Seigneur-Croc



X – L’ascension des trois puissances
23 mai 2012

La conquête des Divins

 

Nouvel objectif

 

                Améthyste était dans la chambre de Rubis, à frissonner sous la couette. Elle n’avait jamais parlé à Netal, elle n’avait aucun lien avec lui. Pourtant, elle le connaissait, sa réputation, son aura. Elle l’avait vu de loin et c’était suffisant pour instiller à jamais la peur dans son cœur. Rubis tentait de la rassurer, mais Netal était l’avatar de la haine et de la terreur.

« Rubis protège-moi…

-J’aimerais, mais… Moi aussi j’ai peur… Netal est un ennemi d’un autre niveau, on ne peut rien contre lui. On ne peut pas condamner nos membres à une mort certaine. Je vais… Dissoudre l’Auréole Ardente. »

La porte s’ouvrit violement, c’était Jade. Armes dégainées, le regard furieux.

« Si tu fais ça, je considèrerai que tu fais honte à ta lignée, et je te tuerai. Et l’autre blondasse, fume une garrot à la caféine, ça te fera du bien. T’es trop molle ! Et vous êtes trop cons ! Je récapitule pour nos amis attardés, Netal voulait nous ralentir, pas nous détruire. La preuve : S’il le voulait, on ne serait plus là pour en parler. Il est indéniablement puissant, mais il veut nous ralentir. Faisons-lui croire qu’il y parvient, et progressons dans l’ombre. Alors vous allez vous bouger la péninsule qui vous sert de postérieur, et vous allez trouver un moyen de remédier à cette situation dès maintenant !! »

L’Endeuilleur arriva à son tour. Ou plutôt, on le remarqua enfin.

« Rubis, dit-il. Tu ne veux pas vraiment abandonner, hein ? Pas notre rêve ? Tu vas pas me laisser tomber ?

-T’inquiète, dit Jade d’un ton tranchant, moi j’laisse pas les potes dans la mouise. J’ai de la suite dans les idées pour nous sauver la peau, tous ce qu’il nous faut, c’est que le boss soit assez burné pour continuer ! Et sa donzelle aussi ! »

Rubis soupira. Il se sentit réellement vulnérable sans la protection de son père, mais c’est lui qui voulait voler de ses propres ailes.

« Oui ! Vous avez tous raison, on ne peut pas abandonner. Hein Améthyste ?

-Je te fais confiance, dit-elle d’un ton incertain. Toi, tu le connais un peu mieux. »

Une gerbe de flamme apparut dans la pièce, pour faire apparaître Sarasin.

« Je devrais pas vous dire ça, mais vous n’êtes qu’une pièce dans son échiquier. Je ne veux pas vous vexer, réalisez juste qu’il n’a pas constamment le regard braqué sur vous.

-Tu le savais ?! Explosa Jade. Tu savais pour lui ? Pourquoi tu n’as rien dit ?!

-Je le sais depuis aussi longtemps que vous. Mais moi, je réfléchis. Netal voit toujours grand, regardez : Il a fait grandir Jade pour qu’elle tue Rubis. Quand l’Auréole Ardente fut créé, il a tenté de corrompre Anadrys pour vous ralentir. Il ne peut pas le faire lui-même. Il doit être occupé à quelques plans machiavéliques. Mais ce n’est pas un conquérant, il n’embêtera personne pour le moment. Contentez-vous juste de ne pas marcher sur ses plates bandes. Je rappelle que vous avez un ennemi bien plus imminent, à savoir Sieron. Il va continuer de vous jouer des mauvais tours encore longtemps. »

Il disparut. L’espoir renaquit. Ils allaient continuer, mais sans fanfare.

« Aller ! Dit Rubis. Jade et Endeuilleur, concoctez-moi une idée pour lutter contre les sectes sans se faire démarquer. Améthyste, je te laisse organiser notre pseudo-disparition. Moi, je m’occuper de gérer l’interne, ça va bouger. Et Anadrys, tu… Tu… Elle est où, Anadrys ? »

L’Endeuilleur sursauta, puis voulut partir à sa recherche, Jade le retint.

« Tu restes avec m… Tu restes là !

-Mais c’est ma faute ! Je l’ai vexé quand je t’ai… »

Jade lui donna un grand de pied dans le tibia pour le faire taire. Rubis et Améthyste se regardèrent déconcertés.

« Euh… Je vais la retrouver, dit le chef. Bon courage à vous. »

Il s’envola par la fenêtre.

 

 

                Sieron hurla des ordres à ses subordonnés, jura contre sa défaite, puis s’assit sur son trône.

« Rubis… Je ne te pardonnerai jamais ! »

Les soldats s’écartèrent de lui. Soudain, un messager arriva.

« Seigneur, quelqu’un demande à vous voir, il souhaite être votre allié.

-Qu’il aille se faire enc… »

Le destinateur du message entra en envoyant les gardes au tapis.

« Allié est un terme un peu trop pacifique. Je vous soumets plutôt à un ultimatum. Mais nous avons des intérêts communs. »

Sieron dégaina un marteau de guerre et frappa l’arrivant. Il bloqua la frappe d’une main, sans même plier sous la force, puis frappa le dieu aux abdominaux. Ce dernier fut prit de vertiges, se sentit mal, s’effondra sous la douleur et l’affliction.

« Qui… Es-tu ?

-Je suis Netal, et tu ne sauras rien de plus que mon nom. Voici ce que je demande : Continuer de harceler l’Auréole Ardente, traque les jusqu’au bout. Ne cherche pas à les tuer, mais il faut au moins que tu les ralentisses. Ne cherche surtout pas à les vaincre définitivement, tu y laisserais la vie. Mais je ne te dirai pas pourquoi. Je te conseil juste de ne pas essayer de les achever sans mon aide.

-Et j’y gagne quoi ?

-Ce n’est pas fini, je veux qu’ils s’embrouillent avec le futur roi d’Okeud, Yrion. Son soutien serait… Dérangeant. En échange, voici ce que tu auras. »

Netal canalisa un sort bleu azur dans sa main, et le jeta sur Sieron.

« La puissance. Le pouvoir. Je te laisse t’amuser avec tes nouvelles capacités. Tu peux absorber les âmes des gens, pour augmenter ta force et celle de tes soldats. Mais tu ne peux en absorber qu’une par heure, pas plus. L’illimité, ça… C’est que moi. »

Il sortit calmement. Sieron regarda ses mains, comme s’il pouvait y voir sa puissance.

« Préparez un nouvel assaut. »

 

 

                Rubis était en ville, à la recherche d’Anadrys. Comment pourrait-il la trouver, de toute façon ? Il réfléchit, puis réfléchit au fait qu’il réfléchissait. Puis jura. Il fallait se demander où elle irait : Elle allait certainement pleurer son frère. Pas à l’église, pas au cimetière. Il poussa sa réflexion, son frère était mort dans le carnage du Seigneur-Croc donc une ville en ruine. Il y avait bien un quartier ravagé par ici, désert et dangereux. Elle y serait sûrement. Il y alla.

 

                Anadrys y était effectivement, recroquevillée dans un coin.

« Grand frère… grand frère… »

Des rires retentirent, et des délinquants quelconques passèrent devant Anadrys.

« Tiens ? T’es sur notre territoire, connasse ! Casse-toi ! »

Ils prirent des barres de fer.

« T’as pas entendu ? Casse-toi ou on te casse les os ! Et c’est quoi que t’as sur le crâne ? Des cornes ? Ah ah, c’est mal fait ton déguisement ! »

C’était à cause de personnes comme ça que la crise d’Ifah avait commencé. A cause de ce genre de personne que son frère était mort, que 30 000 personnes étaient mortes. Elle se leva.

« Vache, elle a des ailes ! Et une queue ! Et des… Nan c’est pas des cornes ça. C’est… »

Anadrys lança sa métamorphose, devenant bien plus impressionnante. Elle dégaina ses kriss et leur jeta un regard noir. Elle inspira, puis se lança dans un tourbillon, fauchant deux personnes de ses ailes. Elle égorgea un autre. Les deux derniers commencèrent à fuir, mais Anadrys en rattrapa un et le poignarda au niveau du cœur. Le dernier se retrouva dans une impasse.

« Au secours ! Quelqu’un ! Ne me faites pas de mal !! »

Elle s’approcha de lui, avec un regard empli de haine et un sourire malsain. Un doux frisson lui parcourra l’échine.

« Meurs… »

Rubis entra par la fenêtre dans une tornade de flamme. Il bloqua Anadrys au dernier moment de ses pugilats et la repoussa.

« T’as fini de pourrir la réputation de la 2A ? Ca t’amuse de tuer plus faible que toi ?

-Oui… C’est tellement amusant ! Tellement jouissif !

-Je vais t’appeler Anadrys l’assoiffée de sang, désormais. »

Il saisit le délinquant à terre.

« Si on te demande, ils sont morts en tombant dans les escaliers ! »

Il le rejeta.

« Tu comptes bouder encore longtemps ?

-Tu ne sais rien de ce que je ressens… Tu ne sais pas ce que c’est, de voir l’homme qu’on aime embrasser une autre.

-Tu crois que je n’ai jamais eu de problème avec Améthyste ? Crois-moi, c’était un phénomène avant.

-Oui mais toi, tu savais que tu gagnerais. Moi… C’est déjà perdu.

-… Rentre au… Rentre quand tu veux. Contente-toi de garder tes armes dans leur fourreau. L’Endeuilleur s’inquiète, tu sais. »

Il repartit.

 

                Ancrona était adossé contre la porte principale, à réfléchir. Décidément, Anadrys ne ferait rien pour l’aider. Il fallait canaliser cette force. Si elle était plus soumise, ce serait une grande combattante. Justement elle arriva, à pied.

« Tu voles pas ?

-Laisse-moi tranquille. Répondit-elle avec une voix d’outre tombe.

-Non, il faut que je t’entraine.

-Pas aujourd’hui… »

Elle soupira et essuya une larme.

« Tu viens avec moi !

-Fous-moi la paix !

-… Un jour, il sera temps. »

 

                L’Endeuilleur fit passer l’ordre d’être discret, et réorganisa les troupes pour pouvoir agir dans l’ombre. Mais la tâche était extrêmement ardue. Même impossible, ils comptaient sur leur réputation de massacreur de sectes pour les arrêter sans avoir à tous les exterminer. Mais la menace ne Netal ne pouvait pas être ignorée. Il s’assit en soupirant, Jade le rejoignit.

« Alors ?

-On a dit aux gars d’être discret, mais… C’est pas un bon plan. On arrêtera personne sinon.

-Je vois ce que tu veux dire. On joue sur la peur. Il faut réfléchir à une solution. »

Il lui prit doucement la main, elle la dégagea vivement et lui envoya à travers la figure.

« M’touche pas !

-A-aïe ! Vas-y molo, t’as une force herculéenne !

-Hercuquoi ?

-Laisse tomber, creuse-toi plutôt les méninges pour échapper à Netal. Il faut découvrir pourquoi il n’intervient pas directement. Et si… Et si il avait peur ? Et si c’était un lâche qui nous craignais ?

-Craindre quoi ? T’étais pas là, mais il m’a écrasé comme un insecte. Et je suis la plus forte, ici, même Rubis est derrière moi. Quoiqu’avec ses transformations bizarres, il me dépasse peut-être. Mais pas assez pour faire reculer Netal… Je… J’ai bien vu qu’il n’avait pas déployé le centième de ses forces. Il n’est pas à notre portée. Il ne le sera peut-être jamais. C’est frustrant d’être écrasé de a sorte.

-Pourtant, il y a bien quelque chose qui l’empêche de venir ! »

Rubis intervint.

« Je le connais, c’est un destructeur. Si on le dérange, il nous aurait anéantit. Mais quand je l’ai connu, il cherchait à vaincre plus fort que lui, la Mort, le cavalier de l’apocalypse. Il voulait sauver sa seule amie : La Faucheuse.

-Le mec ami avec la Faucheuse ! S’écria l’Endeuilleur. C’est de la folie !

-Il avait réfléchit à une stratégie et il avait lentement gagné des forces. Il n’est pas parvenu à son objectif, certes, mais… Sa puissance était encore plus impressionnante qu’avant.

-Il chercherait encore plus de force ? Avec la mort des plus grands guerriers, à savoir le Seigneur-Croc, Sarasin, Kiérol, personne n’est en mesure de le vaincre ! Alors pourquoi il en aurait besoin ? Qui plus est, pourquoi il ne nous attaque pas, alors qu’il nous roulerait dessus ?

-Je ne sais pas. Il y a quelqu’un ici capable de le faire reculer. Ou peut-être qu’il ne veut pas lui faire de mal. Si on découvre qui, ça peut jouer en notre faveur. »

Il haussa les épaules, comment chercher ? Ancrona arriva à son tour.

« Va chercher les épées, elles pourront peut-être faire la différence.

-Je vais y penser. »

Ancrona et Rubis sortirent continuer leur discussion. Jade dégaina ses lames jumelles.

« … Il y a un problème ? Demanda l’Endeuilleur.

-Pas vraiment, mais je me sens mieux armées. A propos de ce que tu as fais quand j’étais évanouie. Tu m’as… »

Les doubles lames vibrèrent. Peur ? Gêne ? Colère ? Regret ? L’Endeuilleur ne savait pas. Il dit :

« Je… Je suis désolé. Je sais pas quoi dire.

-Je te pardonne cette fois, car pour une raison inconnue, ça m’a réveillé. Si tu recommences… Je te détruis ! »

L’Endeuilleur se raidit.

« … C’était de moi dont tu parlais, hein ? Continua-t-elle. La fille dont tu étais amoureux ? Pourquoi ? Tu as toujours eu peur de moi, je suis imbuvable et je le sais. Alors pourquoi ?

-Le plus grand privilège de l’amour, c’est qu’il n’a ni à s’expliquer ni à se justifier.

-C’est sûr, c’est plus facile comme ça. T’es incapable de faire de la rhétorique.

-Tu m’as menacé de destruction si je te touchais. Tu m’as pardonné. Tu t’amuses à m’enfoncer… T’as jamais dit que tu voulais pas de moi.

-Tu devines, non ?

-Dis-le-moi en face.

-Hein ?

-Dis-le ! »

Jade haussa les sourcils. Elle ouvrit la bouche, mais les mots ne sortirent pas. Elle ne put masquer sa gêne.

« Je… Je… »

L’Endeuilleur décida de l’achever. Pour une fois, il réussirait à instiller la peur en Jade. Pour une fois, il gagnerait. C’était égoïste, et même cruel. Mais il voulait la remettre à sa place.

« Tes lames mortelles te sont bien inutiles. Tu ne connais que la violence physique, pas la violence psychique.

-Où tu veux en venir ?

-Ce sentiment qui te ronge peu à peu, que tu ne peux pas maîtriser… Il te domine. Il te change.

-Arrête avec ça ! Tu veux une preuve ? D’accord, je ne t’aime pas. Ma bonté t’as visiblement bercé d’illusion, il faut y remédier. Dégage !

-Des mots. Juste des mots.

-Il suffit de demander ! »

Il lui donna un grand coup de poing dans le ventre. La cote cassée de l’Endeuilleur, en voie de guérison, se fractura à nouveau. Il ne pouvait pas y croire : Il avait vraiment tord ? Il n’y avait donc pas une once d’amour chez elle ? Il n’y avait rien de bon ? Jade sortit de la pièce.

« Salaud. Il ose m’embrasser pendant mon sommeil et il me prend de haut comme ça ? Il devrait ramper à mes pieds pour que je lui pardonne. »

Une gerbe de flamme apparut devant elle. C’était le Seigneur-Croc, mais il ne semblait pas l’appeler depuis l’enfer.

« Tu ne devrais pas constamment l’envoyer balader. Un jour, tu auras besoin de lui. Tu n’es pas assez forte pour lutter seule. C’est mon sang qui coule dans tes veines, je sais de quoi je parle.

-Rien à foutre de toi.

-… Hi hi… Rien à foutre de moi ? Le Seigneur-Croc ? Le légendaire ? Le plus grand guerrier de l’Histoire ?

-Ouais, rien à foutre !

-Alors pourquoi tu voulais tuer Rubis pour l’honneur de ma lignée ?

-Queuah ? Euh…

-Tu n’as aucun fond, aucune volonté de base. Aucun objectif. Rien. C’est là la preuve qu’il te manque des neurones là où se loge ton arrogance. »

Elle shoota dans la gerbe, flouant les flammes, puis partit en claquant la porte.

 

 

 

La conspiration du Soleil

 

                Sieron ouvrit une carte. Entouré de généraux, il déclara :

« Nous allons les prendre à revers. Mais leur force brute est trop grande. Ce qu’il faut, c’est le leur ôter ! Nous avons progressé, mais eux aussi. Ils ont désormais Jade et Anadrys. Ce sont de puissants éléments, mais instables. Pour ce qui est de la stratégie, nous ne pourrons pas désarçonner Rubis ou Améthyste. Ancrona, lui, est spécial. Il nous a fait perdre la dernière bataille.

-Il est faible. Dit un général. Un assassin pourrait avoir raison de lui.

-Hm. Faites donc ça. Le rempart Sud est affaibli, nous lancerons l’assaut par là. Leur défense est gênante, nous feront une attaque surprise nocturne.

-Bien.

-Préparez nos troupes. Je m’occupe de mettre Anadrys et Jade hors course. »

 

                Plusieurs jours après, l’Auréole Ardente s’était déjà repliée sur elle-même. Un homme se présenta à leur porte. Grand, presque deux mètres, les cheveux blonds mi-long en bataille, le visage beau et un sourire calme. On lui ouvrit et l’envoya au bureau des candidatures spontanées. Il toqua.

« Oui ? Fit l’Endeuilleur. »

L’homme entra.

« Je ne suis pas ici pour me faire engager, mais vu que j’ai pas vu le chef, j’ai pas trouvé mieux. »

Il semblait frémir d’excitation.

« Que puis-je pour vous, alors ?

-Je cherche une certaine ‘Anadrys’. On m’a dit qu’elle était là. Je… Je suis si excité !

-Ahem. Vous êtes qui ?

-Je suis Methoes, son grand frère ! »

L’Endeuilleur tomba dans sa chaise.

« Mais… On m’a rapporté qu’il était mort ! »

Methoes souleva sa chemise. Une cicatrice immense ornait son torse.

« Le Seigneur-Croc ne m’a pas tué. Mais j’ai perdu connaissance. Je savais qu’elle était en vie ! Oui ! Il faut que je la vois !

-Elle est en mission de… D’anéantissement de secte. Je vais vous y conduire. »

Ils prirent la route.

 

                Ancrona somnolait sur son fauteuil.

« Tout est calme. »

Une silhouette apparut derrière lui, armée d’une dague. Elle porta un premier coup.

« Et ce n’est pas toi qui va me déranger. »

Le coup s’arrêta net dans le vide. L’assassin tomba en poussière, ne laissant qu’un squelette.

 

                Rubis et Anadrys fauchèrent la foule des fanatiques. Le premier calma la seconde.

« Ne cherche pas à tuer tout le monde, on va droit au chef !!

-Yahaaa ! »

Elle partit en sens inverse et tua tout ce qui bougeait.

« Du calme ! Il y a le prophète ! »

Il s’envola et se jeta sur lui. Elle commença à le démembrer mais fut stoppée.

« Calme toi ! Il doit être déchu de son humanité, comme tout ceux qu’on peut épargner !

-Je m’en fous ! J’ai besoin de tuer quelqu’un !! »

Il la retint.

« Bon sang, quelle furie ! En champ de bataille, lâche-toi, mais c’est fini là ! On a gagné !

-Du sang ! Pas assez de sang ! »

Rubis l’éjecta d’un coup de pied, sortit le fer et le fit chauffer. Il appliqua la sentence, récita son baratin, puis retourna vers Anadrys.

« Allez, repasse en mode repos.

-Non ! Je veux encore tuer ! Buter des gens me fait rêver ! »

Une main se posa sur l’épaule.

« Anadrys ? »

Elle se retourna et tournoya dans un déluge de métal tranchant.

« Meurs, qui que tu sois ! »

Methoes n’en revenait pas.

« Anadrys… Qu’est-ce que tu es devenue ? »

Elle reconnut son frère, perdit l’équilibre de son tourbillon et tomba. Elle blessa l’Endeuilleur au bras au passage avec ses ailes tranchantes.

« Aïe ! J’me fais martyriser par les filles ! »

Methoes était tétanisé par la stupeur. Anadrys retrouva son aspect ‘normal’, petites cornes, petites ailes. Sa queue de succube fouettait l’air nerveusement.

« Grand frère…

-Tais-toi !! Tu n’es plus ma sœur ! Tu n’es plus qu’un monstre assoiffé de sang ! Je te renie ! Je… Je n’aurai jamais dû te chercher. Tant de temps perdu. »

Il écarta Rubis et l’Endeuilleur pour partir. Anadrys ne tenait plus sur ses jambes, alors l’Endeuilleur l’aida à se lever.

« Attend, Methoes ! Tu ne peux pas la renier comme ça !

-Si ! Ma sœur était l’incarnation même de la bonté ! Elle était douce et compréhensive !

-Tu étais évanoui, alors qu’elle, elle assistait au spectacle macabre. Comprends-la !

-Oui, j’étais évanoui ! Bien sûr ! Et les flammes ont tout détruit à part moi ! J’étais réveillé, avec une plaie béante sur le poitrail ! J’ai dû courir sur les cadavres de mes amis pour échapper au brasier ! Tout ça à cause d’un seul homme ! D’une seule flèche ! »

L’Endeuilleur se crispa. Et s’il savait ? S’il savait que c’était lui le coupable ?

« Laissez-moi, je m’en vais. »

Il partit, comme si tout le désespoir tout monde s’était abattu d’un coup sur lui. Comme si l’enfer s’était ouvert sous ses pieds.

« Tu devrais croire en la rédemption ! Lui cria Rubis. Son caractère n’est pas gravé dans le marbre ! Celle que tu prends pour une meurtrière assoiffée de sang porte la croix du genre humain !

-Qu’est-ce que tu en sais ?! »

Rubis pensa à Améthyste. Sa période de toxicomane, de dépravée.

« Crois-moi, je sais ce qu’est la déception.

-Toute ma famille et mes amis ont été massacrés par le Seigneur-Croc. Tout ce qu’il me reste, c’est elle. Je n’en veux même pas. Y’a-t-il une limite à la souffrance qu’on peut infliger à un seul homme ? »

Rubis baissa la tête. C’était son père qui avait tout fait. Voila exactement pourquoi il ne voulait pas de survivant. Ils seraient noirs, et répandraient la tristesse jusqu’à leur mort. Il pensa :

« Et si je les tuer ? »

Ca réglerait tout. Plus de survivant, ça serait un poids en moins sur la conscience de l’Endeuilleur. Anadrys ne serait plus un boulet à trainée. Le frère ne répandrait plus la tristesse.

« Je vais y réfléchir… »

 

                L’Endeuilleur rentra dans sa chambre, anéanti. Jade l’attendait dans leur lit commun.

« T’es là, toi ? Dit-il.

-Ben, faut bien que je dorme non ?

-T’es impossible. Après tout ce que tu as osé me dire. Je vais dormir ailleurs. Chez Ancrona, tiens.

-Quoi ? Mais…

-M’approche pas ! J’ai pas envie de prendre un autre coup. »

Il se tint la cote.

« J’ai assez morflé comme ça. »

-Euh… D’accord, va-t-en ! »

L’Endeuilleur eut l’impression de prendre un autre coup. Il sortit.

 

                On toque. Ancrona ouvrit la porte.

« Quoi ? ‘Deuil ?

-Je peux squatter chez toi une nuit ?

-Euh… Oui, bien sûr, comme tu veux. J’ai entendu parler de Methoes. Tu…

-Pas ce soir, s’il te plait.

-Bon, d’accord. »

 

                Le lendemain, une servante alla réveiller l’Endeuilleur. Il était près de 6h du matin, bien trop tôt.

« Hm ?

-Jade fait mander votre présence sur l’instant, c’est urgent !

-Qu’elle aille au diable.

-D’après elle, c’est une question de vie ou de mort.

-Qu’elle meurt en silence, je dors. »

La servante soupira et sortit. En entrouvrant la porte, il perçu un sanglot. Il savait qu’il venait de Jade, c’était comme un frisson glacé. Il se stoppa net dans sa réflexion : Jade, pleurer ? C’était lui qui était à pleurer de rire. Elle devait jouer la comédie, voila tout. Et même, quelle raison aurait-elle de pleurer ? Il entendit distinctement un pleur étouffé, il bondit hors de son lit.

« Et puis zut. »

Il alla la voir. Que pouvait-elle vouloir sinon le tourmenter. Il entra.

« Jade ?

-… Ici… »

Elle était cachée sous la couette, au bord des larmes.

« Qu’est-ce t’as ? Tu veux encore te foutre de moi, hein ?

-Non, c’est…

-Arrête ta comédie ridicule ! Y s’passe quoi ?!

-Mon artefact légendaire, le bracelet d’harmonie… On me l’a volé. Désormais, je suis faible…

-Q-quoi ?! Oh le délire, il faut absolument te le retrouver, et ça presse ! Je mobilise tout le monde, je reviens !

-Non ! Reste là. Protège-moi… J’ai peur. Si peur.

-Mais… »

Elle explosa en sanglots.

« Je t’en suppliiiiiiiiie !! Pour l’amour du ciel !!! »

Elle tremblait de tous ses membres. Jamais il ne l’avait vu dans un tel état de détresse. Elle l’agrippa par sa chemise et le força à se blottir contre elle. Ses yeux larmoyants et son visage marqué par la peur faisaient planter le cerveau de l’Endeuilleur. Il n’aura jamais cru ça possible.

« C’est si rageant… D’être faible… Si angoissant…

-Il te reste tes armes technologiques, non ?

-Non. Je n’ai plus d’explosif et mon blaster a besoin d’une barre nucléaire pour pouvoir tirer. Il me reste quelques mines, un bâton de dynamite et une grenade à fragmentation… Je… Je sais que je t’ai dis des choses très méchantes, mais… Mais…

-Du calme… Respire, plus besoin de paniquer.

-Tu me pardonnes, hein ? Dis, tu me pardonnes ?

-Mais oui, bien sûr. Aller, calme-toi. »

Il la serra contre le torse en lui caressant les cheveux. Elle ouvrit les yeux et vit l’immense hématome qu’il avait sur les cotes. En grande partie par sa faute. Elle avait toujours tout faire pour le faire souffrir, physiquement comme mentalement. Elle était rouge de honte, et n’arrivait pas à le regarder dans les yeux.

« Après tout ce que je t’ai dis… Tout ce que je t’ai fait… Je me suis montrée si ingrate quand tu m’as sauvé… Je…

-C’est pas le moment de se tourmenter. Comment je pourrais t’en vouloir, tu as l’air si fragile… »

L’Endeuilleur avait l’impressionné qu’au moindre mot de travers, Jade se briserait comme du verre. Il l’embrassa sur le front, lui caressa la joue, et resserra son étreinte. Elle sentit comme une immense douleur au cœur, comme si une lance venait de s’y loger. Il l’embrassa sur la bouche, cette fois. Elle se laissa faire, paralysée par tant d’amour.

« Tu es rassurée ? Demanda-t-il.

-Qu’est-ce qu’un baiser ? Ce n’est ni une arme, ni un bouclier, ni une armure. Alors…

-Un baiser, c’est ce qui remplace les mots lorsqu’ils deviennent superflus. C’est toutes les promesses du monde, tous les cadeaux qui existent. Je donnerai tout pour te protéger, sois sans crainte.

-Je… Je crois que je t’aime. Mais… Ta force est… Tellement insuffisante. Je sais que c’est méchant… Mais je me sens toujours en danger.

-Bien idiot celui qui sous-estime la force que peut déployer un homme amoureux.

-T-tu peux rester jusqu’à… Jusqu’à demain ? »

 

                Rubis cherchait un problème au cas ‘Anadrys’. Le retour de Methoes avait fichu un sacré bazar. Devant lui, Améthyste, l’Endeuilleur, et Jade en armure lourde complète, équipée d’un bouclier.

« A quoi ça rime, ce déguisement ? Demanda l’Ange de Feu.

-On t’en pose, des questions ? Répliqua l’Endeuilleur du tac au tac.

-T’as prit des cours d’éloquence, toi ? Reste en dehors de ça.

-On a pas un problème plus grave ?

-Mouais. C’est louche. »

Il ne le voyait pas, mais Jade tenait la main à son compagnon, et serrait de plus en plus fort. Personne ne devait découvrir qu’elle était faible, mais elle ne se sentait pas en sécurité sans une armure, un bouclier et l’Endeuilleur.

« Bon, on fait quoi de ces deux guignols ?

-C’est pas la peine d’être grossier, soupira l’Endeuilleur. »

Ancrona arriva.

« Je dirai bien ‘il faut laisser du temps au temps’, mais si ça continue on court à la catastrophe. Je propose d’attendre un peu, et… »

Il écarquilla soudain les yeux, les cligna, et se tient la tête avec sa main libre.

« J’ai eu une vision du futur. On va se faire attaquer par les Larmes du Soleil. Ils seront… Infiniment plus fort que la dernière fois !

-Pas de problème, répondit Rubis calmement. Avec Jade dans nos rangs, le résultat ne sera pas le même. Et puis Anadrys, si on peut compter sur elle, est parfaite pour foncer dans le tas. Nos avons des atouts.

-Ne te repose pas sur eux. »

A croire qu’il savait pour Jade.

« Au fait, Endeuilleur. Continua-t-il. C’est quand que tu deviens un tantinet plus fort ? »

Il semblait vexé.

« Y’a pas le feu.

-C’est là que tu te trompes. Il est nécessaire de devenir continuellement plus fort. De grandes puissances vont bientôt apparaître, et nous devrons nous tenir prêt. »

Rubis pensa immédiatement à Netal, et au guerrier qu’il avait vu lors de l’attaque de bandit.

« Ils seront plus fort que nous l’imaginons, plus nombreux, plus cruels, plus destructeurs et plus terrifiants. Des heures sombres nous attendent. »

Jade prit enfin la parole :

« D’où tu tiens ces infos ?

-Je le sais, c’est tout. »

Rubis se leva.

« Préparez-vous au combat ! »

 

 

 

 

 

 

L’ascension d’un dieu

 

 

                Sieron s’assit à la table de ses conseillers.

« Alors ?

-Anadrys sera très probablement écarté du combat. Quant à Jade, c’est une certitude. Tenez, voici son bracelet d’harmonie.

-Et l’autre là… Ancrona ?

-Pas de nouvelles de l’assassin. A mon avis, il s’est planté.

-… Quelle perspicacité. Que pensez-vous d’une attaque maintenant ?

-C’est également mon avis. Anadrys est hors course, mais rien ne dit qu’elle ne va pas revenir.

-Je ne suis pas d’accord, répondit le deuxième conseiller. Le roi d’Okeud est encore en vie, et ses légions seront bien plus terrifiantes qu’une gamine ailée. Attendons qu’il meurt, Yrion ne soutiendra jamais l’Auréole Ardente.

 -Ca peut être demain comme ça peut être l’année prochaine. Et toute tentative d’assassinat échouerait. Rétorqua le premier.

-Bien, je prends le risque. Demain, aux aurores, nous frapperons. Faites sonner les trompettes ! »

 

 

                L’Auréole Ardente organisait ses défenses. Les remparts étaient réparés, les soldats affluaient. Cette bataille sera d’une ampleur bien plus grande que la précédente.

« Qu’on me trouve Anadrys !! Où sont les réservistes ?! C’est quoi ce chantier ? Rangez-moi ça !! »

Et encore d’autres ordres.

« Toi ! Apporte ce message de demande de renfort au roi d’Okeud !

-Chef, oui chef ! »

Rubis monta sur les remparts. Déjà à l’horizon, les troupes ennemies s’accumulaient.

« Ils nous sous-estiment. Ils me sous-estiment. Ils sous-estiment la descendance du Seigneur-Croc. Une culture de violence, un héritier sanglant. Voila notre univers. Nous vivons pour la guerre. »

Il invoqua son phénix et poussa un cri perçant sonnant comme le hurlement d’un aigle impérial. Améthyste le rejoignit, les poches remplies de composant.

« Le savoir ancestral engendre mes maléfices. Redoutez le vaudou. Redoutez ce qui a été oublié. »

Elle clapa des mains, et un hurlement difforme retentit. Attiré par cette atmosphère de guerre, Arthémis arriva.

« Je suis là. Dès qu’il s’agit de tuer, d’avoir du sang sur les mains, je suis toujours là, prêt et motivé. »

 Rubis se retourna.

« Où est l’Endeuilleur ? »

 

 

                L’Endeuilleur se faufilait dans les buissons. Il regarda la forteresse des Larmes du Soleil. Quasiment tous les soldats étaient sortis, la sécurité était une vraie blague. Il s’approcha discrètement. Il repéra un garde, encocha, et le visa. Avec un genou à terre, il attendit un moment pour s’assurer qu’il ne serait pas repéré. Il lâcha la corde, la flèche fendit l’air et s’enfonça dans la gorge de l’homme d’arme qui s’effondra en silence. Elle disparut, laissant place à une violente hémorragie. Il passa le pont levis, passa à une intersection de couloir d’une roulade.

