Seigneur-Croc



XI – La Guerre des dieux
24 août 2012

Voici le onzième volet ! Sorti en retard, j’avais oublié de le mettre à jour malgré qu’il soit fini… Ahem.

A en juger par le rythme auquel ça avance, il est propable que la saison 2 de la Légende du Seigneur-Croc se termine en cinq volet. Je suis donc proche de la fin. Mais si mon histoire plait, pourquoi ne pas faire une nouvelle suite ? Tout dépendra de la réaction du publique.

Rubis est de l’autre coté de l’océan. Après avoir laissé l’Auréole Ardente aux mains de son allié Yrion, il part combattre Netal. Pour cela, il lui faut les Lames Jumelles de l’Armageddon. Mais il n’est pas le seul à les convoiter. De plus, son ennemi cherche à recruter des troupes pour le moins… Atypique. La menace grandit. Par chance, Rubis n’est pas seul, et il a plus d’allié qu’il n’y semblerait.

 

 

La guerre des dieux

 

 

Le voyage

 

                Jade tourbillonnait, toutes lames dehors, sur le pont du bateau. A croire qu’elle ne cessait jamais l’entrainement. Se battant contre des ennemis imaginaires, répétant les mêmes enchainements jusqu’à les faire par reflexe. Ses cheveux, collés à son front par la sueur, voletait au rythme de ses mouvements. Sarasin l’observait, avachi contre la rambarde. L’Endeuilleur était à la proue, assis, en train de méditer. Il pouvait sentir la présence des personnes possédant une force considérable lorsqu’il se concentrait. Il visualisait Jade, ses mouvements rapides et brusques. Impossible de discerner quelque chose de précis, avec cette vitesse. Ancrona surgit devant lui et lui dit :

« Lâche-la un peu, concentre-toi sur quelqu’un d’autre.

-Euh… Oui, oui. Sarasin, tiens. »

Il chercha l’esprit de Sarasin sur le bateau, mais ne trouva rien.

« Quoi ? Je ne le trouve pas !

-Un assassin de ce niveau, normal qu’il sache dissimuler sa présence.

-Cacher sa présence spirituelle ? Incroyable.

-Tu détectes la spiritualité, pas les âmes. Certaines personnes sont capables de ne penser à rien »

C’était la deuxième personne qu’il ne voyait pas, spirituellement. La première étant Ancrona, car les flux du temps brouillaient sa vision. Il voyait Rubis, ardent, à cause du Phénix. Améthyste, Arthémis, le Ténébreux, tout le monde. Il souffla.

« Pas facile.

-Oui, mais tu seras d’un grand secours lors des missions d’infiltration. La puissance stellaire est la seule capable de faire ça. Tu réalises, tu repères mieux tes ennemis que Sarasin. C’est pas peu dire. Aller, recommence. »

L’Endeuilleur ferma les yeux et se concentra. Il détecta les personnes une à une, mais Jade n’était plus à la même place. Il se retourna. Jade avait un sac en papier gonflé dans une main, et l’autre main prête à le faire exploser.

« … Raté. Comment t’as su que j’allais te faire une blague ?

-C’est la méditation. »

Elle s’assit à coté de lui. Là où ils étaient, personne ne pouvait les voir. Jade lui prit la main en détournant le regard. Il posa la tête sur l’épaule de la combattante.

 

                Sous le pont, Améthyste se livrait à d’inquiétantes expériences. Rubis, caché derrière un bouclier, regardait le chaudron bouillir dangereusement.

« Ca va pas exploser ? Demanda-t-il.

-Meuh non ! Fais-moi confiance ! Regarde, j’ajoute une aile de chauve souris, et ça va devenir bleu ! »

Elle ajouta l’ingrédient et le liquide devient rouge sang.

« … C’est pas encore ça. »

Les bulles devinrent plus grosses et le chaudron déborda d’un coup. Améthyste s’empressa de rajouter des éléments, ce qui aggrava la situation. Elle tira un levier et les planches du sol se retirèrent, à part où elle se tenait, évitant aussi les meubles. Rubis s’agrippa à une étagère. Le liquide en surplus fut ainsi évacué dans la mer.

« Ca craint rien ? Demanda l’Ange de feu.

-Pas à cette quantité. Répondit sa compagne qui s’en fichait clairement. A la limite, ça butera quelques poissons, mais à peine. »

Elle rajouta d’autres éléments non identifiables et le chaudron se calma. Les bulles disparurent, et les planches reprirent leur forme initiale. Améthyste plongea une louche dedans et la présenta à Rubis.

« C’est prêt. Aller, ouvre la bouche.

-Il… Il est hors de question que j’avale ça…

-Steuplait !

-Y’a pas moyen, sérieusement.

-Mais c’est un aphrodisiaque ! C’est pas dangereux !

-Pourquoi t’as concocté un truc pareil ?! Ca sert à quoi ?

-Ben, pour le fun. »

Le liquide se mit soudain à bouger, faisant se secouer son contenant. Rubis se jeta derrière son bouclier, alors qu’Améthyste prenait des notes.

« Hum, ça bouge. C’est vivant ?

-Et tu voulais me faire bouffer ça ?!

-Roh, du calme. J’ai dû faire autre chose que prévu. Ca ressemble à une… Une bombe. »

Elle mit un couvercle et le scella, puis le tendit à son conjoint.

« Balance ça à la mer, ça va être marrant. »

Il fut d’abord déconcerté, puis joua le jeu. Ils remontèrent de la cale et alla à la proue. Jade et l’Endeuilleur se séparèrent mine de rien.

« Regardez tous ! »

Il jeta la marmite à la mer. Elle dériva lentement, ballotée doucement par les vagues. Puis elle explosa, soufflant les flots avec force, et faisant tanguer le bateau. Jade tomba à cause de la secousse. Sarasin l’aida à se relever.

« Va falloir bosser ton équilibre. T’es aussi stable qu’un château de carte dans un enclos d’éléphants.

-C’est pas si important, l’équilibre. Le Seigneur-Croc, par exemple, il s’en foutait pas mal.

-… A pleurer de rire. Je te jure que quand tu te bats avec une arme de cinq tonnes, t’as intérêt à avoir un sens de l’équilibre en béton armé ! »

Une autre explosion apparut à coté du bateau.

« T’as fait une bombe à fragmentation ? Demanda Rubis.

-Je pense plutôt qu’on est attaqué. Par le bateau, là-bas. »

Dans le nid de pie, un marin hurla :

« Un navire, droit devant !

-C’est maintenant que tu le dis ?! S’insurgea Jade. A quoi ça sert de te mettre là-haut ?! »

Un nouveau boulet de canon frôla le bateau et les aspergea d’eau. Le marin hurla encore :

« Y’a toutes une armada ! Pirates, forbans ! »

Jade prit une longue-vue et regarda leur pavillon.

« … Netal. Ils sont en mer depuis trop longtemps pour nous avoir attendus, c’est juste une sécurité. »

Elle regarda plus haut.

« Là ! Un pigeon voyageur ! C’est le messager ! »

Une flèche partit à coté d’elle et toucha le volatile en plein vol.

« Boum. En pleine tête. Dit l’Endeuilleur fier de lui.

-Pas mal. »

L’archer tira une flèche vers le haut.

« Je vais vous montrer à quel point j’ai progressé. Donnez-moi deux minutes. Juste deux. »

En attendant, Jade jeta une bombe dans la mer, jeta son bouclier après et sauta dessus. Le souffle de l’explosion appuya sur le pavois comme une voile, faisant s’envoler la guerrière qui partit droit vers les navires ennemis. Elle atterrit sur le vaisseau principal et commença à l’aborder.

« Tu l’as bien formé. Dit Rubis impressionné.

-Je lui ai jamais appris à faire ça. Quand je vous disais qu’elle avait un véritable talent. »

Pour avoir réfléchi à cette manœuvre aussi vite, il fallait posséder le même génie que Sarasin. Améthyste s’attacha une corde à la taille et sauta par-dessus bord, s’arrêtant juste avant la mer. Elle l’effleura de la paume et remonta rapidement. Une immense lame de fond apparut et se dirigea vers ses adversaires.

« Jade ! Cria-t-elle. Reviens, ou tu vas te faire noyer ! 

-J’arrive ! »

Elle refit sa manœuvre pour retourner vers son équipage. La vague grandissait et se dressa devant la flotte de Netal. Mais tous les bateaux se tournèrent vers elle et firent un barrage de tir, dissipant la vague. L’Auréole Ardente était sciée.

« Ce… C’est les soldats de Netal, quoi… »

L’Endeuilleur ouvrit les yeux.

« Ca arrive.

-Ton Imperio Solaris ? Ca a intérêt à assurer, sinon ils vont dévier l’attaque, et…

-Je n’ai pas utilisé ce sort. »

Il leva les bras vers le ciel, des centaines de boules d’énergies, semblables à l’Imperio Solaris mais de seulement 20 mètres de diamètres, s’abattit sur ses ennemis tels des météores.

« Stellio Proxima, la Fureur des Etoiles ! »

Tous les bateaux ennemis furent envoyés vers les fonds marins, anéantis par cette attaque destructrice.

« Quewah ?! Fit Jade, éblouie.

-J’ai un peu progressé, avec Ancrona. Répondit l’Endeuilleur. C’est ma nouvelle technique, hé hé. »

Ils contemplèrent les débris qui flottaient à la surface. Les survivants s’y raccrochaient, et chercher à récupérer les objets importants tel que les vivres. Rubis hésita.

« On… On les sauve ? »

Personne ne répondit. D’un coté, les récupérer était dangereux, c’était en faire des prisonniers de guerre qui consommerait des vivres et de la place dans les cales, et des agents de Netal avaient forcément une force cachée qu’ils feraient ressurgir au pire moment. Ils étaient entrainés à toujours se battre sans jamais abandonner. Mais d’un autre coté, ne rien faire était cruel, même pour des agents de Netal.

« Si on ne les récupères pas, dit Jade, ils pourraient dire que nous allons à la rencontre de Netal, et il ne faut pas que ça arrive. Il faut les sauver ou… Les achever. »

Elle se tourna vers l’Endeuilleur, son regard en disait long. Jamais il ne finirait ce qu’il avait commencé. Elle passa à Rubis, les flammes de ses yeux traduisaient sa décision : La mort. Il invoqua ses pugilats, l’Endeuilleur l’empêcha d’avancer.

« Arrête. Ils n’ont plus la volonté de combattre. Si nous sommes réellement la justice, il faut arrêter là.

-Il en va du destin de la planète. Ecarte-toi.

-Non. »

Jade prit l’archer par le bras et lui chuchota :

« C’est un sacrifice à faire ! Je sais que tu le sais !

-Oui, mais… Je ne peux pas.

-Alors ne le fais pas. Va juste dans la cale et attends que ça passe.

-Je ne suis pas comme vous ! Je ne suis pas une bête féroce ! Je suis un être humain, et je me dois de secourir mes semblables !

-Mais… »

Rubis les interrompit.

« C’est fini les messes basses ? »

Il fit apparaître une boule de feu. Immédiatement, l’Endeuilleur invoque son arc et pointa Rubis.

« Au moindre geste, je te tire dessus ! Mes flèches sont bien plus puissantes qu’avant, tu vas les sentir passer. Rétracte ton sort.

-T’es dingue ! Lui hurla Jade. C’est ton chef ! Oublie juste pour cette fois, on aura l’occasion de se rattraper.

-Tu ne comprendras jamais. »

L’ange de feu fit disparaître sa boule. Il marcha calmement vers l’archer, et lui envoya un puissant crochet du droit qui surpris l’Endeuilleur.

« Tu refuses d’obéir ? Une équipe dont le chef a perdu son autorité est une équipe condamnée. Mettez-le aux fers. »

Jade dégaina ses doubles-lames :

« Faudra me tuer avant.

-T’es dans quel camp, toi ?

-Et toi ? Je te croyais, jusqu’à y’a deux secondes, dans le camp des justiciers qui savent qu’il faut faire des sacrifices. En fait, t’es juste un despote qui frappe ses amis pour se faire obéir. Ca me rappelle quelqu’un. Tu n’es qu’une réplique médiocre de ton père. 

-Répète un peu ? »

Il passa en forme d’archange. Ses flammes dorées rampaient au sol sans pour autant le brûler. Une aura noire émana des armes de Jade.

« Imprégnation : Terreur des ombres. Tu n’es pas le seul à t’être améliorer. »

Personne n’osait bouger. Ni Améthyste, ni le Ténébreux, ni Arthémis, ni Ancrona, mais lui il semblait s’en moquer. Rubis murmura :

« Plus chaud que l’enfer… »

Son poing se transforma en roche brûlante dont les flammes d’or jaillissaient sans fin. Jade se mit en position de combat.

« Chemin de la destruction : La mort incarnée. »

Ses doubles-lames furent soudain éjectées, se plantant dans la rambarde un peu plus loin. C’était Sarasin.

« T’exagère pas un peu, pour une dispute ? Cette technique n’est pas à diriger vers un ami. Et encore moins ton demi-frère. »

Il lui mit une grande gifle, puis se tourna vers Rubis.

« Vire-moi cette forme de dieu païen.

-C’est moi le chef, ici. Tu n’as pas à me donner d’ordre. »

Sarasin soupira.

« Ton père m’a autorisé à te flanquer la trempe de tes beaux jours si tu faisais n’importe quoi.

-Qu’il aille au diable !

-Il y est déjà.

-Je n’ai plus d’ordre à recevoir de personne. Si je me laisse dicter ma conduite, je ne pourrais jamais vaincre Netal. »

L’assassin traversa la courte distance qui les séparait et frappa Rubis aux abdominaux, fit un salto et le frappa du talon en pleine figure, tournoya encore et dora un violent coup de coude dans la cage thoracique. Le jeune homme s’effondra, obligé de calmer ses flammes.

« Attends, vaincre Netal ? Je t’aplatis sans arme alors que je ne suis plus qu’un infirme. Ouais, ouais, je suis Sarasin, ouais, mais j’ai plus qu’un dixième de ma vitesse, tu m’as même pas suivi du regard. Je t’es connu plus fort et plus rapide. Qu’est-ce que le Basilic a fait de toi, dans cette grotte ? Il t’a aveuglé de haine ? T’as réduit au mépris ? Ou tu es réellement devenu arrogant et stupide ? Depuis quand l’autorité est plus importante que la vie de tes meilleurs soldats ? »

Il prit une chaine d’acier et attacha Rubis.

« Foutez-moi ce sale gosse dans un cachot, je prend la suite des opérations. »

Silence total.

« Aller, j’ai donné un ordre ! »

Comme revenu à eux, les personnes présentes s’exécutèrent sans réfléchir. Sarasin s’approcha de l’Endeuilleur.

« Pas trop de bobo ? Bon, on va s’occuper des survivants qui s’impatientent. Améthyste, magne-toi.

-Quoi ? J’ai rien à voir là-dedans !

