pour te supporter ! »

Elle tourna le dos. Sarasin prit les livres, réassomma le bibliothécaire et partit.

 

Sarasin s’entrainait tout seul dans un champ, sous le regard septique de Davestyne. Altey, une peluche à la main, faisait la sieste à coté d’elle.

« Yah ! Yata ! Oua ta ! Aya toh dans ta gueule !

-T’es sur que c’est nécéssaire ?

-T’as dis toi-même que c’est Khydal qui viendrait à nous.

-C’est ça, viens plutôt me donner un peu de sang.

-Après l’entrainement ! Ayatatohita ! »

Il abattit un arbre. Davestyne grimaça, mais parvint à sourire. Après tout, voir un gamin s’amuser remonterait le moral de n’importe qui.

« Ayatouille ! Ma ch’ville ! Sale souche ! »

Il frappa l’arbre déraciné et se posa à coté de Davestyne. Elle plongea ses crocs dans sa gorge. Soudain, elle tentendit :

« Vampire, parasite. »

Elle regarda autour d’elle. Rien. Elle reprit sa dégustation sanglante.

« Voleuse, assassin. »

Sarasin entendit aussi, mais lui non plus ne voyait rien.

« Couguar, délurée ! »

Là, c’était vexant. Davestyne dégaina, suivit par Sarasin.

« Qui va là ? »

Bien sur, ils n’eurent pas de réponse. Ils attendirent un moment, prêt à l’assaut, puis se dirent que des gamins leur faisaient une blague.

« Démone, diablesse, da… Davestyne !! »

Le vent courba l’herbe, les assassins ne virent rien. Un mouvement rapide fit siffler l’air, Altey avait disparue. Ils l’entendirent lutté un court instant, puis elle fut rejetée à leur pieds.

« Davestyne !!! »

Khydal apparut, un regard emplit de haine, le visage crispé de fureur, les mains tremblantes de colère et dégageant une aura meurtrière.

« Khydal ! Fit Sarasin en oubliant complètement Davestyne. Mon n’amour ! Mon… »

La fillette lui donna un coup de poing d’une force monstrueuse, et l’envoya valser. Sarasin cracha une dent.

« Pas grave, fit la princesse. C’était une dent de lait.

-Khydal ? T’es dingue ? C’est moi, Sarasin !

-Tu m’as abandonné ! »

Sarasin se releva, et l’atmosphère changea.

« Comment ?! Moi, t’abandonner ?! Je t’ai cherché pend… »

Il réalisa qu’après son combat contre Célistyne, il avait présumé Khydal morte, et donc ne l’avait pas cherché.

« Je… Je te croyais morte !

-Tu m’as poignardé en plein cœur ! Mais il en faut plus pour me tuer. Désormais, mon cœur est vide d’amour et remplit de vengeance. Mais toi… Je m’en fous pour l’instant. Avant toute chose, Davestyne doit mourir ! »

Sarasin se jeta sur elle, arme en main, et usa de son talent d’assassin. Mais il ne frappait pas pour tuer, et c’était un grand désavantage. Khydal, toujours à mains nues, le frappa en plein plexus solaire et le mit au tapis, en un seul coup.

« J’ai progressé, dit-elle. Jen e suis plus une belle fleur que l’on s’efforce de protéger. Désormais, je suis une guerrière.

-Comment t’as pu progressé à ce point ?!

-J’ai eu… Un coup de pouce du destin. »

Khydal chargea Davestyne. Mais l’assassine, elle, comptait bien tuer son adversaire. Elle disparut dans l’herbe haute, contourna Khydal et l’attaquant par derrière. Mais la fille se retourna assez tôt pour parer l’attaquer et donner un violent uppercut à Davestyne.

« Je vais t’esviscéré à mains nues pour m’avoir volé Sarasin ! Sans toi, rien ne serrait arrivé !!

-Me tuer ne résoudra rien. Sarasin est tout à toi, et tu le sais. Tu n’as pas d…

-La ferme ! Mon cœur ne sera pas apaisait quand que je n’aurais pas piétiné ton cadavre ! »

Elle brisa la jambe de Davestyne, et lui déboita l’épaule quand elle riposta.