« Maintenant, pensa-t-il, repérer la salle des coffres. »

Il longea et le couloir, puis vit un garde aller vers lui. Il encocha lentement, visa et tira. En pleine tête, l’homme mourut avant de comprendre le pourquoi du comment. Il s’approcha d’une salle éclairée par un feu de cheminée. Il allait passer la tête lorsqu’il entendit :

« Hein ? J’ai entendu quelque chose ! »

Puis le bruit d’une épée qu’on dégaine. Il se figea : Quelle ouïe phénoménale. Il encocha calmement, mais ne se faisait pas d’illusion sur sa force. Il chercha une solution, et repéra un vase plus loin. Il tira dessus et le fit tomber. Immédiatement, son ennemi y courut. A ses vêtements, c’était un conseiller. Il y avait fort à parier qu’il était un adversaire hors de sa portée. Il jeta un coup d’œil, il en restait un autre et… Le bracelet d’harmonie sur la table.

« Super ! Se dit-il. Mais comment je le prends ? »

C’était peut-être trop dur pour lui. Il se dit qu’il faisait une erreur à être ici, sans renfort, pour récupérer ce fichu bracelet. Avec Rubis, ils seraient juste passés en force. Puis il se dit que les effectifs n’étant pas là, il fallait agir maintenant avant que cet artefact soit caché et ne puisse plus être retrouvé.

« Est-ce que je tente de le tuer ? »

Poussé d’adrénaline, sueur froide. Des pas dans le couloir le prévinrent que l’autre conseiller revenait. Tant pis. Il encocha, et passa la porte en tira. Il toucha sa cible à l’œil et le déstabilisa. Un vrai coup de chance. Il se jeta sur lui et le mit à terre. Il invoqua une lame spectrale et lui trancha la gorge, mais fut repoussé. La blessure fit néanmoins fuir son adversaire. Il ramassa le bracelet.

« Tiens tiens, mais qui voila. Fit une voix. Ne serait-ce pas notre ami l’Endeuilleur ? »

Il se retourna, Sieron. Le dieu en personne, émanant d’une aura de puissance invraisemblable. Il s’empara d’un feutre sur la table et écrivit « SOS » sur le bracelet. Avant que le dieu ne le frappe, il accrocha l’artefact à une flèche et tira par la fenêtre. Il se tourna vers Sieron et tira en plein sur son visage.

« Pathétique. »

Il enchaina une salve, puis concentra une violente flèche magique. Rien. Etait-il faible à ce point ? Ne même pas le faire reculer ? Un grand coup l’assomma.

 

                « C’est pas vrai ! Hurla de rage le dieu. Je l’ai prit à la légère ! Jade a probablement récupéré son bracelet, et la bataille va être plus rude ! Espérons qu’il se soit planté, mais j’en doute. »

Il frappa le corps inerte du pied.

« Vermisseaux… Je vais te tuer !

-Attendez ! Fit un vieil homme. J’ai besoin d’un cobaye pour des expériences… Dangereuses, et… Douloureuses. Vous permettez ?

-Bah, vas-y. Que ça serve à quelque chose. Je dois aller au front, je te le laisse.

-Merci, seigneur. Puisse le destin vous pousser vers la victoire, et puisse-t-elle être écrasante.

-Puissent tes expériences le mener vers l’agonie la plus douloureuse.

-Avec joie… »

 

 

                La flèche de l’Endeuilleur vint se planté sur la tour du manoir fortifié de l’Auréole Ardente. Le ténébreux la saisit.

« Ce bracelet… Jade, c’est pas à toi ? »

Elle se jeta dessus.

« Oui ! Donne-moi ça !!!!

-Du calme ! »

Elle le mit à son poignée, et poussa un soupir de soulagement. Elle arracha presque son armure, prit ses doubles-lame et son bouclier.

« Je me sens mieux avec. »

Elle le regarda, et lut le message de détresse.

« … Deuil est allé me le chercher. Il… Il a des problèmes… »

Rubis la prit par l’épaule.

« On va aller le sauver après la bataille. Je savais pas que t’avais perdu ton truc, mais tant mieux si tu l’as. Les enfoirés d’en face comptait certainement là-dessus.

-Après ? J’y vais de suite.

-Certainement pas ! On a besoin de toi ici !

-Ton ami est en danger ! Ton…

-Ici, il y en a des milliers. Tu restes nous aider. »

Elle se dégagea.

« Va te faire foutre ! »

Elle partit à toute allure.

« Jade !! Reviens, c’est un ordre !!

-Ta gueule !! »

 

 

                L’Endeuilleur se réveilla sur une table d’opération, un bras et les deux jambes fermement attachés.

« Quoi ? De quoi ? Qui ?

-T’es réveillé ? Tant mieux, j’ai besoin de savoir tes réactions. »

Il regarda son bras libre, tenu directement par l’homme en blouse blanche.

« Qui êtes-vous ?

-Un scientifique de la magie. Marrant hein ? Aller, j’ai une expérience à faire. »

Il prit un scalpel et trancha la chair, mettant l’os du coude à nu. L’Endeuilleur hurla devant tant de douleur. Son membre ensanglanté ne répondait plus.

« Nooon ! Arrêtez !! »

Le scientifique reposa le scalpel, et prit l’articulation à main nue.

« Le cartilage n’est pas super bien fixé. Faut boire plus de lait. »

Il l’arracha à la force des doigts.

« Noooooon ! Aaaaaaaaaaarg !!! »

Il décolla le bras et l’avant-bras. Le hurlement était encore plus fort.

« Arrête ton délire. A coté de ce qui va suivre, c’est une piqure de moustique. »

Il prit un genre de sort bleuté, maintenu en lévitation dans un orbe, et le posa sur le coude.

« Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaarg !! »

 

 

                Devant l’entrée du château des Larmes du Soleil, les gardes inspectaient le corps de leur collègue.

« Mort d’une flèche. Je trouve plus le projectile. C’était certainement l’Endeuilleur.

-Alors c’est bon, on l’a chopé, le danger est écarté. Jette-moi ça dans les douves.

-Ouais. De toute façon, c’était un connard.

-… Vous entendez ? Comme des bruits de pas ? »

Jade passa à coté d’eux. Les têtes tombèrent en même temps.

« Deuil !! »

Elle s’arrêta, et entendit un hurlement de douleur.

« Ne crains rien, j’arrive ! »

Toute la garnison fut mobilisée. Plus d’une centaine de gardes entrainés.

« Hors de mon chemin ! »

Elle fonça dans le tas, tourbillonnant, tranchant tout sur son passage. Pas d’incantation, elle passe directement à l’action. Elle faisait pleuvoir les corps et les membres tailladés, les explosifs qu’il lui restait. C’aurait été pire si elle avait eu son blaster. Les flammes giclèrent, les murs s’effondrèrent. Tous mourraient sous une avalanche de lame, elle ne faisait pas dans la précision. Elle remplissait tous les critères du tueur né. Le conseiller évita un coup mortel. Il était le seul à survivre quelques secondes. Il avait jadis servit le Seigneur-Croc, alors il pouvait l’affirmer : C’était bien sa fille. Cette aura de fureur, ce visage empourpré dans la rage, et surtout ce style de combat. Comme son père, elle ne se battait que dans un but, provoquer une mort brutale et violente, et ce peu importe les moyens ou le prix. Il sentit la lame s’enfoncé dans son torse et en ressortir aussitôt, lui arrachant le cœur au passage.

« ‘Deuil !!! »

Elle fusa dans les couloirs en répandant la mort sur son passage, fauchant les ennemis comme un rien.

 

                Il hurla encore de douleur, il n’avait plus la force de pleurer.

« Voila, c’est bientôt fini. Je scelle… Ce… Truckeuh ! Rah ! »

Le cobaye hurla encore.

« Tah ! Ca résiste ce truc ! Saleté de… Han ! Voila c’est bon. Activation ! »

Le bras de l’Endeuilleur ce mit à briller. Et ça ne lui faisait pas mal.

« Je suis un génie ! J’ai réussi ! Ah ah ah ! Aller, invoque son arc, mon grand !

-Va te faire foutre !

-Tu as encore la force de me résister ? Fort bien. »

Il reprit son scalpel.

« Voyons pour le genou… »

 

                Jade repoussa un énième ennemi. La fatigue se faisait sentir, et ils étaient de plus en plus coriaces. A bout de souffle, elle se mit à genou pour respirer. Mais déjà, une section d’élite l’assaillait.

« Du balai !! »

Elle en faucha un, mais prit une lancé dans la poitrine, projetée avec tant de force qu’elle ressortit de l’autre coté.

« Ca va… Se payer !! »

Elle se jeta sur le lanceur et le décapita. Elle se retourna et prit un violent coup d’épée sur l’arcade sourcilière.

« Merde ! Merde ! Raaaaaaaaaaah ! »

Elle arracha la lance, qui était au-dessus du cœur, et repartit au combat. Un ennemi qu’elle pensait avoir tué remua soudain, et lui agrippa la jambe.

« Maintenant ! »

Un autre frappa de sa masse le genou, qui craqua sinistrement. Elle hurla, mais fit un tourbillon sur une jambe et abattit les deux. Mais toujours, il en restait.

« Vous êtes combien ?! »

Ils l’attaquèrent, un devant, un derrière. Privé de sa jambe droite, elle planta ses lames et s’en servit comme appui pour frapper l’ennemi de devant d’un coup de talon, continua son chemin pour faire un salto complet et frappa le second. Elle atterrit et s’empressa de les achever tant qu’ils étaient à terre. Elle entendit un autre hurlement de douleur. Elle ne prit pas le temps de reprendre son souffle et fonça.

 

                Les portes du laboratoire s’ouvrirent violement. Le guerrière sauta vers l’ennemi. Sans attendre, le scientifique se retourna, un poignard à la main, et l’enfonça dans le ventre de Jade.

« C’est que t’es discrète, toi, à crier vengeance et à courir comme une dératée. »

Il la repoussa.

« Reste en vie, j’ai besoin de d’autre cobaye. »

Il était en train de mettre à nu l’os du genou. Une grenade à fragmentation roula à ses pieds.

« Que ?! »

L’explosion lui incrusta le corps de morceau de métal, il fut éjecté en arrière. Jade se plaça en dessous et le réceptionna d’une lame dans la colonne vertébrale. Elle lui brisa la nuque, lui explosa la boîte crânienne et jeta le corps.

« Jade… Dit l’Endeuilleur. Tu es venu me chercher…

-Oui… Ah, ah… Ah…

-Tu as du mal à respirer… Je suis désolé, je pensais pas me faire capturer !

-T’inquiète, ah… Ah… Tu peux marcher ?

-Non…

-Merde, moi non plus. Je peux me servir de mes lames comme béquille, et faire de jolis bonds, mais pas te porter. Et ma symphonie des vents, dans mon état, c’est trop risqué… »

Un garde surgit derrière elle et la frappa à la tête d’un violent coup de massue. Elle fit volte-face et le décapita.

« Faut pas rester ici… Utilise la perf’ juste ici comme béquille, on s’arrache. »

Ils boitèrent vers la sortie. Autant l’Endeuilleur était mutilé sur le bras et au membre inférieur, autant Jade, elle, était exténuée, blessée de toutes parts, et se demandait si elle n’allait pas finir le chemin du retour en rampant. S’il avait été plus fort, s’il ne s’était pas fait capturer, Jade ne serait pas dans cet état atroce. Ancrona avait raison, il ne fallait pas attendre pour devenir plus fort.

 

 

                Sieron était visible au haut de la colline. L’assaut approchait.

« Bordel. Fit Rubis. Sans Jade et Anadrys, on perd trop de puissance de frappe. Sans l’Endeuilleur aussi, son Eclat du Soleil est une pièce maîtresse ! Comment on va tenir le coup ? »

Les troupes ennemies s’agitèrent soudainement, puis se calme d’un coup. Ils allaient charger. Améthyste invoqua des runes sur les remparts, et Ancrona, tourmenté, attendait en haut d’une tour.

« … Merde. Répétait-il depuis un moment. Pas maintenant… Merde ! »

Les Larmes du Soleil poussèrent un cri, et avancèrent au pas de course.

« Ils chargent !

-Sans blague ?! Catapulte défensives, tirez ! »

Les projectiles n’eurent pas beaucoup d’effet. Les ennemis arrivèrent au rempart, faisant fi des pièges d’améthyste et des zombies qu’ils écrasaient.

« Ils se sont dopés ou quoi ?! »

Le rempart vacilla facilement.

« Que nos troupes sortent ! Hurla Rubis. Tous au combat ! »

Il sortit en premier, tenta d’enfoncer les rangs ennemis. Mais il fut repoussé sans mal. Certes, ils étaient nombreux, mais atrocement plus forts qu’avant.

 

 

                En haut d’une colline, l’Endeuilleur voyait le désastre. Ils ne gagneraient pas.

« J’y vais ! Dit Jade.

-T’es folle ? T’es complètement estropié, t’arrive même plus à marcher ! On peut rien faire… Je peux même pas tirer, avec mon bras. Rien qu’à l’idée d’invoqué mon arc…

-Tente pas le coup. »

Elle le força à s’assoir sur une pierre, et s’assit sur le sol à coté de lui.

« Reste pas par terre, voyons…

-Si. »

Elle posa sa tête contre le genou valide de l’Endeuilleur.

 

                Le Ténébreux faucha trois adversaires. Seulement trois.

« C’est pas vrai ! Ils sont faits en quoi ?! »

Il fut prit à revers, Arthémis gela l’assaillant et le brisa comme un bloc de glace.

« J’sais pas, mais c’est du solide ! Cycle du froid : Le cercueil de glace ! »

Les ennemis proches furent gelés sur place, immobilisés.

« Cycle du froid : La mort arctique ! »

Le givre pénétra leurs corps, les rendant aussi friables que des bonhommes de neiges.

« Cycle du froid : L’hibernation interrompu ! »

Arthémis tournoya sur lui-même, et tous ces ennemis tombèrent en poussière blanche. Mais les hordes des Larmes du Soleil continuaient d’affluaient sans cesse. Des éclairs mauves illuminèrent un instant le champ de bataille, Améthyste se déchainait. Des foules d’ennemis étaient terrassées, jamais elle n’avait fait preuve d’une telle puissance. Elle était essoufflée, sa peau s’ouvrait et se décollait par endroit. Les soldats en profitèrent. Une avalanche de flammes les repoussa.

« Ne force pas trop, chérie. Dit Rubis. Le contrecoup de sort de ce niveau est trop coûteux. Approchez, et brûlez !! »

La bataille était perdue, l’Auréole Ardente s’était réfugiée derrière ses remparts, submergée par le nombre.

« Ne cédez pas ! »

 

                L’Endeuilleur voyait ce spectacle désolant. Il regarda son bras, hésitant.

« Ne fais pas ça. Trancha Jade. On ne sait pas ce qui va se passer.

-Je ne peux pas… Les laisser mourir… Je les entends… Leurs râles, leurs supplications.

-… Tu entends quoi ?

-J’entends le cri des innocents. »

Il invoqua son arc spectral. Contrairement à ce qui était prévu, il ne se passait rien. La même couleur, la même taille, la même puissance.

« En fait, son expérience était peut-être un échec. »

Il poussa un soupir de soulagement. Mais il restait prudent. Assit sur sa pierre, ne pouvant se mettre en position de tir avec son genou décharné. Il repensa à ses entrainements. Il était spécialisé dans le tir de précision, et vu la distance, cela lui serait favorable. Il banda calmement son arc et mit en joue la foule. Il chargea sa flèche. Il voyait très bien sa cible, les personnes composant la foule. Il en repéra un avec beaucoup de galon. Il voyait clairement les traits de son visage, et à son visage calme, il n’allait pas bouger. Très bien, il ne manquerait pas sa cible. Il voyait les pupilles de sa cible observer le champ de bataille.

« … Une seconde ! »

Il releva la tête, tout lui semblait si loin. Comment avait-il put faire preuve d’une telle acuité visuelle ?

« Un problème ? Demanda Jade en se tenant ses blessures.

-Non… »

Il recommença. Il voyait tout, comme à travers une lunette de sniper. Portée par l’adrénaline, il tira. Un immense trait de lumière rayonnant fendit le ciel dans un grand bang sonique. Comme une étoile filante, la flèche traversa le champ de bataille et toucha sa cible, la décapitant complètement.

« C’était quoi ?! S’inquiéta Jade.

-Je… Je sais pas. »

La puissance de son tir le sidérait, mais ce rayon lumineux avait trahit sa position. Pas le temps, il tira une salve rapide. Les flèches imprégnées de magie pure tombèrent comme des météores sur les troupes ennemies, provoquant de petites explosions. Il chargea encore plus de flèches, une dizaine d’explosions bleues retentirent. Il tira une flèche unique, l’explosion repoussa les ennemies trop proche. Avec sa précision de tireur d’élite, il tua à nouveau. Un sourire se dessina sur son visage, c’était comme un jeu. Un nouveau tir, il abattait qui il voulait. Il se sentait un Dieu. Le sang tapait dans ses tempes, encore une salve, il lui semblait décimer les troupes ennemies.

« ‘Deuil ! Arrête !!

-Je peux pas ! D’autres mourront si je ne les couvre pas !

-Regarde ton bras ! »

Son coude brillait d’une lumière bleue, les battements de cœur le faisaient gonfler et dégonfler, menaçant de le faire exploser. Il réalisa d’un coup toute la douleur qu’il avait comme ignorait inconsciemment.

« Aaaaaarg ! J’ai mal !! »

L’arc disparut, le coude retrouva peu à peu son aspect normal.

 

                Sieron saisit un de ses conseillers par le col.

« C’était quoi, ça ?!

-Je ne sais pas ! Mais ça ressemble aux travaux d’un de nos scientifiques ! C’est tout ce que je sais !

-C’était qui ? C’était quand même pas cet enfoiré d’Endeuilleur ?!

-Je crains que si ! Lâchez-moi, vous me faites mal ! »

Il le jeta sur le sol.

« Quelle erreur de ne pas l’avoir tué ! Ce scientifique fou à lier lui a donné une trop grande puissance !

-A en juger par sa force, elle est encore trop brute pour être contrôler. La maîtrise de cette énergie, si toutefois il parvient seulement à la maîtriser, prendra un temps considérable ! Sa menace n’est pas imminente ! Et regardez, ce n’est que de la poudre aux yeux ! Peu de troupes sont mortes, nous avons une quarantaine de mort et autant de blessés.

-Certes, mais nous nous devons de le tuer au plus vite ! Nous ne pouvons pas risquer d’avoir un archer stellaire comme ennemi ! »

 

                Rubis retrouvait espoir.

« C’était quoi, ces lumières ?

-J’sais pas, répondit Améthyste dans la cohue de la mêlée, mais c’est dans notre camp ! Par contre, c’est fini et ça a pas changé grand-chose au final. »

Une corde résonna.

« Et ben, c’est pas trop tôt. »

 

 

                Les légions du royaume d’Okeud s’alignaient, se préparant à la charge. A sa tête, Malkiar, fils ainé du roi. Et à ses cotés, le roi lui-même.

« Père, vous n’êtes pas en état de lutter. Rentrez, je vous en conjure.

-Jamais ! Je sens que ma f-f-fin est proche. Je veux comb-combattre une dernière fois. Acceptez ce caprice.

-… Il sera fait comme vous le souhaitez. »

Dans un grand hurlement, tous les guerriers d’élancèrent. Ils enfoncèrent les troupes des Larmes du Soleil dans un impact assourdissant. Les lames dansaient dans le sang, faisant fi de toute résistance. Les armes se cassaient sur l’armure de l’armée régulière, les armures cédaient sous leurs coups. Ces légions étaient de vrais cauchemars, on en viendrait à croire qu’ils sont indestructibles. Les sorts de lumière apparurent, ces flash aveuglants chassèrent la noirceur de la mêlée soignèrent les blessés, ces paladins avaient déployés toutes leurs forces.

« Ayaaarg ! »

Le roi abattit trois ennemis. Malgré son âge, il fut la 7e puissance mondiale dans le temps. Le sous-estimer à cause de sa voix gâteuse et ses yeux tremblants seraient une lourde erreur.

« Abattez le roi !! Hurla Sieron. Tue-le à n’importe quel prix ! »

Malkiar envoya son immense épée faucher ses ennemis.

« Alors ce prix… Ce sera vos vies ! »

Le roi, s’amusant comme un enfant dans une fête d’anniversaire, repoussa d’autres adversaires. Soudain, Sieron lui fit face.

« Vous mourrez de ma main. Je vous accorde une mort de roi.

-Meurs, vil manant ! »

Il abattit son épée, Malkiar la dévia comme une feuille de papier.

« Pour toucher à mon père, il faudra me tuer d’abord !

-Pas de problème… »

Sieron frappa avec largement plus de force, mais Malkiar tint bon et riposta en frappa son adversaire au visage.

« Aaarg ! Comment oses-tu toucher ma divine figure ?!

-Avec un grand coup d’épée dans la gueule ! »

Sieron avait juste une plaie sur la joue, mais Malkiar bondit à nouveau pour le décapiter. Sieron bloqua de sa lame.

« Ce combat pourrait durer éternellement ! Dit Malkiar.

-Je l’emporterai, c’est là chose sure. Mais tu es un adversaire de valeur, et je reconnais qu’il me faudrait des heures pour te vaincre. »

Le roi frappa Sieron dans le dos.

« Tu n’as pas af-f-f-faire qu’à lui ! Meurs !! »

C’était peu efficace, mais l’armure s’était fissuré. Malkiar protégea son père de la riposte.

« Je te l’ai dis : Tant que je vivrai, tu ne le toucheras jamais ! »

Une rapière lui transperça soudain la poitrine.

« Qu… Quoi ? »

Il se retourna, et n’en revenait pas de ce spectacle. C’était son frère, Yrion, certes déguisé mais il le reconnaissait.

« Mon frère… Pourquoi ?! »

Il se retourna et abattit sa gigantesque épée, Yrion la dévia de la pointe de sa lame avec une habilité incroyable, et creva un œil à Malkiar.

« Tu oses trahir ta patrie ! Tu oses… »

Yrion enchaina de nombreux coups que son frère ne pouvait pas suivre. Pourtant, Yrion n’avait jamais été un combattant. Quand il se chamaillait avec son grand frère, celui-ci gagnait toujours. Alors que Malkiar n’avait fait que s’entrainer et lutter pour son pays, Yrion était resté planté devant ses livres et avait acquis une connaissance et une sagesse rare, pour servir son pays. Jamais il ne s’était battu.

« Comment… »

Les coups s’accélérèrent, et il trancha la gorge du prince ainé. Le père avait le souffle coupé. Sieron était tout aussi surpris. Yrion lui dit :

« Malkiar, tu es morts en héros. Et je raconterai, à mon retour, comment tu as vaillamment défendu la vie de notre père. Je raconterai la bravoure dont tu as fait preuve, à ne pas émettre un râle lorsque Sieron t’a transpercé le cœur, puis a décapité notre père.

-Yrion… Je ne te le pardonnerai… Jamais… Tu m’entends ?

-J’en tremble d’avance.

-Jamais !! »

Malkiar arracha l’épée de son adversaire à mains nues, brisa la lame à la force de ses doigts et le frappa avec une rage inouïe. Son épée immense effleura le front d’Yrion, mais celui-ci disparut juste à cet instant pour se retrouver une trentaine de mètre plus loin. Il avait pourtant bien une petite plaie au front.

« J’ai… Echoué… »

Malkiar s’effondra enfin. Le roi se releva, mais Yrion le jeta immédiatement à terre, toujours avec cette vitesse surprenante. Il fit face à Sieron.

« Bien, je vous laisse porter le dernier coup, vous devez en mourir d’envie. Quant à moi, je suis désormais sur le trône. Et si vous battiez en retraite pour échapper à mes légions, puisque je n’enverrai plus en renfort à votre prochain assaut ?

-C’est une demande d’alliance ? Je ne marche pas comme ça.

-Ne vous méprenez pas. Tout ce que je veux, c’est le trône. Et maintenant, je l’ai. L’Auréole Ardente va perdre tout ses pouvoirs juridiques. Je vais la trainer dans la boue. Je ne la supporte plus. Mais si vous vous dressez également contre moi et mon autorité, sachez que je n’aurai aucune pitié à vous trancher la gorge comme je l’ai fait avec mon frère. »

Il se déplaça de nouveau à très haute vitesse, pointa son une nouvelle épée vers la gorge de Sieron.

« Soit. Dit-il. La prochaine fois que nous nous reverrons, j’espère que ce sera dans le même camp. Si vous permettez… Debout, mon roi. C’est l’heure de mourir. »

Le désigna se releva, l’épée à la main, mais ne fit pas long feu. Il fut décapité sommairement.

« Ceci étant fait, je me retire.

-Je n’engagerai pas de poursuite.

-Bien.

-Sachez que toute menace à mon encontre se payera. N’imaginez pas être mon allié.

-Sachez que je vous ai vu vous déplacer. N’imaginez pas que votre pouvoir me dépasse.

-… Ce pouvoir, je le tiens de mon maître. Et le votre ? »

Sieron aspira l’âme du roi.

« Il en est de même. Peut-être nos maîtres finiront-ils par s’affronter.

-C’est probable, mais une confrontation maintenant sera inutile. Partez.

-Avec joie. »

Sieron fit sonner la retraite.

 

 

 

                La bataille était finie. L’Endeuilleur et Jade rentrèrent à la base. Ils sentaient les regards accusateurs des soldats. Ils entendirent :

« 467 morts, 846 blessés. Si l’Endeuilleur était resté, ça serait la moitié. Et si Jade ne l’avait pas secourut et était restée, on n’en aurait quasiment pas. Pourquoi les foudres de guerre font toujours les pires choix ? »

Rubis vint les voir.

« Alors les déserteurs, tranquille ?

-T’as vu mon état ? Grogna Jade. Et l’état de l’Endeuilleur ?

-Pauvres choux. »

Il les traina dans l’infirmerie. Des soldats ‘blessés’ avec des membres arrachés, les viscères qui sortaient, des mourants pour alourdir le bilan final. Des soldats qui hurlaient qu’ils démissionnaient. 

« L’étau se resserre, nous ne sommes plus rien désormais. Tout le monde déserte. Par votre faute !

-T’as rien d’autres à nous dire ? Dit férocement Jade sans se démonter. Du genre, ‘Comment vous allez ?’ ou ‘Vous êtes blessés ?’. Tu vois, des trucs qui se font. Pas juste le bilan des morts, blessés et déserteurs. Aller, dis autre chose !

-Le roi d’Okeud est mort. »

Elle fut coupée dans son élan.

« Malkiar a connu le même destin. Vous deux, dans tout ça, vous n’êtes pas là. Vous vous contentez de regarder. Nous, y’a une menace de maladies avec tous les corps à évacuer. On va devoir marcher sur nos frères et les brûler. »

On lui tapa sur l’épaule. C’était Yrion.

« Prince Yrion ?

-Non. Roi Yrion. Et je vous ordonne de me parler sur un autre ton. Je suis surpris, d’après mes rapports, vous étiez tous morts et il ne survivait que les rats. Enfin… C’est peut-être bien le cas. »

Il se tourna vers les déserteur :

« Vous deux, je ne vous ai pas vu lors de la bataille. Si vous n’étiez pas partis faire je ne sais quoi, mon père serait peut-être là pour témoigner de l’horreur du conflit. Et mon frère également. Si Sieron était occupé à combattre d’autre ennemi, comme la célèbre Jade, ils ne seraient pas morts.

-Vous…

-Au fait, Jade, vous étiez là lors du dernier assaut des larmes du Soleil ? Vous savez, là où Ancrona vous a tous sauvé. Ah non, j’oubliais, s’il vous a sauvé, c’est que vous en aviez besoin. Donc vous n’étiez pas là. Si vous n’êtes pas capable d’utiliser votre force pour vos proches, nous ne méritez pas de la possédez. C’est n’être bon à rien que n’être bon qu’à soi.

-Espèce de sale… 

-Hors de ma vue, vous vous adressez au roi d’Okeud. »

Il se dirigea vers Rubis qui bouillonnait de rage.

« On ne grimace pas à un roi.

-Vous ne pouvez pas partager un peu de nos souffrances ? C’est trop demander ?!

-Oui. D’ailleurs, je ne partagerai plus rien, vous avez déjà beaucoup trop. Je vous retire le droit de rendre la justice.

-Votre père, le roi, vient de mourir. Et déjà vous vous occupez de moi ? Vous n’allez pas faire son deuil, ainsi que celui de votre frère ?

-Non. Votre roi a mieux à faire.

-Vous n’êtes pas mon roi. Mon roi était votre père, il méritait son titre. C’était un homme juste et bon. Vous n’êtes qu’un opportuniste.

-Je suis roi, que ça vous plaise ou non. Et j’ai donc les pleins pouvoirs. Je meurs d’envie de les utiliser pour vous nuire, à peu comme une personne qui vous était proche le faisait envers ses ennemis, faisant fi des lois, des principes et de la morale. »

Rubis frappa du poing sur la table où s’accumulaient les outils médicaux.

« Que vous vous autoproclamiez roi est une chose. Que vous me preniez de haut ainsi en est une autre. Mais n’osez pas vous comparer à mon père !

-Diantre, non. Pourquoi un homme de ma classe devrait se comparer à un tel barbare sans foi ni loi ?

-Dégagez, je vous ai assez vu.

-… Vous êtes dans mon pays. Vous n’avez pas le droit de m’en chasser.

-Vous êtes dans ma propriété et si, j’ai bel et bien le droit de chasser quiconque s’y trouve sans autorisation. Maintenant, du balai ! Ou je ne réponds plus de mes actes !

-Soit. Mais juste, une dernière chose. Il y a ici quelqu’un qui me dérange… Vous ! »

Il pointa le Ténébreux d’un doigt accusateur.

« … Moi ?

-Oui. Vos penchants contre-nature me déplaisent. Je vous donne une semaine pour quitter le pays, sans quoi je vous banni sans autre forme de procès. Si le monde a sombré dans le chaos, c’est la faute de déviants désaxés dans votre genre ! »

Rubis explosa :

« C’est un scandale ! Comment pouvez-vous ne pas rougir de votre…

-Du calme, coupa le Ténébreux. Ce n’est pas la première fois que je tombe sur un homophobe. Ce genre de réplique vue et revue, j’en ai déjà entendu des tonnes de fois dans l’empire Otrajyd. Le bas peuple otrajydiens n’est pas un bel exemple d’ouverture d’esprit. Mais jamais je n’aurai cru l’entendre dans la bouche d’un prince d’Okeud, le pays de la liberté, des droits et de la tolérance.

-Et bien le temps de la dépravation est fini. Fit Yrion. Votre comportement contre l’éthique va cesser de nous nuire, et je rebâtirais mon royaume sur des bases saines.

-Un comportement aussi répréhensible vous coutera cher. Je vais me soumettre à vos ordres, et retourner dans mon pays. Mais sachez que vous venez de déclarer la guerre à un quart de la planète. Maintenant, quittez ce lieu. J’ai dit maintenant !!

-Bien sûr. J’ai fini ce que j’avais à faire. Passez donc au château après, pour me jurer fidélité et devenir mes vassaux. »

Il partit fièrement.

 

 

                Quelques jours plus tard, le Ténébreux avait fait son sac et se préparer à rentrer au pays. Il dit :

« Bon ben j’y vais. Rappelez-moi quand on sera en meilleur terme avec ce type, ou qu’il sera mort.

-C’est pas juste ! S’indigna Rubis. Il a pas l’droit !

-Eh oui, mais que veux-tu ? C’est ni la première fois, ni la dernière fois que je m’engueule avec un homophobe. Mais celui-là, il est roi.

-Ma vengeance sera terrible. »

Le Ténébreux lui tapota sur la tête.

« Voila, tu t’exprimes enfin comme un homme. Dis-toi que maintenant, l’Empire Otrajyd est prêt à te servir grâce à mon influence.

-A-adieu…

-Adieu ? C’te blague, j’suis de retour dans 1 mois, même illégalement ! Salut ! »

Il partit. Arthémis le salua respectueusement. Pendant que le guerrier noir s’en allait, un autre arriva. Avec une immense claymore, une armure complètement et un casque à corne. Celui que Rubis avait croisé. Il semblait parler dans son casque, comme une oreillette.

« Les flux s’arrêtent ici. J’fais quoi ? Nan arrête il peut pas être ici ! Mais parce que… Enfin tu vois ! »

Une autre personne le suivait. Dans une armure tout aussi noire, mais sa carrure était celle d’une femme. Elle parlait à un appareil sur son poignet. Ils s’arrêtèrent devant la porte principale, l’homme toqua.

« … Quoi ? Dit Rubis qui se trouvait à deux mètres.

-On peut entrer et chercher un truc ? On dérangera pas.

-… Vous plaisantez, j’espère ?

-Fallait s’y attendre. Ecoute, petit, on est à la recherche d’un individu extrêmement dangereux.

-Petit ?! Allez cherchez votre victime ailleurs, et foutez l’camp d’ma base ! J’ai assez de problèmes comme ça !! »

L’Endeuilleur hurla de douleur, depuis derrière les remparts.

« Enfin, vous voyez quoi. »

Rubis rentra et s’assit à coté de son compagnon d’arme. On pratiquait des soins sur son coude qui menaçait d’exploser, mais en vain. La douleur était toujours plus grande. La femme entra à son tour.