-Super excuse. Va me faire une potion d’amnésie, on va leur laver le cerveau et les déposer aux continents une fois arrivé. Quand je pense que personne n’y a pensé à part moi… »

Il alla organiser la mission de ‘sauvetage’ pendant que l’Endeuilleur reprenait ses esprits. Il regarda le Ténébreux et Arthémis trainer Rubis dans les cachots, et Améthyste n’y était pas insensible. Elle se mordait les lèvres d’angoisse.

« T’as pas une potion à nous faire ?! Lui beugla Sarasin.

-Je… J’y vais. »

Les survivants furent amenés sur différents bateaux, enchainés, en attendant que la concoction soit prête.

 

                Sarasin prit un cube étincelant de lumière et le colla à l’œil de Rubis.

« Ethariane appelle Rubis ! Me recevez-vous ? »

Il observa les pupilles à moitié dilatées de sa victime.

« Mouais, normal. »

Il inspecta le sceau, rien n’avait bougé. Il claqua des doigts plusieurs fois.

« Tu me vois ? Eh gamin, youhou ? Répond ! »

Rubis demeurait inébranlable. Figé dans sa position, avec un calme à faire frémir. Sarasin lui donna un violent coup de pied dans le tibia, la victime fit une grimace.

« Bon, il est vivant, on va s’en contenter. »

Un bras noire magique apparut sur celui de Rubis, et plaqua l’assassin contre le mur. Les yeux du jeune homme étaient devenus reptiliens.

« Sssssssarazzzzsin, ssssssc’est un honneur de me tenir devant vous.

-Arrête ta cérémonie, piétaille. Et lâche-moi.

-Piétaille ? Moi ?! »

Il resserra son étreinte.

« Quand on a côtoyé le diable et ses démons, tu fais pas très peur.

-Je sssssssssuis un être Originel !

-J’ai vu des êtres Originels, en enfer, des tas même ! Tu m’fais pas peur. »

Il ne parvint pas à se dégager.

« Bon, un peu quand même. Alors Rubis, quand c’est que tu reprends le contrôle ? Incapable ! Tu vas laisser un infirme se débrouiller seul ?

-Rubis va revenir. Mais moi, je ne partirai jamais. Je le rongerai peu à peu. Bientôt, il sssssssera à moi… Et le Phssssénix aussi.

-Obtenir la puissance quitte à le payer de sa raison ? Exactement comme le Seigneur-Croc. Tu penses réussir là où une folie divine a échoué ? Cette puissance destructrice était bien plus puissante que la tienne, Basilic ! T’associer à nous est la seule alternative qu’il te reste.

-Je vais peut-être consisssssdérer la possssssssibilité d’éventuellement pensssser à ta propozssition.

-Je suis une légende. Ta soif de pouvoir ne peut pas résister si c’est moi que t’en promets. »

Le Basilic disparut et Rubis se reprit.

« Aïe, quelle migraine !

-Tu reviens de loin. Répondit Sarasin toujours écrasé contre le mur.

-… Tu m’expliques ?

-Tu devines pas ? »

L’assassin parvint enfin à se dégager.

« Ton sceau s’est affaibli, il en faut un autre. Tu peux compter sur moi pour t’en trouver. En attendant, interdiction de combattre, même avec un bâton pour seule arme.

-C-c’est une blague ?! Et je vais faire quoi ?! C’est hors de question.

-Je vais donc recourir à une technique d’assassin, la persuasion. »

Il ouvrit la porte et Améthyste bondit de derrière, se jetant sur Rubis avec les larmes aux yeux.

« Chéri ! »

Sarasin s’esquiva, les laissant seul, et rejoignit les prisonniers.

 

                « Bon mes gaillards, vous avez compris votre situation, hein ?

-Oui. Répondit stoïquement la lieutenante.

-Où est le capitaine ?

-Mort.

-Ah ? Quel nul.

-Comptez-vous nous éliminer ?

-Ne posez pas la question, ça a fait assez de bazar. Je vais vous interroger, et je verrai. Primo, c’était toute votre flotte ? »

La femme resta muette.

« J’imagine que Netal vous a bien formé.

-Nous ne parlerons pas. Nous n’obéirons pas. Nous lutterons jusqu’à la mort. »

Sarasin se leva, ferma la porte et revint.

« Je compte vous épargner, après vous avoir tout fait oublié. On vous déposera une fois arrivé, et vous vous débrouillerez. Notre sorcière vaudou est, enfin était, en train de vous faire une potion pour vous laver le cerveau. Vous oublierez Netal, vous nous oublierez nous, vous ne serez plus un danger. Mais je compte bien avoir des réponses.

-Vous n’en aurez pas.

-Quel dommage, le capitaine et le lieutenant sont morts lors du combat, il ne reste que les autres. »

Il saisit la femme et lui planta une dague dans la nuque.

« Je n’oublierai pas votre courage. »

Il jeta le cadavre dans un coin.

« Je ne vous torturerai pas. Mais je tuerai jusqu’à ce que quelqu’un parle. Vous vous en tirez bien, face à quelqu’un d’autre, c’était la boucherie. La Lumière aurait été sans pitié.

-La Lum…

-Décidé à parler ?

-… Dans la mesure où vous n’êtes pas avec la Lumière, j’estime que nos vies valent plus que les informations que je vais vous donner. »

C’était un homme assez jeune, chétif, avec des lunettes dont un verre était cassé.

« Notre base s’appelle ‘Le gouffre des ténèbres’, c’est la principale et la seule. Netal nous a ordonné de patrouillé sur ces mers et d’abattre quelconque n’abhorrait le pavillon de l’œil griffé, notre emblème. Nous nous battons contre la Lumière et ‘Notre ennemi’, dont on ignore l’identité. »

Sarasin lui donna une carte.

« Situe-moi cette base. Et je te déconseille de mentir. »

L’homme pointa du doigt une zone.

« Les patrouilles ?

-Elles passent ici. »

Il désigna quelques chemins.

« Tours de guet ?

-Aucune. 

-Y’a autre chose que je dois savoir ?

-… Nous exploitons une mine, au cœur de notre base, pour en extraire du… Minerai.

-Mensonge ! Dis Sarasin en cognant sur le sol du poing. Ca se lit sur ton visage.

-… Nous y avons découvert des êtres primordiaux, que nous utilisons pour diverses choses. Combattre, notamment. Je sais peu de chose, lorsque je suis venu en mer, on venait d’asservir les premières.

-Bien. Je t’épargne malgré que tu ais… Omit une partie de la vérité. On arrive dans deux jours. »

 

 

                Netal et son équipe s’engouffraient toujours plus loin dans ces salles de granits. Les êtres primordiaux étaient systématiquement vaincus et capturés.

« On doit être quoi, trois-quatre kilomètres de profondeur après avoir découvert ça. Dit le contremaître. On va finir par avoir des ennuis.

-Non. Répondit le chef en serrant le poing. Ils sont tous faibles ! J’ai pu voir leur puissance, ça n’a rien à voir. »

Une panthère enflammée se jeta sur lui, fissurant le sol en atterrissant. Il lui donna un coup de coude dans les cotes, la mettant hors combat sur le champ. Ils continuèrent ce labyrinthe terrible qui allait toujours plus profond, et finirent par arriver dans une salle très décorée, mais sans issue. Netal caressa le sol.

« Ce granit est différent. Il est friable. Creusez là. »

Les mineurs prirent leurs pioches et leurs pelles, et retirèrent un bon mètre de sol avant d’arriver sur une couche de matière lisse et noir, presque indestructible.

« On ne peut pas aller plus loin. C’est ce que vous cherchiez, non ?

-Exact. C’est de l’obsidienne. Cette roche volcanique signifie que nous approchons du deuxième niveau. C’est notre destination.

-Il y en a combien ?

-Quatre, plus le cinquième, qui était la demeure de Hadès. Le premier est en granit, le deuxième en obsidienne, le troisième en diamant, et le quatrième… Est décrit comme étant un mur vivant. Mieux vaut ne pas aller aussi loin. Revenons à notre deuxième niveau, il faut percer le sol. Si c’est moi qui le fait, ça va attirer des légions d’êtres primordiaux. Mais ils risquent d’être d’un niveau bien supérieur. Trouvez un moyen de passer. »

Il s’adossa contre le mur pendant que les ouvriers réfléchissaient à une solution. Un appel télépathique lui parvint.

« Seigneur Netal, je vous fais mon rapport.

-Sois bref.

-Sieron lutte toujours contre l’Auréole Ardente, et la guerre civile, bien qu’en fin de vie, est toujours là.

-Bien, ils sont toujours sur leur continent.

-Fin du rapport. »

La communication se coupa. Un bout de pioche cassée frôla le visage de Netal.

« Faites gaffe, bon sang. »

 

 

                Dans le palais de la Lumière, celle-ci écoutait attentivement les propos de l’Oblitérateur. 

« J’ai fait tomber Netal dans les limbes de granit, un grand coup d’épée dans la tronche. Mais il semblerait qu’il en soit ressortit. D’après le rapport de Sarasin, Anadrys a rejoint son camp.

-Il est toujours dans les salles primordiales ?

-Oui.

-Et pourquoi tu ne vas pas l’en déloger ?

-Pour me prendre la raclée du siècle ? Non merci. La dernière fois, c’était limite. Mais là, il a dû se renforcer. Filez-moi une autre mission, ou foutez-moi la paix.

-Tu restes sur le pied de guerre !

-Et l’Auréole Ardente, on compte dessus ou pas ?

-Tant qu’elle est occupé dans les Terres Supérieures, on ne fait rien. Si elle pose le pied ici… Il faudra passer à l’action.

-N’imaginez pas que je vais lutter contre eux.

-Il n’y a pas de raison à cela. Je pense plutôt lutter avec eux pour écraser Netal, puis nous retourner ensemble vers Notre Ennemi.

-Ca me parait jouable. Mais vous imaginez sérieusement qu’ils vous feront confiance ?

-Pourquoi pas ?

-Rappelez-moi qui est le chef de l’Auréole Ardente, ainsi que son élite ? Ah oui, Rubis, Améthyste, Jade. Fils et filles du Seigneur-Croc. Avec l’Endeuilleur, grand admirateur de celui-ci. Qui l’a tué ? Vous ! Ils vous haïssent plus que Netal !

-Ils n’ont pas le choix. C’est notre seul espoir. »

L’Oblitérateur acquiesça.

« On n’y est pas encore, ils ne sont pas près d’arrivé. »

 

 

 

 

La tour du firmament

 

 

                Les membres de l’Auréole Ardente accostèrent sur une plage d’Ussir. Les prisonniers, après qu’on leur ait effacé la mémoire, furent relâchés. Ils étaient suffisamment entrainés pour survivre sans soucis. Rubis ordonna qu’on bâtisse rapidement une base de fortune, avant d’entamer des travaux plus importants pour faire une forteresse.

« Et discrétion absolue, nous sommes ici en secret ! »

Les ouvriers se mirent au travail. L’élite fut réunie dans un autre but.

« La raison de notre venue est simple : Les lames Jumelles de l’Armageddon. Voici nos indices : L’une est dans la forêt vierge, l’autre dans un rayon de lumière artificielle. Je sais, c’est pas très précis. Mais sans ça, on ne pourra jamais vaincre Netal. Sarasin, tu nous aideras sur ce point.

-Pas de problème. »

Il pointa la carte du doigt.

« A cet endroit, il y a… La base de la Lumière : Nysécthéni. Elle pourrait être une alliée de taille, mais elle en veut après Ancrona puisqu’il manipule le temps. Rubis, c’est à toi de décider. Je ne peux pas te forcer à faire équipe avec celle qui a tué ton père, mais c’est clairement le mieux à faire.

-Je… Je vais y réfléchir.

-Pour ce qui est des artéfacts légendaires, j’ai ma petite idée. Il n’y a pas des tants de forêt vierge, il n’y en a qu’en Ussir. Les autres pays sont froids, les rares forêts de sapins ont été utilisées pour construire des abris. Pour la deuxième, la lumière artificielle désigne la technologie. Il y a deux cité qui l’utilisent, mais elles font des centaines de kilomètres carrées. Une ici. »

Il désigna l’extrême Nord-Est de Arké.

« Et une là. »

Il pointa le centre d’Alira

« Arké est le seul pays chaud de ce continent. Il est très chaud. Un désert dont la température à l’ombre est de 60 à 70 degrés, au petit matin. La nuit, on peut tomber jusqu’à 40. A midi, il fait plus de 130 degrés ! Ce pays brûlant est un cauchemar à traverser. Alira est plus simple, c’est juste un peu froid. Il fait entre dix et moins dix degrés, rien de bien méchant. Si on trouve une épée, elle nous indiquera la route vers l’autre. On va commencer par celle de la forêt vierge.

-Et où sont ces forêts ?

-Il y a trois forêts vierges dans ce continent. Dans Ussir, toutes. La première est à l’extrême Sud-est du pays. La deuxième, au Sud. La troisième, au Nord-Ouest. »

Rubis soupira.

« Ces forêts sont gigantesques, et on cherche une épée ! Comment on va faire ? »

Ancrona leva la main, comme pour prendre la parole.

« Moi j’ai un plan. Il faut construire une tour. Une tour immense ! Connaissez-vous la légende de la tour de Babylone ?

-Euh, des mecs ont construit une tour gigantesque pour accéder au Paradis, non ?

-C’est ça. En réalité, il ne voulait pas accéder au Paradis en y grimpant, on ne peut pas le faire comme ça. Ils voulaient utiliser cette tour pour canaliser un puissant sort, qui permettrait d’ouvrir un portail et donc d’accéder au Paradis. Cette tour était un objet pour canaliser.

-Où tu veux en venir ?

-Si nous construisons une tour, je pourrai l’utiliser pour détecter ces objets. Plus elle sera grande, et plus je détecterai loin. Mais puisqu’une seule épée nous mènera à la seconde, on aura pas besoin d’aller bien haut.

-Je vois. Je ne sais pas si c’est possible, nous ne sommes pas de grands bâtisseur. Il te faut quelle taille ?

-350 mètres, ça suffira.

-C’est immense !

-Oui, mais c’est ça ou s’amuser à chercher sous chaque fougère de trois forêts vierge de plusieurs dizaines de kilomètres carrés. Et n’oublie pas que je possède des pouvoirs temporels. Je peux accélérer la construction, dans la limite des stocks disponibles.

-Je crois qu’on a pas trop le choix. J’imagine qu’il te faut une architecture précise.

-Exact, mais elle est assez simple et flexible. Il faut au moins des voûtes, comme la tour de Babylone. Le reste, on fait ce qu’on veut. Je m’occupe de faire les plans. »

Rubis hésita un instant, puis demanda :

« Dans la légende de Babylone, les constructeurs… Ont subitement changer de langue pour ne plus se comprendre. Et dans la réalité ?

-… Ils furent simplement exterminer par l’armée des anges.

-C’est bien ce que je pensais. On va au-devant de graves problèmes.

-Personne ne bougera. La tour de Babylone faisait plusieurs kilomètres de hauteur. Tant qu’on ne frôle pas les nuages, la Lumières ne fera rien. Et encore, elle est si affaiblie, que pourrait-elle faire ?