« T’es méchante avec maman. »

Altey chargea Khydal, une énorme épée dans la main. Khydal esquiva de peu, mais fut frappé par un coup de boule simple mais efficace.

« Embête pas mon papa !

-Sarasin, c’est ta fille ? Tu as… Avec Davestyne ?! »

Elle explosa en sanglot.

« Méchant Sarasin, je vais t’arracher les testicules après avori tué ta fille et ta femme !

-Mais tu réalises qu’Altey pourrait être ma sœur ?! C’est pas ma fille, je l’ai adopté ! Et j’ai rien fait avec Davestyne !

-Tu me mens ! Tu me mens toujours !

-Khydal, tu… Tu as sombré dans la folie ! »

Altey mit à terre son adversaire. Khydal se releva, mais Sarasin était aussi du combat, et il n’hésita plus à la planter. Il la manqua, mais sentit qu’il lui avait brisé plusieurs cotes.

« Sarasin ! Tu m’as fait mal ! Sarasin !!!! »

Elle hurla si fort que même Altey dû se boucher les oreilles. Khydal grandit. Oui, sa taille augmenta.

« Khydal, tu nous fais quoi ?! »

Des poils apparurent sur son visage et ses bras, et une gueule apparut.

« Non… Loup-garou ?

-Worgen ! »

Elle frappa Sarasin de ses longues griffes et lui taillada les pectoraux. Elle se tourna vers Altey qu’elle désarma et repoussa. Elle se tourna vers Davestyne.

« Crève !!

-Méchante. »

Altey chargea de nouveau, si vite que le sol se fissurait sous ses pieds. Le vent qu’elle provoquait courbait l’herbe, et son épée faisait siffler l’air. Elle frappa Khydal à l’épaule avec une force si grande qu’une onde de choc se propagea. Mais Khydal tint bon, et riposta toutes griffes dehors. Elle griffa Altey, et la mordit férocement.

« Lâche ma fille !! »

Sarasin lui planta ses deux dagues dans le dos, mais Khydal l’éjecta d’un revers de main, sans retiré les cure-dents fichés dans sa chair. Sarasin dégaina ses épées. Altey se dégagea et frappa Khydal à la tête, lui faisait une belle cicatrice à l’œil, sans réussir à lui crever. Khydal plaqua Altey à terre, et fit de même pour Sarasin.

« Je vais te tuer, fille illégitime ! Et je vais épouser Sarasin ! Je vais t’enchainer à moi jusqu’à ce que la mort nous séparé ! »

Une ombre apparut derrière.

« Pas très alléchant comme destin ! »

C’était Davestyne, malgré sa jambe cassée, elle s’était remis l’épaule en place. L’assassin égorge Khydal et des litres de sangs furent versés. Mais c’était bien trop peu pour vaincre un loup-garou. Rien que par sa corpulence, il était difficile pour un assassin, notamment armé de dagues, de frapper avec efficacité. Il restait la gorge et le visage. Et encore, l’hémorragie semblait inefficace. En parfaite machine à tuer, Altey se dégagea et repartit à l’assaut. Une machine à tuer, ce n’est pas rien. La fillette enfonça son épée dans la gorge de la bête humaine et appuya dessus de toutes ses forces. Mais l’immense mâchoire de Khydal se referma et brisa l’acier. Altey était désarmée, Sarasin était toujours paralysé, et Davestyne, entravée d’une jambe. Khydal frappa Sarasin pour l’étourdir et chargea Davestyne. Courant à quatre pattes, elle était terrifiante. L’assassine esquiva tant bien que mal. La worgen enchaina frénétiquement, et Davestyne ne put tout esquiver. D’immenses mutilations ornaient désormais son corps. Sarasin reprit ses esprits, et Altey reprit la charge.

« Meurs ! »

Sarasin saisit Davestyne à temps pour la mettre à l’abri.