« Archer stellaire.

-Quoi ?

-C’est un archer stellaire, ça se voit à ses projectiles invoqués et à son arc spectrale. Cette force est une masse d’énergie E concentrée à outrance, qui déverse un grand flot de magie dans le corps de ce garçon. Cette ressource est absolument inépuisable, car elle se renouvelle sans cesse. Il faut la contenir, car à chaque fois qu’on l’utilise, elle déverse toujours plus de force, jusqu’à anéantir son possesseur.

-Et comment on arrête ça ? Demanda l’homme en armure noire.

-En s’entrainant. Et c’est pas gagné. L’art du stellaire est un sujet de recherche depuis un bout de temps. Et peu de personne peuvent l’utiliser. Pour un mage, la nature de la magie rentrerait en conflit avec l’énergie E. Le feu, par exemple, est une magie qui consiste à créer une réaction physique pour faire des flammes, et utiliser la magie comme combustible. L’énergie E est de la magie à l’état brut, elle changerait la nature de la magie et rentrait les sorts inutilisables. Pour un guerrier, ça lui permettrait de donner de puissants coups rapides, mais il fait trop de mouvements inutiles, ne serait-ce que pour se déplacer, et l’énergie E serait trop gênée par l’afflux sanguin, le mouvement brusque. Il en va de même pour bien des choses. Un seul style de combat semble viable pour cet implant d’énergie E, c’est l’archer. Le guerrier stellaire, ou le mage stellaire, sont non-viable. L’archer stellaire… Permet d’utiliser tout le potentiel de l’énergie E. Une flèche chargée et puissance, une salve rapide, tout sera utilisé. Et cet implant ne peut pas être retiré sans amputation du membre. C’est une chance que ce soit toi qui l’ait.

-… Euh… !

-Pour le maîtriser, il faut réaliser qu’à chaque flèche, tu fais appelles à l’énergie E. Si tu en mobilises trop, ton coude menace d’exploser. Si tu n’en mobilises pas assez, ta flèche disparaitrait et tu perdras ton énergie pour rien. Il faut savamment doser l’énergie. Ca va ralentir ta cadence de tir, mais avec l’habitude, tu n’y penseras plus. Ca te prendra trois mois, grand minimum. Pour le moment, concentre-toi sur ton impact. Tu peux le contrôler par ton esprit.

-Je… Je ne sais pas quoi dire… Merci… »

L’homme en armure noire se tint le casque.

« Tah arrête de gueuler ! Ca va, on fait rien de grave ! Attends, comment tu l’as appelé ? Va te faire ! »

Il activer un petit levier et poussa un grand soupir.

« J’ai coupé le son. Quel enquiquineur ! »

Le rideau de l’infirmerie s’ouvrit violement et Jade entra en boitant. Sans jeter un regard à quiconque, elle s’assit à coté de l’Endeuilleur en regardant son coude et son genou. La femme en armure noire jeta un œil à l’appareil sur son poignet, puis dévisagea l’arrivante.

« … Quoi ?! Dit-elle avec une agressivité encore plus grande que d’habitude.

-Je… Non rien…

-Vous voudriez pas nous laisser ? »

L’homme lui prit ses doubles-lames et les inspecta.

« Hum, pas mal. Bonne qualité, très bien incurvées, excellent entretien.

-Touche pas !

-Tu sais, dit la femme en armure noire, tes imprégnations sont partielles. Très partielles. Avec de l’entrainement, tu obtiendrais une puissance inimaginable.

-A vous entendre, tout le monde a un potentiel énorme. Répondit Jade. Alors que maintenant, nous ne sommes plus rien.

-Par ta faute ! Crache Rubis. »

L’homme en armure noire soupira.

« Vous ne vous rendez même pas compte de la puissance physique, magique et politique concentré ici. Le Ténébreux, que j’ai croisé, peut quasiment diriger l’empire Otrajyd. Arthémis, qui est en train de redorer le blason de la famille Gaeh, va être appelé à gouverner Wyrim. Rubis et Jade, de par le sang qui coule dans vos veines, vous pouvez prétendre au trône de Koljeizer. Et si l’Auréole Ardente se relève, vous pourrez peut-être diriger le Royaume d’Okeud. Vous avez ici la puissance nécessaire pour dominer le monde ! Que demandez-vous de plus ?

-Juste la force de me relever maintenant, de ne pas périr face au prochain assaut des Larmes du Soleil et arrêter d’être martyrisé par Yrion. Voila ce que je demande.

-Pourquoi demandez-vous de l‘aide pour faire ce que vous pouvez accomplir seul ? »

L’appareil au poignet de la femme en armure noire émit un ‘bip’ frénétique.

« On a repéré les flux.

-On s’arrache. »

Il désactiva le mutisme de son casque. Impossible de comprendre ce que la voix disait, mais elle le criait suffisamment fort pour que tout le monde l’entende.

« Vachercherlesfluxespècedattardédetroisièmezonetavaispasldroitdfaireça !

-Mais calme toi j’ai rien capté ! »

Ils partirent au pas de course. Rubis laissa les ‘déserteurs’ entre eux. Jade jura pendant que l’Endeuilleur tentait d’étouffer son agonie. Les soins se finirent enfin, et ça n’allait pas mieux.

« J’ai mal… Dit-il.

-Hm…

-Et toi, comment va ta jambe ?

-Je devrais pouvoir remarcher d’ici deux semaines.

-Et le reste ?

-Je récupère.

-Et… »

Il ne trouvait plus d’idée. Jade se leva, boita jusqu’à la porte, vérifia derrière, la ferma à double tour, ferma les volets, et se rassit. Elle inspira, hésita, puis soupira. Elle tripota nerveusement le scalpel. L’Endeuilleur regarda la pièce complètement close. Il savait ce que cela signifiait.

« Jade…

-Te fais pas d’idée espèce d’enfoiré !! »

Elle rougit d’un coup devant sa bêtise, et baissa la tête. L’Endeuilleur lui passa la main dans les cheveux pour inspecter sa blessure au crâne.

« Il t’a pas loupé, hein.

-Lâche-moi, ou c’est toi que je vais pas louper. »

Elle était rouge de honte jusqu’aux mains. Il les lui prit.

« Merci d’être venu me sauver. T’as vraiment assuré.

-Bien idiot celui qui sous-estime la force d’une femme am… Euh… Je veux dire…

-Chut… Les mots deviennent superflus… »

Il approcha son visage du sien. Le cerveau de la fille avait cessé de fonctionner.

« Jade…

-D…D-deu… »

Ancrona entra d’un coup en défonçant la porte d’un coup de pied. Immédiatement Jade repoussa l’Endeuilleur férocement et le plaqua contre le matelas.

« Désolé de déranger pendant un homicide, mais ça presse. ‘Deuil avec moi, faut s’occuper de ton implant d’énergie E.

-… Ca peut pas attendre ? Je peux même pas marcher.

-D’accord, mais tu seras manchots dans quelques jours. Aller, magne-toi de venir, t’as des béquilles non ? »

Il grommela et se leva tant bien que mal. Jade s’était retournée pour masqué son visage, mais Ancrona semblait tellement s’en moquer que c’en devenait insultant.

« Au fait, comment t’as ouvert la porte ? T’as un double ?

-Technique ancestrale : Le crochetage de porte.

-T’as crocheté avec quoi, ta cape ?

-Mon bâton est magnétique. Arrête avec tes question et regarde plutôt qui est là. »

Anadrys les attendait dans le couloir, le visage creusé par le chagrin à moitié masqué par ses ailes. Ancrona les mena hors du manoir, dans une plaine.

« Endeuilleur, toi en premier. Tu vois l’arbre à 100 mètres, juste là ? Je veux que tu tires dessus. Il faut que tu doses tes flèches pour ne pas déployer trop d’énergie, ni trop peu.

-Ca a l’air facile.

-Ne te fie pas aux apparences. Anadrys, ton pouvoir est assez particulier. Il est complètement soumis à tes sentiments dits ‘noirs’ tel que la tristesse, la haine, la colère ou l’orgueil. Vu comment t’as l’air déprimé, ça devrait aller. Croise tes dagues devant toi et appuie-les l’une contre l’autre. L’énergie viendra toute seule. Ensuite, tu les pointes vers l’avant pour relâcher le sort. Essaie.

-Moui… »

Une explosion retentit. Visiblement, l’Endeuilleur avait bien du mal.

« Eh, ça m’a l’air d’être le minimum vitale pour portée une attaque ! Si je mobilise moins d’énergie E, je ferai pas assez de dégât !

-Une attaque correctement dosé sera six fois plus puissante qu’une attaque surdosée !

-… Qu’est-ce t’en sais ? »

Ancrona soupira.

« Voila une attaque d’énergie E avec un maximum d’énergie. »

Il tira une boule de magie pure surpuissante qui s’abattit sur le flanc d’une montagne.

« F… Fantastique !

-Et maintenant, correctement dosée. »

Il en tira une plus faible, qui émettait bien moins de lumière.

« … Bof… »

La boule heurta la montagne, rayonna un court instant dans un bruit d’implosion, et explosa avec une force phénoménale, creusant un immense cratère. L’Endeuilleur avait le souffle coupé.

« Tu… Tu maîtrises une puissance pareille ?

-Bof, oui un peu. Mais je ferais pas ça toute la journée. J’ai pas d’implant, moi. »

Il retourna vers Anadrys, qui lançait un trait noir violent mais peu destructeur.

« Hum, c’est pas mal. Toi y’a pas de miracle, pas de technique, tu fais ça en chaine et puis c’est tout. Bon courage, t’es pas arrivé. »

L’Endeuilleur tira une flèche proche du but et fit une légère explosion.

« … T’es doué. »

 

 

                Rubis faisait les cent pas dans sa chambre vous le regard d’Améthyste. Cela faisait plus d’une demi-heure. Elle lui jeta un cousin.

« Tu m’fatigues à tourner en rond.

-J’ai le droit d’être nerveux, non ? On risque une attaque à tout moment et on ne peut pas y résister.

-T’as pas le choix… Tu vas devoir faire du lèche-botte au nouveau roi.

-Comment on a pu se retrouvé là… Réduit à courber l’échine devant ce moins que rien. L’Endeuilleur, c’est entièrement sa faute !! »

La porte entrouverte se referma d’un coup sec. Des bruits de pas boitant qui s’éloignaient, quelques pleurs.

 

                L’Endeuilleur retourna dans son lit à se tourmenter. Encore une fois, il avait l’impression d’avoir déclenché une série d’évènements qu’il ne pouvait plus arrêter.

« Je me déteste ! »

Il pleura contre son oreiller.

« J’ai anéanti l’Auréole Ardente !! C’est sans espoir… Tout est détruit… Pourquoi ?! Pourquoi les plus grandes forces de ce monde se liguent contre nous ?! Netal, les Larmes du Soleil, Yrion… »

Il se sentit accablé par la culpabilité. Jamais il n’avait créé de tels problèmes depuis la crise d’Ifaq. Les catastrophes s’enchaînaient les unes après les autres comme une file de dominos.

« Je suis le pire des fardeaux ! »

Une silhouette bougea dans l’ombre. L’Endeuilleur sursauta.

« Je ne suis pas d’accord. »

C’était un homme mince et élancé, en tenue de combat de cuir noire. Il avait un masque de voleur de haute qualité, avec une capuche, ne laissant voir que ces yeux brillants en bleu sur son visage caché par l’ombre. Il fit sortir des lames secrètes de sous son poignet, puis les rétracta.

« Vous ne vous appuyez que sur votre force. C’est là votre erreur.

-Qui êtes-vous ?

-Moi ? Je ne suis personne. Je suis tout le monde. Je suis votre voisin de pallier, je suis votre cousin, je suis votre patron et votre employé. Je suis une idée.

-… Que me voulez-vous ?

-Vous êtes certainement un des plus grands bienfaiteurs de votre époque. Mais de votre statut de guerrier et vos ambitions, vous avez besoin de vous battre et vous manquez de force.

-Vous ne répondez pas à ma question.

-Je suis tout. Je suis un. Je suis la Voix du peuple. Vous accumulez les guerriers et accroissez votre puissance. Pourquoi ne comptez-vous pas sur le peuple ?

-Nous manœuvrons dans l’ombre. Nous ne pouvons pas demander d’aide à des civils. Seuls les combattants doivent risquer leur vie. Nous protégeons le peuple des sectes, nous le l’utilisons pas.

-Reposez-vous sur moi. Les rois du monde vivent en haut de leur trône. La puissance du peuple leur échappe. Et vous ?

-… Qu’est-ce que je suis sensé répondre ?

-… Ce concept est encore trop abstrait. Je suis la voix de la démocratie. Le peuple doit gouverner, pas les rois.

-Les gens craignent trop leurs dirigeants pour ça.

-Le peuple ne devrait pas avoir peur de leurs dirigeants. Les dirigeants devraient avoir peur du peuple. Vous sous-estimez la haine que le peuple éprouve envers Yrion. Comptez dessus pour regagner votre pouvoir. Comptez sur la Voix du peuple. Nous guidons le peuple vers l’idéal de l’aube au crépuscule de chaque jour que les dieux font depuis des années et pour l’éternité et plus loin encore. Plus personne à genou.

-Je ne vois toujours pas en quoi ça nous aide.

-Vous verrez en temps voulu. Prenez confiance, n’abandonnez pas.

-Je… Je ne suis pas sûr. Je crois que je n’en ai pas la force physique ou mentale. J’en ai marre de lutter et de ne récolter que des insultes et des regards noirs.

-Ignorez les haines, elles ne cherchent qu’un coupable sur qui se défouler. Seuls les lâches agissent ainsi. Oui, j’accuse Rubis de lâcheté. Car non seulement c’est lâche de s’en prendre à plus faible que soit, mais c’est aussi un comportement d’abruti. Si vous n’étiez pas aller chercher le bracelet de Jade, et que vous étiez rester, la différence n’aurait pas été énorme. De plus, le bracelet d’Harmonie aurait été irrécupérable. Jade serait devenue un vrai fardeau, quelqu’un d’inutile qui ne peut rien tenter.

-Vous… Vous essayez juste de me rassurer.

-Si Jade n’était pas allé à votre secours, vous seriez mort. Mais les dégâts ne s’arrêtent pas là. Non seulement l’Auréole Ardente aurait perdu un membre primordial de son organisation, mais en plus le scientifique qui vous a infligé ça serait en vie pour reproduire son expérience. Les légions des Larmes du Soleil seraient toutes équipées d’un puissant implant d’énergie E. Sieron lui-même serait devenu une puissance plus proche de Netal que de vous. Ceux qui blâment sans chercher ne font que jeter la pierre et se cacher. »

Jade entra.

« Et ben ‘Deuil ? Tu parles tout seul ?

-Hein ? j’suis pas seul.

-… T’as des hallucinations ? Tu es seul, là. »

Elle regarda autour d’elle nerveusement.

« Je suis la Voix du peuple, reprit l’arrivant. Je suis une idée. Ceux qui ne croit pas en la force du peuple ne peuvent pas me voir. »

Rubis entra à son tour.

« Eh ‘Deuil, il faut… T’es qui toi ?! »

Il invoqua ses lames et regarda la Voix du peuple dans les yeux.

« Toi aussi t’as une hallu ? Demanda Jade. Oui alors j’suis myope.

-Rubis. Dit la Voix du peuple. Je savais que tu me verrais. Tu persécutes la mauvaise personne, et tu dois savoir à quel point c’est grave. Je pense que tu peux imaginer la frustration, la rancune et la haine que cela provoque. Le sentiment d’injustice.

-Qui êtes-vous ?

-L’Endeuilleur vous en parlera. »

Il se tourna vers lui.

« Endeuilleur… C’est le peuple qui parle à travers moi. La faute qui vous tourmente depuis tant d’année se doit d’être expiée. Mais cela ne fait pas de vous quelqu’un de mauvais, car si on peut vous blâmer, ce n’est certainement pas sur vos convictions. Le martyr que vous vous infligez n’a pas lieu d’être. Battez-vous pour le peuple comme vous l’avez toujours fait, et un jour, vous serez à ma place. »

Il disparut comme un fantôme.

« … Qu’est-ce que je viens de voir ? Dit Rubis.

-Qu’est-ce que j’ai pas vu ? Clama Jade en levant les béquilles au ciel.

-Je sais pas. Répondit l’Endeuilleur. Mais je me sens… Rassuré, et… Serein. Mais pourquoi m’a-t-il parlé à moi, en particulier ?

-J’ai une théorie. Répondit Rubis. Ton implant d’énergie E. L’énergie E, c’est quoi ? C’est de la foi, de la croyance, de la confiance. C’est du peuple qui s’exprime à travers tes flèches. La Voix du peuple, j’ai déjà entendu parler de ça. Une légende. Un être qui n’apparait que lorsque que le peuple se doit de se rebeller contre son souverain. Il parle généralement à celui qui doit prendre sa place. »

L’archer étudia la proposition. Jade rompit le silence.

« Je vous dérange pas ?

-Un peu. Répondit Rubis avec un sourire sarcastique

-Et toi tu me déranges carrément ! Du balai ! »

Elle le jeta hors de la salle et ferma la porte à triple tour avant de la barricader avec la bibliothèque. Elle ferma les rideaux, puis jeta un regard soucieux à l’Endeuilleur.

« Je… Je veux continuer là où on avait arrêté…

-La dernière fois t’as failli me tuer.

-Je… Je suis désolée, mais… »

Elle avait l’air gênée. Elle parlait à voix basse, comme ce qu’elle disait compromettait l’ordre et la morale au niveau planétaire. Soudain, elle se ressaisit et dit fermement :

« Tu peux arrêtes de me regarder en bavant, là ?

-Ah ? Euh, c’est juste que t’es très féminine quand tu rougis.

-Et tu aimes ça ?

-Bah, tu es belle. Donc oui. »

Elle le saisit par le col.

« Selon ton raisonnement, cela signifie que tu aimes lorsque je suis gênée, mais quel genre de sadique dominateur sado-maso oserait faire subir ça à la femme qu’il aime ?!

-Mais réfléchis, quand tu vois un chien tout beau, qui remue la queue et qui gambade partout, t’as pas trop envie de le prendre dans tes bras. Mais un pauv’ chien qui te fait des yeux ronds par qu’il est 18h  et qu’il a faim, si.

-Me compare pas à un chien hypocrite ! 

-… J’abandonne. »

Elle le lâcha et comment à déverrouiller la porte. Il la retint en lui prenant la main et lui dit avec un sourire doux.

« Tu veux pas rester… Encore un peu avec moi ?

-… Deuil… »

Son cerveau s’était encore arrêté. Ils s’approchèrent. Soudain, on toqua violement à la porte.

« Et ben ? Cria Rubis. Vous vous enfermez, maintenant ?

-Dégages d’ici ou je te caramélise la gueule au blaster !!! Hurla Jade à bout de nerf.

-Tu me menaces en plus ?

-Mais dégage ! T’as personne d’autres à emmerder ? Hurla l’Endeuilleur férocement.

-Qu… Je te reconnais plus. Bon, pour changer de sujet, rendez-vous au château d’Yrion dans trois jours. Trouve-toi un costard, une armure ou quelque chose de classe. Et que Jade se sape correctement. Et qu’elle passe le balai après t’avoir égorgé. »

Les bruits de pas s’éloignèrent. Jade retira la bibliothèque et ouvrit la porte. L’Endeuilleur sembla déçu, mais la magie était partie. La prochaine fois. Pas avant. Il baissa la tête, dépité. Jade l’embrassa sur le front.

« A plus tard.

-Euh… Oui… »

Il hésita, puis referma la porte.

« Jade… Je veux que tu saches. Je t’… Je pense à toi. Tout le temps. Je rêve de toi seconde après seconde du matin au soir chaque jour que les dieux font depuis que je t’ai rencontré et pour le reste du temps que j’ai à vivre. Je ne peux pas imaginer une existence sans toi. Je t… Je…

-…  Moi aussi…

-Je… Je veux te donner tout l’amour que je peux te donner ! Et même deux fois plus d’amour, voire trois fois plus ! Comme si tu allais au Paradis et qu’il était rempli d’amour, de l’amour à l’état pure, de l’amour comme s’il en pleuvait ! Et là peut-être cela sera assez d’amour ! Ou… Peut-être pas… »

Jade pouffa.

« Tu ferais presque peur. »

 

 

 

 

 

Longue vie au roi d’Okeud

 

 

                La salle était pleine de nobles très réputés, de grands guerriers et de personnes influentes. Rubis se faufilait entres elles pour rejoindre la table qui lui était réservée. C’était la plus éloignée de l’estrade, on ne voyait presque rien et elle était sale. Il s’assit.

« Pff… Assister au couronnement du pseudo-roi. Quel calvaire. »

Améthyste repoussa violement la foule et s’assit à son tour. 

« Y’a trop de monde ici, je déteste la foule ! Et quelle table pourrie on nous a refilé ! »

Rubis était en armure rouge sombre, avec de larges épaulières et une cape noire aux bordures dorées. Les plaques de métal descendaient légèrement sur les cuisses avant de faire place à un pantalon de métal tissé qui n’absorbe pas les chocs, mais ne peut être tranché. Améthyste, elle, portait un pull noir classe un peu serré, mettant à la fois ses formes en valeur et en les cachant avec une couleur uniforme et sombre. Elle portait des gants qui s’arrêtaient à la première phalange des doigts, avec un signe vaudou sur le dos de la main. Son pantalon était aussi noir, et ses bottes remontaient presque jusqu’aux genoux avec des lacets rouges et de larges semelles pour ‘Latter la gueule des gens’ comme elle disait. Et pour ça, elle ne mentait pas et avait prouvé l’efficacité de la chose plus d’une fois. Elle dit :

« Regarde qui voila. »

La foule se sépara pour laisser passer Jade, marchant droit et fièrement. Derrière elle l’Endeuilleur la suivait. Ils se mirent à la table voisine.

« Alors, quoi de neuf ? Lui dit-il.

-J’ai la flemme d’attendre. Répondit Jade. On joue aux devinettes ?

-… Okay…

-Quelle est le point commun entre Améthyste et un tyrannosaure ? »

  Améthyste se tourna vers eux avec un regard blasé et tranchant à la fois.

« … J’sais pas.

-Ca a une grande gueule mais pas foutu de se servir de ses dix doigts. »

L’Endeuilleur se passa la main sur la figure pendant que ses compères réglaient leurs différents avec des projectiles incongrus. Le discours royal les interrompit :

« Si les sauvages dans le fond de la salle voulaient bien se taire, j’ai une annonce à faire. Je porte désormais sur mes épaules les responsabilités du trône. Je remplirai ma tâche avec honneur et dignité. Je… »

Rubis détourna son attention de ce discours de propagande. Quand il fut finit, il alla voir le roi comme les autres invités. Et comme les autres, il se mit à genou et lui prêta allégeance. Yrion hocha simplement de la tête et partit. Rubis enrageait.

« Tah ! Sale type ! Chuchota-t-il à ses compagnons.

-Pas tant que ça. Répondit l’Endeuilleur. Le château d’Okeud est réputé pour ses sources thermales réservées aux nobles, et on a le droit d’y faire un tour. Ca va te décrispé.

-Ok, vieux, on y va. »

Jade et Améthyste se jetèrent un regard.

« Chacune dans son coin.

-J’allais le dire. »

 

                Rubis s’installa confortablement dans l’eau chaude. L’Endeuilleur y tomba la tête la première en glissant. Il remonta à la surface.

« Pas très profond, ici…

-Ouais… Cette chaleur ne me change pas trop de ma forme de phénix, moi, j’vois pas l’intérêt.

-Tu veux aller dans une chambre froide ?

-Ah, si seulement… Au fait, tant qu’on est entre homme, tu t’es payé une paire de… Non ?

-C’est quoi cette question ?

-T’es plus agressif, plus intrépide, plus confiant, plus téméraire et plus con qu’avant. Je vois pas d’autre explication.

-… Chuis amoureux.

-Ah ah ! Ca correspond aux symptômes. Je te l’avais dit que ça t’arriverait. Qui est l’heureuse élue ?

-J’te l’dirai pas.

-Anadrys, non. Jade, non. L’autre là, comment qu’elle s’appelle… Je la connais au moins ?

-Oui, mais pas assez.

-T’aurai pas trouvé mieux pour m’embrouiller. Bon, profitons plutôt du bain pour éviter de se creuser les méninges. Avec Yrion sur le trône, ça va nous faire des ennuis. Et l’attaque des Larmes du Soleil ne saurait tarder. Sans son soutien, je suis cuit. Comment je peux l’avoir ? Il nous faut un nouvel allié, mais qui ? Si on fait trop de vague, Netal va venir nous tuer lui-même.

-On avait dit qu’on se prenait pas la tête, mais bon. Pourquoi pas le guerrier noir et la magicienne noire de la dernière fois ?

-Comment on les contacte ?

-Pas faux… »

L’Endeuilleur regarda Rubis. Il avait prit de la carrure et ressemblait un peu plus à son père. Il avait aussi un certain nombre de cicatrices.

« … Y’a un problème ? Dit-il.

-Non, c’est juste que je trouve que t’es vachement musclé. C’est impressionnant.

-… T’as quelque chose à m’annoncer ? »

L’Endeuilleur fut prit d’une grande gêne et d’un puissant fou rire à la fois.

« Non, c’est juste que, ah ah, j’suis jaloux. J’ai pas autant la classe.

-Une bonne cicatrice sur le visage, ça t’irai bien. Tu veux que je m’en occupe ?

-Ce… Ca ira… »

 

 

                Dans le bain des femmes, l’ambiance était bien plus glauque.

« Ailes de chauves souris, œil écrasé, poudre de fémur, défense de morse…

-Barre nucléaire ? J’ai. Grenade à fragmentation ? J’ai. Détonateur chimique ? J’ai. »

Les autres femmes s’étaient éloignées d’elles. Améthyste s’étira et dit :

« T’en pense quoi de mon nouveau pull ?

-Le tout noir, là ? Bah j’sais pas. D’un coté il est assez moulant et ça met tes formes en valeur, de l’autre c’est complètement noir alors ça se voit pas. Boarf, de toute façon t’as pas grand-chose à cacher ou à mettre en valeur.

-Enfoirée ! Je fais du bonnet B quand même !

-Et moi du D. Quand t’y seras, tu te poseras des questions. Alors ? T’es jalouse ?

-Quoi ? Autant ? Ca se voit pas.

-Normal, ma tenue de combat ne met rien en valeur. C’est pas le but du machin. »

Améthyste dévisagea la poitrine de Jade.

« … Tu peux arrêter ? C’est hyper gênant, et ça me rend violente ! Et quand ça arrive, je repeins les murs en rouge avec du sang, je fais souffrir jusqu’à la mort, je…

-Hum ? Ah pardon. Je me disais juste que ‘Deuil a de la chance.

-Qui que quoi ?!? Comment tu sais ça, toi ?! J’ai toujours été hyper discrète !!

-Ah ah, il suffit de voir la façon dont il te regarde.

-Si tu parles, je te tue !

-Je suis une tombe. Tu es rassurée ? Bon par contre je peux plus rester, c’est au-delà de mes capacités physiques et mentales.

-… Pourquoi ? On est entre filles, alors où est le problème ?

-Je préfère ne pas être là quand tu vas le réaliser. »

Elle sortit et se rhabilla sans détourner le regard de la salle remplit de valeur. Une fois prête, elle remit ses sorts à la ceinture, se recoiffa, et partit vers le bain des hommes.

 

 

                Améthyste apparut dans la vapeur du bain et saisit Rubis par la serviette.

« Tu viens avec moi ! J’ai besoin de toi et ça urge !

-Quoi ?! Non mais Améthyste, t’es vraiment une sans gêne ! Ca va pas non ?! »

Elle le traina jusqu’à la sortie et dit :

« Maintenant c’est bon, non ? En plus je sais que t’aime pas trop les bains de vapeurs.

-C’est pas bon du tout ! Tu débarques dans le bain des hommes avec des bottes pleines de boues et toutes tes fringues, voyeuse ! »

Elle jeta son compagnon dans le bain des femmes. Il soupira, se releva, et dit :

« Excusez-moi, mesdames, je vais me retirer. »

Il sortit avec un calme phénoménal.

« On est à égalité. Dit Améthyste. Tu me suis, maintenant ?

-Ca compte pas. Je suis insensible aux charmes féminins. Pour moi, seul l’esprit compte, et l’amour prédomine toujours ! Je ne suis nullement affecté par cette vision. Toi, tu n’as pas la même retenue. »

Améthyste explosa et hurla comme une folle furieuse :

« Alors comme ça, môôônsieur fait preuve de plus de retenue que moi, hein ? Au cas où tu ne connaîtrais pas ta petite amie et ta propre sœur alors que tu sors avec depuis un an, je te rappelle que je suis bi et que c’est une torture d’être dans un bain public, quel que soit le coté ! Et je n’ai jamais sauté sur quelqu’un, que je sache !!! »

Rubis vira à l’écarlate. Il bégaya quelque chose d’incompréhensible, mais on entendit soudain Jade :

« Alors c’était pour ça ?! Attends que je choppe mes armes, je vais te taillader ! »

Améthyste emmena Rubis vers la sortie en pouffant.

« Am… Je n’avais jamais pensé que… Tu t’étais autant contenu pour me rester fidèle… »

-On va dans la chambre. Dit-elle. La source thermale me rende toujours plus chaude que les autres… »

Mais soudain, Yrion se dressa sur leur chemin.

« Désolé d’interrompre ce moment si… Gênant en l’enceinte de mon château en plein couloir alors le garçon en serviette de bain. Merci pour cette révélation sur votre orientation sexuelle, Améthyste. Gardes, saisissez-vous d’elle ! Et saisissez-vous de lui aussi ! »

Les gardes arrivèrent et empoignèrent le couple. Rubis les envoya au tapis avec suffisamment de force pour les assommer. Le roi soupira :

« Vous avez 30 secondes pour quittez les lieux, et une semaine pour quitter le pays. Et avec deux déviants dans ses rangs, jamais l’Auréole Ardente n’aura mon soutien.

-Mais…

-Gardez, raccompagnez-les à la sortie. Et que le chef digne et suprême de l’Auréole Ardente daigne se rhabiller, l’exhibitionnisme est puni par la loi. Au prochain impair, je dissous l’Auréole Ardente !

-Vous n’en avez pas le pouvoir !

-Mes légions le feront !!! Aller vous rhabiller !

-Jamais je ne me rendrai ! Je vous attends, et nous lutterons pour le bien, contre vous !

-Allez vous saper !! »

Rubis invoqua le phénix. Yrion ne cilla pas.

« Vous vous en prendriez à un homme qui n’a jamais combattu de sa vie ? A un civil ?

-Vous ne faites que vous cacher. Sachez que si les choses étaient différentes, je n’aurai aucune pitié pour vous.

-Personne n’en attend. Quittez ces lieux. »

Il tourna les talons. Rubis enrageait, le soutien du roi était définitivement perdu, et l’attaque imminente des Larmes du Soleil ne pouvait être bloquée. Seul un miracle pourrait les sauver.

 

                Rubis sortit du château avec sa troupe, sous les regards hautains. Le roi est homophobe, tout le monde le devient. Améthyste en avait des frissons. Des frissons de plaisir, jamais elle ne s’était sentit aussi supérieure aux autres, intellectuellement cette fois. Un carrosse s’arrêta devant eux et Arthémis en sortit.

« Seigneur, si vous voulez bien vous donner la peine de monter.

-Mouais.

-Et ben. Ca c’est pas bien passé ? »

Le roi Yrion s’approcha de l’épéiste. Le regard encore plus noir qu’avant.

« Vous portez la croix gammée à trois branches sur votre tabard… Qui êtes vous ?

« … Arthémis Gaeh. Pour vous servir, votre majesté.

-Comment un Gaeh peut-il oser résider sur mes terres ? Auriez-vous oublié ce que votre ancêtre a fait endurer au monde ?!

-Ne m’accusez pas des tords d’un tiers.

-Son sang coule dans vos veines ! Un sang corrompu ! Vous êtes né monstre ! »

Les murmures de la foule semblaient approuver.

« Un peu de calme, s’il vous plait. Répondit Arthémis. C’était il y a 1 200 ans.

-Tuer 6 milliards de personne est un crime imprescriptible !

-Il y a 1 200, votre ancêtre a lutté au coté de Akyssen Gaeh, mon ancêtre. Quelle est votre excuse ?

-Il n’a jamais eu de descendance. C’était un frère, pas un père. Je n’ai pas ses gênes, vous si !

-Depuis le temps, ses gênes ont été perdues ! Vous ne pouvez…

-Silence ! Dit Rubis. Vous ne pourrez jamais instaurer une quelconque logique dans l’esprit décadent de ce type. Restez loin de lui avant d’être corrompu par sa bêtise, comme ses partisans. Regardez-les, ils ont oubliées comment réfléchir. On dirait qu’un esprit anime mille corps. »

Yrion prit une voix emprunte de haine :

« Arthémis, vous représentez une menace pour le pays ! Je vous condamne donc au billot ! Ce soir sera votre dernier ! »

Rubis s’enflamma.

« Alors là, vous dépassez les limites de ma patience. Je vais vous tuer et reprendre votre trône ! Vous n’en ferait jamais rien de bon !