-Tu me rassures. Tu as carte blanche pour construire ta tour.

-Merci. Je l’appellerai : La tour du Firmament.

-Ca sonne bien. Elle donnera son nom à toute la base. Je dois y aller, salut. »

Rubis pensa : ‘Tu as carte blanche’. Rubis se sentit l’âme d’un vrai chef, autoritaire et juste. Il sentait qu’il devenait un homme, un vrai. Il retourna vers le campement de fortune qui avancer assez vite pour passer la nuit sous un toit. Il assigna à ses généraux, Arthémis et le Ténébreux, de faire du repérage et de cartographie la région, ainsi que de rechercher une carrière, pour exploiter les pierres. Arthémis fit un garde à vous stoïque et partit au Nord. Le Ténébreux fit « Ca marche » et partit au Sud en chantonnant. Sarasin rejoignit l’Ange de feu.

« Alors, gamin, on a fini le campement. On commence à construire les remparts ?

-M’appelle pas comme ça !

-Désolé, mais j’arrive à un âge où tout le monde m’a l’air d’un enfant. Je commence à être vieux. »

Il désigna sa coiffure.

« Je commence à avoir des cheveux blancs. Oublie pas que j’ai sept ans de plus que ton père.

-Ah ouais, ça te fait 60 ans cette année, non ?

-Non, l’année prochaine.

-… Et tu commences seulement à avoir des cheveux blancs. J’hallucine. Pour les remparts, on a pas de matos. Les généraux font du repérage.

-Tu envoies des mecs en armure en éclaireur et pas un assassin comme moi ?

-Toi, tu es ailleurs. Je veux des informations sur Netal. Tu penses parvenir à t’infiltrer là-bas ?

-Je… Je ne sais pas. Netal a la possibilité de détecter les âmes, et s’il me débusque, j’aurai du mal à le fuir. Je vais élaborer une tactique. »

Rubis acquiesça.

« Soit prudent, je ne peux pas me permettre de te perdre. 

-Si je dois mourir, ce ne sera pas avant de t’avoir vu éclater Netal. Alors t’inquiète pas, un vrai assassin ne se jette jamais dans la gueule du loup.

-Bon, très bien. Je vais m’occuper des soldats, salut.

-Hop hop hop ! »

Sarasin le saisit par les épaules et le dirigea vers la tente des chefs.

« Tu t’es calmé, c’est bien, mais il faut le prouver. Tu retourne vers ton unité d’élite pour les rassurer. Il faut qu’ils aient confiance en toi, c’est vital. S’ils ont peur de toi, comment tu vas faire ?

-Mon père…

-Ton père, on savait quand il péterait un câble. Toi, on sait pas, le Basilic est un réel danger. Alors arrête de parler de lui, surtout si tu ne veux pas être comparé à lui ! Aller, retourne vers ton équipe. »

L’assassin disparut, il était déjà parti entre les arbres et les bâtiments, à la recherche d’un endroit calme pour réfléchir à son infiltration.

 

 

 

Les salles d’Obsidienne

 

                Les ouvriers, après des efforts surhumains, avaient creusé un mètre dans l’obsidienne. Et il y avait fort à parier qu’il n’en était qu’au dixième. Ils posèrent leurs pioches pour souffler, Netal effleura le sol de ses doigts.

« C’est trop résistant.

-Quand vous êtes tombé dans les limbes, vous y étiez, non ?

-Non. Chaque niveau a ses Limbes. J’étais dans les Limbes de granit, un labyrinthe rempli de créatures difformes. »

Long moment de silence. Netal hésitait à briser lui-même l’obsidienne, quitte à faire face aux légions sans fin qui habitaient ce niveau. Rien ça avoir avec la piétaille qu’il avait écrasé jusqu’au maintenant.

« Si seulement je savais ce qu’il y a là-dessous. »

Une lame de sabre surgit du sol et le manqua de peu, lui entaillant légèrement la peau à coté de l’œil. Il bondit en arrière.

« Quoi ? »

Le sol explosa et un homme en surgit. Netal l’avait déjà rencontré, c’était celui qui s’était battu contre le Seigneur-Croc. Bien qu’ils ne s’étaient jamais vu, il reconnaissait son aura.

« Ainsi donc, tu proviens du niveau d’obsidienne… »

Il regarda l’arme de son adversaire. Ce katana de deux mètres était très impressionnant. Mais dans cette salle si petite, il sera difficile de le manier.

« Tu n’es pas venu par courtoisie, sabreur. Dit Netal. Tu es venu pour tuer. Tu défends donc cet endroit ? »

Pas de réponse.

« Tu es incapable de parler ? Tu ne parles pas le Leilos, peut-être ? »

Le sabreur lui répondit dans une autre langue. Il ne comprit que la moitié, ‘libérer’ et ‘souffrance’. Une menace, de toute évidence. Il para un coup de sabre de son avant bras. S’il peut parer les violents coup d’épée démesurée de l’Oblitérateur, ce n’est pas ce sabre qui le fera fléchir. Il parvenait aussi à suivre la cadence incroyable de son attaquant. Il tentait de riposter, mais l’allonge du sabreur l’en empêchait. Il manqua une parade et dû esquiver un coup à la gorge. Le sabreur en profita pour pousser son adversaire d’un coup de pied et le poussa dans le trou. Netal amortit sa chute sans peine, mais il était dans le noir complet. Il entendit le sabreur le rejoindre. Il était dans une situation critique, impossible de détecter son âme pour se repérer précisément. La question était : Son adversaire peut-il voir dans la pénombre la plus totale ? Un coup sur l’arcade sourcilière lui confirma que oui. Il saignait abondamment, la blessure était profonde. Netal invoqua un puissant sort qui brillait d’énergie, ce qui lui permit de voir son adversaire. Mais le sabreur était trop rapide, et il dissipa le sort en frappant dedans avant de s’en prendre à Netal. Celui-ci était à terre, saignait du visage, blessé au ventre et à l’épaule.

« Je ne compte pas mourir ici… Je fais appel à toute la noirceur de ces terres… »

Il concentra un sort sur lui-même. Il illuminait l’immense salle comme un phare dans la nuit. Pourtant, c’était une lumière noire, maléfique et n’inspirant pas le réconfort de la chaleur, mais une peur glaciale. Le sol tremblait, et les débris lévitaient autour de Netal.

« Premier verset de l’apocalypse : La destruction par la haine ! »

Il canalisa un puissant sort irradiant de puissance en forme de laser, qui frappa le sabreur de plein fouet. Celui-ci para, en vain, son arme fut éjectée et il fut catapulté contre un pilier d’obsidienne. Mais le rayon de haine continuait, la noirceur affluait toujours, et le pilier se fissurait. Le sabreur tenta de se dégager, mais ne put, écrasé par tant de force mentale. Le pilier explosa et il alla roulé plus loin, terrassé. Netal reprit son souffle, et alla jusqu’à son adversaire. Il était étalé sur le sol, à convulser.

« Avdu… Raak…

-Libérer, souffrance. Tu me menaces toujours après avoir été vaincu ? Que peuvent-bien vouloir dire tes mots ? »

Il regarda autour de lui.

« Aucun être primordial n’a été attiré par notre combat. C’est étrange. Tu les as tous tué ? Non, impossible, ce sont tes semblables.

-Avdu… Raak… »

Netal inspectait les piliers et le sol, aucune trace de combat, à part le sien. Il ne détectait aucune trace de vie. Soit les êtres primordiaux avaient dissimulé leur présence, soit ils étaient morts. Il posa le regard sur un pilier différent. Celui-ci était creux, et un objet était en lévitation au milieu. Toujours éclairé par ses sorts, Netal s’en approcha et le toucha, et le fissura par mégarde. Tout le pilier tomba en morceau et l’objet roula à ses pieds. Le sabreur hurla, comme agonisant :

« AVDU RAAK !!

-La ferme ! Répondit Netal à bout de nerf. Je capte rien à ce que tu dis ! »

Il le ramassa. Il y avait écrit quelque chose, mais impossible de savoir quoi. Il fit demi-tour, se plaça sous le trou dans le plafond et hurla :

« Il reste des gens en vie, là-haut ?

-Oui, chef. Désolé, on pouvait rien faire, on a pas osé bouger !

-Vous avez bien fait, je n‘ai que faire des soldats morts. Il me faut quelqu’un qui parle la langue antique.

-Laquelle ?

-Aucune idée, descendez ! »

Ils le rejoignirent à l’aide d’une corde. L’un d’eux vint jusqu’au sabreur agonisant.

« Avdu… Raak…

-Alors, que dit-il ?

-‘Libérez-moi de la souffrance’. Il vous supplie.

-Et il m’attaque ? Enfin, j’imagine qu’il y avait une raison. Demande-lui comment. »

Le soldat parla doucement au sabreur, qui répondit en hurlant comme un cochon qu’on égorge.

« Il faut casser l’objet que vous avez ramassé.

-… Ca ?

-Quoi ? Désolé, il a gueulé tellement fort, j’entend rien. »

Netal détruisit l’objet en l’écrasant entre ses mains. Le sabreur cessa de convulser et se calma enfin. Il dit quelque chose, que le soldat traduisit :

« Il vous est reconnaissant, et est prêt à répondre à vos questions.

-Demande-lui où sont les être primordiaux. »

Il s’exécuta.

« Ils sont plus profond. Ici, des anciens héros de guerre, tel que lui, sont retenus pour surveiller la partie la plus extérieur des salles d’obsidiennes. Quiconque arrive ici est tué, même les êtres primordiaux. Lui, il cherchait à partir, et c’est la raison pour laquelle il souffrait, c‘était une punition.

-Qu’il me serve, ou qu’il meurt. Je lui laisse le choix.

-B… Bien… »

Le soldat traduisit avec hésitation les paroles impitoyables de son supérieur.

« Mon seigneur te demande si tu veux le servir. Si tu refuses, il sera contraint de te tuer.

-Je le servirai, pour lui montrer ma reconnaissance. »

Le soldat se tourna vers son chef.

« Il accepte, par reconnaissance.

-Bien. Je commence à être fatigué, nous allons remonter et nous continuerons plus tard. »

Il prit le sabreur dans ses bras et le mit sur son épaule.

« C-c’est cruel de le porter comme ça !

-Il est pas à ça prêt. »

Il remonta en lévitant, le soldat fut remonté par la corde.

 

 

                L’Oblitérateur regardait le grand rempart de la base de Netal.

« J’arrive pas à croire que cette connasse de Lumière m’est quand même envoyé là. »

Une ombre apparut à coté de lui.

« Quel langage. T’es qui ?

-Dis-moi ton nom, vieillard infirme. Et je te donnerai le mien.

-Je me moquerais bien de ton visage ahuri quand je te le dirai, s’il n’était pas caché derrière ce casque. Je suis Sarasin.

-Saraz’ ? Qu’est-ce tu fous là ?

-Tu me connais ? Selon ta réponse, je me verrai peut-être dans l’obligation de t’éliminer.

-Je viens de l’Enfer du Feu, on s’est déjà vu.

-Terreur ? Satan ? Le concierge ? T’es qui, bon sang ?

-Je ne peux pas te révéler mon identité, mais je te connais bien. Je suis ici pour espionner et si possible, faire un carnage. Et toi ?

-Pareil, sans le carnage. Si Netal est pas là, ça va chauffer pour eux.

-Et s’il est là, ça va chauffer pour nous. »

Sarasin bondit sur les remparts et ouvrit la porte. A l’intérieur, un spectacle étrange les attendait. Des bêtes immenses, avec des cornes et crachant du feu, étaient utilisées pour trainer des chariots ou des tours mobiles. D’autres, moins grands, étaient montés par des cavaliers noirs. Il y avait même des sortes de dragons étranges, au long cou et sans pattes avant, qui patrouillaient dans le ciel.

« On est dans un cirque ? Demanda Sarasin.

-Non, répondit l’Oblitérateur d’un ton inquiet. Ce sont des êtres primordiaux. Ces bêtes monstrueuses proviennent des zones interdites sous le sol. Netal les a réduit en esclavage pour les exploiter ! Quelle… Quelle… Quelle classe.

-Quoi ?

-Je voulais dire quelque chose de méchant, mais c’est trop la classe, ces trucs. J’veux les mêmes.

-J’en voudrais pas, même si on… Baisse-toi ! »

Ils se cachèrent d’une patrouille volante.

« Impossible d’avancer sans être vu… »

Il eut un rictus sadique sous son bandana.

« T’es balaise ?

-C’est une question piège ?

-Écoute, tu vas rentrer dans le tas pour faire diversion. En plus, si Netal est là, il te courra après et je pourrai tout observer. Tu te débrouilles pour fuir et on se rejoint, que je te fasse partager les infos.

-Simple, facile à retenir, bourrin et je vais m’amuser. J’aime. En prime, je peux même tuer des méchants. »

Il dégaina l’Oblitération et fonça dans le tas. D’un coup, il fit voler ses ennemis, d’un autre, il fit s’effondrer un bâtiment.

 

                Netal sortit de la mine et déposa son colis.

« Logez-le quelque part, et… »

Un soldat s’envola et lui atterrit dessus. Il l’amortit et le posa doucement.

« Eh, qui a fait ça ?

-Nous… Nous… »

L’Oblitérateur lui rendra dedans. Netal esquiva un coup d’épée mais prit un coup de coude sur le buste et fut éjecté.

« Nous sommes attaqués !

-Merci, j’avais vu. »

Le guerrier posa lourdement son arme sur l’épaule. 

« Tiens, Netal, déjà là ? Je pensais te tomber dessus plus tard. Alors, c’était bien, les Limbes ? »

Une personne non identifiée lui fondit dessus et le plaqua contre le sol. Avec la bave aux lèvres, le regard fou furieux et grognant, Anadrys. Elle poussa un hurlement bestial et le frappa de ses kriss. L’Oblitérateur fit valser sa lourde épée et envoya son attaquante contre un mur.

« Elle est dingue, celle-là !

-A juste titre. C’est une rescapée de la crise d’Ifaq.

-J’en ai entendu parler. »

Netal pouffa légèrement.

« Menteur. Tout le monde sait très bien ce que c’est. Pour quelle raison es-tu venu ? »

Le guerrier chargea en repoussant les soldats ennemis qui grouillaient. Pendant ce temps, Sarasin allait d’ombre en ombre. Il atteignit l’abysse au centre de la base et descendit dedans. C’était encore plus spectaculaire qu’à l’extérieur. Les soldats se battaient contre les êtres primordiaux et les capturaient. Après quoi, des mages les asservissaient. Les êtres faibles étaient impitoyablement éliminer, et leurs carcasses étaient jetées dans un gouffre en flammes. Un chemin où brûlaient des torches descendait sans fin. A coté, un panneau marqué « Salle de l’obsidienne, accès réservés au personnel entrainé ».  Il décida d’y faire un tour.

 

                L’Oblitérateur repoussa Netal et posa son arme, essoufflé. Ses coups étaient presque sans effet, il était passé au rang de second. Le troisième étant Ancrona. Anadrys l’attaqua à nouveau et il la repoussa sans peine.