« Graaaah !!!! »

Altey, l’épée brisée dans une main, la lame  dans l’autre, sauta s’agripper sur Khydal. Elle enfonça la manche et le bout de lame qui lui restait dans l’espace entre la tête et l’épaule, et elle planta la lame directement dans la gorge. Altey se coupa au passage, mais la douleur n’atteint pas une machine à tuer. Elle prit ensuite appuie sur les dagues que Sarasin avait planté avant, plongea ses mains nues dans la chair du monstre. Khydal, avec une souplesse propre aux animaux, saisit Altey dans son dos et la jeta de toutes ses forces sur un rocher. De grands craquements se firent entendre.

« Altey !!! »

Les griffes de Khydal se tournèrent vers Davestyne, évanouie. Sarasin se plaça sur la trajectoire et ne déviant tant qu’il put. Les griffes lui traversèrent la chair en l’empalant. Ses jours n’étaient pas en danger, aucune organes vitaux n’étaient touchés. Mais continuer à se battre dans cet état était impossible. Il avait perdu. Dans un ultime effort, il tourna la tête, les griffes avaient réussi à le transpercer suffisamment profond pour atteindre Davestyne. Le cœur, le foie, la colonne vertébrale, le poumon droit. Elle était condamnée, si elle n’était pas déjà morte. Khydal se tourna vers Altey.

« Fille de Sarasin. »

Ignorant l’enfant, elle se dirigea vers la machine à tuer fracassé contre la pierre. Altey n’était plus en mesure de bouger.

« Meurs ! »

Khydal posa un genou à terre, finalement vaincu par l’hémorragie.

« Non, si proche… Si… »

Elle s’effondra, et peu à peu, reprit forme humaine. Sarasin boita vers elle jusqu’à l’atteindre.

« Khydal… Pourquoi ? »

Il regarda ses blessures, Khydal allait survivre. La vitalité des loups-garous dépassait l’entendement humain. Il prit un poignard qui trainait.

« Davestyne, tu l’as… Tu l’as… »

L’assassine ne respirait plus depuis longtemps.

« Meurs ! »

Il planta le poignard à coté de Khydal.

« Je… Je n’y arrive pas… Khydal… Pourquoi je n’y arrive pas ?! »

Il chercha à se remplir de fureur, puis de sang froid, mais il ne put tourner ses armes vers son premier amour. Il boita jusqu’à Altey. Elle était encore en vie, mais elle s’était cassé tellement d’os que rien que la transporter serait un défi. Et Sarasin voulait faire une sépulture à Davestyne. Il sortit de sa besace de quoi faire du feu, et brûla le corps de Davestyne. Dans ce monde où l’après-mort est une chose certaine, la corps n’a qu’une importance minime. Mais pas question de la laisser pourrir. Il prit Altey dans ses bras de la façon la plus adaptée qui soit, et marcha vers la ville la plus proche, à deux kilomètres environ, tournant le dos au cadavre incandescent de celle qu’il chérissait.

 

Il entra dans l’hôpital, déposa délicatement Altey sur un lit et s’effondre, à bout de force.

« Une urgence ! Un médecin, vite ! Par la Lumière ! Cette pauvre fille s’est brisé tout le squelette ! Aller chercher un évêque, vite !! »

Les médecins s’agitaient autour d’eux. Sarasin murmura :

« Tiens bon, Altey. »

Il s’évanouie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le dernier objectif

 

Sarasin se réveilla dans un lit d’hôpital. Puis il se rappela.

« Infirmier !! »

Un homme vint à son chevet.

« La Lumière soit louée, vous êtes réveillé. Deux jours que vous êtes dans le coma ! »

Il lui tendit un plateau repas.

« Il faut que vous mangiez et que vous buviez !

-Après, après, comment va Altey ? La fille que j’avais amenée !

-Je… Je suis désolé. Elle… Elle… Elle a succombé à ses blessures. Je suis navré. »

Sarasin le saisit par le col.

« Morte ?! Elle est morte !?! Vous n’avez pas le droit !

-Ne vous agitez pas, vous êtes gravement blessé !

-Vous n’êtes qu’un incapable !! »

Il saisit le scalpel sur sa table de chevet et l’enfonça entièrement dans le buste de l’homme.

