Seigneur-Croc



IX – L’Auréole Ardente
27 février 2012

Je vous jure, la légende du Seigneur-Croc devrait vraiment s’arrêter à la ‘Fureur divine ». Mais un scénario largement mieux que tous ce qui le précédait venait de naître. Imaginez un monde ou soudain, le catholicisme, l’hindouisme, le judaïsme et l’islamisme s’effondrent le même jour. Le chaos des sectes ! La guerre des religions ! Le giga-bazar ! (Pardon.) C’est dans ce dédale que ce déroule le premier volet de la saison 2.

La saison 2 sera axé sur les philosophies suivantes : (Aux amateurs de combats, n’ayez crainte, la guerre continue)
-La répression et la rédemption
-la religion
-Les sectes

Petite modification : Le scénario que je prévois est extrêment vaste. Du coup, le premier volet ne sera pas philosophique et sera peut-être un peu trop axé sur la psychologie des personnes. Même si les combats restent présents, ils ne sont pas légion. Attendez-vous donc à un début normal, et pas à une course à la destruction.

L’histoire avance à toute allure et sera bientôt fini. J’essaie juste de rajouter un peu de violence, car il est de plus en plus difficile de ne pas sombrer dans la comédie sentimentale ou le combat pur et simple.

 

Nos héros

 

                Dans le royaume d’Okeud, en plein après-midi nuageux, deux personnes étaient assis à une table. Un homme entra. Il portait une cape noire et un capuchon. Il se découvrit la tête et s’assit au bar. Il avait les cheveux mi-longs, noirs avec un léger reflet bleuté.

« Entrée fracassante ! »

Il se servit lui-même une chope en posant deux pièces d’or sur la table. En ces temps-ci, le chaos régnait depuis près d’un an. Depuis que le Seigneur-Croc avait perdu face à la Lumière, il avait dévoilé la noirceur de l’âme de la déesse. Dès lors, l’humanité avait perdu foi en elle et la structure religieuse qui avait régit le monde s’était effondrée. Les sectes se multipliaient. Souvent, la cible des adorations venait à prendre forme grâce à un rituel magique. Il était possible de créer un dieu. Souvent relativement faible, et négligeable face à la puissance de la Lumière, les membres des sectes gardaient l’espoir de former une nouvelle religion et de former un pseudo-dieu. Celui-ci tuerait alors la Lumière, affaiblie depuis son combat, pour s’emparer de la source de son pouvoir divin : L’âme de Zeus, de Poséidon et d’Athéna. Bien qu’ils ignorent l’existence de ces artefacts, il était désormais admis qu’un dieu n’était pas intouchable et qu’on pouvait lui ravir sa puissance. La guerre des religions n’avait jamais était aussi forte. Les sectes s’affrontaient sans relâche. L’homme à la cape noire lança :

« Y’a des sectes ici ?

-Bah, autant qu’ailleurs. Les jeunes avec leurs idées ridicules. Vaincre un dieu… Et les vieux ne font pas mieux : Ils exploitent les jeunes. Dans quel monde on vit ?

-C’est pas un dieu qui a crée notre société, c’est nous. Moi, je vis en me baladant de village en village. Si j’ai besoin d’argent, il me suffit de massacrer une de ces sectes. Généralement, je ne tue personnes, ils fuient tous. Avec le fric que y’a là-bas, j’ai assez pour vivre des mois. Le seul défi est leur pseudo-dieu. Quand il a une forme à peu près humaine, je dois me battre presque sérieusement. Si c’est même pas un humanoïde… Bah, trop faible. Je m’amuse bien…

-Pas trop dur ? Dit le tavernier machinalement.

-Bof, non, pas trop… Et il me reste quelques plaisirs… Comme charmer les demoiselles fascinées par la puissance… »

Il s’approcha d’une fille à une table et lui caressa les cheveux.

« J’adore leur regard adorateur qui dit ‘Êtes-vous un dieu ?’. Et toi, tu veux la réponse ?

-Pas la peine. Répondit-elle en retirant sa mèche de cheveux de la main de l’homme. Je la connais. Tu n’es pas un dieu, tu es un diablotin. Un petit merdeux du territoire divin imbu de lui-même sur lequel on marche sans s’en rendre compte.

-On m’a déjà repoussé, mais t’y vas un peu trop fort ! Tu sais qui je suis ? Je suis l’Endeuilleur ! Je suis un tueur !

-Tu veux une médaille ?

-Et si je dis oui ?

-Je t’en donne une… Et tu pourras de la mettre dans le cul ! »

Il fit apparaître une lame fantôme.

« Je commence à en avoir marre ! Regarde cette arme ! La lame fantôme ! Elle n’obéit qu’à moi ! Implore ma pitié ! »

L’homme assit à la table saisit le poignet de l’Endeuilleur avec fermeté.

« Je croyais que tu n’allais jamais jusqu’à tuer ?

-Ah je fais pas assez peur ? Ecoute…

-C’est une erreur ! Il faut tuer ! »

Il se leva et déploya d’immenses ailes flamboyant.

« Je suis Rubis, l’ange de feu !

-Le… Le fils du Seigneur-Croc ?

-Pas du tout, on t’as raconté n’importe quoi. N’écoute pas tout ce qu’on dit. »

Des armes de pugilat faites de flammes apparurent sur ses bras.

« Tu veux toujours te battre ?

-Ce sera avec joie ! »

Améthyste se leva.

« Les garçons, toujours à vouloir régler leur problème par la guerre.

-C’est quoi cette poussée de féminisme anti-homme ? T’es pas la fille la plus calme du monde tu sais. »

Elle désigna la porte.

« Si vous comptez vous battre, faites-le dehors.

-Me battre ? Répondit Rubis. Je vais l’écraser. Ce sera un massacre à sens unique. »

Il frappa de ses deux bras. L’Endeuilleur ne parvint pas à parer les deux assauts simultanés et prit un coup dans les côtes. La douleur de l’entaille alliée à la brûlure lui arracha un grand cri. Sa lame disparut et l’Endeuilleur prit le manche de son arme et le tendit devant lui. Un arc fantomatique apparut.

« Enfoiré ! »

Il décocha une rafale d’une dizaine de flèches fantômes en deux secondes. Rubis déploya ses ailes de feu et se protégea avec. L’Endeuilleur encocha une flèche plus lumineuse et plus puissante alors que Rubis faisait flamboyer ses armes de pugilat. Améthyste hurla :

« Ca suffit ! Vous êtes dans une taverne ! »

Elle gifla son frère.

« Et toi, ne va pas me dire que tu ne ressemble pas à père !

-Je ne veux pas que tu me compares à lui ! Je ne suis pas un barbare !

-Tu as une drôle de manière de le montrer ! »

Elle se tourna vers l’Endeuilleur.

« Et toi, je devrais de torturer à grand coup de plaie d’agonie ! Une petite éruption de pustules sanglants te ferait pas de mal, à toi et à ton orgueil !

-Non mais oh !

-Quelle sens de la répartie ! »

Elle prit la cruche d’eau et lui jeta à la figure, puis partit en trainant son frère par le bras.

« On s’en va ! »

 

                Rubis et Améthyste avait reprit leur route. Ils étaient dans un carrosse.

« Rubis… Ca fait longtemps qu’on n’a rien fait.

-On l’a fait y’a 4 jours ! Et aucun dîner romantique en 2 semaines.

-Pfff… Rêveur de conte de fée.

-Addict’. »

Le carrosse s’arrêta et le cochet lança :

« Monsieur, mademoiselle, un homme se tient sur la route… Il est armé.

-Quoi ? »

Rubis sortit et déploya immédiatement ses ailes en reconnaissant l’Endeuilleur.

« Range tes trucs, lança l’homme.

-Tu veux quoi ? Une revanche ?

-Non. Je ne suis pas stupide, je sais que je n’ai pas la moindre chance. Mais je voudrais te proposer quelque chose. Tu vois, le Seigneur-Croc a détruit le règne de la Lumière. Je ne dis pas que c’était à tord, mais… Ce n’était pas à faire. Le chaos des sectes se répand. Croire en quelque chose, même s’il n’existe pas, le fait exister et plus le nombre de croyants augmente, plus le pseudo-dieu devient fort. C’est pour ça que la Lumière était si puissante, tout le monde la croyait aveuglément.

-Et alors ? Tu veux que je répare les erreurs d’un parfait inconnu ?

-Non, mais je voudrais quelqu’un comme toi dans mes rangs. Je vais détruire toutes les sectes et les empêcher d’exister. J’ignore encore si je créerais une nouvelle religion, ou si je reviendrais vers la Lumière qui, après tout, nous laisser dans notre merde mais nous foutait la paix. Mais qu’importe, j’ai besoin de débarquer sur le monde avec mes gros sabots de dire ‘Je suis l’plus fort !’ comme le Seigneur-Croc le ferait. Faire une sorte de ‘Aimez-vous les uns les autres ou je vous extermine’ et mettre fin au temps des sectes. Seul, je n’y arriverais pas. J’ai besoin d’allié, et je te demande de m’aider.

-J’y gagne quoi ?

-Rien. Mais tu mettras fin à ce chaos. Un héros comme le Seigneur-Croc aurait fait…

-Je ne suis pas un héros ! »

Il fit grandir le phénix.

« Je suis Rubis, l’ange de feu, pas le Seigneur-Croc ! Ce type est mort !

-Je ne demande pas l’aide d’un mort, mais la tienne ! Je ne veux pas d’un bourrin comme lui, j’ai besoin de quelqu’un capable de réfléchir aux conséquences de ses actes ! C’est de toi dont j’ai besoin. Acceptes-tu de m’aider à rendre ce monde meilleur ?

-Ce monde meilleur…

-Acceptes-tu de m’aider à rendre ce monde moins bordélique ? »

Rubis soupira en affichant un sourire.

« Fais route avec nous, je t’aiderais. Si tu n’as nulle part où aller, je vais me recueillir sur la tombe de… D’un proche. J’imagine qu’on y trouvera des sectes là-bas aussi.

-J’accepte ces conditions. On avisera après. »

 

                « Comment le simple fait de croire en quelque chose le fait-il exister ? Demanda Rubis.

-C’est le pouvoir même de la foi. Le Seigneur-Croc devenait bien plus fort sous l’emprise de la rage, non ? Ce sentiment de fureur agi bel et bien dans le monde physique en augmentant sa puissance musculaire, la vitesse de ses réactions, altérant son jugement… Comment expliquer cela ?

-L’adrénaline, les réactions du bulbe rachidien et de l’hypothalamus…

-Non, il est vrai que la rage augmente la puissance physique de façon spectaculaire, mais elle ne fait pas d’un foudre de guerre l’égal d’un dieu. Le Berserk de du Seigneur-Croc était au-delà de l’entendement humain. Et là c’est pareil. Le Berserk est, en gros, le fait d’être investi de puissance par la rage. Le fanatisme marche de la même façon, on est tellement sûr de ses convictions qu’on déploie plus de force. L’amour aussi a ce pouvoir, comme la haine.

-Et alors ?

-Cette force qui nous envahit sous le coup d’une forte émotion, d’où vient-elle ? Personne ne le sait vraiment. Les scientifiques ne comprennent pas comment un muscle peut déployer plus de force que son maximum. On l’appelle « Energie E ». Le principe consiste à fanatiser quelqu’un pour qu’il puisse déployer cette force. Et à travers une prière, cette force « Energie E » apparait en nous par notre croyance et nous quitte pour aller alimenter le dieu prié. Je te le dit, le rendement est misérable. Avec dix adhérents qui prient une fois par jour, ils créent et maintiennent un dieu de la puissance d’un homme à peine. Mais pour la Lumière, 2 milliards d’adhérents… Dont certains qui prient plus de dix fois par jours !

-Mais dans quel but les sectes luttent ?

-Elles veulent créer un dieu capable de vaincre la Lumière, affaiblie après son combat contre le Seigneur-Croc. Secret de Polichinelle : Il s’agit d’Athéna, ayant absorbé le pouvoir de Zeus, Poséidon, et autres dieux mineurs. Si elle meurt, ce pouvoir sera relâché et le dieu créé n’aura qu’à s’en emparer pour devenir tout-puissant.

-Des esclaves obligés de prier ne seraient pas plus efficaces ?

-Une prière faite sous la menace et dénuée de conviction est vaine. Il faut des fanatiques, des croyants, des vrais. Il y a peu, j’ai anéantit une secte de près de 200 adhérents. Principe : Terrasser leur dieu. Le combat ne fut pas évident, mais pas impossible. A partir de 300 adhérents, je ne pense pas être en mesure d’arrêter une secte. Sache que certaines dépassent les milliers de fanatiques.

-Je vois…

-Les défenseurs des dieux sont souvent un peu plus forts. Point commun : Toujours une âme d’acier. Mais ça ne suffit pas.

-Tu massacres aussi les fanatiques ?

-Je tue ceux qui me barrent la route. C’est un combat, pas une extermination. La plupart fuient. Ce ne sont que des idiots qui ont fait une erreur.

-Et en quoi tu as besoin de moi ?

-Ecoute. En 50 ans, Le Seigneur-Croc a pacifié la planète à lui tout seul en faisant chuter la criminalité mondiale de trois quarts. Le terrorisme avait quasiment disparut. Et ce, au prix de la mort de quinze millions de morts qu’il a fait à lui seul. Ce type a sacrifié les mauvais pour sauvé les bons. Il n’en a épargné aucun et il est un émissaire de la paix.

-De la destruction.

-Les deux peuvent aller ensemble. Une paix imposée, mais une paix. Toi, je veux que tu m’aides à faire encore mieux… En tuant un minimum. Je ferais mieux que le Seigneur-Croc ! »

Il afficha un sourire joyeux, emporté dans son discours.

« Tous ces fanatiques, tous ces criminels, ils peuvent se racheter. Un seul homme peut détruire le monde. L’abnégation d’un homme peut le rétablir. Si sur ces quinze millions de criminels exterminés, un dixième s’était repenti, et s’était acharné à rendre le monde meilleur… Tout ne serait-il pas magnifique ? Pour être sauvée, l’humanité ne peut compter que sur elle-même. Aucun dieu ne nous sauvera, et personne ne l’a compris. Les dieux ne sont que des entités humanoïdes gavées de puissance. Le Seigneur-croc… Etait un dieu, quelque part. Il en avait au moins la puissance.

-La force ne fait pas tout. Il lui faut la sagesse.

-Sa femme l’avait. Ils auraient put régner sur le monde.

-A part en pulvérisant toute résistance, comment ils auraient put s’instaurer ? Un dieu sanglant, un dieu mauvais. Comme la Lumière. Noyer le monde dans la mort ne lui sauvera pas la vie.

-… Tu vois, j’ai vraiment besoin d’un type comme toi. »

Il jeta un coup d’œil à Améthyste, qui dormait appuyée sur le mur du carrosse.

« Elle pourra nous aider ?

-Va savoir. L’humanitaire, c’est pas son truc.

-Nous allons à Koljeizer, hein ? Par là, il y a pas mal de sectes. C’est la tombe de qui ?

-Un proche j’ai dit.

-Un ami ?

-Oui, oui. Ecoute, la vie est sacrée, ne tuons que leur dieu.

-Il faut tuer leur dieu et leur prophète. Sinon, tout sera à refaire. Tu sais… »

Il soupira.

« Je voudrais créer une religion pour remplacer les sectes. Croire en la nature. Simplement. Sans fanatismes, sans dieu particulier. Rien. Juste… Une activité reposante.

-Et si ça renforce la nature ? SI les ouragans sont plus forts, la forêt plus vivace ? Tout serait déséquilibré. Tu sais quoi ? Je crois que j’adore les athées. »

Rubis se blottit contre l’élue de son cœur et s’assoupit à son tour. L’Endeuilleur resta à réfléchir.

 

                «  Vénérer la nature… Quelle idée stupide. Il te faut une grande force pour réaliser ce que tu veux faire. Il te faut la force de ton père pour éradiquer toutes ces sectes. Et qui te soutient ? Ce minable Endeuilleur ? Améthyste ? Ils manquent de pouvoirs… Il te faut la puissance… Tu veux obtenir la puissance ? Fais-toi dieu ! Tu veux voir la puissance ? Je vais te montrer la puissance ! »

Un immense phénix de flamme couvrit le ciel, illuminant les contrées comme un second soleil. Tout les habitants s’agenouillèrent et le prièrent.

« Sire Rubis, nous nous en remettons à vous.

-Seigneur Rubis, Oiseau de Feu, béni soit votre puissance.

-Seigneur Phénix, que ta toute-puissance nous guide. »

Le phénix hurla en réponse. Un cri perçant qui dissipa les nuages. Tout les habitants sourire, le dieu les avait entendu.

« Que la chaleur de la vie vous baigne ! Et que nos ennemis brûlent ! Peuple des flammes, vous qui êtes vous mon ailes embrasée, soyez rassurés. Je vous protègerais ! »

Le phénix disparut à l’horizon.

 

                Rubis se réveilla. Améthyste se pencha sur lui.

« Rubis ?

-Quoi ?

-Tu semblais angoissé… Tu as fais un cauchemar ?

-Je… Je me rappelle pas. »

Rubis prit Améthyste dans ses bras pour tenter de se rendormir. Le carrosse buta sur une pierre et la tunique de Rubis se retroussa, laissant son nombril à l’air.

« Ce… C’est quoi ? Demanda l’Endeuilleur, sur ton nombril ?

-Un sceau. Je suis incarné par le phénix… Une longue histoire d’amour et de trahison… Sans déconner. »

Il resserra son étreinte et remit ses vêtements correctement.

« Le… Le… Le phénix ? Le phénix originel ? L’Antiquité ?

-Oui. Je ne suis pas incarné par un bête oiseau de feu, mais bel et bien par le phénix, l’unique, le flamboyant et le magnifique.

-C’est de là que viennent tes pouvoirs…

-Eh, j’ai aussi du mérite ! Je n’ai que le pouvoir du feu. La vitesse, la précision, l’armement, j’ai tout choisi. Va pas croire qu’il fait tout le taf.

-Mais le phénix… Est un être du Bien, non ?

-Hein ?

-Le sceau est bizarre. Il a un aspect… Maléfique ? C’est étrange…

-Ben il est comme… Hein ? »

 

En effet, des motifs été apparut par-dessus le sceau, modifiant son aspect.

« C’est quoi ça ?! Paniqua Rubis.

-Du calme ! Répondit sèchement Améthyste. D’après ce que je vois, il n’y a aucun danger. La prison du phénix est indemne, tu ne risques pas de brûler de l’intérieur. Ton sceau n’a pas changé, c’en est un deuxième… D’origine inconnue… »

Elle lui saisit le bras droit.

« Hum… Rien.

-Quoi ?

-Je soupçonnais le Basilic, mais non.

-Quoi, j’vais être incarné par une troisième entité ?! »

L’Endeuilleur resta sidéré.

« Je ne sais pas, avoua Améthyste. Les sceaux ne sont pas ma spécialité. »

Elle se rassit sur la banquette. Rubis se blottit contre elle. Le chemin à parcourir était encore longue.

 

 

 

En enfer

 

                Le Seigneur-Croc vida d’une traite sa pinte et la reposa lourdement. Il regarda la télévision accrochée dans un coin de la salle, où on pouvait voir son fils.

« C’est quoi ce sceau, là ? Ca sent les ennuis.

-Tu m’étonnes. Répliqua Sarasin. »

Kiérol entra et s’assit en face du Seigneur-Croc.

« Vous dormez avec votre femme, ce soir ?

-Ah, ben oui… »

Elle soupira.

« Y’en a que pour elle.

-Oh, ça c’est pas vrai !

-Bon… J’étais venu pour une raison importante… Ah, on a un problème avec l’Enfer des Ombres.

-Quoi, encore ?!

-Ben oui. Tout le monde veut venir ici, dans l’Enfer du Feu ! Et on les comprend. Pourquoi ils peuvent pas venir ?

-Primo, ceux qui sont dans l’Enfer des Ombres méritent d’y être.

-Pas plus que ceux qui sont ici.

-Cet Enfer factice ne doit accueillir qu’une seule religion. Nous avons près de 50 millions de détenus. C’est relativement peu, car cet enfer est basé sur la clémence. Mais dans l’Enfer des Ombres, le supplice est éternel. Et l’éternité, c’est long. Surtout vers la fin. J’ose même pas imaginer combien ils sont.

-On peut pas en accueillir quelques milliers ? »

Satan s’assit à la table.

« Non, on ne peut pas ! Car si nous pillons l’Enfer des Ombres, il nous attaquera, car nous prenons son carburant… Leurs souffrances. Ici, on se fatigue à faire souffrir. Là-bas, on s’enrichit à le faire. Et puis, ceux qui seront lavé de leurs péchés ici mais qui ne croit pas à la religion de la Lumière, où ils iront ? Dans le Walhalla ? Dans les champs Elysées ? Au Nirvana ou autres conneries du genre ? Non, ils iront au Paradis, notre paradis à nous ! Alors qu’ils sont destinés à leur paradis à eux !

-Ya deux enfers dont un faux et plein de paradis ?

-Non, y’a deux enfers, l’Enfer du Feu, ici, et l’Enfer des Ombres. Et y’a deux paradis : Le Paradis de lumière, un paradis factice, et le Paradis Céleste. En gros le Paradis de lumière ressemble à une ville utopique. Le Paradis Céleste est un vaste champ verdoyant où la nature est douce, avec des arc-en-ciel et autre truc du genre version poney. Là-bas, ni faim, ni soif, ni sommeil, ni fatigue, ni peur, ni douleur. Dans le Paradis de lumière si, mais c’est une utopie.

-Je vois… Bon, on va lutter contre l’Enfer des Ombres ?

-Ben pas le choix, faut pas qu’ils viennent chez nous.

-C’est vraiment trop trist,e soupira Kiérol. Ca me fait tellement badder que j’ai des envies de suicides !

-T’es d’jà morte. Bon on y va ? »

Ils allèrent dans une salle vide, longue mais pas large. Les combattants s’entassaient.

« Ils arrivent ! »

Un mur s’effondra, derrière, un gouffre.

« Y’en quoi en bas ? Demanda le Seigneur-Croc en hurlant pour couvrir le bruit assourdissant.

-Le Néant ! Répondit Satan. Où sait pas exactement si on tombe dans l’Enfer des Ombres, mais on appelle ce quoi le « Néant » !! »

Des âmes arrivèrent en tomba dans la salle depuis le mur manquant.

« Faites-les tomber ! »

Les soldats les poussèrent à l’aide de leur pavois ou les tuèrent avec leur arme, ce qui les faisait tomber en fumée qui quittait la salle. Le Seigneur-Croc brandissait son Fendium de toutes parts, écrasant les ennemis, les tuant ou les éjectant hors de la salle. Il avait à lui seul l’efficacité d’une centaine de garde. Les âmes ne pouvait rien faire, impossible de lutter contre une arme de 5 tonnes projetée à plus de 1200km/h. Alors que les gardes peinaient pour repousser chaque âme, il les anéantissait sans se fatiguer. Le combat finit, le mur réapparait.

« Bon, je rentre. »

 

 

 

 

 

 

 

La secte du Soleil rouge.

 

                Le carrosse s’arrêta dans une cité animée malgré l’heure tardive.

« Klasor, la ville qui ne dort plus. Ce qui fera 140 pièces d’or. »

Rubis paya le cochet et ils descendirent. Ils prirent la direction du cimetière. Améthyste ne put s’empêcher visiter presque chaque boutique, cherchant des souvenirs, des babioles, des choses inutiles. Ils tombèrent sur une église en ruine, laissée à l’abandon et avec peint sur ses murs ‘Mort à la Lumière’ ou ‘Lumière la traîtresse !’. visiblement, elle a été victime d’un incendie criminel et d’un squatte. Ils continuèrent leur route, regardant les ravages du chaos et de la luxure. Tout était sale, les déchets trainaient sur le sol. Les femmes étaient si peu vêtues qu’on les croirait nues, les hommes avançaient le dos courbé, cherchant une partenaire pour une nuit. Rubis avait envie de vomir. Soudain, ils passèrent devant un héraut.

« … La Lumière nous a trahi ! Et qu’avons-nous fait ? Rien ! Notre race cri vengeance ! Nous créerons un autre dieu pour la renverser ! La coupe du salut nous attend ! Nous fonderons des lieux beaux qu’on leur croirait venu du paradis ! Nous atteindront les sommets du la puissance ! Nous…

-Assez de ton venin ! Lui hurla Rubis. Ton discours n’intéresse personne ! »

Le héraut lui jeta un regard mauvais et assassin, emprunt de puissance, puis reprit son office. L’Endeuilleur dégaina et son arme prit la forme d’un arc.

« Ca suffit ! Mène-nous à ton chef ou je t’abats sur le champ ! »

Le héraut dégaina deux longues épées.

« Ah ouais ? Et tu vas faire ça tout seul ? Regarde la puissance que ma conféré le soleil rouge ! »

Il chargea et éjecta son ennemi.

« Eh Rubis, bouge-toi !

-Tu peux t’en occuper seul. Moi, je vais au cimetière. »

Améthyste lui emboita le pas.

« Solstice d’été écarlate ! »

Une pluie de feu s’abattit sur L’Endeuilleur. Il se protégea le visage avec sa cape et riposta d’une rafale faible en puissance mais forte numériquement. Le héraut para.

« Tu vas prendre des coups de soleil ! L’aube écarlate ! »

L’Endeuilleur banda son arc, mit un genou à terre en position de tir et ferma les yeux. Une flèche se matérialisa. Il récita des incantations et une aura glaciale entoura son projectile.

« Rayon de soleil ! »

Le héraut tira un rayon rouge vers l’Endeuilleur. Se dernier ouvrit les yeux au dernier moment.

« Flèche arctique ! »

La flèche partit, traversa le rayon en le déviant dans toutes les directions, et atteignit le héraut au cœur. Il tomba. L’Endeuilleur se releva.

« Il ne va pas me renseigner… Dommage. Rubis ? T’es où ? »

 

                Rubis venait d’arriver au cimetière. Il le traversa et s’arrêta face à un arbre qui masquait à moitié une tombe.

« Ici repose le Seigneur-Croc, légende. Son cœur était aussi grand que son arme.

« Ici repose Crystal, femme du Seigneur-Croc. Son altruisme dépasse l’entendement humain.

« Ici repose Emeraude, fille du Seigneur-Croc. Morte comme elle réfléchissait, beaucoup trop vite.

« Ici repose Sarasin, l’homme qui déchirait la nuit. Il a disparut pour toujours.

« Ici repose Kiérol, la 4e mort fut la dernière.

« Ici repose Aoeste Okrepin. Il avait plus de courage que de gallons

« Ici repose Øxymor, la non-mort valait le coup d’être vécu.

« Ici repose Dimention, le démoniste philanthrope.

« Ici repose le guerrier inconnu. »

Rubis s’assit devant la tombe du Seigneur-Croc.

« Salut, papa… Tu me manques. Toi aussi, maman. Je sais que vous êtes bien là où vous êtes, en enfer, avec tous les potes… Mais moi je reste seul. Heureusement qu’il reste Améthyste… Regarde-moi, papa, je vais faire mieux que toi. Je vais sortir de ton ombre et mettre fin au temps des sectes, en tuant moins. J’irais plus haut, je serais plus humain. Je serais meilleur. »

Il quitta le cimetière, rejoignit Améthyste et la prit dans ses bras.

« Ils me manquent tous…

-Moi aussi… »

Ils repartirent vers la ville. Là-bas, l’Endeuilleur se fit une joie de raconte sa victoire.

« Et après j’ai concentré une flèche, et après j’ai détruit son sort, et après…

-Il t’a dit quoi comme info ?

-Euh… Rien.

-On va trouver des infos sur cette fameuse secte du Soleil Rouge. Combien d’adhérent, depuis combien de temps ils sont là, qui sont les chefs, et on devrait pouvoir évaluer la puissance de leur dieu. Et s’il est à notre portée, on le détruit. Sinon, on l’affaiblira. Améthyste, va glaner des infos à la taverne. Moi, je vais questionner l’armé. Endeuilleur, tu penses trouver des infos où ?

-J’ai des bases en espionnage. Je vais me mêler à la foule et on verra.

-Bon, comme tu veux. On se retrouve ici lorsque le premier rayon de lune aura atteint la place de la cathédrale.

-C’est-à-dire ?

-Bof, vers huit heure, huit heure et demi. »

 

                Améthyste entra dans la première taverne qu’elle vit. Elle se fit rapidement accoster par un dragueur de bas étage, mais elle se laissa faire un peu.

« C’est à vous ses beaux yeux ?

-Hi hi, flatteur. »

Mais elle pensait « Non, c’est ceux d’une autre. Débile ! »

« La place à coté de vous est libre ?

-Je crois que oui (Et la mienne le deviendrait aussi si t’as aucune info pour moi…) »

Il s’assit.

« Je suis medium, dites-moi, vous êtes née sous quel est votre signe ?

-Capricorne… (Entrée interdite.)

-Hum… Je vois que vous allez rencontré un beau jeune homme. Ah, c’est déjà fait !

-Et il me proposera à boire ? (Dire que même des rois consultent les mediums…)

-Je vous offre quelque chose ?

-Volontiers… (Tu vas cracher du fric, toi.) Dit-elle d’un ton timide.

-Bien, que désire-tu ?

-Je sais pas trop… (Propose-moi une bonne bière !)

-Un sirop de menthe ?

-C’est d’accord… (Radin.) »

Il prit le verre de menthe et y glissa une pincé de poudre blanche. Améthyste comprit qu’il cherchait à la droguer pour la rendre plus accessible. Elle prit le verre et y trempa juste ses lèvres. C’était une sorte de drogue aphrodisiaque.

« Tu sais, fit-elle, je n’ai pas besoin de ça… »

Elle secoua ses vêtements avec un sourire malicieux.

« Tu trouve pas qu’il fait chaud ?

-S… Si… Babultia le dragueur déconcerté.

-Offre-moi quelque chose de plus fort et je ferais tout ce que tu veux… (Alors là, cours toujours.)

-Bien… Que dirais-tu d’un peu de ma poudre de perlinpinpin ?

-De la poussière d’or ? T’as rien d’autre ?

-Euh…

-J’aimerais tester de l’angéline impériale…

-Mais il faut être membre de la secte du Soleil rouge pour ça ! »

Il mit sa main devant sa bouche en réalisant qu’il en avait trop dit.

« Mais ça veut dire… Que t’en fais parti ? Donne-moi juste un échantillon de ça et je suis toute à toi… (Rêve mon gars, rêve…)

-Il faut demander à mon chef…

-Présente-le moi.

-Nan, Marc n’est pas comme ça, il t’en donnera pas. Il dira encore ‘Jamais un Kar n’a désobéit au règle pour l’amusement !’ comme à son habitude…

-Marc Kar ? (Qu’il est con, j’aime les types comme lui.) »

Le dragueur grimaça.

« Ecoute, tu pourras en avoir si tu entre dans la secte, d’accord ?

-Et par qui il faut passer ? (Aller, aboule un autre nom.) »

Il se retourna vers le tavernier.

« Va chercher Tork. »

Il y alla. Le dragueur reprit : 

« Je me présente, je suis…

-Fou amoureux ? (M’en tape de qui t’es, sous fifre.)

-Euh , oui, aussi… »

Tork arriva.

« Ouais ? Fit-il en se grattant l’oreille.

-On a de la demande. Cette demoiselle, répondant au nom de…

-Isidra.

-Isidra ? Jolie nom.

-Merci. (Crédule…)

-Je sais pas si le prophète sera d’accord.

-Il faut que j’aille le voir ? (Dites-moi où il est !)

-Je peux pas te révéler trop d’info, tu comprends ?

-Bien sûr. (Ca serait trop facile…)

-Ecoute, tu n’as qu’à porter ce ruban et te balader dans le quartier Nord de la ville. »

Il lui tendit un ruban.

« Porte le sur le bras gauche, ça signifie que tu veux être embaucher.

-Vous voulez même pas me dire son nom ?

-Non. Mais on te donne un indice, elle a une cicatrice sur l’œil gauche.

-Bon d’accord. (C’est une femme alors.)

-Aller, vas-y.

-Mais comment je peux être sur que c’est lui ?

-Il a une robe noire. »

Améthyste sortit. Un certain Marc Kar, et une femme avec une cicatrice sur l’œil gauche en robe noire dans le quartier nord. La pêche au info a été bonne.

 

                Rubis arriva à la caserne de l’armé régulière de la ville. Il entra en ignorant les gardes et s’assit sur un banc où deux soldats étaient présents.

« T’es qui, gamin ?

-Je répond au nom d’Ange de feu… »

Il fit flamboyer des mains un court instant.

« Dites-moi, les gars, vous faites quoi à part être de faction à une intersection pour la sécurité des usagers, c’est-à-dire, à part buller à un carrefour ? »

L’un d’eux explosa de rire.

« On fait pas que ça ! On est l’armée ! On traque cette satanée secte du Soleil Rouge.

-Et ça donne quoi ?

-Pas grand-chose. On sait juste que leur recruteur porte une robe noire. On sait aussi où les entretiens se déroulent. Ah, et cette personne ne porte jamais de ceinture… Je sais pas pourquoi.

-Et ça vous aide pas ?

-Non. Mais pourquoi tu me poses ces questions ?

-Mon père était dans l’armé, répondit Rubis pour changer de sujet. Il avait un chef tyrannique. Le votre est comment ?

-Il nous les brise pas mais… C’est qu’un corrompu. Sale vendu de Bherak ! Il est soudoyé pour entraver les enquêtes. Nous sommes impuissants.

-D’accord… Ben merci pour les infos.

-De rien. Même si ça tomber entre les mains de la secte du Soleil Rouge, ça changerait rien. On peut rien faire, ils sont trop nombreux.

-Nombreux hein ?… »

 

                L’Endeuilleur se mêlait à la foule avec discrétion. Il s’assit sur un banc et s’étira. Quelle chance avait-il ? Autant laisser ses alliés chercher, ils semblaient expérimenté. Il se retourna en s’étirant la nuque et aperçu un avis de recherche sur lui. Sa tête était mise à prix.

« On recherche : L’Endeuilleur »

Une description approximative et un dessin de lui était affiché. Stressé, il se leva et marcha pour paraître normal. Soudain, il entendit.

« J’ai déjà vu cette tête quelque part… »

C’était un garde. Il pressa l’allure, mais il ne fit que se démasquer d’avantage.

« Hé hé… Jolie capuche… »

Un garde lui barra le chemin.