« Je pensais que tu avais quelque chose derrière la tête. Lui dit Netal. Finalement, tu es venu mourir. Je ne comprend pas pourquoi tu ne t’enfuis toujours pas.

-Parce que je vais t’écraser !

-Vaudrait mieux être sourd qu’entendre ça. »

Le sabreur ouvrit les yeux.

« Seigneur ! Dit-il en se relevant tant bien que mal. Un intrus ! Il y a quelqu’un dans la mine !

-Tu en es sûr ?

-Certain ! Laissez-moi y aller, pour vous prouver ma loyauté.

-Hum… Ainsi donc l’Oblitérateur me retenait ici.

-Eh, j’suis toujours là ! Dit ce dernier.

-Silence ! Si tu me retenais ici, c’est que ton alliée n’était pas assez fort pour que votre duo puisse me vaincre. Au vu de ta force, il ne doit pas être un trop grand danger. Mon sabreur devrait donc être amplement à la hauteur. D’ailleurs, sabreur, je ne connais pas ton nom.

-Je suis Ixel.

-Je croyais que tu étais un héros de guerre. J’ai jamais entendu ton nom avant.

-Je vous indiquerais un livre. Aidez-moi à me battre, il me faut de l’aide. »

Netal lui donna un part de sa force. Le sabreur se releva, fit quelques mouvements, et fonça dans la mine.

 

                Sarasin était arrivé dans les salles de l’Obsidienne. Il lut les runes en fil d’acier fondu sur un mur :

« Je suis le vent qui vous caresse le visage. Je suis le sol sous vos pieds. Je suis votre ombre et la lumière qui vous éclaire. Je suis…

-Ixel, le briseur de cieux. Comment peux-tu lire une langue disparue depuis des millénaires ? »

Il se retourna vers le nouvel arrivant.

« Il n’y pas une information que je ne puisse déchiffrer. Tu vas t’en prendre à un infirme ?

-Si tu crois que je vais me gêner. Tu es un ennemi, et je dois t’abattre. »

L’assassin continua rapidement sa lecture.

« Ixel, le héros mythique. Il y en a trois au total. Où sont tes compagnons ?

-Privés de leur liberté. Netal a détruit ma prison, et c’est pourquoi j’ai décidé de le servir pour toujours, et ce à n’importe quel prix.

-Netal… Est décidément quelqu’un de difficile à cerner. Je le croyais cruel et malsain, mais il semblerait qu’à part sa haine et sa noirceur qu’il garde pour lui, il ne fasse rien de mal. Si ce n’est peut-être le véritable génocide d’êtres primordiaux qui se passe trois kilomètres au-dessus de nos têtes !

-Ils ont perdu leurs âmes il y a longtemps.

-La vie appartient à tous et à chacun, personne n’a le droit de les exterminer sans raison valable.

-Ils gênent, c’est une raison. Et toi aussi, tu me gênes. »

Sarasin évalua son adversaire. Avec ses béquilles, difficile de semer un adversaire agile. Et Ixel l’était. Malgré son sabre de deux mètres, il était rapide et avait une grande allonge. Si Sarasin n’avait pas la possibilité d’éviter chaque coup, il était mal parti. Pas d’armes adaptées à son adversaire, pas de mobilité suffisante, pas assez d’allonge, pas d’échappatoire, pas de terrain à son avantage, et Netal allait probablement arriver. Situation critique et insoluble. Ixel bondit et tenta une frappe verticale. Sarasin l’esquiva, mais dû subir la poursuite de son attaquant. Une illumination : Le dédale infernal de ces lieux serait parfait. Il bifurqua sur la gauche et disparut dans un couloir.

« Peuh ! Fit Ixel. J’ai vécu ici des millénaires, je connais l’endroit comme ma poche ! »

Sarasin déchira l’ombre et réapparut derrière un mur. Le sabreur était déboussolé.

« Quoi ? Où t’es-tu caché ?! »

L’assassin se concentra, il ressentit les pas de son adversaire sur le sol. Il s’éloignait en courant, le cherchant. Jamais il ne pourrait le pister. Furtivement, il avança à tâtons, déchira de nouveau l’ombre pour revenir à la sortie. Lentement, très lentement, il remonta dans les salles de granit et ressentait toujours Ixel le cherchait là où il n’était pas. Il poussa un soupir de soulagement et partit.

 

                Ecrasé contre un mur, l’Oblitérateur était vaincu. Ses jambes ne pouvaient plus le porter. Emporté par l’épuisement et les blessures. Netal le regarda de haut, lui aussi essoufflé :

« Tu t’es bien défendu, Terreur. Je vais maintenant t’enlever ton casque pour vérifier ton identité. »

Il s’accroupit à coté de lui.

« Tu comprends, je ne doute pas de moi, mais il faut toujours être sûr de soi.

-Ton monologue te coutera cher.

-Et que vas-tu me faire ? Me casser un ongle ? Tu n’es même plus capable de manier ton épée démesurée. Je t’avais dit d’utiliser tes sorts, qu’importe que je te démasque. Tu n’aurais pas perdu. Tu manques de discernement, quelle déception. »

Netal porta la main au casque de l’Oblitérateur. Le vent chassa les nuages et le Soleil les éclaira. Un rayon lumineux les frappa. Tel un météore, la Lumière arriva d’un coup à coté de Netal, repoussant les autres par l’onde de choc.

« C’est à moi de dire ça. Mon meilleur guerrier, se faire capturer ! Je suis obligée d’aller le sauver, quelle déshonneur !

-Tu n’es pas déshonorée, Lumière. Lui répondit Netal. Tu es vexée comme une grosse dinde, rien de plus.

-Quoi ?! »

Le ton calme et neutre de l’homme rendait sa réplique encore plus insultante, alors que ce n’était qu’un constat véridique. La Lumière fit aller et venir sa lance, obligeant Netal à esquiver, et prit son soldat sur l’épaule.

« Je me retire, mais je te ferai payer !

-Tout le monde dit ça avant de mourir à mes pieds. »

Sarasin surgit soudain de la mine et s’agrippa à la robe de la déesse.

« Hep ! Emmène-moi ! Je viens avec vous ! 

-Quoi ? Mais lâche-m… »

Ils disparurent dans le rayon de Soleil. Netal semblait surpris.

« C’était… Qui ? L’intrus ? Ce n’était tout de même pas Sarasin ?! Acolyte !

-Oui monseigneur ?

-Quelles nouvelles de l’Auréole Ardente ?

-Elle est toujours dans les Terres Supérieures, à régler la guerre civile. Même on en entend pas parler de Sarasin, on est certain que Rubis et Améthyste s’y trouvent.

-Au moindre doute, je dois être informé ! Il est possible que je me sois trompé, mais soyons prudent. »

 

 

Nysécthéni

 

                La Lumière, l’Oblitérateur et Sarasin apparurent dans le camp de palais de la déesse. L’assassin fut jeté au sol d’un coup de pied.

« Toi ! Comment oses-tu fouler ce sol !

-Oh, ça va, j’ai passé des années en enfer. C’est pas un sacrilège d’être ici, nan ? Satan, c’est mon ami.

-Je ne parle pas de ça. Nos sommes ennemis, et je me doute que tu ne souhaites que ma mort, pour la jambe que je t’ai arraché.

-Je préfère ne pas y penser. Bon, un, deux, trois, je représente l’Auréole Ardente. Nous nous sommes installé en Ussir, et…

-Quoi ? Vous êtes sur ce continent ! Netal est-il au courant ?

-Non, nous l’avons dupé. Comme je le disais, nous souhaitons nous allier avec t… Avec v… Je vouvoie ou je tutoie ?

-A ton avis ?

-Donc on souhaite s’allier avec toi, vieille branche, pour lutter contre Netal.

-C’était aussi notre souhait. Par contre, ‘vielle branche’ ça passe pas. »

Elle réveilla l’Oblitérateur.

« Debout, toi ! L’Auréole Ardente est avec nous, nous pouvons attaquer !

-Non ! Fit Sarasin. Netal s’est énormément renforcer, et a trouvé des alliés vraiment pas mal. Rubis ne peut plus se battre, car son sceau s’est fragilisé. Par contre, on est en train de retrouver les lames jumelles de l’Armageddon. Quand on les aura, on sera suffisamment puissant. On les filera à Ancrona, je sais pas ce qu’il compte en faire mais ça nous aidera. »

La Lumière hésita, puis dit :

« Soit, j’enverrai l’Oblitérateur et sa coéquipière vous aider. Rejoins ton camp, que Rubis vienne à ma rencontre. Va !

-C’est pas la peine de me prendre de haut, vous savez. Dites-moi plutôt comment je me barre d’ici. »

La déesse claqua des doigts.

« Gardes, indiquez-lui la sortie. »

Il fut encadré par quatre anges en armure et partit. L’Oblitérateur se tourna vers la Lumière.

« Vous allez vraiment les laisser donner des lames jumelles de l’Armageddon à Notre ennemi ?

-Non. Quand ils l’auront trouvé, je compte sur toi pour le leur prendre. Ces armes légendaires seront à nous !

-Vous m’envoyez là-bas, où je ne dois surtout pas être. Pour les trahir, qui plus est. Dans la seule optique que redevenir maîtresse du monde. Il n’y a pas de limite à la haine que j’éprouve envers vous.

-Peu m’importe. Quand Rubis sera là, tu iras avec lui. Je vais réparer son sceau, ça va peut-être me faire remonter dans ton estime.

-Il en faudrait bien plus… Mais c’est un bon début. »

 

 

                Rubis était dans l’entrepôt de fortune, où étaient entassé les vivres.

« Il y a de quoi tenir plusieurs semaines, mais… Et après ? Comment nourrir cinq milles soldats ? »

Il regarda les hommes ranger les boites les unes après les autres. Il alla vers eux pour superviser l’organisation. Au bout d’un moment, il dit :

« C’est bon pour le moment, c’est l’heure du dîner. »

Il ouvrit une boite de vivre et plongea sa main dedans. C’était vide. Il regarda dans les autres, qui étaient pleins.

« Qui a déjà entamé les réserves ?! »

 

 

                Jade pointa sa fourchette vers l’Endeuilleur.

« Allez, fais ‘aaaah’…

-C’est bon, je peux manger tout seul.

-Pas de chichi. Ouvre le bec. »

Il soupira et obéit. Elle lui enfourna doucement le morceau de viande dans la bouche.

« C’est bon ?

-Ch’est très bon. Répondit l’Endeuilleur la bouche pleine. Tu cuichines chuper bien. »

 Sarasin apparut à coté d’eux.

« Si c’est pas mignon… »

Jade sursauta et dégaina par reflexe. Il lui bloqua les bras d’un geste souple et lui arracha ses armes.

« Du calme, dites-moi plutôt où est Rubis. »

Justement, celui-ci arriva.

« Eh, c’est vous qui avez tapé dans les provisions ?

-y’a plus important. Répondit Sarasin. J’ai rencontré la Lumière pendant ma mission d’infiltration .Il s’est passé tellement de chose, c’est galère à raconter. Netal, les êtres Primordiaux, le sabreur Ixel, la Lumière et l’Oblitérateur… Je te raconterai ça en route, il faut aller la voir, elle est disposé à l’alliance.

-A-ah bon ? Sérieusement ?

-C’est plutôt à moi de te dire ça. Elle t’as prit tes deux parents, t’as énormément fait souffrir…

-Elle t’as prit ta jambe, ton empereur et ami.

-Moi, je ne suis plus qu’un fossile. J’ai vécu. Toi, elle t’a tout prit dès ton enfance.

-Mon père m’avait tout donné dès mon enfance. Au final, ça ne fait qu’équilibrer.

-Tu parles beaucoup de lui, en ce moment. Tu lui en veux toujours de t’avoir fait de l’ombre ?

-Non. C’est juste… Qu’il me manque un peu. »

Il s’essuya rapidement une larme.

« Peu importe, il faut aller voir la Lumière. Comme je ne peux pas voler, il va falloir marcher. C’est loin ?

-Plusieurs jours de marche ! Même à cheval, y’en a pour une plombe ! J’vais te porter, t’en fais pas. »

L’assassin le prit dans ses bras et partit à toute vitesse. Jade leva les yeux vers l’Endeuilleur et dit :

« Et nous, on les suit ?

-J’imagine. Mais je cours pas aussi vite. »

Elle le prit dans ses bras et dit :

« Imprégnation, symphonie des vents. »

Elle bondit en direction de Nysécthéni.

 

 

                Dans les salles de l‘Obsidienne, Netal était retourné chercher des êtres Primordiaux sous la terre. Accompagné d’Ixel, qui le guidait. Celui-ci avait appris le Leilos en quelques minutes, avec un dictionnaire. Ils discutaient de l’intervention de Sarasin, cherchant à découvrir son identité.

« Il ressemblait à quoi ?

-Ben, à un homme quoi. Je sais pas trop quoi dire, il avait un bandana.

-Comment il se battait ?

-On s’est pas battu, il a fuit d’entrée. Il m’a semé dans le dédale, juste là. C’est un cauchemar et je le connais par cœur. J’ignore comment il m’a semé.

-… Il aurait pu déchirer l’ombre. J’ai de plus en plus l’impression que c’est notre homme. Mais pourquoi diable aurait-il des béquilles ? Sarasin, infirme ? Ca ne colle pas. Il me semblait plutôt qu’il avait été tué. Et s’il ne l’avait pas été, j’aurai entendu parlé de lui. Je ne comprend pas. »

Il regarda autour de lui.

« Ces lieux sont désert. Pourquoi ?

-Il faut aller plus profond pour trouver quelqu’un, ou quelque chose. Ici réside le pire héros de tous les temps. Crois-moi, mieux vaut ne pas s’y attardé.

-Tu me donnes envie d’y aller. Est-il hostile ?

-Non, pas vraiment. Il est le plus désobéissant, qu’importe la douleur qu’on lui inflige, il ne cèdera pas. Mais il reste dangereux, surtout que vous venez de l’extérieur.

-Quel est son nom ?

-Il s’appelle… »

Un homme se dressa devant eux. Il était assez grand, avec une carrure très impressionnante, une armure avec de la fourrure,  et un bandeau sur l’œil gauche. Les cheveux courts et blancs, une barbe assez courte mais épaisse. Il avait une hache de guerre à double tranchant, noire comme de l’encre.

« Je suis Akyssen, le borgne. Akyssen Gaeh ! Celui qui a déclenché l’Âge des Ténèbres. L’homme le plus haï du monde. Je ne pensais pas trouver dans ces salles un être aussi noir que moi.

-Incroyable, dit Netal très calmement. Jamais ne n’aurai cru vous trouver ici. J’irai droit au but, vos intentions sont-elles hostiles ?

-Non. Es-tu assez stupide pour croire que l’on est heureux, ici, enfermé sous la terre pour l’éternité ? Je ne désire qu’une chose : Remonter. Et j’aimerai que ce soit à vos cotés.

-Pourquoi pas, après tout. Dans ce cas, je te présente Ixel, qui sera directement sous mes ordres au même titre que toi.