« Je… »

Il s’effondra. Sarasin s’effondra sur son lit, au bord des larmes. Il bascula et tomba, saisit un autre scalpel et ouvrit le torse de l’infirmier pour en extraire le premier, et répara un à un tout les organes.

« Désolé, dit-il. Je… Je dois partir. Elle… Elle doit me chercher pour… Pour me tuer… Khydal… »

Il se releva, et marcha maladroitement. Il arriva à l’accueil, et au guichet, vit Khydal demander :

« Un certain Sarasin serait-il ici ?

-Pas à ma connaissance .Mais hier, un jeune homme est venu avec uen fille mourrant dans les bras.

-c’est lui, où est-il ?

-Au bout de ce couloir. »

Elle désigna le couloir où était Sarasin. A peine l-eut-elle vue, Khydal amorça la transformation en worgen. Pendant ce court laps de temps, Sarasin se cachant dans le faux plafond.

« SARASIN !!! »

Il rampa vers la sortie. Il entendit Khydal renifler, c’était une bête maintenant. Il serait repéré à l’odeur. Il continua, mais les griffes de Khydal percèrent le plafond.

« Je sais que tu es là-haut ! Montre-toi !! »

Sarasin s’empressa de ramper vers une autre direction.

« Sarasin !! »

Il trouva une boite à outil probablement oubliée par les ouvriers qui avait bâti l’hôpital. Dedans, une tube de colle courant dans ce pays. Il connaissait ses propriétés. Il sortit son matériel pour faire du feu, le mit dans l’aération et l’incendia. Une odeur insupportable se répandit. Khydal ne pouvait plus le suivre à la trace, il s’enfuit. Désormais, Khydal le traquerait, jusqu’à la mort de l’un des deux. Et il refusait de tuer Khydal. Combien de temps allait-il survivre ?

 

Il arriva hors de la ville et passa par la rivière, il se frottait régulièrement avec de la menthe, des fougères ou autres plantes pour cacher son odeur. Mais il avait toujours l’impression que Khydal était juste derrière lui. Il ne vit pas le temps passé, et rapidement, il faisait nuit. Il était encore blessé, mais Khydal l’était aussi. La différence était qu’avec sa vitalité hors du commun, Khydal récupérait extrêmement vite, et finirait par le rattraper s’il n’effacer par les traces de son passage. Il tomba dans une carrière de souffre.

« Parfait. »

Il s’enroula dans un drap qui trainait pour se protéger du souffre et s’endormit dans un recoin de la mine. Il rêva de Davestyne. Après avoir pleuré la mort de Khydal, cette dernière lui avait prit ses derniers soutiens. Altey, il la considéré comme sa propre fille. Son regard de chiot quémandeur lui manquait. Le sommeil le gagna.

 

« Ce type dépasse tout ce qu’on avait entendu, il arrive à faire des naturellement des prouesses dont on se vanterait longtemps, il a une efficacité qu’on oserait pas demander à un assassin de légende. C’est le genre de type que tu pourrais abandonner en plein milieu du désert avec un calbut et un stylo, dans deux jours il se pointe devant ta porte avec un costard cravate, une couronne, des pièces d’or plein des poches, un sourire malsain sur la gueule et l’armé du pays à ses trousses. Le pire avec lui, c’est que quand il est pas en plein boulot, j’ai l’impression de parler à n’importe qui, au point de me sentir en famille en présence d’un type qui fait du meurtre son métier. Et dès qu’il se décide à tuer, il est rapide, discret, impitoyable et terrifiant. Le plus beau dans cette histoire, c’est que ses tarifs sont plus que bas, c’est juste un vagabond itinérant qui se trimbale une réputation à faire rougir de jalousie un roi et qui vit au jour le jour, et personne ne sait pourquoi il vit dans pas un château avec les fortunes qu’il amasse. Ce mec est un dieu ! »

Sarasin entra dans la taverne, tout le monde se tourna vers lui. Sans crainte, sans peur, avec respect et admiration. Désormais, Sarasin avait 25 ans. Cela faisait plusieurs années que Davestyne et Altey s’étaient faites assassinées par Khydal. Depuis, il avait fuit et Khydal avait perdu sa trace. Sarasin se montrait toujours prudent, il effaçait ses traces, tout ce qui restait de lui était sa réputation de tueur à gage d’élite. Il s’assit lourdement, détendu. L’aubergiste lui apporta une pinte.