« Montre-nous ton visage, nous devons t’interroger. »

Il rabaissa sa capuche et s’enfuit en escaladant les maisons, puis les remparts. Il regarda les gardes lui courir après et se perdre dans la foule, il leur avait échappé.

« Je te tiens ! »

Un violent coup de massue l’assomma et il tomba du chemin de ronde. Il heurta violement le sol. Le garde qui l’avait frappé se lança à sa poursuite. Prit de panique, l’Endeuilleur entra dans le premier bâtiment qu’il vit. Aussitôt, des hommes armés lui sautèrent à la gorge et le plaquèrent sur le sol.

« Que fais-tu là ?

-Je… Désolé, je fuis les… Euh…

-Les gardes ?

-Euh oui… Ne me dénoncez pas, il y a erreur sur la personne ! Mentit-il.

-Un ennemi du régime hein ? Tu es le bienvenu alors. Sais-tu où tu es ?

-Non.

-C’est une réunion de la secte du Soleil Rouge. Peut-être voudrais-tu en faire parti ? »

Un grand homme descendit les escaliers.

« Qui est-ce ?

-Il était poursuivit par les gardes, on cherche à l’engager. Y’a pas de problème hein ?

-Pas de problème ? Vous rêvez ! C’est peut-être un espion ! Tah, et la sécurité ? Imbécile ! Tu parles de la secte au premier venu ?

-Ecoute Marc, faut arrêter la parano d’accord ? On est trop puissant maintenant ! Il faut recruter massivement et nous auront gagné la bataille !

-Ferme-la, imbécile ! Pourquoi ne pas hurler nos plans sur les toits tant que tu y es ?! Je devrais te faire exécuter ! Mais celui qui mourra, ça ne sera pas toi, mais cet espion qui en sait bien trop ! »

L’Endeuilleur décocha rapidement une salve de flèche et repousser ses ennemis et s’enfuit. Il fut immédiatement repéré par les gardes.

« Hé toi ! Tu ne peux pas nous échapper ! »

Il se heurta à d’autre garde. Soudain, alors que son destin semblait scellé, une boule de feu atterrit sur lui. Elle avait la forme d’un phénix.

« Rubis ?

-La ferme, j’te sauve. »

Il décolla, faisant raisonner un grand bang sonique. Puis il prit la direction du point de rendez-vous. C’était la première fois que l’Endeuilleur volait. Il regarda avec mépris la ville sous ses pieds, et s’émerveilla de ce don sublime de voler. Le rêve de l’homme.

« Va plus haut !

-Hein ?

-Plus haut ! »

Rubis prit de l’altitude en volant à la verticale.

« Plus haut !

-Je peux pas aller si loin du sol ! »

Il commença sa descente.

« Pourquoi ?

-A cause de la pression. Les flammes qui nous entoure sont en fait une coque aussi dur que l’acier, c’est pourquoi on peut encore respirer. Mais trop haut, elle se perce et on s’asphyxie. De plus, l’air ici n’est pas infini, on ne peut pas voler longtemps.

-Mais… Je veux aller plus haut que quiconque ! Plus haut que le Seigneur-Croc !

-Tu sais que tu deviens juste chiant avec lui ? C’est ton idole là, plus ton modèle.

-C’est lui qui m’a incité à apprendre à me battre. »

Il afficha un sourire niais et admirateur.

« Je voudrais lui ressembler.

-Ben mon vieux, on vois que tu le connaissais pas. Je t’explique, depuis toujours il n’a aspiré qu’à une chose : La tranquillité, il voulait être peinard, avec sa femme et ses enfants. Mais on est toujours venu lui souffler dans les bronches. Sarasin l’assassin, l’empire Otrajyd, les morts-vivants, l’outre-chaos, le ‘Républicain’, la fin du monde et même les dieux sont venus le faire chier.

-C’est tous ces évènement qui l’ont rendu si fort.

-C’est sur, mais c’est pas un modèle. Il voulait qu’on lui foute la paix, il n’aurait jamais entrepris d’éradiqué les sectes comme tu l’as fais. C’est juste un bourrin. Il voulait… Que partout dans la ville, il voulait que y’est des combat. Il voulait des tournois, des paladins, des traqueurs, des mages, de tout. Il voulait être peinard et se battre peinard pour s’amuser. Mais il a dû conquérir un pays et on l’a casé empereur, il voulait juste donner un coup de main au peuple… Peuple qui l’a par la suite haï de toutes ses forces, l’a désigné comme tueur, massacreur inhumain. Les combattants tel que toi on vu en lui une idole et ça, ça n’a pas jouer en sa faveur. A force de parler de lui, les autres surpuissances ont remarqué que leur voisin le Seigneur-Croc avait pas mal de tunes. La guerre a repris sous l’emprise de la jalousie. Il a chaque fois gagné, mais les autres continuèrent et finirent par faire de lui la 4e puissance mondiale. Quand il a sauvé le monde, il est passé première puissance mondiale. Et là, la Lumière a tout détruit. Elle a voulut appuyer sa domination sur lui, mais on ne domine pas un berserk. Elle a envoyé les pires calamités contre lui, et a fauché ses propres fidèles dans le tas. Mais les gens croyaient trop en la Lumière pour s’en rendre compte, pour eux, c’était la faute du Seigneur-Croc. Les nouveaux combattants prétendirent qu’il était un oppresseur, qu’il tuait par plaisir, que ses mains sentaient le sang, ont brûlé son auréole, ont sali son passé. Lorsqu’enfin, la Lumière fut décrédibilisée, il avait lutté seul contre elle et y avait perdu la vie. Après l’avoir trainé dans la boue, tout le monde l’a soutenu pour l’ultime combat contre les anges. Maintenant personne ne sait quoi penser, et tout le monde est dans le faux. Les informations sont mal passées.

-T’as l’air très au courant, toi. Comment ça se fait ?

-Mon père était dans son armé.

-C’était un quoi ?

-Un général. »

 

 

Retrouvailles

 

                Satan attendait devant le téléporteur menant au paradis. Il demanda à Lucy pour la dixième fois :

« Elle arrive quand ?

-Bientôt, répondit-elle avec une patience inébranlable.

-Toujours à la traine, là-haut. »

Une femme finit par apparaître. Elle fut surement belle par le passé, mais semblait enlaidie par la solitude et le manque d’amour. Elle avait le regard vide.

« Elle était vraiment au paradis, celle-là ?

-Aucun doute possible, mais pas son chéri. Sans lui, elle a dépéri. »

Satan avança vers elle.

« T’es bien Davestyne, ma mignonne ?

-Que me voulez-vous ?

-J’ai ici quelqu’un qui aimerait surement vous voir. »

Elle ne répondit pas. Satan la mena presque de force jusqu’à destination. Il toqua à la porte.

« Sarasin ?

-Ouais ? Fit-il à travers la porte.

-T’as de la visite. Magne-toi d’ouvrir.

-Occupé, repasse dans une heure.

-Si tu n’ouvres pas, j’enfonce la porte. Sans déconner, j’le fais.

-Bon, j’arrive, j’arrive ! »

Il entrebâilla la porte sans y jeter un œil.

« Bon c’est qui ? »

La femme sembla reprendre ses couleurs.

« Sa… Sa…

-Qui le demande ?

-C’est… Moi… »

Il rangea avec vivacité les dagues sur son bureau et daigna enfin se retourner.

« Qui c’est, ‘moi’ ?

-Sarasin…

-Da… Davestyne ?! T… Toi ?! Ici ?? »

Les deux manquèrent de s’effondrer sous la surprise.

« Davestyne, voici votre cher et tendre Sarasin, anciennement plus grand combattant humain au monde ! Le Seigneur-Croc, Kiérol et Netal sont exclus de l’humanité. Sarasin, votre compagne d’arme, votre âme sœur, l’assassine qui occupe votre cœur, votre ‘Vampirounette’ d’après mes fichiers, Davestyne. »

Il les laissa.

« Davestyne… Je ne peux pas y croire…

-Sarasin ! Tu m’as tant manqué ! Mon amour ! Mon ange ! Mon… Mon p’tit chat ! Mon sagouin !

-Ben merci, ma vampirounette… »

Ils se jetèrent dans les bras l’un de l’autre et s’embrassèrent avec une passion embrasée. E

« Je t’aime.

-Je t’aime. »

 

                Le Seigneur-Croc se baladait dans les couloirs de l’enfer, sans aller quelque part en particulier. Soudain, il vit Sarasin à terre, avec une femme au-dessus de lui. Voyant qu’elle était armé, et qu’elle dominait la situation, il pensa immédiatement à une agression. Il dégaina son Fendium et chargea dans un grand hurlement de rage. Personne ne touche à son ami. Comme un fauve d’une férocité infini, Sarasin lui bloqua le chemin bloqua, para, esquiva et dévia toutes les attaques de l’empereur. Emporté dans son élan meurtrier et passionné, il trancha la gorge de son ami et le plaqua à terre. Personne ne touche à son amour.

« Sarasin j’suis v’nu t’aid…

-Ne lève plus JAMAIS une arme vers Davestyne !!! Espèce de bourrin de troisième zone ! C’est ma femme !! Si jamais tu touches un seul de tes cheveux, je t’éventre à la petite cuillère !!! »

L’empereur resta stupéfait. Il se releva, sa blessure à la gorge ne lui fera surement rien. D’autant qu’en enfer, impossible de mourir.

« Je suis désolé pour la méprise, vous êtes ?

-Amoureuse. Transportée. Enchantée.

-… J’vous demande juste vot’ nom ! »

Sarasin la prit dans ses bras.

« Cet ange qui semble tombé du ciel répond au doux nom de Davestyne.

-Et cet homme dont la carrure ferait pâlir un dieu grec porte le nom de Sarasin.

-… Bon, je me présente, je suis le Seigneur-Croc, première puissance mondiale, émissaire de la destruction, celui qui a défié la Lumière, etc. etc. Et le type que vous tenez dans vos bras comme si il allait tomber dans un gouffre se trouve être mon meilleur ami et le plus fiable de mes hommes, alors pas la peine de me le présenter, je le connais. »

Il frappa son buste de son poing pour affirmer son statut de guerrier.

« Sarasin ne m’a jamais parlé de vous.

-Elle me manquait trop… Son souvenir était douloureux…

-Sarasin, je suis ravi que tu es trouvé une compagne. J’espère que nous ferons plus ample connaissance. »

Il s’incline avec disgrâce.

« Bon, acheva-t-il en se curant l’oreille. J’ai dépassé le taux de mots compliqués que je peux dire en une journée. J’vous laisse. Saraz’, dès qu’on en aura l’occasion, on fera la méga-fête ! »

Il partit en marchant dans la flaque de son propre sang. Davestyne s’en approcha et renifla.

« Si tu veux de la qualité, tu trouveras pas mieux ailleurs.

-Près de trente ans que je n’ai pas bu de sang… Mais je n’en veux pas d’autre que le tien. »

Sarasin ouvrit son col et s’assit sur le lit. Davestyne s’approcha doucement et le mordit avec une violence maîtrisée.

« Tu peux boire plus de dix litres de sang, puisqu’il se recrée ici.

-Je t’aime… Ton sang est tellement bon, si plein de force. »

Sarasin fut comme submergé par les souvenirs. Davestyne, la vampire, l’assassine. Son âme sœur. Il se rappela de sa jeunesse. Ses combats, ses amis, sa Davestyne, son Altey. Il se redressa vivement.

« Altey !

-Qu… Quoi ?

-Altey !! Cria-t-il en saisissant Davestyne par les épaules. Elle était au paradis ? Tu l’as revu ?

-Je… Je ne l’ai pas cherché… Je suis désolée… Je n’en sais rien.

-Tu ne l’as pas cherché ?! »

Davestyne baissa le regard. Sarasin sortit furieusement de la salle.

 

                La porte explosa. Sarasin entra avec un regard enragé. Satan et le Seigneur-Croc, attablés et coupés dans leur conversation, étaient comme paralysé par la surprise.

« Satan ! Où est Altey ?!

-Calme-toi, Sarasin.

-Non ! Je veux Altey ! »

L’empereur leva la main pour prendre la parole, comme si c’était nécessaire.

« C’est qui ?

-Ma fille !

-Ta fille ? Ecoute, vieux, c’est pas ton genre de t’énerver. Assis-toi et explique le prob…

-Non ! Satan, je veux que tu m’apportes Altey !

-Je te donne Davestyne et tu viens me réclamé Altey ? T’as pas l’impression d’abuser ?

-Va te faire foutre ! »

Le Seigneur-Croc resta interdit. Son cerveau ne pouvait pas traiter l’information ‘Sarasin en colère’. C’était un paradoxe. Il avait toujours vu Sarasin joyeux et détendu, parfois apeuré, ou sérieux. Jamais en colère. Et là, il semblait furieux.

« Où est-elle ?!? »

Ces mots résonnèrent un long moment. Davestyne entra timidement dans salle.

« Euh, Sarasin…

-Quoi ?!

-Je… Euh… Rien…

-Parle ! »

L’empereur se leva.

« Bon, on réfléchit mieux au calme, tu le dis toujours. Alors…

-La ferme ! »

Sarasin dégaina ses armes. Aussitôt, comme préparé à ça depuis le début, le Seigneur-Croc fit un tour sur lui-même en dégainant et frappa de plein fouet sur le torse de Sarasin d’un coup de Fendium. L’assassin fut éjecté.

« Accroché ce fou furieux à quelque chose avant qu’il ne tue quelqu’un. Même en, enfer, il est bien fichu de trouver un moyen de le faire. »

 

                Rubis et ses équipiers se réunirent à la taverne. Seule Améthyste buvait des boissons alcoolisées. Mais elle tenait si bien l’alcool qu’un baril la laisserait sobre.

« Qu’est-ce qu’on sait ?

-Le chef du chef, Marc Kar. Et une description du recruteur. Répondit la fille.

-Je sais où on peut le trouver ! Lança L’Endeuilleur en frappa du poing sur la table.

-Et en quoi ça nous avance ? Déclara Rubis. Je pari que même sous la torture, il dira pas un mot.

-Ben avec ça.

-Ce qu’il faut, c’est choper la recruteuse et la suivre. Elle nous mènera au repaire.

-Mais qu’est-ce qu’on attend ?

-On attend pas, on réfléchi. Faut pas se précipité. »

Améthyste s’étira et prit la parole.

« Bon. Un seul s’occupera de la filature, plus on est, plus on a de chance d’être repéré. Qui c’est qui s’y colle ? »

Elle n’eut pas de réponse.

« D’accord, je vais le faire… Ah, les mecs. »

Elle se balança sur sa chaise en posa les pieds sur la table tout en sirota son breuvage. Rubis la regardait d’un air débile avec un sourire niais. Améthyste lui répondit par un clin d’œil.

« J’me sens pas du tout exclus, dit l’Endeuilleur en rompant le silence. Bon, pendant qu’Améthyste gère la filature, on fait quoi ?

-On va discuter. »

 

                Améthyste se fondait dans la foule avec talent. Assise sur un puits comme tant d’autre, elle cherchait la femme en robe noire à la cicatrice, et sans ceinture (Tu parles d’une info !). Après un long moment, elle la vit. Elle aussi se fondait dans la foule. Améthyste entama la filature. La femme en robe noire fit un signe discret à un homme avec le brassard du recrutement et il la suivit. Sans s’en soucier, la robe en robe noire fila droit vers un recoin sombre. Un garde lui ouvrit la porte et fit aussi entrer l’homme. Améthyste était coincée dehors. Elle prit des composants dans sa boucle de ceinture, un sort prêt à l’emploi et s’approcha du garde.

« Excusez-moi…

-Qu’est-ce tu veux ?

-Je cherche un type grand comme ça avec les cheveux châtains et bouclés.

-Grand comment ? »

Il s’approcha. Aussitôt, Améthyste plaqua le sort contre la poitrine de l’homme qui s’effondra aussitôt, raide mort. Elle entra. A l’intérieur, on la salua. On devait penser qu’on l’avait laissé entrer. Elle reconnue la femme en robe noire derrière une porte à sa voix, qui portait très bien. Une oratrice, de toute évidence. Elle attendit.

 

                Rubis continuait son discours.

« Une fois que nous aurons anéanti la secte du Soleil Rouge, nous formerons notre propre secte antisecte. Nous réunirons un grand nombre de personne pour lutter à nos cotés. Et si nous y arrivons, nous pourrons alors éradiquer les sectes pour toujours. A nous trois, on n’arrivera à rien. On vide la mer à la petite cuillère, il faut passer le niveau supérieur.

-Et tu d’où tu vas sortir le fric pour faire tout ça ? Les bâtiments ? Les armes si il faut ?

-… Je sais pas, mais pour atteindre ton objectif, c’est la meilleure solution !

-Je veux améliorer ce monde, pas en faire une utopie. Par qu’une utopie, ça n’existe pas ! »

Rubis réfléchit.

« On trouvera bien. Toujours est-il que pour mener ce projet à son terme, il faut démanteler cette foutue secte. »

 

                La cible d’Améthyste sortit. Discrètement, elle la suivit. Soudain, la femme accéléra le pas. Au risque de se trahir, elle la suivit au pas de course. Elle traversa un quartier entier, Améthyste était hors d’haleine. Elle prit un croisement, elle se retrouva dans une rue déserte. La femme se retourna, elle était repérée.

« Qui es-tu ?!

-Je… Je veux vous rejoindre… On m’a décrit et quand je vous ai vu, j’ai choisi de vous suivre… Mais vous courrez vite. »

Elle tomba sur son postérieur, à bout de souffle.

« Hum… Ton brassard prouve ce que tu dis. J’ai du temps à perdre, alors je veux bien t’écouter. »

Elle entra dans un bâtiment et fit signe de la suivre.

« On va passer un entretient ici.

-C’est où ici ?

-J’sais pas, c’est déserté ici. Pourquoi tu veux t’engager ? »

Améthyste réfléchit à toute vitesse.

« Je veux juste être dans le camp des vainqueurs. »

La femme la considéra alors comme un pion à sacrifier.

« Parfait. Mais on n’engage pas n’importe qui, tu vas passer un test.

-Qu… C’est tout pour l’entretien ?

-Ta réponse m’a suffit. »

Elle se leva et canalisa un sort.

« Tu dois contrer ça ! »

Elle le lança. Améthyste dégaina un sort préparé à l’avance et invoqua un bouclier pour se protéger.

« Hum, parfait. Attaque-moi !

-D’accord, plaie d’agonie ! »

La femme trembla sous la douleur, mais pas plus. Elle s’en libéra sans peine, et ce n’était pas rien.

« Excellent. Engagée ! »

Améthyste ne la remercia pas, affirma son rôle de sous-fifre muet et docile. Mais elle ne pensait pas moins.

 

                Elle arriva au siège de la secte du Soleil Rouge. Désormais, ses amis et elle pourrait l’attaquer quand ça leur chanterait. Mais serait-ce efficace ? Elle entreprit de s’informer. Elle écouta les conversations d’une oreille discrète.

« Ecoute, Marc, c’est pas ma faute, mais le big boss te demande encore. J’y peux rien !

-Mais tu m’emmerdes à te cacher derrière tes excuses ! Jamais un Kar n’a été traité de la sorte ! »

Il partit furieusement. Améthyste lui emboita le pas. Il entra dans une salle et ferma la porte, qui ressemblait plus à la fermeture d’un coffre fort. Elle écouta :

« Vous vouliez m’voir ?

-Je te trouve bien arrogant. Sieron n’aime pas l’insolence.

-Laissez ce Sieron de coté, que voulez vous ?

-Sieron veut que tu ailles dans l’arsenal de la forêt.

-Celui en métal ?

-Oui. Sieron l’ordonne.

-On aura pigé. »

Il sortit. Améthyste se cacha et le perdit de vue. Qui était ce Sieron si ce type dans cette pièce était le big boss ? Elle continua son chemin vers la chambre des initiés.

 

                Rubis survolait la ville en rase-motte. Il passa au-dessus du quartier désert tagué en violet sur les toits, des tags anarchiques et insensé. Il en déduisit qu’il était hors de la ville. Il prit de l’altitude et réalisa que vue d’en haut, les tags formaient des mots. « RDV 17H MER ». C’était signé d’un cœur.

« Améthyste, toujours aussi furtive. »

Il changea de cap, direction la plage.

 

                Arrivé sur place, il se posa aussi délicatement que possible pour ménager l’Endeuilleur, mais ne put lui épargner une rafale de flamme.

« Ca brûle !!!

-Désolé, je peux pas y faire grand-chose, ha ha… »

Améthyste les rejoignit.

« J’ai trouvé leur base, les garçons. Et aussi le big boss, mais il semble avoir quelqu’un encore au dessus. Un certain Sieron.

-Ca n’a pas de sens ! S’exclama Rubis.

-Au contraire, répliqua l’Endeuilleur. A la consonance de ce nom, Sieron est certainement leur dieu. Après l’avoir matérialisé, ils l’ont nommé chef absolu, à moins qu’il se soit imposé par la force. Si il s’est imposé, on peut monter contre lui une partie de la secte. Autrement, faudra tout raser. Et à trois c’est pas évident.

-On peut demander de l’aide aux gardes.

-Les gradés sont corrompus et les autres n’écouteront jamais des gamins.

-‘Fin, on a juste 17ans, sauf toi qu’en a 18.

-Et eux la quarantaine. On reste des gamins à leurs yeux, faut pas chercher. Ca s’appelle l’orgueil. Améthyste, on te laisse te renseigner. Rubis, trouve ce Marc Kar et obtient un maximum d’info, je suis sur que tu peux être persuasif. Moi, je vais… Euh… »

Il baissa la tête.

« Deuil, ça t’dérange pas que je t’appelle Deuil ?

-Si, un peu quand même.

-Poste toi en hauteur, et trouve où à lieu leur messe quotidienne.

-Excellent plan ! Il faudra attaquer quand la plupart seront à la messe, donc ils ne pourront plus appeler de renfort ! T’as un vrai stratège ! Aller salut ! »

Il partit à sa quête. Désormais seuls, Améthyste se jeta dans les bras de Rubis.

« Tu m’as manqué !

-Ca fait deux heures !

-Moui… Tu penses qu’on devrait garder ce type dans le voyage ? C’est clair qu’il n’a pas notre niveau.

-Moi j’l’aime bien. Adviendra que pourra. Retournes à tes investigations. »

Il l’embrassa et partit à son tour.

« Oui, mon beau Rubis… Ah ? J’ne me reconnais plus !! A la charge, y’aura du sang sur les murs ! Livrez-vous au vaudou ! »

 

                Améthyste s’était assise sur un banc, dans le bâtiment de la secte du Soleil rouge. Elle attendit calmement qu’un prétendant se lance. Pendant ce temps, elle réfléchissait. Un homme s’assit à coté d’elle.

« Bonjour, mademoiselle, cette place est prise ? »

Elle fit semblant de s’endormir sur place et se laissa tomber sur les genoux de l’intervenant.

« Que ? Eh bien, mademoiselle ? Vous allez bien ? »

Améthyste se mit à souffler comme un phoque.

« Mais vous faites un malaise ! Quelqu’un ! Je… Je vais l’emmener dans ma chambre. »

Améthyste retint un sourire cruel.

 

                Rubis défonça la porte du bar d’un grand coup de pied.

« Salut la-dedans !

-Quelle entrée ! Tu vas me repayer ma porte !!

-Plus tard, mets-moi ça sur mon ardoise. ‘Tin, j’suis tombé sur un abruti fini ! Un Charles Kar ! Tous ces Kar, rah ils sont cons ! »

Il jura avec une grande vulgarité.

« Famille de pécor, débilité génétique… »

Visiblement à bout de nerf, un homme se leva.

« Eh toi ! Jamais un Kar ne se laisserait insulter ainsi !

-T’es qui, toi ?

-Marc Kar ! Et j’vais te casser la gueule !

-Allez régler vos problèmes dehors ! Ordonna l’aubergiste.

-Avec joie ! »

Ils sortirent. Dehors, Rubis n’eut plus à jouer la comédie et redevint le garçon instruit et hargneux qu’il était.

« Alors comme ça les Kar sont des…

-Tu viens avec moi. »

Il fit apparaître un pugilat enflammé et empala son adversaire, puis le traina dans une ruelle sombre et malfamée. Il le saisit par les cheveux pour le forcer à relever la tête et dit avec une voix d’outre tombe. 

« Que sais-tu de la secte du Soleil Rouge ?

-Jamais un Kar ne… »

Rubis lui arracha un bras, Marc hurla de douleur.

« T’es calmé ?! Dis-moi ce que tu sais où on va te retrouver aux quatre coins de la ville par petits morceaux façon puzzle !

-Je… Je vais parler, mais laisse mon bras tranquille, je pourrais me le faire recoller chez un évêque.

-Soit, alors j’écoute : Quel est votre but ?

-On cherche à créer un super-dieu capable de vaincre la Lumière…

-Classique. Combien êtes-vous ?

-Des centaines, à peu près 750-800 !

-Combien de combattants ?

-Tous ! Ils sont tous entrainé au combat.

-Combien de combattant d’exception ?

-Le… Le chef, le big boss, il est super fort ! Bien plus que toi, engeance démoniaque ! Il y a les officiers, y’en a trois. Et… Sieron. Le dieu.

-S’est-il imposé par la force ?

-Je sais pas, il était déjà chef quand je suis arrivé.

-Depuis combien de temps il est chef au dessus du chef ?

-Deux ans.

-Dernière question : choisis bien ta réponse… Combien de personnes sont mortes à cause de vous ?

-Je… Je ne sais pas… »

Rubis l’égorgea de son pugilat de flamme. Marc se tordit de douleur, et succomba.

 

                Améthyste fit mine de se réveiller dans le lit du prétendant.

« Hum… Je suis où ?

-Dans ma chambre, dans mon lit… Tu as fait un malaise. Tu étais… Très mignonne quand tu dormais…

-Hi hi… (Tout le monde est mignon quand il dort…)

-Tu vas mieux ?

-Il faut croire. (L’est aveugle, tiens.)

-Tu devrais rester au lit. »

Il la força à s’allongea et prit appuie sur elle.

« Ca va ?

-Oui. (Il est con, lui.)

-Laisse-moi écouter ton cœur que je vérifie. »

Il approcha son oreille de la poitrine d’Améthyste. Discrètement, elle saisit une petite sphère dans sa main.

« Ca a l’air d’aller.

-Tu veux vérifier mon souffle ? (Les hommes sont tous débiles. Sauf Rubis.)

-Avec joie… »

Il s’approcha pour l’embrasser. Il entrouvrit délicatement les lèvres. Soudain, Améthyste lui enfourna la sphère dans la bouche et le força à avaler.

« Qu’est-ce que ?!

-Oagrek ! »

L’homme s’effondra, puis se releva zombifié.

« Maîtresse ?

-Aller, envoie tout ce que tu sais. »

Elle posa son front contre le sien et aspira sa mémoire.

« D’accord… Bien… Les plans, pas mal ça. Le boss, hum… Les messes ? C’est quand ? 20h30, très bien.

-Que dois-je faire maîtresse ?

-Creuse une tombe et enterre-toi dedans.

-Ouiiii… »

 

                L’Endeuilleur était en haut du clocher, observant.

« Bientôt 20h, il devrait être là ! »

L’immense cloche commença à se balancer, puis cracha un ‘DONG’ assourdissant.

« Wouarglya ! Saleté !! »

Il descendit rapidement en se bouchant les oreilles. Il tomba face à Rubis et Améthyste, en tenue d’hérétique.

« Ouah, la mini-jupe…

-Vire ton regard de là, sale désaxé ! Hurla Rubis.

-J’fais que remarquer ! »

Améthyste n’y prêta aucune attention. Elle se gratta l’oreille et livra les informations de ce qu’elle savait. Rubis fit de même, et ils dressèrent un plan d’attaque.

« Deux ans, personne ne se révoltera… Il faut charger, c’est bientôt leur messe abrutissante, il faudra frapper à cette instant !

-Attend, intervint l’Endeuilleur. Leur dieu bénéficiera d’une grande puissance pendant la prière. Tant qu’ils prient, leur dieu est invincible, car il se régénèrera. Il faut frapper avant, ou après.

-J’ai un plan. »

 

Le Soleil rouge sang

 

                La messe avait débuté. Nos trois héros s’étaient réparti les cibles : Chacun devait tuer un officier à intervalle rapproché, puis foncer sur le big boss, ou ils seraient repéré et les renforts seraient prévenu.

 

                L’Endeuilleur discutait avec son feu de camp, où les flammes formaient Kiérol.

« Puissant ça, mais c’est super long à lancer.

-T’as pas besoin d’être immobile les 20 minutes du sort, mais reste concentré ou il sera perdu et t’auras qu’à recommencer. Fait gaffe aussi, une telle quantité d’énergie, pas simple à manier et ça peu explosa à la face des amis.

-Mouais, avec modération alors. C’est bourré de défaut ta technique-qui-tue.

-Les ultimes arts ainsi sont faits. »

Kiérol imita un vieux nabot marchant avec une canne.

« D’accord, j’essayerai. Bon j’vous laisse, madame, je dois y aller. »

Il étouffa le feu. Rubis enfila ses épaulières et lança :

« Fini de discuter ? Aller, faut frapper maintenant. A moi l’honneur. »

Il sauta du clocher où ils étaient remontés et invoqua son phénix de flamme qui lui permettait de voler. Il heurta violement le premier officier, sur un ponton, et le plongea dans l’eau pour étouffer les cris. Le combat sous-marin fut court, les officiers étaient spécialisés dans la magie du feu. Rubis, même sans flammes, gardait ses pugilats tranchants. Une flaque écarlate apparut. Une flèche spectrale fendit l’air est toucha en pleine tête le second.

« Headshot ! »

Améthyste hocha la tête en signe de félicitation et invoqua son vaudou. Le dernier, qui tentait de s’enfuir, fut happé par un squelette de requin géant qui le noya. Rubis ressortit de l’eau et se secoua.

« On dirait un caniche. Dit Améthyste avec un sourire inhabituellement bienveillant.

-N’ai pas peur, je ne mords pas. Enfin, pas souvent. Disons qu’en général, non, pas trop. Enfin, en fait ça arrive quand même. »

Améthyste lui ébouriffa les cheveux.

« Bon les tourtereaux, va falloir y aller. »

L’Endeuilleur tirait une tête de six pieds de long. Ils chargèrent droit sur la base de la secte, décidés à tuer leur chef.

 

                La porte super-renforcée de coffre fort sauta au premier coup. Le big boss se retourna, surpris.

« Qui va là ?

-Ton pire cauchemar ! Cria l’Endeuilleur.

-Trop classique, coupa Rubis en lui donnant un taquet. Sors quelque chose d’insolite. »

Le big boss se mit en garde.

« Pas la peine, lui dit Améthyste, t’as aucune chance. Désolé de te l’apprendre, mais j’me suis renseigné. ‘Deuil, bute-le.

-Rah, m’appelle pas comme ça.

-Ok Jean-René, head-shot le ! »

Le big boss commença une métamorphose. L’Endeuilleur encocha, décocha et tua sa cible en un coup.

« Et bien ce fut une affaire rondement menée.

-Y’a plus qu’à. Ouais. Plus que le dieu à se faire, et ça sera pas la même. »

Devant eux se matérialisa un homme, grand avec une barbe noir et des sourcils épais. Une cape large et des épaulières : L’archétype du vétéran en fonction.

« Vous osez défier le grand Sieron ?!

-Ouais ! Fit l’Endeuilleur, et on va te péter la mouille !

-Stop, c’est nul. Oui, Sieron, tu as été défié. Vas-tu fuir ou affronter ton destin ? »

Le désigna dégaina une large épée et un grand pavois.

« Viens te battre ! Venez tous ! »

L’Endeuilleur tira une flèche en l’air. Rien ne se passa. Rubis invoqua son phénix autour de lui et se lança dans une charge flamboyante. Il fut bloqué par le dieu. Il fit jaillir ses flammes pour s’en débarrasser utilement et passa au combat de pugilat : Chaque avant-bras était recouvert d’une lame effilée, allant plus loin que le coude et que le poignet. De loin, Améthyste invoqua des sorts de vaudou plus cruels les uns que les autres. Le dieu couru en esquivant les éclairs jaune maléfique et fit de Rubis sa cible principale.

« Tant qu’ils prient, je suis invincible !! »

Rubis para, mais le choc fut si violent qu’il fut étourdi. L’Endeuilleur décocha une flèche en visant avec précision l’œil du dieu, ce dernier esquiva au dernier moment sans effort. Améthyste se concentra, et un pentacle jaune orangé apparut à ses pieds. Elle joignit les mains et des runes s’y tracèrent. Un violent séisme secoua la ville et les prières cessèrent.

« Maintenant ! »

Rubis perça l’armure du dieu et lui transperça les abdominaux. Mais il riposta et le frappant durement à l’épaule. Le sang gicla et Rubis battit en retraite.

« Bon sang, Endeuilleur, augmente la cadence.

-J’suis concentré sur aut’ chose. »

Rubis repartit au combat, mais un vertige le prit au pire moment. Sa tête heurta violement la bouclier du dieu.

« Merde ! Un millier de croyants, ça vous change un dieu ! »

Le guerrier s’acharna sur Rubis avec un regard terrifiant, et sa cible ne pouvait bouger, sonnée. Améthyste intervint en se plaçant devant lui et en activant un puissant bouclier, que la Peste lui avait appris. Rubis prit peur, pas pour sa vie, non, mais pour la vie de celle qu’il chérissait. Le dieu était trop fort, il perça le bouclier au bout d’un  moment et lui trancha de façon superficielle le torse. Améthyste lui jeta un sort paralysant qui le ralentit, et elle décampa. Rubis s’était relevé, prêt à se battre, mais il tremblait et semblait gêné, comme si son corps le trahissait soudain.

« Crève !! »

Il voulut bouger, mais son corps n’avait pas obéis. Il encaissa un immense coup d’épée sur la tempe et s’effondra.

« Une dernière parole ?

-Peur… Peur… »

Son regard affaiblit changea soudain, pour devenir malsain et arrogant.

« Ta peur me rend plus fort !! »

Rubis esquiva d’un bond incroyable et chargea comme un fou furieux. Sa vitesse était décuplée et il faisait jaillir des flammes à intervalles irréguliers, donc imprévisible. Il bondit derrière sa cible et l’égorgea. Mais un dieu ne meurt pas pour si peu, bien qu’il soit amoché.

« Quelle résistancsssssse, c’est ssssssssurprenant !