-Ixel, le très célèbre. Vous savez qui il fut ?

-Non, je ne lui ai pas demandé. Mais il va nous le dire. »

Le sabreur haussa les épaules.

« J’étais le généralissime de Nohneark, un des trois détenteurs des griffes des béhémoths. J’étais également pour la guerre et, malgré sur j’en n’en sois pas l’instigateur, je suis réputé pour mes actes inhumains et ma cruauté au combat.

-Merveilleux. Répondit Netal. J’ai avec moi deux forces de la nature particulièrement noire. La victoire est proche. Nous sommes peut-être en mesure de vaincre Ancrona définitivement. Nous allons achever de former une armée d’être Primordiaux, pour nous mener un assaut éclatant contre la Lumière pour l’anéantir ! Puis, à l’aide de son pouvoir originel, j’aurai enfin la force d’écraser Ancrona ! Vous êtes tous deux de fiers combattants. Vous serez en première ligne ! N’hésitez pas à crier vos noms, la terreur étreindra le cœur de vos ennemis.

-Il sera fait ainsi, monseigneur ! Dit Ixel.

-Votre règne sera. Répondit Akyssen.

-Rompez ! »

 

                Rubis et Sarasin étaient arrivés au palais de la Lumière. Le jeune homme dit :

« J’ai comme un mauvais pressentiment.

-Je ne vois pas de quoi tu parles. »

Ils entrèrent. Peu après, Jade et l’Endeuilleur atterrirent devant la porte et entrèrent à leur tour. Ils furent tous accueillit par la Lumière, l’Oblitérateur et sa coéquipière. Les deux combattants en armure noir restèrent assis dans un coin, immobile. La déesse dit :

« Bien, nous sommes ici pour parler d’une alliance contre Netal. Il semblerait qu’une fois Rubis rétabli, et les lames Jumelles en possession, vous serez en mesure de vaincre Netal, c’est cela ?

-Si vous nous apportez votre soutien, oui. Répondit Rubis. C’est même très faisable. D’après les estimations de Sarasin, les seuls dangers sont Ixel et Netal lui-même. L’armée de l’Auréole Ardente et de Nysécthéni peuvent faire face aux légions des être Primordiaux.

-Je vais vous aider dans vos recherches. Comment procédez-vous ? »

Rubis hésita. Il se tourna vers Sarasin, qui réfléchit.

« Et bien ? Dit la Lumière qui s’impatientait.

-Ca risque de ne pas vous plaire. Sarasin, ton avis ?

-On garde ça pour nous. Répondit-il. Et on se passera de votre aide pour nos recherches, nous n’en avons pas besoin. Comprenez, nous sommes alliés, pas ami, et vous aussi vous cachez des trucs. Eh, ouais, je suis un assassin, c’est mon travail de découvrir ce que tu veux cacher.

-Tu bluffes. Je ne cache rien.

-Ah oui ? Ouvre-moi la porte, à ta droite. Tu sais, celle que tous tes soldats regardèrent, la main sur le pommeau. »

La Lumière prit une expression sévère.

« Tu as gagné pour cette fois. Fichez le camp d’ici. »

L’Oblitérateur eu un léger mouvement d’épaule, comme s’il allait bouger. La déesse se reprit.

« Euh, excusez-moi, je suis stressée. Pour l’alliance, je vous apporterai le soutien et les vivres nécessaires à votre base. En échange, trouvez ces lames Jumelles de l’Armageddon. Si vous êtes attaqués par Netal, je serai là pour vous défendre.

-Très bien.

-Je vais vous raccompagner jusqu’à la sortie. »

Elle les mena à la porte principale. Ils partirent, ne désirant pas trop s’attarder.

 

                L’Oblitérateur dit :

« C’est la Justice, derrière la porte ?

-Exact. Il n’est pas encore achevé. Il me tarde qu’il le soit.

-Pfff… Je suis sûr et certain que c’est une mauvaise idée.

-Tu dis ça parce que c’est ton antipode, voila tout.

-Non, c’est parce que la justice n’existe pas. Toi-même, tu as commis des injustices. Il te tuera. Et moi ? Pareil, je serai tué. Comme la totalité de l’humanité. Génial comme concept.

-C’est pour ça que ça prend du temps. Faire la différence entre le bien et le mal est facile, mais la destruction du mal ne peut être faite que par la création d’un autre mal. Le mal est partout, et il faut l’accepter. C’est pour ça qu’il faut que la Justice soit prête à cela. Ce sera mon meilleur sujet. En attendant, c’est toi. »

Elle bailla.

« Assez discuté. Va faire une patrouille, je t’ai assez vu.

-C’est moi qui vous ai assez vu. »

Il partit, suivi par sa coéquipière. Soudain, un ange arriva en volant et se posa devant la déesse.

« La situation est grave ! Les légions de Netal sont en route vers Nysécthéni !  Ils seront là d’ici une journée ! »

La Lumière laissa tomber sa lance de surprise.

« Quoi ? Vous êtes sur que ce n’est pas un assaut d’harcèlement ?

-Oui ! C’est un assaut de conquête, les légions sont immenses, commandées directement par Netal et deux généraux d’identités inconnues ! Ses armées comptent de nombreux êtres primordiaux d’une force époustouflante ! Quelles sont vos ordres ? »

La déesse resta muette.

« Vos ordres ? »

L’Oblitérateur dégaina.

« Grognasse inutile. Trouve quelque chose !

-Je… Je ne sais pas. S’il porte une attaque, je n’ai rien contre lui. Je… Je ne sais pas quoi faire. A part aligner l’armée des anges, il n’y a rien à faire.

-Touriste ! Aboya le guerrier noir. Rattrapez vite l’Auréole Ardente, qu’elle envoie son élite, et pas ses troupes. Il y a peut-être quelque chose à tenter. »

La Lumière ramassa son arme.

« Je vais en première ligne !

-Non ! Lui hurla le guerrier ; Tout ce que Netal veut, c’est te tuer pour récupérer ton âme et tes essences Originelles ! Tu restes derrière, et tu viendras quand je te le dirai ! 

-Oui… »

Elle ne réalisait même pas que son serviteur lui avait donné des ordres. Tous les calculs qu’elle avait fait s’étaient effondrés, elle était perdue, mais pas l’Oblitérateur. Car c’est lui, l’antipode de la Justice. L’Oblitérateur était le Courage. Des six nouveaux archanges, il n’y avait que lui pour mener l’opération.

« Allez me chercher la Prudence et la Foi ! »

Chaque archange était relié à une vertu principale : La prudence, la foi, la justice, le courage, l’amour, l’espérance et la tempérance.

« Espéra, dit-elle à sa coéquipière comme si ses mots lui arrachaient les lèvres, on va avoir besoin de toi quand l’Auréole Ardente sera là. Monte dans la tour la plus haute !

-A vos ordres ! »

Il posa son arme sur l’épaule et courut vers les remparts.

« Position de combat, adoptez une tactique défensive ! Nous devons tenir jusqu’à l’arrivée des renforts ! »

Les archers s’alignèrent aux créneaux. Le pont levis se releva, la herse se baissa, et un champ de force se déploya autour de la cité. A l’horizon, une armée de forme irrégulière, avec des bêtes volantes en éclaireurs. Ces créatures étaient parfois magnifiques, parfois répugnants.

 

 

                La troupe de Rubis était du le chemin du retour, parlant de tout et de rien.  Sarasin se figea.

« Un problème ?

-Quelqu’un vient vers nous. Il est paniqué. Et c’est un allié… Il fait de grands bonds. »

Un ange se posa devant eux, à bout de force.

« Chers alliés… Huf… Huf…

-Sois bref. Ordonna l’assassin.

-Netal attaque ! Il faut… Huf… Huf… Il faut aider la Lumière ! »

Rubis déploya le Phénix.

« Vous, partez devant, je vais chercher les autres ! »

Sarasin le plaqua au sol.

« Pas de Phénix !! »

L’ange de Feu soupira. Le messager reprit :

« Pas votre armé ! Elle serait écrasée ! Juste votre élite !

-Je sais ! Foncez ! »

Il courut en sens inverse.

 

 

                Netal leva la main et la troupe s’arrêta.

« Nysécthéni est visible. Préparez-vous à l’assaut. Akyssen mènera l’attaque de front. Ixel dirigera la cavalier pour attaque par l’Est. »

Les généraux acquiescèrent.

« Nous devons nous pressez pour profiter du chaos que nous avons semé. Prêt ? »

La horde poussa un grand cri de guerre.

« Chargez. »

Les êtres primordiaux à quatre pattes avançaient en première ligne, compte tenu de leur vitesse. Suivis de l’armée noire régulière, appuyé par les êtres primordiaux bipèdes. A la suite, les lanceurs de sorts ou les êtres capables d’user de projectiles. La cavalerie, qui chevauchaient des panthères noires primordiales, bifurqua sur le coté. Akyssen, sur un étalon noire aux yeux rouges, était avant toute l’armée. Sa monture avait les sabots enflammés et une crinière de feu. Il prit sa hache et cria :

« Technique ancestrale. Impact vulcain. »

Le rempart explosa, comme frappé par un objet inconnu, faisant jaillit de la lave à l’intérieur. L’Oblitérateur était surpris par cette attaque.

« C’est quoi ce délire ? Ca me rappelle quelque chose… »

Sarasin apparut à coté de lui.

« Il n’y a qu’une personne capable de faire jaillir de la lave en fusion depuis n’importe où, et même à cette distance.

-Fait pas le mystérieux, c’est qui ?

-Akyssen Gaeh… L’homme qui a déclenché l’Âge des Ténèbres. C’est le plus grand destructeur qui ait foulé ce sol. Comment peut-il être face à nous ? »

Les autres arrivèrent. Arthémis était blême.

« J-j’ai entendu. C’est mon ancêtre… Là ?

-Oui. C’est celui qui a anéanti ta famille. Mais ne t’approche pas de lui, il a une force démentielle. 

-Mais…

-Tu ne dois pas perdre ton sang-froid ! »

Le guerrier devenait rouge de rage. Au loin, résonna :

« Impact vulcain ! »

Le rempart vacilla mais tint bon. C’était une déesse Universelle qui l’avait dressé, il était très résistant. Sarasin quitta Arthémis des yeux une seconde. Celle d’après, il n’était plus là.

« Quoi ? Où est-il ?! C’est pas vrai ! »

 

                Akyssen arrivait en bas des remparts. Face à lui, un homme seul. En armure bleue.

« Quel inconscient. C’est toujours eux mes premières victimes. Voila longtemps que je n’avais pas fait coulé le sang… »

Il s’approcha à vive allure, puis aperçut le tabard. Celui des Gaeh. Il fit se cabrer sa monture.

« Halte ! Arrêt général !! »

Toutes l’armée s’arrêta d’un coup, parfaitement disciplinée. Netal bondit jusqu’à Akyssen.

« Que signifie ceci ?!

-Je ne peux pas lutter contre un de mes descendant. »

Il désigna cet homme en armure, qui leur faisait face, seul. Netal le regarda avec une certaine admiration.

« Sa haine envers toi est impressionnante.

-Cela n’a rien d’étonnant, mon échec à la domination du monde a terni à jamais la réputation de ma famille. Il me haït, c’est vrai, mais rien ni personne ne peut me pousser à lever les armes contre un père, un frère ou un fils. »

Il descendit de son cheval et, ignorant les archers ennemis, alla à la rencontre de son descendant.

« Qui es-tu, mon garçon ?

-Je réponds au nom d’Arthémis Gaeh.

-C’est un joli nom. J’imagine que je n’ai pas à me présenter, mais je vais tout de même le faire. Je suis Akyssen Gaeh.

-Akyssen… Ta réputation te précède. »

Il leva son épée vers lui.

« J’ai toujours voulu te poser une question. Une seule. Et je ne pensais pas en avoir jamais l’occasion. Akyssen, regrettes-tu seulement tes actes ?

-Il va falloir être plus clair. Je… »

Netal les interrompit et dit à son général :

« Si tu ne veux pas te battre, retire-toi. Mais l’assaut doit être mené.

-Silence, gamin. Répondit le borgne à son supérieur. Je me déciderai après cette conversation. Arthémis, pour te répondre, non. J’ai tenté de devenir le maître du monde, et j’ai échoué. Je ne regrette rien. Néanmoins, j’ai une peine infinie envers ma famille, qui est haïe par ma faute. Personne n’a à assumer mes actes. Je suis prêt à répondre de tout ce que j’ai fait, et il est hors de question que quelqu’un paye à ma place.

-Une réponse… Ambigüe.

-J’ai toujours porté un amour profond à notre famille. C’est la raison pour laquelle je voulais la porter au rang de domination mondiale. Elle a veillé sur Wyrim et l’a fait prospérer. C’aurait été si beau qu’elle règne sur le monde. Assouvissant ainsi mon rêve d’honneur en même temps mon ambition personnelle, j’ai déclenché cette guerre. J’aurai dû la gagné. Sans Lucy, les Gaeh seraient maître du monde, et celui-ci serait en paix. L’Ordre des Majors est une farce. Le Major Absolu, ou Majab, n’est qu’un vantard. Arthémis, ne penses-tu pas que notre famille aurait apporté la prospérité à tous ?

-Au prix de six milliards de vies ?! Tu penses vraiment être quelqu’un de bien ?

-Non. Je suis l’incarnation du mal ! »

Il brandit sa hache vers les cieux.

« Le Bien que j’aurai fait ne serait que le résultat de mon égoïsme et de ma soif de pouvoir. Je n’ai aucun respect pour la vie ! Je ne vis que pour moi et ma famille, personne d’autre. Libre à toi de me juger comme tu l’entends, mais je ne me battrai pas contre toi. Si tu veux bien t’écarter, j’ai une ville à massacrer et un dieu à tuer. »

Arthémis empoigna son épée à deux mains.

« Tout ce que j’ai subi par ta faute… Tout ce que ma mère a subi ! Tout ce que mon père a subi ! Toute cette souffrance que ma famille a enduré pendant un millénaire ! Tu vas le payer maintenant ! »

Il se jeta sur Akyssen. Celui-ci fit signe à sa troupe de ne pas bouger, et saisit la lame entre ses doigts avant de la lui arracher.

« Cette épée est médiocre. »

Il la brisa d’une seule main.

« Je t’en donnerai une autre. Faites-le prisonnier. Arthémis, une fois la bataille finie, je te relâcherai. En attendant, reste sagement en observateur. Je ne te ferai pas de mal.

-M’empêcher d’aider mes amis et les regarder mourir, tu appelles ça ne pas me faire de mal ?!

-Peuh. Tu t’en remettras. Tant que ce n’est pas la famille. Emmenez-le loin d’ici. »

Il prit sa hache dans la main et frappa le rempart qui vacilla.

« Reprenons : Amenez les échelles ! »

La cohue se ranima les l’ascension reprit. Une tour de siège s’approcha en roulant.

 

                Au créneaux, l’Oblitérateur fit un geste et tous les archers tirèrent.