-Une rébellion ? De mieux en mieux ! Je vais faire ici ce que j’aurai dû faire depuis longtemps, vous tuer !

-J’aimerais bien voir ça !

-Vous n’aurez rien le temps de voir ! »

Améthyste s’interposa.

« J’ai pitié de vous. De vous tous. Surtout toi, Rubis, j’ai honte de toi. Tu ne voulais pas te différencier de ton père ? Tu réagis exactement comme lui.

-Si tu as une autre solution que se battre, je t’écoute.

-Partons, simplement. Nous ne pouvons pas nous battre contre un roi sans craindre des représailles à un niveau international. De plus, s’en prendre à lui est lâche, ce n’est pas un homme d’arme. Contiens ta colère, garde-la pour plus tard.

-Je ne sais pas si j’en serai capable. Je ne suis qu’un être humain. »

Anadrys apparut dans le ciel et se posa devant le roi.

« Nous ne sommes pas obliger de faire la guerre, dit-elle avec un sourire angélique, chose inhabituel pour un mi-démon. Si on peut léviter, ne la faisons pas. Faisons la paix. »

Elle lui tendit la paix, Yron ne réagit pas à ce geste.

« … Une démone. Vous avez encore beaucoup de surprise comme ça, ou vous stock est enfin épuisé ? »

Anadrys lui fit un bisou sur la joue en signe de non hostilité.

« On en reste là, hein ?

-Vous ne vous défendez pas ? Vous n’avez pas d’égo, ou vous êtes juste stupide ? »

Un autre être volant atterrit à coté du roi. Methoes, il ranger ses ailes.

« Une guerre ne serait profitable à personne. Je conçois, bien que difficilement, vos avis, mais nus pouvons régler ça à l’amiable. Vous sous-estimez le malheur qu’une guerre peut engendrer. Il aura fallut être là à la crise Ifaq pour en juger.

-Un survivant de la crise d’Ifaq ?

-Deux. Cette fille est ma sœur..

-… Vous n’en finissez plus de m’étonner. Mais je vous imaginais plus… Aigri.

-A quoi sert le malheur ?

-Ce n’est pas à moi qu’il faut le demander. Mais un ennemi que vous nous avez apporté y répondra très bien. Vous savez, Netal ? C’est à cause de votre organisation qu’il revient. Et il est pas content.

-Là encore, vous avez faux. Netal n’a, pour l’instant, créé aucun problème sinon à Jade, qui n’est pas citoyenne de votre pays. Vous n’êtes pas touché par ça. Rappelez vos hommes, vous n’avez aucune raison de nous en vouloir, nous pouvons parler autour d’une table plutôt que faire couler le sang.

-Cessez de répétez vos jérémiades pacifistes, ou je vous envoie en enfer sans attendre. »

Arthémis se mit à coté de Methoes et Anadrys.

« L’enfer, c’est des vacances pour certains. »

Rubis se passa la main sur la figure, ils n’imaginaient pas à quel point ils étaient dans le vrai. Il fit disparaitre ses armes et fit signe à ses troupes de rengainer. Yrion fit de même.

« Soit, nous en resterons là. Mais je voudrais dire quelque chose d’important à nos rescapés de la crise d’Ifaq… Vous savez comment elle a été provoquée ?

-Oui. Répondit Methoes. Un type a tué une fille, et ça a fait l’effet domino.

-Exactement. Vous savez qui ?

-Non, bien sur. J’imagine qu’il est mort dans la guerre civile.

-Vous imaginez pas. Cette personne a endeuillé la population, et c’est de là que vient son titre. L’homme qui a provoqué la mort de 25 000 personnes se tient derrière vous ! C’est lui, l’Endeuilleur ! Le responsable de la crise d’Ifaq ! »

Le désigné frémit et fit trois pas en arrière. Anadrys était atterré, elle ne savait plus quoi penser. Mais Methoes se montra bien plus terre à terre.

« Qu’importe, ne remuons pas le passé. »

Il s’inclina.

« Je vous souhaite une bonne journée, nous nous reverrons plus tard. »

Le roi Yrion parut surpris, mais n’insista pas et partit. Rubis et Améthyste montèrent dans le carrosse avec Arthémis eux aussi étonné de la réaction de Methoes.

« Aller ‘Deuil, tu montes ?

-Il ne vient pas. Répondit Methoes. Il ne va plus nulle part. Attendez juste. »

Le pont levis se releva au loin. Ils étaient hors de vu. Le mi-démon saisit l’Endeuilleur par le col avec une force effroyable.

« C’était toi ?! C’est ta faute si ma vie, et celle de ma vie, ont été anéanti de la sorte ?!

-Je… Je suis désolé ! Je regrette vraiment ! 

-Regardez ça, il regrette ! Je me fous de tes excuses ! »

Il voulut l’étrangler de son autre main, mais il fut arrêté net. Jade le retenait pas le coude.

« Si tu veux poser la main sur lui, il va falloir me tuer avant.

-Peuh, comme si son destin t’intéressait. Maintenant écarte-toi, j’ai une vengeance à accomplir ! »

Jade dégaina ses doubles lames et Methoes se changea en démon. Rubis, Améthyste et Arthémis ressortirent du carrosse :

« Ecoute, Methoes, on… Moi je savais pas. Dit Rubis. Et personne non plus.

-Ben tiens, rejette la faute ! Cria Jade.

-Non, c’est pas ça ! C’est… »

La situation était vraiment délicate. D’un coté, il était normal que l’Endeuilleur paye pour ce crime terrible, mais de l’autre, hors de question qu’un allié, et surtout qu’un ami, meurt alros qu’il n’a rien de mauvais en lui. Mais sans vengeance, Methoes aura une influence néfaste, qui retomberait sur sa sœur. Et les deux seraient emporté par les ténèbres. La seule solution était de tuer Methoes, dont tout le monde se moque. Mais Anadrys ne le supporterait pas. La seule solution que voyait Rubis était de tuer les deux. Il se reprit, il commencer à penser comme un barbare. De plus, se priver de la force d’Anadrys serait une erreur. Et pire encore, l’Endeuilleur ne pourrait le supporter. L’équilibre parfait de la situation venait d’être rompu. Tout allait s’effondrer. Rien ne pourrait arrêter un tel problème.

« Stop ! Cria soudain Anadrys. Ne lui fais pas de mal…

-Quoi ? Mais as-tu seulement conscience de ce qu’il nous a fais ? De ce qu’il t’a fais ?!

-Oui, mais je ne peux pas me résoudre à lui faire de mal.

-Pourquoi ?

-Parce que… Parce que je suis amoureuse de lui !! »

Rubis avait du mal à dire si la situation s’aggravait ou s’améliorait.

« Je ne savais pas qu’il avait fait ça… Et maintenant ça n’a plus d’importance… Je suis désolé de te décevoir, grand frère… Mais je l’aime… »

Elle souriait, mais son visage exprimait à quel point elle souffrait. Methoes dit :

« L’amour est aveugle… Mais pas moi ! Anadrys, tu dois choisir entre ton propre frère et ce meurtrier !

-Ne… Ne me demande pas de choisir ! »

Jade se mit devant l’Endeuilleur, tel un rempart.

« Y’a personne dans ton camp. Tu es avec nous, ou tu es mort.

-Comment ? Comment l’Auréole Ardente peut-elle tolérer une telle injustice ?! »

Rubis s’avança.

« Il payera. Mais pas comme ça. Ce salaud d’Yrion savait très bien comment tu réagirais une fois qu’il aurait le dos tourné, même si tu fais bonne figure. Tu veux vraiment lui faire le plaisir d’obéir comme un chien bien dressé ?

-Le sang versé de mes frères réclament vengeance !

-Tu te transformes en monstre sanguinaire. Comme l’était Anadrys. Ecoute tes propres conseils. Je ne te demande pas de pardonner, je te demande d’attendre. En tant qu’être humain, tu es doté de patience, l’Endeuilleur ne cherche qu’à se racheter. Oserais-tu saper le potentiel de bien qu’il possède ?

-… Je vois. J’accepte ça, mais… Anadrys, je t’interdis de fréquenter cet homme ! Il en va de mon devoir de frère !

-Plutôt mourir qu’entendre ça. »

Anadrys se rangea aux cotés de Methoes.

« Oui, grand frère. De toute façon… Cet amour n’est pas partagé. Partons, loin d’ici, et vivons en paix là où la guerre n’existe pas.

-Oui, ma sœur. »

Ils prirent leur forme de démon et s’envolèrent. Ils disparurent dans les nuages. On ne les reverra sûrement jamais. Rubis remonta dans le carrosse. Finalement, cette affaire s’est enfin terminée. Il fallait de nouveau se concentrer sur le problème des Larmes du Soleil.

 

 

                De retour à la forteresse, leur carrosse fut assaillit par des hommes armés. Un immense marteau de guerre arracha un mur. Sieron.

« Voici mes chers petits ennemis. Je me demandais quand vous arriveriez. Dépêchez-vous, je vais bientôt passer à l’attaque. Ca ne serait pas drôle si vous n’êtes pas là.

-… J’admire ton fair-play, Sieron.

-Ma victoire n’en sera que plus éclatante ! Cochet, dépêchez-vous ! »

Le carrosse partit en trombe. L’heure du dernier assaut était venu.

 

 

                Les soldats de l’Auréole Ardente étaient déjà prêts au combat. Ils étaient à un contre dix, contre des soldats globalement plus fort qu’eux. L’ennemi poussa un cri de guerre. Rubis frémit.

« Nous nous retrouverons en enfer, compagnons… »

Une ive lumière jaillit devant lui. La Voix du Peuple.

« Nous ne croyez même pas en vous, comment le peuple pourrait le faire ?

-Que le peuple aille au diable ! Le peuple n’est pas combattant ! »

Le combattant spectral disparut lentement, comme s’il s’effaçait peu à peu.

« Vous perdez la foi… Vous me perdez moi… »

L’Endeuilleur se posta à coté de Rubis, arc à la main.

« Je vais soutenir les troupes d’ici. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir.

-Vous n’imaginez pas ce dont vous êtes capable. Lui répondit la Voix du Peuple.

-Ne me surestimez pas trop. »

Rubis regarda autour de lui, la Voix du Peuple n’était pas partit, elle était là, et il ne la voyait plus. L’Endeuilleur encocha une flèche, et tira un trait de lumière plein, pure énergie E, qui cogna les troupes ennemies. La flèche rebondit sur les armures étincelantes des soldats des Larmes du Soleil.

« Tss… C’est inutile. »

Jade le rejoignit.

« Il y a un facteur différent. Pendant toute vos batailles, je n’étais pas là. »

Le silence était oppressant. Un ennemi s’avança seul devant le rempart. Au pire de celui-ci, partfaitement à portée de toutes les attaques, il leur cria des injures et vantait sa puissance.

« Si se fout de nous ! Dit Rubis.

-Non, répondit l’Endeuilleur. Il nous provoque. Si nous le tuons, nous manquerons à notre honneur car nous agirons en lâche. Lui-même fait preuve de beaucoup de bravoure. Il cherche à nous humilier, mais au fond, c’est nous qui passerons pour des gens calmes si nous ne bougeons pas. Quant à lui, il sera vu comme quelqu’un de courageux et intrépide.

-Au diable l’honneur, c’est un officier ! Tuez-le ! »

Il prit une arbalète et ficha un carreau dans la poitrine de l’homme. Celui-ci s’effondra en gigotant.

« Merci d’avoir précipité l’assaut… Soupira l’Endeuilleur.

-On ne gagne rien à attendre. »

L’armée s’élança. Aussitôt, Jade sauta du haut des remparts et fondit dans la foule qu’elle transforma en un bain de sang. Elle tua une bonne cinquantaine d’ennemi avant de retourner derrière les murs protecteurs de la forteresse.

« Je reprends mon souffle et j’y retourne. Deux secondes. »

Elle soufflait comme un phoque, vidée de son énergie. L’Endeuilleur continua en tirant ses flèches, comme Ancrona lui avait appris. Pour lui, c’était moins efficace. Jade repartit à l’assaut et, profitant du chaos semé par son coéquipier, atteignit la centaine de cibles tuées avant de faire demi-tour.

« On a une bonne harass, mais on tiendra pas longtemps.

-… De quoi ?

-Harass, abréviation du mot harasser, qui signifie fatiguer, harceler. On les affaiblit le plus possible avant la grande bataille, mais on a trop peu de temps ! »

Ancrona regarda l’Endeuilleur tirer ses flèches et soupira. Il avait progressé, mais ses ennemis aussi. Rubis et Améthyste ne firent pas dans la finesse pour soutenir leur alliés, et Jade courut chercher son arme secrète : Une mitrailleuse lourde qu’elle posa sur les remparts.

« J’ai 2000 munitions, et avec une cadence de 5 tirs par seconde, je tiendrais 3 minutes pas plus ! »

Les balles ne fauchèrent même pas les troupes ennemis, bien plus puissante qu’avan. A se demander d’où ils tiraient leur force. Ancrona soupira encore et jeta un sort sur l’Endeuilleur. Un sort bleu.

 

                D’abord, il ne comprit pas. Puis ses idées devinrent soudain très claires, comme si il venait de recevoir des années d’expérience à tirer ses flèches sans répit. Il en tira une autre, qui fusa tel un missile et créa une immense explosion, emportant des dizaines d’ennemis. Son bras ne lui faisait même pas mal. Il tira vers le haut, puis enchaina avec une salve.

 

                L’Endeuilleur s’était transformé en furie. Jade passait pour une gamine avec sa mitrailleuse lourde du dimanche. Il provoquait des ondes sonores à chaque tir, et les impacts résonnaient jusqu’au cœur de la forteresse. Une lumière rouge jaillit dans le ciel :

« Impario Solaris : L’Eclat du Soleil ! »

L’immense boule de feu déferla sur les troupes. Les dégâts n’étaient pas énorme, et il ne tuera personne ainsi, mais la confusion créé et les mouvements de foules allaient se faire accumuler les morts. Soudain, une immense silhouette se dressa dans les flammes et courut vers les remparts. Elle sauta et atterrit devant l’Endeuilleur : Sieron. Un grand coup de marteau l’envoya au tapis avant qu’il comprenne ce qu’il venait de se passer. Il para un coup de Jade, un de Rubis, les repoussa et cria :

« Ca suffit, je vais vous anéantir ici et maintenant ! »

Il frappa la herse qui s’effondra, permettant aux troupes d’entrer. Les soldats commencèrent la bataille, les lames dansaient dans le sang. Au-dessus, le combat des chefs continuait.  Rubis esquiva un coup, et frappa de ses pugilats enflammés le dieu au visage, le frôlant légèrement.

« Ta résistance est inutile ! Tes hommes seront exécutés, et tes femmes seront nos esclaves !

-Je croyais pourtant que t’en avais eu un aperçu, c’est pas les plus docile ! »

Jade devenait un vrai tourbillon humain, une industrie de la mort rapide et efficace, et surtout impitoyable. Mais bien qu’elle ait à elle seule l’efficacité d’une légion de machine de guerre, seule l’élite de l’Auréole Ardente avait ce niveau. Rubis, Améthyste, Jade, l’Endeuilleur, le Ténébreux, Arthémis. Les autres soldats étaient moins forts et moins entrainés que ceux des Larmes du Soleil, et ils étaient moins nombreux. Tellement nombreux que ceux qui ne servaient à rien s’en prenaient à la ville, chassant les civils.

« Il faut sauver les civils !! Cria Rubis.

-Et tu fais comment ?! Rétorqua Jade en esquiva un coup et en en renvoyant deux. J’suis un peu occupé à tuer des ennemis par centaines, moi ! »

Le Voix du Peuple s’avança sur les remparts, regarda calmement la ville où l’envahisseur se précipiter. Il était prévisible, et même de bon sens d’éradiquer les civils sous l’influence de l’Auréole Ardente. Ils ne prieraient aucun dieu et répandraient des idées athéistes.

« Trouvez un moyen de les protéger ! Cria encore Rubis.

-La ferme. Répondit la Voix du Peuple dans le vide puisqu’il n’était pas entendu. Ce ne sont pas le peuple qu’il faut protéger des guerriers. C’est les guerriers qu’il faut protéger du peuple ! »

Et devant le regard incrédule de Rubis, les soldats étaient écrasés. M. Tout-le-monde, homme ou femme, sans aucun entrainement de combat, devenaient de vrais foudre de guerre, sortant des armures et des armes d’on ne sait où, ou lançant des sorts sont ils ignoraient jusqu’à l’existence. Une nouvelle force de frappe venait de naître et les soldats des Larmes du Soleil se débandaient. Le Voix du Peuple réapparut devant les yeux de Rubis.

« C’est toi qui a fait ça ? Demanda-t-il.

-Bien sûr. Le peuple est ma seule raison de vivre, et aussi ma seule arme. Le peuple ne sait pas à quel point il est puissant. Ici, en tant que guerrier. Demain, en tant que politiques. Ou peut-être en tant que manifestant, qu’éminents savants, ou de symbole de la nation. Plus le peuple est nombreux, plus je peux les rendre fort.

-Mais… Ils ne sont qu’au moins 4000 en ville, en comptant les enfants et les vieillards ! !

-Les idées vont plus vite que l’information. Regarde à l’Est. »

Une légion organisée et disciplinée de ‘M. Tout-le-monde’ se dressait contre l’envahisseur.

« Ils sont… Conscients ?

-Evidemment ! Répondit la Voix du Peuple en écrasant le pied de Rubis. Tu me prends pour qui ?! Ils se battent tous pour ce qu’ils pensent être juste et bon. Toi, et ton organisation sans la moindre exception. Et sache qu’ils ne seraient pas là si tu étais un despote cruel et borné comme ton père. A ta place, le Seigneur-Croc aurait perdu la première guerre de sa vie, et aurait quitté ce monde. C’est tes idéaux qui les ont réunis. »

Un général arriva sur le rempart et tenta d’empaler Rubis sur son épée. Une main gantelée se saisit de la lame et l’arracha à son possesseur. Celui-ci fut éjecté du rempart d’un coup de pied.

« … Ténébreux ! Je me demandais si tu viendrais !

-Je ne pouvais pas vous laisser vous amuser sans moi. »

La légion de civils enfonça le front des Larmes du Soleil. Mais sur le rempart de commandement, Sieron revint à la charge en éjectant le Ténébreux d’un coup de bouclier.

« Nous avons des compte à régler, il me semble ! »

Rubis se mit en garde et Jade vint l’assister. Améthyste, sur une tour plus loin, incanta un sort. La tueuse aux quatre lames bondit la première et commença un violent tourbillon. Sieron se protégea derrière son bouclier et donna un coup avec, destabilisant son adversaire avant de lui assener un violent coup, qu’elle para tant bien que mal. Elle ne fut pas blesser mais tomba du rempart, droit dans la mêlée. Les ennemis se pressèrent sur elle.

« J’ai l’avantage du nombre, de la force, et de la stratégie ! Tu n’as aucune chance ! Dit Sieron.

-Ben, va falloir changer la donne ! »

Il fit jaillir encore plus de flamme de son corps.

« Il est hors de question que je renonce à l’éradication des sectes ! Je vais toutes les détruire, et je vais commencer par la tienne ! »

Ils commencèrent un corps à corps violent, mais Rubis n’avait pas le dessus. Le Dieu c’était incroyablement renforcé. Et ses armes émettaient une aura bleue.

« C’est quoi, ça ? Demanda Ancrona à Sieron.

-Hm ? Qui es-tu ?

-Réponds !

-Ce… »

Il se sentait écrasé.

« C’est Netal… Je peux continua de me battre, maintenant ?

-Vas-y, je t’en prie. »

Il partit en courant, faisant voleter sa longue cape, et disparut à un angle. Rubis resta concentré sur le combat, en vain. Sa puissance était trop faible. Il entendit un chuchotement, un sifflement qu’il connaissait bien.

« Tu n’es pas assssssez puisssssssant…

-Ah, j’suis occupé, viens pas m’emmerder maintenant ! Répondit Rubis dans ses pensées.

-Sssssi tu meurs, je mourrai aussssssi… Perssssssonne ne veut mourir, n’est-csssssse pas ? Laisssssse-moi t’aider…

-Comme si j’avais te faire confiance !

-Tu n’as pas le choix… D’ailleurs, je n’ai même pas besoin de ton accord… Reçssssssoit ma puisssssssancsssse ! Reçssssois tout csssssse que je possssssssède encore ! »

Les flammes de Rubis devinrent noires. Il tenta de les arrêté, mais en vain. C’est comme si c’était toujours le phénix, s’il les arrêtés, il serait désarmé. Tant pis, la victoire à n’importe quel prix.

« Ca te faire foutre, Sssssssieron !! »

Il l’éjecta avec une force phénoménale et le fit tomber dans la foule. Rubis se regarda, ses flammes étaient noires, mais on voyait toujours à travers. Il n’avait pas vraiment changé. Il réalisa alors que le Basilic était une force exploitable, tant qu’il n’en prenait pas trop. Sieron frappa le rempart qui s’effondra lourdement sur les troupes, ennemies ou alliées. Rubis retourna au combat, mais malgré l’augmentation de sa puissance, il n’était pas au niveau de Sieron. C’était normal, s’il avait reçu la puissance de Netal, c’était impossible pour lui de gagner. Mais aucune stratégie ne s’offrait à lui. Aucune autre que celle qu’il avait choisi.

« Plus… Il me faut plus de force ! »

Les flammes devinrent si noires qu’on ne voyait qu’une silhouette derrière l’armure qu’elles formaient. Il frappa avec une violence inouïe et fissura le bouclier de Sieron. Celui-ci hurla :

« Tu veux te battre pour de bon ?! Viens, je t’attends !! »

Ses soldats perdirent d’un coup leur force, redevenant normaux. Leur chef avait reprit ce qui avait été donné. D’un coup, il mit Rubis à terre. Celui-ci roula macabrement au pied de Jade.

« Ca va s’payer ! »

Sieron la manqua, mais le simple vent lui fit perdre l’équilibre et l’empêcha de profiter de l’ouverture. Le moindre coup serait mortel. Une main se posa sur son épaule et la rejeta. D’une voix tout à fait normale, mais imprégnée de fureur, Rubis dit :

« Tu me gènes, dégage !! »

Il frappa de ses deux pugilats le torse de Sieron, mais celui-ci encaissa sans effort et f rappa Rubis à la tête.

« Je suis invincible ! Je vais diriger ce monde ! »

Un bras noir, fait d’une matière informe, le happa d’une main de deux mètres et le plaqua au sol. Rubis venait d’allonger son armure du bras pour prolonger celui-ci, s’en servant comme son vrai bras. Mais quand Sieron le déchira, ce n’était rien, juste un sort. Rubis courut ventre à terre et frappa Sieron en visage.

« Invincsssssible ? Laissssse-moi rire !!

-Ca ne présage rien de bon… Mais ça ne sera pas suffisant !

-Ssssssi ! »

Le dieu jeta son bouclier et changea sa masse à une main en marteau de guerre à deux mains. Il frappa de haut en bas en poussant un cri de guerre. Rubis croisa ses bras au-dessus de sa tête, lames vers le haut, et para le coup en pliant sous la force, puis en déviant le coup. Il contre-attaqua en traversant le plastron métallique de Sieron. Celui-ci se dégagea pour éviter une blessure mortelle.

« Je refuse de perdre contre toi ! Un gamin ne peut pas m’arrêter !! »

Il concentra toute la force en un ultime coup. Son arme rayonnait de puissance. Il courut vers Rubis alors que ses troupes, dépourvues de puissance, commencer à perdre l’avantage.

« 15 000° C ! Brûle !!

-C’est tiède… Plus chaud que l’enfer !! »

La technique secrète de Rubis fut l’élément déclencheur, l’herbe se desséchait sous ses pieds. Il frappa du poing le marteau de guerre, qui se fissura et explosa. L’onde de choc renversa le champ de bataille et les soldats s‘envolaient sur quelques mètres.

 

                Tous les soldats se tournèrent vers l’épicentre du cataclysme. Sieron était empalé sur le bras de Rubis. Il bondit sur les troupes en fuite et anéantit tout ce qu’il put. En quelques minutes, le champ de bataille était déserté.

« Victoire ! »

Les soldats sautaient de joie dans le château. Rubis retourna vers ses troupes, toutes armes dégainées.

« Bravo, chef ! Félicita le Ténébreux. Quel tour de force ! Je ne pensais vraiment pas que la victoire était à portée ! »

Rubis lui dona un coup meurtrier dans les abdominaux. Le grand homme s’effondra.

« Qu’est-ce que… »

Il disparut dans un petit tourbillon d’ombre. Le chef de l’Auréole Ardente se dirigea vers ses soldats, avec les mêmes intentions. Améthyste accourut.

« Stop ! Fit Jade. C’pas ton amourette à deux ronds qui vont l’arrêter !

-J’sais bien, mais j’suis pas une figurante à l’eau de rose dans ce style ! J’suis une sorcière vaudou, et je vais prouver que ça déchire ! »

Elle se mit à genou et étala ses composants. Il y en avait bien plus que d’habitude.

« Je vais tenter d’étouffer le Basilic, c’est pas gagné. »

Elle se concentra et pénétra l’esprit de Rubis. Elle vit le phénix, sublime oiseau de feu vermeil, prisonnier de chaînes noires hérissées de pointes qui lui rentrait dans la chair.

« Phénix…

-Quelqu’un ? Il y a quelqu’un ? Je ne vois pas ! Je suis aveugle !

-C’est Améthyste ! Que ce passe-t-il !

-Le Basilic ! Il m’a capturé et me retient ici.

-Mais tu es largement plus forme que lui ! Comment as-tu put tomber sous sa domination. ?

-Son pouvoir n’est pas de la forme brut, c’est la corruption ! Il a peu à peu drainé mes forces, si ça continue, il va prendre possession de moi ! Il… »

L’oiseau se tut. Un serpent se dressa devant la fille.

« Mon enffffant… Es-tu perdu ?

-Saleté ! Comment as-tu osé…

-Osssssssszéé quoi ? Exsssssplique-moi !

-Tu as prit possession de Rubis, et tu l’as retourné contre nous !

-Fffffaux… Je lui ai sssssssauvé la vie, et je lui ai permis de vous sssssssauver vous. Qu’il pointe sssssssssa lame vers vous signifie juste qu’il est incapable de contenir cssssssette puisssssancssssse. Sssssans moi, il sssssserait mort. Pourquoi voudrais-je qu’il vous tue ? Il en mourrait de chsssssagrin. Je sssssuis comme tout le monde, je ne veux pas mourir.

-Ce que tu fais au phénix est inacceptable ! Relâche-le !

-Pourquoi ? Je fffffais bien meilleur usssssszage de sa forcssssse.

-tu…

-Je sssssuis épuisssszé par mon combat. Je vais reprendre ma forcssssse et Rubis sssse reprendra. En échange, pars sssssimplement d’ici. Cssss’est d’accord ?

-… Ce… C’est d’accord. »

Elle fut bannie de l’esprit de Rubis, qui s’effondra un moment pour se reprendre.

« Je… Suis vivant ?

-De toute évidence. Répondit Améthyste encore sonnée. La bataille est gagnée, grâce à toi… Regarde, les civils sont en train de repousser les soldats. C’est… Tellement beau à voir. »

Un bruit de sabot se fit entendre, Yrion arriva sur un superbe étalon noir.

« Eh ! Que font ces gens ici ?! J’ai eu vent de cette migration de population, ous les utilisez comme soldats ?! Ca va se payer cher ! »

Le Voix du Peuple apparut à coté de lui.

« Mon roi, si je puis…

-Il faut qu’ils rentrent chez eux ! Comptez les morts ! Et vous, l’Auréole Ardente… Je vous condamne à l’extermination pour déportation de population !

-Mais mons… Il ne m’entend pas. Peuple ! Que faites-vous ici ?! »

Tous les civils répondirent d’une seule voix :

« Nous nous battons pour ce qui nous semble être juste, pour notre vision du bien et pour notre liberté ! »

Le roi était scié de surprise.

« Vous leur avez lavé le cerveau ?! Ca suffit ! »

Il fit demi-tour, et une légion de soldat chargea. Le royaume d’Okeud, l’armée régulière au grand complet.

« Tuez-les tous ! »

 

                Un homme en manteau noir se mit devant la foule.

« Ancrona. Ce n’est pas très fair-play, ça.

-Hors de notre chemin ! Cria le roi.

-Hm ? Des gêneurs… Pardon, je me présente : Je suis Netal… »

Un invoqua un sort qui frappa un soldat, le tuant sur le coup. Son âme fut arrachée et alla frappé un autre soldat, qui mourut, et son âme subit le même châtiment. Chaque âme en arracha une autre. Le sort prit une ampleur incroyable, et tourbillonna autour de Netal. Les guerriers tombaient comme des mouches, chutant de leurs montures qui mourraient aussi. Le demi-million de soldats entrainés avec ferveur était écrasé.

« C’est moi… Véritable dieu… Le maître du jeu… Le maître du monde, voyez ce que j’en fais. Une terre dévastée, une terre brûlée. »

Même l’herbe se flétrissait. Le roi battit en retraite pour sauver sa vie, en criant comme une fillette apeurée. Les larmes aux yeux, le visage creusé de terreur. L’armée de tout un pays venait de trouvé la mort en une fraction de seconde. En ce lap de temps, Netal avait anéantit l’équilibre du pays le plus stable de la planète. Toutes les âmes arrachées vinrent dans son corps pour qu’il les dévore, accroissant sa puissance. Ancrona se posa devant lui.

« Et tu me parles de fair-play ? Tu as boosté Sieron, et maintenant tu t’amuses à tuer l’armée de mon plus fidèle sujet ?

-S’attacher à ses sujets, ça n’apporte jamais rien de bon. C’est pour ça que je serai le maître du monde, et pas vous.

-Ne te prend pas pour ce que tu n’es pas. Tu n’es qu’un homme au pied du mur. Juste une erreur de la nature. Tu ne sais qu’apporter la mort et la désolation. A ce demander comment tu as pu avoir des alliés.

-Je les ais menacé de mort.

-… Evidemment. C’est plus facile. Maintenant, retire-toi avant que la guerre devienne ouverte. Tu sais tout ce qui est en mon pouvoir.

-Je suis terrifié… Je vais partir, mais… J’emmène aussi ceux-là avec moi. »

Il pointa la foule de civil, qui plia osus l’effet du sort. Puis soudain, se releva fièrement. La Voix du Peuple les rejoignit.

« Hm. Je ne sais pas qui vous êtes, mais je ne vous laisserai pas poser vos sales pattes sur des civils. J’ai unifié leur âme. Il n’y a plus de Marcel, Jean-Paul, Mike, Hans, Edward, plus d’individualité. Il n’y a qu’uune âme, celle du peuple. Essayez de la cueillir. Une âme de 4 000 personnes !

-Tes pouvoirs sont… Très impressionnant. Répondit Netal en baissant la main. C’est un grand honneur que de te revoir. Mais la dernière fois, tu n’étais pas un assassin. Non tu étais un chevalier.

-Les temps changent.

-Oui. Et ta puissance aussi. Elle grandit, le peuple prend conscience de sa force… Mais ce n’est pas suffisant ! »

Il leva les deux bras vers la foule et tous furent comme fauchés, d’un coup. 4 000 personnes. Ancrona était surpris, mais pas plus que ça.

« C’est que tu prends de l’avance, mon salaud. Maintenant dégage, j’ai été suffisamment patient avec toi. »

Yrion arriva dans le trio, à bout de souffle, complètement perdu.

« Un monstre, il y a un monstre quelque part ! Aidez-moi, c’est un ordre !

-Le monstre est devant toi. Répondit Netal.

-Quoi ? Oh non… Je me suis jeté dans la gueule du loup…

-Et une âme de plus. »

Ancrona lui mit un violent coup de bâton en pleine figure.

« Passe que tu détruises son armée, et que tu t’en prennes à des civils. Mais je ne te laisserai pas blesser un de mes sujets.

-As-tu à ce point confiance en tes pouvoirs ? »

Ancrona joignit les mains et invoqua un sort bleu aveuglant, puis frappa le sol de la paume. Tout les civils se relevèrent, vivants, conscients, ressuscités.

« Je relève l’armée d’Okeud si tu ne te retires pas. Tu auras tout fait pour rien. Ah, et j’anéantirai ton armée en la plongeant dans les limbes du temps, comme je l’ai déjà fait par le passé ! »

Netal eut un mouvement de recul, puis hocha la tête.

« Soit, je m’arrête là. Nous nous reverrons. »

Il commença à disparaître dans un tourbillon noir. Soudain, une épée démusurée, accrochée à une chaîne, manqua de peu Ancrona, puis revint vers son possesseur. C’était l’homme en armure noire, avec la femme en vêtement noirs.

 

 

 

 

De niveau divin

 

                « Je t’ai enfin retrouvé. Dit-il.

-Qui es-tu ? Oh, et puis je m’en fiche. Nous sommes occupés. »

Le guerrier fit valser son épée et manqua de trancha Ancrona. Celui-ci s’était comme téléporté.

« Fuir ? C’est tout ce dont le maitre du temps est capable ?

-… Je vois… Je ne sais pas qui de nous trois est le plus puissant. »

La femme jeta un sort de feu sur Ancrona, qui le fit disparaitre en plein vol.