-Rubis, casse-toi !! »

Une énorme boule de feu d’une centaine de mètre de diamètre tombait sur eux. Rubis frappa le dieu pour le sonner et s’écarta. L’Endeuilleur prononça :

« Imperio Solaris : L’éclat du Soleil !!! »

Une immense explosion de flammes et de chaleur rasa la zone. Rubis était toujours en position de combat, avec ce regard malsain.

« Rubis !

-Améthyssssssste ! Tu vas bien ?

-Ce… Cette voix ?

-Csssssette voix ? Un problème chsssssssssérie ?

-Le… Le Basilic !

-Bazssssssilic ? De quoi tu parles ? »

L’Endeuilleur approcha.

« Vous trouvez pas qu’il fait super froid ?

-Oui, répondit Rubis. Y’a plus de ssssssssoleil ssssssssssur la ville, et le vent nous glacsssssssssssssssssse le dos.

-Où t’as chopé cet accent chelou ? »

Il regarda le cadavre du dieu et dit ironiquement :

« On devrait peut-être lui creuser une tombe.

-Une tombe pour vous ? »

Le guerrier se releva manqua de tuer l’Endeuilleur d’un coup d’épée. Si Rubis ne l’avait pas dévié au dernier moment, il ne respirerait plus.

« Sssssssalaud ! Ta mort sssssssssssera plus longue, mais tu en as fait le chssssssssssssssoix ! »

Il fit un tourbillon pour repousser son adversaire. Améthyste se reprit et invoqua un nouveau cercle de rune, différent. L’Endeuilleur entreprit de faire feu à volonté jusqu’à l’épuisement, il ne lui restait que ça.

« Améthyssssste, immobilise-le !

-Ca marche ! »

Des bras fait de terre et de matière non identifiable saisirent le dieu pour le ralentir. Rubis invoqua son phénix de vol, mais il était noir, corrompu. Il s’envola haut dans le ciel, puis piqua comme un météore.

« Meurs !!!! »

Il s’écrasa sur le dieu en l’empalant au passage, l’éviscéra, le déchiqueta et l’incinéra. Pour finir, il cracha sur son cadavre et fit demi-tour. Comme d’excellente humeur, il prit Améthyste par la taille et l’embrassa. Elle put sentir les crocs de Rubis et sa langue fourchue, et se dégagea.

« Eh ben ?

-Rubis, le Basilic ! Reprend-toi !

-Mais de quoi tu parles ? Je vais sssssssssuper bien !

-Tu… es conscient de tes actes ?

-6×7=42. Cssssssa te va ? »

Quelle situation surprenante.

« Bon, il faut… Nyarg ! Ma tête !! J’ai ssssssssi mal !! »

Des flammes noires l’entourèrent, et devinrent peu à peu rouges.

« Ssssssaleté de… De… »

Il prit un puissant coup sur le crâne, le dieu c’était de nouveau relever.

« Mais, il est immortel ou quoi ? 

-Quelle honte ! Me vaincre mettre dans cet état par de telles lavettes, pas foutue d’endurer une migraine ! »

Il leva son épée, puis s’effondra. Un trou béant orné son torse fumant, et des brûlures corrompus l’entourait.

« Qu’est-ce que ? Fit Rubis. On a gagné ?

-Rubis !! T’es revenu à toi !!

-Quoi ?

-Dis-moi : ‘Qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes’

-Euh, qui sont ces serpents qui sifflent sur nos t… »

Améthyste se jeta dans ses bras.

« J’ai eu peur ! Espèce d’incapable !! Pas foutu de contenir un sceau si vieux !

-Pourquoi j’me fais insulter ?! »

L’Endeuilleur tomba sur son derrière, le sourire aux lèvres.

« Et bien, c’est une sacrée victoire. »

 

                 « Non, je t’assure ! Y’a pas d’Altey dans mes fichiers ! Altey, homme mort à 59 ans, Altey, guerrière d’Enacy. Altey, fillette morte à 10ans. Il y a 450ans. »

Satan reposa les fichiers.

« Elle n’est ni en enfer, ni au paradis.

-Alors, elle n’est pas morte ?

-M’étonnerait. Quand on se fait briser tout le squelette, on s’en sort pas vivant. Je ne vois qu’une possibilité : Elle est allée au paradis céleste ou dans l’enfer des ombres.

-Altey… Dans l’enfer des ombres ? Ma petite Altey… »

Le Seigneur-Croc chuchota à sa femme :

« Sarasin est un papa gâteau, c’est dingue.

-T’es exactement comme lui. »

L’empereur s’approcha de son ami.

« Eh, on va aller la chercher, ta fille. Tu peux compter sur moi.

-La force ne nous aidera pas, coupa Satan. D’après ce que tu me dis, il est très probable qu’elle soit au paradis céleste. On va leur faire une lettre et ils vont nous l’envoyer. En enfer… Ca va être dur de leur expliqué que notre enfer est mieux que leur paradis… »

Il appela Lucy pour faire sa lettre. Sarasin trépignait sur place.

« Calme, dit l’empereur. Profite plutôt d’être avec ta compagne, elle a l’air un peu… Choquée. »

Davestyne était en effet blottit dans un coin de la pièce, recroquevillée sur elle-même. Sarasin s’accroupit à son niveau.

« Je… Je suis désolé, je ne voulais pas m’énerver. Mais Altey, c’est ma famille. Excuse-moi, d’accord ? »

Il essuya une larme à son aimée. Elle hocha la tête péniblement.

« On retourne ans notre chambre, ok ? »

 

                Rubis, Améthyste et l’Endeuilleur arrivèrent devant les grandes doubles portes renforcées en fer et gardées par des officiers. Des archers les visaient déjà, flèche encochée, et les gardes les regardaient avec méfiance. Trachéom lui semblait moins accueillant qu’avant.

« Puis-je m’entretenir avec le régent ? Demanda Rubis.

-Non ! »

Direct, rapide, emballé c’est pesé. Il insista en vain. Améthyste intervint alors.

« Ecoutez-moi les gaillards, vous avez pas idées de à qui vous vous adressez ! Virez vos gros postérieurs de là et ouvrez-moi cette fichue porte ou… »

Elle réfléchit à une menace convaincante mais originale.

« Ou… J’vous atomise ! »

Raté. Et les gardes ne cillèrent pas. La fille se renfrogna. L’Endeuilleur tenta de la calmer en dialoguant avec les gardes, quoiqu’ils ne répondaient même pas. Des bruits de sabots se firent entendre.

« Qui va là ? Fit une voix familière. Encore des fanatiques qui veulent prendre la place du Seigneur-Croc ? »

Rubis se tourna vers le Maréchal, régent de Koljeizer.

« Prince R… »

Il lui fit signe de se taire d’un mouvement paniqué. Le maréchal le compris vite et se reprit.

« Oh, excusez-moi, je vous ai confondu avec quelqu’un d’autre. Vous êtes ?

-Vous ne me remettez pas ? Je suis le fils d’un général sous vos ordres. On a déjà discuté avant la chute de… De l’empereur. »

Le maréchal acquiesça et les gardes ouvrirent la porte. Améthyste tapa du pied contre la jambe d’un garde.

« Bien fait pour ta gueule, résidu de connerie humaine !! »

Et elle passa son chemin en riant d’une façon snobe.

« Adieu les minables ! »

Rubis resta neutre, et l’Endeuilleur était ému d’entrer dans le château du Seigneur-Croc, son idole. Il fut néanmoins mit de coté pour un moment, Améthyste et Rubis parlèrent en privé avec le maréchal.

« Prince Rubis, princesse Améthyste, quelle joie de vous revoir !

-On pourrait en dire autant, ça fait un bail. Vous avez l’air assailli par les fanatiques.

-Si vous saviez, c’est une horreur. »

Il soupira. Rubis reprit :

« Je voudrais voir ma sœur, Jade. »

Le maréchal se raidit et détourna le regard.

« Qu… Que lui est-il arrivé ?

-C’est de ma faute… J’ai terni à jamais la lignée du Seigneur-Croc. Jade était une fille prodige, elle parlait à 6 mois, marchait à 8 mois, courrait à 13, et… Elle a fug… Non, je l’ai perd… Elle n’est plus là.

-Comment ?! Vous, l’homme le plus fiable AU MONDE, vous n’êtes pas fichu de surveiller un enfant, qui plus est ma demi-sœur ?!

-Je sais que je suis impardonnable. J’ai remué ciel et terre, l’armée entière a fouillé le pays. Mais les recherches n’ont rien donné. Je suis affreusement confus. Reprenez le trône de Koljeizer, s’il vous plait, redorez le blason de Trachéom.

-Non, j’ai d’autre projet. Et prendre la place de mon père n’est pas une bonne idée. J’ai décidé d’éradiquer toutes les sectes du monde, sans pour autant les massacrer. Je vais les démanteler, tuer un minimum, chercher la rédemption des criminels… Je suis sur que je peux le faire. Mais la perte de ma demi-sœur est un lourd poids sur ma conscience. Maréchal, je vais vous donner un ordre : Jade est disparue et présumée morte. Oubliez-la, ne lui faites pas de tombeau, à un an, elle n’a pas eu conscience de sa mort. Inutile d’aggraver le cas du Seigneur-croc, et pire que tout, vous décrédibiliser. »

Le maréchal s’inclina devant l’indulgence et l’abnégation du prince, prêt à renier sa famille pour lui.

« Si je peux faire n’importe quoi, dites-le.

-Ben oui, vous pouvez. Je vais monter une organisation qui va raser les sectes, j’vais pas tout faire tout seul. J’ai plusieurs idées. Primo : Ce signe est très important : »

 

« Lorsque quelqu’un portera cette marque faite au fer rouge, cela signifiera qu’il a été déchu de son humanité. A partir de là, il n’a plus accès aux droits de l’homme et du citoyen. Traitez-le comme un animal. Comme un chien, un cheval, n’importe. Pas de vote, pas de travail intellectuel, rien. Ce sera le nouveau châtiment pour les criminels que je déciderais d’épargner, pour ceux qui ne méritent pas la mort. La prison à perpétuité me semble vraiment une mauvaise idée.

-Déchu de leur humanité ? Intéressant.

-Pour ceux qui se repentissent, un nouveau symbole sera tracé par-dessus l’ancien. Il ne sera acquis que par héroïsme, abnégation, ou exploits altruiste. Ceux-là, traitez-les comme les autres. Ils ne méritent pas d’avantage quelconque, mais ça leur sert de CV, si je puis dire. Ce nouveau symbole sera celui-là : »

 

« Je vois, fit le maréchal. Qu’attendez-vous de moi ?

-Faites la pub. Vous êtes régent jusqu’à nouvel ordre, faites des entrevues diplomatiques, faites des lois, il faut que cette marque ait une réelle influence partout dans le monde.

-Où serait-elle sur le corps ?

-Sur le torse, au-dessus des pectoraux, ça devrait dépasser un peu sur la gorge pour éviter qu’on puisse facilement le dissimuler. »

L’Endeuilleur, à bout de nerf, fini par entrer.

« Vous êtes bien le régent ? Hein ? Hein ? Il était comment le Seigneur-Croc ? Sympa hein ? Doux, raffiné, calme et serein non ? Il devait être drôle, faire beaucoup d’esprit, être à l’écoute dans autres ? Hein ? Hein ? »

Rubis laissa échapper un soupir interminable. Le maréchal répondit calmement :

« C’était un homme simple, ne l’idéalise pas trop. 

-Qu’est-ce tu dis sur mon Seigneur-Croc ?! »

Au loin, Améthyste explosa de rire. Rubis parvint à garder son sérieux.      

« Je vous laisse, j’ai à faire. Dit-il à l’Endeuilleur et au maréchal.

-Moi j’reste ici, pas envie d’vous tenir la chandelle ! »

Rubis fit une grimace. Il s’en fallu de peu pour que le maréchal mette cet impertinent à la porte.

« Hump, fit-il. Je ne connais pas votre nom.

-L’Endeuilleur.

-Un titre bien sinistre pour une personne telle que vous. »

Rubis lui fit signe de le distraire.

« Souhaitez-vous que je vous fasse visiter le château ?

-Avec joie ! Ca va être trop génial !! »

Ils s’éloignèrent. Rubis murmura :

« Ce maréchal, on dirait qu’il a une hallebarde dans le c…

-En parlant de ça, fit Améthyste, ça fait longtemps…

-On est ici pour fonder une organisation !

-Ro lala, rabat-joie !

-Et fier de l’être. »

Il tenta de l’embrasser mais elle se désengagea au dernier moment.

« Pas de sexe, pas d’amour.

-Normalement c’est dans l’autre sens ! Hum, pour l’organisation. Il nous faut de l’effectif, mais quoi d’autre ? Des armes, on est des guerriers. Et de l’argent, va falloir en trouver. Comment on va faire ?

-Je peux vendre mon corps.

-Kestudi ?! »

Améthyste pouffa.

« J’te fais enrager ! T’es mignon quand t’es en colère.

-Oh… Ah bon… »

Améthyste avait un sourire angélique inhabituel, et un regard de divinité bienveillante carrément anormal.

« Améthyste, tu… Tu es plus douce qu’avant… Si… Gentille… Si belle… »

Effectivement, en un an, Améthyste c’était drôlement arrangée. Ses valeurs n’étaient plus les mêmes, elle ne cherchait plus à toujours se faire remarquer, et surtout, elle aimait Rubis d’un amour plus calme et plus tendre qu’avant. Ses rapports avec les autres aussi avaient changé, elle n’était plus méfiante, mais prudente. Un général passa près d’eux.

« Le régent vous fait dire que vos nouveaux appartements vous attendent, ce sont vos anciennes chambres. »

Et il partit. Rubis embrassa Améthyste avec passion.

« On va dans la chambre. »

 

                Le Seigneur-Croc zappa, il n’avait pas à s’occuper de leur intimité.

« Améthyste a bien changé. C’est devenu une vraie femme. Douce et calme, mais hargneuse s’il le faut.

-Je suis fière d’elle, répondit Crystal.

-Moi aussi. Moi aussi… »

Il se retourna vers Kiérol.

« Il faut lui dire pour Jade.

-C’est pas une bonne idée, elle est trop sensible. Il faut continuer de lui dire que le maréchal la protège. Lorsqu’un enfant de moi de 2 ans décède, son âme se réincarne, il ne va pas dans les cieux. Considérons qu’elle vit encore. »

Satan entra dans la pièce.

« J’ai la réponse du paradis céleste. Altey ne trouve pas le bonheur là-bas, normal pour une machine à tuer. Ils acceptent de la transférer ici, mais elle doit passer par le paradis de lumière avant. Avec toutes les douanes, et fut comme ils sont lents les mecs des paradis, faudra attendre. »

Sarasin sauta de joie et enlaça Davestyne si fort qu’il l’étouffa.

« Altey va revenir ! Altey va reveniiiiiir ! »

Le fax fit un grésillement, Satan lut la fiche.

« … On a un problème. Un grave problème. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La main du destin

 

                Rubis et Améthyste sortirent de leur chambre, essoufflés.

« Il faut se remettre en route. Où on va installer le quartier de notre organisation ?

-Hum… Tu as dis quelque chose ? »

Rubis soupira avec le sourire.

« On va chercher l’Endeuilleur et on y va. »

Il réfléchit néanmoins.  Ils récupérèrent leur compagnon et partirent. En chemin, ils croisèrent une fille d’environ leur âge, avec un immense bouclier et deux doubles lames, ainsi qu’une arme à feu de haute technologie. Elle avait les cheveux bleus foncés et mi-long, légèrement bouclés. Le regard noir, la démarche agressive et déterminée.

« … Drôle d’oiseau.

-T’occupe. »

Ils continuèrent.

 

                Le régent Aomushni, bien que communément appelé ‘Maréchal’ rédigeait des messages et organiser la campagne de diffusion du symbole de Rubis. La fille aux doubles lames entra.

« Salut, vieux débris.

-Qui va là ?

-Tu m’as vu il y a moins d’un mois, c’est vrai, j’ai changé. Je n’ai pas besoin de te tuer, mais ton ère est fini. Reste à moisir dans un coin et reste hors de ma route. Je prends le bracelet de l’harmonie, et je me casse. »

Le maréchal se leva et dégaina.

« Et pourquoi je te donnerais cet artefact légendaire, je te prie ?

-Si tu refuses, je te tue. Simple.

-J’aimerais voir ça. Archers, faites feu ! »

Elle se retourna et planta son bouclier dans le sol pour combler son angle mort, et dégaina armes jumelles. Elle dévia l’épée du maréchal de ses quatre lames et tenta de l’égorger. Mais il en fallait plus pour tuer un tel homme.

« Tu es rapide, mais ça ne suffit pas. Mes archers ont déjà contourné ton petit bouclier et t’ont dans leur ligne de mire. Surprend-moi, ou meurs.

-Pas de problème. »

Elle sortit son arme à feu, un blaster laser de très-haute technologie. Elle tira, et sentit ses forces la quitter. Le maréchal fut projeté par le tir.

« C’est pas fini ! »

Grenade aveuglante, grenade explosive, grenade napalm et enfin bombe chimique. Le maréchal esquiva tant qu’il put, mais il était dur de tout éviter.

« Tu m’as bien eu, mais tes forces t’ont déjà quitté. Mon prochain coup sera le dernier. La loi divine a déjà opérée.

-Pas si je prends le bracelet que je suis venu chercher.

-Tu ne l’auras jamais !! »

Le maréchal chargea, préparant un coup mortel. Le blaster sonna.

« Recharge terminée. »

Elle tira à nouveau et mit le maréchal à terre. Les archers allaient tirer lorsqu’elle lança une bombe fumigène.

« Ne tirez pas, vous allez toucher le maréchal !

-Tirez, abrutis ! Hurla-t-il. Vous ne me tuerez pas avec une flèche ! »

Ils ne prirent pas le risque. Le blaster sonna à nouveau. Elle tira et la fumée fut dissipée par la puissance du tir. Elle reprit son bouclier pour se protéger des flèches.

« Mon blaster surchauffe. C’est le moment de me frapper.

-Pourquoi tu me dis ça ? »

Elle le visa.

« Parce que la surchauffe est une nouvelle source d’énergie, pas un handicap. Si tu frappes, c’est maintenant, car après tu ne seras plus en vie. Je vais te laisser faire ta prière.

-Je n’ai pas de dieu à qui m’adresser.

-C’est vrai… Je tiens juste à te dire… »

Elle décrocha son armure pectorale et montra une tâche de naissance au-dessus de la poitrine.

« Ce… Comment ? Tu es…

-Oui. Je suis Jade, j’ai un an. J’ai reçu un coup de pouce pour en avoir 18. Je ne voulais pas te le dire, pour mener un  combat équitable. Mais la victoire est mienne. »

Elle tira et retapissa le sol en rouge. Plus personne n’osa bouger en apprenant qu’elle était la fille du Seigneur-Croc. Elle alla calmement récupérer le bracelet d’harmonie et l’accrocha comme un protège avant-bras. Etant indestructible, il sera une parfaite armure. Elle fit quelques mouvements dans le vide, sa force était de nouveau là.

« La puissance ! La magie, la force, la technologie ! J’ai tout, je suis invincible !! »

Elle repartit sans ajouter un mot devant la foule tétanisé.

« La chasse commence. »

 

                Le maréchal atterrit directement en enfer, rejoignant son empereur.

« Maréchal ? Que ? Vous êtes m… Mort ? Qui a pu faire ça ?

-Je préfère ne pas vous dire. »

Satan intervint.

« Moi je le ferais.

-Non !

-C’est Jade qui l’a tué. Jade, un an et deux mois, avec l’apparence d’une adolescente de 18. J’ai pas accès au pourquoi du comment elle est devenu si grande et si forte, mais on est face à un grave problème. »

Kiérol s’effondra.

« Ma fille ? Non, pourquoi ? Qu’est-ce qui ne va pas dans mes gènes ?

-Laisser vos gènes là où ils sont, ce n’est pas le problème. Ni l’éducation que vous lui avez donnée, vous êtes morte trop tôt. Ce coup de pouce est certainement à l’origine de tout. »

Kiérol pleura à chaudes larmes, le Seigneur-Croc s’empressa de la réconforter, en vain. Sa fille unique était devenu une guerrière égoïste et avait tué le maréchal, c’était trop dur pour elle.

« Nous ne sommes pas autorisé à agir. Sauf Sarasin. Mais on va attendre, voir quels sont ses objectifs, et on avisera. »

 

                Rubis était à une table avec Améthyste, ils se fixaient béatement comme des nouveaux mariés. L’Endeuilleur était au bar, à boire comme un trou, mais pas d’alcool. Juste des boissons sucrées. Il se fit aborder par un homme.

« Je te paye un verre, ma jolie ? »

Il se retourna.

« Elle est mignonne en plus !

 -Qu… »

L’homme lui tendit une pinte.

« A notre amitié.

-T’es rapide toi.

-La vie est courte !

-La tienne le sera encore plus si tu t’éloignes pas !

-J’ai été impoli ? »

L’Endeuilleur retira sa tenue de combat du torse.

« J’suis un homme, abruti !

-Ah, euh… Avec des faux seins, l’illusion resterait parfaite. »

Il fit apparaître son arc spectral.

« Du vent ! »

L’homme fut projeté en arrière. La fille qu’ils avaient croisée l’avait éjecté d’une charge d’épaule. Elle se commanda une boisson sans leur jeter un regard. L’Endeuilleur remis sa tenue. Cette fille avait un style bien à elle. Elle portait son manteau, mais avec seulement un bras dans une manche. L’autre était mise directement dans la poche, ce qui faisait que la manche gauche trainait. Dessous ce manteau, une tenue de combat de cuir renforcée. Le plus impressionnant restait cet immense bouclier et ses deux doubles lames. L’Endeuilleur rejoignit ses compagnons.

« Dites, je ressemble vraiment à une fille ?

-… Comment répondre sans être vexant ? »

Ils commencèrent à se chamailler amicalement.

« On arrête, on arrête. Bon, on se base où ?

-Je penche pour Jyz. La guerre civile est finie, et tout est en reconstruction. On sera pénard.

-Le marécage ? S’indigne Améthyste. Plutôt mourir !

-Le royaume d’Okeud ? Le pays de la paix ?

-Je doute que le roi nous tolère. Raser des sectes, ça fait bien sur le papier, mais ça reste des meurtres.

-L’empire Otrajyd ? »

Un bref silence, puis des ricanements.

« Non, trop barbare. Pourquoi ne pas rester à Koljeizer ?

-Non j’veux pas. Trancha Rubis avec fermeté.

-Bon. Pourquoi pas Wyrim ?

-Hum, le reste des arches foutrait tout en l’air. Le pays est mal fichu, peu organisé et pas soudé. Mauvais plan. Le mieux reste bel et bien le Royaume d’Okeud. Ils ont besoin de raser leur sectes aussi.

-On vient de dire…

-Oui mais j’ai changé d’avis.

-Bon, on va faire ça. Faut se faire de la pub quand même, il faut des effectifs. »

La fille aux doubles lames avala une deuxième pinte.

« Elle va être bourré. Commenta l’Endeuilleur.

-T’espère quoi ? Répondit Rubis. Un strip-tease ?

-Rêvez pas ! Dit-elle. SI je suis ne serait qu’un peu pompette, mon premier reflexe sera de mettre la région à feu et à sang. »

Une fois l’altercation finie, ils se décidèrent pour leur base et se mirent à parler de la façon de se faire connaître.

« Pourquoi pas imprimer des brochures ?

-Ben tiens ! Railla l’Endeuilleur. ‘Super organisation chasseur de secte !’. On va avoir l’air malin. »

Il prit un air snob.

« Nous ne sommes pas une secte, juste une bande de malade armés d’épées. »

Ils rirent.

« Bon, on ira demain. Ce soir on se repose. »

L’Endeuilleur retourna vers le bar.

« J’vous laisse entre amoureux.

-T’es à peine lourd ! Quand ça t’arrivera, tu pigeras !

-Tu parles déjà comme un vieux. J’ai un an de plus que toi. Bon on prend combien de chambre ? Deux ? Une pour vous, une pour moi.

-Oh l’autre il veut pas d’nous ! S’exclama Améthyste.

-Hum, j’pensais pas à ça… Alors Rubis, on fait quoi ? »

La fille aux doubles lames reposa violement sa pinte.

« J’ai bien entendu ?

-Hum ?

-‘Rubis’ ? »

Elle s’approcha de lui.

« Qui est ton père ?

-Mais je t’emmerde ! Va t’occuper de tes oignons ! »

Elle dégaina une double lame et la planta dans la table.

« Je m’y prendrais autrement. »

Elle l’attaqua sans chercher à tuer. Rubis paniqua et s’arma de son pugilat enflammé.

« Le phénix ! Tu es bien Rubis, fils du Seigneur-Croc !

-Pas du tout, c’est pas moi !

-Ce phénix n’est pas une imitation !

-N’importe quoi ! Hein ‘deuil ? J’suis pas l’fils du Seigneur-Croc ! »

L’Endeuilleur le regardait avec plein de paillettes dans les yeux.

« Oh, misère.

-Je pourrais te tuer dans le doute, mais quel intérêt si je ne suis pas sur que ma cible est bel et bien morte ? Un dernier test alors. J’ai tué le maréchal Aomushni.

-Ben tiens, ravi pour toi. »

Elle jeta aux pieds de Rubis l’emblème du courage d’Aomushni, celle qu’il avait toujours sur lui.

« C… C’est vrai ? Tu l’as tué ?! Il est vraiment mort ?!

-Je suis Jade. Fille du Seigneur-croc et de Kiérol.

-Mensonges ! Jade n’a qu’un an !

-J’ai reçu un coup de pouce. Mais tu sembles bien informé… Tu es donc le fils du Seigneur-Croc !! »

Il dégaina sa deuxième double lame après avoir planté son bouclier dans le sol.

« Imprégnation : Fureur des flammes ! »

Ses quatre lames s’embrasèrent.

« Je vais combattre le feu par le feu !

-Tu veux du feu… JE VAIS TE MONTRER C’EST QUOI DU FEU !!! »

Il s’embrasa complètement et attaqua. Jade était d’une rare précision, et Rubis ne pouvait pas déployer trop de feu, sans quoi il tuerait les personnes autour.

« Tu ne luttes pas que contre lui ! »

Améthyste lança une plaie d’agonie et l’Endeuilleur lança une salve de flèche spectrale. Jade rengaina une lame et continua de repousser Rubis, prit son blaster et tira vers les deux combattants à distance. Les flèches furent balayées et le sort de vaudou sembla peu efficace.

« La technologie ? »

Elle jeta une bombe fumigène. Désormais, aucun d’eux ne pouvait attaquer à l’aveuglette, sans quoi ils risqueraient de toucher leur coéquipiers. Seul Jade n’était pas soumis à cette règle, elle n’avait pas d’allié et se moquait des dégâts collatéraux. Elle reprit sa deuxième double lame et se lança dans un  tourbillon meurtrier. Elle profita de la confusion pour miner le terrain et prit de la distance.

« Maintenant. »

Elle appuya sur un bouton et la taverne entière explosa.

« J’fais pas dans la finesse.

-Je confirme. »

Rubis s’écrasa comme un météore sur Jade et la plaqua à terre. Elle utilisa une grenade aveuglante pour s’éloigner.

« Changement d’imprégnation : Force de la nature ! »

Les flammes de Jade disparurent. Elle frappa le sol et une crevasse se forma. Elle chargea. Rubis esquiva les quatre lames habillement et frappa Jade aux abdominaux. Elle dévia le coup au dernier moment pour éviter la lame, mais pas le poing. Elle lança un nouveau fumigène.

« Cette odeur… Du méthane !! »

Le gaz explosa. Rubis se releva, Jade le pointait de son blaster.

« Crève !! »

Elle tira. Rubis était encore sonné, il ne pourrait éviter. Soudain Améthyste se jeta devant lui et lança un sort de vaudou pré-incanté qu’elle avait à la ceinture. Un laser de deux mètre de diamètre en forme de tête de dragon balaya le tir et fondit vers Jade. Celle-ci bloqua de son bouclier, mais recula de plusieurs mètres et finit par tomber. L’Endeuilleur pointa son arc vers elle, à bout portant.

« Perdu.

-Tu marches sur une mine. »

L’explosion, aussi faible soit-elle, déstabilisa l’Endeuilleur. Jade se remis sur ses pieds, Rubis la chargea dans une tornade enflammée et la happa. La trainant, elle l’écrasa contre un rocher. Jade pointa son blaster vers le menton de Rubis et tira, il esquiva de peu et elle se dégagea.

« Trois contre un, c’est pas facile. Mais rien que nous deux, t’es mort. »

Elle lui perfora le ventre, sans toucher de viscères.

« La mort est tout ce que tu trouveras ! »

Les flammes de Rubis devinrent noires. Il dégagea à mains nues la lame de son ventre et la plaie se referma. Ses yeux étaient sans pupille et son sourire était démoniaque. Ses lames d’avant-bras se transformèrent en griffes version Wolverine. Sa vitesse se décupla, Jade fut un instant dépassé, puis jeta une grenade aveuglante. En vain, Rubis ne fut pas affecté. Fumigène, un vent chaud la dissipa. Grenade explosive, les flammes qui recouvraient Rubis faisaient office d’armure.

« Changement d’imprégnation, symphonie des  vents ! »

Des lames magiques se formèrent sur les doubles lames, augmentant son allonge. Les extensions traversaient le sol comme si elles n’existaient pas, Jade n’était donc pas entravée. Elle maintint Rubis à distance, mais la chaleur montait au point de l’étouffer. Un sort de vaudou infecta Jade et fit apparaître des furoncles sur ses bras. Elle reàu une flèche sur la tempe, et du sang en coula.

« Cette métamorphose n’était pas prévu, et trois contre un en prime, c’est fichu. Je me retire pour cette fois. »

Les vents se concentrèrent autour d’elle et elle sauta, elle sauta si haut qu’elle disparut dans les nuages

« Rubis ! J’ai eu si peur ! »

Il la frappa aux abdominaux, elle fut tétanisée de surprise.

« Améthyssssssssssssste ! Que t’est-il arrivé ? Pourquoi es-tu blessssssssssssée ? Jade est encore là ?!

-Rubis… Tu ne te souviens pas ?

-Me ssssssssssssssouvenir ? De quoi ?

-C’est toi qui m’a frappé !!

-Absssssssssolument pas ! »

Il la prit dans ses bras, les flammes se dissipèrent.

« Ca va ? On va chercher un médecin !

-Tu… Tu… Il faudra voir pour ces sceaux. Ne t’inquiète pas pour moi, tu… Euh j’ai juste une petite plaie. »

Elle souleva son pull, effectivement elle n’était pas gravement blessée. Mais la prochaine voir, ça pourrait se finir autrement.

« Il faut faire gaffe dans les combats, si tu es trop blessé, tu deviens… Violent. »

L’Endeuilleur les rejoignit.

« On a gagné pour cette fois, on s’en fout du reste. Une victoire reste une victoire, on va pas chipoter. Réjouissons-nous d’avoir repoussé une fille capable de tenir tête au détenteur du phénix originel ! En plus, elle… Elle est super belle…

-Faut p’ete pas abuser, répondit Rubis. Ok, elle est canon, mais sa tronche super agressive et sa manière de boire comme un trou, moi ça m’met d’travers. »

 

 

 

                « C’est horrible ! Ma fille a tenté de tuer votre fils !

-Du calme Kiérol ! C’est aussi ma fille ! C’est une guerre fraternelle ! Enfin, semi-fraternel. Rah !! »

C’est lui qui perdait son calme. C’était dur d’être spectateur et de ne pas pouvoir agir. Crystal regardait fixement le poste de télévision en angoissant et en se rongeant les ongles. Le fax sonna.

« Hum, Altey est arrivée au paradis céleste. Elle a fait la moitié du chemin. »

Le silence retomba.

« C’est sensé être une bonne nouvelle ! »

Seul Sarasin était intéressé, pas même Davestyne qui pourtant ne connaissait personne ici.

« Quel accueil. »

Le fax sonna à nouveau. Sarasin retint son souffle, mais personne d’autre. Satan lut lentement.

« Hum, on va avoir de la visite.

-Rah ! Explosa l’empereur ! J’en ai marre de rester enfermé ici à nous entasser dans ce cachot ! Les murs sont en pierres rougeâtres super moches et on sort plus ! On se croirait dans une émission de télé-réalité comme on en voit parfois dans ce stupide téléviseur ! Reste plus qu’à se bouffer le nez à savoir pourquoi Jade est méchante, c’est la faute de qui, et à savoir si Davestyne est jalouse de l’attention que Sarasin porte à Altey ! On est pas dans une comédie romantique ! J’suis un combattant ! Merde !

-J’suis d’accord, répliqua Sarasin. On est tous des meurtriers guerriers légendaires !

-Tu peux parler, toi, tu peux remonter ! T’es pas mort, toi ! T’as choisi de faire comme si en allant en enfer !

-J’remonterais jamais ! J’ai une jambe en moins si je sors ! Quel guerrier a une jambe amputé ? Quel assassin ?! Borgne, manchot, d’accord, mais avoir une jambe en moins c’est la mort assuré ! »

Satan soupira. Il relut le texte.

« Va y avoir de l’agitation à la surface. »

 

 

                Rubis et ses compagnons arrivèrent dans une ville, plus ou moins là où ils le souhaitaient.

« Bon. Comment on fait ?

-Faut se trouver une base. Genre un manoir, un château, on compte avoir une armée. Je propose de se renseigner, histoire de virer les sectes et se faire un nom. Ils nous faudrait une marque, pour montrer qu’on représente notre organisation anti-secte. Il nous faut un nom, un emblème, et une réputation. Voila les trois bases.

-M’occupe du renseignement. Proposa Améthyste.

-Ok. ‘Deuil, imagine-nous un emblème. Ca doit montrer que : On est violent, on est juste, on vous surveille !

-J’vais y réfléchir.

-Tu te charges du nom. Moi, je vais nous trouver une base. 

-Je t’accompagne, pas mieux à faire. L’inspiration viendra peut-être.

-Vendu. »

Ils se séparèrent. Améthyste alla à la taverne, comme à son habitude. Rubis prit un plan et farfouilla la ville.

« On pourrait utiliser un animal comme logo.

-Naze.

-Une arme ? Une épée avec une balance ? »

Ils déclarèrent en même temps.

« Trop banal. »

Rubis désigna un château non fortifié visiblement désaffecté et en très mauvaise état.

« Quoi ? Ce taudis ?

-ca se répare. Je te donne une promotion : t’es technicien de surface. ‘Fin balayeur. »

Il lui donna une bourse.

« Va acheter de quoi meubler tout ça, trois lits et un balai. J’vais faire l’état des lieux.