« Feu à volonté, n’arrêtez pas tant que vous respirez ! »

Il repoussa un assiégeant, puis donna un coup de pied dans une échelle pour la faire tomber dans les troupes. Il jeta son immense épée sur la tour mobile et la brisa. Grâce à la chaîne qui le reliait à son arme, il la remmena à lui et reprit le combat.

« J’en ai rien à foutre que Netal ressorte des ennemis d’ailleurs ou du passé. Sur la terre, en mer, dans les airs, je les écraserai tous un par un ! »

Un impact violent retentit sur le rempart, faisant jaillir de la lave sur le guerrier noir. Le liquide rouge recouvrit les soldats anges. L’Oblitérateur en ressortit en brandissant son épée vers le ciel. Il sauta sur une échelle et se poussa dans le vide, atterrissant en douceur au milieu des troupes ennemies.

« Engagez l’ennemi ! Il faut le forcer à se replier ! »

Il bloqua un coup de hache d’Akyssen de son épée. La puissance le fit reculer de plusieurs mètres, mais il tint bon.

« J’ai rarement eu l’occasion de combattre un destructeur de mon niveau. Dit le Gaeh. Mais l’issue semble évidente. Vous êtes en sous-nombre, et personne ne peut rivaliser avec Netal ni moi-même.

-Tu espère m’intimider ? Ah, tu rêves. »

Il tourbillonna pour abattre la piétaille autour de lui, et fondit sur Akyssen.

 

                Sur les remparts, la troupe de l’Auréole Ardente était complètement dépassé. Ils n’avaient pas le niveau. Combattre les soldats, oui, mais pas les chefs qui les tuerait d’un coup. L’Endeuilleur regarda le champ de bataille avec son œil de faucon, observant les mouvements de chacun. Il regarda à l’Ouest, puis à l’Est, et cria :

« Là ! Caché derrière une montagne, il y a une cavalerie ! Ne sortez surtout pas les soldats, ils n’attendent que ça ! »

La Lumière suivit le regard de l’archer stellaire.

« Je vois leur général… Je le connais. C’était un guerrier qui a servit pendant l’Âge des Ténèbres… Ce sabre noir… Ixel ! Je n’en reviens pas, deux vestiges de la pire guerre du monde sont ici ! »

Sarasin observa les situation.

« Alors on est mal. L’Oblitérateur peut contenir Akyssen, la Lumière peut contenir Netal, mais qui peut contenir Ixel ? Si on le laisse libre de ses mouvements, nous sommes tous morts. J’ai eu affaire un lui, la vitesse d’un assassin et la puissance de frappe d’un destructeur. »

Il leva les yeux.

« Je ne vois pas d’issues à cette situation. »

Un frisson très humain grimpa dans le dos de la déesse.

« L’Enfer ne combattra pas à nos cotés ?

-Non, ils sont neutres. Dit la Lumière. Il n’en ont pas le droit.

-Votre arme secrète, elle sera prête quand ?

-Pas avant des mois.

-Des mois… »

L’assassin eut un flash, puis sourit malicieusement.

« Ancrona n’a pas voulu se battre. Mais il y a quelque chose qu’il peut faire. Vous, gagnez du temps. A n’importe quel prix. Même vos vies. »

Il disparut. La Voix du Peuple apparut à sa place, l’archer sursauta.

« Vous ?!

-Oui. Endeuilleur, vous avez la possibilité de changer le cours de cette bataille, car vous êtes un combattant à distance. L’Energie E est la foi des gens. Si vous y croyez, ils croiront en vous, et vous aurez leur force.

-Je… Je ne pense pas en être capable. C’est trop de puissance ! Demandez à Rubis !

-C’est toi que j’ai choisi. Que le peuple a choisi. Si tu veux y croire, tu peux le faire.

-… J’ai peur. »

 

                « Impact vulcain ! »

L’Oblitérateur dévia le coup et frappa Akyssen au ventre. Celui-ci posa un genou à terre.

« Incroyable… Quel combat ! »

Il bondit en avant et tenta de trancher la gorge du guerrier noir, qui saisit le manche d’une main pour bloquer l’arme. La force manqua et il perdit l’équilibre. Akyssen en profita pour bondir, prêt à donner un ultime coup.

« Exécution volcanique ! »

L’Oblitérateur prit son épée en main et contre-attaqua en frappant droit devant lui :

« Frappe de la Destruction sans fin ! »

Akyssen, surpris, para de peu l’attaque en mettant sa hache devant lui. La coup fut si puissant que sa garde tomba et la lame de l’arme démesurée s’enfonça un peu dans son épaule, explosant l’armure au passage.

« Personne ne m’avait infligé pareille blessure depuis un millénaire… Cette technique, tu l’as volé au cavaleir de l’apocalypse de la Guerre. Ill est temps pour moi de me battre vraiment ! Tu n’as plus aucune chance ! »

L’ancêtre des Gaeh invoqua des nuages noirs, et sa hache se couvrit d’obsidienne tranchante.

« Je vais taillader ton épée !

-Pff, elle est Originelle, absolument indestructible. Même la Lumière, à son apogée, n’a pu la détruire. »

Akyssen fondit vers son ennemi, faisant une trainée de feu derrière lui, et porta un violent coup dans la lame du guerrier noir. Celui-ci fut rejeté en arrière sur une centaine de mètres avant de se cogner au rempart de Nysécthéni. Il se releva en se tenant la tête.

« Bon sang, quelle force ! »

Il regarda son arme, qui n’avait rien. Il passa ses doigts sur la lame, fièrement, et toucha une irrégularité. Surpris, il regarda de plus près. La lame avait une légère entaille de quelques centimètres, à l’endroit le plus fin.

« Invraisemblable… »

Akyssen le chargeait. Il jeta son arme en haut des remparts et y grimpa à l’aide de sa chaine.

 

                L’Oblitérateur arriva devant L’Endeuilleur et la voix du peuple.

« C’est qui, ce mec ? Demanda-t-il en pointa l’apparition du doigt.

-Je suis tout, je suis un, je suis…

-C’est la Voix du Peuple, coupa l’Endeuilleur. Inutile de t’en préoccuper. »

Le guerrier désigna son arme.

« Il a réussi à l’ébrécher. Cette arme était indestructible. Comment ? Même-moi, je ne pourrais pas faire ça. S’il me touche avec sa technique, aucune armure, pas même divine, ne pourrait me sauver. Je peux le contenir, mais le vaincre… C’est impossible.

-J’ai une idée, dit la Lumière. Rubis, tu ne peux plus te battre, n’est-ce pas ?

-Ben, oui. Répondit celui-là.

-Et bien parfait. Oblitérateur, retourne le combattre.

-Pfff… C’est toi la chef. »

Le guerrier soupira et sauta vers Akyssen. La déesse prit Rubis par le col.

« Je vais te poser un sceau, comme convenu. Tu pourras utiliser ton pouvoir sans danger d’ici trois heures. Pendant ce temps, tu ne pourras rien faire, alors fais attention. »

Elle le jeta du haut des remparts, vers l’Oblitérateur et Akyssen. Il atterrit en hurlant :

« Wouaaaaaaaaaaa !! »

Il fut réceptionné par le guerrier.

« Mais elle est folledingue cette connasse ! Ca va barder ! »

Le Gaeh s’étira en attendant.

« Que ce gamin foute le camp, dit-il. Je n’ai pas de temps à perdre avec le menu fretin. »

L’Oblitérateur se braqua.

« Je vais t’expédier en enfer, mes amis t’y attendent.

-Lâche ce môme, et bats-toi ! »

Le guerrier noir planta son arme dans le sol et repartit vers la base.

« Je le ramène, je reviens.

-Si tu crois que je vais te laisser faire… Retourne-toi, je n’hésiterai pas à attaquer dans le dos. »

Il n’eut pas de réaction.

« Si c’est ça… »

Il renforça le tranchant de sa hache par de l’obsidienne et chargea. Le sol se fissurait sous ses pas, mais le guerrier noir continuait de l’ignorer. Il bondit :

« Exécution Volcanique ! »

En un instant, l’Oblitérateur jeta le jeune homme et récupéra son arme à l’aide de sa chaine, para l’attaque et repoussa violement le Gaeh.

« Tu vas le regretter. Sarasin !! Viens chercher Rubis ! Immédiatement !!! »

Il avait hurlé si fort que tout le champ de bataille avait entendu. Du sang sortait des oreilles des ennemis proches. Il chargea Akyssen et frappa. Celui-ci para simplement, mais plia sur la force du coup. L’Oblitérateur fit un véritable déluge de métal. Akyssen, tout en restant calme, pensa :

« Il y a encore une seconde, je le dominais, tant sur le plan de la force que la vitesse. Il vient de prendre le dessus, je dois trouver la source de son pouvoir et la détruire. Mais qu’est-ce ? »

Il regarda Rubis, tout tremblant, assis sur le sol, désarmé et à la merci du premier venu. Au loin, Sarasin courrait à sa rescousse. Akyssen esquiva pour se dégager du combat, puis fondit vers le jeune homme.

« Tu ne vas pas aimer ça ! »

Il abattit sa lourde hache. Un grand flash l’aveugla et l’Oblitérateur dévia son coup, fit un tourbillon et frappa Akyssen en plein poitrail. Celui-ci fut rejeté en arrière et tomba sur le sol.

« … Je reconnais ma défaite. Tu es plus fort que moi, je ne peux l’emporter.

-Je ne cesserai le combat qu’après t’avoir démembré et arraché une à une chacune de tes vertèbres !

-Mais le combat ne cesse pas. »

Il leva la main.

« Maître Netal, j’aurai besoin d’aide. »

Aussitôt, le désigné apparut entre les deux guerriers. Il soupira.

« Akyssen… C’est une blague ? Tu perds face à lui ? Je l’ai combattu, je sais quelle force il a.

-Combattez-le de nouveau, vous comprendrez.

-Soit. »

Il se mit en position de combat à mains nues, puis tenta un assaut frontal direct. L’Oblitérateur dévia la frappe de son arme, enchaina avec célérité un tourbillon, lui permettant de frapper son ennemi au visage, continua et abattit sa lourde épée sur le dos de Netal, mis à terre. Celui-ci ne put que subir, surpris, et se dégagea après coup.

« J’ai bien cru qu’il allait me briser la colonne vertébrale. Une vraie chance que je me sois protégé. Il n’est plus le même. Mais cela ne nous arrêtera pas. Allons-y ! »

Ils chargèrent tous les deux face. L’Oblitérateur courut vers eux pour les contrer. Soudain, Ixel apparut à coté de lui et manqua de le décapiter. Le guerrier noir dû s’arrêter.

« Trois contre un…

-Tu imaginais que nous serions fair-play ? »

Une lance traversa le groupe pour se ficher dans la poitrine d’Ixel. Celui-ci l’arracha en grognant, le cœur avait été largement manqué, quand bien même, la blessure n’était pas assez profonde. La Lumière l’avait touché, du haut de ses remparts.

 

                La déesse regardait nerveusement autour d’elle. Jade lui dit d’un ton agressif :

« Bon sang, qu’est-ce t’attend pour aller aider ton champion ?!

-Et mourir avec lui ? Sans moi, merci. Il faut que nous soyons trois. Mais j’ai déployé le nécessaire pour gagner assez de temps.

-Comment ça ?

-Regarde Rubis. »

 

                L’Ange de Feu, privé de ses ailes et de ses forces, courait désespéré à travers la bataille. Akyssen frappa le sol du poing.

« Frappe sismique. »

Le sol se fissura, s’érigeant en pointe vers le haut, et rattrapa Rubis. Un pic de roche lui traversa la poitrine.

« Bien. Dit le Gaeh. L’Oblitérateur ne peut plus dépasser ses limites.

-Comment ça ? Demanda Netal.

-Sa respiration, sa pression sanguine et l’entrainement de ses muscles. Il ne peut avoir assez d’oxygène ou de glucose que pour produire une quantité limitée d’énergie. Pourtant, il est allé au-delà de cette limite. Et cela concordait avec la venue de Rubis. L’ayant supprimé, notre ami guerrier est limité de nouveau. Je ne suis pas réputé pour ma force, mais pour ma terrifiante capacité à évalué mes ennemis avec bien plus de précision que n’importe quel assassin ou guerrier ! »

Il ricana.

« Il est temps de porter le coup de grâce. Ixel, peut-être ?

-Avec joie. »

Le sabreur leva son arme, prêt à décapité son ennemi. L’Oblitérateur baignait dans une flaque écarlate. C’était son sang, celui d’Akyssen n’avait quasiment pas coulé. Il n’y avait plus aucun espoir. Et la peur lui étreignait le cœur.

« Un dernier mot ?

-Je… Je n’en peux plus… »

Il tremblait de plus en plus. Immédiatement, la Lumière apparut à coté de lui et le plaqua au sol du manche de sa lance.

« Ne fais pas quelque chose de stupide, toi. Nous pouvons retourner la situation. »

Le guerrier la saisit par sa toison.

« Rubis ! Guéris-le ! Il… Il…

-Ne t’ai-je pas dit que j’allais assurer sa survie ?

-Tu l’as jeté du haut des remparts ! Tu…

-Notre allié arrive. »

 

 

                Les remparts de Nysécthéni explosèrent. Un ange en armure en était l’origine. Armé d’une épée, il regarda autour de lui.

« Où suis-je ? Qu… Qui suis-je. »

Il regarda le champ de bataille. Il était complètement déstabilisé.

« Quel est ce monde ? Quel est ce monde sans justice et rempli de haine ? »

Il fut attiré par une force supérieure, et jeté aux pieds de Netal.

« Un ange en armure dorée. C’est ça, ton arme secrète, Lumière ? »

Il se releva.

« Je ne suis pas une arme ! Je suis un être vivant !

-Non. Répondit Netal. Tu n’es qu’une entité artificielle née dans une fiole, conçu dans le seul but de servir et combattre.

-Quelle noirceur… Ton cœur est la chose la plus noire que j’ai jamais vu. »

Akyssen posa sa hache sur son épaule.

« T’as regardé de mon coté ?

-Tu es loin derrière, mais tu restes mauvais. Si mauvais… Si malsain… »

L’ange prit sa tête entre ses mains.

« J’ai mal… Quel est ce maléfice ?! »

L’Oblitérateur se releva en prenant appuie sur son épée.

« Si tu ne te bats pas, ne reste pas dans ce conflit !

-Qui es-tu ? Tu es si… Complexe. Noir, blanc…

-Je suis le Courage. Tu es la Justice. Montre-moi la force de ce que tu représentes, ou la vengeance que je porte prendra ta place ! »

L’ange marcha jusqu’à Rubis, recroquevillé sur lui-même et baignant dans son sang. Une douce lumière l’enveloppa et résorba ses blessures.

« Qu’il en soit ainsi. »

Il fondit furieusement sur Netal et fit de nombreux enchainements de coups avec son épée, acculant son adversaire qui ne pouvait rien faire.

« Tourment : Le désespoir ! »

Le sort se dissipa.

« La Justice ne sent pas le désespoir ! Il y a toujours quelqu’un pour y croire ! Et tant qu’il y a quelqu’un, je vivrai !