« Pour son altesse, cadeau d’la maison.

-Ah ben merci patron.

-J’peux avoir un autographe ?! »

Sarasin sourit, dégaina sa dague et grava sur la pinte en bois ‘Sarasin est passé par là’.

« Et voila. Je reste encore trois jours et je reprends la route.

-Mais, pourquoi ?

-Je cherche un endroit… Spécial. Je sais qu’il est dans la région mais je trouve rien.

-On peut t’aider ?

-Nan, y’a que les bourgeois friqués qui peuvent, désolé. »

Il déposa un généreux pourboire. Soudain, un cri retentit.

« Attention ! Fuyez, le chevalier noir !! »

Des flammes apparurent derrière les fenêtres. Sarasin se leva.

« Bon, je reviens. »

Il sortit, dehors, un homme en armure noir et avec une épée entourée de flammebrûlait tout sur son passage.

« Acclamez-moi, disait-il, acclamez le chevalier noire, votre nouveau seigneur ! Quiconque résiste sera tué ! »

Sarasin retourna dans la taverne, puis ressortit par la fenêtre. Il rampa sur le toit, passa discrètement sur un arbre, et grimpa sur un château d’eau. Les flammes continuaient de dévoraient les bâtiments. Sarasin renversa le château d’eau en sabotant un pied, et celui-ci tomba sur la grande place, éteignant le feu et trempant le chevalier noir.

« Qui ose ?! »

Sarasin se présenta devant lui, les mains dans les poches, le dos en arrière, relaxé et calme.

« Brûle ! Brûle par mes flammes ! Je vais t’incinérer !!

-J’aime bien ton armure, avec les flammes qui en jaillissent, et tout, la classe ! Et t’as une cotte de mailles dessus, la vache ! Mais étant petit, je me suis toujours demandé… Que ce passe-t-il si je froidit avec de l’eau un bout de fer brûlant ? »

Le chevalier noire brandit son épée et luttant contre son armure qui refusait de bouger. Il pointa Sarasin de sa lame, et poussa un ultime grognement. L’assassin s’approche de lui en dandinant de la tête, avec une démarche presque ridicule. Il sortit sa dague, l’enfonça dans la gorge du cavalier, le décapita, puis rengaina. Il prit alors un bouquet de rose, retira l’épée de la main du chevalier noir pour l’y mettre, et mis une bougie sur sa gorge tranchée. Enfin, il lui remit son casque.

« Mesdames et messieurs, le chevalier sans tête. »

Il shoota dans ladite tête qui alla se noyer dans le lac. Efficacité, rapidité, destruction. Pendant que les villageois s’affairaient à redresser le château d’eau en grommelant que Sarasin aura put le tuer sans tout détruire, ce dernier alla dans un quartier bourgeois, estimant avoir fait sa bonne action du jour.

 

Il entra dans le château du comte et jeta à ses pieds l’arme du chevalier noir.

« Votre terroriste au nom aussi original que débile est mort. J’veux mes infos.

-J… Je vois… Très impressionnant. Un de mes confrères s’en est procuré une, dans une ville plus à l’Est.

-Ca ne concorde pas. »

Il sortit une carte et y plaça un nouveau point.

« Ici, ici, là et maintenant là-bas. A moins que… »

Il arracha la boussole des mains du comte.

« Elle est montée à l’envers, espèce d’abruti !

-Ma boussole !

-L’Est, c’est de l’autre coté ! Tu sais pas que le Soleil se lève à l’Est ?!

-Mais… depuis des années je…

-Quelles conneries ! »

Il reprit sa carte et corrigea le point qu’il avait marqué.

« Bon, ça colle. Je touche au but. »

Il remit la carte dans sa poche et fit un bref signe de main en guise d’adieu.