-T’es sur de vouloir aller ici ?

-Je pense que oui.

-Ben tu sais quoi ? tu vas y aller toi-même, moi je planche sur le logo.

-C’est ça. Dégage. »

L’Endeuilleur grommela et partit. Améthyste le rejoignit peu après.

« J’en ai dégoté une ou deux, très mineur.

-Y’a plus qu’à raser tout ça.

-Attend, on va pas les raser à la barbare, mauvais pour la réputation. T’y vas seul, parce que t’es le chef, et tu fais ça bien. C’est-à-dire, tu tue que quand il le faut, tu exécute publiquement le prophète, et tu cris pas ‘Yaaaaaarg’ quand c’est fini.

-Oui mon n’amour. »

Améthyste sortit un paquet de cigarette et en alluma une.

« Hep hep hep ! T’avais promis que t’arrêtes de fumer !

-C’pas du tabac, c’est une tisane, mais sous forme de cigarette. »

Elle lui souffla sa fumée à la figure. Effectivement, ça sentait la tisane.

« Aucun effet nocif ?

-Pas d’impact sur la santé, à part que ça détend, et ça ne provoque pas de dépendance. T’en veux une ? 

-Sans façon. »

Il la regardait avec méfiance. Soudain, elle lui asséna une grande gifle.

« T’es vraiment lourd. Ca fait combien de temps que j’ai arrêté tout produit illicite ? Tu pourrais pas me faire confiance ? T’es vraiment lourd à toujours douter de moi. »

Rubis sourit.

« C’est vrai, excuse-moi chéri. Je vais démanteler les sectes, je reviens pour le dîner.

-J’cuisine pas.

-Encore heureux, j’veux pas mourir.

-Qu… Salopiaud ! »

Il s’enfuit par les airs.

 

                Rubis arriva dans les sectes provoqua en avalanche de flamme à son arrivée. Il saisit le prophète.

« Au nom de mon nom, je t’arrête. »

Il lui asséna un grand coup de pied dans le ventre et le mit à terre.

« Ceux qui ne fuitent pas seront exécuter. »

Certains prirent les armes et attaquèrent. Rubis invoqua ses pugilats. A la première passe, deux tombèrent avec une plaie brûlante. Les acolytes insistèrent en vain,  Rubis était le plus fort.

« Incinération de masse ! »

Il dégagea de grandes flammes et brûla tout ce qui l’entourait. Il sortit en marchant sur les cadavres carbonisés. Il s’attaqua au dieu. Il se jeta sur lui et le trancha sans peine. Il n’y avait aucune gloire à en tirer, mais il l’avait fait et sa réputation en profiterait. Il retourna à sa base.

 

                L’Endeuilleur avait installé trois chambres, séparant garçons et fille dans deux ailes différentes. Après tout, leur armée devait être logée.

« On manque de tout, dit-il à Rubis. Pas d’armes, pas d’uniforme, le manoir est juste passable, et j’ai pas trouvé de logo.

-C’est toujours dur de commencer un projet. Mais à cœur vaillant rien d’impossible. »

Une voix forte résonna.

« Voila qui est bien parlé !! »

C’était un homme en armure bleu sombre, assez élancé, avec une épée runique bleutée, des cheveux gris et le signe de la croix gammée à trois branches sur le torse.

« Faut du courage pour aborder un tel symbole.

-Je l’ai longtemps caché, je n’aurais jamais dû. Vous êtes le fils du Seigneur-Croc, et…

-Raah ! Non, je ne le suis pas ! »

L’Endeuilleur le regarda en soupirant.

« C’est bon, tu peux dire que t’es son fils, j’vais pas te gonfler.

-C’est pas ça le problème !

-Tu es le fils du Seigneur-Croc, pourquoi tu le caches ? Le sang de… »

Rubis le frappa avec force au visage. Mais pour de vrai, Rubis avait frappé pour tuer.

« J’en ai marre ! Je ne suis pas ‘Le fils du Seigneur-Croc’ bordel !! C’est pas gravé sur la gueule !! Je suis moi, Rubis, pas le fils d’un tel !! Je suis pas un objet qui ne dépend que de son géniteur, je veux vivre pas moi-même !! 

-Bien d’accord avec ça. »

Une ombre apparut devant lui.

« Tu es le fils du Seigneur-Croc, soit, mais si t’as rien dans les tripes, t’arriveras à rien. Mais il m’semble que tu peux assurer.

-Vous êtes ensemble ?

-J’aimerais ! »

L’homme en noir tenta de prendre celui en armure dans ses bras.

« M’touche pas ! Je me nomme Arthémis Gaeh. J’étais le coéquipier du généralissime. Je m’appelais l’épéiste, ou ‘Le givré’.

-Moi, je suis le Ténébreux. J’avais beaucoup de respect pour ton père. »

Rubis enragea encore.

« J’vous connais même pas, je veux pas hériter du mérite de mon père !

-T’as aucun mérite. Je place juste beaucoup d’espoir en toi, et j’imagine que l’givré c’est pareil. Mais j’veux pas d’un rageux comme chef. Tu te calmes ou on se casse. »

Arthémis acquiesça.

« J’vous nomme officier, j’imagine que vous avez du fric, vous pourrez meubler votre chambre. Allez vous battre pour la meilleure. »

Le ténébreux partit en premier.

« Preum’s !! »

Arthémis resta planté à sa place.

« Je n’ai pas emporté d’argent. J’ai honte, mais je pensais que vous étiez à même de me loger.

-Ben, on peut vivre, mais pas entretenir une armée. Fin pas pour le moment. »

Arthémis hocha la tête en signe d’approbation, l’air de dire ‘Je me débrouillerai’. Il se dirigea choisir ses quartiers. Une flamme apparut devant Rubis. C’était son père.

« Coucou fiston. Je vois que ça avance. Je peux faire quelque chose ?

-J’ai pas b’soin d’aide. Je veux voler de mes propres ailes.

-Euh, c’est déjà fait. Un an que t’es seul et t’es peinard. Mais pour monter un tel projet, c’est dur.

-Tu l’as bien fait.

-Tu te fous de moi ? J’ai dégagé Archéom et je lui ai piqué son trône, j’ai rien foutu.

-Ben je ferais un truc mieux que toi. Humpf ! »

Arch apparut en repoussant son fils.

« Salut grand-père.

-Gr… Grand-père ?!

-T’avais toujours pas fait le rapprochement ? J’ai 17 ans, là.

-Ca fait toujours bizarre. Ecoute, va à Archékelbelzyn. Tu vas dans la salle du trône, et tu casses la troisième pierre en partant de la droite, sixième rangé en partant du bas. Derrière, il y a un pendentif très spécial. Tu le montres à un garde, ça signifie que l’ordre est dissout, et ils doivent te donner tout l’or de la salle des coffres. Il te faudra plusieurs chariots.

-Dissoudre… Les arches ?

-Le monde tel que je le connaissais est mort, de nouvelles générations apparaissent. A quoi sert cette antiquité maintenant que je ne suis plus là ? Ils attendent cet ultime ordre avant de faire autres choses de leur vie.

-Je vois… J’accepte ce présent.

-Certains voudront peut-être te rejoindre. Libre à toi de les accepter.

-Je ne veux pas de fanatiques capables de faire preuve d’exactions.

-C’est très exagérés, ces racontars. »

Satan lui mit une fiche dans les mains.

« T’es aveugle ou quoi ? Tous ceux qui sont morts purgent leur peine ici. C’est pas un ordre de paladins, c’est une horde de sauvage. Contrairement à tous la famille du Seigneur-croc, toi, t’as ta place en enfer ! Mais de l’autre coté de ce mur ! »

Il désigna la direction de la salle des expiations. Rubis reprit :

« Bref, je ne veux pas de ces types. J’irais moi-même, en vol du phénix, j’en ai pour une matinée à tout casser. »

La flamme disparut.

« ‘Deuil, je te confie la gestion des ressources humaines, du recrutement et le devoir de trouver un nom à notre organisation. Je pars dès maintenant. »

Il s’envola dans un déferlement de flammes. Bientôt, un bang sonique retentit. Le ténébreux revint.

« J’ai déposé mon barda dans ma chambre, c’est quoi le planning ?

-Faut retaper la baraque. Rubis arrive avec des fonds, trouve un architecte, je vais voir comment recruter du monde.

-Je vais jouer sur mes relations. »

Il tourna les talons en faisant virevolter sa cape. Améthyste alluma une cigarette à la tisane, pour se détendre, et alla s’affairer. Soudain, un homme en armure l’aborda.

« Eh, je vous reconnais !

-Hum ?

-Vous vous battiez contre la secte du Soleil Rouge !

-T’as une de leur armure, tu cherches la vengeance ? T’es mal parti.

-Non ! Pas du tout ! Je voulais les détruire de l’intérieur, ça… Ca a pas très bien marché. Mais j’ai beaucoup de respect pour ce que vous avez fait !

-Vous m’en voyez honoré, tiens. On monte une organisation pour continuer sur cette lancée. Si t’es intéressé, c’est le manoir, là-bas.

-J’y cours, et je vais ramener des amis !

-Tant que t’es un combattant. Parce que oui, faut quand même une base.

-Pas de problème ! »

Il courut vers le manoir, enthousiasmé.

« Ben ça avance, pas la peine de se faire des cheveux. »

Elle continua à marcher tranquillement. La victoire sur la secte du Soleil Rouge leur avait fait une belle réputation. Elle entra dans une bibliothèque pour tuer le temps, et lut.

 

                Rubis survola la forteresse des arches,  et descendit en piqué. Il atterrit violement.

« Qui ose…

-J’suis Rubis. Vos gueules.

-… Oui ! »

Il écarta les gardes, entra dans la salle du trône, démolit la pierre et prit le pendentif.

« Je veux toutes vos richesses, et votre ordre est dissout. »

Les gardes le regardèrent stupéfiés.

« Comme ça ? Vous… Vous entrez, vous nous dépouillez de toutes nos richesses et vous nous arracher ce que l’on a de plus précieux ?

-Votre ordre est mort avec votre chef. Vous attendez quoi ? Qu’il s’effondre sur lui-même comme Trachéom ?! Le régent est mort de la main de sa pupille. Votre ordre, c’est la porte ouverte aux assassinats de couloir. Allez faire autre chose de votre vie, j’utiliserais vos richesses à bon escient. Menez-moi à la salle des coffres.

-Je… Je refuse !

-Je n’aurai aucune hésitation à te carboniser sur place.

-… Soit… »

Il alla à la salle des coffres. Elle était remplit de coffre, d’or et de pierre précieux.

« Y’en a pour combien ?

-Environs 400 millions de pièces d’or.

-C’est très bien, ça. Vous allez m’aider à tout transporter, direction le manoir. Je monte une organisation antisecte et j’ai besoin de fond. Mettez tout dans une remorque et en route.

-Vous êtes immonde !

-J’estime vous rendre service. Fini de discutailler, y’a un jour de route en charrue, faut pas chômer. »

Personne ne bougeait.

« Aller !! 

-Plutôt mourir que de déshonorer ainsi notre ordre ! »

L’Archempereur apparut dans une flamme.

« Vous l’avez assez salit ! Dépêchez-vous de sauver les apparences !

-Sei…

-Vous êtes ? Frank ? 18 pillages, 45 meurtres injustifiables, dont certains avec cruauté. Faites ce qu’il dit et allez vous terrer dans un coin à pleurnicher, vous n’êtes pas digne de la lumière du soleil !! »

Le regard d’Arch était emplit de colère.

« … A vos ordres… »

 

                L’Endeuilleur s’était aménagé un bureau pour accueillir les candidats, histoire de faire pro. Même si les exigences étaient revues à la baisse, même si personne ne serait refusé à moins d’être un vrai boulet, il fallait donner l’impression d’être sélectif, mais pas élitiste. Il lut sa liste, cinq candidats de recruter. Que faire avec une poignée de combattants inexpérimentés et des destructeurs comme Rubis et Améthyste ? Rien de bien ordonné, c’est sur. Il mit les pieds sur le bureau.

« Ca prend forme… Ca prend forme… »

La porte s’ouvrit. Avant qu’il ait pu réagir, il avait deux lames sous la gorge.

« Au moindre geste, je te décapite.

-J… Jade ?

-Je crois que Rubis n’est pas ici. C’est pourtant marquer ‘direction’ sur la porte… Toi ? Directeur ? »

Elle pouffa.

« Où est-il ?

-Il n’est pas là…

-Bon, alors je repasserais. »

Elle tourna le dos et partit, puis se stoppa.

« Tu pourrais dégaina son arc et me tirer dessus. Tu n’es pas assez lâche pour m’attaquer dans le dos… Ou tu l’es trop pour simplement attaquer ?

-J… J… Je…

-J’ai ma réponse. »

Elle claqua la porte. L’Endeuilleur se leva, ferma la porte à clé et se changea. Il avait mouillé son pantalon et son siège. Son orgueil avait prit un sacré coup. On toqua, il fit un bond.

« Qui va là ?!

-Euh, c’est Améthyste. Y’a un problème mon vieux ?

-Rien du tout !! Casse-toi.

-Oh, comment tu m’parles ?

-Laisse-moi !

-Tsss… On lui donne du pouvoir sur cinq glandu et il se prend pour le maître du monde. »

L’Endeuilleur s’effondra contre la porte, essoufflé et suant à grosses gouttes. Cette fille, Jade, était terrifiante.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auréole ardente.

 

                L’Endeuilleur venait de faire un cauchemar horrible. Il avait rêvé de Jade, elle le poursuivait et avait fini par l’éventrer. Il se leva.

« Vous avez fait un mauvais rêve, monsieur ? »

Encore dans le brouillard, il regarda difficilement la servante à son chevet.

« Vous… Vous êtes qui ?

-Je suis gouvernante, et je suis ici pour vous servir.

-… Et qu’est-ce que vous faites ici ?

-Comme je viens de le dire…

-Non, ici, dans ce manoir. T’étais pas là, hier.

-Ah, vous ne savez pas ? Je suis une suivante de la famille Gaeh. Arthémis a amené nombre d’agent d’entretient pour rénover les lieux.

-Arthémis ? Quelle bonne surprise.

-Désirez-vous prendre un bain ?

-Non c’est b…

-Un petit déjeuner ?

-Non j….

-Un…

-Bon, je sais que tu fais ton taf, mais c’est pas mon style de me faire servir. Je vais t’assigner à un autre poste où tu seras plus utile.

-Comme il vous sierra. »

Elle sortit. Quand la porte fut ouverte, ne serait-ce qu’un instant, il entendit Améthyste jurer à plein poumon.

« J’suis pas une grosse bourge ! J’ai b’soin d’personne ! Cassez-vous ou j’vous casse le crâne !

-… Quelle mégère. Murmura-t-il.

-J’ai entendu !!! »

Il sauta de lit et ferma la porte, puis la fenêtre. Il vit au passage que Rubis était rentré, avec plusieurs remorques remplies de pièces d’or. Il le rejoignit.

« La vache ! On est milliardaire !

-Millionnaire. Y’a 400 millions de pièces d’or à vue de nez. Mais rêve pas, c’est pour l’organisation. Et la trésorière, c’est Améthyste.

-Je peux l’être ?

-Trésorière ? T’as le profil, mais par les compétences. »

L’Endeuilleur jura à voix basse.

« J’ai déjà aménagé une salle des coffres.

-Excellente nouvelle ! Sinon, c’est toi qui a dégoté ces suivants ?

-Non, c’est Arthémis.

-Il fait bien, une organisation c’est pas qu’une bande de guerriers. Par contre il faudrait voir à fortifier le bâtiment.

-On y est pas encore. Mais c’est sur qu’on va se faire des ennemis. Questions combattants, on cinq novices, deux officiers, et nous trois.

-Cinq ? On commence tous quelque part. »

Il ne quittait pas sa feuille des yeux.

« C’est quoi ?

-Le montant des richesses. Y’a des objets qui ont leur place dans un musée, j’hésite à leur donner ou les vendre.

-Faut se faire du fric !

-Cupide. Les donner nous ferait une réputation de bienveillance, mais effectivement il faut de l’argent. T’as planché sur un nom ?

-Ben , je pense utiliser le terme ‘Légion’. Mais après… La légion du courage ?

-Non. »

Il leva les yeux au ciel.

« Hum… C’est pas une mauvaise idée, légion. Il faut un adjectif signifiant à la fois la justice et la vengeance. On est des gentils, mais on se bats et faut un nom qui intimide un minimum.

-J’ai trouvé ! L’Auréole Ardente ! En plus c’est toi le chef, avec le phénix !

-Hum, j’aime bien. »

Se jetant sur Rubis comme un fauve, Améthyste le prit dans ses bras et manqua de le faire tomber.

« Tu m’as manqué !!

-Et ben… »

Il caressa ses cheveux.

« Toi aussi… »

L’Endeuilleur soupira et partit. Cette vision était assez frustrante pour ne pas rester. Il se chargea de déplacer l’or dans la cave, qui garderait le trésor. Les murs étaient renforcés en titane, la porte était celle d’un coffre-fort, avec une combinaison à douze chiffres et lettres.

« Prenez ce sac ! N’en renversez pas, rien qu’à imaginer la galère pour tout ramasser. Les objets sur la droite, les pièces par là, j’amène des coffres pour faire plus classe que des sacs. Que quelqu’un me fixe des étagères s’il vous plait. »

Il continua l’organisation jusqu’au soleil couchant. Le manoir était désormais propre, et quelques modifications dans ses fondations le rendait bien plus sur. L’Endeuilleur alla se coucher, fatigué. Il ferma à double tour sa porte qu’il avait renforcée avec des barres d’acier, puis sa fenêtre qui ressemblait désormais à une meurtrière de château fort. Il regarda la lune, à moitié caché par le toit. Soudain, une silhouette apparut devant. Elancée, avec deux doubles lames dans le dos, et des cheveux longs. Il bondit en arrière et se cacha sous son lit. Reflexe ridicule, mais humain. Il voulait prier, mais il n’avait pas de dieu pour ça. Il se contentait d’attendre, impuissant.

 

                Rubis dormait sur le vendre d’Améthyste, le sourire aux lèvres. Celle-ci fumait une cigarette à la tisane pour dormir. Ils étaient dans l’obscurité la plus total, ne laissa apparaître que le pont rouge de la cigarette embrasée.

« Je suis fier de ce qu’on a construit. Dit-il.

-Moi aussi. Et je suis fière de t‘avoir comme chef.

-Je t’aime.

-Moi aussi… »

La point rouge de la cigarette se déplaça pour se positionné devant eux, à 1m80 du sol.

« Rubis !! Hurla Améthyste, y’a quelqu’un !!

-Qu’est-ce tu dis… C’est ridicule…

-Allume la lumière !! »

Il fit apparaître une flamme. Devant eux se tenait Jade, armes rengainées. Il bondit du lit et invoqua ses armes de pugilats enflammées et ses ailes de feu. Améthyste s’arma de composant et se prépara au combat.

« J’suis pas venu me battre, dit-elle.

-Quoi ?

-La dernière fois, j’étais tellement pressé de vous tuer, et tellement sûre d’y parvenir, que j’ai oublié de vous filer ça. »

Elle jeta à Rubis la couronne de Koljeizer.

« Elle te revient, puisque t’es le dernier descendant direct du trône. J’suis une fille illégitime parce que j’suis pas de la reine Crystal, c’te connerie, et Améthyste est adopté. Pis t’es l’ainé aussi. »

Elle souffla sa fumée sur Rubis.

« J’ai fait ce que j’avais à faire, je vais partir.

-Tu crois qu’on va te laisser faire ?

-J’suis pas là pour me battre, mais j’y suis préparé. »

Il se mit en garde.

« … T’es sur ? »

Elle restait impassible, neutre, avec un regard méprisant et hautain. La cigarette parachevait ce portrait de snob imbu jusqu’à l’os.

« Quel calme, je suis impressionné… Dépêche-toi de dégainer !

-Je suis toujours prête, pas besoin de préparatifs. »

Elle tourna les talons et sortit.

« Tu vas vraiment… Te barrer ? Comme ça ? »

Elle quitta la pièce.

 

                L’Endeuilleur jeta un œil derrière sa porte entrouverte. Rien à droite, rien à gauche. Il fallait prévenir Rubis ! Il sortit à pas de loup, rasant les murs. Il avait mit sa cape noir pour mieux se dissimuler. Il sauta derrière une colonne comme un assassin. Furtivement, il avança à tâtons vers la chambre de Rubis, retenant son souffle.

« T’es le seul à te croire discret. »

Il sursauta, c’était Jade, l’objet de ses cauchemars.

« T’as vraiment rien dans le slip. Aller, écarte-toi de mon chemin. »

Elle le bouscula violement pour passer. Il dégaina son arc et la visa.

« Sois pas ridicule. Dit-elle. T’auras jamais le cran de tirer.

-Qu’est-ce… Que tu fais là ?

-J’te l’dirais pas.

-Tu voulais voir Rubis ?

-J’te l’dirais pas.

-Putain t’es qui ?!

-… J’te l’dirais pas. »

Sa flèche lui glissa ses doigts et partit vers Jade. Elle dégaina à une vitesse démentielle et dévia le projectile.

« Alors tu veux te battre ? Aucun souci.

-Non, je… Je… »

Elle lui mit une lame sous la gorge, il pleurait de peur et ses jambes flageolaient.

« Ne… Ne me tue pas… »

Elle jeta sa cigarette et le regarda avec fureur et malveillance.

« Tu ramperais aux pieds de n’importe qui. »

Elle rengaina.

« Je déteste les types comme toi. Les lâches, les couards. Les indignes. Va creuser ta tombe et enterre-toi, p’ète que j’aurais assez de pitié pour y foutre une pierre tombale. »

L’Endeuilleur craqua, encocha une nouvelle flèche et tira, en visant la tête cette fois. Elle esquiva d’un mouvement fluide.

« Je ne pardonne qu’une fois. »

Elle dégaina, puis fondit sur lui. Il décocha un salve, mais en vain, elle était déjà derrière lui, prêt à la tuer.

« Fini de jouer. »

Sans se démonter, il se dégagea et tira encore. Elle esquiva sans mal et lui entailla la gorge d’un mouvement rapide.

« J’ai juste effleuré le muscle, j’vais même pas m’abaisser à te tuer. Reste à ta place, morveux, et j’éviterais de te marcher dessus. »

Il encocha à nouveau, elle se retourna si vite qu’il ne vit qu’un reflet, et le frappa au visage pour le jeter à terre. Elle posa le pied le torse de son adversaire en signe de victoire.

« Pas mal. La persévérance, c’est une qualité, même quand on est con. Dommage que dans ton cas, ce soit de l’inconscience. »

Elle haussa les sourcils.

« C’est la deuxième fois que je te fais mouiller ton pantalon. T’es vraiment pathétique. Cette fois, j’en ai marre. Je t’achève. »

Il ferma les yeux comme s’il avait déjà mal. Un vent brûlant le ramena à la réalité. C’était Rubis.

« J’croyais que t’étais pas là pour te battre.

-J’ai fais que me défendre.

-Te défendre ? Contre ça ? T’as rien trouvé de mieux comme excuse ? »

Jade soupira et relâcha sa prise. Elle dit à sa victime :

« Je peux partir, ou tu comptes encore m’attaquer dans le dos ? »

Elle soupira encore d’agacement, bouscula Rubis sans se brûler et partit. Il fit disparaître ses flammes.

« Ca va, Deuil ?

-M’touche pas ! »

Il se recroquevilla en pleurant.

« J’suis vraiment qu’un nul… Même pas été foutu d’la toucher… J’suis juste ‘ça’…

-Je disais pas ça méchamment, c’était pour éviter qu’elle te blesse encore. J’ai juste joué sur son orgueil.

-J’suis rien… J’suis trop faible, je mérite même pas d’être dans cette association… Je mérite pas d’être dans l’auréole ardente…

-Je t’interdis de déserter, sinon je te traque jusqu’à ta mort.

-Tu vois, t’es obligé de me menacer, tu joues sur ma faiblesse, ma lâcheté.

-Mais non… »

Mais si. Bien sûr que si. L’Endeuilleur était faible, et Rubis n’avait pas trouvé mieux que le menacer. Lui aussi se trouvait minable de recourir à le menace au moindre problème. Même son père n’était pas assez barbare pour en faire autant. Il partit, laissant son ami sur le sol. La solitude était ce qu’il y avait de mieux pour lui.

 

                Leurs rangs grossissaient. En un mois, il avait près d’une centaine de combattants et un peu moins d’agent d’entretien. Ils gagnaient en influence et le bouche-à-oreille jouait en leur faveur. Améthyste avait mit en place un réseau d’information pour s’informer sur les sectes à repérer et éliminer, Rubis, lui, se chargeait de promouvoir l’Auréole Ardente, ou la A2 comme il l’appelait. (A2=A²=AA=Auréole Ardente). Il se battait toujours avec classe, quitte à perdre de l’efficacité, et travaillait son charisme devant son miroir. L’Endeuilleur, lui, recrutait les candidats.

« Jamais d’entrainement, aucune formation de combattant, et on en fait pas ici. Désolé, il y a des critères pour entrer ici. Je suis confus. »

Le candidat sortit, déçu mais visiblement, il s’y attendait. Rubis entra.

« T’es pas assez méchant. Faut pas que les gens croient qu’on accepte n’importe qui.

-Pas question qu’on passe pour des enfoirés. Les gens nous jugent beaucoup par le service de recrutement.

-Laisse-moi faire, je vais m’en occuper d’un ou deux.

-Certainement pas ! J’tiens pas à couler la boutique.

-Mais…

-Il y a des critères pour ce poste. Je suis confus, mettez-vous sur le coté.

-Grrr… Sinon, ton entrainement à toi, ça avance ?

-Tant que c’est pas en combat réel, j’ai pas l’impression d’avancer.

-C’est normal. Tu devrais peut-être venir avec moi pour lutter contre les sectes, ça te ferait un nom, c’est quand même pour classe pour accueillir les gens, qu’ils se disent qu’ils sont pas reçu par un secrétaire quelconque.

-C’est pas con, ce que tu dis. Vraiment. Si je suis disponible, je viens à la prochaine mission. »

Une cloche retentit frénétiquement.

« C’est quoi ?

-J’sais pas, mais c’est pas une bonne nouvelle. »

 

                Le ténébreux tirait comme un fou furieux sur la corde de la cloche, et Améthyste lui répétait sans cesse de tirer plus fort.

« Oh ! Tu vas nous rendre sourd !! Fit Rubis.

-C’est grave ! D’après mes sources, les survivants de la secte du Soleil Rouge se sont unis vers d’autres sectes pour nous éradiquer ! Leur nom : Les larmes du Soleil. Ils sont très nombreux et ils ont des engins de siège, des stratèges… S’ils lancent une attaque, c’est la fin !

-Ca me plait pas du tout… Ils savent où nous sommes ?

-On peut pas vraiment dire qu’on se cache, mais les info, c’est pas leur point fort. D’après mes sources, c’est tellement la cohue chez eux qu’ils attaqueront pas avant des mois. On a le temps de se préparer, mais ils faut tout revoir ! Plus d’effectif, il faut fortifier le manoir, il faut…

-Du calme, fit Rubis. Je comprends ton inquiétude, mais ne t’emballe pas, on va gérer ça. Ténébreux, il faut fortifier le bâtiment principal et peut-être mettre des remparts, trouve un architecte de guerre. Arthémis ! Tu t’y connais en guerre à l’embuscade, non ? Prépare le terrain. Il faut lancer une campagne de mobilisation pour contrer l’assaut ! Endeuilleur, c’est ton taf ! »

Il s’envola dans son phénix enflammé et regarda aux alentours. Ils étaient presque entourés de montagnes. Ils ne pourraient pas être encerclés, mais ils ne pourraient pas fuir non plus. Ils trouvèrent un architecte de guerre, et commencèrent à construire des défenses. Il ne restait plus qu’à gagner du temps.

 

                Rubis redescendit et alla inspecter la ville. Il n’y avait aucune raison d’embarquer les civils là-dedans, mais les expulser était hors de question. Il fallait donc trouver une solution à ce problème, aussi léger soit-il, car il n’aurait pas de pitié à les sacrifier pour son œuvre. Il esquiva un coup de dague.

« Qu’est-ce que ? »

Il para d’autres coups et désarma son adversaire, et lui mit ses pugilats sous la gorge. C’était une fille de son âge, avec les cheveux longs et rouge, et un regard agressif.

« T’es pas dingue d’attaquer les gens, comme ça ?

-Qu’est-ce que t’attends ? Tue-moi !

-Je vais y penser. Alors, pourquoi tu m’attaques ?

-Tu m’achèves pas parce que je suis une fille ?

-Punaise… T’es vraiment étroite d’esprit. »

Il lui trancha la carotide, mais manqua la jugulaire. Elle tomba.

« Debout, c’est l’heure de mourir.

-Tu m’as manqué parce que je suis une fille, hein ? Avoue !

-Non, parce que t’as esquivé. Aller lève-toi, je frappe pas un ennemi à terre. Je me trouve déjà gentil de te proposer de t’achever, plutôt que d’attendre que tu te vides de ton sang. »

Il ramassa les dagues. C’étaient des kriss. La fille se tortillait sur le sol en essayant de bloquer l’hémorragie avec ses doigts. Rubis soupira, déchira sa cape et se servir de l’étoffe pour arrêter la perte de sang.

« Je te demande pas d’aide !

-Tes lèvres disent non, mais ton regard dit oui. »

Il resserra le bandage, quitte à l’étrangler.

« Va à l’hosto, et t’amuse plus à attaquer les gens sans raison. La prochaine fois, je t’incinère vive ! »

Il reprit sa route en allongeant le pas.

 

                L’Endeuilleur somnolait dans son bureau, un livre sur la tête pour cacher la lumière du Soleil. On toqua.

« Les candidatures spontanées ne commencent qu’à 14h. »

La porte s’ouvrit, puis claqua férocement. Il se força à se réveiller.

« Hum, quoi ? »

C’était la fille aux kriss, elle avait un pansement sur la gorge et du sang en coulait quand elle parlait.

« Où est Rubis ?

-Occupé. Qu’est-ce que tu veux ?

-Je veux ma revanche. Fais-moi entrer ici, je lui montrerais ce que je vaux !

-… D’accord. Combattante alors ?

-Oui. Lui, il est quoi ? Chef derrière cinquante lignes de gardes ?

-Rubis ? Infanterie première ligne.

-Un… Un chef ? En première ligne ?

-Oui. Alors, c’est quoi tes compétences ? T’as des références ? »

Elle dégaina.

« Je vais te montrer ! »

Il hocha la tête et sortit son arc spectral. Anadrys se jeta sur lui, mais il esquiva sans mal et l’effleura d’une flèche volontairement ratée.

« Mouais. Si t’arrive même pas à sortir de ma ligne de mire, tu terrasseras jamais Rubis. Il est largement plus fort que moi, c’est pas le chef pour rien. Tes mouvements sont pas mal, tu es engagée. »

Il lui tendit la main.

« Bienvenu.

-C’est quoi, ici ? Je m’engage dans quoi ?

-T’es même pas au courant ?

-Une secte, non ?

-… Pas vraiment. On est plutôt une organisation antisecte, la A2… Je veux dire, l’Auréole Ardente.

-Ca m’intéresse, je reste.

-Très bien. Quasiment toutes les chambres sont libres, je te laisse en choisir une. On verra le règlement plus tard, c’est le même que dans n’importe quelle armée régulière. Si tu as besoin de quelque chose, surtout n’hésite pas, je suis à ta disposition. »

Anadrys acquiesça.

« On se voit plus tard. »

 

                Améthyste sortit de sa chambre, les bras plein de composants divers dont il valait mieux ignorer la nature. Elle fut bousculée par Anadrys et les lâcha. Elle lui jeta :

« Eh ! Regarde où tu vas, sale fille de joie de bas d’gamme ! 

-Oh, comment tu m’as appelé ?! »

Améthyste la repoussa violement et commença à rassemblait ses affaires.

« C’est quoi ces trucs dégueux ?

-J’t’en pose des questions ? Retourne jouer à la marelle et fous-moi la paix ! Y’en a qui bosse ici ! Et qu’est-ce tu fiches là, d’abord ? C’est une propriété privé, résidu ordurier !

-Je suis un soldat, ici ! Et toi t’es quoi ? La boniche ?!

-J’suis la trésorière, et j’suis la compagne du chef ! Vire de là ou je te dégage à coups de pied dans la péninsule qui te sert de postérieur !! »

Anadrys dégaina ses kriss.

« Alors j’vais me faire une joie de faire enrager ce Rubis ! Il va payer pour m’avoir humilié ! Mais je ne le pensais pas assez bas pour s’enticher d’une larve de blondasse visiblement pas foutu d’avoir une once de féministé, et qui s’amuse à fouiller les poubelles ! »

Améthyste jeta des composants en l’air et invoqua un sort, un éclair mauve passa entre eux, puis foudroya Anadrys d’une faible décharge électrique, mais qui lui embrasa les cheveux et la recouvrit de cendre, sans parler de l’odeur de la transpiration brûlée.

« Es… Espèce de sale… »

Améthyste esquiva un coup et la fit trébucher. Elle dit d’un ton hargneux et méprisant.

« Et tu dis vouloir te venger de Rubis ? Elle est où ton armée ? »

L’Endeuilleur intervint soudain.

« Eh ben les filles, vous formez un duo explosif. Améthyste, sois indulgente envers les nouveaux. Et Anadrys, du respect pour tes supérieurs s’il te plait. »

Il l’aida à se relever.

« Besoin d’aide pour tes compos, Améthyste ?

-C’est pas de refus, merci. Apporte les plateaux qui sont sur mon bureau, je me suis fait un laboratoire.

-Ah ouais ? Sympa.

-Oui, je me lance dans la recherche expérimentale. Je veux faire une surprise à Rubis… Mon beau Rubis… »

Son regard était aussi tendre qu’un enfant en face du Père Noël. Anadrys la bouscula à nouveau.

« J’me casse, tu m’fais gerber ! »

Améthyste concentra un nouveau sort, mais l’Endeuilleur l’empêcha de le lancer.

« Du calme ! Tire pas ! On a besoin de ce genre de caractère bien trempé ici.

-Ouais, elel est téméraire et toi méga prudent, ça équilibre ! Ah ah ah… »

Il baissa les yeux, et elle réalisa qu’elle l’avait blessé.

« C’était une blague ! Youhou ? Y’a quelqu’un ? »

Il avait un regard vide.