-La Justice… Cette douce utopie. Tourment : Les regrets ! Vois tes erreurs ronger ta raison ! »

C’était inefficace.

« Rendre la Justice est une chose terrible, et les erreurs arrivent. Mais je ne regrette rien. Car si je le fais, tout s’effondrera. »

Netal recula d’un pas.

« Ton âme est forte. Mais peut-elle résister à ça : Fissure de l’âme ! »

La Justice eut un spasme de douleur.

« Destruction mentale ! »

L’Ange posa un genou à terre, mais trouva la force de se relever.

« C’en est fini. Anéantissement psychique !! »

L’Oblitérateur, aux prises avec Akyssen, se dégagea de son combat pour s’interposer et encaissa l’attaque de Netal. Son âme n’étant pas affaiblie par les techniques précédentes, il n’eut aucun mal à l’encaisser.

« Tu tiens encore sur tes jambes ? Dit Netal. En quoi es-tu fait ? »

Le guerrier noir n’avait plus la force de répondre.

« Incapable de parler, mais tu peux encore manier cette arme démente et résister au grand Akyssen Gaeh ? »

Le guerrier posa un genou à terre, à bout de force. Il semblait mourir d’épuisement. Netal ricana.

« L’immortalité, c’est fini. Chemin des damnés ! »

Netal leva le poing. Puisant son énergie d’une source inconnue, l’Oblitérateur reprit son épée et l’abattit férocement sur son ennemi et le toucha violement à l’épaule. Il enchaina avec un tourbillon qui repoussa ses ennemis, et cria :

« Frappe de la destruction sans fin ! »

L’immense morceau de métal brisa la garde de Netal et lui transperça les abdominaux. L’armure des bras du guerrier noir explosèrent au moment où il frappa, ses membres étaient couverts de sang et de plaies profondes et graves. Immédiatement, Ixel vint se mettre en rempart devant son maître alors qu’Akyssen ripostait contre l’Oblitérateur, et dit :

« Incroyable. Tu dépasses largement tes limites, tu sembles infatigable et tes blessures semblent te renforcer. Mais il semblerait que tu te sois enfin tari. L’état de tes bras montre que tu n’as plus la force d’encaisser la violence inouïe de tes propres attaques. Tu as vaincu Netal, je t’en félicite, mais je suis encore là. Ixel également. Et nous avons notre armée. La Lumière et Justice ne sont pas au niveau. »

Il leva sa hache.

« Les terres de feu !! »

Les nuages devinrent noirs, et des immenses flaques de lave en fusion en tombèrent d’un coup. Nysécthéni fut protégé par son champ de force, mais l’armée était vulnérable. La Lumière protégea ses alliés proches.

« Où est Rubis ? Sarasin l’a sauvé ? Demanda l’Oblitérateur.

-Calme-toi. Si Sarasin y est allé, il est hors de danger. »

Ixel ricana.

« Ah ouais, Sarasin, le mec avec un bandana. Je l’ai éclaté avant de venir. Son cadavre doit être par là. »

Il pointa du doigt l’immense champ de bataille où s’accumulaient les dépouilles. L’Oblitérateur se leva d’un bond, son arme à la main.

« Je dois y aller.

-Ben tien, comme si j’allais te laisser faire. »

Ixel repoussa l’Oblitérateur pendant qu’Akyssen assurait la garde de son maître. Justice fondit vers le champ de bataille à la recherche de Rubis. La Lumière frappa le sol de sa lance.

« C’est fini, tu peux te reposer. Nous avons gagné. Justice est allé sauvé Rubis. 

-De quoi ? »

D’immenses runes lumineuses apparurent autour de tout le champ de bataille, invoquant un sortilège gigantesque. Netal murmura :

« … Aussi grand ? »

Le sort se canalisa autour d’eux en repoussant la lave. Mais la portion où était Rubis fut englouti par le liquide. Justice en revint à temps, Sarasin dans les bras.

« Mission accompli. Je n’ai eu qu’à chercher celui qui avait le cœur le plus pur.

-Quoi ? Paniqua la Lumière. Mais c’est pas lui ! Il… S’il est mort, alors tout est fini. »

L’armure de l’Oblitérateur se fissura sans aucune raison.

« Qu’est-ce que cela signifie ?! »

Ixel lui fondit dessus, et le guerrier noir le frappa en pleine tête à d’un violent coup d’épée.

« Il m’a… Prit de vitesse… »

Les runes capturèrent ce dernier. Akyssen chargea :

« Colère du magma ! »

L’Oblitérateur para le coup et repoussa le Gaeh en maniant son arme d’une main, fit un tourbillon et le frappa à l’épaule. Il traversa l’armure comme une feuille et arracha à moitié le bras de son adversaire qui hurla de douleur.

« Rubis ! »

Ses épaulières se fissurèrent et son armure pectorale continua de tomber en morceaux. Netal hurla :

« Comment peut-il encore se relever ?! »

 

 

                Marchant dans la lave avec sérénité, émanant d’une aura ardente, Rubis vint à eux.

« Le Phénix est un incapable. C’est encore à moi, le Basilic, de sauver ce jeune homme. Et le sceau de la Lumière a failli me bloquer.

-Comment as-tu fait ? Demanda la Lumière.

-J’ai exploité la puissance de Phénix, que tu avais scellé pour les heures à venir. Ainsi libéré, je suis ignifugé. Je vais relâcher mon emprise, vous vous occupez de lui, hein ? Toi, Lumière, la prochaine fois que tu me balances sur le champ de bataille dans le seul but de me faire tuer, je trouverai le moyen de te faire tomber. »

Les flammes disparurent et Rubis s’effondra. L’Oblitérateur le rattrapa doucement. Il regarda sa déesse.

« Il faudra qu’on ait une discussion désagréable, tout les deux. Mais d’où vient ce sort qui a terrassé nos ennemis ? »

Sa coéquipière arriva en courant comme une jeune fille. Essoufflée par sa course de même pas cinq cents mètres, elle dit :

« C’est moi. Si on me laisse canaliser un sort pendant autant de temps, ce n’est pas bien difficile. »

Elle se tourna vers ses ennemis.

« Vous appréciez vos prisons runiques ?

-Quoi ? Fit Netal. C’était une prison ? Je croyais que c’était un décor. »

Il respira un coup, et brisa le sort de son aura haineuse. Akyssen se mit en garde.

« Le combat continue !

-Non. Coupa son chef. On s’arrêta là. Poursuivez-nous si ça vous chante, à vos risques et péril. »

La Lumière fit signe à ses troupes de se retirer. Poursuivre la bataille ne leur apporterait pas la victoire. Ce n’était pas une guerre, c’était une compétition. Seule une victoire éclatante les départagerait, pas une victoire arrachée de justesse. Akyssen posa sa hache et leva la main.

« Je n’ai qu’une parole. Comme convenu, je libère Arthémis. »

Les troupes de Netal se séparèrent pour faire avancer sa cage, et le libérèrent. Celui-ci bondit dehors.

« Akyssen !! Cria Arthémis. Puisque cette bataille est finie, je peux te défier d’homme à homme ! Toute la haine que je te voue, toute cette rancœur, je vais te la faire sentir au fil de ma lame !

-Tu sais que c’est impossible. La personnification de la haine est dans notre camp. Je suis ton ancêtre, et avant tout, tu sais qui je suis. Je ne suis pas à ta portée. Tu l’as déjà vu.

-Je vais te tuer !

-… Mais retenez cette furie ! »

La Lumière saisit le jeune Gaeh par le col de l’armure.

« Si tu veux prendre une raclée, c’est comme tu veux. Mais tu la prendras plus tard. Vous avez joué votre rôle. On rentre.

-Deux secondes. »

Akyssen traça des runes sur le sol et fit une invocation. Une épée bleue sortit lentement du sol.

« Je t’avais dit que je te donnerai une nouvelle épée. Son nom est ‘La nuit arctique’. Fais honneur à ta famille. »

Il la lui donna.

« Maintenant, nous partons. »

 

 

 

 

Les Lames de l’Armageddon

 

                L’Oblitérateur fut transporté d’urgence à Nysécthéni. Son armure en morceau ne laissait que son casque, ses épaulières, la moitié du torse, le bassin et une jambière sur deux. En dessous, il était bel et bien humain. Ce n’était pas dit. La Lumière semblait à la fois déçu et débordante de joie.

« Y vous arrive quoi ? Demanda Sarasin.

-Je suis déçue par la Justice. Il ne s’est pas montré à la hauteur. Mais le Courage… L’Oblitérateur plûtot…

-Quoi ?

-Mais regarde mon champion ! Mon champion est fantastique ! Donnez-lui l’ordre de tuer, et il se battra au-delà des limites de la mort elle-même ! Il peut vaincre Netal et Akyssen pourvu qu’il soit motivé ! Quelle douce brutalité il a là. Il bâtira mon univers !

-C’est ça, bonne rêverie. »

Au loin, on entendit le guerrier dire :

« Voyons, inutile de me transporter, je peux me déplacer sans votre soutien. »

Mais étrangement, l’assassin comprenait :

« C’est quoi ce cérémonial ?! Lâchez-moi, j’peux marcher ! »

Cet homme était définitivement étrange. Il alla le voir.

« Eh toi.

-Quoi ?

-Je veux te poser une question. Pourquoi es-tu au service de la Lumière ?

-… Parce qu’elle est plus forte que moi !

-Normalement, oui, mais tu as momentanément surpassé sa puissance pendant le combat… Non, tu l’as amplement dépassé. Ce n’était pas comparable. A ne pas douter que tu la vaincrais. Alors, réponds. Pourquoi es-tu à son service ? Tes manières t’ont trahi, je sais que tu la haïs.

-… Je n’ai pas le choix. Ma place est au royaume des morts. Si je peux fouler ce sol, c’est grâce à elle.

-Alors pourquoi tu n’y retournes pas ?  Le monde des vivants importe peu aux morts.

-J’ai mes raisons. Dégage !

-D’accord d’accord ! »

 

 

                Netal s’assit sur son siège pour se remettre de ses blessures.

« Je ne peux pas le croire. Comment ai-je pu perdre ? Qui est cet… Oblitérateur, pour commencer ? Où puise-t-il sa force ? »

Akyssen se mit à genou devant lui.

« Maître… J’ai calculé précisément la force déployée par ce guerrier noir. C’est… Surréaliste.

-Je veux des données précises. Il a dû recourir à 120, 130% de sa puissance maximale… D’où tire-t-il cela ?

-Maître, les chiffres sont bien plus grands que cela, il…

-Soit, va pour 150%.

-Mais…

-Je refuse de croire qu’il ait déployé le double de sa puissance !

-Maître ! Il… Entre sa limite et la culmination de sa force, le gouffre est gigantesque.

-Abrège !

-Il a quintuplé sa puissance physique !

-Qu… Quintu… »

Il se leva.

« Absurde !! Comment un guerrier peut-il déployé cinq fois plus de force que son maximum ?! C’est insensé ! C’est déjà difficile à croire qu’il est dépassé son maximum, mais là ! Tu as dû faire une erreur !

-Il n’y a pas d’erreur possible !

-Il a dû recevoir le soutien de quelqu’un ! Une bénédiction, une aide…

-Non. Aucun sort ne lui donner de force, sa concentration n’a pas augmenté, il était calme mais simple. Aucun sort, aucune rage, aucune technique. La source de sa force demeure inconnue.

-… La réponse se trouve sous son casque.

-Non. Rubis est la réponse. Pourquoi la Lumière l’a-t-elle catapulté vers une mort certaine ? Et pourquoi l’Oblitérateur a réagi ? C’est très certainement lié au Phénix. La présence d’un être Originel.

-Envisageable… »

 

                Rubis et son équipe était retourné à leur base. Ils étaient frustrés de ne rien avoir pu faire, mais à coté de dieux, ils n’étaient que poussière. L’Ange de Feu avait pour consigne de ne pas recourir trop au Phénix, sans quoi la corruption du Basilic reprendrait.

« Alors, la tour du Firmament, elle avance ?

-Elle est finie. Répondit Ancrona. Du moins, elle est assez haute pour localiser une épée. Je ne vois pas d’intérêt à l’élever d’avantage. »

Cette tour était magnifique. Partant d’une base énorme, elle s’amincissait au fur et à mesure qu’elle approchait les cieux. Les nuages la bordaient, et l’air se faisait rare en haut. Le bâtiment faisait plus de 800 mètres de hauteurs.

« Il ne reste qu’à invoquer le sort. Evacuez la tour. »

Les bâtisseurs s’éloignèrent.

« Cela ne prendra que quelques minutes… »

Les runes aux quatre coins de la tour s’illuminèrent en bleu. Des rayon lumineux partirent dans toutes les directions, puis revinrent. La tour s’illumina, puis retrouva son aspect normal.

« … J’ai localisé une des Lames de L’Armageddon. Dans la cité technologique situé à Arké. Ce pays est un désert dangereux. Cette arme nous donnera un avantage considérable dans la guerre contre Netal, et permettra de localiser la deuxième. Ensembles, les Lames Jumelles de l’Armageddon nous donneront la victoire. »

Rubis acquiesça.

« Alors allons-y !

-Non ! Fit Améthyste. Ton sceau contre la Basilic est bâclé, et tu représentes un danger autant pour nous que pour toi-même !

-Nous n’avons pas de temps à perdre ! Allez-y sans moi.

-On a besoin de toi. Dans un désert, tu ne sentiras pas la chaleur. S’il nous arrive malheur, tu seras notre seul espoir. Nous devons te faire un sceau. Nous sommes les seules à avoir repéré cette arme. »

Ancrona frappa le sol de son bâton.

« Hors de question d’attendre ! La clé de la victoire est à notre portée ! Un seul faux pas et tout sera à refaire ! »

Il toucha le bras de Rubis de son arme, et un éclair bleuté rayonna.

« Voila. Ca tiendra assez longtemps. Maintenant, on part de suite !

-… Pourquoi tu ne m’as pas dit que tu pouvais faire ça ? Demanda Jade. Depuis le début, je me méfie de toi, mais ça prend des proportions énormes.

-Jade, je répondrai à toutes tes questions une fois la victoire remportée. Ca te va ? »

L’Endeuilleur posa la main sur l’épaule de la guerrière.

« Il nous a sauvé de nombreuses fois, ais confiance.

-… Soit. »

Ils partirent sur-le-champ, laissant les commandes à Arthémis et le Ténébreux.

 

 

 

La clé de la Victoire

 

 

                Rubis sillonnait les cieux à l’aide des résidus de son pouvoir, autant profiter de ce qu’il reste avant qu’il s’évapore, pendant que ses compagnons marchaient à la cadence martiale imposée par Jade.

« Pressons l’allure ! Aller ! »

Améthyste souffla.

« Pause ! Pause ! J’en peux plus. 

-Pareil. Dit l’Endeuilleur.

-Et puis j’ai faim.

-J’ai soif.

-J’ai mal aux pieds.

-J’ai chaud. »

Jade donna une barre vitaminée et une gourde à l’Endeuilleur, et le fit s’assoir sur son immense bouclier qu’elle transportait dans le dos.