« Je suis le comte de…

-On sait, on sait. Vous avez appris à marché à 17 mois, votre frère cadet en a mit 9. Vous n’avez jamais participé à un champ de batailel car vous avez toujours trouvé le moyen de fuir, et si votre frère est mort, c’est parce que vous n’étiez pas avec lui comme vous deviez le faire, il y a maintenant 10 ans, à la bataille de Neufikam. Votre êtes bel et bien le compte de cette ville pourrie loin de tout. »

Il sortit en bousculant les gardes.

 

Il arriva dans une vallée verdoyante, mais pas trop. Aucun arbre, aucune fougère, juste de l’herbe jusqu’au nez. Une véritable savane, mais il faisait froid. Au milieu de ce champ se dressait un bâtiment étrange, il était complètement cubique, sans la moindre fenêtre, sans la moindre irrégularité. Autour de lui, l’herbe n’avait pas poussé. Peut-être parce que l’ombre empêchait la photosynthèse… Ou peut-être était-ce cette aura malsaine qui faisait frémir Sarasin ? Il s’approcha lentement en se baissant dans l’herbe pour se camoufler. Il arriva au bloc, pas de porte. Alors il attendit patiemment. Au bout de quelques dizaines de minutes, des portes incrustées dans le bâtiment s’ouvrent, laissèrent sortir deux individus et se refermèrent. Elles étaient impossible à voir à l’œil nu. Il s’en approcha, il n’y aviat véritablement aucune trace, comme si elles avaient fondu dans le mur. Il alla voir les deux personnes sorties.

« Eh !

-Hein ? »

Il mit un coup de boule meurtrier au premier, lui brisant la boîte crânienne, et saisit le deuxième pas le col.

« Comment j’entre ?

-In… Intr… »

Sarasin lui mit la main sur la bouche pour l’empêcher de parler, et lui arracha une maximolaire en guise d’avertissement.

« Fais-moi entrer ou tu vas manger tes steaks avec une paille !

-B… Bien… »

Sarasin le traina devant le bâtiment. L’homme posa sa main dessus, et un rayon la scanna. Les portes s’ouvrirent. L’assassin brisa la nuque de l’homme et jeta son cadavre sur le coté. Il entra, les portes se refermèrent. Toujours en se dissimulant, il arriva à une salle où un enfant de deux ans était enfermé. Régulièrement, c’est-à-dire une fois toutes les douze secondes, des lances, piques ou haches sortaient des murs pour le tuer, et il esquivait, ou était blessé. Mais si c’était le cas, il ne pleurait jamais. Là, Sarasin eut une vision d’horreur, des centaines d’enfants étaient ainsi enfermé. Un d’entre eux ne peut éviter une lance et fut tué sur le coup, empalé en plein cœur. On jeta vulgairement son cadavre dans une poubelle-incinérateur.

« Alors ?

-Cinq morts aujourd’hui encore.

-Grrr, sur deux cents cobayes, il n’y en a qu’un seul valable. Allez enlever d’autres enfants, des nouveau-nés, il faut de la matière première. Tuer les parents s’il le faut. »

Les désignés sortirent, armes en mains. Ils tournèrent à un couloir, un léger craquement se fit entendre. Sarasin en ressortit, dans leurs vêtements. Leurs cadavres ? Droit dans l’incinérateur. Il alla voir le chef de projet.

« J’ai un message pour le patron.

-Tu l’as devant toi !

-Non, pas toi, sous-fifre, le big boss !

-Je n’aime pas ta manière de parler au ‘big boss’ ! »

Ainsi, c’était vraiment le chef.

« A6 – Tolgy, tue-le.

-Bien. »

Le désigné s’approcha et, sans se mettre en garde et sans autre forme de procès, décocha une droite fulgurante. Sarasin l’esquiva sans mal.

« Raté.

-Quoi ? »

Sarasin dégaina et lui enfonça une dague entre les côtes. Sans se démonté, Tolgy continua de frapper avec un style bien défini : Celui de la machine à tuer. Il le décapita.