« Ethariane appelle la Lune ! Deuil ! »

Il n’écoutait pas, ne regardait pas. Il repensait au soir où il avait combattu Jade, si on peut appeler ça un combat. Cette terreur qui l’avait pris, cette impuissance, cette rage. Une grande gifle le ramena à la réalité.

« T’as fais bon voyage ? Dit Améthyste.

-Excuse moi, je… Je repensais à Jade… »

Il prit une position qui trahissait sa peur. Améthyste lui donna une tape amicale et ils partirent pour le laboratoire.

 

                Rubis ressortit du temple sous l’ovation de la foule. Une nouvelle secte disparue sous les flammes.

« N’ayez crainte, braves citoyens ! L’auréole Ardente veille sur vous ! »

Il continua sous les bravos. Ca faisait plaisir tout de même. Il rentra au manoir qui dépassait à l’horizon, devant le coucher de Soleil.

 

                Sur place, Améthyste ordonna une réunion.

« D’après mes informateurs, les membres des larmes du Soleil sont pas loin, ils sont en train de s’organiser. Nos défenses ne sont pas prêtes, je propose une frappe préventive. On y va et on tue… Euh casse tout ce qu’on peut et on rentre. Ca vous va ? Ils sont désordonnés, ça ne devrait pas être trop risqué. On y va Rubis, Deuil et moi.

-Hum, fit Rubis. J’adhère à ton point de vue. Il y a pas de chance que ce soit un piège. Endeuilleur, quelles conséquences sur notre réputation ?

-On risque de passer pour un ordre militaire guerroyant avec ses ennemis, mais sans autres justifications que la haine. A moins de les décrédibiliser, on passera pour des salopards.

-Pas dérangeant, ça. On s’expliquera, de toute façon ils auront du mal à passer pour les gentils. Nous, notre réputation est déjà faite. Passons au plan d’attaque. »

Améthyste fit des gestes du bout de son crayon.

« Prenons-les à revers, puis lançons une… Oh, et puis zut. Balançons tout et bouffons-les.

-Pas faux, fit l’Endeuilleur. Avec Rubis en tête et Améthyste en artillerie lourde, pas de soucis à se faire. Et moi aussi je vais me battre, je suis pas mauvais à ce point.

-Bien parlé ! S’exclama Rubis en frappant du poing sur la table. On a besoin de tout l’monde, et sans toi, les choses pourraient être très différentes. On lance l’assaut demain, on sera nous trois au commandement et quelques personnes pour faire parler les canons. Allez vous coucher, il faut prendre des forces. »

 

                Anadrys rasait les murs, couteaux tirés, le regard arrogant et déterminé. Elle cherchait la chambre de Rubis et écouta. Chaque information pourrait donner encore plus d’impact à l’effet de surprise. Elle aurait sa revanche !

« Améthyste… Prends-moi dans tes bras… »

Elle entendit des baisers. Deux adversaires, coriaces en plus, mais ils voguaient à des activités moins guerrières. Elle attendit le moment le plus romantique pour frapper, juste où ils s’y attendent le moins.

« Rubis… Fit sa compagne, viens me faire un câlin mon chaton… »

Pas la peine d’attendre plus. Elle crocheta la porte et chargea en poussant un cri de guerre.

« Vengeance !!! »

En une seconde, les regards des assaillis passèrent de la tendresse à la colère, sans passer par la surprise. Rubis invoqua un pugilat et para, et Améthyste assena un grand coup de pied dans le visage à Anadrys et l’éjecta de la chambre, puis cria :

« Espèce de morue pestilentielle ! C’est plus de la connerie maximisée à ce niveau là ! Ca relève du suicide social à ridicule surdimensionné !! »

Rubis la retint par les épaules.

« Du calme ! Elle vaut pas la peine que tu t’énerves, et je suis sûr qu’au fond, elle est pas aussi conne qu’elle en a l’air.

-Mais… Remarque c’est possible, elle a tellement l’air conne. Par contre être aussi conne qu’elle en a l’air, ça m’a pas l’air possible ça. »

Anadrys se jeta sur eux.

« Yaaaaah ! »

Elle fut repoussée par une troisième personne. C’était l’Endeuilleur.

« C’est bon, je m’occupe d’elle cette nuit.

-Qu’est-ce que tu vas me faire ?!

-Te séquestrer de force dans mon placard. »

Il la força à le suivre. Elle se débattit en vain, toujours persuadé de pouvoir battre Rubis. Quelle limite à son aveuglement ? L’Endeuilleur la jeta dans sa chambre et saisit une chaîne.

« Bon, soit tu te calmes, soit je t’attache. Tu choisis quoi ?

-Va falloir que tu m’attaches, parce que j’compte bien le buter, et toi aussi si tu t’interposes ! »

Elle voulait se battre, mais l’Endeuilleur n’y vit qu’une gamine voulant se chamailler. Il lui fit une clé de bras et la plaqua contre le mur avec le sourire, après tout, ça l’amusait de dominer son adversaire. Mais il ne voyait aucune raison de faire preuve de cruauté à son égare.

« Eh ben, fit une voix derrière la porte. Tu t’es trouvés une gonzesse ? »

Il reconnut cette voix : Jade. Il bondit en arrière et se cacha sous le lit.

« J’ai appris que vous alliez attaquer les larmes du Soleil ? Que des sales types. Rubis n’est peut-être pas si déshonorant pour la lignée du Seigneur-Croc, s’il peut faire le ménage. Mais à la moindre bavure, c’est la guerre ouverte. Et j’ai acquis encore plus de matos et technique que la dernière fois. Le prochain combat, je vous tuerais. Priez pour qu’il n’arrive pas. »

Elle partit. L’Endeuilleur tremblait, recroquevillé sous son lit. Anadrys, elle n’avait retenu qu’une chose :

« Rubis est… Le fils du Seigneur-Croc ?

-Oui, elle aussi… Et Améthyste est la fille adoptive du Seigneur-Croc… Ils me font tous peur…

-Mais t’es un homme ou un gamin ? Allez, sors de sous ce lit !

-On voit que tu ne l’as pas combattu… Elle est si… Terrifiante…

-Je suis là, tout va bien.

-Tu ne l’arrêteras jamais… Personne ne le pourrait. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Du sang et des larmes

 

 

                Rubis et son groupe arrivèrent près d’une montagne.

« Et c’est où ?

-Dans la grotte. Répondit Améthyste. J’avais pensé à bombarder la montagne pour qu’elle leur tombe sur la gueule, mais elle est trop résistante. A moins d’avoir une bombe équivalant à 500 tonnes de TNT. Bon aller, on charge ?

-Plus la victoire semble facile, plus je crois que c’est un piège. Regarde, c’est trop simple !

-Mais non. Catapulte longue portée, tirez !! »

Les engins de siège lancèrent d’immenses rochers qui frappèrent violement le flan de la montagne.

« Tu vois ? Ils ne réagissent même pas.

-Je ne rejette jamais l’inconnu, sauf s’il m’apporte des présents.

-Tu réfléchis trop. »

Elle lui donna une grande tape dans le dos. Les trois combattants avancèrent dans la grotte. Elle était grande, une dizaine de mètre de hauteur, et plus large que haute. Rubis invoqua ses flammes pour éclairer. Aussitôt, une pierre boucha l’entrée. Le sol s’effondra et ils tombèrent. Rubis resta en l’air, porté par ses ailes. Il ne put néanmoins par rattraper ses alliés, mais une chute de cinq mètre de tuerait jamais des combattants. Le danger était en face : une centaine de guerrier en armure, de magicien, c’était une embuscade. Le plafond était bas, ce qui empêchait Rubis de voler vite ou haut, et des runes y étaient tracées.

« Mouha ha ha ha… Vous êtes tombé dans le piège ! »

Améthyste se frotta la tête.

« Quoi ? Sieron ? Ca valait le coup de le battre. Mais pourquoi tu gagnerais maintenant ? On va te mettre une raclée qui… »

Rubis lui fit signe de se taire. Cent guerrier et un dieu, sur leur terrain et ayant une tactique définit, le combat était très mal parti.

« Hin hin hin… »

Améthyste invoqua un sort. Mais l’énergie, qui devait être canalisée, était absorbée par les runes.

« Il sera difficile de lancer un sort long à incanter. L’incantation sera plus longue, plus couteuse en énergie, et le fait que tu nécessites des composants de limite encore plus, car tu ne peux pas te permettre de gaspiller. Le terrain désavantage également Rubis. Vous êtes mal parti, tout les deux. Quant au troisième… Est-ce la peine d’y songer ? »

L’Endeuilleur décocha une flèche rapide, sans canalisation.

« Je croyais que tu ne prenais jamais de risque !

-C’est le cas. »

La flèche passa au-dessus de sa tête.

« Je l’ai manqué ?

-Les runes aspirent la magie. Tes flèches sont déviées. »

Il tira d’autres flèches, mais ne fit au mieux qu’effleurer l’armure du dieu. Rubis invoqua ses pugilats, mais l’énergie était drainée. Bien que cela n’altère pas ses capacités, il ne pourrait pas les maintenir invoqués éternellement. Mais comment abréger le combat ?

« Tout est dit. Chargez ! »

-Chargez ! »

Les deux camps se lancèrent à l’assaut. L’avantage numérique faisait son office, les sorts de zone étaient à moitié dissipé par les runes. L’Endeuilleur avait perdu les trois quart de son efficacité et luttait désormais à l’aide de sa lame spectrale. Il ne pouvait pas utiliser son Imperio Solaris, ni ses flèches, il était devenu inutile. Sans ses sorts, Améthyste peinait également. Tout d’abord, ses sorts étaient plus lents à canaliser, et une horde d’ennemi qui vous attaque n’est pas des mieux pour se concentrer. Occupée à esquiver, les sorts étaient lents et peu efficaces. Sa résistance physique ne lui permettait pas de prendre des risques. Rubis était le seul efficace, tranchant encore et encore de ses lames enflammées. Mais sa faible portée, et les attaques aériennes endiguées, n’étaient pas favorables à un combat multicible. Il pouvait contenir plusieurs adversaires, mais pas une horde. Il lui aurait fallu une épée lourde, une hache, un missile pour lutter contre tant d’adversaire. Il fit une explosion de flammes, elles furent absorbées par les runes du plafond, ne blessant que très peu les soldats en armure.

« Il faut fuir !

-Comment tu veux fuir ? La pierre est très résistante, on ne peut que les vaincre pour sortir !

-On peut pas la casser ?

-Il faudrait un puissant explosif, et je ne peux pas concentrer de sort ! Comment je la fais, l’explosion ?! T’as une bombe de 150 kilos de TNT toi ?! »

Un grand ‘BOUM’ retentit, des morceaux de la pierre roulèrent et tombèrent dans la salle. Un bouclier vint se planter devant eux. Des grenades tombèrent dans les rangs ennemis.

« A couvert, ça va péter ! »

Ils s’abritèrent derrière le bouclier.

« Qu’est-ce que ? Jade ?! »

L’Endeuilleur se colla aux murs, souhaitant disparaître.

« T’es venu m’achever toi-même ?! Quelle infamie ! Dit Rubis.

-T’es aveugle et sourd ? J’viens te sauver la peau ! Grenade à fragmentation ! »

Elle jeta d’autres explosifs. Elle s’aperçut soudain que l’Endeuilleur s’était éloigné et n’était plus protéger.

« ‘Deuil ? Mais qu’il est con ! »

Jade le saisit par le col et le força à se protéger.

« Si tu veux mourir, c’est ton problème ! Mais tu le feras une fois sorti d’ici ! »

Elle tira un coup de blaster, creusant les lignes ennemies, puis fonça aux doubles lames. Ces armes étaient plus qu’efficace face à la foule, quatre lames pour trancher de toutes parts. Jade enchainait les tourbillons et taillades mortelles. A première vue, elle semblait juste agiter ses lames à tout va, mais ce genre de technique était simplement suicidaire avec des doubles lames. Une grande maîtrise était nécessaire pour les utiliser sans se blesser soi-même, et plus encore pour tirer profils de chaque lame, sans qu’aucune ne soit qu’un boulet à traîner. Elle tira encore au blaster. Elle tira un bouton, et le remis dans son dos.

« Imprégnation : Force de la nature ! »

Elle frappa le sol et la grotte fit mine de s’effondrer. Les soldats paniquèrent, et elle en profita pour remonter jusqu’au dieu qui commandait au bout de la salle. Elle reprit son arme à feu qui émettait un bruit assourdissant.

« Dégage !! »

Un tir laser rouge le projeta à terre tant il était puissant. Elle esquiva quelques coups et jeta une grande quantité de grenade. Le dieu était un géant, près de trois mètres, ses grosses mains ne pouvaient pas attraper correctement les grenades et il était bloqué par la foule, le plafond et les cadavres, il se protégea tant qu’il put. Mais les armes étaient chimique voire bactériologique. Malgré sa condition divine, son corps était humain et soumis aux mêmes règles et aux mêmes douleurs insurmontables. Elle lui donna une énorme bombe.

« Tiens-le bien ! »

Elle l’égorgea pour que la douleur l’aveugle. Elle repassa les lignes ennemies en semant la mort et retourna au niveau de Rubis.

« Forme de vol, embarque ta frangine, je prend l’autre ! Imprégnation : Symphonie des vents ! »

Elle prit l’Endeuilleur dans ses bras et sauta, sortant de la salle. Elle fut dépassée par Rubis, qui volait, lui. Elle ne faisait que sauter, bien que ses bonds puissent atteindre les kilomètres de hauteur. Une fois sortie, elle en fit un autre. Des balistes la visèrent et elle fut touchée à l’épaule par une flèche énorme. Elle perdit le contrôle de son saut.

« Ca va ? Demanda l’Endeuilleur.

-Mais oui ! C’est rien ! Ta gueule ! Prépare-toi à la chute, je vais tenter d’amortir. »

Elle invoqua des vents ascendants pour ralentir sa chute. L’Endeuilleur utilisa sa cape comme un parachute pour que les vents s’y engouffrent.

« Bien pensé. Attention v’la l’sol ! »

Ils se posèrent sans mal. Jade amortit la chute ralentie sans peine. L’Endeuilleur roula en tomba pathétiquement.

« Cours, on est suivi !

-Quoi ? Quoi ? »

Elle partit.

« Non ! Me laisse pas seul… »

Il réalisa que c’était Jade, pourquoi lui demander de l’aide ? Elle lui faisait trop peur. Il entendit ses poursuivants. Des aboiements le prévirent qu’ils avaient des chiens. Il regarda autour de lui, espérant un miracle, mais rien ne se passa. Son souffle s’accélérera sous l’effet de la peur, il se plaqua à un arbre, tout en sachant que c’était plus qu’inutile.

« … A l’aide… Quelqu’un… N’importe qui, sauf Jade… »

Jade revint.

« Tu fous quoi à rester planter comme un radis ? Ramène-toi, boulet ! »

Elle le força au sprint. Une fois qu’elle eut gagné une grande avance, elle s’arrêta et ramassa des feuilles de menthe.

« Pour masquer notre odeur, frotte-toi avec. Et sois content que j’utilise pas du purin ! »

Elle mina le terrain rapidement, plaça quelques pièges grossiers et reprit la course. Ils passèrent par la rivière au bout d’un moment, continuèrent à courir une demi-heure et s’arrêtèrent.

 

L’Endeuilleur était hors d’haleine, chaque pas semblait être le dernier. Jade était juste un peu fatiguée. Elle reprit rapidement son souffle. Elle s’assit.

« On devrait être tranquille.

-Pour… Pourquoi tu nous as aidé ?

-J’vous êtes p’t’ête mal jugé, même si vous faites pas honneur au Seigneur-Croc. Mais bon, vous ne salissez pas non plus sa lignée, alors je vais laisser courir un peu.

-Mais… Pourquoi tu m’as aidé ? Moi ?

-J’sais pas, un reflexe. »

Elle planta son bouclier derrière elle pour s’y adosser. Elle planta ses lames jumelles devant elle. Cela lui faisait comme une forme de rempart. Elle sortit une barre vitaminée de sa poche et l’avala en quelques bouchées. Elle en tendit une à l’Endeuilleur.

« Mange, ça te fera du bien. »

Il tendit la main vers elle, puis se rétracta avec peur. Elle lui jeta.

« C’est pas empoisonné.

-M… Merci. »

Elle en mangea une deuxième, puis sortit une couverture de son bouclier qui lui servait visiblement de sac. En la fixant sur son bouclier et ses lames, celui lui faisait une sorte de tente.

« On va passer la nuit là. Rubis et l’autre, là, la blondasse… Améthyste voila. Ils doivent être rentrés. Ils partiront à notre recherche. On peut pas faire de déplacement à l’aide des bonds géants de la symphonie du vent, on serait repéré. Et je connais pas ici, on est perdu. Demain ça sera plus calme. »

L’Endeuilleur acquiesça.

« La nuit va être froide, ta cape va te servir.

-Quoi ? Et la tente ? »

Elle dégaina un poignard et lui mit la lame devant l’œil.

« Va pour que je sauve ta peau et que je te file à bouffer, mais imagine même pas dormir dans mon lit !

-… C’est pas un lit.

-C’est pour une personne, ce truc. Si tu t’approches, je te tues. Sois sûr que je le ferais. »

Elle regarda le ciel.

« On est encore en fin d’après midi… Trouve le moyen de d’occuper en attendant, on reste là. A moins que tu veuilles continuer d’avancer à l’aveuglette. Je vais préparer quelques défenses. »

Elle mina le terrain autour, mit des cordes reliées à des grenades sur les arbres, et régla les appareils pour que seule une présence humaine entraine une réaction. Seul un poids de 60 kg pouvait faire exploser les mines, et le vent ne ferait rien.

« En attendant, comment ça va avec Anadrys ?

-Ah, elle. Elle veut se venger de Rubis pour… Je sais pas quoi. Il l’aurait humilié. Le connaissant, il l’a certainement écrasé en combat et elle veut une revanche. Elle est complètement frapadingue.

-Elle te plait ?

-C’est quoi cette question ?!

-Faut bien tuer le temps.

-Ben, pas spécialement… Pas très futée, mais elle est marrante. »

Jade sortit un jeu de cartes. Marqué sur le paquet : Jeu de solitaire.

« … Pourquoi tu le sors que maintenant ?

-Je voulais me foutre de toi. On fait quoi ? Un menteur ? Un pouilleux ?

-Pourquoi pas un poker ?

-Si tu dis strip poker, je t’égorge.

-… C’est pas mon style. »

Ils jouèrent jusqu’au coucher du Soleil, et plus tard encore. Pour les jeux stratégiques, l’Endeuilleur gagnait tout le temps. Pour le bluff, Jade était une experte. Ils finirent par arrêter.

« Aller, il est temps de dormir. »

Jade se mit sous sa tente. L’Endeuilleur se protégea du froid dans sa cape, assez futile. Un flocon se posa sur son nez. Il éternua en jurant.

 

                C’était trop risqué de faire un feu. La température chutait, et l’Endeuilleur trouvait ce froid insupportable. Mais la simple idée de déranger Jade pour ça le terrifier. Il préféra souffrir en silence. Il ferma les yeux. Soudain, il entendit un reniflement. Devant lui, un loup le reniflait sans signe d’agressivité.

« Un loup !!!! »

Il se jeta dans la tente de Jade. Il en fut éjecté impitoyablement.

« C’est bon, il est pas menaçant. Ferme-la plutôt !

-Un loup… Un loup… Des loups !!! »

Il en vit d’autres rôder autour d’eux.

« La ferme ! Tu es un combattant. T’as rien à craindre d’un animal sauvage. »

C’est vrai. Un animal sauvage ne le vaincrait jamais. Il avait dépassé depuis longtemps le stade où un animal peut lui faire peur. Il entendit un craquement de brindille et sursauta.

« Bon sang ! Cria Jade. T’es pathétique !

-Je suis désolé… Tellement désolé… Je suis minable… »

Jade soupira. Elle sortit son bras de la tente et l’y traina.

« Tu tentes un seul truc, je te tue !

-M… Merci. »

Il réalisa qu’elle aussi avait froid. Elle frissonnait. Il la prit dans sa cape.

« Eh ! J’ai pas besoin de toi !

-Je te protège du froid, tu me protèges de la peur. Ca te va ? »

La chaleur la convainquit plus que les paroles. Elle acquiesça. Elle avait souvent sentit la chaleur des flammes, mais rarement la chaleur humaine. Elle se blottit contre lui par reflexe, pour lutter contre le froid, simplement, mais l’Endeuilleur se raidit, ne sachant pas comment réagir. Il préféra ne pas bouger et la laisser dormir.

 

                Une explosion retentit.

« Wouah !! Une mine !! Y’a des dingues ici ! »

Jade et l’Endeuilleur se réveillèrent et se mirent sous la cape pour profiter encore de la chaleur et du sommeil. Seule la tête de Jade dépassait. Améthyste souleva la un peu la tente pour savoir qui était là-dessous, et vit uniquement Jade. Elle fut surprise et s’éloigna. Jade savait forcément où était l’Endeuilleur, puisqu’elle s’était enfuit avec. Mais rien ne garantissait qu’elle ne la tuerait pas si elle la réveiller. Elle regarda à nouveau et demanda :

« Euh… Jade… »

L’Endeuilleur sortit la tête de la cape.

« ‘Deuil ?! Avec Jade ?! C’est un signe de la fin du monde ! »

Jade reprit ses esprits. Elle s’étira, se frotta les yeux, fit une mine adorable, puis éjecta l’Endeuilleur de la tente avec naturel.

« Hum, déjà le matin. Bien dormi ? Dit-elle.

-Oui, mais réveil difficile… T’étais obligé de me dégager comme ça ? »

Améthyste, visiblement témoin d’un phénomène surnaturel, bégaya :

« Vous… Vous avez… Tous les deux ? Enfin… »

Calmement, Jade démonta la tente, prit ses doubles lames et se tourna vers elle.

« A ton avis ?

-… Eh bien…

-Dis non, ou j’te bute !

-Oui, non ! Bien sur, c’est pas possible. Hein Endeuilleur ? »

Il acquiesça.

« On luttait contre le froid sauvage et cruel qui… »

Améthyste pouffa devant une excuse si mauvaise, aussi réaliste soit-elle.

« Enfin, vous vous entendez bien. Je serais votre témoin de mariage !

-Mais on s’entend pas ! Protesta Jade avec une mauvaise foi d’un rare niveau. C’est pas parce qu’on a passé une nuit ensemble collé l’un contre l’autre qu’on… Nan mais forcément présenté sous cet angle, eh Endeuilleur défend-moi ! On a rien fait, si j’t’ai pris dans mes bras, mais c’est parce que la chaleur est surtout perdu au niveau du torse et de la tête que… Oh et puis zut ! »

Elle lui donna un grand coup de poing qui le sonna et le fit tomber à ses pieds. Alors qu’elle allait affirmer que ce coup était la preuve de leur non-relation, l’Endeuilleur la coupa avec un cri du cœur qu’il ne put contenir face aux pieds nus de Jade :

« Ouaah la tête de ma mère comment tu pues des pieds ! Y’a un hamster crevé ou quoi ?! Eh remets tes pompes, tu sauveras des vies ! »

Elle le saisit par le col pour qu’il réalise à qui il parlait.

« Tu dis quoi là ?! »

Améthyste le dégagea.

« L’amoche pas trop, je vais le gronder. Faut qu’on y aille là. Au fait, merci beaucoup pour ton aide. Et profite parce que j’remercie pas souvent les gens !

-Je viens avec vous, je dois parler à Rubis.

-Tu peux essayer, mais il te tuera.

-Et pas toi ?

-Si je ne t’attaque pas maintenant, c’est parce que je perdrai à coup sûr. N’oublie pas que tu as tué le maréchal Aomushni ! »

L’Endeuilleur se cache derrière Améthyste, toujours effrayé.

 

 

                Ils arrivèrent au manoir de l’Auréole Ardente. Rubis vint vers l’Endeuilleur :

« Tu nous as fait peur, tu sais ? J’suis content que tu sois indemne ! J’ai bien cru que Jade allait de tuer et te manger.

-Le manger ?! »

Jade apparut de derrière le groupe.

« Toi ?! »

Rubis s’enflamma. Améthyste s’arma également, et tous les combattants présents dégainèrent. L’Endeuilleur invoqua son arc spectral et le pointa vers Rubis.

« Traître !

-Comme si j’allais t’avoir avec une flèche… Ecoute, Jade ne veut plus te tuer, elle ne pense plus que tu es un déshonneur pour ton père. Et elle regrette vraiment d’avoir tué le maréchal, hein Jade ?

-Le maréchal, je m’en fous, mais le reste est vrai. »

Elle prit une cigarette à la tisane et en jeta une à Améthyste.

« Ton pote l’Endeuilleur a peur du noir, des loups, de la solitude… J’en passe. Si j’avais pas été là, vous l’auriez retrouvé dans un état pitoyable. »

L’Endeuilleur fit une grimace, puis lui fit signe de se taire.

« Tu peux développer ? Demanda Rubis.

-Vous l’auriez retrouvé recroqueviller sur lui-même, dans une flaque jaune, les larmes aux yeux et tout flageolant.

-Tu penses qu’insulter un de mes amis va t’aider ?

-Seule la vérité blesse. »

L’Endeuilleur voulait disparaître. Il désinvoqua son arc. Rubis fit de même avec ses pugilats.

« Etant donné que tu as aidé un membre de la 2A, je te laisse partir cette fois.

-Justement, je ne veux pas partir, je vous propose mon aide.

-On n’en veut pas ! Tu n’es pas la bienvenue !

-… Comme tu veux. »

Elle tira sur sa cigarette à la tisane, seule explication réaliste à son calme, puis fit demi-tour. L’Endeuilleur protesta :

« Attend ! Attendez tous les deux ! On peut peut-être trouver un arrangement, Jade est une grande combattante, elle nous serait utile ! C’est grâce à elle qu’on vit encore. Notre attaque de hier, c’était un échec complet. Elle nous a aidé, et… Et… »

Rubis lui lança un regard noir.

« Elle a tué Aomushni, je ne lui pardonnerais jamais. »

L’Endeuilleur courut rejoindre Jade.

« Attend ! Si t’as rien à faire, on peut passer du temps ensemble, tu sais… Donne-moi ton adresse.

-J’ai pas d’adresse. Je suis une vagabonde, je dors tous les jours sous ma tente.

-Tu n’as nulle part où vivre ?

-Je m’en sors très bien comme ça.

-Mais c’est horrible, tu… »

Il se retourna, Rubis et les autres étaient partis.

« Ta place est avec eux, fous-moi la paix. Je te fais tellement peur que tes jambes flageolent. Si je renonce à ma vengeance, ma vie n’a plus de sens. Mais même si j’ai pas de raison de vivre, j’ai pas non plus de raison de mourir.

-Tu vas retourner vagabonder ? Seule dans ta solitude ?

-… C’est profond ce que tu dis là.

-Laisse-moi juste passer la journée avec toi, juste une journée ! Pour… Pour… Te montrer ma reconnaissance !

-… Accordé. Jusqu’au coucher du soleil. On est en automne, il est midi. Tu as peu de temps. »

Il réfléchit à quoi faire, puis décida d’aller en ville. Ils allèrent dans une fête foraine puisque, après tout, ils n’avaient rien de bien constructif à faire.

 

                Jade lança la balle si fort que toutes les conserves tombèrent.

« Eh ben, elle est force la minette ! Voici votre prix, ma petite mademoiselle. »

Il lui tendit une peluche d’ours rose, avec un cœur rouge sur la poitrine.

« Les préjugés, j’te jure. »

L’Endeuilleur essaya à son tour, mais ne fit pas aussi bien. Il ne gagna qu’un porteclé. Il traina Jade de force dans le train fantôme. Elle l’en empêcha.

« C’est pas une bonne idée.

-Mais si ! Aller viens !

-… Faudra que tu assumes. »

Ils montèrent dans un wagon qui avança lentement en grinçant. Ils étaient dans le noir, quand un squelette bondit devant eux. L’Endeuilleur sursauta, mais Jade dut se retenir de ne pas frapper l’arrivant par reflexe. Puis ce fut au tour d’une sorcière d’essayer de les surprendre. Ils gardèrent leur calme. Puis un faux vampire couvert de sang apparut. L’Endeuilleur laissa échapper un hurlement de peur, Jade resta impassible. Un autre squelette, elle crut s’endormir. Ils s’approchèrent d’un panneau marqué ‘Sortie’ en vert. Ils étaient à la fin.

« C’était court, ralla Jade.

-Oui, mais c’était marrant !

-Marrant ? C’était carrément… »

Un zombie surgit devant eux. Alors que l’Endeuilleur contint son sursaut, Jade poussa un grand cri d’épouvante en se protéger la tête de ses bras. Il éclata de rire.

« Ca y est, t’as eu peur !

-Me regarde pas ! Méchant !

-De… Quoi ?

-Regarde pas ou je t’éviscère à mains nues et je te brûle vif les tripes à l’air !! »

Il accepta, puis se rua sur elle pour lui dégager les bras. Elle cherchait à sécher discrètement ses larmes.

« Salaud ! J’vais te tuer !

-Moi aussi j’ai eu peur, pas de honte à avoir ! Aller rengaine. Rengaine ! Tu vas pas me… »

L’Endeuilleur sortit à toute vitesse, poursuivit par Jade, armes tirées. Toutes les personnes qui attendaient leur tour hurlèrent de peur et certains s’évanouirent.

 

                Jade plaqua l’Endeuilleur au sol et s’assit sur son dos.

« Excuse-toi ! Dit-elle en masquant sa gêne.

-Mais y’a pas de quoi se formaliser ! Répondit-il en riant. Je t’ai trouvé très féminine, et très mignonne.

-La simple idée que tu me trouves mignonne me donne des pulsions meurtrières ! »

Elle lui fit une prise de catch douloureuse.

« Aouille ! Stop ! Aie ! »

Elle le lâcha en soupirant.

« J’ai mal jusqu’à mon prénom… Tu peux te lever de sur mon dos, dis ? »

Elle relâcha son étreinte et l’aida à se relever. Elle sourit, ce qui fit sursauter l’Endeuilleur, puis dit :

« On fait un tour dans le labyrinthe des glaces ! Aller ! »

Elle le traîna de force. L’Endeuilleur réalisa que les situations s’étaient inversées, mais que c’était moins drôle d’être embringuer que de le faire. Ils arrivèrent à l’attraction et y entrèrent tour à tour en veillant à se séparer. L’Endeuilleur se prit un, deux, trois, quatre, cinq, six fois un miroir en fonçant dedans. Jade ne prit pas de coup, mais eut bien du mal à trouver la sortie.

« Jade, tu m’entends ?

-Oui. Tu t’en sors ?

-Pas tellement, on essaye de se rejoindre ?

-T’es marrant, toi ! Je sais même pas d’où viens le son !

-Moi, ça vient d’à droite !

-Mais t’es tourné de quel coté ? Gros malin ! »

Elle entendit un bruit sourd et un juron.

« Ca fait sept.

-Y’a trop de miroir ! J’me cogne partout ! »

Elle continua d’avancer à l’instinct, et trouva rapidement la sortie. Elle comprit alors qu’elle s’était simplement guidée à la chaleur extérieure, qui grimpait si elle approchait de la sortie. Elle se posa sur un banc en attendant. L’Endeuilleur mit beaucoup plus de temps à arriver. Elle sortit une cigarette et un briquet.

« Attend attend ! Dit-il.

-Quoi ? J’ai le droit de fumer, non ? 

-Il faut pas utiliser un briquet, le gaz va détruire l’arôme de la cigarette, il faut utiliser une allumette en bois. »

Il craque une allumette et mit feu à la cigarette.

« … Merci. Dit-elle.

-A ton service. »

Il s’assit à coté d’elle.

« On fait autre chose ?

-Le soleil se couche. Le temps imparti est écoulé.

-Mais c’est encore ouvert une bonne heure ! Tu n’es pas pressé pourtant !

-J’ai mes raisons.

-… Comme tu veux. Tu sais où me trouver, hein. »

Elle se leva.

« On se reverra sûrement. A la prochaine.

-Au… Au revoir… »

 

                L’Endeuilleur rentra seul au manoir. A peine fut-il entré dans sa chambre qu’il fut assaillit par Anadrys :

« T’étais où ? On t’as vu partir avec Jade, on croyait que tu reviendrais pas !

-On s’est… Baladé. On a parlé. »

Il se dit qu’évoquer la fête foraine n’était pas la meilleure chose à faire.

« Je suis là, c’est bon. T’as plus besoin de rester ici. »

Elle posa un jeu de société devant lui.

« Tu es la seule personne ici à me supporter. Je sais que je suis casse-pied par moment, c’est dans mon caractère. Mais j’ai le droit de passer du temps avec toi, hein ? 

-Bien sur. C’est quoi les règles ? »

 

 

 

 

Les Larmes du Soleil

 

 

                En enfer, la porte des arrivants privilégiés s’ouvrit. Altey en sortit. Le regard vide, comme n’importe quelle machine à tuer, les bras ballants, les cheveux en travers la figure. Elle regarda à gauche du coin de l’œil, plus à droite, et aperçu Sarasin.

« Papa !! »

Elle courut vers lui. Il la réceptionna tendrement.

« Altey, ma fifille… Ma famille est au complet. »

Une autre personne franchit la porte.

« Je suis content pour toi. »

Tout le monde sursauta. Devant eux se tenait la Lumière, une lance à la main. Le Seigneur-croc bondit sur elle, elle le repoussa d’une pichenette.

« Les morts ne peuvent agir, seuls les vivants en ont le pouvoir. »

Elle claqua des doigts et tous les morts de la pièce furent paralysé, sauf Sarasin puisqu’il ne l’était pas.

« Qu’est-ce que tu nous veux ? Hurla l’empereur. Tu veux encore nous tourmenter, après ce que tu as fait ?!

-Peuh. Laisse le passé à sa place. Tu as aussi beaucoup de choses à te reprocher. Regarde le chaos que tu as semé.

-C’est ta faute !

-Accuse les autres, maintenant. Tu touches le fond et tu creuses. »

L’Archempereur coupa son fils dans son élan d’agressivité.

« Que voulez-vous ?

-Oh, Arch, le traître. Moi qui te faisais confiance… Je viens parler au Seigneur-Croc, hors de mon chemin. »

Satan écouta la Lumière, dodelinant de la tête, puis il dit :

« Tu n’en as ni le droit ni le pouvoir, tu vas faire comment ?

-J’ai l’autorisation.

-Quoi ?! Alors ils… Sont zarb ces types, de toutes façons. Bon je reviens. »

La Lumière continua ses explications jusqu’au retour de Satan.