« En tout cas, ce n’est certainement pas elle. Mais ce n’est pas une raison pour la sous-estimer. »

L’homme en armure noire reprit :
« Ancrona, hein ? Alors c’est comme ça que vous vous faites appeler ? Vous avez bien masqué votre identité, mais c’est fini.
-On dirait que je me suis trop agité…
-Exact. Et maintenant, c’est l’heure de mourir. Un dernier mot ? »
Netal haussa les épaules.
« Si vous prévoyez de le tuer, vous pouvez compter sur moi pour vous assister. Dès lors, sans personne pour me barrer la route, la première chose que je ferai sera d’anéantir définitivement l’Auréole Ardente. Plus rien ne pourra se mettre en travers de ma route. Je suis sûr que je ferai un excellent maître du monde.
-… Merci de prévenir.
-Je n’ai pas besoin de vous mentir. Je préfère vous dire la vérité, à vous de l’assumer, elle et ses conséquences. Vous êtes sur le point de détruire un équilibre instable et dangereux. »

 

Au loin, Rubis et les autres n’osaient pas approcher.
« De quoi ils parlent ? Demanda-t-il.
-Un équilibre… Répondit Améthyste peu sûre d’elle. Ca al ‘air de chauffer.
-Alors tenons-nous prêt !
-T’as déjà faillit tous nous tuer, alors tu baisses les armes avant de m’envoyer dans la tombe ! De toute façon, Netal leur parle d’égal à égal, ça en dit long.
-… C’est pour cette raison qu’il n’attaquait pas. C’est Ancrona. »

 

« Le monde est aussi en sécurité avec toi qu’une porcelaine entre mes mains !
-Tiens donc, un destructeur. Ca faisait longtemps. Alors, que vas-tu faire ? Risquer de briser cet équilibre qui régit la survit de cette planète, à moins que tu te penses en mesure de nous vaincre tous les deux ? Dans ce cas, nous feront cause commune contre toi pour t’éradiquer.
-Vous êtes en compétition, mais pas en guerre ?
-Exact. Un affrontement serait stérile car aucun ne vaincrait l’autre, qui fuirait, et chacune de nos armées seraient anéanties en vain. Nous attendons d’avoir atteint nos objectifs respectifs pour nous battre. Mais s’il y a moyen d’abréger cela, je l’utiliserai… Sauf si tu comptes te retourner contre moi après. Je ne suis pas idiot, je le devinerai.
-Je te connais, Netal. Tu lis dans mon âme comme un livre ouvert. J’adhère à tes plans, sauf pour ce qui est de détruire l’Auréole Ardente. Quant à te confier la direction du monde, tu pourrais pas retourner dans ton autarcie comme avant ? Tu y étais si bien.
-Tu as l’air d’en savoir long sur moi. Il reste peu de monde… Non, en fait il ne reste personne qui en sait autant. Qui t’as parlé de moi ?
-N’imagine pas que je vais répondre à cette question. Ancrona, puisque t’affronter maintenant précipiterait l’effondrement du monde, je vais me retirer pour cette fois. Je me contenterai d’en informer mes supérieurs. »
Netal sursauta.
« Tes supérieurs ?
-Tout le monde a quelqu’un au-dessus de lui, non ?
-Invraisemblable… Tu agis au nom des dieux ! Quel héros on-t-il appelé ? Terreur, c’est toi ? Et l’autre femme, c’est Lucy ? Deux héros mythiques sortis tout droit du gouffre de l’Enfer ? A moins que la Lumière ait compté sur Kiosen, sa fille. Quant à ton identité à toi… Non. Tu viens de l’Enfer, j’en suis certain. Pour ignorer ma menace, tu n’es pas rattaché au Paradis.
-Je te laisse échafauder toutes les théories que tu veux.
-Très bien, Terreur. Repars, avec Lucy, et fais ton rapport à Satan. Mais peu importe ce que tu comptes faire, je ne resterai pas passif.
-J’en prend note. Merci bien. »
Il fit demi-tour, sa cape virevolta, découvrant son immense épée, encore plus grande que le Fendium du Seigneur-Croc. Terreur était un ombremage. S’il pouvait manier une arme pareille, Netal et Ancrona était fini. Ils se serrèrent la main, l’air faussement amicaux.
« Que le match continue.
-Que le meilleur l’emporte. Chacun a son avis sur la question. Et joue plu fair-play, la prochaine fois. Je pourrai être tenté de représailles.
-Tu ne t’es pas gêné pour aider Rubis.
-Pas plus que toi pour Sieron.
-Il ne t’embêtera plus. Je ne suis pas du tout satisfait de ses performances. »
Netal disparut dans un tourbillon de ténèbres, et Ancrona retourna vers ses amis.
« … J’imagine que je vous dois des explications. »

« Je ne manipule pas la matière. Désolé d’avoir menti, mais je n’avais pas le choix. En réalité, je contrôle le temps. Faire vieillir les gens, les sorts, faire un retour-temporelle rapide… C’est si vaste. Les arcanes du temps n’ont pas de limites.
-Et alors ?
-La magie du temps est interdite. C’est en effet très risquer de l’utiliser, c’est pour quoi je suis traqué comme un criminel.
-Tu me dis que tu représentes un danger pour l’espèce humaine ?
-Non ! Je… Ecoutez, je suis un mage très puissant. Je suis du niveau de Netal, c’est pour ça que tout à l’heure, il a reculé. Il n’y a aucun risque que je créé des paradoxes dangereux. Je suis vieux de 500 ans ! J’ai suffisamment d’expérience pour ne pas mettre en danger les autres. J’ai caché mon identité pour semer des détracteurs. C’est eux que vous avez vu, les personnes en armure noire. J’ignore qui c’est, ne me poser pas de question sur eux. Maintenant que je suis repéré, je… J’ai peur. Ne les laisser par me faire de mal. Voila tout ce que je peux vous dire. Mais je crois en vous, je veux vraiment vous aider !
-Les traqueurs, là… Ils ne sont que deux ?
-Je l’ignore. Mais je pense que si je ne m’agite pas plus, il n’y en aura pas d’autres. Rubis, je te supplie de ne pas me chasser.
-C’est bon, tu n’as rien à craindre. Dis-moi simplement les actions ‘discrètes’ que tu peux faire. Je ne peux pas me permettre de cracher sur un pouvoir tel que le tien.
-Je… Je peux enfermer quelqu’un dans une zone temporelle et accélérer ou ralentir l’intérieur. Par exemple, si je fais ça sur Améthyste qui dort, en quelques secondes, je peux faire avancer le temps de huit heure pour que son repos soit complet et instantané. Je peux accélérer l’emprise d’une force incarnée en quelqu’un, comme j’ai fait sur toi pour libérer le Basilic. Après tout, je n’avais pas le choix. Je peux faire vieillir un sort ou des armes, c’est comme ça que j’ai paralysé Jade. Je peux effectuer des bonds temporels. Je peux inter changer quelque chose avec ce qu’il serait ou ce qu’il a été. Je peux sélectionner une zone d’herbe verte et la transformer en ce qu’elle sera en hiver prochain, ou ce qu’elle fut l’hiver dernier. Et si, par exemple, je prends le futur, il ne sera pas surprenant qu’en pleine tempête de neige, l’herbe soit verte et rayonnant l’instant de l’inter changement.
-Je vois… Intéressant… Tu peux rester, Ancrona. Ce sera un plaisir, même. Après tout, nous sommes amis. Enfin, pas loin.
-Merci… »
Il essuya une larme.
« Je suis heureux d’avoir trouvé quelqu’un qui me comprend et m’accepte. »

Netal apparut dans la base et Larmes du Soleil. Sieron était assit sur son trône, endormi, attendant d’avoir été suffisamment prié pour se relever. L’arrivant frappa du pied et le dieu se leva.
« Hm… Déjà ? »
Il prit un grand coup de pied dans la figure.
« Tu me déçois énormément. J’hésite encore à te laisser une chance ou à te tuer définitivement.
-Tu ne peux pas tuer un dieu ! Je serai toujours prié !
-Tu sous-estimes ma puissance. Non seulment je peux te détruire définitivement, mais en plus un claquement de doigt esuffirait à tuer tous tes fidèles pour que je dévore leur âmes. Maintenant, je te laisse dix secondes pour me vaincre de ne pas de tuer pour de bon.
-J’aurai aimé t’y voir, toi ! L’aut’ Rubis, son attaque était hallucinante ! Tu sais quelle puissance tu m’as donné, et j’ai perdu. Quelque part, c’est ta faute !
-Hm. Je reconnais que la force dont il a fait preuve dépasse largement toutes mes prévisions. Quant à la Voix du Peuple, elle n’avait rien à faire ici. Je vais te laisser une ultime chance. Tu vas porter un dernier assaut, et tu as intérêt à le réussir. Sinon, je t’assure que ce sera le dernier. Prévois bien ton coup, l’échec ne sera pas toléré. »
Netal lui donna un nouveau coup de pied en plein visage avant de partir. Sieron se releva en grommelant.
« Est-ce qu’il nous reste des conseillers en vie ? »

 

                Yrion fulminait devant ses troupes mortes.

« Non ! Mon armée ! C’est votre faute, Rubis ! C’est vous qui avez apporté Netal ici ! Danger public !

-Du calme. Répondit Ancrona.

-Et vous, je ne sais pas quel sorte de nouveau monstre vous êtes, mais vous êtes certainement l’être le plus méprisable de cette planète depuis l’âge des ténèbres !!

-J’ai dit du calme.

-Comment je pourrais être calme ? Je suis roi de quoi, maintenant ?! Roi d’un désert ?! Givré, vous êtes… »

Ancrona frappa le sol de son bâton.

« Ta gueule. Je t’ai donné un ordre, t’as pas entendu ? »

Yrion se figea.

« Marchons un peu, j’ai à te parler… »

Ils s’éloignèrent et Ancrona chuchota quelques mots au roi. Celui-ci écarquilla les yeux, béant de surprise. Il trembla, puis se jeta à genou en signe de supplication, begayant quelque chose d’inaudible. Ancrona lui fit signe de se relever, ce qu’il fit prestement. Le mage du temps lui donna un ordre et fit un sourire amical. Yrion revint vers le groupe.

 

 

                Il se plaça devant le chef de l’Auréole Ardente. Lentement, il dégaina son épée fait pour la décoration. Puis il s’agenouilla soudain, présentant son arme.

« Rubis, je me repends de mes erreurs. Je vous supplie d’accepter mon épée, et de prendre le trône d’Okeud en dédommagement. Vous aurez le soutien sans condition de toute mon armée et de toute mon influence. Désormais, je ne vis que pour vous servir. J’abolis immédiatement toutes lois racistes, homophobes, et le famille Gaeh est la bienvenu sur ces terres. Améthyste, je vous offrirai la plus belle parure de ma salle des coffres pour me faire pardonner. Pour ce qui concerne le Ténébreux, il est bien sûr le bienvenu et recevra un présent de ma part pour m’excuser. »

Les cinq compères étaient si surpris qu’ils n’arrivaient pas à refermer la bouche. Jamais il n’avait vu plus surprenant ou plus absurde.

« Mais tu l’as menacé de quoi ? Dit Rubis à Ancrona.

-Je lui ai juste ouvert les yeux.

-Euh… Majesté…

-Yrion ! Dit le roi. Vous ne me devez aucun titre, seigneur.

-Ok Yrion, euh… Relève-toi, vieux. C’est bon, tu peux garder ton trône j’en veux pas. J’suis bien sur le mien… Par contre ça serait cool de venir nous aider, parce qu’on galère à mort contre les Larmes du Soleil, c’était chaud cette fois alors la prochaine…

-Ce sera un honneur de lutter à vos cotés ! Dit le roi en se relevant. Vos désirs sont des ordres ! L’armée du royaume d’Okeud, du moins ce qu’il en reste, est sous votre commandement direct ! Je vais régler quelques broutilles administratives avant. Mais si vous le permettez, je ferai tout cela demain. La journée a été éprouvante pour tout le monde. »

Il repartit vers son château. L’Endeuilleur arriva enfin à articuler.

« Euh… J’ai rêve ?

-Alors on est deux. Répondit Améthyste.

-Pareil. Fit Jade.

-J’en reviens pas… Dit Arthémis. Un… Miracle. »

Ancrona haussa les épaules.

« Il me connaissait. Je cachais mon identité avant, mais bon, les choses ont changée. Alros autant le mettre de notre coté. »

Rubis était toujours ébahit. C’était au-delà de tous ce qu’il imaginer. Mais c’était louche. Quand même. Il s’était toujours un peu méfié d’Yrion, mais maintenant il se méfierait encore plus.

 

 

                Yrion était retourné dans sa chambre. Il ne pouvait retenir son sourire. Il fit de petits bonds comme une fillette tant le bonheur débordait en lui. Ancrona apparut devant lui.

« Seigneur !

-Yrion.

-Je m’excuse de vous avoir gêné ! Je voulais aider toutes les sectes du monde, car je pensais que vous en monteriez une. Jamais je n’aurai cru que vous vous dissimuleriez dans les rangs de vos pires ennemis.

-Rubis n’est pas mon pire ennemi. J’ai d’autre problème ailleurs avec Netal, et il n’est qu’une gêne. Je compte bien me servir de lui pour accroître ma force.

-J’espère que vous me pardonnerez.

-Bien sûr. Tu es l’un de mes meilleurs éléments, et tu cherchais à bien faire. Et quelque part, que Rubis rencontre autant de difficulté l’a conforté dans son ardent désir. Par contre te mettre à genou aussi vite devant lui c’était louche ! Evite ça à l’avenir.

-Pardon, mais que vous m’ayez révélé votre identité m’a vraiment surpris.

-Bon. J’ai reçu la visite de deux personnes, récemment. Tu sais, l’homme d’arme en armure noire et la magicienne en tenue noire. On ne voyait pas leur visage, et Netal n’a fait que des spéculations sans fondement, bien que je pense qu’il ait raison. Si tu trouves des informations à leur sujet préviens-moi. A mon avis, c’est le pire de mes soucis.

-Mais, monseigneur, et pour Netal ? Il interviendra si l’Auréole Ardente croît trop !

-Il bluff ! Il a peur de moi, autant que j’ai peur de lui. Une confrontation serait stérile. Il détruirait tout ce que j’ai, et alors ? Je recommencerai. Je ne suis pas en mesure de me tuer. Mais il n’est pas en mesure d’en faire autant.

-J’ai foi en vous, maître. Et je ferai tout pour vous servir. Je sais que vous réussirez.

-Evidemment que je réussirai. Il est temps que je te laisse, jamais assez de temps, tant de temps perdu. Faites ma gloire et agissez en mon nom, chronoseigneur Yrion. »

 

 

 

                De l’autre coté de l’océan, dans les Terres Oubliées, un conflit avait lieu. Depuis longtemps, les soldats se battaient avec fureur, faisant s’accumuler les cadavres. Un paladin abattit son épée sur un guerrier noir et le décapita. Il fit tournoyer son arme et prit plusieurs autres vies, avant d’être tranché en deux d’un violent coup de hache donnée par un géant en armure noire. Un femme en tenue de combat blanche sauta sur ses épaules et parvint à lui faire perdre l’équilibre. Un fois à terre, il fut assailli pour tous les paladins, comme des insectes se ruant sur un proie abattue. Le blanc contre le noir, les combattants grouillaient. La bataille durait depuis plus d’une semaine. Beaucoup s’étaient effondré d’épuisement et s’étaient réveillé, reposé, en plein milieu du champ de bataille, reprenant le combat. On les croyait mort. Les soldats se relevaient et tombaient sans cesse. Ce spectacle horrifiant rappelant la nécromancie instillait la terreur. L’horrible supplice de devoir se battre pour vivre jusqu’à tomber à bout de force, pour se relever dans le même enfer jusqu’à la mort, était orchestré par deux incarnations de la puissance.

                Tous les paladins s’effondrèrent d’un coup, mort sans raison apparente. Netal avança parmi les guerriers noirs. Son aura représentait toute la noirceur de ces terres. Il inspirait la terreur, même dans son propre camp. A chaque pas, d’autres ennemis tombaient. Il arrachait leur âme pour en obtenir leur puissance. Netal détruisait la vie, répandait le supplice et la mort, il était passé maître dans l’art de la souffrance. L’affliction s’abattait sur tous ses ennemis à des kilomètres à la ronde, il les tuait sans même les voir, sans qu’eux le voient. Il voulait dominer le monde, à cette tâche impie il consacrait sa dévotion. Pour cela, il avait trempé son âme dans les profondeurs des enfers et de l’esprit humain. Il y avait trouvé des monstres et des chimères aussi malsaines que lui. Ce sombre savoir lui avait permit d’anéantir toute forme de vie autour de lui. Il n’était plus humain, pour le plus grand malheur de ses ennemis. Pourtant, il n’y avait pas de dégâts collatéraux. Il ne faisait rien d’autres qu’abattre ses ennemis. Pas de pillage, pas d’esclavage, pas d’exaction, pas de conquête par fantaisie, pas de domination excessive, pas de torture par plaisir ou autre atrocité tel que ça. Il n’avait dupé personne. Netal était clairement un être mauvais tirant son pouvoir de ce qu’il y avait de plus noir dans ce monde et méprisant la valeur de la vie. Néanmoins, il restait irréprochable sur tous les plans.

                Une grande lumière apparut à l’horizon. Une armée d’ange se joignit à la bataille. Ils fauchèrent les guerriers noirs, seul Netal pouvait s’en défendre. D’un regard, il parvenait à les tuer. De si piètres soldats n’étaient pas des adversaires dignes de lui. Ainsi, son ennemi avait envoyé un soutien aérien, qu’importe, il enverrait ses troupes volantes. Mais s’il avait clairement une armée terrestre supérieure aux paladins, pour l’armée aérienne, il n’était pas aussi bien entouré. Et il n’y avait pas que ça. Un rayon de aveuglant frappa le centre du champ de bataille. La Lumière apparut, armée de sa lance, et transperça un grand nombres de guerriers noirs. Tel un bataillon entier, sa lance allait et venait sans cesse et avec irrégularité. L’incroyable puissance d’un dieu. D’un vrai. Investit de pouvoirs originels. Netal fondit sur elle et para sa lance de son avant bras pour provoquer un pugilat. Mais la déesse para le coup de poing psyché de son arme et le repoussa, puis la lança en visant le cœur. L’homme s’en saisit d’une poigne ferme, mais la Lumière utilisa un sort de télékinésie très puissante pour le forcer à lâcher la lance. En vain, mais Netal n’arrivait pas à bouger tout en gardant l’arme sous son contrôle. Il y renonça et elle revint dans les mains de sa maîtresse.

« Encore une bataille qui sera intéressante. Dit Netal. Mais ma puissance t’es méconnue, j’ai toujours tué tous tes espions. Ceux qui croisent ma route ne sont pas les bienvenus.

- Ton insolence n’a d’égal que ton orgueil. Tu haïras le jour de ta naissance. Répondit la Lumière.

-Si c’est la haine que tu cherches, tu es bien tombée. Viens te battre.

-Je vais t’écraser. »

Ils se jetèrent l’un sur l’autre.

 

 

                Netal ouvrit la carte du monde et y posa quelques drapeaux.

« Quelles nouvelles de l’Auréole Ardente ?

-Ils sont alliés avec le roi d’Okeud, répondit une acolyte.

-Comment ont-ils fait ? Leur relation est au-delà de l’hostilité.

-Il semblerait que notre ennemi ait été contraint de dévoilé son identité. Enfin, pas vraiment, à moitié. Il s’en est encore sortit avec un mensonge. Vous devriez le dénoncer à ses pseudos amis. Bien qu’il leur soit d’une grande aide, au final, il se sert d’eux.

-Et pourquoi ? Ce qu’il cherche à obtenir par la ruse, il l’obtiendra par la force. J’ignore ce qu’il veut, mais le phénix de Rubis en fait parti. On ne peut pas prendre le risque de le pousser à le prendre. Je pense qu’il veut autre chose, ce qui expliquerait pourquoi Rubis respire encore, mais j’ignore quoi. Si on le découvre, alors on avisera. »

Il plaça un drapeau bleu sur le royaume d’Okeud.

« Quoi d’autre ?

-Les sectes se sont raréfiées. Bientôt, le temps des sectes sera terminé. Grâce à lui.

-C’est du bon boulot, on ne peut pas lui enlever ça.

-Bientôt, tout le continent sera sous la domination de Rubis.

-Expliquez-vous.

-Rubis est le souverain légitime de Koljeizer. Avec Yrion dans leur camp, le royaume d’Okeud leur est assuré. Le Ténébreux est leur allié, c’est comme s’il avait l’empire Otrajyd. Arthémis Gaeh, s’il redore son blason, va avoir un influence très importante et va unifier Wyrim. »

Elle plaça des drapeaux bleus sur Koljeizer, l’empire Otrajyd, le royaume d’Okeud et Wyrim.

« La confédération des états d’Ondu les soutiennent. Il n’est pas à exclure qu’il en prenne la direction. »

Elle rajouta un drapeau sur Ondu.

« Jyz est en pays nouveau sortant de la guerre civile. Il va se ranger derrière plus fort que lui pour prospérer. »

Encore un drapeau.

« Au final, à part le désert de Lehi et l’île abandonnée d’Enacy, nous devrons faire face à tout un continent. Pensez-vous contenir tant d’adversaire ? »

Netal frappa du poing sur la table.

« Il faut faire quelque chose.

-C’est simple, Rubis prendra le contrôle dans Koljeizer s’il réussi à éradiquer les sectes. Mais qu’en fera-t-il si celui-ci est dévasté ? Une bonne guerre civile fera un grand chaos. Il va certainement essayer de protéger la terre de son père et perdra du temps. Beaucoup de temps. L’Empire Otrajyd est instable, de par sa mentalité violente. Donnons-lui un os à mordiller pour qu’il reste sage. Il faudra les pousser à affronter Wyrim. Non seulement ces pays perdraient du temps et des ressources, mais en plus, on monterait Arthémis et le Ténébreux l’un contre l’autre.

-Hm… Parfait. Nous ferons ça. Ton intervention fut pertinente, je t’en remercie.

-Je ne vis que pour vous servir.

-Ta vie n’appartient qu’à toi, mais je prendrai cela pour de la loyauté. Tu peux disposer. »

Netal sortit sur le balcon et regarda sa base. Il s’agissait de ruines d’un château fortifié. Refait en forteresse d’assaut de fortune renforcée et efficace. AU milieu se tenait un abîme qui semblait sans fin, où les hommes entraient et sortaient pour creuser. Malgré l’air triste du paysage, les soldats étaient biens. Pas heureux, juste satisfait de l’existence qu’ils menaient. Netal savait que la haine les conduirait à la victoire, mais le culte de la tristesse et de la rancune ne ferait qu’apporter la désolation. Il demanda :

« Comment avance la mine ?

-Excellemment ! Répondit un officier. Vous avons trouver une salle faite de pierre taillées, nous pensons touché au but !

-Que voila une bonne nouvelle. Je viens avec vous. Ce qu’on y trouvera sera hostile… Et puissant. »

Il sauta du balcon et descendit dans le gouffre. Il descendit les escaliers taillés dans les parois et arrivant au fond au bout d’un quart d’heure de marche.

« Quelle profondeur ? Demanda-t-il.

-Au moins un kilomètre, peut-être un peu plus. Emit le chef du chantier. Est-ce assez ?

-Oui et non. Nous sommes certainement arrivés dans les salles que nous cherchons, mais c’est un labyrinthe, qui descend toujours. C’est là que nous irons, à plus de trois kilomètres sous la terre.

-La roche sera trop dur ! Comment a-t-elle put être taillée ?!

-Ces galeries donc nous nous approchons ont été creusées par les Dieux Originels. Au fond de ces salles, si quelqu’un est assez fou pour y aller, se trouve la demeure d’Hadès. Bien qu’il n’y soit plus, qui sait quelle créature y est… Mais ce n’est pas notre destination. »

Il effleura le sol de sa main.

« … Du granit. Une immense couche de granite.

-On a beau creusé dans toutes les directions, impossible de la contourner.

-Alors nous sommes bel et bien arrivés. Il s’agit d’une salle fermée, dont les quelques failles sont disséminées un peu partout. Soit nous en cherchons, soit nous creusons dix mètres de granit.

-D’accord, alors vous prendrez deux secondes pour m’expliquer comment on peut se frayer une galerie dans du granit avec des pioches ! C’est bien trop résistant ! Ca nous prendra des mois !

-Humpf. Quelques minutes suffiront. »

Il posa la main sur le sol et invoqua un sort, qui tracer des runes sur le granit. Netal joignit les mains et les runes fissurèrent le sol.

« Il ne reste qu’à enlever les débris. Au travail. »

Les morceaux furent enlevés rapidement. Le sol s’effondra d’un coup et Netal retint par la main un homme qui manqua de tomber.

« … Merci. Vous m’avez sauvé.

-Quel chef ne l’aurait pas fait ? »

Il regarda dans le trou, l’obscurité était totale. Il invoqua une boule bleue qu’il fit descendre dedans. Un peu près cents mètres avant le sol.

« Cordes. »

Ils descendirent en rappel et atterrirent en douceur. Netal était accompagné de cinq mineurs et cinq guerriers noirs.

« Que cherchons-nous ? Demanda le chef de chantier.

-Des êtres primordiaux. Des êtres créés sous le règne des Dieux Originels qui furent anéantis par les Dieux Universels. Ceux de la surface sont morts. Ceux qui se sont cachés ici vivent encore. Soyez prêt à vous défendre. »

Ils entendirent un rire étrange, et assez ridicule.

« C’était quoi ?! Paniqua un mineur.

-De la saleté. Gobelins ? Orques ? De la piétaille. »

Il regarda les piliers de la salle. Ils étaient magnifiquement sculptés, avec une habilité exceptionnelle. Les chevaux gravés sur le mur étaient aussi grands que l’ongle de Netal. Pourtant, même le mord était visible. Des bruits de pas saccadés se firent entendre, et un groupe de créature mi-humaine et mi-bête leur fondit dessus. Des hommes qui marchaient à quatre pattes, nus mais armés d’épées ou de haches certainement trouvés. Netal parut légèrement surpris.

« Ils sont assez intelligents pour utiliser des outils ? »

Il en saisit un par la mâchoire et lui fracassa le crâne contre le sol.

« Peuh. Ces créatures n’ont pas d’âmes humaines. C’est comme des animaux, il n’y a rien à en tirer. Je ne peux même pas les absorber tant elles sont faibles. »

Les soldats tuèrent les arrivants sans efforts.

« Bon, et maintenant ? Demanda un soldat.

-Chut… Il y en a encore. »

De nouveaux être étranges arrivèrent, grouillants comme des insectes. Mais par millier.

« Combien sont-ils ?!

-Autant qu’il y a de poisson dans un fleuve. »

Il clapa des mains et la moitié s’effondra. Netal dégagea son aura malsaine et les autres succombèrent. Mais au lieu de fuir comme prévu, ils continuèrent à affluer. Il attrapa une flèche au vol.

« Des arcs ? Pas mal. »

Il la brisa alors que les cadavres s’amonceler.

« Qu’est-ce qu’on fait ? Fit un soldat, blasé de ne pas combattre.

-Arrêtez de vous tourner les pouces, et frayez-nous un chemin dans ces cadavres ! C’est pas à moi de le faire.

-Pouah, ça pue la mort ces trucs !

-C’est mort. »

Ils poussèrent les rangés de corps et montèrent dessus. Soudain, un grondement.

« Qu’est-ce que… »

Netal fit signe au soldat de se taire. Au loin, dans le couloir, une lueur rouge. Il cria :

« Je suis là ! Viens me chercher !! »

La lueur approcha à grande vitesse. Les soldats étaient si terrorisés qu’ils claquaient des dents.

« Il s’agit d’un être primordial. Mais il est particulière puissant. Vous n’êtes pas de taille, cachez-vous. »

La lueur était proche maintenant. Il s’agissait d’une sorte de colosse crachant du feu, dont la peau semblait être faite de métal en fusion parcourue de flammes. Il prit Netal et le plaqua violement contre le mur. Le choc fit trembler la salle.

« On est mort !!! Hurla un mineur. J’veux rentrer chez moi !!

-Ta gueule ! Répondit Netal en envoyant le monstre à terre avec une facilité à couper de souffle. Tu me fais honte ! Si tu n’as pas le courage de rester en bas avec moi, remonte ! Mais si tu choisis ça, tu n’es plus le bienvenu sur mes terres ! Et puisque tu risques de livrer des informations à l’ennemi, ce sera le cachot ou la mort. A toi de choisir ! »

Netal prit l’être primordial par la corne et souleva le crâne, qui devait faire seul 200kg. 

« Pas assez puissant. Mais je vais m’offrir une âme acceptable. »

Il tua la créature qui fit un ultime grognement.

« Il faut aller plus profond. Qu’on me rapporte plus de soldat, je ne compte pas tout fouiller seul. »

Il s’assit en position de méditation et se concentra pour sentir les âmes des être primordiaux.

« Toutes celles qui nous entourent sont faibles. Là-bas, une galerie descend. On va par là. »

Il se remit à méditer.

 

 

                La Lumière sortit en furie de sa chambre.

« C’est quoi cette alarme ?! Que se passe-t-il ?!

-C’est à propos de Netal, nous avons des informations capitales !

-Et vous me dérangez pour ça ?! J’espère que ça presse !

-Je promets que je ne vous ai pas fait lever pour rien. En premier lieu, Netal s’est infiltré dans les salles primordiales, sous la terre. Il cherche à dompter des êtres primordiaux.

-Quoi ?! Quel profanateur ! Je ne laisserai pas passer un affront pareil !

-Quels sont vos ordres ?

-Un assaut serait futile. Je vais réfléchir à cela. Finalement, vous avez bien fait de me réveiller.

-Aussi, autre chose. Il semblait que Netal et notre ennemi majeur soient rivaux dans cette guerre.

-… Intéressant. Y’a-t-il une chance pour qu’ils s’entre détruisent ?

-Non, ils font tout pour ne pas faire match nul. Mais leur guerre les affaiblit, il faut frapper à ce moment.

-Avec des êtres primordiaux, Netal se donne une grande longueur d’avance. Il est important de l’en empêcher, mais… Nous précipiter sur lui nous fera peut-être entrer en conflit avec notre ennemi… »

Elle fit quelques rotations avec sa lance, pensive.

« Y aller, c’est risquer un conflit… Mais si ils sont rivaux, alors… Attendez, je veux le rapport détaillé des agents de Satan. »

L’officier lui donna un papier marqué ‘Rapport de l’Oblitérateur’.

« Hum hum. Je vois… Netal est perspicace. »

Elle réfléchit intensément.

« Bon, nous allons faire un coup de poker. Nous allons faire basculer la l’équilibre en faveur de Netal pour qu’il anéantisse notre ennemi. Puis nous le tuerons. Netal est une menace importante, mais l’ampleur que finirait par prendre l’autre est bien plus grave. Observons la situation et bloquons toute intervention de notre ennemi. »

Elle regarda par la fenêtre d’un air las. Sa cité était superbe, elle faisait tout pour que ses citoyens soient heureux et la prient. Le résultat était au-delà de ce qu’elle espérait, mais la seconde génération prierait par habitude, la troisième sous la menace de leurs géniteurs, et la quatrième arrêtera. Car l’aide de la déesse sera considéré comme un acquis et non plus comme un soutien. Les hommes se croient tout permis si on ne les secoue pas avec des peines, des drames, des obstacles. L’architecture était moderne, assez anguleuse, neutre pour plaire à tout le monde est assez sobre. Elle pourrait être fier de ce qu’elle avait battit, une petite utopie qui durera un bon demi-siècle. Mais non, elle ne l’était pas. Car avant, elle dominait le monde et tous l’adorait. Quelle rage.

« L’Oblitérateur ne nous est plus d’aucune utilité. Qu’il retourne en enfer, je ne veux plus en entendre parler. Les évènements prennent une tournure que je n’avais pas prévu. Quelque part, c’est comme si Netal et l’autre était dans le même camp. Vaincre l’un, c’est engager le combat contre l’autre. Non, l’Oblitérateur possède une force considérable, je préfère le garder sous mes ordres.

-Et pour Rubis ?

-Quoi Rubis ?

-Ben… L’Auréole Ardente semble être l’ennemi de Netal.

-Peuh. Ils se feront écrasés. D’ailleurs, pourquoi ne le sont-ils pas ?

-Justement parce que ‘notre ennemi’ s’est installé dans l’Auréole Ardente. Sans cela, Netal l’aurait effectivement écrasé. Mais maintenant… L’équilibre est instable et l’est de plus en plus. Chaque grande puissance grandit : Vous, Netal et notre ennemi. Si l’une prend le dessus soudainement, la guerre éclatera.

-Tout est toujours une question d’équilibre. 

-Mais si Netal s’empare bel été bien de ces être primordiaux, alors… Il aura l’avantage sur nous !

-Oui. Mais notre ennemi fera tout pour l’en empêcher. Et le conflit les affaiblira, ne nous engageons pas dans une bataille ne pouvant que nous diminuer. C’est aussi un pari, notre ennemi peut échouer. En fait, s’il n’intervient pas lui-même, tout sera vain. Il sera là, ou nous serons contraint d’intervenir et le retard prit nous coûtera cher. Je choisis de prendre ce risque. 