« Comment peux-tu vaincre si aisément une machine à tuer ?!

-Elle n’était pas assez entrainée, avoue-le.

-Qui es-tu ?!

-Sarasin, pour vous détruire. »

Il jeta son uniforme du camp adversaire. Il tourna sur lui-même en jetant un nombre incalculable de dague et autres armes de jet, et tua tout les scientifiques qui persécutait les enfants.

« Ah ah ! Fit le chef de projet, un challendger ! Je m’ennuyais !

-C’est là tout l’effet que ça te fait que de voir tes hommes mourir ?

-Je te souhaite la bienvenue dans l’IDLA, l’Industrie De La Mort !! A tout le monde, chargez ! »

Plusieurs machine à tuer apparurent. Sarasin prit le chef en otage.

« Dis-leur d’arrêter !

-Tu me tuerais ! On va mourir tout les deux, d’accord ?!

-T’es complètement frapadingue !

-Il y a des mesures ! Tu as beau être un assassin, tu ne peux pas tuer tout le monde ! Ce bâtiment est trop complexe, tout les autres se sont cacher ! Et les machines à tuer vont te ralentir suffisamment pour que d’autres fuient !

-J’ai prévu le coup. Tu sens cette odeur ?

-Ben oui, depuis dix minutes ça pue comme si un chat avait crevé dans la ventilation.

-Cette odeur c’est la mienne !! Le chat t’emmerde !

-Et ?

-Vous portez tous mon odeur… Et elle va vous tuer en pensant que vous êtes mes alliés. Elle rôde dans la zone… »

 

Dehors, les scientifiques de la mort courraient, à bout de souffle, en direction des montagnes. Soudain, une jeune femme leur barra la route.

« Cette odeur…

-Dégage, ma jolie, y’a pas le temps !

-Sarasin !! »

Elle poussa un hurlement de rage, et se transforma en worgen.

« Crevez tous !! »

 

« Tu entends ce bruit ? Dis Sarasin. Khydal est là. Tout ceux qui se planquent, elle va les tuer. Elle les suit à l’odeur.  Tu n’as aucune chance. Altey, tu es vengée. »

Il égorgé son otage. Aussitôt, les huit machines à tuer lui sautèrent dessus. Il esquiva tant bien que mal, mais celles-là étaient des vraies machines à tuer, entrainées, ils avaient tous 20 ans, en battre un lui semblait difficile, alors huit, impossible. Il se dirigea vers la sortie et posa sa main dessus par reflexe. Une décharge électrique lui fit comprendre que les empreintes n’étaient pas celles attendues. Une voix résonna :

« On demande un officier pour déverrouiller la porte. »

Il esquiva un coup d’une machine à tuer, qui frappa alors la porte.

« Accès restreint, on demande le chef de projet. »

Sarasin jura, il était enfermé, avec huit machines à tuer à ses trousses. Un coup surpuissant se fit sentir de l’autre coté de la porte.

« Je sais que tu es là !!

-Salut Khydal, j’t’ai manqué !

-Je vais tu trucider ! J’éviscéré, puis t’épouser, te violer, et t’enterrer !

-T’es sur d’avoir tout dit dans le bon ordre ? Timbrée. »

Un autre coup se fit sentir, mais la porte était particulièrement résistante, après tout, elle servait à arrêter les machines à tuer. Il jeta une bombe fumigène pour aveugler ses poursuivants et repartit vers le chef de projet. Il le trouva en train d’agoniser, perdant son dernier litre de sang, dans une flaque écarlate. Il le mit sur ses épaules.

« Tu viens avec moi, mon salaud. »

Il relança une bombe fumigène, mais prit un coup dans l’estomac. Il jura de rage, mais se remit debout.

« Tome de l’assassinat : évasion ! »

Il les évita, reprit son paquet et alla vers la porte. Il posa la main du chef de projet dessus.

« Code vocal ?

-Eh, vieux débris, ouvre !

-Ca ne s’ouvrira pas, sauf si je dis ‘Ouverture’. »

Les portes s’ouvrirent.