« Seigneur-Croc, un petit cadeau.

-Ouais… D’enfer ! »

 

 

                L’Endeuilleur se préparait à se coucher. Il ferma la porte à double tour, fit de même pour les fenêtres, alluma un feu dans sa cheminé à avaloir avec grille ultra-renforcée, et s’allongea sur son lit. Il se redressa et prit un livre. Il s’agissait d’un recueil de conte pour enfant, avec la particularité d’être très drôle. Il lut quelques pages, puis explosa de rire. Il dit à haute voix :

« Tueur un loup garou : Un loup garou, ça a des dents… Ca peut avoir des carries. Il faut donc lui faire un plombage… En argent !! Ah ah ah ah !! Ce mec est vraiment trop drôle ! Utiliser ainsi les croyances populaires d’il y a cent ans…

-Cinq cent ans. »

Il sursauta. C’était Jade, dans sa chambre.

« Que… »

Elle l’étrangla d’une main, avec une force incroyable.

« Qu’est-ce que tu…

-Laisse-toi faire. »

Le manque d’oxygène lui fit perdre connaissance.

 

                Anadrys défonça la porte d’un grand coup de pied.

« Deuil ?! Tu fous quoi là ?! Pourquoi tu réponds p… Qui va là ?! »

Une ombre passa furtivement à coté d’elle à toute vitesse.

« Endeuilleur ? Ca va ?

-Hum… Oui. Un problème ?

-Un peu oui : Les Larmes du Soleil attaquent ! Votre échec les a motivé plus qu’ils en avaient besoin !

-Quoi ?! »

Il entendit Rubis hurler :

« J’ai à peine cent soldat, ils sont plus de 700 en face !! Qu’on me donne une armée à commander, merde ! J’fais comment moi ? Hein ? Comment ? »

L’Endeuilleur partit le rejoindre.

« Ils sont combien en face ?

-Les éclaireurs disent entre 700 et 800. Et Sieron à lui seul vaut trois fois notre armée !! On va tous mourir ! On va… »

Améthyste intervint en lui donnant une grande gifle.

« Démoralise pas nos troupes, et baisser les bras, c’est nous condamner ! Barricadez le manoir, préparez-vous à repousser l’ennemi ! »

Un éclaireur arriva.

« Bonne nouvelle, chef, ils n’ont pas d’engins de siège. Pas de catapultes, de balistes, ils n’ont même pas de bélier. Que des soldats à pieds.

-Il faut exploiter au maximum l’avantage que nous donne nos remparts, même s’ils ont été construit à l’arrache. Combien d’armes à distances avons-nous ?

-300 arbalètes et arcs, plus l’huile bouillante et les chutes d’objets qu’on peut provoquer. On a également des pratiquants de la magie.

-Il va nous falloir un miracle… Mais on peut gagner du temps. Où sont nos ennemis ?

-Ils se regroupent à trois kilomètres d’ici.

-Ca nous laisse assez de temps. »

Il aida à organiser les défenses, mais déjà certains désertaient, ou refuser de se battre. Il était amputé d’un quart de ses effectifs. Une flèche partit vers le ciel, l’Endeuilleur jeta à Rubis un regard complice. Jade invoqua des runes sur les remparts, hésitant entre zombies ou pièges mortels. Elle fit un peu des deux. L’Endeuilleur, toujours concentré, murmura :

« Si seulement Jade pouvait nous aider…

-Elle ferait pas la différence, lui aboya Rubis. Si seulement quelques choses pouvaient nous sauver Mais quoi ? »

Le sol se mit à trembler, les assaillants approchaient.

« Feu !! »

Les flèches partirent du manoir pour faucher les rangs ennemis. La charge ralentit légèrement, mais se reprit.

« Feu !!! »

Les sorts partirent, cherchant à déstabiliser les combattants. Certains tombèrent et se fit piétiner par leurs camarades.

« Imperio Solaris !! L’Eclat du Soleil !! »

L’immense boule de feu et de flammes s’écrasa sur les rangs ennemis. Ils paniquèrent, certains rebroussèrent chemin. Mais un nouveau bataillon vint grossir leurs rangs et les força à repartir au combat. Améthyste activa ses runes. Des zombies encore enterrés attaquèrent les soldats des Larmes du Soleil. Des explosions véhiculant des maladies mortelles apparurent dans ce qui était déjà un champ de bataille, où les soldats devaient lutter pour leur survivre, sans avoir d’ennemis. Les zombies s’effondraient au bout de quelques minutes. Ils traversaient un champ de mines. Mais finalement, ils arrivèrent devant les remparts. Chaque soldat sortit une bombe de poche qu’ils placèrent sur les remparts. Ils s’éloignèrent. Sieron leva un marteau de guerre et un éclair en jaillit. Les bombes explosèrent, mais le rempart tint bon.

« Améthyste, trouve un moyen de les faire sauter dans leurs rangs !

-Je cherche la fréquence du sort, laisse-moi une minute. »

Il s’enflamma et se risqua à survoler ses ennemis. Les attaquer serait voué à l’échec, leur nombre était trop imposants, mais la peur qu’il provoquait, et les montées de chaleur qui le suivaient, désorganisait les troupes. D’autres bombes furent placées. Sieron leva son marteau. Le rempart vacilla.

« Merde ! Hurla Améthyste. C’est plus la même fréquence, chaque ligne de bombe a sa propre fréquence ! Je peux pas la trouver comme ça ! »

De multiples explosions dévastatrices parsemèrent le camp ennemi.

« Génial ! Dit l’Endeuilleur.

-Mais… J’ai rien fait ! »

Rubis se posa à coté d’eux.

« Si c’est pas nous, c’est qui ? »

Une autre vague partit, sans explosifs cette fois. Ils étaient armés de sorte de bélier personnel, ayant peu de force, mais leur union détruirait le rempart.

« Y’a plus qu’à espérer que les débris leur tombent sur la tête… »

SIeron leva son marteau, et un grand nombre d’éclairs fondirent sur le manoir fortifié. La foudre s’abattit sur le toit et y mit le feu.

« Eteignez-moi ça ! Vite !! »

Sieron leva à nouveau son marteau. La foudre s’abattit vers le manoir, mais sur un bâton de métal en suspension au-dessus d’eux.

« C’est donc vrai, dit une voix. La foudre tombe sur les hauteurs. »

C’était un homme d’une trentaine d’années. Le bâton descendit dans sa main. Il s’approcha du bord des remparts, à coté de Rubis, et pointa Sieron de son bâton.

« Voyons s’il aime ses propres sorts. »

La foudre accumulée ressortit du bâton et frappa les rangs ennemis, rebondissant d’ennemis en ennemis. Un éclair en particulier, rebondit en remontant les lignes, jusqu’à frappa finalement Sieron. Le dieu ne sentit qu’un picotement, mais c’était une insulte à sa puissance. Rubis s’exclama :

« Comment tu as deviné la fréquence de leur bombe ? Comment tu as accumulés de la foudre dans ce bâton ! Rien que la chaleur aurait dû le faire fondre en quelques secondes !

-C’est une question de synchro. »

Les soldats ennemis frappaient toujours le rempart avec acharnement, celui-ci fini par céder. L’ennemi envahit la cour intérieure.

« C’est fini… Dit l’Endeuilleur.

-Mais non. Répliqua l’arrivant. Regarde toi-même. »

Les combattants de l’Auréole Ardente opposaient une résistance farouche, notamment le Ténébreux, qui semblait se téléporter sur le champ de bataille à la manière de Sarasin, mais il disparaissait dans un tourbillon d’ombre. Arthémis aussi, l’épée en main et le regard furieux, frappait tout ce qu’il pouvait en une avalanche de métal et de glace. Les commandants se joignirent à la bataille. L’arrivant resta à sa place. Il observa calmement, et repéra Anadrys, aux prises avec trois ennemis et en mauvaises postures. Il lui jeta un regard, et elle écrasa ses ennemis comme un rien. Sans comprendre.

« Quoi ? Mais cette force… Je ne l’ai pas :

-Pas encore. »

L’arrivant désigna Sieron au loin, il se figea. Immobile. Incapable de commander.

« Maître Sieron, vos ordres ? »

Rien.

« Sieron ? Quels sont vos ordres ?! Nous perdons l’avantage, vos ordres, maître ? »

Toujours rien.

« Retraite ! Hurla le conseiller pour sauver ce qui pouvait encore l’être, retraite générale ! »

Les agents des Larmes du Soleil firent demi-tour et tentèrent de quitter la cour. Soudain, le rempart brisé se répara en une fraction de seconde. Stable et immuable, comme il l’était. Puis il s’effondra comme il y a cinq minutes, mais il leur tomba dessus.

« Poursuivez-les. Conseilla l’arrivant.

-Pas de quartier ! »

Les soldats fuyards atteignirent la plaine, rebroussant chemin. Soudain l’herbe se recouvrit d’une fine couvre de givre hivernal, bien avant l’heure. Les agents des Larmes du Soleil, en armures de métal complètes, glissèrent et furent ralentis. Ceux qui ne pouvaient se relever à temps furent achevés. La bataille était finit.

 

                Rubis fit un bilan : Il avait de très faibles pertes. Beaucoup de blessé, mais quelques morts à peine. Il se tourna vers l’arrivant.

« Qui es-tu ?

-Je me nomme Ancrona. Je suis un altérationiste. Cherchez pas, c’est pas encore dans le dico. Je peux manipuler certains éléments au-delà de leur capacité normal, et ceux pour un très court laps de temps. Anadrys en a déjà fait l’expérience.

-Vous… Vous me connaissiez ? Dit-elle.

-Je l’ai toujours su. Et les autres : Rubis, Améthyste, Endeuilleur, Ténébreux et Arthémis. N’est-il point ? »

C’était exact.

« Je suis venu vous aider. J’ai grande foi en votre organisation.

-Vous… Vous étiez un ami de mon père, hein ? Dit Rubis.

-Du Seigneur-Croc ? Jamais rencontré. Mais enfin, je rencontre son fils. Il était temps. La fin des sectes approchent. »

Ancrona avait une barbe et moustache marron qui lui donnaient un air sympathique, il avait les yeux bleus et avait de la carrure. Il avait une cape bleue avec une capuche, et des vêtements en cuir de combat. Il possédait une épée dans son fourreau. Décidément, l’époque où les mages combattaient depuis l’arrière était bel et bien révolu. Il avait également son bâton métallique gris, qui ressemblait à un grand sceptre. Et un sourire franc et amical pour achever le tableau, collé à sa mâchoire assez carrée.

« Puis-je avoir mes quartiers ?

-Eh bien… Oui. Nous allons vous loger comme il se doit.

-Si vous le souhaitez, je peux faire parti du commandement. Mais je vous préviens, je déteste les responsabilités, alors pas question d’avoir à prendre des décisions. Je serais plutôt stratège ou conseiller. »

Rubis acquiesça.

 

                La nuit vient tardivement, à cause de la fête organisée par les vainqueurs. Rubis devait patrouiller pour éviter que les soldats ne boivent trop. Il posa lourdement le poing sur une table.

« Ca va la descente d’alcool ? On va peut-être ralentir non ? »

Améthyste se tourna vers lui, une chope à la main. »

« Hm ? Pourquoi ?

-Tu… Tu étais là… »

L’Endeuilleur s’enferma dans sa chambre, il n’aimait pas trop les fêtes bruyantes. Anadrys le rejoignit.

« Tu vas te coucher ?

-Non, je vais lire jusqu’à pas d’heure (Des bandes dessinées, bien sûr) et j’espère faire une nuit blanche.

-Ben ? Pourquoi ?

-Hier, Jade est venue dans ma chambre et m’a étranglé jusqu’à mon évanouissement. Et à mon réveil, rien, nada, que dalle ! J’ai peut-être rêvé. »

Anadrys s’assit à coté de lui et lui prit la main.

« Je vais rester pour veiller sur toi ! Jade n’a qu’à bien se tenir !

-Tu… Merci. »

Le verrou de la porte tourna, et elle s’ouvrit. Jade entra. Sans dire un mot, et mit Anadrys au tapis d’un crochet du droit et lui coupa le souffle d’un coup de pied dans le ventre. Puis elle alla vers l’Endeuilleur.

« Non ! Ne t’approche pas de moi ! Pourquoi tu me fais ça ?! Qu’est-ce que je t’ai fait ? »

Il se protégeait la tête de ses deux bras, comme si cela serait utile. Jade murmura :

« Je ne te ferai aucun mal. Laisse-toi faire… »

Elle le prit par la gorge et resserra son étreinte.

« Jade… Ar… Non… »

Anadrys se jeta sur l’intrus, kriss à la main, et tenta de la poignarder. Jade dégaina une seule arme et contint son adversaire sans effort, sans même relâcher sa prise. Le Ténébreux, qui passait par là, intervint à son tour en brandissant sa claymore avec force. De sa seule double lame, Jade parait chaque attaque sans sourciller. En cas de besoin, elle avait des grenades, son blaster et son autre double lame. Elle ne s’inquiétait pas.

« Sale monstre ! Hurla Anadrys, pourquoi tu lui fais ça ?! C’est le seul à s’être montrer gentil avec toi ! Il est tellement gentil, tellement patient… c’est à cause de gens comme toi que les gens bien périssent, piétinés par le monde !

-Tu ne sais rien de mes intentions. »

L’Endeuilleur s’évanouit. Elle le lâcha pour ne pas l’étrangler à mort, et dégaina son autre double lame.

« Laissez-moi faire ce que j’ai à faire. Je l’ai déjà fait hier, et je ne lui ai fait aucun mal. Vous ne voyez pas que je ne cherche pas querelle ?

-Comme si on allait te croire !!! »

Alerté par les cris, Arthémis se joignit à la bataille. Jade dut se déplacer pour contenir tout les assauts, déviant chaque coup, mais sa garde restait parfaite.

« Anadrys ! Dit Arthémis, éloigne ‘Deuil d’ici ! »

Jade blessa la désignée au bras.

« Il ne va nulle part. »

Elle jeta un fumigène et prit la fuite avec sa victime pour couper court à la conversation et avoir la paix.

 

                Rubis fut mit au courant de l’enlèvement et dépêcha une équipe de sauvetage.

« Il faut le retrouver, fouiller chaque coin de la région ! Quadriller le terrain ! Faites… »

Ancrona s’approcha de lui.

« Je peux le retrouver, je pense. Laisse-moi un instant… »

Il regarda autour de lui, cherchant le chemin que Jade avait parcourut.

« Au SUD-SUD-EST. Viens avec moi, on ne sera pas trop de deux. »

Il sortit de l’enceinte du manoir et chercha à nouveau le chemin emprunté par la fuyarde.

« Hm… Elle est passée par là. Suivons ce chemin. »

Il s’enfonça dans les bois, suivit de Rubis. Et ils tombèrent sur un étrange spectacle. Dans un sac de couchage, l’Endeuilleur dormait paisiblement. Et dans ses bras, collé à son torse, Jade. Rubis fut outré par ce spectacle et invoqua son phénix de flamme.

« Qu’est-ce que tu lui fais ?!! »

Jade se releva. Prit de peur, avec un visage inquiet, elle dégaina son blaster et tira. Ancrona esquiva de peu le tir et fut renversé par le souffle. Rubis ne cilla pas. Il chargea, toutes lames dehors, et Jade dut prendre ses armes de mêlée elle aussi. Soudain, ses doubles lames rouillèrent sous ses yeux, perdirent leur tranchant et leur résistance, et finirent par se désagréger peu à peu. Il ne restait que trois lames sur les quatre, et deux d’entre elles étaient à moitié cassées.

« Imprégnation, symphonie des vents ! Je m’en vais pour le moment, mais ma vengeance sera terrible. Je vais peut-être de nouveau chercher à te tuer par tous les moyens… »

Elle sauta, mais Ancrona lança un sort sur elle et son imprégnation disparut. Elle s’éclata le visage sur le sol. Elle saignait du nez et avait de la terre partout sur le visage.

« Comment tu fais tout ça ?!

-Manipulation de la matière. »

Rubis le regarda du coin de l’œil.

« Et virer un sort sur un ennemi, c’est de la manipulation de matière ça ?

-Mais oui, c’est très vaste, tu sais. »

L’Endeuilleur se réveilla, gêné par le bruit. Rubis menaça Jade de ses pugilats et la força à se mettre à genou.

« Maintenant, qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi ? Tu seras parfaite pour être la première personne à être déchue de son humanité. Je vais te trainer jusqu’au manoir avec une laisse comme un vulgaire animal, car c’est ce que tu es. Je vais te marquer au fer rouge comme un vulgaire animal, car c’est ce que tu es. Et je t’abandonnerai sur la route comme un vulgaire animal, car… »

L’Endeuilleur le coupa.

« Ton attitude envers les animaux ne me revient pas. Bon, quelqu’un m’explique ?

-Jade t’as enlever pour… Commença Ancrona.

-Ta gueule ! Coupa Jade. J’ai pas à me justifier !

-… Pour te serrer dans ses bras au coin d’un feu de camp comme un jeune couple ! »

Elle saisit une grenade, mais Rubis lui arracha des mains.

« … Elle a fait quoi ?! Fit l’Endeuilleur.

-C’est… Dit-elle, C’était pour pas avoir froid ! Juste la chaleur humaine !!

-Achète un chien, l’enlèvement c’est mal.

-Mais je… Je…

-Tu es d’une mauvaise foi. »

Il la couvrit de sa cape et lui essuya le visage pour retirer la terre.

« Depuis ta naissance, tu n’as connu que la violence. Le maréchal était un bien mauvais tuteur, tu t’es retrouvé vagabonde, personne ne t’a traitée avec les égards que tu méritais. Tout le monde aime se battre, mais la vie, ce n’est pas que ça.

-Eloigne toi de moi ou… »

Rubis allait lui faire une clé de bras, mais l’Endeuilleur l’en empêcha et lui fit signe de débarrasser le plancher.

« Jade… Tu n’as pas besoin de me forcer, tu sais. Il suffit d’être douce…

-Je ne veux pas de douceur ! Je veux de la violence ! De la destruction ! De la mort !

-Alors pourquoi tu ne m’as fait aucun mal ?

-P-Pour pas t’enlaidir davantage avec une cicatrice !

-Pourquoi me faire perdre connaissance ? Tu te caches non ?

-Non, c’est… Parce que t’es plus facile à transporter ! »

Il la prit dans ses bras.

« Tu es mignonne quand tu es toute gênée…

-Enfoiré ! Lâche-moi ! 

-D’accord. 

-N-No… Euh… T-Tu peux c-continuer si… Si tu veux… »

Rubis et Ancrona se regardèrent en haussant les épaules. Tout danger était écarté, autant retourner se coucher.

« Deuil, nous aurons une conversation demain. Dit Rubis. C’est juste parce que vous vous entendez bien que je laisse Jade vivre encore un peu. »

Jade dégaina son blaster.

« Défi accepté. »

L’Endeuilleur posa sa main sur l’arme pour l’obliger à la ranger.

« Ecoutez, dit l’Endeuilleur. Nous pouvons arriver à un accord non ? Rubis, tu as besoin de la force de Jade. Et si toi-même, tu es assez fort, ce n’est pas le cas de notre armée.

-Je n’ai pas besoin d’elle !

-Moi j’ai besoin d’elle. »

Elle sursauta.

« Je suis faible, je le sais. Mais avec elle, je suis sur que je peux progresser. Jusque là tu es d’accord ?

-Non. Mais poursuis, je t’écoute quand même.

-… Jade. Tu gagnerais à nous rejoindre. Tu auras un toit, déjà. Tu ne seras plus une vagabonde.

-Je n’ai pas besoin de votre aide ! Et encore moins de votre pitié !

-Ce n’est ni l’un ni l’autre, c’est un échange. Si tu nous rejoins, tu pourras rester avec nous. »

Il lui fit un clin d’œil. Il sous-entendait ‘Tu pourras rester avec moi’.

« Mouais… Je vois. Jusqu’à là, j’accepte. »

Rubis jeta un regard à Ancrona, qui haussa les épaules.

« Je l’ai jamais vu combattre.

-C’est vrai… Jade, je ne te pardonnerai jamais d’avoir tué le maréchal. Mais mon idéal est la rédemption. Est-ce que tu regrettes au moins ton geste ?

-Non. »

L’Endeuilleur se passa la main sur la figure.

« Jade. Continua Rubis. Tu nous dois un dédommagement. Trouve quelque chose, n’importe quoi, qui prouve tes bonnes intentions. Alors, je t’accepterai dans l’Auréole Ardente.

-Je vais y penser. »

Elle tourna les talons en s’allumant une cigarette à la caféine pour se tenir éveillée. L’Endeuilleur voulut la poursuivre, mais renonça. Ils retournèrent à la base, et la fille disparut dans les bois.

 

 

                Un mois plus tard. Nous sommes au manoir de l’Auréole Ardente. La cloche sonna onze heures, et l’Endeuilleur se réveilla.

« Tss… Déjà… »

Il se cacha sous les draps. Dehors, il entendit Rubis :

« Anadrys !!! Repose ça ! Non !! Rah tu l’as cassé ! Eloigne toi de ce… Non ! »

Il entendit un grand fracas.

« Tu as ruiné des heures de travail ! Vire toi de ce chantier, ou ce rempart ne sera jamais debout ! 

-Va te faire… »

Anadrys laissa libre court à sa pensée, et c’était moche à entendre. Elle concurrençait presque Améthyste. Elle arriva dans sa chambre.

« Je déteste Rubis !! »

Elle s’assit sur le lit de l’Endeuilleur.

« Je peux t’aider, toi ? T’es le seul à apprécier mon travail. T’es le seul à m’apprécier tout court, d’ailleurs.

-Ben… Je sais pas… »

Elle s’approcha de lui.

« Tu penses à Jade !

-… Et alors ? J’aimerais l’avoir dans nos rangs.

-C’est pas… Plus ?

-De quoi je me mêle ! Sors d’ici ! »

Elle le serra dans ses bras avec une force colossale.

« Tu m’appartiens, t’es rien qu’à moi ! Je t’interdis de penser à elle !

-Depuis quand on a décidé ç-ça… Lâche-moi…

-Non, je t’aime trop.

-L… Lâche-moi bord…

-Non. Je t’aime…. Endeuilleur, je t’aime vraiment. De tout mon cœur…

-Anadrys, tu me fais mal !! »

Un craquement sinistre résonna. Elle le libéra et il se courba de douleur.

« J’crois que tu m’as cassé une côte… Aïe… J’ai tellement mal…

-Quoi ? Oh mon dieu ! Pardon ! Je…

-T’approche pas de moi ! Brise-tout ! Dégage avant que tu ne me tues ! »

Elle sortit en pleurant, croisant Rubis qui entrait.

« Qu’est-ce qu’elle a encore ? »

L’Endeuilleur se força à sourire.

« … Ca va ?

-Je me suis fait mal aux cotes en rentrant dans ma commode. Ca fait trop mal.

-C’est bon, c’est qu’un hématome alors. On a besoin de toi pour chapoter la construction du rempart, tu t’y colles ?

-Pas de problème. Aide-moi juste à me lever.

-Tu rigoles ? Tu t’es pas sérieusement blessé, si ? »

Il lui palpa la cage thoracique.

« Mais tu t’es pété un os ! Faut que j’aille chercher un soigneur ! Merde on en a pas, j’ai trop l’habitude d’Inquisatus… Améthyste, elle doit pouvoir soulager la douleur, bouge pas ! »

Le blessé l’agrippa à la manche.

« Aide-moi juste à me relever ! »

Rubis le mit debout.

« Force pas, t’es dans un sale état. Comment tu t’es fait ça ?

-C’est rien. Oublie. Aller on avance.

-Améthyste va un peu de soigner, après tu te lèveras.

-M…

-Ecoute, je suis ton supérieur militaire alors tu vas rester ici, c’est un ordre ! »

Il rejoignit sa chère et tendre sur le chantier.

« Améthyste, ‘Deuil s’est pété une cote, tu peux faire quelque chose ?

-Alors là, non. Quoique je peux lui concocter une potion contre la douleur, mais ça s’arrête là.

-Fais-en une, s’il te plait. Je vais gérer le chantier.

-Tu iras voir l’architecte, on va rajouter des remparts autour de la ville. Ca va couter bonbon, mais ca va être rentable. Faut juste le personnel qui va avec. 

-C’est noté. »

Il réorganisa les ouvriers, puis s’occuper du nouveau mur d’enceinte.

 

                « On passe là, puis là. On fait quoi pour la rivière ? On la détourne ?

-On passe au-dessus ou on met une grille.

-C’est moyen, ça. Ca me plait pas du tout même.

-Bon, va pour détourner.

-On peut en faire des douves ?

-Non, pas assez d’eau. Le débit est trop faible. Ca ferait de l’eau croupie et ça apporterait des maladies. »

Un messager l’interrompit.

« Seigneur Rubis. J’ai une information de la plus haute importance ! Nous avons des candidats par… Par centaines ! Une milice entrainée, la plupart ex-militaire.

-C’est pas mal, ça.

-De plus, des ouvriers professionnels sont venus rebâtir le rempart, ils travaillent déjà sur le chantier. Ils sont très efficaces !

-Un vrai cadeau tombé du ciel, ça !

-Il y a également Cète, stratège légendaire de l’empire Otrajyd. Emtey, tacticien anciennement au service de l’Archempereur. Nous recevons également le soutien sans condition de l’AMEO, l’Association Marchande des Etats d’Ondu ! Nous croulons sous les dons et le mécénat. L’empereur d’Enacy et le Président d’Ondu, ainsi que le représentant de Jyz se sont engagés à diffuser le principe d’être déchue de son humanité !

-Incroyable ! Comment est-ce possible ?

-Ce n’est pas tout ! Nous voyant comme un espoir du salut, de nombreux marchands et pèlerins sont venus dans les villes proches pour ouvrir leur commerce ! La région est prospère ! Cela a attiré nombre de mercenaires, et certains se sont proposés pour rejoindre notre armée ! Ceux-là sont surentrainés ! Certains frôlent peut-être même votre niveau ! Une académie de la magie a ouvert ces portes non loin d’ici, car nous sommes devenus en quelques mois une superpuissance économique et militaire !

-Une académie ?! Des mercenaires ?! Recevons-nous les dons d’un dieu suprême ??

-Et pour finir, je… L’émotion me submerge. Le Guilde de Lumière, bien que ne prêchant plus la Lumière, vous a reconnu comme état un saint, et l’Auréole Ardente bénéficie de la bénédiction Guilderale ! Nos armories ornent déjà son palais !

-Quel honneur ! Quel… Miracle ! Combien d’hommes avons-nous dans notre armée ?

-Environ 1 400 en comptant les mercenaires et les candidats n’étant pas encore acceptés.

-Comment pouvons-nous avoir tant de prestige alors que notre armée reste basique ??

-Mais il y a une mauvaise nouvelle néanmoins. Ils attendant tous beaucoup de vous. Au moindre faux pas, tout pourrait éclater et vous serez à jamais discrédité. Je crois qu’on place trop d’espoir en vous. J’espère que vous vous montrerez à la hauteur de notre estime à tous. »

Il se mit à genou en baissant la tête, à presque toucher le sol.

« Debout ! Je ne suis pas une divinité à prier ! »

Le messager, encore le sourire aux lèvres, sortit tout joyeux. Rubis voulut faire de même, mais une main l’arrêta.

« Cette accumulation de bienfait est-elle une preuve suffisante ? »

C’était Jade. Toujours avec ce regard méprisant.

« J’ai tout fais toute seule. J’ai juste usé d’un pouvoir dont tu as peur : J’ai dit que j’étais la fille du Seigneur-Croc, et que j’avais hérité de son caractère. J’ai gardé secret le fait que tu es aussi son fils. Mais le simple fait de dire que j’ai foi en toi, même si c’est un mensonge, suffit à convaincre le continent.

-Tout est arrivé si vite. Comment tu as pu faire autant en un mois seulement ? Et pourquoi tous m’arrive maintenant ? Hier encore, j’ignorais que le Guilde de Lumière m’avait canonisé. Pourtant, s’il aborde déjà mes armories, ca doit faire longtemps. Et tous ces candidats qui arrivent en même temps ! Est-ce juste une coïncidence ?

-Il n’y a pas de coïncidence, il y a le destin. La Main du Destin. T’as plus qu’à te montrer à la hauteur, je vais me dégoter une piaule avant que tout soit pris. Bon courage pour le recrutement. »

Elle sortit.

« Attend ! Tu…

-On verra plus tard, j’ai à faire, toi aussi. Si tu veux me remercier, t’as qu’à acheter une boite de chocolat. »

Elle le repoussa violement pour partir.

 

                L’Endeuilleur était à la porte de son bureau de recrutement, mâchoire grande ouverte, yeux écarquillés. Il y avait tellement de candidat que la queue sortait du couloir. Et la plupart attendait dans la cour du manoir.

« J’suis pas couché. Comment s’est possible ? »

Jade se présenta devant lui.

« J’ai assuré. Voila tout. Y’a plus une piaule de libre, je fais quoi, môôônsieur l’intendant et directeur des ressources humaines ?

-Et bien je… Je sais pas, on va monter des tentes.

-Ok, je squatte ta chambre en attendant qu’on agrandisse.

-De quoi ? Tu… J’y crois pas ! »

Il commença à rire, mais la douleur de sa cote brisée le coupa.

« Aïe !! Tah, saleté.

-Qui t’as fais ça ?

-Je me suis fais ça tout seul.

-Si j’crois celle là, tu m’en raconteras d’autres. Réponds ! »

Anadrys se plaça devant l’Endeuilleur, boucha la vue à Jade.

« Ca va mon n’amour ? J-je suis désolé de d’avoir fait mal ! Je t’ai apporté un… Un cadeau. »

Elle lui tendit une boîte en plastique, la tête baissée pour éviter son regard. Jade s’en empara.

« Hé ! Ne… »

Elle l’ouvrit.

« Un pansement, inutile. Un truc pour désinfecter les plaies, inutile. Une crème, mais celle-là est nulle. Et… Oh c’est mignon, un paquet repas emballé ! A réchauffer pour manger à domicile ! »

Anadrys dégaina ses kriss et chargea Jade comme une folle furieuse. Cette dernière esquiva en faisant trébucher son adversaire

« C’est ta petite amie ?

-Non ! Ce… »

Il regarda tous les candidats stupéfaits.

« On va en parler ailleurs, hein ? Le bureau est fermé pour le moment, je reviens ! »

Les candidats grommelèrent, puis s’assirent dans le couloir en parlant entre eux.

 

                « Anadrys, je t’ai dis de rester loin de moi, tu risque de me faire mal sans le vouloir, il faut que tu te contrôles !

-Ouais. Approuva Jade.

-C’est gentil de ta part de vouloir m’aider, mais autant bien le faire.

-Ouais.

-Et puis évite de faire ce genre de scène devant les candidats, ça donne mauvaise impression.

-Ouais. »

Anadrys baissa la tête en rougissant.

« Bon… Jade, à ton tour.

-Hum ?

-J’excrète la façon méprisable dont tu t’es conduis avec Anadrys ! Elle cherche à s’excuser et il n’y à rien de mal à ça !

-Ouais ! Fit Anadrys.

-Toi. Ta gueule. Répondit Jade avec un regard noir.

-Stop ! Coupa l’Endeuilleur. J’ai mieux à faire que de donner des leçons de civilité, mais étant votre supérieur, j’ai le devoir de vous obliger à bien vous tenir, et le droit de vous sanctionner. Mais ça va pour cette fois. »

Anadrys hocha la tête, mais Jade ne sourcilla pas. La première partit en donnant à l’Endeuilleur le repas qu’elle avait fait.

« Ravie de voir que t’as une copine, je vois que tu chômes pas. J’ai vais aller squatter une autre chambre.

-Mais je… Même si ça te regarde pas, sache que c’est pas ma copine et qu’elle m’a fait sa déclaration ce matin en me brisant une cote ! Cet amour n’est pas partagé, mais j’ai pas envie de lui mettre un râteau violent. Je suis conscient qu’il va falloir le faire, mais ça attendra.

-Super histoire, mon vieux. Mais je m’en fous. Mais je vais rester ici.

-Tu… T’avais pas l’air de t’en foutre, y’a cinq minutes !

-Si, complètement. C’est juste que je voulais pas déranger un couple zamoureux. Peuh. Mais si je peux, je préfère rester ici. Avec un chef, et pas avec Rubis. Déjà parce qu’on peut pas se blairer, et aussi parce que c’est aussi un couple zamoureux. Ridicule. »

L’Endeuilleur lui prit sa cigarette et s’écrasa pour l’éteindre.

« Ton mépris envers l’amour n’est que l’expression de ta peur. J’ai déduis que tu as peur de l’amour. J’ai déduis que t’es toi aussi ‘zamoureuse’. C’est pas plus mal, T’as passé ton temps à répandre la mort. »

Il ouvrit un placard et donna à Jade deux superbes doubles lames incurvées, raffinées et travaillées avec une habilité exceptionnelle. Le tranchant était plus affuté qu’une lame de rasoir, et elles étaient faites pour canaliser des sorts.

« M… M-Merci. C’est… Inattendu. 

-Je vais faire apporter un deuxième lit, on va te caser près de la fenêtre.

-Ben y’a pas trop de place alors ça… Ca serait mieux un lit double non ? Dit Jade le plus sérieusement possible.

-Y’a 25m² et j’ai un lit, un placard et un bureau. Répondit l’Endeuilleur avec un sourire.

-Oui mais… L’hiver approche et…

-Il y a une cheminée.

-Tu pourrais avoir peur des animaux qui…

-On est au 3e étage. J’aurais peur de quoi ? Des moineaux ? Je me demande comment tu peux ne pas rougir de ta mauvaise foi.

-J’ai pas de la mauvaise foi c’est… De la préventivité ! »

L’Endeuilleur explosa de rire.

« Si tu le veux vraiment, on peut obtenir un lit double.

-J-je le veux pas ! C’est… J’en veux pas !

-On prend un lit double.

-Bonne idée, mais c’est ton choix. »

Il alluma un feu dans la cheminée pour faire chauffer le repas fait par Anadrys.

« Tu vas manger ça ?

-Pourquoi pas ?

-Je paris que c’est dégueu.

-A coté de ta nourriture chassée encore grouillante, ca devrait aller. »

Jade fit quelques mouvements avec ses nouvelles armes. Un fois le repas prêt, l’Endeuilleur l’avala d’une traite.

« Put… Vache c’est raide.