-Vous… Vous encourageriez beaucoup les troupes si vous nous révéliez l’identité de ‘notre ennemi’, les…

-Non ! L’affaire est secrète, seuls moi et Satan sont au courant, ainsi que l’Oblitérateur et sa coéquipière. Quatre personnes dont le silence est certain.

-… Bien. »

 

                Netal se releva alors que ses troupes s’accumulaient. Une cinquantaine de personnes l’avaient rejoint.

« Nous sommes assez. Cartographiez-moi ça, séparez et cherchez. Nos ennemis sont soit très faibles, soit hors de votre portée, c’est pour ça que je suis là. En route ! »

Une autre lueur rouge le chargea au loin, Netal envoya un sort et la tua d’un coup, à 200 mètres. Il s’échauffa les épaules et dit :

« Nous avons deux possibilités. Continuer dans ce labyrinthe infernal, ou creuser. J’ai détecté des êtres primordiaux très puissants en dessous de nous, loin dans les profondeurs. Si nous creusons, nous ne nous perdrons pas et il n’y a aucune chance que ça s’effondre. Mais le sol est encore plus dur que le plafond. Et qui sait à quel point il est épais ? Peut-être dix mètres, minimum, peut-être cent.

-Ne pouvez-vous pas utiliser vos pouvoirs, comme lorsque vous êtes entré ici ?

-Je pourrais, mais c’est ce qui a attiré ces bestioles. »

Il désigne le tas de cadavres. Il était gigantesque.

« Si je recommence, il pourrait même y en avoir plus. »

Il fit les cent pas.

« Nous allons explorer cet endroit, pas de temps à perdre avec des pioches. En avant. »

Le sol trembla. Tous se figèrent.

 

                Ancrona tenait fermement son bâton, comme s’il allait s’envoler. Le visage crispé, le regard ferme dirigé vers le sol. Rubis lui demanda :

« Eh, ça va ?

-La ferme ! Il faut que je me concentre… »

Jade le plaqua contre le mur.

« Ecoute mysterio, j’ai fait l’effort de pas d’avoir pété les rotules pour m’avoir menti, mais là va falloir jouer franc jeu ! Tu mets cartes sur table et tu nous dis ce que tu fous, ou je t’arrache le cœur par le fion !

-Tu n’as aucune envie de savoir ce qui se passe là où j’œuvre.

-Et ça, bien sûr, ça vaut plus que mon respect ?

-Ca vaut plus que ta virginité. Maintenant lâche-moi. »

Jade fit un bond en arrière, atterrée par la surprise. Ancrona disparut lentement, puis totalement.

« … Il est où, lui, que je l’éventre ! »

 

                L’immense tas de cadavres d’êtres primordiaux se mit à pourrir sous leurs yeux. Ils devinrent verdâtres, putréfiés.

« Les corps vont propager des maladies ! Eloignez-vous ! »

Il respira l’air pestilentiel. Pour lui, c’était sans effet. Mais alors que les soldats s’éloignaient, ils s’effondrèrent un par un et se transformèrent en squelettes. Chacun des cinquante sujets de Netal avait trouvé la mort. Celui-ci soupira :

« Cent ans dans la vue, la ne pardonne pas… »

Attirés par la magie, une nouvelle horde d’être primordiaux inferieurs le prit d’assaut. Encore des gêneurs. Les lueurs rouges étaient multiples, mais toujours insuffisante.

« Vous ne m’intéressez pas. Retournez d’où vous venez. Retournez dans les ténèbres ! »

Il frappa le sol du poing, et les anéantit sans effort. Mais le temps faisait son œuvre. Il vieillissait. Bien qu’il ait absorbé tellement d’âme qu’il pourrait vivre des millions d’années, restait ici signifiait donc sacrifier de son pouvoir pour survivre. Plus il restera, plus il perdait en puissance. Il resta calme.

« Vieillir de 50 ans par secondes, c’est fourbe. Mais ta magie est insuffisante ! »

Il leva les bras et défit le sort temporel qui l’entourait. Dans les reflets bleus sombres de son sort, il vit Ancrona.

« Tu as donc prit la peine de te déplacer.

-Ce que tu fais n’est pas fair-play. Tu tiens vraiment à ce que la guerre éclate maintenant ?

-Et toi, te servir de Rubis et les autres, ça l’est ?

-Autant qu’utiliser les âmes des héros de guerres tombés.

-Autant que d’accélérer la progression de Rubis et l’Endeuilleur ?

-… Tu n’as pas le droit d’être ici. Si la Lumière était toujours maîtresse du monde, elle t’aurait tué.

-Si elle le pouvait, elle essaierait. Je me bats contre elle jour après jour. J’ai besoin de plus de force que toi puisque je les perds dans ces batailles !

-Ce que tu dis est juste, mais aucun motif ne peut être accepté pour venir ici. Ces salles ont été bannies de ce monde et il y a une raison à cela. »

Le temps s’accéléra, puis ralentit. Netal le voyait à l’ondulation des cheveux d’Ancrona, ainsi que la cape qui volait au vent léger. Il se mit en garde. Son adversaire jeta à terre sa tenue gênante, il était en tenue de combat légère en cuir noir, sans manche, les jambières n’allaient pas au-delà des genoux. Il se bondit au corps à corps, mais le temps ralentit et il fut mit à terre. En position de faiblesse, Netal ne put esquiver un torrent d’énergie E et fut plaqué contre le mur, ne pouvant qu’encaisser. Le temps s’accéléra brusquement pour accroître de débit de puissance. Ses vêtements étaient en lambeaux et sa peau tranchée par le sort. Il se concentra malgré la douleur et parvint à faire une onde de choc qui bloqua le rayon une seconde, ce qui lui permit de se dégager et de faire appelle à toute la noirceur de son âme. Ancrona manipulait le temps, il ne l’incarnait pas. Sa maîtrise était limitée, sa puissance s’amenuisait. Netal avait une quantité d’âme presque illimitée. Il lança un puissant rayon de ténèbres et repoussa violement Ancrona. Les murs tremblait devant tant d’énergie.

« Bon sang ! Pensa Ancrona. Il est encore plus fort que ce que j’imaginais ! Je ne pourrai jamais l’arrêter ! Il me faut une idée ! »

Il toucha le mur de la paume et Netal se retrouva soudain dans une cage faite de roche.

« Ca ne me retiendra pas longtemps. Fit-il. En quoi ça t’avance ?

-Je… Cherche un plan… »

Ancrona se releva en s’appuyant sur le mur.

« … Alors c’est tout ? Voila tout ce dont le maître du temps est capable ?

-Je reconnais que tu possèdes une force incroyable, mais je crois avoir trouvé le moyen de me débarrasser de toi. Je ne t’apprends rien en te disant qu’il y a ici des créatures infernales que personne ne peut défier, qu’il soit vivant ou mort.

-Je n’irai pas jusque là, mais il est véridique qu’ici, des êtres primordiaux sont si puissants qu’ils nous briseraient d’un geste.

-Je suis un être originel. J’ai ma place dans ces salles, pas toi. »

Le sol se déroba sous les pieds de Netal, celui-ci utilisa un sort pour léviter. Ancrona dit :

« Tu te bats sur mon terrain, ne l’oublie pas. Tu devrai reporter le combat ailleurs.

-C’est un pari que je prends. Tu ne parviendras pas à me jeté dans cet abysse. »

Brisant le dialogue calme et serein, un grand cri de guerre retendit. Puis le guerrier noir surgit des ténèbres et frappa Netal à l’épaule.

« Crève, ordure ! »

Il esquiva un nouveau coup et retourna sur le sol. Autant prendre appui sur quelque chose.

« … Mais voici notre ami Terreur. Où est Lucy, ta coéquipière ?

-Pas là, au fait moi c’est l’Oblitérateur. Et puis en s’en fout, j’vais juste te tabasser la gueule à mort et t’buter !

-Quel langage… Terreur, j’avais une meilleure estime de toi, mais c’est sûrement pour cacher ton identité. Il n’y a personne pour nous voir, qu’attends-tu pour utiliser tes sorts plutôt que cette épée surdimensionnée ? »

Une violente colonne de flamme le catapulta au-dessus du vide, et l’Oblitérateur frappa Netal à la tête, le jetant dans le trou, qui se referma aussitôt. Ancrona toussa.

« Ce n’était pas moi, ton ennemi ?

-Netal n’est plus, l’équilibre est rompu. Je vais pouvoir t’anéantir l’esprit serein. »

Le mage du temps frissonna. Il n’était pas de taille face à cet adversaire, et les flammes, ce n’était pas lui. Sa coéquipière, visiblement Lucy, était encore tapie dans l’ombre à attendre son heure. Il fallait fuir, mais comment ? De toute façon, pourquoi ? Il n’aurait jamais assez de puissance à l’Auréole Ardente pour combler un tel retard. A moins que… Il sourit.

« Tu m’as donné un sacré idée, avec ta violence. Je vais presser un peu les choses, de mon coté. Quant à toi… Que ces salles m’aident ! »

Rien de bougeant. Ancrona était stupéfait, mais tout bien réfléchit, c’était cohérent. Il voulait ralentir l’intrus grâce à ses salles, qui étaient faites pour repousser les indésirables. Mais l’intrus n’en était pas un, sa présence était voulu. Quoi de plus normal pour Terreur, clairement du domaine divin. Ce n’était pas comme Netal, qui n’avait pas l’accord des dieux pour être ici. L’Oblitérateur l’avait, lui. Celui-ci dit :

« L’étau se resserre. »

Le sol trembla. Puis un homme élancé apparut soudain à coté du guerrier noir, qui sursauta.

« Qui va là ? »

L’homme lui donna un coup de boule et le mit au tapis. Il dégaina un katana immense, plus de deux mètres. L’Oblitérateur dégaina son arme, d’où il tenait son nom.

« Tu pense lutter contre l’Oblitération ? Mon arme est divine, c’est Satan qui me l’a donné. Je vais te briser. »

Mais il pensait :

« Ce mec a encore plus d’allonge que moi. S’il est rapide, je ne pourrais rien éviter. La salle est grande, il n’est pas entravé par le décor. Sa grande lame doit avoir beaucoup de force et est sûrement très rapide. Je ne pense même pas l’effleurer. Et ce coup de boule si puissant… Qu’est-ce qu’on a réveillé dans ces salles maudites ? »

Les deux guerriers commencèrent l’affrontement. Comme il le pensait, le guerrier noir ne parvenait pas à toucher son ennemi. Aussi rapide que Sarasin, mais plus de portée. Il perdait son avantage unique, cet ennemi était un véritable anti-bourrin. Il esquiva un coup, le mur fut tranché net, sans fissure. Un mur en granit, parcourut de filin de titane représentant des runes quelconques. Quel tranchant et maniement. L’Oblitérateur cria :

« Woooooh ! »

L’Oblitérateur frappa de toutes ses forces et manqua sa cible, mais l’impact qu’il fit sur le sol fit vibrer la salle si fort que son adversaire perdit l’équilibre. Il en profita donc pour le frapper en plein torse. Dommage qu’il ne put mettre toute son énergie, mais cela suffisait. Son adversaire était en sang, à genou sur le sol. Il disparut.

« Et un de moins, au suiv… »

Il prit un coup tranchant dans les cotes. L’armure divine était percée, sans effort.

« Que ? »

A la gorge, maintenant, l’Oblitérateur ne comprenait pas. Une vague de glace balaya la pièce et découvrit une silhouette.

« Bon sang, ce type est devenu invisible ! »

Torrent de flamme, plus rien. Ce sort de zone avait été évité, cela semblait pourtant impossible.

« Où est Ancrona ? S’enquit l’Oblitérateur.

-J’ai dû le laisser filer pour éviter que tu clamses ici. Il faut battre cette chose, puis repartir. »

Le sol se fissura, et une vague d’énergie bleue en sortit.

« Netal est toujours vivant ! Il revient, et il est pas content ! Retraite ! »

Les deux combattants en armures noires partirent vers l’obscurité de la zone, puis s’échappèrent et ces lieux hostiles. Le sol fissuré se referma, et la voix de Netal résonna :

« Non ! Je ne resterai pas prisonnier bien longtemps : Vous retardez l’inévitable ! »

 

 

 

 

 

La guerre est proche

 

                Quasiment toutes les sectes étaient tombées. Désormais à l’abri de Netal, grâce à Ancrona, l’Auréole Ardente avait cessé de se cacher et sa réputation faisant trembler le monde. Mais malgré ces nouvelles réjouissantes, Ancrona avait déclenché une réunion d’alerte.

« Ecoutez, nous sommes les meilleurs de ce continent. Mais sur l’autre, il y a Netal. Nous sommes particulièrement sous-armés et impuissants face à lui. J’ai put obtenir un répit, mais il reviendra à la charge très vite. Il faut faire quelque chose, et vite !

-Netal est une puissance qui nous dépasse. Soupira Rubis. Qu’il reste chez lui, je reste chez moi. Il n’est pas à notre portée, et rien n’y changera.

-Ne sous-estime jamais ce que tu peux accomplir. Il faut toujours croire, et rien n’est impossible.

-Meh, c’est Netal. »

Ancrona tapa du poing sur la table.

« A ton âge, ton père avait la moitié du quart de ta force ! C’est un guerrier tellement médiocre que tu l’aurais battu en lui jetant une pierre ! Il est devenu une force de la nature ! Une incarnation de la puissance et de la destruction !

-Mon père était un demi-dieu. Gémit Rubis. J’suis un être humain, moi.

-Et le phénix, c’est une carte à collectionner ? T’as de quoi t’élever à ce niveau, donne-t-en les moyens ! N’abandonne jamais. Si tu comptes te satisfaire de ce que tu es maintenant, je prends le direction de l’Auréole Ardente et je te relègue au rang de soldat.

-J’aimerais bien voir ça. Netal est plus fort que toi, plus fort que n’importe qui qui respire sur cette planète !

-Tu…

-C’est Netal, merde ! Ce mec n’a pas de limite ! Moi j’en ai ! Il a une puissance illimitée ! A chaque fois qu’il tue, il devient plus fort !

-L’infini, ce n’est qu’une illusion ! Il y a une limite, le nombre de personne en vie qu’il peut tuer ! Même s’il rase toute forme de vie, cela s’élèvera à deux milliards d’âmes ! C’est colossal, certes, mais pas infini ! Il y a des moyens, l’un d’entre eux est de récupéré les lames de l’Armageddon, je te harcèle avec depuis des mois, c’est pas pour rien !

-Ancrona, tu commences à sérieusement me gonfler ! Je peux pas sortir une puissance du calibre de Netal de mon chapeau !

-Pfff… Moi, je vais le faire ! »

 

                Quelques heures plus tard, Ancrona se tenait debout dans la cour du manoir, à scruter le ciel. Une silhouette passa devant le soleil et se posa devant lui. Il écarquilla les yeux et courba le dos, dépité. C’était Anadrys. Enfin, c’aurait dû être elle. Il faisait face à une fillette en robe blanche immaculée, couverte de fleurs multicolore. Seules les cornes et les ailes prouvaient qu’il s’agissait bien d’elle. Ce regard pure et innocent, ce rire de gamine énervant, ce sourire infantile et cette démarche niaise.

« Par tous les dieux ! Qu’avons-nous fait ?!

-Hi hi, bonjour Ancrona. Tu voulais me voir ? »

Methoes se posa à coté d’elle. Il ne souriait pas, méfiant, et on voyait qu’il était heureux que sa sœur redevienne comme ça. Ancrona se passa la main sur la figure.

« Anadrys… Qu’est-ce qui t’es arrivé ? 

-Je suis redevenue comme avant. Que la vie est belle !

-… Ce monde est-il donc sans pitié ? Bref, Anadrys, nous avons besoin de toi. Ca peut te paraître bizarre car nous réussissons à restaurer le paix, mais un grand conflit approche et une combattante de ton calibre n’est vraiment pas de refus !

-Ah non alors ! Fit-elle. Je refuse de me combattre, j’ai juré d’arrêté !

-Mais… »

Methoes posa une main menaçante sur la tête d’Ancrona.

« Elle a dit non. Tu nous as fait venir juste pour ça ? Alors on va partir, et t’as pas intérêt à nous déranger pour ça encore une fois. »

Le mage du temps de dégagea.

« Toi ! Ta sœur était une foudre de guerre, et tu l’as transformé en peluche vivante ! Quel genre de monstre es-tu pour briser un potentiel pareil ?!

-Que le potentiel aille au diable, ce ne sont pas nos compétences qui tracent notre destin, ce sont nos choix.

-… Anadrys, laisse-moi juste te dire une chose. Après, tu pourras partir. Tes habilités aux combats de sont pas une qualité. C’est un don. Si tu ne les exploites pas, tu craches au visage de toutes les vies que tu aurais pu sauver ! Un don est fait pour être utiliser, pas gâcher pour mener une vie de fleur et de poney arc-en-ciel ! Des gens meurent tout les jours, et des milliers mourront bientôt, dont nous, si tu restes assise les bras croisés ! Bienvenu dans le monde des humains, ma vieille ! Si tu n’as aucune pitié pour nous, nous n’en aurons aucune pour toi. »

Elle hésita, mais Methoes reprit le dessus.

« Ta propagande est du venin est tes paroles sont du poison ! Comment oses-tu demandé à une fille aussi innocente de se battre pour toi ?

-Innocente ?! T’étais pas là quand elle déchirait les entrailles de ses ennemis par pur plaisir ! Ta sœur, c’est Anadrys l’assoiffée de sang !

-Laisse le passé derrière toi, tu ne vois pas qu’il n’y a plus de flammes dans son regard ?! Sa souffrance s’est enfin éteinte, grâce à moi, son frère. Il n’y a dans ses yeux que de la lumière. »

Il prit sa sœur par la main et déploya ses ailes, puis ils partirent dans les nuages.

« Elle ne va pas au-delà de ce qu’elle peut voir. »

 

                Il alla voir Yrion dans sa citadelle, à moitié déserte. Il passa devant les gardes qui le saluèrent tellement respectueusement qu’il fut gêné, et arriva dans les appartements privés du roi.

« Chronoseigneur Yrion, vous êtes là ?

-Maître ? Que puis-je pour vous ?

-J’ai besoin de prendre de l’avance sur Netal, et j’ai peu de temps. Pour le moment, il me faut Anadrys dans mes rangs, mais cette gamine est devenu une fille de bonne famille, absolument inexploitable, révulsée par la vue du sang !

-Anadrys ? On parle bien de la même ?

-Oui. Ce Methoes… Peu importe où, quand et comment, mais je lui ferai payer.

-On pourrait faire se rejoindre ces deux objectifs. Anadrys est devenue inexploitable à cause de son frère, hein ? Supprimons-le. Vous vous serez vengez, et elle reviendra dans la haine. Faites porter le chapeau à nos ennemis, et elle se joindra à vous. Poussez par la vengeance et la haine qui la caractérise, elle sera encore meilleure qu’avant.

-… Et tu trouves cette idée en quinze secondes ?

-J’ai eu un excellent professeur. Je suis le chronoseigneur Yrion, les complots sont ma spécialité. Je vous laisse la suite des opérations. 

-Je suis bien content de vous avoir dans mon camp, et pas dans celui d’en face. »

 

 

                Methoes et Anadrys s’étaient installé dans une coquette petite maison de bois perdue dans les montagnes. La mi-démone était allé chercher du bois, alors que le grand frère venait de ramener la nourriture qu’il avait chassé. Il s’étira et s’assit sur le lit bas de gamme qu’il possédait. Ancrona apparut devant lui.

« Que ?! Toi !

-Anadrys n’est pas là ? Parfait.

-Tu n’es pas le bienvenu ici. Va-t-en ou assumes les conséquences de ton intrusion.

-J’attends. »

Methoes fit apparaître ces ailes et ses cornes, ses membres devinrent plus puissants et ses mains griffues, faites pour tuer.

« Tu as réveiller le démon qui dormait. Prépare-toi à mourir ! »

Il donna au mage du temps un immense coup de griffe en plein visage. Celui-ci tourna juste la tête à cause de la puissant, puis se frotta les légères entailles qu’il avait à la joue.

« Ca fait presque mal. »

Il donna au démon un coup de bâton dans le ventre. Mais les os se brisèrent les muscles s’atrophièrent et Methoes tomba à genou. Sa peau semblait fondre, sa vue baissait, son ouïe diminuait.

« Quel est ce sortilège ?

-C’est triste de vieillir, n’est-ce pas ? On était fort, puis on devient faible, puis ridicule. Assisté, incapable de marcher, de se lever, de parler. Un boulet pour son entourage, un boulet dont personne ne veut. On devient sénile, on rapetisse, le dos se courbe, la volonté s’érode. Et tout ce qu’il reste de nous, c’est un squelette fragile dont il faut se débarrasser. »

Methoes ressemblait à un vieillard, ridé et édenté. Il ne pouvait plus bouger, marmonnant n’importe quoi. La vie quitta son corps, et il se putréfia à grande vitesse. La peau, puis la chair disparut. Les organes furent emportés par le flux du temps. Tout ce qu’il restait de Methoes, rare survivant de la crise d’Ifaq, c’était un squelette ailé. Ancrona grava dans l’os un œil malveillant, rayé deux fois. C’était le symbole de Netal. Il entendit Anadrys revenir, sourit, puis disparut.

 

                Peu après, Anadrys retourna à l’Auréole Ardente. Le visage caché par les cheveux, trainant le squelette de son frère. Elle regardait le sol, sans rien dire. Sans émettre le moindre son. Pourquoi le destin lui volait-il impitoyablement ses moindres instants de bonheur ? Elle arriva dans la cour et lâcha le squelette. Rubis se précipita vers elle en voyant la scène.

« Anadrys ?! Qu’est-ce qui se passe ? Qui c’est ?! »

Elle déploya ses atouts de démon et le saisit par la gorge. Elle lui jeta un regard à la fois furieux et glacial.

« Netal a fait assassiner Methoes. Mène-moi à lui, ou je t’anéantis.

-Je sais pas… Où il est… »

L’Endeuilleur intervint et tenta de la forcer à lâcher prise. Elle le jeta à terre d’un coup de pied.

« Considérez qu’Anadrys l’assoiffée de sang est de retour. Le sang de mon frère réclame vengeance, je tuerai Netal, même si pour cela je dois le payer de ma vie. »

Ancrona arriva à son tour, les bras croisés.

« Tu viens à nous car tu n’as personne d’autre vers qui te tourner. Netal est notre ennemi, mais pas notre priorité. Si tu veux avoir ta vengeance, il va te falloir te soumettre aux règles.

-Quelles sont-elles ?

-Être notre soldat, ne combattre que sur notre ordre. Ce genre de banalité. On ne veut pas d’une insubordonnée dans nos rangs, c’est tout. Le reste, tu fais ce que tu veux.

-Je n’ai pas d’ordre à recevoir de vous. Je ne me souviens pas avoir demandé votre avis. J’agirai comme bon me semble, quitte à vous éviscérer s’il le faut. Je ne suis pas venu pour négocier, je suis venu vous menacer. »

Son ton glacial devenait de plus en plus agressif.

« Je ne suis pas venu m’engager dans une guerre ! Je suis venu pour vous obliger à m’aider, pour tuer Netal ! Pour venger mon frère !! »

Elle jeta Rubis, qui suffoquait, et prit Ancrona par le col de sa tunique.

« Tu sais où est Netal, dis-le-moi ou je te tue !

-C’est moi qui dicte les règles, ici.

-J’ai les moyens de te faire parler ! »

Elle dégaina un kriss. Ancrona ne paniqua pas, et lui répondit :

« J’ai les moyens de te faire taire. »

Jade saisit Anadrys par le bras et la plaqua au sol, la menaçant de ses doubles-lames.

« T’es dangereuse, dit-elle. Je n’hésiterai pas à te tuer, si c’est nécessaire. »

La demi-démone se dégagea violement et manqua de crever un œil à Jade, qui récolta tout de même une entaille profonde en dessous.

« Vous tous ! Je n’ai que du mépris à votre égard ! Vous prétendez vous battre pour le bien, mais vous ne faites que tuer des gens ! Je ne vous ai jamais vu dans la rue, à secourir les plus démunis ! Vous n’êtes que des monstres, comment osez-vous me regarder comme si c’était moi, le bourreau ! Je ne suis que la victime ! J’ai perdu ma ville, mes amis, mes racines ! Et à cause de votre conflit avec Netal, il a tué mon frère, mon dernier soutien ! A cause de vous, je ne le reverrai plus jamais ! Plus jamais ! »

Elle poussa un hurlement de rage. Un cri de désespoir jeté à la face du monde, fait de rage, de rancune, de tristesse. Et il sembla que le monde y répondit. La foudre apparut, le vent se leva. Une tempête artificielle se forma, cachant le Soleil. Le cœur du cyclone était Anadrys. Et devant elle, arriva l’avatar de la rancœur. Toute la haine du monde concentré en un seul homme : Netal. Son regard noir capable de tuer, sa malveillance. Cette aura malsaine.

« Je n’ai pas tué ton frère. Pourquoi l’aurais-je fait, tu te tenais tranquille avec lui. C’est moi qui l’est envoyé te retrouver, pour entraver les rangs de l’Auréole Ardente par ton absence. Quelle idée stupide de le tuer. Mais si tu veux voir la vérité, je peux te la montrer. Es-tu seulement capable de la voir ?

-Qui a tué mon frère ?!!

-… Regarde. »

Il invoqua l’âme de Methoes. Il était comme fantomatique, sans ailes, serein. Puis se dissipa pour laisser place à la scène où, dans sa maison de bois, Ancrona arriva. Les dialogues, la transformation de Methoes, le sort d’Ancrona qui le tua, la marque qu’il avait gravé. Le sourire quand Anadrys arriva. Puis la scène disparut. Netal reprit :

« Ce n’est pas moi qui ait assassiné ton frère. C’est lui ! »

Il pointa Ancrona d’un doigt accusateur. Anadrys se rua sur lui, mais le mage plia le temps à sa volonté, et esquiva largement.

« … Je suis découvert. Netal, tu m’impressionnes de plus en plus. Tu es sorti des limbes encore plus vite que je l’aurai cru. Et encore plus puissant. Rubis, j’imagine que tu me juges mal pour ce que j’ai fait. Mais c’était le seul moyen de rallier Anadrys, dont nous avions besoin pour combattre l’assaut imminent de Netal. »

Ce dernier le coupa.

« Tu es le seul à voir un…

-Ne ronds pas ton serment. J’aurai beaucoup de chose à dire sur toi. A dire à la Lumière, par exemple. Ou ici, sur-le-champ.

-Soit. Poursuis donc.

-J’ai échoué, puisqu’Anadrys ne sera jamais avec nous… Mais vous êtes avec moi, ou vous êtes mort. Anadrys ! »

Il prit son bâton et invoqua un sort bleu.

« Si tu ne me sers pas, il ne me reste qu’à te tuer ! Paradoxe temporel ! »

Il jeta le sort qui fusa à une vitesse incroyable. Mais Netal s’interposa et dévia le sort.

« Désormais, elle m’appartient. »

Il tendit sa main à Anadrys, qui la prit, puis qui disparut.

« La voila chez moi, maintenant. Je me demande franchement comment tu vas rattraper un tel retard. Tu n’as que Rubis, Améthyste, et l’Endeuilleur. C’est pathétique.

-T’oublis pas quelqu’un ? Lui jeta Jade.

-Toi, le prototype raté, on t’a pas sonné. J’ai bien fait de me concentré sur Anadrys et pas sur toi. Même gorgée de ma puissance, tu es incroyablement faible. »

Il tendit la paume vers elle, ce qui la jeta contre le mur du manoir et l’assomma, faisant une traînée de sang derrière sa tête. Netal dissipa la tempête et disparut avec. Rubis allait parler, mais Ancrona le coupa :

« Si c’est pour tes reproches, garde-les. J’ai très bien vu que tu aurais voulu les tuer, tout les deux, pour classer définitivement l’affaire Ifaq. J’assume cet échec mais à ma décharge, c’était impossible à prévoir, même pour moi. Trouve plutôt une idée géniale pour nous sortir de ces problèmes. Moi, je suis en rupture de stock. »

Cette réplique s’enfonça comme une lance dans le cœur de Rubis, mit devant sa propre cruauté. Ce qu’Ancrona avait fait, il l’aurait fait aussi. Il laissa ce problème de coté et chercha une solution : 

« … J’ai encore une carte à abattre. »

 

 

                Plusieurs jours après l’incident, un messager avec un tabard bleu arriva à l’Auréole Ardente sur un cheval. Il mit pied à terre et la monture alla d’elle-même aux écuries. Jade, qui glandait à moitié assoupie contre le mur, se réveilla complètement et alla le voir.

« T’es qui, toi ?

-Hm… Je suis à la recherche d’Arthémis Gaeh, réside-t-il ici ?

-Ouais, tu lui veux quoi ?

-C’est très personnel, je ne peux vous le dire. Il en va de l’avenir de Wyrim.

-D’accord, j’vais le chercher… »

Elle se passa la main dans les cheveux et alla voir le général en question. Celui-ci alla à la rencontre de l’arrivant, et Jade ne refit plus surface. Il demanda :

« Vous désirez me rencontrer ?

-Enfin un vrai Wyrimiem. Arthémis Gaeh, c’est un honneur de vous rencontrer.

-Le plaisir est partagé. A votre sourire radieux, vous êtes porteur de bonnes nouvelles. Quelles sont-elles ?

-Il y a un léger conflit dans votre terre natale. Depuis que les résidus des Arches sont disparus, la nation est sans roi. Et la famille Gaeh a été appelé à régner. Bien sûr, cela ne fait pas l’unanimité, mais toujours est-il que votre mère vous demande pour que vous preniez le trône, si les autres vous laissent y accéder.

-C’est intéressant. Je vais en référer mon supérieur, attendez-moi là je vous prie.

-Quand vous serez roi, si du moins vous y arrivez, vous n’aurez plus de supérieur.

-Si je suis roi, ma première action sera de lui prêter allégeance. J’en grand foi en lui. »

Le message s’inclina respectueusement. Arthémis alla chercher Rubis qui le raccompagna jusqu’au messager, suivit de Jade, curieuse. Ils commencèrent un débat politique dont elle était écluse, et elle ne tenait pas à y participer.

« Les conflits politiques vont durer un moment, dit Arthémis, mais je pense avoir le légitimité suffisante pour accéder au trône. Je vous tiendrai au courant par lettre, je pense que je serai roi d’ici quelques mois. Ce fut un privilège de vous servir, seigneur Rubis. »

Il s’inclina avec la grâce des Wyrimiens. Jade haussa les épaules, Rubis était ravi d’avoir bientôt un allié aussi puissant. Lorsque les Wyrimens furent partis, elle dit :

« C’est ça, ta carte à abattre ?

-Non, c’est un événement imprévu et bénéfique. J’ai appelé quelqu’un que tu ne connais pas.

-Et il arriva quand ? »

Une dague surgit sous sa gorge.

« Je suis déjà là. »

Elle hurla, frôlant la crise cardiaque, et se retourna toutes armes sorties. Rien. Elle regarda Rubis, écroulé de rire. A coté de lui, un grand homme avec une jambe amputé. Il avait des béquilles, un bandana rouge sur la figure, une tenue d’assassin et des dagues et épées à la ceinture.

« Qui êtes-vous ? »

L’homme disparut et elle se retrouva jetée à terre, face écrasée sur le sol.

« Un peu de respect envers ce qui fut l’homme le plus puissant du monde.

-Plus que Netal et le Seigneur-croc ?

-Nan, c’est pas des humains ça. C’est des demi-dieux. Au fait, t’as remarqué qu’un infirme t’a étalé ? »

Il la lâcha et se releva à l’aide de ses béquilles.

« Tu m’as demandés mon identité, je vais répondre. Je suis Sarasin, bras droit du Seigneur-Croc. Et si je t’ai aplati la gueule, c’est parce que t’as essayé de buter Rubis et Améthyste. »

Elle se remit debout en grommelant.

« Je passe mon temps à me faire battre en ce moment, je dois être nulle… »

Elle croisa les bras en boudant. Surpris, il s’approcha en disant :

« Euh… C’est pas ça, tu es… »

Elle bondit et lui donna un violent coup de pied dans son dernier tibia.

« Comme si j’étais capable de dire des conneries pareilles ! Quand je pense que j’ai piégé le meilleur assassin du monde, je suis une déesse ! »

Attirés par le raffut, Ancrona, l’Endeuilleur, Améthyste et le Ténébreux les rejoignirent.

« Ténébreux, dit Rubis, comment est la situation en empire Otrajyd ?

-Plutôt bonne, pourquoi ?

-Penses-tu que tu puisses en devenir le souverain ?

-Impossible, je ne suis pas un pantin. Mais je peux tirer les ficelles. Le problème, c’est que c’est pas d’ici que je pourrai le faire, je devrais retourner au bercail. Et encore, ça prendrait du temps.

-Il faudrait que tu fasses ça, Arthémis a été appelé à régner en Wyrim. Notre influence va grandir et on va en avoir besoin.

-Eh bien, à vos ordres ! A dans quelques mois. »

Il retourna dans sa chambre faire ses bagages. Ancrona lança :

« Je suis content de pas avoir raté ça. Il faut arrêter Netal, et nous n’en sommes pas capables pour le moment. Mais je connais des méthodes pour…

-C’est qui, ce mec ? Demanda Sarasin en le pointant du doigt.