« Merci vieux con. »

Khydal fondit sur lui et se précipita à l’intérieur, cinq machines à tuer parvinrent à sortir avant que les portes se referment. Sarasin laissa le chef de projet à l’intérieur. Il entendit Khydal le déchiqueter frénétiquement.

« Bon, cinq machines à tuer en même temps, c’est jouable… »

Il s’enfuit à toute vitesse. Les vaincre, quelle blague. Il suffisait d’attendre qu’elles meurent de faim et de soif, puisque sans maitres, elles ne se nourrissent pas. La zone était rocailleuse, une vallée déserte. Il sauta des gouffres, se jeta dans l’un d’eux et attrapa une branche qui y poussait péniblement, puis se balança pour semer ses poursuivants qui s’écrasèrent en bas, sans mal mais mal parti pour le rattraper. Il souffla.

 

Une ombre le cacha le Soleil et s’arrêta devant lui.

« Sarasin !! Je t’épouserais pour te tuer !! »

Khydal l’avait suivi à l’odeur, et n’était pas plus cohérente qu’avant. Il prit la fuite, même s’il parvenait à gagner sans Khydal et Davestyne, il ne pourrait pas lui ôter la vie. Il sauta dans un canyon et se rattrapa au rebord d’une falaise. Khydal ne tomba pas dans la feinte, bien que peu agile et maladroite, ses bonds étaient titanesque et sa vitesse de course était incroyable. Sarasin se mit à réfléchir à toute vitesse, mais ne trouva pas de solution. Et pour cause, un worgen n’a pas de faille particulière. Sa vitalité à toutes épreuves faisait sa force. A moins de se planquer derrière une énigme, rien à faire. Une boule de feu géante passa dans le ciel, Sarasin n’y prêta pas attention. Khydal le rattrapa et lui écorcha violement les mollets et il tomba. Sarasin ne pouvait plus courir, plus fuir.

« Embrasse-moi !! »

Elle tenta de le mordre, et brisa la pierre.

« Un amour si grand qu’il briserait un cœur de pierre ! Wouaaa !! »

Il esquiva une autre morsure. Soudain, la boule de feu passa au-dessus de sa tête et envoya Khydal valdinguer. Une voix résonna dans sa tête.

« Fuis, je la retiens.

-Qui ? Quoi ? Pourquoi ?

-Je suis le phénix, je viens aider un homme au cœur pur

-Au cœur pur ? Ben tiens ! »

Sarasin lui envoya une image d’une femme nue.

« Ah ah ! »

Pas de réaction. Le phénix intensifia ses flammes pour repousser la worgen. Sarasin partit aussi vite que possible. La voix résonna à nouveau.

« Va tuer le Seigneur-croc !

-De quoi ? Pourquoi donc ?

-C’est le chef des worgens ! »

Sarasin ne doutait pas du Phénix, mais les worgens étant issus de l’alchimie, il était étrange qu’ils aient un chef. Et même si la voix était la même, et le timbre aussi, le ton était plus agressif, pas de beaucoup.

 

Le phénix repoussa une dernière fois Khydal en la balayant simplement avec un battement d’aile, puis il s’envola. Sarasin se jeta dans une rivière pour masquer son odeur, se frotta avec de la menthe, et se dissimula dans un coin verdoyant de la zone. Il sema sa poursuivante.

« Le Seigneur-Croc, hein ? Alors j’dois le tuer ?

-Oui ! Fit la voix. C’est lui qui a corrompu Khydal avec l’alchimie. Sa folie vient de lui ! Tu le verras, il est fou à lier !

-… Ben, d’accord. J’ai déjà tué pour moins que ça, pour rien en fait. »

Une réaction sur “Le destin d’un assassin”

  • Anonyme dit :

    Très beau site, bien écrit , avec un grand nombre de personnage, tous plus addictifs les uns que les autres. Une très belle image en page d’accueil.

    Moi qui adore les histoire d’assassins, j’ai tout de suite cliqué sur ce titre, le destin d’un assassin, et je n’est pas été déçu.

    En tout cas un grand bravo pour tout ce que vous avez fait

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