-J’en étais sûr. »

 

                Rubis était parti chasser des sectes, en bonne et due forme. Il se contentait des sectes mineures pour éviter un échec qui serait fatal à sa réputation. Entra dans la salle de prières.

« Bon. Aller du vent les gens, je mets un point final à ce truc. »

Le dieu, mi-serpent et mi-on-sait-pas-trop-quoi se jeta sur lui. Il le coupa en deux et le brûla.

« On reprend. Les adhérents, dehors. Le prophète, prépare-toi à mourir.

-Non, attendez ! Je… Je… »

Améthyste entra et donna un taquet à son chéri.

« T’as oublié le machin pour faire les marques au fer rouge. On cherche la rédemption, non ? 

-Ah… Merci mon petit sucre d’amour…

-M’appelle pas comme ça devant les gens, je vais rougir ! »

Rubis s’empara de l’objet et le chauffa. Améthyste mit sans problème le prophète au tapis et lui retira sa toge. C’était un homme assez jeune. Elle lui arracha sa chemise et le maintint face vers le haut. Rubis approcha sa marque.

« Tu es déchu de ton humanité. »

Il posa la marque. L’homme hurla de douleur.

« Ceux qui cherchent les rédemptions, ceux-là seront pardonnés. Mais ceux qui persistent sur le chemin du mal ne connaîtront que la souffrance éternelle et la damnation. »

Rubis plongea le fer brûlant dans de l’eau pour pouvoir le transporter et sortit avec sa compagne. Il semblait ravi.

« Notre premier déchu de son humanité ! J’ai vraiment foi en notre nouveau système !

-Qui aura le droit de lui rendre son humanité ?

-Moi, et rien que moi. Désolé d’être aussi ferme, mais je préfère ainsi.

-C’est pas plus mal.

-Aller on rentre. Il faut plancher à d’autres crimes pouvant être punis de cette façon plutôt qu’appliquer la mort ou la prison à vie.

-On rentre pas ! On sort en amoureux ! Aller !

-J’ai comme un mauvais pressentiment. J’aime autant rentrer. En plus il fait bientôt nuit. »

Elle lui fit ses yeux de chaton triste.

« Steuplait…

-T’as gagné. »

 

 

 

 

Les ailes de la jalousie

 

                Jade esquiva un nouveau coup d’Anadrys et lui fit un croche-pied.

« Tu vises quoi, là ?

-A mort !! »

Elle esquiva encore et repoussa son adversaire du plat de la main. 

« Je fais reculer Rubis. Tu penses sérieusement avoir une chance ? »

Anadrys tenta de l’embrocher des deux kriss en une même attaque. Jade les bloqua d’une main et dégaina lentement de la deuxième.

« Je ne vais pas rester sans rien faire éternellement. Je vais finir par riposter. Et ça, ça te tuera. »

Mais Anadrys ne semblait plus capable de raisonner. Inlassablement, elle attaquait sans jamais parvenir à effleurer son adversaire.

« Tu dois… Mourir ! Tu as toutes les raisons du monde de mourir !

-J’aimerais bien les entendre. »

Jade tira sur sa cigarette.

« Tu… Tu es la fille du Seigneur-Croc, et en plus tu m’as volé l’Endeuilleur !

-T’appelle ça des raisons ? T’es pathétique. »

Le désigné s’interposa.

« Elle ne rivalise pas avec ta mauvaise foi, mais je reconnais qu’il y a du niveau. Anadrys, tu penses sérieusement augmenter tes chances de m’avoir si tu la bats ?

-Je m’en fous, je veux juste la tuer !

-Anadrys… Du calme. »

Elle retenait ses larmes avec peine. Jade allait l’enfoncer, mais l’Endeuilleur l’en empêcha d’un coup de coude.

« C’est pas juste ! Hurlait-elle. Grand frère, aide moi ! Tue-la !!!

-T’as un frère ? Il est ou ?

-Il est mort !! C’est le Seigneur-Croc qui l’a tué !! Il avait rien fait !

-On peut pas dire qu’il a tué beaucoup d’innocents.

-C’était… Lors de la crise d’Ifah. Mon frère cherchait un moyen de tout finir sans violence. Il… Il a été tué par le Seigneur-Croc ! Sous mes yeux ! J’étais caché sous le lit… Il… Il ne voulait pas tuer qui que ce soit ! C’est pas juste !! »

L’Endeuilleur blêmit. Il repartit d’où il venait en marchant aussi vite que possible. Intriguée, Jade le suivit.

« Hé ! Tu vas où ? Qu’est-ce que t’as ? »

Anadrys resta là à pleurer toutes les larmes de son corps. Elle partit en sanglotant.

 

                L’Endeuilleur retourna dans sa chambre et s’assit à son bureau, sans un bruit.

« Eh ben ? Demande Jade. La crise d’Ifah, c’est les dingues d’une ville qui se sont entretué non ? Et le Seigneur-croc a nettoyé tout ça. Où est le problème ? Ca devait pas être marrant pour elle, mais c’est bon. T’y es pour rien.

-Les gens ne s’entretuent pas par loisir. C’est… Tout est ma faute.

-… Alors là, faut que tu m’expliques.

-Un jour, j’avais 13ans et… Je me suis engueulé avec une fille. Et aveuglé par la colère, je… Je l’ai tué. Une flèche dans le cœur.

-… C’est moche. »

Elle lui mit la main sur l’épaule.

« Tu oublieras, t’inquiète.

-Non, je… Sa mère. En apprenant que sa fille unique était morte, elle s’est suicidé.

-Aïe.

-Et le père il… Il a rejoint sa famille que je lui avais arrachée. Mais… Leur maison était devenue abandonnée, personne ne voulait d’elle. Alors une bande de racaille s’y sont installée. Mais ils sont rencontré en conflit avec une autre bande de racaille pour une question de territoire. Et… Ils se sont battus. Et un jeune homme, qui n’avait rien demander, s’est fait embarquer dans la bagarre. Il… Il est mort.

-Que veux-tu, ça arrive.

-Non, tu ne comprends pas. Cet homme était l’héritier d’une des deux puissantes familles qui se battait pour dominer la ville. Sans héritier, la première famille a dû se rétracter et a fini dans la misère. L’autre est devenue super influente sur la ville. Mais… Les habitants n’ont pas apprécié et se sont rebeller. Rébellion réprimé dans le sang par les forces de l’ordre. Lorsque ce fut fini, la guerre civile disparut. Mais la haine demeura dans le cœur des gens. Tel voulait venger un ami, mort par la vengeance d’un autre. Le cycle de la haine. C’était comme une gangrène qui grossissait et emporter toujours plus de vie sur son passage. A cause de moi… 25 000 personnes ont trouvé la mort !!

-Tu ne peux pas contrôler les choses jusque là. Tenta Jade.

-Quand le Seigneur-Croc est venu, il était furieux. Comme moi. Mais il savait vers qui diriger sa colère. On dit qu’il ne vise jamais et frappe n’importe où. C’est vrai, mais il ne frappe pas n’importe qui. Il a tout rasé ! 5 000 personnes sacrifiées pour le reste du monde ! Il ne reste plus personne pour venger la mort d’un tel ! Je l’admire tant. Porter le fardeau de la culpabilité de tant d’innocents massacrés, savoir exactement qui tuer, qui épargner. Aucun dégât collatéraux, ou tout repartirait. Je pensais pouvoir oublier, mais… Il y a une survivante. C’est moi qui aie ruiné sa vie !

-Qui te dit que ça ne serait pas arrivé même sans toi ?

-Je me suis renseigné, figure-toi ! J’ai tout recalculé des milliers de fois. Cet homme, héritier, ne sortait jamais de chez lui. C’était exceptionnel, il voulait juste rattraper sa petite amie qu’il avait peiné par erreur. Un autre jour, le massacre n’aurait pas eut lieu. Mais ces racailles se sont battus pile ce jour là, parce qu’une maison abandonnée était disponible. Je suis un monstre !

-Je vais te parler sans mauvaise foi. Tu n’es pas un monstre, et je peux le prouver. »

Elle s’assit sur le bureau.

« Tu regrettes. Et rien que ça, ça prouve que tu n’es pas dénué de toute humanité !

-J’aimerais tellement ne pas m’être énervé. Pourquoi j’ai tiré ? Pourquoi ? »

Jade le prit dans ses bras pour le calmer.

« N’y pense plus. Ne… »

Elle était à court d’argument réconfortant.

 

                Anadrys, les larmes aux yeux, était sortie du manoir et errait dans les plaines.

« Grand frère  Rendez-moi mon frère !! »

Elle tomba à genou face à sa propre impuissance.

« Jade, je te haïs tellement ! Je te tuerai ! Tu n’auras jamais l’Endeuilleur ! Jamais !!

-Est-ce un fond de jalousie et de haine véritable que je décèle en toi ? »

Elle leva les yeux. Devant elle, un homme en manteau noir, cheveux court. Elle ne voyait pas son visage.

« Tu veux tuer Jade ? C’est ça ? Je t’en donne la possibilité. Je ne te demande qu’une chose en échange : Je veux que tu entraves la progression de l’Auréole Ardente. Discrédite-la, traine la dans la boue. Salis son nom. Fais comme bon te semble, je ne veux pas qu’elle devienne trop puissante. Inutile de l’arrêter, contente-toi de la ralentir. 

-Je ferai tout ! Tuez Jade ! S’il vous plait !

-Je me moque de tes désirs. Je les exauce uniquement pour que tu me serves. Tu feras le sale boulot toi-même. Je vais te dire comment avoir ce que tu veux. Tu peux tout ce que tu désires, tant que tu y mets le prix. Va vers l’Est. Tu arriveras au pied d’une montagne. Tu y verras une secte étrange. Dis que tu veux être le cobaye. Je m’occupe du reste. »

Il disparut dans les ombres de la nuit.

 

                Anadrys arriva à destination, les yeux mouillés et le visage creusé.

« C’est vous… Que je dois rencontrer ?

-Tu es le cobaye dont on nous a parlé ?

-Oui.

-Mets-toi au milieu du cercle. Tout va bien se passer. »

Ils utilisèrent un cube lumineux noir. Il dégageait la même aura malsaine que l’homme qui l’avait abordé. Des éclairs noirs semblant venir de partout l’assaillirent.

« Ah ! J’ai mal ! Protège-moi grand frère ! Arrêtez ! S’il vous plait !

-Nous avons ordre de ne pas arrêter. 

-Non !!! »

Elle était essoufflée, mais c’était fini.

« Qu’est-ce que vous m’avez fait ? »

Ils étaient déjà partis. Elle se releva et sentit un poids dans son dos. Elle se retourna, et ne vit évidement rien du tout. Elle tourna la tête tant qu’elle put et aperçut une aile de démon. Elle avait des ailes d’environ un mètre d’envergure. Elles étaient si petites qu’elles ne lui permettraient même pas de planer un peu.

« Oh mon dieu ! Que m’ont-ils fait ? »

Elle se mit les mains sur la figure et sentit des cornes sur son front. Des petites cornes de quelques centimètres. Elle sursauta et s’aperçu qu’elle avait même une queue de diablesse.

« C’est quoi ça ? Je ne veux pas de ça ! Je veux la puissance !!! »

A ces mots, une aura noir l’entoura un bref instant. Les ailes grandirent pour atteindre les trois mètres d’envergure, et les cornes firent vingt centimètres. Des lames d’acier étaient fixées sur le bord de ses ailes et sur sa queue. Ses iris étaient rouges, et ses larmes étaient de sang. Les veines de ses membres ressortaient, et ses ongles s’étaient transformer en véritables griffes.  Elle se sentit également plus forte, plus rapide, plus vive.

« Jade !!! »

 

 

                Anadrys atterrit en furie devant le manoir fortifié de l’Auréole Ardente, sous le regard atterré de Rubis et Améthyste.

« Un démon ?! Qui va là ? »

Elle se retourna vers eux.

« Anadrys ?! Fit Améthyste. Que t’est-il arrivé ?… Non, qu’as-tu fais ? Reprit-elle d’un ton accusateur.

-Je vous déteste tous ! Et je vais vous le faire comprendre ! Mais avant tout, vaincre Jaaaaade ! »

Améthyste lui mit un coup de pied dans le tibia.

« Redescend sur terre ! Tu as des comptes à rendre. Ces quoi ces ailes et ces cornes ? »

Anadrys voulut passer en force, mais Rubis la retint. Elle se débattit et commença à se dire qu’attaquer Rubis dans cette position lui assurerait la victoire. Elle dégaina lentement ses kriss qui glissèrent silencieusement hors du fourreau. Elle se prépara à frapper entre les cotes, quand Jade fit son apparition, cigarette au bec.

« Je croyais qu’on ne donnait des cadeaux qu’aux enfants sages. Qui t’a refilé ces ailes ? »

Partant en sens inverse, Anadrys se jeta agressivement sur Jade. Surprise de cette vitesse, elle para in extremis un violent coup. La force était également d’un autre niveau, elle recula légèrement, mais reprit de dessus en tournoyant sur elle-même, toutes lames sortit. Anadrys bondit en arrière pour éviter ce déluge de métal.

« Tu as fais quelques progrès. C’est bien. Voila un os. Mais ce n’est pas suffisant. Tu crois que ce style demi-démone va me convaincre que tu as acquis de la puissance ? Tu n’es pas plus belle, pas plus charismatique, pas plus classe. S’allier au diable, ça fait tellement vieux jeu.

-Je pensais pas que pour toi, la guerre c’était un concours de beauté. Moi je suis là pour ôter la vie et répandre la mort !

-Parce que tu penses que sur le plan des performances, tu vas te rattraper ? J’atteins des sommets, et tu rampes dans la boue. Tu te jettes sur moi sans une chance de gagner, sans stratégie, sans rien. Et tu es trop stupide pour le remarquer.

-Pas besoin d’être organisée pour t’écraser ! Je vais te tuer jusqu’à ce que tu sois morte !

-Aucun vocabulaire, aucune éloquence. Le néant, tant sur le plan physique que mentale. Si encore tu avais un semblant de charme.

-Tu penses en avoir ? Avec ce manteau à moitié mit ? C’en devient gênant, même pour tes proches. Je n’ai jamais rien vu d’aussi anti-charismatique. Et en plus, tu as besoin d’un artefact légendaire pour utiliser la technologie. Tu ne peux pas t’en passer ?

-Tu t’es fais démonisée. Ca vaut mieux ? Tu as rampé aux pieds de qui pour avoir ce pouvoir ? Moi, je l’ai prit de force. Je n’ai à dire ‘merci’ à personne. Et toi ? A ton frère, à l’Endeuilleur, à celui qui t’as donné cette force. Tu n’es rien, tu n’as aucune essence, c’est les autres qui ont tout fait. »

Copiant Jade, elle tourna à son tour en frappant des lames sur le bord de ses ailes. Elle apprenait au cœur même du combat : Elle continua son tourbillon à la fois défensif et offensif, profitant de la portée. En effet, ses ailes étaient assez étendues pour atteindre les cibles jusqu’à un mètre d’elle.

« Ah ah ah ah ! Tu ne peux plus m’atteindre avec des doubles lames !

-En effet. Répondit Jade avec son blaster dans les mains. Pas avec les doubles lames. »

Elle tira une vague de puissance brut qui renversa Anadrys.

« Ton tourbillon te protège bien, même mon arme à feu t’a à peine renverser. Mais il t’aveugle, tu ne vois plus rien. J’ai déjà miné la zone. »

Elle rajouta des grenades et des détonateurs thermiques, puis s’abrita derrière son bouclier. Les explosions ravagèrent le terrain devant le manoir. Au moins, les douves étaient déjà à moitié creusées. Le blaster sonna, il était rechargé. A couvert derrière son immense pavois, Jade tira un nouveau coup dévastateur droit sur Anadrys, à trois mètres devant elle. Elle dit d’un air méprisant :

« Tu vises quoi, là ? »

Anadrys était derrière elle. Jade dégaina ses doubles lames pour riposter et s’heurta au rideau de métal tourbillonnant qu’était les ailes de son adversaire. Elle recula et dit :

« Imprégnation, étreinte des glaces. »

Ses lames dégageaient une sorte de buée bleutée blanchâtre. Jade frappa les ailes d’Anadrys, de la glace se forma dessus et ce poids la ralentit. Jade recula, prit de l’élan et faucha Anadrys en glissant. Elle la frappa en même temps, toujours plus de glace.

« Imprégnation, force de la nature. »

D’un coup surpuissant sur la tempe, la guerrière mit la démone au tapis. Si sa position de l’avait pas entravée, si elle avait pu frapper du tranchant de la lame et non le plat, Anadrys ne respirerait plus. Mais elle ne comptait pas s’arrêter là. Elle reprit son immense bouclier et en sortit un nouvel attirail ravageur. Anadrys se releva et sembla canaliser un sort d’ombre. Rubis et Améthyste attendait le dénouement. Ils n’aiment ni l’un ni l’autre, la sœur vengeresse méprisante ou le boulet assoiffé de sang, peu importe qui meurt.

 

                Le sort partit en émettant un flash qui éclaira un instant le visage défiguré par la colère d’Anadrys. Jade riposta en posant, en quelques mouvements, une tourelle possédant deux mitrailleuses lourdes et un lance-roquette. Elle fit feu.

 

                Un homme en cape noir apparut entre elles. Anadrys dévia son sort pour ne pas le blesser, et Jade cessa le feu et désamorça les roquettes en urgence.

« La colère, si elle n’est pas maîtrisée, entraine toujours des choses tragiques. Et riposter avec les mêmes armes n’est pas mieux. Où sont les chevaliers blancs, et où sont tous les dieux quand la violence infinie balafre nos cœurs et corrompt nos âmes ? »

C’était l’Endeuilleur. Il s’était mit en travers d’un tir croisé pour l’arrêter. Rubis réagit enfin.

« T’es dingue, t’aurais pu mourir !

-Et toi… T’aurais pu les arrêter ! »

Il se mit devant lui, même s’il faisait une tête de moins.

« Rubis, l’ange de feu. Plus rapide que le tonnerre, le héros de notre époque. Qui n’intervient pas pour séparer une fille de 15ans clairement en état de choc et sa propre sœur qui se battent à mort ? Et tu me parle de rédemption ? »

Il se retourna vers Anadrys.

« Tu penses qu’en tuant tout ce qui te fait obstacle, tu auras tout ce que tu désires ? Il y a des choses qu’une épée ne peut conquérir. Les armes, c’est fait pour tuer. »

Il regarda Jade.

« Tu…

-Pour ma défense, le sang du Seigneur-Croc coule dans mes veines. C’est normal que je m’emballe quand je m’énerve.

-Non. Le Seigneur-Croc se battait avec rage, il est vrai, mais il savait qui frapper. Ce combat, il ne l’aurait jamais engagé. Il se serait à peine défendu.

-C’est ce que j’ai fait.

-Avec des mitrailleuses lourdes et qui grenades explosives ? Tu as frappé pour tuer.

-Mouarf. Elle mérite même pas ta pitié. 

-Ce soir, tu vas devoir te trouver une autre chambre où dormir. »

Jade ne put masquer sa surprise, et ne parvint pas à garder son calme.

« Qu-qu-quoi ? »

Il revint vers Anadrys.

« Comment as-tu obtenu ces atouts de démons ?

-Eh bien… Un grand homme en noir est venu me voir. Il m’a dit qu’il comblerait les désirs de mon cœur, et… Il m’a demandé de ralentir l’Auréole Ardente autant que possible. Il avait les cheveux courts, et même si je ne voyais pas ses yeux, je sentais son regard.

-Moi aussi ! Intervint Jade. C’est lui qui m’a fait grandir de 17 ans en une seconde. Un regard emplit de haine, et une aura malveillante. Sa simple présence inspire le respect.

-Il inspire la crainte. Corrigea Anadrys. On a l’impression de parler à un dieu. Voir plus grand encore.

-Il m’a dit qu’il m’aiderait à assouvir ma vengeance. Moi, il voulait que je tue Rubis.

-Je ne sais pas qui est ce type, déclara Améthyste, mais on s’est fait un ennemi coriace.

-Tu l’as jamais vu ! Rétorqua Rubis.

-C’est pas n’importe qui qu’à le pouvoir de faire vieillir de 17ans un bébé et en faire un foudre de guerre dans le même temps. Et Anadrys, au-delà de ses ailes et autres, depuis quand elle est aussi forte ? Et depuis quand elle maîtrise la magie ?

-Je… Je sais même pas comment j’ai lancé ce sort. »

Enfin calme, les ailes d’Anadrys reprirent leur taille normale, 1 mètre d’envergure, et les cornes de même. Elle était vraiment mignonne comme ça, contrairement en mode de combat. L’Endeuilleur revint à la charge en voulant de nouveau la sermonner. Mais son regard abattu le dissuada, il y voyait son geste passé, celui de tué 25 000 personnes innocentes d’une flèche. Il tourna les talons.

« Il est tard, allons manger et couchons-nous. »

Il s’éloigna. Rubis resta cloué sur place. Les mots de l’Endeuilleur résonnaient encore dans sa tête :

« Et tu me parles de rédemption ? »

Intervenir dans un conflit était le meilleur moyen de l’aggraver. A moins d’anéantir un camp comme son père, prendre parti faisait perdre son objectivité, et entre deux personnes telles qu’elles, il ne fallait pas prendre la défense d’une d’entre elle, sans quoi elle se considérerait comme admise et n’arrangerait pas son caractère. Il fallait être ferme et ne pas tolérer un écart aux règles. Et même, celle qui n’était pas soutenu se sentirait lésée, non seulement d’être abandonné, mais de voir un mauvais comportement soutenu par le chef, alors qu’elle ne fait pas pire.

Mais laisser les gens s’entretuer n’était-il pas pire que cela ? Comment pouvait-il se targuer d’être une justice absolue et inaliénable s’il ne pouvait pas empêche des conflits intestinaux de son entourage ?

Améthyste tenta de le sortir de sa transe.

« … Rubis ? Ca va ?

-Je… Je sais pas. »

Il replongea dans ses réflexions. Il allait laisser sa sœur, ou une fillette de 15 ans clairement incapable de répondre de ses actes en raisons du traumatisme qu’elle avait subi, mourir sous ses yeux. Il réalisa enfin à quel point être le Seigneur-Croc devait être dur. Se rallier à quelqu’un, même juste soutenir verbalement, c’était écraser ses adversaires, éveiller la rancœur, la haine, les conflits. Il ne savait pas s’il pourrait assumer un tel pouvoir.

« Rubis ? »

Non, son père ne l’assumait pas seul. Il n’était pas seul. S’il l’avait été, Koljeizer serait une terre désolée macabre où vivraient des cohortes de charognards. Il dit :

« Améthyste, tu m’abandonneras jamais, hein ?

-T’as pris un coup sur la tête ? Evidement, je resterai toujours avec toi. »

Elle le prit par le bras.

« Je t’adore, et tu le sais. Quoi que tu fasses, tu pourrais toujours compter sur moi. »

Il se sentait rassuré, comme si une énorme pression venait d’être évacuer. Il réfléchit encore : Ne pas être seul le rassurait, mais ne suffirait pas. Il avait besoin d’alliés influent, des vassaux, pas du soutien morale, bien que très prestigieux, du Guilde de Lumière ou des commerçants. Il fallait viser plus haut.

 

L’Endeuilleur s’assit à son bureau en soupirant. Jade entra.

« J… Commença-t-elle

-Je t’ai dit que je voulais pas de toi ce soir. Ouste ! »

Elle vérifiant que personne n’était dans le couloir, ferma la porte à double tour, puis s’approche de l’Endeuilleur pour lui dire à voix basse :

« Je sais que je me suis un peu emballée, désolée, mais laisse-moi dormir avec toi ce soir.

-C’est quoi ces messes basses ? Hausse la voix !

-Chuuuut ! Parle moins fort ! Quelqu’un pourrait entendre.

-Entendre quoi ? Et puis ouste, aller ! »

Elle lui fit les yeux doux. Il résista tant qu’il put, mais céda.

« Bon… Prouve-moi que tu sais faire autre chose que te battre, et je ferme les yeux cette fois. »

Jade baissa les épaules, surprise. Elle réfléchit un moment, puis prit un stylo qu’elle fit tourner rapidement dans sa main d’une façon artistique.

« Ca te va ?

-C’est limité. »

Jade soupira.

« Ce que je vais faire n’a rien à voir avec le fait que je suis une femme. »

Elle alluma la cuisinière à gaz et commença à préparer un plat.

« Ca aussi c’est limité. »

Mais jade ne se démonta pas, elle ajouta de l’alcool au poisson qu’elle faisait cuire et, d’un mouvement souple, bascula la poêle juste assez pour qu’il s’enflamme. Elle ajouta du sel, puis fit bondir  l’aliment et le retourna comme une crêpe. Elle ajouta des épices, de l’huile, et laissa chauffer.

« Deux minutes encore. »

Ils attendirent patiemment. Quand ce fut prêt, elle le déposa dans un plat, retira les arrêtes, le découpa avec précision, et le mit dans deux assiettes. Elle les posa sur le bureau, ajouta des couverts et s’assit.

« Voila, je cuisine. Ca te va ?

-Bof. Ca crève pas le plafond. »

Il prit une bouché et se figea.

« Tah la vie d’ma mère c’est trop bon ! Euh, excuse-moi. Mais c’est super bon, j’ai jamais rien mangé d’aussi délicieux !

-Ce plat est parfaitement équilibré, et les aliments sont faciles à trouver. Qu’est-ce que je sais faire d’autre, sinon ? »

Les yeux de l’Endeuilleur semblaient pétiller de paillette.

« Tu m’as convaincu. Tu peux rester. »

Jade installa son lit à l’autre bout de la pièce. L’Endeuilleur ouvrit le tiroir de sa table de chevet en quête d’un jeu pour tuer le temps. Il en sortit un paquet de cartes.

« On fait une partie ? »

Il le lança à Jade, qui le rattrapa sans même se retourner. Elle en sortit les cartes et les regarda, pour s’assurer qu’il n’en manquait pas. Elle lut ‘Exhibe ta superbe musculature/silhouette’ ou ‘Fais une danse sexy’ voire ‘mets-toi en sous-vêtements’. Elle se retourna en jetant les cartes.

« Où t’as trouvé ça ?! »

 

                Améthyste ouvrit son placard.

« Ben ? Qui m’a volé mon jeu de cartes coquin ? »

 

                « Trouvé quoi ? »

L’Endeuilleur en ramassa une et vira à l’écarlate.

« J’avais pas vu ! J’te jure !

-Alors explique-moi comment ce truc s’est retrouvé dans ton tiroir ? Espèce de… Pervers !

-Mais j’veux pas y jouer !

-Je dois comprendre quoi ? Que j’ai aucune féminité ? C’est parce que je suis une guerrière que tu te permets de genre de remarque ?

-… Hein ? Mais non, enfin je… Je… »

Il fut stupéfait un instant, puis comprit que Jade se payait sa tête et qu’il marchait. 

« Ah, tu m’as bien eu.

-Tu crois vraiment tout ce qu’on te dit. Dit-elle avec un sourire moqueur. Changeons de sujet. Dis-moi, pourquoi tu es aussi attaché à Anadrys ?

-J’ai vraiment l’impression que c’est de ma faute si elle en est là. C’est à quoi de moi qu’elle a perdu son frère, et qu’elle a été démonisé, qu’elle… Est malheureuse.

-Je peux pas vraiment le faire moi-même, parce que décidément, on peut pas s’entendre, mais je peux faire en sorte que quelqu’un le lui dise.

-Lui dire quoi ? Que j’ai provoqué la crise de…

-Ben non. Lui dire que tu l’aimes.

-De quoi ?! Mais pas du tout ! Ce…

-Elle t’aime, et si tu l’aimais, ça l’aiderait énormément. Je peux t’aider, j’en ai le pouvoir, contente toi juste de pas dire aux autres que je suis susceptible, par moment, d’être calme et compréhensive.

-Mais je te répète que je suis pas amoureux d’elle !

-A d’autres, pas à moi.

-Je… J’en aime une autre.

-Sérieux ? Qui ça ?

-Bonne nuit. »

Il glissa dans ses draps, se cachant tant qu’il put. Il fit semblant de dormir, tout en réfléchissant. Jade lui arracha la couette.

« On a pas encore mangé ! T’as pas la dalle toi ?!

-Non ! »

Son estomac gargouilla.

« Euh je…

-Bon alors, c’est qui l’heureuse élue ? »

Elle alluma une cigarette à la tisane et s’accroupit pour être au niveau de son interlocuteur, jeté à terre lorsqu’elle lui avait arraché sa couverture.

« Je…

-C’est Anadrys hein ? J’ai toujours raison ! J’suis la meilleure ! »

Elle se releva et fit un signe de victoire de ses mains.

« Il n’y a pas de coïncidence, il y a le destin. »

C’était visiblement sa phrase d’accroche. L’Endeuilleur se releva péniblement et s’assit sur son lit.

« Laisse tomber, tu veux ?

-Pfff. Ok. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les vestiges du passé

 

                Ancrona alla voire Rubis, qui avait le regard rivé sur la pendule depuis un bon moment.

« Yop, boss. Ca va ?

-Oui. Qu’est-ce qui t’amène ?

-Je pensais à Anadrys. Je sais pas si tu as vu, mais ses armes sont nazes. Elle possède pourtant une grande puissance et pourrait être un véritable atout, du fait qu’elle vole bien sur, mais aussi de son caractère démoniaque largement exploitable. Il lui faut de nouvelles armes. J’ai pensé… Aux lames jumelles de l’Armageddon de possédait autrefois le Seigneur-Croc et Sarasin. Je sais pas tellement à qui donné leur propriété.

-Pourquoi s’embêté avec des armes légendaires ? Le premier forgeron qui sait me faire deux grands couteaux, hop.

-Ca lui ouvrirait de nouvelles portes, et un grand avenir.

-Non, je ne mobiliserai aucune ressource pour ça.

-J’insiste. De nouvelles armes…

-J’ai dit non.

-… Tu la détestes donc à ce point ? Tu vas jusqu’à saper son potentiel ?

-Qu’est-ce que tu racontes ?! Rien à voir !

-Tu crois sérieusement que ça ferait la différence ? Tu voles déjà. Si je suis devant toi… C’est parce qu’elle me l’a demandé. Ca lui ferait tellement plaisir. Elle serait si fière. Elle n’a aucune confiance en elle. Et ça permettrait de vous réconcilier.

-Je… Je n’y pensé pas. Je manque vraiment de discernement.

-Avec ta vitesse de déplacement, tu devrais voyager suffisamment vite pour les retrouver. Reste à savoir où elles sont.

-Je vais y réfléchir sérieusement. Bon tu m’excuseras, j’ai de la visite. »

Un homme à moitié torse nu entra, portant une immense épée à un tranchant. Il avait un casque noir à pointe, et était blond. Sa carrure imposait le respect.

« Melkiar, pour vous servir avec honneur. »

Il planta lourdement son épée devant lui.

« … Prince Melkiar ? Quelle surprise ! Répondit Rubis. J’attendais votre père.

-Il arrive, le pauvre homme commence à sentir l’étau implacable du temps.

-Alors ce sera vous le prochain roi ?

-Non, ce sera mon frère cadet. Je n’ai pas une tête bien remplie, je suis juste un… Je suis Malkiar le prince barbare, c’est tout. Mon frère cadet est un homme savant et fin, il assumera mieux cette fonction. »

Une rangée de gardes entrèrent, suivit de deux hommes. Rubis reconnut le vieux roi du royaume d’Okeud. Il accusait désormais 75 ans. Il soufflait comme si chaque pas était le dernier et son regard était troublé. A son bras, un homme mince et élancé avec des lunettes et un habit cérémonial : Son fils Yrion. Un homme brillant doté d’une grande patience et d’une capacité e réflexion rarement vu.

« Je suis honoré, mon roi. Fit Rubis.

-M-moi de m-même. Répondit difficilement le roi. Ne t-tenez pas compte de m-mes tremblements, mon c-corps m’aband-donne, mais mon esprit r-r-r-r-reste inébranlable. 

-Très bien. Je souhaite vous soumettre une requête, je crois que vous avez reçu la lettre concernant cela, non ?

-J-j’ai oublié. »

Yrion lui chuchota quelque chose, pour lui rafraichir la mémoire.

« Ah oui, l’Auréole A-Ardente. Quel joli nom. Vous avez b-besoin de mon soutien, n’es-s-s-s… Rah ! »

Il avait du mal à prononcer certains mots. Son fils prit la parole.

« Mon père a une certaine estime de vous. Mais je dois vous prévenir : Il sait qui vous êtes et quel sang coule dans vos veines, mais ce n’est pas quelque chose que je prends en compte. Mon père, lui, pense que cela vous ouvre toutes les portes. Mais avec moi ça ne marche pas. Des résultats, ou le renvoi.

-Les résultats seront là. Répondit Rubis sur un ton aussi arrogant que celui d’Yrion. Je ne demande qu’une chose : Laissez-moi exercer la justice dans cette région. Elle ne fait qu’une centaine de kilomètres carrés. Et nous verrons les résultats.

-Je n’ai pas envie de remettre la justice de mon peuple entre les mains de n’importe qui. Alors voila : Je refuse de vous donner quoi que ce soit.

-N-n-non ! Fit le père. Tu n’es pas encore r-r-oi, tu es prince. Je suis le roi ! J-je vous donne la permiss-s-s… Le droit de rendre la justice. J’ai foi en t-t-toi. »

Il toussa bruyamment. Ces derniers jours approchaient.

« Mon fils te retirera sûrement ce d-droit, mais je ne lui en veux pas. C’est un j-jeune homme réfléchi et dévoué à notre p-peuple. Tu as jusqu’à la f-fin de mes jours pour nous m-montrer ce que tu vaux vraiment. »

Il toussa encore plus bruyamment, Malkiar le retint d’un bras fort.

« Ne forcez pas, père. Rentrons.

-A-attend. Je veux que tu combattes. P-prouvez moi que vos combattants sont b-bons. Pour mon plaisir. »

Rubis fit un hochement de tête en signe d’acceptation. D’un geste de la main, il ordonna au ténébreux d’être son champion. Celui-ci, d’abord récalcitrant, finit par céder. Il se plaça devant Malkiar.

« Ténébreux hein ? Dit ce dernier. Le gardien de l’empire Otrajyd. Tu as abandonné ton pays ?

-Mon pays est meurt à l’intérieur. Il s’est effondré sur lui-même. Je suis ici pour anéantir les sectes et le sauver par la même occasion.

-Prétentieux… Tu as lâchement délaissé ton peuple ! »

Il chargea en poussa un cri de guerre, l’écume au coin des lèvres.