-C’est mystério, répondit Jade. Alias Ancrona. Un mage du temps. D’ailleurs, il faudrait que tu te présentes.

-Moi, je suis Sarasin, bras droit du Seigneur-Croc. »

Tous furent soufflés par la nouvelle.

« Sarasin ?! Fit l’Endeuilleur. La lame de l’ombre ?! T’étais mort !

-Même pas vrai ! Répondit Sarasin d’un ton gamin. Je ne suis jamais mort, je suis allé en enfer de mon propre chef, attendant l’heure de ressortir. Rubis avait besoin d’aide, alors j’interviens. Mais j’ai une jambe en moins, quasiment toute ma force a disparu. Sans agilité, un assassin n’est rien. Mais je vais transmettre tous ce que je sais. Jade, je t’ai choisie.

-Kézako ?

-Un génie du combat tel que toi, c’est rare. Tu es une excellente super-soldate, mais c’est encore mal dégrossi. Je vais te former. Ancrona, j’ai entendu dire que tu allais former l’Endeuilleur, je te laisse faire. Pour ce qui est de Rubis, j’ai une petite idée. Le défi, c’est Améthyste. Je sais absolument pas ce qu’on va faire d’elle.

-Traite-moi de boulet, tant que t’y es. Dit-elle blasée.

-Nan c’est pas ça, mais le vaudou, c’est franchement pas mon rayon. Une magie oubliée, a comporte des risques. Et celui là est violent : Comment on t’aide, hein ?

-Je sais où je peux progresser. Mais du coup, là on s’arrête ? On se sépare pour s’améliorer chacun dans notre coin ?

-Pas vraiment, mais un peu, oui. Rubis, ton phénix est inexploité. Faible. Pathétique. Il existe un sanctuaire ou tu pourras atteindre le summum de sa puissance : Le cœur du phénix. Ce lac se trouve en Wyrim, je te montrerai sur une carte. »

Il acquiesça.

« Une fois que vous aurez acquit la puissance nécessaire, nous irons dans les terres Oubliées. Là-bas, nous obtiendrons les lames jumelles de l’Armageddon, qu’on donnera à Ancrona puisqu’il compte en faire quelque chose.

-Sarasin. Dit le désigné. Après ton combat contre la Lumière, tu as caché un anneau, un fragment de la stèle. Il me le faut.

-C’est non. Cet objet est trop puissant, je ne peux pas prendre le risque que tu crèves avec et que tu le refiles à l’ennemi. En plus, plus on est fort, moins on gagne de puissance. Avec des lames de l’Armageddon, tu gagneras assez. »

Ancrona soupira.

« D’accord, d’accord… »

Sarasin jeta un regard à Rubis.

« Quand tu auras atteins le cœur du phénix, il faudra que tu accèdes au trône de Koljeizer. Partez tout de suite, Ancrona et l’Endeuilleur resteront pour veiller sur l’Auréole Ardente. 

-Non ! Dit Rubis inconsciemment.

-… Quoi ? Un problème ?

-Un… Un cri du cœur. Je ne veux pas partir tout de suite. »

L’assassin sourit.

« C’est sûr, Améthyste ca te manquer.

-On s’en fout ! S’insurgea Jade. Il faut faire vite, le destin du monde…

-Le destin du monde attendra. Il faut du temps pour les gens qui s’aiment. Trancha Sarasin. Tu devrais suivre leur exemple.

-Quewa ?! Cria-t-elle en rougissant. Je ne…

-Tu es bien naïve si tu penses duper un assassin de mon calibre. Je t’ai regardé depuis les enfers, alors je sais tout. Mais même, pendant les dix minutes pendant lesquels nous avons parlé, j’ai déjà tout percé. Rubis avec Améthyste, Jade avec l’Endeuilleur…

-Même pas vrai !

-Arthémis lutte pour son honneur et sa famille, le Ténébreux sert son peuple, Ancrona est orgueilleux mais sait prendre son temps. Une qualité rare. Je devine tout, les regards en coins en disent plus long qu’un discours à cœur ouvert. Une mimique sur le visage, un tremblement. Il n’y a rien que vous puissiez me cacher. Je peux lire la terreur sur vos visages, désormais. C’est vrai qu’il est terrifiant de savoir qu’on ne peut rien me cacher. Du mépris chez Améthyste, de l’admiration chez Jade. »

Sarasin adorait ça. Il se mettait sur un piédestal tout en imprégnant ses compagnons de terreur. Il s’assurait ainsi le respect, la crainte, et une réputation écrasante.

« Assez parlé. Les amoureux ont encore une soirée, les autres, en route. Tu viens, Jade ? »

Elle resta figée sur place.

« Mauvaise foi. »

 

 

 

 

 

L’unification de Wyrim et la volonté du Conseil

 

                Arthémis arriva à son manoir, perché dans les montagnes de Wyrim. Il était bien plus grand que celui du royaume d’Okeud. Celui-là avait quatre ailes, chacune ayant six étages. Il fut accueillit par sa mère, qui se jeta dans ses bras.

« Mon fils ! Comme je suis heureuse de te revoir ! »

Bien qu’Arthémis soit assez grand, sa mère l’était encore plus. Deux mètres, tout en étant fine et élancée. Elle avait une coiffure d’aristocrate, un chignon à la mode dans ce monde. Arthémis détestait ça, il préférait amplement sa propre coiffure, cheveux longs simples, légèrement bouclés naturellement, qui dépassait de son casque quand il en portait un.

« J’ai répondu à votre appel, mère, ainsi qu’à celui de mon pays. Il nous faut un roi, qui unifiera enfin notre peuple divisé par les Arches.

-Chaque chose en son temps, mon fils ! Laisse-moi profiter de ta présence !  Je me sens si seul depuis que ton père nous a quitté. »

Le père d’Arthémis était un guerrier tombé au combat. Malgré ses actes héroïques pour la nation Wyrim, il fut oublié. Parce que c’était un Gaeh. On ne l’avait pas jugé pour ce qu’il avait fait, mais pour ce qu’un ancêtre infiniment loin avait fait. Un homme avait déshonoré les Gaeh, et ils en payé toujours le prix. La mère et le fils entrèrent dans le manoir et s’assirent autour d’une grande table. Immédiatement, des serviteurs vinrent les servir, déposant dans l’ordre les sets de tables, les trois pairs de couverts en argent, les assiettes en porcelaine, trois  verres en cristal par personne, puis les serviettes en soie, puis une petite assiette pour l’entrée, et encore une autre. Si le Ténébreux avait été là, il aurait dit « Eh, on est que deux ! » ou « C’est quoi ces trucs ? J’vais les péter par erreur ! ». Mais il n’y avait là que des bourgeois de hauts niveaux. Il y avait même deux violonistes et une harpiste pour leur jouer de la musique pendant leur repas.

« Quelles nouvelles du pays ?

-Il y a une autre prétendante au trône.

-C’aurait été trop facile. Qui est-il ?

-Est-elle. Il s’agit d’une femme. Mais j’espère que tu n’imagines pas une femme comme moi. Elle est violente, orgueilleuse, et surtout elle haït notre famille. Toute cette affaire ne sera qu’un débat dont le gagnant se verra désigné roi de Wyrim. Qui convaincra le peuple. Soit nous, la famille qui l’a toujours protégée à toutes les époques sans jamais faillir. Ou elle, une femme pour le moins… Inattendue. On ignore tout d’elle.

-Si c’est un concours de bonne foi où la vérité triomphe, je serai en première ligne. Mais j’ai peur que le gagnant soit la meilleure langue de vipère, un manipulateur aux mots tranchants comme des rasoirs.

-C’est aussi ce que je crains.

-Si c’est cela, je peux faire appel à quelqu’un de sournois. Mais c’est un dernier recours. Je pense à Yrion, l’actuel roi d’Okeud. Sa langue fourchue est maniée avec une habilité diabolique.

-Nous n’aurons jamais trop d’alliés. Mais essayons de régler le conflit nous-mêmes. Nous devons la rencontré lors d’un débat populaire.

-Que la vérité triomphe. »

 

                Après avoir fini le somptueux repas, ils se dirigèrent vers la capitale, Kelbézyn. Debout sur l’estrade, un véritable spectacle comique les y attendait. Une femme en habits de peaux de bêtes, équipée d’un casque de métal, avec un fléau en acier et un bouclier de bois renforcé au fer. Arthémis ne put masquer son fou rire.

« Vous êtes ?

-Je suis Sartey. Vous semblez vous moquer de ma tenue.

-Reconnaissez que vous êtes en habit barbare. Nous ne sommes plus des clans, nous sommes une nation unie ! Votre accoutrement est une insulte à notre savoir vivre.

-Alors sachez que, depuis toujours, nos traditions veulent que ceux qui sont appelés à devenir chef se battent en duel dans ses tenues traditionnelles. Nous nous battrons verbalement, mais j’ai choisi cet habit cérémonial par respect par nos coutumes. Vos médisances envers ma tenue vestimentaire sont des blasphèmes contre ce pays !

-Laissons le passé où il est. Nous sommes dans une nouvelle époque. Seul le futur m’intéresse, laissez les morts reposer en paix.

-Vous oubliez le passé pour ne pas évoquer ce que famille a osé faire. C’est une honte que vous respiriez encore. Votre existence même est une ignominie. Je me bats au nom de mes ancêtres, pouvez-vous en dire autant ?

-Oui ! Répondit fermement Arthémis. Je peux vous citer dans l’ordre tous les protecteurs qui ont existés dans ma famille depuis plus de deux milles ans ! Aucun n’a jamais été oublié par les miens ! Un seul s’est détourné de sa voie est a répandue la mort autour de lui. Un seul, sur exactement 9 831 membres de ma famille qui ont lutté pour ma famille.

-Toutes les vies que vous avez sauvé, cela n’égal pas le nombre de vies prises. Six milliards de vies ! Pouvez-vous l’imaginez ? Non, l’esprit humain n’est pas fait pour pouvoir imaginé de telle quantité.

-Que pouvez-vous apporter à ce pays, Sartey ? Vos traditions arriérées ? Peut-être votre honneur inutile, ou allez-vous ressortir une vieille histoire de votre chapeau ?

-Je vais vous en raconté une. Je suis la descendante d’un clan très ancien, qui avait passé un pacte avec un groupe de mages très puissant. Ce pacte est toujours d’actualité, je suis allé les voir sur le chemin de Kelbézyn. Voila ce que je vous apporte, le soutien d’une magie oubliée et surpuissantes !

-Quel est ce groupe ?

-Le Sang des Dragons. »

Tous frémirent. C’était effectivement des mages surpuissants, maniant un grand nombre de sorts, tous variés. S’il était possible de les rallier à la cause du pays, il obtiendra un grand soutien. De plus, ils avaient souvent lutté pour leur pays. Plus qu’un soutien, c’était un honneur. Arthémis ne se démonta pas.

« Moi, je vous apporte le soutien de l’Auréole Ardente. J’ai servi comme général sous les ordres direct de Rubis en personne. L’Ange de Feu est prêt à nous offrir son aide ! »

La réputation du Phénix et de l’Auréole Ardente n’était plus à faire. Mais Wyrim était un pays très conservateur, et il se tournerait plus volontiers vers un groupe de mages ancestraux que vers une jeune organisation, aussi puissante soit-elle.

« J’ai dit ce que j’avais à dire. Lança Sartey. J’ajouterai seulement que je haïs votre famille, Arthémis Gaeh. Je vous haïs, vous, et tout ce que vous représentez. »

Il ne répondit pas. A ce stade, le mépris était la seule réponse. Il quitta la place, furieux à l’intérieur. Mais un vrai Wyrimien ne laissait jamais paraître ses émotions. Il se contenta de soupirer en rejoignant sa mère.

« Sartey joue sur des traditions désuètes. Dit-elle. Et notre peuple est trop nostalgique de l’Ancien temps pour te préférer. Nostalgique d’un temps qui n’a jamais existé ! Le temps de ces traditions, c’était la guerre des clans, et les assassinats de couloir !

-Il faut prouver que l’Ancien temps était un fléau, et non un paradis. Seul Yrion pourrait y parvenir.

-N’abandonne pas si vite ! Il n’y a eu qu’une entrevue !

-J’ai peur de perdre la prochaine. Autant ne pas prendre de risque. »

Un carrosse vint les chercher, et les ramena au manoir.

 

 

                Le nouveau débat entre Arthémis et Sartey battait son plein. Entre les hurlements de la foule, qui encourageait soit l’un, soit l’autre, et les deux rhéteurs qui argumentaient sans fin, l’ambiance était assourdissante. Sartey prônait que la famille Gaeh était corrompue, et qu’elle représentait un danger, ainsi que l’Ancien Temps avait fait ses preuves pendants cinq milles ans avant d’être interrompu par l’Archempereur. Arthémis répondait que sa famille n’avait rien à se reprocher depuis longtemps, que l’Ancien Temps s’était fini pour une bonne raison, et qu’il était hors de question de faire une telle régression. Mais Sartey avait l’appuie de la nostalgie, alors que la jeune Auréole Ardente restait un argument peu convaincant. Il tournait en rond depuis un moment, vaincu. Sartey le railla : 

« Vous n’avez rien à ajouter ? Vous n’êtes plus capable de défendre votre famille et vos amis ? Comment pourriez-vous défendre un pays ! Vous n’êtes qu’un incapable ! Laissez les esprits de nos ancêtres gouverner ce pays, et retournez à votre ermitage dans vos montagnes. Et si possible, ne faites plus de génération corrompue. Nous en avons assez de vous. »

Elle avait conquit la foule. Tout le monde se moquait du bougre en armure. Il n’avait donc pas rétabli complètement l’honneur de sa famille.

« Quittez ces lieux, être infâme ! Mon règne commence ! Et je vais radicalement changer la politique de ce pays ! Commençons par rétablir les anciennes lois, qui nous ont tant aidés avant ! Notre civilisation vient de renaître !

-‘Article 91 : Une femme n’est pas autorisée à parler en public sans y avoir été invité par un homme.’ Qui vous a donné le droit de parler ? »

A l’autre bout de la scène, un livre à la main, Yrion. Le roi d’Okeud. Il continua :

« ‘Article 124 : Si une femme prend le pouvoir, elle doit alors se marier sous sept jours, puis léguer ce pouvoir à son mari.’ Je serai le témoin de votre mariage.

-Chaque règne a ses tares, mais pour mon pays, je suis prête à me sacrifier !

-‘Article 42 : Etant donné que seul un homme peut demander à être chef, seuls les hommes peuvent être habilités à porter les habits cérémoniaux de duel. Qu’une femme en porte représente une hérésie. La sanction est : L’attacher à un arbre et attendre que les bêtes sauvages la dévore.’ »

Il referma le livre.

« Et vous osez dire que c’est civilisé ?

-Je supprimerai certaines lois.

-J’ai lu ce bouquin, il faudrait en supprimer un tiers, minimum.

-Je le ferai !

-Vous mettez à la poubelle un tiers de l’Ancien temps ? Et vous enquiquiner Arthémis pour un ancêtre sur des milliers ? »

Sartey prit en main son fléau.

« Je n’ai rien à prouvé à un faible qui se targue d’être monarque ! Si vous n’êtes pas apte à lutter, vous n’êtes rien ! Venez prouver votre valeur ! »

Elle chargea en poussant un cri de guerre. Yrion dégaina sa rapière et dévia les boules de métal hérissées de pointes, fit un grande entaille saignante sur le ventre de Sartey, et enfonça sa lame dans l’épaule de la femme.

« Vous êtes visiblement le genre de personne à écouter plus fort que soi. Cela met en évidence qu’il vous manque des neurones là où se loge votre arrogance. »

Il ressortit son épée de la blessure.

« ‘Article 7 : Une blessure de bataille, duel ou affrontement ne doit pas être traitée et doit cicatriser naturellement, pour prouver la résistance du guerrier ou de la femme.’ J’ai touché l’os, si vous ne faites rien, vous perdrez votre bras. »

Sartey se releva.

« Vous nous ressortez le pire ! Mais qu’en est-il du meilleur ?

-Le meilleur ? La guerre des clans qui faisait plus de morts que les ravages du Seigneur-Croc ? Sans oublier que vos ancêtres ont tué femmes et enfants. Jamais le Seigneur-Croc n’a fait cela. »

Il avait menti. Mais qu’importe.

« Ou peut-être parlez-vous de des soins magiques uniquement vaudou ? Ca va être marrant, à la prochaine vague de peste que vous provoquerez avec votre manque d’hygiène.

-Je parle du code de l’honneur !

-Ah ! Ca ! Si une fille est violée, le coupable doit alors la prendre pour épouse. S’il refuse, la fille souillée est brûlée, sa famille se suicide pour rétablir leur honneur, et le violeur ayant refusé doit payer une dette de guerre en se battant lors d’une bataille. Une seule fois. J’adore votre code de l’honneur, vous prônez une véritable autodestruction pour la gloire. Article 67.

-Je parle de l’entraide pour…

-Raté, aider quelqu’un est une raillerie, car c’est considérer qu’il est incapable d’agir seul. Votre image de l’ancien temps est fausse. Juste fausse. Vous vous basez sur des ‘on-dit’ alors que vous ne savez rien.

-Et ma tenue ! Ce n’est pas un respect de l’Ancien temps ?

-Vous vous moquez de moi ? C’est une peau de vache. Les vraies tenues sont en peaux de panthère noire. Le casque, vous le portez à l’envers. La corne gravée, c’est à gauche, du coté du cœur. Quant au fléau, une vraie blague. Vos ancêtres se battaient… Avec des os taillés en pointes ! Os de leur famille, bien sûr ! S’ils perdaient ces armes en os, il était alors obligatoire de se trancher une jambe pour utiliser son propre fémur pour se battre. Interdiction totale de garder ces armes plus de trois générations. Votre accoutrement n’est qu’un simulacre grotesque d’une tenue cérémoniale sanctifiée, uniquement portée par de grands héros avec l’autorisation du chef. C’est un déguisement. Rien d’autre. Vous êtes une blague vivante. Un caniche à qui on a dit que son père était un loup et qui s’efforce d’y ressembler. Votre Ancien temps était le festival de la sauvagerie donc l’inceste et le fratricide étaient les numéros favoris ! Retournez donc vivre comme vos ancêtres que vous adulez, perdue dans la nature, vêtue d’un pagne, à manger votre nourriture encore grouillante ! »

Sartey était au bord des larmes. Elle s’enfuit en courant. Yrion jeta son livre et alla serrer la main d’Arthémis qui lui dit :

« Tu… Tu as joué ton rôle à la perfection. Quel rhéteur !

-Ravi d’avoir pu aider.

-Mais tu as menti, non ?

-J’ai menti en disant qu’il n’y avait que ça. Mais tout ce que j’ai dit n’est que pure vérité. J’aurai juste dû préciser que c’était il y a mille ans. Au passage, ta famille ne s’est jamais abaissée à cette barbarie, j’ai fait des recherches.

-On ne risque pas des représailles ? Avec ces sorciers, et tout ?

-Ca m’étonnerait qu’elle ose se montrer encore. Quant aux sorciers, ils ne sont pas si puissants. Leur légende est très surfaite. Je pourrai tous les tuer, mais il n’y a pas de raison de faire ça. »

La mère d’Arthémis vint féliciter le jeune roi. Celui-ci lui expliqua qu’Arthémis était son alliée, et que toutes ses insultes envers la famille Gaeh n’étaient qu’une manœuvre politique, et qu’il n’en pensait rien. Il fut invité à dîner dans le manoir des Gaeh, ce qu’il accepta avec joie, et raconta que le ténébreux aussi était allé unifier son pays.

 

 

 

 

                Le Ténébreux entra dans le palais impérial et prit directement à droite. Les gardes s’écartèrent en le reconnaissant. Il ouvrit une porte lourde en métal, et descendit l’escalier en colimaçon encore et encore. Il lui semblait qu’il allait en enfer. Au bout d’un quart d’heure à descendre les marches, il arriva enfin en bas. Il poussa les rideaux qui bouchaient la vue de la sortie et passa. Il était désormais dans une salle ronde, avec autour de lui, cinq étages où des hommes et des femmes étaient rassemblés. Cachés derrière les bandeaux qui pendaient et dans l’ombre de la pièce, ils étaient assis dans de larges sièges massifs. La seule source de lumière venait du haut, une lumière artificielle qui n’éclairait que le centre de la pièce, où était le Ténébreux.

« Honorables membres du Conseil. Commença-t-il. Si je vous ai demandé cette audience, c’est pour vous parler de l’avenir du pays. Je vous remercie de l’avoir accepter.

-Dis-nous ce que tu as à dire, et va-t-en ! Cria une voix. Tu n’as pas un statut officiel, tu n’es donc pas le bienvenu ! »

Le Ténébreux jura entre ses dents.

« Vieux fous… »

Il continua :

« Honorables membres du Conseil ! Le temps des sectes est fini ! J’ai défendu l’Empire de ses ennemis internes, au péril de ma vie. Nous devons cela à l’Auréole Ardente. Mais une autre menace est apparue. Netal. »

Il laissa passer un temps, que les murmures cessent.

« Ce nom vous est familier. Il compte assoir sa domination sur le monde, et jamais notre nation ne se soumettra. Elle ne l’a jamais fait, et ne le fera jamais. Néanmoins, aussi vaillante qu’elle soit, Netal a la force de nous anéantir. Nous nous devons de réagir maintenant.

-Et que proposes-tu ? Dit une autre voix.

-… Nous devons l’arrêter maintenant. L’Empire Otrajyd… Doit s’allier avec l’Auréole Ardente pour porter un coup décisif.

-L’Empire Otrajyd n’a jamais eu besoin de personne ! Netal peut nous battre, mais pas nous vaincre ! Nous sommes sans merci et sans pitié ! L’Empire Otrajyd est invincible ! »

Le Ténébreux soupira.

« Pourtant, nous avons de la chance de respirer. Si le Seigneur-Croc avait gardé rancune de la guerre qu’on lui a faite, il ne nous aurait jamais aidés à repousser les Arches. Sans une aide extérieur, nous aurions été exterminés par ces paladins !

-Les paladins se sont certes concentré sur lui lorsqu’il est venu, mais peut-être qu’ils ne nous voulaient rien.

-Que ce soit le cas ou non, ils auraient pu nous terrasser pour toujours, et nous n’aurions jamais pu nous relever ! Et cette fois, l’ennemi est bel et bien hostile ! Ne croyez pas dans notre fameuse invincibilité ! Nous avons des limites !

-… Le Conseil va délibérer. Retire-toi. »

Le Ténébreux s’inclina et quitta la pièce par l’autre sortie. Il ferma la porte derrière lui, et une herse s’abattit derrière. Il était piégé.

« Sécurité, tu parles. C’est de la séquestration. »

Quelque part, c’était logique. Seuls l’empereur d’Otrajyd, lui et certains agents connaissait ce conseil qui régissait l’empire entier. Il fallait être prudent. Mais cela faisait plus de trente ans que le Ténébreux connaissait le secret, inutile de l’enfermer. Au bout de plusieurs heures, la herse se leva et il put ouvrir la porte.

« Le Conseil a choisi, Ténébreux. Il est hors de question de nous allier à quelqu’un.

-Bande de vieux débris séniles…

-Que dis-tu ?!

-Vous ne réalisez pas que le monde change, et qu’il faut changer avec lui avant d’être enseveli sous les décombres ? »

A sa droite, une voix dit :

« L’Empire Otrajyd n’a jamais été vaincu. »

Il dégaina et jeta son épée dans cette direction.

« C’est grâce à moi, et moi seul, que l’empire perdure ! »

Le silence retomba. Il entendit des pas se ruer vers celui qu’il avait attaqué. Vu qu’il ne hurlait pas, il était certainement mort. Le Ténébreux savait que c’était la seule chose à faire. Les mettre devant la mort, prouver sa valeur à n’importe quel prix. Voila comment fonctionner cette nation construite dans le sang. Il dit :

« Je demande au conseil… De me nommer champion de l’empire, et de me donner assez de pouvoir pour mener cette guerre. Je n’ai que faire d’être empereur.

-Tu demandes beaucoup. Un soldat serait déjà de trop.

-Vous n’êtes qu’un groupe de vieillards terrifiés prêt à s’esquiver par derrière ! J’ai défendu notre nation pendant trente ans ! Trente ans que je vous sers de bouclier ! Vous n’éprouvez donc aucune reconnaissance ?

-… En raison de tes services, nous allons revoir notre jugement. Mais l’empire se prépare à rentrer en guerre.

-Quoi ? Contre qui ?

-Contre le nouveau royaume Wyrim.

-Nouveau royaume ? Ah ah, cet enfoiré d’Arthémis a réussi à prendre la tête. Mais pourquoi rentrer en guerre ?

-Il se trouve que les Wyrimiens nous ont provoqués. Et nous répondrons.

-… Expliquez-vous !

-Comment oses-tu nous donner un ordre !

-Du calme ! Répondit une autre voix du conseil. Une émeute à éclater en Wyrim, une certaine Sartey est à sa tête. Mais l’émeute à déborder dans notre pays, faisant de graves ravages. Mais même si le roi dit qu’il n’était pas impliqué, chose certaine, nous nous devons de réagir. Car l’empire Otrajyd réagit toujours, il en va de notre réputation. Si nous perdons notre emblème de terreur, nous perdrons tout. Le Conseil s’est toujours acharner à forger cette image, elle doit rester.

-Je comprends. Je comprends très bien. Mais Wyrim est censé devenir notre allié. Il faut trouver une solution. »

Il se mit à réfléchir. Soudain, le Conseil lui ordonna :

« Quitte la salle, je te prie.

-… Comme vous voulez. »

Il retourna dans sa prison et la herse se baissa. Il continua de réfléchir. Pour satisfaire son peuple si rancunier, il fallait au moins un assaut violent pour se venger. Arthémis ne tolérerait jamais ça, il fallait qu’il se montre digne d’être roi. Le Ténébreux ne devait pas le discréditer. Mais s’il ne faisait rien, c’était lui qui n’aurait rien. C’était le Ténébreux ou Arthémis. La herse se releva.

« Déjà ? »

Il retourna au milieu de la salle. Par terre, un pendentif jeté sur le sol. Il le ramassa.

« Ténébreux ! Dit un membre du conseil. Nous te nommons champion de la nation. Seule condition : Règle se conflit.

-… Je relève ce défi. »

Il passa le pendentif à son coup. Il entendit les sages quitter la salle. Lui, il devait remonter les escaliers. Il soupira.

 

 

                Arthémis était dans le château royal. Il était attablé avec sa mère, Yrion, et d’autres prestigieux invités. Plus qu’un repas, c’était un sommet politique. Ils discutaient de l’avenir du pays, évoquant le respect des traditions ancestrales et le besoin de se moderniser. Impossible de se mettre d’accord. Yrion dominait la conversation, ralliant toujours tout à son point de vue. C’était plus que de l’argumentation, c’était de la manipulation. Un serviteur entra avec une lettre sur un plateau d’argent, qu’il apporta à Arthémis. Il la lut.

« … Des émeutes… Frontière Otrajyd… Sartey, encore celle-là. Des représailles… Des représailles ?! »

Il leva le regard.

« Sartey a déclenché des émeutes qui ont débordé sur l’Empire Otrajyd.  Ils veulent se venger ! Et ça sera très démesuré, les connaissant. Je croyais que le Ténébreux en était le chef !

-Pas vraiment. Lui dit Yrion. Ce n’est pas comme Wyrim, avec des tribus à droite à gauche. L’Empire Otrajyd est un casse-tête politique. Tout n’est qu’affaire de manipulation, d’influence, de coup sous la table alors qu’on se sourit. Même si le Ténébreux était l’empereur, ce qui ne sera pas le cas, il ne pourrait aller à l’encontre de la volonté de son peuple. Les Otrajydiens veulent du sang. Et pas seulement, il en va de leur réputation. S’ils ne réagissent pas, ils perdront leur image de guerrier violent et inatteignable. Ils ne doivent rien laisser passer.

-Mais on ne peut pas déclencher une guerre pour de telles futilités !

-… Vous accédez au pouvoir et, comme par hasard, l’Empire Otrajyd est attaqué par une émeute de ce pays. Il doit y en avoir une tous les dix ans. Le destin fait bien les choses…

-Rien à voir, Sartey se venge de son échec face à moi !

-Tu parles ! Elle est trop stupide pour penser à si grande échelle, et elle ne précipiterait pas son pays dans la guerre contre l’Empire Otrajyd. Un complot, voila ce que c’est. Quelqu’un cherche à monter le Ténébreux contre toi… Netal. Sale fils de rien.

-Il faut absolument éviter l’incident diplomatique.

-Trop tard. Mais je connais bien ce pays, j’ai peut-être une solution. Ca ne va pas te plaire, par contre. La question est : Es-tu prêt à te sacrifier pour ton pays ? Tu…

-Oui !

-Laisse-moi finir. Tu ne perdras pas la vie. Tu y perdras bien plus. Et ta famille t’en voudra. Je vais m’expliquer. »

 

 

                Le Ténébreux avait revêtu son armure de champion d’Otrajyd. C’était comme son ancienne, mais plus belle, plus lisse, plus résistance, et quelques différences mineures comme un symbole sur le cœur. Il était investi des pouvoirs nécessaires pour conduire une armée, mais pas gouverner le pays. On lui annonça la venue d’Arthémis.

« Il est en retard. »

Il alla l’accueillir parmi les soldats Otrajydiens furieux. Ils insultaient Wyrim de tous les noms. Après l’incident, ils auront tout oubliés. Des moutons. Rien que des moutons. Le Ténébreux haïssait son peuple autant qu’il le chérissait. Il alla voir Arthémis.

« Salut, vieux. Qu’est-ce que tu viens faire ici ? »

Il n’entendit pas à cause du bruit. Le Ténébreux craqua :

« Mais vous allez vous taire, bande d’idiots au cerveau lavé ?! »

Le silence retomba. Il reprit :

« Qu’est-ce tu fiches ici, Arthémis ?

-A ton avis ? Il semblerait que nos pays aient un problème, et c’est franchement pas le moment. Yrion est avec moi, et il a une solution.

-Yrion ? Euh, bonjour.

-Bonjour, Ténébreux. Je pense pouvoir résoudre cet incident diplomatique sans faire couler le sang. Et ces soldats aveuglés par la propagande et la haine feront un public parfait. Voila ce que vous allez faire… »

 

 

                Une petite scène surélevée fut installée. Alors que les soldats et habitants curieux s’approchaient, Arthémis monta dessus. Il avait retiré son armure et était en vêtement très simple. Une chemise légère, un caleçon très long pour lutter contre le froid de Wyrim. Le Ténébreux, qui avait gardé son armure, le rejoignit, armé d’un bâton. Il lui murmura :

« Désolé, hein.

-Pas de soucis. Vas-y. »

Le champion haussa la voix et dit au public.

« Peuple de l’Empire Otrajyd ! Est-ce bien cet homme qui a fait couler le sang de nos frères ?

-Oui !! »

Il lui donna un grand coup de bâton en plein visage. Arthémis se tient le nez tant le coup était puissant.

« Peuple de l’Empire Otrajyd ! Est-ce bien cet homme qui a souillé notre honneur ?

-Oui !! »

Nouveau coup de bâton, sur le dos.

« Mets-toi à genou devant notre peuple qui t’es supérieur ! »

Arthémis s’exécuta. Le Ténébreux lui donna soudain un grand de pied en pleine figure. Il fut catapulté à terre. Le champion prit un sceau d’eau impure et lui mit sur la tête.

« Rampe à nos pieds ! »

Aveugle, il marcha à quatre pattes jusqu’à tomber de l’estrade. La foule hurla de joie devant leur vengeance assouvie. Le Ténébreux emporta la victime à l’abri des regards et lui donna une bassine d’eau pure et de nouveaux vêtements.

« Tu as été courageux. Bravo.

-… La ferme. »

Il s’essuya le visage. Le champion arracha la chemise et la jeta au feu, puis inspecta les hématomes.

« Je t’ai pas loupé, hein.

-Pour sur, ça fait mal. Mais c’est pas ça qui va me tuer, c’est tout ce qui compte. »

Le Ténébreux passa une crème médicinale sur le dos et les pectoraux d’Arthémis.

« Rah ! M’touche pas ! Je peux le faire seul ! Je te rappelle que j’ai passé nombre d’heures sur des champs de bataille. Ton passage à tabac ne m’a rien fait. J’ai juste pas aimé le coup de l’eau impure.

-Normalement, c’est du purin, tu t’en dire à bon compte. »

Il enroula son ami dans une serviette de qualité, et s’étira.

« Bon, j’imagine que mon pays est calmé. Je vais en parler au conseil, puis…

-Le conseil ?

-Mmh, oublie ça. »

Arthémis se leva et dit au Ténébreux :

« Je vais changer le reste. Du vent.

-Désolé, j’ai pas ton raffinement. Entre soldat, on s’en fout, mais d’une force. »

Il haussa les épaules et quitta la pièce. Il soupira.

« Dommage… »

Il repensa à cette carrure rigide, parsemé de cicatrice, qu’il avait massée avec la crème médicinale. Au début, il n’avait pas réfléchi. C’était une pratique très banale dans son pays. Il avait réalisé après coup.