« Je n’ai rien délaissé. J’ai évolué. »

Il disparut un instant dans un tourbillon d’ombre, para l’attaque et toucha son ennemi à l’épaule.

« Le temps où on se battait comme un rempart pour son pays est révolu. La menace n’a pas de frontière. Ce n’est pas une horde d’ennemi à écraser, c’est un chuchotement, un souffle, un signe, et chaque civil peut devenir un ennemi de l’empire ou du royaume. Tu ne peux sûrement pas comprendre, tu n’es qu’un tas de muscles ! »

Malkiar encaissa un autre coup, mais c’était presque inefficace. Il frappa son ennemi aux cotes et l’armure explosa. Le ténébreux fut jeté au sol.

« Je ne frappe pas un homme à terre. Dit le prince. Relève-toi ou abandonne.

-Tu pourrais pourtant m’achever.

-C’est une question d’honneur. »

Le ténébreux disparut un court instant dans un nuage de fumée noire et frappa son ennemi dans le dos. Lorsque celui-ci se retourna, il lui jeta de la poussière dans les yeux tout en frappant de la main sur son oreille. Temporairement entravé de deux sens, Malkiar ne put esquiver un grand coup d’épée dans le buste. Il tomba à genou.

« Ce n’est pas fini ! 

-Si, ça l’est ! Coupa le roi d’Okeud. Vous avez bien combattu.

-Combattu ? S’énerva le fils. Il n’a usé que des techniques de lâche ! Il n’a pas combattu !

-L’honneur est un luxe qu’on ne peut plus s’offrir. Répondit le Ténébreux. Des gens meurent. Des innocents meurent. Il faut de l’efficacité, il faut la victoire à n’importe quel prix. Parfois, on est obligé de torturé quelqu’un pour sauver des milliers de vies. Et après, on le tue. Il y a des jours où dire ‘merci’ est au-dessus de nos moyens. »

Le Ténébreux était bel et bien un Otrajydien. Un homme prêt à tout, même à faire des injustices. Rubis n’aimait pas trop ça, mais c’était un grand atout de l’avoir dans ses rangs.

« Bien, nous avons donc un accord. Fit Rubis.

-Oui. Dit Yrion avec un regard méprisant. Vous êtes désormais habilité à rendre la justice dans votre région. Mais attention à ce qu’on me rapporte. Un seul faux pas, et c’est l’armée qui vient vous arrêter. »

Rubis hocha la tête, et le cortège partit.

 

                Rubis tenta de contacter son père en songe. Il pensa très fort à lui, puis s’endormit. Dans ses rêves, Sarasin apparut.

« Yo.

-Où est mon père ?

-Pas là, j’peux t’aider ?

-Euh… Ben sûrement. Tu sais où sont les lames jumelles de l’Armageddon ?

-Hum. Je les avais quand j’ai affronté Satan, au paradis. Oui je sais c’est un paradoxe. Quand je suis allé dans le Néant… J’en suis revenu avec les armes… Et je suis allé épauler ton père, mais il… »

L’assassin s’interrompit.

« Euh… Excuse-moi, j’imagine quand tu ne veux pas en parler.

-Dis-moi juste où sont les épées.

-La Lumière m’a arraché la jambe, et j’ai fuit sans elles. Elles doivent être au paradis.

-Hors de notre portée. »

Satan apparut.

« Pas sûr. Des armes originelles n’ont rien à faire sur le plan divin, elles ont été renvoyées sur Ethariane. Si tu m’expliques ce que tu comptes en faire, peut-être que j’accepterais de te dire où elles sont.

-Ce n’est pas pour moi, c’est pour Anadrys.

-Alors non.

-Ben pourquoi ?

-Je la connais, celle-là. Elle mérite pas des telles armes.

-C’est lâche de s’en prendre à quelqu’un d’absent.

-Si encore il y avait  un but derrière tout ça. Bon, je vais te donner un indice. Elles sont séparées, mais les s’attirent l’une l’autre. La première est perdue dans la forêt vierge, la deuxième dans un faisceau de lumière artificielle. J’en dirais pas plus.

-Tu parles d’indices ! »

Rubis se réveilla. Satan l’avait viré de la communication par la force. Il s’habilla, et remarqua qu’Améthyste n’avait pas dormit à ses cotés. Ca ne présageait rien de bon, mais pas de quoi s’affoler. Il sortit et immédiatement, deux gardes lui tombèrent dessus.

« Chef ! C’est à cette heure que vous vous levez ?! Vous avez du travail !!

-De quoi ?

-Vous devez rendre la justice ! On vous attend au tribunal. »

 

                Améthyste était l’accusation, et l’Endeuilleur était au service de la défense. Rubis était le juge. Jade était dans les bancs des jurés, en train de glander.

« Premier accusé. Dit le juge.

-Il s’agit d’une femme accusé de mépris envers la vie humaine. Dit Améthyste avec éloquence. Elle s’est faite mettre enceinte, alors qu’elle prétendait prendre la pilule, et a fait du chantage à son conjoint pour lui soutirer de l’argent, sous quoi elle se ferait pas avorté et l’obligera à payer des charges.

-Accusé, qu’avez-vous à dire ?

-J’assurerai ma défense moi-même, et je plaide non coupable. »

L’Endeuilleur s’affala sur son siège. Améthyste reprit :

« Que demande l’accusation ?

-Cette femme est coupable de désamour dissimulé, de mépris de sa progéniture, de menace, et d’escroquerie. De plus, elle a suivi des cours d’art dramatique, et excelle dans la manipulation d’autrui. Elle représente un danger. Je réclame la mise à mort pur et simple de cette personne, avant qu’elle n’enfante un enfant sans père, non désiré, objet de chantage et qui vivra sans l’amour qui lui est dû. »

Rubis sourit. C’était sa compagne. Comme elle était classe et charismatique, même si c’était pour enfoncer les autres.

« Objection. Fit l’accusé. Primo, cette menace a toujours été fausse. Ca s’appelle de l’intimidation du bluff. J’aurais avorté de toute façon. Je ne veux pas d’enfant. »

Sans ‘mépris de la vie humaine’, il était déjà difficile de la condamnée à autre chose qu’une amende.

« Soit. Dit Améthyste. Que plaidez-vous pour l’escroquerie ?

-J’ai des problèmes financiers, j’allais avorter, mais je me suis dit qu’un peu d’argent ne ferait pas de mal.

-Et pour le désamour dissimulé ? Faire semblant d’aimer quelqu’un, c’est simplement injustifiable. Le vrai foutage de gueule, c’est de sourire à quelqu’un et faire semblant de l’aimer pour le poignarder dans le dos et le détrousser.

-Je l’ai aimé. Mais parfois ça arrive dans un couple, on se lasse. Je comptais le quitté quand je suis tombé enceinte.

-Cousu de fils blancs. Ragea Améthyste. Avec la ‘nécessité d’escroquer et de menacer’, elle paierait juste une amende, si encore on ne la laisser pas simplement partir avec un ‘Ne recommence pas’.

-Accusation, avez-vous fini ? Dit Rubis.

-Non. Je fais appelle à un témoin. Le compagnon de l’accusé ! »

La femme sortit et son conjoint entra.

« Bien. Fit Améthyste. Parlez-nous de votre ex-compagne.

-Il n’y a pas grand chose à dire. Répondit-il blasé. Je sortais avec elle depuis un moment, mais je sentais qu’elle était trop calme. Et puis, elle m’a fait ce sale coup.

-Pensez-vous qu’elle l’aurait vraiment fait ?

-Oui. Et vous voulez que je vous le prouve ? Elle l’a déjà fait. »

Tous sursautèrent.

« Aller donc à la taverne du Rat des champs, dans la ville d’à coté. Le serveur a adopté un enfant. C’est le fils de cette…

-Stop. Si ce que vous dites est vrai… Les sentences seront à la mesure de la faute commise. Pouvez-vous prouvez ce que vous dites ?

-Prouver ma preuve ? Euh… C’est difficile, en effet. Je vous jure qu’à le voir, c’est le portrait craché de sa mère. Mais c’est pas une preuve. Il n’a rien gardé de sa mère.

-Qu’en est-il du père ?

-Elle l’a fait payer les charges, pendant un an. Mais il est mort. Cancer du poumon, ça pardonne pas.

-Nous sommes certains qu’il s’agit d’une mort naturelle ?

-Les médecins sont formels.

-Bien. »

Améthyste s’arrêta et réfléchit. Ils n’avaient pas de test de paternité. Aucun sort, aucune magie, ne pouvait forcer quelqu’un à dire la vérité. Ancrona rejoignit Rubis.

« Je peux savoir si elle est la mère. Ma parole est-elle une preuve suffisante ?

-Comment marche ton truc ? Encore une altération ?

-Comme toujours. Ca ne prend que deux secondes, et c’est sûr à 100%.

-Je veux savoir comment ça marche.

-C’est un secret, désolé. 

-Dis-moi tout de même, mais ça ne sera pas une preuve suffisante. »

Ancrona s’approcha de la femme et plissa les yeux.

« Elle a été enceinte il y a sept ans.  Où est votre fils ?

-Mort-né. Répondit-elle.

-Son nom ?

-Akazaky.

-Le père ?

-Parti. »

Ancrona se concentra encore. Il posa son bâton de fer sur sa tempe.

« Que faites-vous ? S’impatienta la femme.

-Je cherche votre fils.

-Comme si vous en aviez le pouvoir. Ca suffit, la mascarade ! Vous n’êtes qu’un bluffeur. Laissez en paix une femme qui n’a jamais put être mère. Vous…

-Enfant blond, problème cérébraux parce que vous buviez comme un trou pendant la grossesse. Retard de la croissance. Diabète héréditaire. Comment est le gamin de la taverne ?

-Comme ça. Répondirent plusieurs jurés qui le connaissaient.

-En quoi est-ce une preuve ? »

Ancrona renonça.

« Une telle mauvaise foi me donne envie de vomir, j’arrête là. »

Les portes s’ouvrirent violement, Jade entra. Elle s’était éclipsée sans que personne ne la voie. Elle avait amené l’enfant en question. Il était comme dans la description.

« Qui est ta mère ? Demanda-t-elle.

-Ze sais pas. »

Ancrona passa à coté de lui.

« Tu es sûr ? Dit-il.

-M… Maman. »

Il désigna, d’un doigt, sa mère.

« L’étau se resserre. Dit Améthyste. Non seulement vous venez de perdre toute crédibilité, mais en plus c’est une récidive. Je reste sur mes positions. Votre honneur ?

-Je déclare l’accusé coupable de mépris de la vie humaine, d’escroquerie et d’abandon de ses enfants. La peine capitale est de rigueur. Mais je vous condamne à être déchu de votre humanité. Ainsi, vous susciterez tant de méfiance, que vous ne pourrez plus être un danger pour les autres. »

Les soldats se saisirent d’elle et Rubis prit le fer. Il le fit chauffer jusqu’au rouge.

« Non ! Attendez !

-Trop tard. Tu es déchu de ton humanité ! »

Il appliqua la sentence.

« Ceux qui cherchent les rédemptions, ceux-là seront pardonnés. Mais ceux qui persistent sur le chemin du mal ne connaîtront que la souffrance éternelle et la damnation. »

On la jeta dehors comme un vulgaire animal. Désormais, c’est ce qu’elle était.

« J’espère que les affaires suivantes ne seront pas aussi épuisante. »

Il s’approcha d’Améthyste.

« Pourquoi t’as pas dormi avec moi cette nuit ? »

Elle se tourna vers lui, avec des cernes à faire peur.

« Houla ! Tu vas bien ?

-Oui, la nuit a juste été longue. »

Elle se frotta les yeux.

« Tah, ça pique. Vivement que ce soit fini.

-Va te coucher voyons ! Ta santé passe avant tout !

-C’est bon, t’inquiète pas. Et si l’accusation partait, t’imagine la réputation qu’on se taillerait ? Je serai là ce soir. »

Elle se frotta encore les yeux et des larmes perlèrent. Rubis la prit dans ses bras.

« Ne force pas, surtout.

-Mais c’est bon ! J’ai fait une nuit blanche, c’est tout.

-Qu’est-ce que t’as fais alors ?

-Secret. »

Elle se dégagea et reprit sa place. Rubis monta sur l’estrade de juge. Le deuxième accusé. C’était un homme d’un certaine âge, avec une belle musculature et une cicatrice sur le visage. Il dit :

« Vous êtes accusé de triple homicide volontaire, parlez.

-Je plaide coupable, mais voici mon mobile : La vengeance. Ce n’est rien de grandiloquent, c’était un règlement de compte. Ils étaient moins solides que je le pensais. Mon intention n’était pas de les tuer, mais de les blesser. Je plaide l’homicide involontaire.

-Bien. Souhaitez-vous un avocat ?

-Je dis pas non. »

L’Endeuilleur s’installa.

« La défense est-elle prêt ?

-Oui votre honneur.

-L’accusation est-elle prête ? »

Pas de réponse.

« Hé ho ?

-Il… Il semblerait que l’accusation se soit endormie, votre honneur. »

Améthyste s’était assoupie dans son fauteuil.

« Tah ! Fit l’accusé. Je ne veux pas d’un tribunal de fortune ! J’ai droit à un vrai procès !

-Enfin, c’est votre adversaire qui est lésé. Soupira Rubis.

-Je n’ai qu’un camp, la vérité. Je refuse qu’on me tourne en ridicule. »

Jade sauta à la place d’Améthyste et la vira en la bousculant. Elle se réveilla en heurta le sol.

« Gueuhaya ?

-Va dormir ! Ordonna Jade. Tu es ridicule ! L’accusation est prête, votre honneur ! »

L’accusé semblait se satisfaire de la tournure des évènements. Le procès se déroula dans le calme.

 

                « Je vous condamne à écoper cinq ans de prison ferme, et autant en sursis. Le procès est clos. »

Rubis sortit prestement du tribunal et se dirigea vers sa chambre pour y retrouver Améthyste, il avait à lui parler. Mais elle n’y était pas. Il la chercha dans tout le manoir en vain.

« Cette fille va me rendre fou. J’en ai marre ! Toujours à me cacher des choses ! Raah ! »

Il regarda l’heure, milieu d’après-midi. L’Endeuilleur passa à coté de lui.

« Hep, t’as pas vu Améthyste ?

-Nan, désolé. 

-Je déteste ne pas savoir où elle est !

-Laisse-la respirer. »

Il continua. Anadrys le rattrapa. Rubis soupira et regarda par le fenêtre. Soudain, il vit sa compagnon. Sans hésiter, il sauta et tenta de la rattraper. Elle était à moitié endormie, dès qu’elle le vit, elle prit la fuite.

« Eh ? Améthyste ! »

Il la perdit de vu dans la foule, elle esquivant les gens sans peine et avec habilité. Lui, il bousculer tout le monde et manquait de tomber à chaque pas. Il la suivit à un coin de rue, elle déboucha dans une impasse. Il explosa de rage.

« Non ! Pourquoi tu me caches toujours quelque chose ?! »

Il lui semblait que tout le malheur du monde venait de lui tomber dessus. En proie au désespoir, il rentra. Malgré qu’il soit tôt, il parvint à dormir.

 

                Améthyste n’était pas rentrée se coucher. Rubis commençait à sérieusement douter d’elle. Il alla voir Ancrona. Il semblait tout savoir, comme un devin. Mais lorsqu’il entra, il vit Améthyste endormit dans le canapé, le ventre à l’air et la bouche ouverte.

« Améthyste !

-Quouah ?! »

Elle tomba par terre.

« Tu me gueules dessus au réveil ? Mais ça va pas la tête !

-Où étais-tu cette nuit ? Et la nuit dernière ?

-Secret. Je te l’ai dit. »

Elle se recoucha.

« Et pourquoi tu es chez Ancrona ?!

-Je veux dormir ! »

Il lui jeta un regard larmoyant, puis s’allongea. Rubis ne put conserver sa rage devant ces yeux humides et ces joues rouges. 

« Tu… Tu… »

Il s’assit à coté d’elle.

« Juste… Pourquoi ? »

Un sort bleu enveloppa soudain la fille. Ses cernes disparurent en quelques minutes et elle semblait revitalisée. C’était Ancrona.

« Qu’est-ce que tu lui as fait ?

-J’ai boosté son sommeil. Les capacités réparatrices du repos sont devenues fulgurantes un court instant.

-Et ça nous amènera à quoi ?

-A ça. »

Il sortit. Améthyste se réveilla.

« Hum… J’ai bien dormi. Oh Rubis, bonjour mon amour.

-… Pourquoi ? Tu… Tu es vraiment… »

Soudain, l’Endeuilleur, Anadrys, Ancrona, le Ténébreux et Arthémis entrèrent d’un coup, une pièce montée dans les mains.

« Surprise !!! Joyeux anniversaire !! »

Jade entra en retard, peu soucieuse de la fête. Améthyste s’étira et sortit, pour revenir avec un pendentif en or représentant un cœur. Elle le donna à Rubis.

« J’y ai travaillé des nuits. C’est pur ça que j’suis crevée. Il m’en a valut, des nuits blanches.

-Un… Collier ?

-Sens-le, touche-le. »

Il l’inspecta de plus près, et réalisa qu’il émettait de la chaleur. Il sentait comme Améthyste, et son touché rappeler celui des cheveux de cette dernière. Il avait l’impression d’avoir un morceau d’Améthyste dans les mains. Et ça, ce n’était pas dû à ses sens qui étaient trompés. Il sentait dedans l’amour de sa compagne, comme si elle avait réussi à l’en imprégner.

« C’est… Incroyable… »

Il fut subitement recouvert des cadeaux des autres. Une statue de phénix de la part de l’Endeuilleur, une dague gravée à son nom du Ténébreux, une cape rouge marqué ‘Je ne suis pas parfait, je suis bien mieux que cela’ de la part d’Arthémis, et autres babioles. On le mena dans une grande salle où une fête était organisée.

« Euh… Tout ça ? C’est un peu… Abusif non ?

-Certainement pas ! Clama Améthyste avec éloquence. Faire la fête permet de réduire le stress, de s’assurer du soutien des soldats, maintenir le moral des troupes… Que des bonnes choses ! Et il en faut dans une armée, ou ça sera la désertion à grande échelle. »

Rubis dut admettre que c’était vrai, et que sa chérie prenait son rôle très au sérieux. Qu’elle le soutienne autant lui faisait chaud au cœur.

« Champagne !! »

On apporta des victuailles, de la nourriture et de la boisson jusqu’à plus faim et plus soif. Mais la trésorière de buvait pas une goutte d’alcool, elle qui en est si fan et qui la tient si bien, raison pour laquelle elle n’est pas réprimandée même si elle descendait un tonneau.  Cela surprit Rubis, mais il devina le pourquoi du comment. Il sourit béatement. D’un coup, le Ténébreux l’empoigna et le traina au milieu de la salle, et Améthyste subit le même sort. Puis, tout le monde scanda au même rythme :

« Le bisou ! Le bisou ! Le bisou ! »

Ils se regardèrent, puis se rapprochèrent. Améthyste n’avait pas bu d’alcool juste pour préserver son haleine. Ils s’embrassèrent sous les bravos. La fille se dégagea au bout d’un court moment et apporta une boite à son compagnon.

« Je brise le protocole habituel en faisant ça, mais j’en avais trop envie. »

Rubis ouvrit la boite et y trouva une statue miniature de lui-même, avec les ailes du phénix et une auréole, avec gravé sur le socle « L’ange de feu ». Il l’observa sous tous les angles, et remarqua que l’auréole était étrange. Trop grosse pour la statue, et elle était sur un support, elle n’était pas attachée. C’était une bague.

« Rubis. Veux-tu m’épouser ? »

Les bras lui en tombaient de surprise. Il la mit à son doigt.

« A… Améthyste je t’adore !! »

Ca voulait certainement vouloir dire ‘Oui’. Ovation générale. Arthémis donna à son supérieur une autre boite. Il la donna à sa compagne. C’était une statuette d’elle, en train de lever les bras comme pour lancer un sort, mais le sort était une alliance. Décidément, on allait les prendre pour des narcissiques du dernier degré.

 

 

                La fête se termina dans la bonne humeur. Après de grands ‘On rangera demain’ et autres excuses bidons, chacun retourna à ses activités. On signala à Rubis une attaque de bandit quelconque, et on lui demanda de réglé l’affaire.

« Pouah… J’ai pas envie, j’viens de me faire demander en mariage ! C’est me saoule ! Et Améthyste va me tuer si je la rejoins pas !

-Des gens meurent, allez, intervenez !

-C’est bon, j’y vais, j’y vais… »

Rubis arriva au lieu nommé en phénix. En effet, une horde de bandits prenait d’assaut un village sans défense. Il atterrit et s’arma de ses pugilats, mais ne savait pas où donner de la tête. A droite, à gauche, dans tous les sens, des innocents étaient égorgés pour le plaisir, des viols, des pillages, des animaux tués juste pour s’amuser.

« Arrêtez ! Stop ! »

Personne ne l’écoutait. Il n’avait pas envie de faucher dans le tas, ces fous furieux devaient savoir pourquoi ils allaient mourir. Et même, par où commencer ? L’urgence était partout.

« Dégage minus. »

Un grand homme le repoussa. Rubis se retourna, et vit une silhouette dos au soleil. Il était en armure complète, avec une immense claymore qui lui rappelait celle de son père. Le guerrier chargea plusieurs malfrats en les amputant de leurs membres. On l’attaqua, il plongea sa main dans le ventre de l’assaillant et lui arracha la colonne vertébrale. Rubis ne put réprimer un frisson de plaisir, en voyant ainsi ces êtres inhumains châtiés dans la souffrance. Et cela lui faisait peur : Le goût du sang. Les bandits fuyaient, mais un cercle de flammes leur coupa la route.

« Le supplice de la torche. »

L’arrivant prit un bout de bois enflammé et l’enfonça dans la gorge d’un violeur, puis le repoussa, agonisant, parmi les cadavres. Il en brûla un autre vif, en éviscéra encore. La souffrance qu’il répandait était sans fin. Rubis était cloué sur place, à la fois muet d’admiration et de craindre.

« Qui êtes-vous ?

-Bouge-toi plutôt que poser des questions inutiles ! »

Un balança son épée démesurée devant lui et faucha trois bandits. Tenant son arme d’une main, il jeta un éclair de feu et brûla vif d’autres personnes. Il était impressionnant, dans son armure lourde qui devait peser ces 500 kilos, et son arme était étrange.

« Pourquoi vous êtes là ?

-Normalement, j’ai pas l’droit d’faire ça. Mais ils travaillent pour mon ennemi. Et j’aurai bien du mal à m’empêcher de tuer de telles ordures. »

On lui dit quelque chose dans son oreillette, du moins dans son casque.

« Oui oui, c’est bon. Tin fous-moi la paix ! Quoi ? Déjà ? L’truc de fou ! J’y vais ! »

Il regarda le garçon.

« Ils sont piégés dans les flammes, je te laisse les éliminer. Justice sera faite, en vérité. »

Il partit en faisant onduler sa longue cape noire. Rubis regarda autour de lui, il restait peu à faire. Tout le monde était ou mort, ou blessé, ou pétrifié de peur et se rendaient. Il hésita et les déchoir de leur humanité, il était bien dans sa juridiction, mais ne méritaient-ils pas la peine de mort ? Il se dit que vu le traumatisme infligé par le guerrier, ils ne recommenceraient pas. Il sortit la marque au fer rouge.

« Je vais empester la viande cramée quand je vais revenir. »

 

 

Améthyste et Jade allèrent en ville pour faire un peu de propagande. Bien que ce ne soit pas louable, il fallait bien se faire un nom. Et puis, ce n’est pas comme si on les endoctrinait. Ils commencèrent à poser des affiches. Bientôt la nuit, il fallait faire vite. Jade avait une cadence rapide et efficace, regardant parfois à droite ou à gauche. Améthyste baillait aux corneilles. Elle passa un coup de colle, puis repartit dans ses rêves.

« Rubis…

-Redescend sur Ethariane, ma vieille. Lui dit Jade.

-Tu ne comprends pas ce que je ressens… »

Elle s’adossa sur le mur, et y resta collée.

« Oups.

-Bravo. Bouge pas, j’vais te tirer de là. Dis, tu peux arrêter de rêvasser de ton chéri à voix haute ? Tu es franchement lourde.

-Jalouse.

-Ben tiens. L’amour est une perte de temps.

-Je n’ai pas envie de m’énerver aujourd’hui… Mais tant pis. Je ne connais que deux moteurs de puissance mentale : La haine et l’amour. Tu as choisis la haine, pourquoi pas. Mais il faut savoir la manier. Si ta haine est mauvaise, elle rampe, elle use de bassesse, elle touche des innocents, elle est sournoise et aveugle. Elle ne sait pas contre qui se diriger, et c’est toi qui sera détruit. Cette haine est malsaine, impuissante, inutile, un boulet enchainé à tes épées. La vrai haine ne rampe pas, elle se dresse contre ses ennemis comme un déferlement de rancœur, elle est prête à tout pour détruire l’objet de son mépris. Cette haine là peut renverser des montagnes, et donne une force infinie. Cette haine est pure, exempt de tout défaut. Une haine qui vous glace le sang.

-Je pourrais en dire autant de l’amour. Répliqua Jade d’un regard noir. Un vrai amour est une motivation noble et pure, permettant de déployer l’intégralité de sa force. L’amour est une force de la nature. C’est une motivation qui se vieillit pas, qui ne s’érode pas, qui est constante et uniforme. Mais attention à l’amour de conte de fée. Cet amour ankylose les âmes, draine la force, étreint la vie et l’énergie. Ce chemin n’est pas plus sûr que celui de la haine, et nous sommes forcés de constaté qu’il y a eu bien plus de malheur à cause de l’amour qu’à cause de la haine. »

Améthyste grimaça devant une répartie si parfaite. Jade prit un petit couteau et coupa la colle pour sauver les vêtements d’Améthyste.

« Je laisse tomber pour ce soir, on f’ra ça d’main. »

Elles firent demi-tour vers le manoir. Sur le chemin, un homme allait en sens contraire. Améthyste croisa son regard et fut pétrifiée sur place.

« Non… Pas lui…

-Quoi ? »

Jade regarda l’arrivant.

« T’es qui, toi ?

-Jade, la traîtresse. Quelle heureuse surprise… Répondit l’homme d’une voix calme et menaçante. J’ai appris que tu avais retourné ta veste. Tu me déçois, ta haine est tellement faible… Qu’elle ne mérite même pas l’appellation de haine. De la peur, de la rancune, de l’orgueil. C’est tout.

-Tu vois les armes que j’ai dans le dos ? Elles peuvent trancher n’importe quoi, et je les manies à la perfection. Dégage ou je te coupe en rondelle.

-La perfection ? Tu ose prononcer ce mot ? »

Améthyste était toujours paralysée sur place.

« Fille bâtarde du Seigneur-Croc et d’une faible d’esprit, emprunte de ma puissance. Tu as reçu les dons des trois émissaires de la destruction… Et c’est à peine à ce niveau là que tu te dresses ?

-Tu me parles comme si j’étais une poussière sous tes pieds… Il va falloir que je te prouve le contraire !! »

Elle dégaina. Aussitôt, Améthyste hurla :

« Non ! Ne fais pas ça ! Il est trop fort ! »

Trop tard, l’homme esquiva les lames et prit la tête de Jade dans sa main.

« Destruction de l’âme. »

Une explosion de puissance immatérielle détonna depuis la main de l’homme. Jade s’effondra.

« Je te laisse la vie cette fois. Ta soif de puissance pourrait me servir. »

Il passa à coté d’Améthyste.

« Abandonnez vos projets. »

Il disparut dans la nuit tombante. Améthyste commença à se reprendre.

« Il est toujours vivant… Netal… »

Elle regarda Jade à terre, terrassée comme un insecte insignifiant. Elle la secoua pour la réveiller.

« Jade ? »

Rien, mais elle respirait toujours. Soit elle était évanouie, soit dans le coma. Netal frappait direction l’âme des gens,  et cette ‘destruction de l’âme’ devait être un vrai choc mental. Elle espérait que Jade soit assez forte pour résister à ça.

 

                Elle la transporta jusqu’au manoir et la déposa dans son lit. L’Endeuilleur vint immédiatement à son chevet, et Anadrys aussi, par la force des choses. Il hurlait :

« Jade ?! Jade !!! Réveille-toi !! »

Il ne retenait pas ses larmes. Anadrys restait indifférente, mais le visage marqué par la peur d’Améthyste en disait long. Elle préféra retourna auprès de Rubis se faire rassurer et chouchouter.

« Jade ! Répétait l’Endeuilleur. Debout ! Réveille-toi !! »

Il perdait espoir.

« Jade… »

 

                Jade entendait clairement les mots assourdissants, hurlés à quelques centimètres de son oreille. Quel raffut insupportable ! Mais son corps n’obéissait pas. Elle cherchait à parler, et les mots n’étaient formés que dans sa pensée :

« Arrête de gueuler imbécile ! Je suis là !! »

Un écho de cette pensée lui rappela sa solitude. Mais être plusieurs dans le même esprit ne serait pas franchement une bonne nouvelle.

« Jade !!!

-La ferme ! Pensa-t-elle. Y’en a qui sont convalescents ici ! »

Elle jura, perdre aussi facilement. C’était la première fois qu’elle était écrasée de cette manière. Bon, en premier lieu, faire ressurgir sa conscience. Il y a deux moteurs, elle s’appuyait sur la haine. Autant continuer. Sa volonté de tuer, sa rancune, son agressivité. Elle sentait qu’elle reprenait le contrôle de son corps. La haine, la destruction, le cauchemar ! La Main du Destin !!

 

                Jade eut un spasme. L’Endeuilleur lui passa la main dans les cheveux.

« Jade… »

 

                Ca marchait, mais pas assez. Elle décida de s’appuyer sur l’amour. Elle aimait… Qui ? Le problème avec l’amour, et qu’on ne peut pas le faire exister seul. Il faut un réceptacle à cet amour. Quoiqu’il en allait de même pour la haine. Sans cible, la haine la détruirait, Améthyste avait raison sur ce point. La haine grandissait, et elle parvint à entrouvrir les yeux. Elle voyait l’Endeuilleur. Les cheveux décoiffés, mal rasé. Mais il était beau, au moins. Beau et intelligent. Pour la force, on repassera, mais il n’était pas minable non plus, il ne faut pas exagérer. Jade arrêta de faire grandir sa haine, comme mentalement épuisée. Elle se calma, sa respiration ralentit un peu, se préparant à repartir sur les chapeaux de roues. Son rythme cardiaque devint moins fort, le calme avant la tempête. Elle ne bougeait plus, reculer pour mieux sauter.

 

                « Jade ne bouge plus ! Je crois qu’elle a arrêté de respirer ! »

 

                « Mais non ! Abruti ! Répondit-elle dans ses pensées. Laisse-moi me concentrer ou on arrivera jamais à rien ! »

 

                L’Endeuilleur ordonna à Anadrys de quitter la pièce. Il caressa la joue de Jade. Il se pencha lentement vers elle.

 

                « Il nous fait quoi, l’archer ? Laisse-moi, ma haine doit s’accroître ! »

Elle se concentra sur toute la rancœur qu’elle éprouvait. Le maréchal ne l’avait jamais bien traité. On l’avait toujours traitée comme était ‘Fille du Seigneur-Croc’ et pas en tant qu’individu à part entière. Elle comprenait Rubis, c’était rageant. Elle parvenait peu à peu à reprendre le contrôle de son corps, dans un froid intérieure innommable, et dans une fureur brûlante. Ces afflictions entremêlées étaient une source de puissance infini, elle y était presque. Elle s’arrêta reprendre son souffle.

 

                L’Endeuilleur effleura les lèvres de Jade avec les siennes. Il hésita au dernier moment, puis l’embrassa en la prenant dans ses bras.

 

                « Oh ?! Mais c’est qu’il profite de moi pendant mon sommeil/coma ! Quel sale type ! En plus il met la langue ! Beurk, je sens tout en plus ! C’est amer, gluant, c’est… Chaleureux. »

Sa haine fut comme balayée. Elle sentait qu’elle reprenait le contrôle total de son corps, malgré elle. Elle écarquilla les yeux, sa conscience et son enveloppe charnelle reprirent leur fusion d’origine. Elle bougea la main, regarda autour, secoua la jambe. Tout était fonctionnel. Elle sera le poing le envoya un immense crochet du droit à l’Endeuilleur.

« Tu fais quoi là ?! »

Elle se redressa sur ses pieds et voulut cracher. Sûrement parce qu’elle était encore engourdie, son corps se trompa de mouvement et elle avala.

« Profiter d’une pure et innocente jeune fille pendant son sommeil ! Je vais t’étrip… »

Il se jeta dans ses bras.

« Jade !! J’ai eu peur ! Tellement peur !!

-… Avec moi tu as toujours peur.

-Non, j’avais peur pour toi. J’ai cru que tu allais mourir !

-Tu m’prends pour une princesse à protéger ? J’ai la peau dure ! Arrête de chialer ! »

Elle ne parvenait pourtant pas à le repousser, ni à retenir un sourire que se dessinait sur son visage. Elle se dit que l’un des besoins humains les plus primaires, c’était d’avoir quelqu’un qui s’inquiète lorsqu’on va mal. Au coin de la porte, des larmes tombèrent sur le sol. Ce n’était pas des larmes de tristesse, ou des larmes de joie. C’étaient des larmes de colère et de jalousie. C’était Anadrys.

5 réactions sur “IX – L’Auréole Ardente”

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    J’aime beaucoup écrire et je suis assez bon dans ce domaine . Mais chaque fois que j’essaie d’écrire une histoire ou quelque chose je pars bien, mais il finit toujours par jeter – je peux ne semblent jamais finir. . . Parfois, j’ai une bonne idée de ce que j’aime vraiment , mais c’est juste difficile pour moi d’écrire une histoire au sujet et de continuer. J’aime l’écriture créative , mais maintenant, j’ai presque abandonné parce que je ne peux même pas écrire une histoire courte . AIDE ! Que dois-je faire ? . Tous les bons sites d’écriture créative pour m’aider à démarrer? Des livres? . Je suis désespéré ! . Cordialement!

  • Je ne suis pas le propriétaire du site ou des droits d’auteur, mais il est très clair pour moi que ce site viole les droits d’auteur de nombreuses. Y at-il une manière que je peux le signaler en vertu du DMCA? Merci!.

  • Je dois écrire sur deux pages pour l’écriture créative. Avez-vous des idées que je pourrais utiliser, ou un sujet par le papier? Je vous remercie!.

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