« Arthémis…

-J’entends tout, et tu m’fais peur. Ouste ! »

Le Ténébreux s’éloigna et croisant Yrion.

« Tien, v’la l’homophobe. Tu viens me chercher des noises, dans mon pays ? Je donne pas cher de ta peau.

-Cette pseudo-homophobie n’était qu’un simulacre dont le but était politique. Je ne suis pas homophobe, seuls les barbares le sont.

-Quel but politique nécessiterait ça ?

-Je ne tiens pas à t’en parlé, autant que tu ne veux pas parler de ton conseil.

-Tu nous as épiés ?

-J’ai entendu par hasard. Je vais retourner dans mon pays, je tenais juste à te dire au revoir.

-Peuh, c’est ça.

-… Vous, les Otrajydiens, vous êtes vraiment rancunier.

-Xénophobie ?

-Abruti-phobie. »

Le Ténébreux disparut dans un tourbillon d’ombres alors qu’Yrion partit en carrosse.

 

                Il retourna au conseil. Toujours au centre de la pièce, on lui dit :

« Le peuple Otrajydien est satisfait du spectacle offert. Son honneur est lavé. Nous te félicitons.

-Pfff… Faire ça à un ami.

-Pas de place pour tes sentiments. L’amitié est sans importance.

-Ouais, ouais. J’ai fait ce que j’avais à faire, puisque vous êtes rassasiés. Vous m’excuser, j’ai pas que ça à faire.

-Ténébreux… Tu as prouvé ta valeur par mille fois sur le champ de bataille. Nous étions juste inquiets pour ce qui est de la politique, qui est un milieu délicat. Tu es allé au-delà de nos espérances. Tu n’es plus champion, tu es le Généralissime. Tu as tout les pouvoirs, tant que tu demandes la permission à l’empereur. Et mieux que tout, tu as notre bénédiction.

-Eh ben ! Je vous aurai jamais cru aussi bons. J’aurai peut-être pas dû buter l’autre, là.

-Ténébreux… Tu n’es tout de même pas en train de te rapprocher tes actes ?

-Ca va pas, non ? Je suis un Otrajydien pure souche ! Ne jamais regarder derrière soi. Toujours avancer. »

Il s’inclina et se dirigea vers les escaliers.

« Généralissime… Tu es autorisé à prendre le même chemin que nous.

-Non merci, je préfère marcher. »

 

La fratrie impériale

 

 

                L’Empire Otrajyd et Wyrim était désormais les alliés de l’Auréole Ardente, en plus du Royaume d’Okeud. Les pays les plus puissants s’étaient rangés derrière Rubis. Il avait accompli d’immenses choses, grâce à ses alliés. S’il parvenait à prendre le contrôle de Koljeizer, il aurait la majeur partie du continent. Il lui faudrait aussi le soutien d’Ondu, et il aurait tout ce que les Terres Supérieures est capable de proposer. Jyz et Lehi, ainsi que Enacy, étaient sans intérêt. Ce serait la première fois qu’un homme est à la tête de tout le continent. Mais il fallait relativiser. Avant, les Terres Oubliées étaient comme en dehors du monde. Inutile. Désormais, il devait s’y rendre pour défaire Netal. Sans quoi, sa domination du monde n’engendrerait que la mort et la tristesse. Rubis reprit depuis le début. Koljeizer. Il prit son orbe de communication qu’Améthyste lui avait fait :

« Améthyste ?

-Hum ?

-J’ai réfléchi à notre situation… »

Il lui résuma sa pensée.

« Il nous faut Koljeizer. Et seul l’un d’entre nous deux peut prétendre au trône.

-Et Jade ?

-Elle est illégitime.

-Je suis carrément adoptée. Dans le genre illégitime, on fait pas mieux. Il reste que toi !

-Non, c’est possible de te caser sur le trône. L’Impératrice Améthyste ! Ca claque, non ?

-Toi, t’as aucune envie de t’y collé.

-Euh… Oui. J’veux rester à l’Auréole Ardente. »

Il soupira.

« Et pour Okeud ? Demanda-t-elle. Yrion nous a aidé plus d’une fois, mais je lui fais pas confiance. Il faut qu’on lui prenne sa place !

-Ce n’est pas mon avis. Répondit Rubis. Autant le laisser sur son trône à Okeud.

-Et pour Ondu ? On en case un de chez nous à leur tête ?

-On n’y est pas encore. D’abord, Koljeizer. Je veux bien jouer les empereurs, si tu veux pas.

-Je vais le faire, c’est bon. Après le pays, c’est un sacré bazar sans le Maréchal.

-Tant que c’est pas la guerre civile, y’a moyen de mettre de l’ordre. Mais ça ne sera pas aussi facile de que prendre le contrôle de pays déjà organisé. »

Rubis coupa la liaison et s’allongea contre une pierre. Il sortit la carte que Sarasin lui avait fait :

« Le lac de feu… Ca devrait être là ! La plus haute montagne de Wyrim, j’y suis, et il caille. Légèrement en-dessous du sommet, j’y suis aussi. Pas de lac.

-Un coup de main ? Demanda le Phénix par télépathie.

-C’est pas de refus. J’ai beau retourner le problème dans tous les sens, y’a pas moyen. Je suis coincé.

-Le lac de feu est caché, seul ceux qui volent le voit. Va plus haut. »

Rubis monta vers le haut et regarda la montagne en dessous.

« Et ?

-T’es aveugle ou quoi ? Fais un effort ! Juste là ! La fumée ! »

En effet, une très légère fumée blanche s’échappait d’une crevasse, visible uniquement du dessus. Il s’y engouffra. Elle était tellement étroite qu’il dut rétracter ses ailes pour passer. En dessous, le spectacle était de taille. Un grand lac d’eau pure, dégageant une vapeur blanchâtre. Une source thermale.

« … Qu’est-ce que je fous là ?

-Tu devrais faire confiance à Sarasin. »

Rubis s’assit en tailleur pour réfléchir. Rien ne se passait.

« Bon… »

 

 

                Jade était la seule à être resté à l’Auréole Ardente avec son nouveau mentor, Sarasin. Celui-ci semblait attendre quelque chose.

« On commence quand ? Demanda-t-elle.

-Quand il sera là.

-Qui ? »

Sarasin s’étira en faisant de grands mouvements avec ses béquilles. Il cogna au passage Jade.

« Eh ! Fit-elle.

-C’est pas moi. »

Elle soupira. Au loin, une silhouette se dessina. Un immense colosse en armure, armé d’un marteau et d’un bouclier, avec une épée dans son fourreau. Elle le reconnut, Sieron. Mais il était seul. Il se mit à l’entrée et posa son marteau à terre.

« Je réponds à votre défi. Dit-il.

-… Quoi ? »

Jade avait du mal à ne pas lui sauter à la gorge. Elle haïssait cette personne qui avait fait couler tant de sang chez eux. Mais elle perdrait, c’était sûr. Elle frissonna de rage. Sarasin prit la parole :

« Sieron, je t’ai menti, elle ne t’a pas défié en duel. Mais tant que t’es là, on va le faire, hein. »

Le colosse et la guerrière se tournèrent vers lui avec un regard noir.

« J’ai même pas honte. Bon, si Sieron gagne, il… Il bute Jade, et je pense que ça va lui suffire. Si Jade gagne, elle se sera entrainée. Voila le but de l’affrontement. Jade, tu vas suivre mes conseils, et… »

Sieron abattit son marteau sur Sarasin. Au moment où il allait le toucher, l’assassin disparut pour réapparaître sur la tête du colosse.

« T’es encore plus nul que ce qu’on m’avait dit. Lança-t-il. Jade ne devrait pas avoir de mal à te faire mordre la poussière. »

Il esquiva un nouveau coup en réapparaissant au pied du dieu.

« Aller Jade, tu engages le combat. »

L’assassin disparut encore pour refaire surface sur un rempart. Jade hésita. Elle mourrait d’envie de se jeter sur cet être infâme qui les avait tant fait souffert. Mais elle ne se pensait pas en mesurer de remporter l’affrontement. De plus, Sarasin avait clairement dit que si elle perdait, Sieron la tuerait. Elle soupira.

« Je renonce. Je suis trop jeune pour mourir.

-Eh ! Lui cria l’assassin. Tu lui rentres dedans ou tu te passes de moi. Ca serait con, non ? C’est quand même une légende qui te propose de t’entrainer. »

Sieron se tourna vers lui.

« Et quelle est cette légende ?

-… Je suis Sarasin.

-Qu… Sarasin ? La lame de l’ombre ?! Le bras droit du Seigneur-Croc ?! Que faites-vous ici ? C’est parce que Jade est la fille de votre empereur ?

-Je n’ai pas d’empereur, je n’en aurai jamais et je n’en ai jamais eu. Le Seigneur-Croc était mon ami. Et apprends que Rubis est son fils. Améthyste est sa fille adoptive. Sieron, tu luttes contre l’héritage du plus grand émissaire de la destruction. Je me demandais, quand un dieu meurt, est-ce qu’il va en enfer ? »

Le colosse acquiesça.

« Dis-moi, Sieron… Que se passera-t-il si quelqu’un t’y envoie d’après toi ? Tu auras un superbe comité d’accueil. Uniquement des légendes. »

Il le pointa de sa béquille.

« Le Seigneur-Croc, Kiérol, Øxymor, le maréchal Aomushni, l’Archempereur… »

Le dieu blêmit. Jade profita de ce manque de vigilance pour passer à l’action. Elle l’attaqua dans le dos en lui planta une lame dans la gorge. Mais l’armure ne céda pas. Sieron se retourna, se préparant à porter un puissant coup. Sarasin ordonna :

« Baisse-toi ! »

Elle obéit et esquiva le coup. Cela lui faisait une ouverture, et elle frappa le dieu au visage. C’était peu efficace.

« Imprégnation, fureur des flammes !

-Non ! Fit l’assassin. Utilise l’étreinte des glaces !

-Quoi ? Imprégnation, étreinte des glaces ! »

Ses lames rougeoyantes virent à un bleu sombre. Elle frappa le colosse au pied pour tenter le immobiliser, en vain. Elle ne voyait pas quoi faire de ça, pourtant c’était Sarasin, il devait savoir ce qu’il faisait.

« Frappe-le au visage ! »

Elle regarda Sieron. Il faisait presque deux fois sa taille, alors qu’elle était très grande.

« Et je fais comment ?

-Mais débrouille-toi ! »

Elle esquiva un coup de marteau et frappa, le dieu bloqua de son bouclier. Elle prit appuie dessus et bondit assez haut pour frapper Sieron. Elle visa les yeux, mais il para avec une posture de boxe, lâchant ses armes. Elle dégaina son blaster et se prépara à tirer.

« Non ! Fais pas ça ! Lui hurla Sarasin. Utilise ta tête ! »

Elle rengaina en jura. Sieron voulut reprendre ses armes, mais ses doigts étaient couverts de givre, et bougeait mal. Il ramassa son marteau et laissa le bouclier au sol. Jade fonça vers lui, puis se jeta à terre en glissant pour pousser le bouclier dans une fenêtre du bâtiment. Elle continua son chemin en frappant le dieu au genou. Mais le givre était sans effet.

« Pas là ! Fit Sarasin visiblement à bout de nerf. Les genoux sont trop sollicités pour être gelé ! Engage un corps à corps, vite ! »

Elle se releva et le chargea de front. Elle abattit ses doubles-lames de toutes ses forces sur l’épée de Sieron. Il n’arrivait pas à la tenir et fut désarmé. Il se mit en position de combat à mains nues, Jade hésita. Il avait assez de force pour tenir ainsi, il fallait une stratégie.

« Mais c’est pas possible ! Hurla l’assassin. T’es une guerrière, c’est ça ? T’as deux doubles-lames et c’est tout ?! T’es une super-soldate alors utilise ton arsenal !! »

Elle prit une grenade dans sa main, réfléchit, puis bondit vers le dieu. Elle esquiva ses puissants poings et mit l’explosif dans l’encolure de l’armure de Sieron et se replia. Il ne put l’enlever, du fait de ses gros doigts et du givre. L’explosion lui arracha la gorge, et il tomba à genou. Dans un ultime souffle il dit :

« Quel génie tactique. Sa réputation était vrai… Non, elle est en dessous de la vérité… »

Il s’effondra lourdement et devint poussière. Jade n’en revenait pas.

« Je l’ai… Tué… Seule…

-Il n’était pas gavé de puissance, comme lors du dernier assaut. Mais c’est pas mal. L’entrainement va pouvoir débuter.

-Je suis prête ! On commence par quoi ? Le maniement d’arme ? Les explosifs ? Les armes à feu ? Les imprégnation ?

-On commence par t’entrainer la cervelle ! »

Il lui tapota la tête de sa béquille.

« L’esprit tactique est la base du super-soldat et de l’assassin. Etudie le terrain, connais tes adversaires, utilise chaque information que tu possèdes !

-D’accord, c’est bon, fous-moi la paix ! »

Elle repoussa l’appui de Sarasin et démêla ses cheveux. L’assassin sautilla pour se dégourdir et commença son cours.

 

                Rubis inspectait les murs de la pièce. Il y avait des runes, mais il ne comprenait pas leur signification. Il lut :

« Un œuf ? Une épée ? Un point d’exclamation ? Un mec qui hurle ? Qu’est-ce que ça veut dire ?! »

Il soupira. Il s’assit sur une pierre, et s’adossa au mur. Il regarda à ses pieds, les runes semblaient converger vers lui. Il glissa sa main sur le mur, et poussa une stalactite. Cela fit un ‘clic’.

« Clic ? »

Une lance de roche sortit du mur et lui transperça le torse. Même son armure n’avait rien fait. Il poussa un gémissement de douleur et du sang franchit ses lèvres. Mais pire que ça, un poison se répandait dans son corps. Il sentit le liquide froid pénétrer ses viscères. Au centre de la pièce, une immense gerbe de flammes apparut. Puis un squelette d’oiseau. Un squelette animé, qui poussa un cri d’aigle. Les flammes le recouvrir et la chair du volatile réapparut, puis les plumes vermeilles, et les flammes grandirent. L’oiseau faisait trois mètres de haut et six d’envergure. Le phénix. Le ventre de l’animal mythique gonfla d’un coup. Il se courba de douleur et vomit une ignoble mélasse noir ressemblant à du goudron. Peu à peu, elle prit la forme du Basilic. Le Phénix avait vomit le Basilic ! Retrouvant ses formes, l’oiseau de feu se dressa en émettant des flammes, illumina la pièce. Cette magie fit s’effriter la lance de pièce, qui tomba en poussière. Rubis fut soigner de ses blessures, il se releva en titubant.

« Phénix ?

-Rubis… Qu’as-tu fait ? Pourquoi tu m’as chassé ?!

-Hein ? Quoi ?

-Je suis lié à toi. Par ta faute… Je vais mourir… »

Il commença à se flétrir. Le basilic s’enroula autour de Rubis, paralysé.

« Je ssssssuis libre… Comment peut-on être aussssssi ssssstupide ? »

Il resserra son étreinte.

« Alors… Quelle douleur fais-je te faire ssssubir pendant que le phsénix se conssssssume ? »

Rubis réfléchit à toute vitesse. Sarasin l’avait bien envoyé ici pour une bonne raison. Ces ruines devaient receler le secret de sa victoire. De plus, le phénix l’avait encouragé à venir ici. Ainsi, il était manipulé par le basilic. L’oiseau de feu perdait en puissance. Il poussa un râle d’agonie qui se perdit dans les montagnes inhabitées. Il se noyait dans le goudron du serpent, étouffant, crachant, toussant.

« Tes cris ssssssseront un hymne à ma sssssuprématie et à ma gloire… Je vais te broyer… »

Rubis n’en pouvait plus. L’étreinte se resserra encore et il sentit les os de ses membres casser sous la pression. Sans le phénix, il n’avait plus la force de se dégager.

« Tu n’es plus rien… Tout ssssssce qui faisssssait de toi un être excsssssseptionnel agonissssse à tes pieds. Tu n’es plus qu’une larve. Ta vie n’est qu’un sssssimulâcre de cssssselle de ton père. Tu sssssais pourtant que ssssa puissssssancsssse est hors de ta portée. Tu n’es qu’un Sssssseigneur-Croc faible et pathétique ! 

-C’est… Faux… Je suis moi !

-C’est insssssuffssisant. »

Le Basilic resserra l’étreinte, Rubis sentit sa cage thoracique exploser. La souffrance était inhumaine. Mais il restait un espoir, s’il se libérer maintenant, le pouvoir de régénation du phénix lui permettrait de réparer ses os suffisamment pour éviter la mort. Juste de quoi respirer. Et il récupérerait peu à peu.

« Tu essssspère encore ? Quel sssssotise. Vois comme j’écrasssse ton pathétique allié mythique. »

Le phénix se courba encore de douleur et sembla inerte. Il ne respirait même plus. Ses plûmes cessèrent de rougeoyer et elles tombèrent une à une. Le Basilic resserra encore son étreinte. Cette fois, c’est la colonne vertébrale qui explosa. Cette fois, c’était condamnatoire. Rubis poussa un ultime hurlement avant que la vie ne quitte son corps. Avec de la bave aux bords des lèvres, trempés de sueur, le visage crispé de terreur, Rubis allait mourir.

« Ssssssh… Ssssssi faible… »

Soudain, le plafond explosa. Au-dessus d’eux, l’Oblitérateur. Il semblait avoir déchiré le ciel pour venir ici, dans ce lieu oublié de tous. Les nuages n’avaient plus une forme normale. Le guerrier dit :

« Il existe des appels… Auxquels je ne peux demeurer passif. Rubis, je sais que tu m’entends. Parles ! Tu le peux !

-Qu…

-Rubis ! Dis-moi ! Qui aimes-tu ?!

-Am…Thyste… Deuil… Papa… Mam…

-Qui t’aime ?!

-Eux…

-Alors, Rubis… Pourquoi prêtes-tu foi aux propos de cet être infâme qu’est le basilic ! Ouvres les yeux ! Réfléchis, pensent comme eux ! Aller, fais un effort ! »

Il se concentra, alors qu’il sentait la Faucheuse derrière lui, prête à l’abattre. Il pensa à Améthyste, Sa douce violence lui semblait si loin, son charme agressif lui manquait. Elle disait souvent : ‘Le Basilic, c’est qu’un connard. Il est naze en plus.’

Il pensa à Jade. Téméraire et instruit, la super-soldate se battait sur tous les fronts. Pourtant, ici, il semblait à Rubis que ces compétences étaient vaines. Une fois, elle avait dit : ‘De toutes les armes au monde, la plus dangereuse est la parole. La vérité pour les forts, le mensonge pour les faibles.’

L’Endeuilleur, son ami, était représenté juste en cape, dans l’esprit de Rubis. Il ne se rappelait plus de son visage, de ses vêtements. Celui-ci avait dit : ‘Le Basilic parasite le Phénix. C’est de là qu’il tire sa force. Il exploita les autres.’

Rubis comprit. Voila pourquoi il parlait avec le squelette en morceau, pourquoi le phénix avait soudain changé d’avis. Et surtout, le rapport entre ses proches et son combat. Son amour et amitié semblaient tellement plus forts que la douleur. Car il n’y en avait pas. Il ouvrit les yeux, essoufflés. Le Basilic relâcha sa prise et retourna sous forme de goudron. Le phénix fit de même, ce n’était qu’un faux. Tout cela n’était qu’une illusion. Il avait perdu tout repère par rapport à la réalité. Par chance, on lui en a apporté un. En réalité, il n’avait rien, à part sa blessure cicatrisée due à la lance. Il pensait qu’il mourrait, et cela allait le tuer. Rubis leva les yeux vers l’Oblitérateur.

« Et bien voila. Le Basilic a perdu. Restes sur tes gardes, il n’est pas mort. N’oublie jamais ce que tu as appris : Il n’y a qu’une réalité, et des milliers d’illusions. Raccroche-toi à tes sentiments, ils ne peuvent jamais être aliéné. C’est ton unique repère.

-Qui… Qui êtes-vous ?

-Je suis la destruction et la mort. Rien d’autre. J’ai déjà outrepassé mes droits, mais peu m’importe. Tu as atteins le cœur du phénix, ta mission est accomplie. Je vais me retirer. »

Il disparut lentement.

« Ne prêtes jamais foi aux propos du Basilic. Il ne sait dire que des mensonges. Tout ce qui fait de toi un être exceptionnel n’est ni dans un sceau, ni dans tes veines. »

L’Oblitérateur s’effaça. Rubis resté stupéfait un instant, puis invoque sa forme de phénix. Une avalanche de flammes brûla la zone. Les flammes étaient dorées, ses lames étaient plus longues, et il se sentait plus fort. Les ailes avaient plus d’envergure, et il avait une auréole de flammes jaunes au-dessus de la tête. Il laissait un brasier de lumière là où il marchait. Mais il voyait du noir se dessiner sur ses ailes, qu’il rétracta aussitôt. Il avait gagné un grand pouvoir, et encore plus de risques.

 

 

                Améthyste était sur son bateau, voguant sur la mer au rythme calme des flots. Sa destination, l’île de Rodylaz. Au Sud des cotes de Wyrim. Elle était habitée par un peuple dit ‘sauvage’, rares ressortissants des Terres Oubliées. Eux, ils maîtrisaient le vaudou. C’est là qu’elle s’entrainerait. Elle amarra son véhicule et posa le pied à terre. Des indigènes vinrent l’accueillirent, en la pointant de leurs lances par prudence. Ils avaient des vêtements en cuir, relativement moderne pour ce qu’on lui avait dit. Un responsable vint lui parler, il avait un symbole sur ses épaulettes.

« Soit la bienvenue, dit-il. Quelle est la raison de ta visite ?

-Je suis venue à la recherche d’un entrainement vaudou, car vos connaissances en ce domaine sont très grandes.

-Je vois… Mais je ne peux initier une inconnue à cette magie oubliée. Pars.

-Je ne suis pas une novice. »

Elle sortit des composants de ses bourses et jeta un sort assez puissant, qui frappa le sol avec des éclairs mauves.

« Je possède déjà un bon niveau, mais c’est devenu insuffisant.

-Hum, dans ce cas, je veux bien t’apprendre. Mais dis-moi, pourquoi cherches-tu plus de puissance ? »

Améthyste réfléchit à la réponse attendue. Ce peuple était pacifique mais pas passif, et leur culture reposait sur la confiance. A ce compte là, autant dire la vérité.

« Il y a deux raisons. La première est que nous faisons face à un grand danger, qui pourrait même vous menacer, et j’ai besoin de puissance pour lutter contre. Nous sommes clairement le camp du bien, l’Auréole Ardente. Vous en avez peut-être entendu parler.

-Oui bien sûr. Qu’es-tu dedans ? Une officière ?

-Je suis la femme du chef, la trésorière et un membre fondateur. »

L’homme parut soufflé par la nouvelle.

« La deuxième raison est… Plus personnelle. Tous mes amis, et Rubis, se sont améliorer et vont partir au combat. Je ne veux pas être un fardeau, ou devoir rester seule à l’arrière. Je veux pouvoir me tenir à leurs cotés et les protéger, comme je l’ai déjà fait.

-Je vais te mener à notre sorcier, je suis sur qu’il va t’apprécier. »

Elle fut menée dans une maison en parpaing et de ciment, c’était à la pointe de la technologie. Décidément, ce peuple n’avait rien de primaire. Une silhouette surgit sur sa droite, elle prit un sort pré-incanté à sa ceinture et la menaça de sa main couverte de flammes mauves. Elle vit un masque de bois.

« Quels reflexes, et quelle intelligence de pré-incanter des sorts pour pallier à leur longue et complexe préparation. Je suis le sorcier-vaudou, enchanté. »

Il lui serra la main. Son masque représentait un visage franchement laid et grossier, très vieux.

« Je suis ravie de vous rencontrer.

-Ainsi, on t’a autorisé à recevoir mon savoir, fort bien. Cela ne prendra pas beaucoup de temps, au plus deux semaines. Suis-moi. »

 

 

                Rubis était à moitié mort, adossé à un mur de la montagne, couvert de neige. Impossible de voler, le choc de l’épreuve avait été trop fort. Il regarda ses mains bleues, tremblotantes. Il ne parvenait même plus à produire des flammes.

« Ca suffit ! »

Il invoqua sa forme suprême, aux flammes d’or, qu’il nommé ‘Forme d’archange’. La chaleur revint, mais la corruption inlassable du Basilic aussi. Il dut renoncer et désactiva ce pouvoir. Le froid arctique le frappa de plein fouet. Ses paupières étaient lourdes, il ferma les yeux pour les protéger du froid. Une larme perla à chaque œil et gela. Il était aveugle, impossible de les rouvrir. Il se les frotta pour enlever la glace et les rouvrit, un ours se tenait en face.

« Qu-queaw ? »

Un ours polaire, tout blanc. L’animal lui lécha le visage, s’assit face à lui et le regarda calmement. C’était amusant de le voir dans cette position si humaine. Dans un ultime effort, Rubis se leva pour marcher jusqu’à lui. C’était de trop, il tomba. L’ours le renifla, puis s’allongea sur lui pour le protéger du froid.

 

                Peu après, Rubis se réveilla dans les bras de l’ours. Mais il était dans une caverne. Il se redressa sans mal, les engelures avaient disparues. Un cadavre de sanglier gisait à ses pieds, l’ours le lui désigna d’un mouvement de tête. Il invoqua une flamme dans sa main et fit un petit feu de camp, puis le fit cuir à l’aide d’un bout de bois. Il dit :

« Pourquoi tu m’as aidé ? »

Evidement, l’ours ne répondit pas.

« Tu m’as certainement sauvé la vie. Merci. Mais je ne peux pas rester, je dois partir. Il faut juste que je me repose. »

L’animal le frappa violement à l’épaule, jetant Rubis à terre.

« … Ca doit vouloir dire que j’ai pas intérêt à partir maintenant… Je vais rester ici, le temps que mes pouvoirs reviennent. »

 

 

                « Aller ! On enchaine ! »

La flèche de l’Endeuilleur fendit la plaine et explosa l’arbre qu’il visait.

« Voila, essaie de le refaire ! »

Un nouveau projectile fusa et abattit un autre arbre.

« Excellent ! Tu arrives enfin à doser tes tirs. Et tu te plantes à peine une fois sur dix. Notre entrainement porte ses fruits. Essaie de toucher l’oiseau, là-haut.

-Ca marche ! »

L’Endeuilleur tira vers le ciel et fit mouche. Sa proie tomba, mais il entendit :

« Waaaaaaaaaah !! »

Rétablissant ses ailes à dix mètres du sol, l’oiseau freina assez sa chute pour juste cogné un peu la terre souple. C’était Rubis.

« Tu m’as tiré dessus ! Et quelle explosion ! Arrêtez de rire, tout les deux !

-J-Je ne ris pas. Fit très sérieusement l’Endeuilleur.

-Mouais. J’suis pas un volatile.

-Oui, t-tu… Pfff… »

Il ne put se retenir d’éclater de rire. Il parvint enfin à se calmer.

« Je suis le premier arrivé, toi t’es le deuxième. »

Rubis regarda son manoir, l’Auréole Ardente.

« Elle est où, Jade ? »

La désignée arriva.

« J’suis là. Et Sarasin est en train de dormir, au manoir.

-… On part en expédition de combat dans quelques heures, ça lui arrive d’être stressé ? Enfin, il était déjà comme ça avant. Eh, tu sais quoi, j’ai rencontré un ours, là où j’étais. Il m’a sauvé.
-Un ours ? Sérieux ? Raconte !

-Ben faut commencer au début, j’étais dans une pièce assez bizarre avec des runes… »

Pendant qu’il racontait son histoire, une musique de trompette retentit. Une horde de soldat en armure bleu sombre apparut à l’horizon, avec un porte-étendard représentant la croix gammée à trois branches. C’était Arthémis. Un peu derrière, faisant route avec lui, un régiment de soldat Otrajyd. Le Ténébreux était de retour. Il y avait bien un bon millier de soldat pour chacun. Avec les milles d’Okeud offert par Yrion, et les deux milles provenant de l’Auréole Ardente, il atteignait les cinq mille soldats. Il pourrait établir un camp dans les Terres Oubliées, avec ça. Rubis débordait de joie devant ce succès. Une flaque d’eau noire apparut à coté de lui. Il se pencha au-dessus.

« C’est quoi ? »

Améthyste en jaillit. Elle s’accrocha au cou de son chéri et salua tout le monde. Ils étaient au complet. Il dit :

« Bien, nous sommes réunis. Mais avant de partir pour notre expédition, nous devons reprendre le contrôle de Koljeizer. Les soldats seront logés et nourris par le roi d’Okeud Yrion. »

La perte de quasiment toute son armée avait fait beaucoup de place dans les casernes.

« Nous ne perdrons pas trop de temps à prendre le contrôle de ce pays.

-Un seconde. Dit Yrion, que personne n’avait vu cari l était derrière sa troupe. J’ai fait des recherches, et j’ai découvert qu’il y a une guerre civile très violente à Koljeizer.

-Qu-quoi ?

-Nous avons deux camps. Le premier sont des traditionalistes, le deuxième, des novateurs. Les traditionalistes veulent un empereur, leur chef, sur le trône. Les novateurs veulent que ce soit… Un roi. Où est le changement, allez savoir, c’est plus un rejet du Seigneur-Croc qui était empereur et non roi. Plus explicitement, un groupe veut un descendant du Seigneur-Croc, parfait, et l’autre n’en veulent pas. Vous savez qui écraser, mais ne faites pas de carnage. Peut-être souhaitez-vous que je vous accompagne.

-Je vais y réfléchir.

-Il faut savoir que c’est Netal qui a encore organiser cela, pour nous ralentir. Il cherche à gagner du temps.

-… Nous allons le piéger. Yrion, je vous charge de rétablir l’autorité, et pas d’écart, hein ! Vous dirigerez le pays jusqu’à notre retour. Nous partons dès maintenant, ainsi nous allons le surprendre.

-… Votre décision n’est-elle pas précipitée ? »

Rubis regarda Améthyste, qui acquiesça.

« Non, je suis sûr. Faites cela, nous, nous partons.

-Bien. »

Rubis, Améthyste, l’Endeuilleur, Ancrona, Jade, le Ténébreux et Arthémis montèrent sur le bateau principal, alors que les autres soldats prenaient les autres. Au total, 25 bateaux de deux cents hommes chacun, sous la direction de Rubis. C’était de grands vaisseaux très spacieux, avec des rangées de canons de chaque coté.

« Hissez la grande voile ! »

Le bateau principal partit en tête, suivit par sa flotte.

« Nous comptons sur l’effet de surprise. Dit l’Ange de feu. Nous devons trouver les lames jumelles de l’Armageddon au plus vite, et les remettre à Ancrona. Notre installerons notre base ici. »

Il pointa la carte de sa règle, sa cible était Ussir. On savait peu de chose sur ce pays, sinon que son climat était tempéré.

« Nous arriverons dans une semaine. »

Ancrona prit des drapeaux rouges et les plaça sur la carte. Un dans Artal, au Sud, et un dans Ussir, au Nord-Est.

« Nous avons des ennemis ici. Rappelez-vous, nous devons être discrets ! »

Jade haussa les épaules.

« Facile. »

Le bateau pencha et elle perdit l’équilibre.

« Non, c’est pas facile. Fit Ancrona. Tu as une finesse pachydermique.

-Méfie-toi, je mords. Dit-elle en se relevant à l’aide de la table. Plus sérieusement, Sarasin m’a entrainé à la furtivité. Suivez mes instructions, et tout ira bien. »

Rubis sursauta.

« Sarasin ! On l’a oublié ! »

La porte d’à coté s’ouvrit et l’assassin passa la tête.

« La ferme, je dors ! »

Il la claqua et retourna se coucher. L’ange de feu se passa la main sur la figure.

« J’aurai dû m’en douter… »

Le bateau pencha encore et continua sa route vers les Terres Oubliées, suivit par les 25 vaisseaux de la flotte. Le drapeau de l’Auréole Ardente voletait au vent puissant de l’océan.

 

 

                Yrion regarda l’horizon où disparaissaient les bateaux.

« Seigneur Ancrona. Quand vous reviendrez, vous serez certainement vous-même, et vous n’aurez plus à vous cacher. N’ayez crainte, je garde l’Auréole Ardente dont vous avez besoin. Je ne vis que pour vous servir. Koljeizer tombera sous votre domination. Lehi et Ondu, ainsi que Jyz. Tous vous suivront. Vous êtes le prochain maître du monde. Que Netal tombe, que la Lumière tombe. Il ne doit y avoir que vous. »

2 réactions sur “X – L’ascension des trois puissances”

  • Bravo Marcus pour l’ouverture de ton blog. Tu es un Dieu pour nous autres, fan de jeux vidéos. Sois sur que j’achèterai ton livre dès qu’il sortira, donc sous peu, et que je le dévorerai très vite. Merci de ton travail et continue à t’amuser en faisant ton travail car tu le fais merveilleusement bien !

  • Je peux écrire mieux que la moyenne (non pas que cela dit beaucoup ces jours-ci) et j’ai des opinions bien arrêtées sur des sujets divers. Je n’ai pas d’expérience en tant que journaliste ou rédacteur technique, mais qu’est-ce qu’une personne doit commencer à bloguer et qui paie, si le blogueur est ramassé comme un écrivain?.

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