« Ca va, là-haut ? Tu te plains plus ?

-Je me sens… Ridicule… »

Améthyste grogna.

« Et moi ?

-Crève. 

-Pfff, favoritisme.

-Mais pas du tout ! »

Le climat était de plus en plus chaud. Rubis était redescendu pour marcher avec les autres, ayant usé ce qui lui restait de magie. Ancrona restait muet, ignorant la chaleur et la fatigue.

« Eh, Mystério ! Fit Jade.

-Quoi ? Répondit le mage du temps.

-Fais quelque chose. N’importe quoi. Accélère-nous, j’sais pas.

-Mon pouvoir est très puissant et pourrait trahir notre position. C’est un dernier recours.

-Fainéant. Illusionniste. Usurpateur. »

Ancrona ignora les critiques. Le Soleil tapait toujours plus dur et la forêt avait fait place aux plaines, à la faune, puis au désert. Le sable les fatiguait, et l’horizon ondulait devant eux. Leur seul repère était Ancrona qui répétait ‘C’est tout droit’ depuis un moment. Parfois, il corrigeait la trajectoire en allant un peu plus à droite ou à gauche. Bientôt, les ‘Quand est-ce qu’on est arrivé ?’ incessant apparurent.

« Alors ? Jura Améthyste avec une tête à faire peur.

-Encore quelques jours de marche. »

Jade regarda le ciel.

« Le matin est passé. Tout le monde à couvert, la chaleur va grimper à toute vitesse. »

Elle posa son bouclier, et l’Endeuilleur assis dessus, et dressa une tente rapide à l’aide de bâches et de son pavois. Le bâtiment faisait un peu moins de dix mètres carrées. Améthyste invoqua un faible sort pour rafraichir l’air à l’intérieur.

« Essayez de dormir. Dit Jade. Je vous réveillerai quand ce sera le crépuscule. Espérons qu’aucune tempête de sable ne viendra nous gêner.

-T’as vécu toute ta vie dans le désert ? Demanda Rubis. C’est incroyable comme tu t’adaptes facilement. Moi, j’aurai compris trop tard que voyager la journée, c’était de suicide. Et j’avais pas pensé aux tempêtes de sable.

-Du bon sens plus que de l’intelligence. C’est là qu’on trouve la notion de survie. »

L’Endeuilleur se coucha.

« C’est ça, Survivor, t’as aussi besoin de dormir. »

Il ferma les volets déroulants pour couvrir les parties transparentes de la tente.

 

 

 

                Netal entra dans le sous-sol. Ici, Anadrys, aux milieux de runes démoniaques, méditait.

« Alors ?

-Je sens le Basilic. Il n’est pas dans notre pays.

-C’est une bonne chose que tu progresses. Dommage que tu n’ais pu le faire avant, leur effet de surprise fut totale. Que vois-tu ?

-Rien.

-Comment, ça, ‘rien’ ?

-Je vois quelque chose, et c’est rien. Un grand vide. L’absence, sur des kilomètres.

-Un désert ?

-Peut-être. Je sens la chaleur, mais c’est peut-être le Phénix. Impossible de dire s’ils sont dans un désert de sable ou de glace.

-Que font-ils ? Qu’ont-ils en tête.

-Tout ce que je vois, c’est… Une tour. Une immense tour. Je l’ai déjà vu… »

Elle se leva et se précipita vers sa bibliothèque.

« Une tour immense, ces runes… Voila. »

Elle lui présenta le grimoire.

« C’est ça que j’ai vu.

-La tour de Babylone ? Une légende ? Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’ils bâtissent un projet grand et surréaliste ?

-C’est plus terre à terre. Ils construisent réellement une grande tour. Semblable à celle-là.

-C’est ridicule, pourquoi… Ancrona ! Ce scélérat connait la légende de Babylone et cherche à la reproduire ! C’est la Lumière qui a anéantit la première tour, elle n’est pas en mesure d’arrêter la seconde ! Que compte-t-il faire d’un tel bâtiment ? Accéder au Paradis ? C’est lié aux dieux, mais alors ? La Lumière n’est pas concerné. Moi non plus, je n’en suis pas un.

-Même si la ressemblance est frappante.

-… Il cherche un objet originel. Ancrona cherche un artefact Originel pour renforcer son pouvoir ! »

Anadrys chercha un autre livre et l’ouvrit.

« J’ai ici tous les artefacts Originels découvert, ainsi que leurs derniers emplacements. »

Elle l’éplucha.

« … Tout est relié au Seigneur-Croc. Le Fendium, les Lames Jumelles de l’Armageddon. Je ne vois rien d’autres. Néanmoins, prenez en compte que sur ce continent, les données sont loin d’être à jour.

-Le Fendium, je ne pense pas. Mais les Lames… C’était Sarasin qui les avait. Enfer et damnation ! Je ne l’ai pas vu lutter contre la Lumière ! Je ne sais pas ce qu’il est devenu ! Qu’importe, vas-y et dis-moi ce que tu as découvert !

-Enfin un peu d’action. »

Elle déploya ses ailes et une aura noire renversa ses bibliothèques et virent vibrer les murs.

« Je me montrerai digne de la puissance que vous m’avez offert. »

Le plafond s’ouvrit et elle s’envola dans une trainée noire de haine. Netal invoqua un sort pour la ramener.

« Ta haine est forte, et c’est ton allié le plus puissant. Mais ne perd pas le contrôle de toi-même.

-Quoi ? Pourquoi m’avoir tracté ici pour me dire ça ? »

Il désigna une arme d’hast contre le mur.

« Tu pars sans arme, maintenant ?

-… Parfois, je me fais honte.

-Le contrôle de ta noirceur sera long mais très utile. »

Elle l’empoigna et l’arme se couvrit de flammes noires.

« Ces flammes sont la preuves de ta haine. Plus elle sera grande, plus les flammes seront grandes. Va. »

Elle repartit.

 

 

                Jade, à moitié endormie dans la tente, entendit un sifflement fin à peine audible. Elle bondit sur ses pieds et dégaina ses lames jumelles.

« Debout ! On a de la visite ! »

Anadrys renversa la tente en atterrissant.

« Toujours en finesse. Déclara Jade.

-Eh bien, mes anciens camarades. Que faites-vous si loin d’ici ?

-Les autres, partez devant. »

L’Endeuilleur sursauta :

« Ah non ! Pas question de te sacrifier pour gagner du temps ! Tu… Tu…

-Qui qui va se sacrifier ?! Je la désosse et je vous rattrape. Et j’espère que vous aurait trouvé ce qu’on est venu chercher.

-… T’as intérêt à revenir.

-Evidemment qu’j’vais revenir. Elle a jamais fait le poids, et le fera jamais. Maintenant cassez-vous, j’vous ai assez vu ! »

La troupe partit au pas de courses.

 

                Rubis était dubitatif quant à la victoire de Jade. Il demanda à Ancrona :

« Tu penses qu’elle va gagner ?

-C’est très probable. C’est Sarasin qui l’a entrainé.

-… Mais c’est Netal qui a entrainé Anadrys.

-Je doute qu’il ait assez de temps à perdre pour se montrer aussi présent que Saraz’. »

L’Ange de Feu s’envola.

« Je vois notre destination ! »

 

                Jade esquiva la lance d’Anadrys, riposta et la frôla du bout de ses lames. Le démon commença son tourbillon ailé de métal. Sans attendre, la guerrière dit :

« Imprégnation : Etreinte des glaces ! »

Elle frappa à des points stratégiques les ailes de son adversaire qui ne put que perdre l’équilibre et dégaina son blaster :

« Envoie-moi une carte postale. »

Elle tira et fit valser Anadrys jusqu’à un roche plus loin. L’Assoiffée de sang se releva.

« Maintenant je suis en colère !! »

Les flammes noires grandirent. Elle fondit vers la guerrière, portée par ses ailes pour atteindre une vitesse record. Jade garda son calme et frappa le sol.

« Imprégnation : Force de la nature ! »

Elle fracassa le sol et érigea un mur de roche de plusieurs mètres d’épaisseur devant elle. Mais il vola en éclat comme du verre. Anadrys se jeta sur elle.

« Rien de peut me retenir !!

-Imprégnation : Fureur des flammes ! »

Elle se fit engagée de façon défavorable. Elle rengaina une lame et prit une poignée de grenade.

« Crève, traitresse ! »

Elle les jeta sur Anadrys et se mit à couvert derrière son bouclier. L’explosion blessa gravement la démone. Blaster en main, elle repartit au combat tira, la jetant à terre. Jade jeta son arme à feu pour dégainer prestement ses doubles-lames.

« Tu ne peux rien contre ma vitesse ! »

Elle bondit pour perforer le ventre de son ennemie, mais celle-ci esquiva d’un cheveu au dernier moment et enfonça son arme d’hast dans l’épaule de la guerrière.

« Tu confonds vitesse et précipitation. »

Les flammes noires s’infiltrèrent dans la blessure et, loin de la cautériser de force, aggrava l’hémorragie tel un venin. Lorsque Jade voulut se dégager, Anadrys la fit rouler sur le coté et la plaqua sur le sol.

« Consume-toi dans les flammes de ma haine !

-N’imagine pas vaincre… La Main du Destin… Imprégnation : Terreur des ombres… »

De la fumée noire émanait de ses armes. Elle fit un mouvement brusque dans le vide avec ses maigres forces restantes, et la démone cracha du sang. Elle fit un bond en arrière.

« C… Comment ? »

Elle inspecta son corps, il n’y avait aucune trace de blessure. La blessure était interne.

« Salope… Ca va se payer… »

Elle traça des runes sur le sol avec son sang avant de s’évanouir. Un sortilège noir fut invoqué, parsemé d’éclair. Jade planta une de ses doubles lames à la verticale, puis perdit connaissance sous l’effet du venin. La foudre invoqué frappa le point le plus haut à sa portée, l’arme de Jade, et disparut. Son ultime reflexe de survie l’avait sauvé.

 

                « Jade ne revient pas, ça m’inquiète ! Dit l’Endeuilleur.

-Elle a la peau dure. Répondit Ancrona. Anadrys va se faire pulvériser. Regarde, on peut voir la cité technologique d’ici. »

Ils étaient en sueur, à avoir couru sous le soleil de fin d’après-midi. Ils avaient fait plusieurs kilomètres par 65°C. Bien qu’ils soient robustes, ils atteignaient leurs limites. La cité technologique était visible à l’horizon. Elle semblait bien éloignée, soudainement. L’archer redoubla d’effort pour continuer la marche à un rythme normal. Rubis tenait à peu près, et Améthyste était essoufflée. Elle dit :

« Mon empire pour un verre d’eau. »

Son frère lui tendit une gourde. Elle était pleine, ils ne risquaient pas de mourir de soif, c’était déjà ça. Elle but la moitié avant de reprendre sa respiration. Ils continuèrent leur route et arrivèrent enfin devant l’immense rempart de métal de la ville, qui leur offrait de l’ombre. Le sol autour était aussi de métal. Quatre soldats en armure de métal sortirent d’une porte en métal sur le coté de l’immense porte de métal qui menait à la ville de métal. Ici, tout était en métal. Les soldats dirent :

« Identifiez-vous.

-Nous sommes des voyageurs, dit Rubis. Nous cherchons un objet nous appartenant qui se trouve dans votre cité. Une fois que nous l’aurons trouvé, ce qui prendra quelques heure tout au plus, nous partirons sans vous déranger d’avantage.

-Ainsi donc, vous venez de l’extérieur ? Vous n’êtes pas les bienvenus ! Repartez d’où vous venez, Partisans de la Magie ! »

L’Endeuilleur soupira :

« On va utiliser la force pour passer. Evitons de les tuer. »

A ce moment là, une ambulance passa à coté d’eux et s’arrêta au niveau des gardes.

« Identifications. Demandèrent-ils.

-08H130FA6319B49, j’ai trouvé deux blessées dans le désert. »

Il ouvrit les portes arrière. Les blessées, c’étaient Jade et Anadrys.

« Ils sont de chez nous ?

-La fille aux cheveux bleus a un blaster, des grenades et d’autres appareils du genre.

-Et la… Fille chauve-souris ?

-Aucune idée. Mais je pense qu’elles sont ensembles et se sont faites attaquées. Je les conduis à l’hôpital.

-Très bien. »

La porte s’ouvrit et l’ambulance passa. Rubis et ses compagnons étaient pétrifiés de surprise. L’Endeuilleur allait parler mais Améthyste le retint.

« Chut ! S’ils apprennent qu’elle est avec nous, ils vont tuer Jade. Il faut se faufiler sans se faire remarquer. »

Ils repartirent pendant les gardes regardaient ailleurs. Ancrona les guida un peu plus loin et ils s’arrêtèrent devant un mur.

« Manipulation du temps, retour du passé. »

Le mur s’ouvrit et le fantôme de citoyens en sortit. Ils passèrent. Dedans, le spectacle était magnifique. Des immeubles frôlant les nuages, les enseignes lumineuses de toutes les couleurs, les textes défilants sur les toits, les avions qui survolaient la ville. C’était sublime. Un métro arriva à une station et les gens sortirent, puis rentrèrent. Quelle organisation parfaite.

« Voila ce dont nous nous privons choisissant notre puissance physique. Commenta Rubis. C’est merveilleux. »

Les voitures passaient inlassablement à un carrefour, puis s’arrêtèrent au feu rouge pour que les piétons passent à leur tour. Chacun était sur un pied d’égalité. Un chien tourna à l’angle et lui sauta dessus en lui léchant le visage.

« Hector ! Fit son maître en le rattrapant. Excusez-le, il n’est pas bien dressé. Aller Hector, suis-moi ! »

Le chien regarda Rubis d’un air ahuri, puis repartit. Son pelage était très bien entretenu, son collier faisait des ‘bling bling’ à chacun de ses pas. Il était un peu grassouillet, d’ailleurs tout le monde l’était ici. Les policiers, les marchands, les passants. Tout le monde mangeait à sa faim ici. L’Ange de Feu n’en revenait pas. Chez lui, les hommes étaient bardés de muscles, les gardes étaient toujours en armes et prêt à frapper, les femmes étaient en pantalon pour bécher, ou en robe. Ici, les policiers étaient là pour renseigner les passants, les hommes avaient une démarche un peu maladroite et détendue, les femmes étaient toujours très belles, même si elles étaient un peu rondes, et avaient des vêtements sublimes. Les conversations qu’il entendait était toujours pensé avec la tête, contrairement à chez lui.

« Eh ! Fit Améthyste. Faut sauver Jade ! Aller !

-Oui, pardon. »

Il demanda à un groupe de jeunes femmes.

« Excusez-moi, mesdames, où…

-Mesdemoiselles !

-Oui, bon, mesdemoiselles. Où est le centre de soin de blessure de guerre ?

-… Hein ? »

Elles éclatèrent de rire.

« Eh ! Fit-il. Mon amie est blessée et a été emmenée, elle est où ?!

-Ben, à l’hosto. Il est stupide ou quoi ?

-Et c’est où ?

-Tu vois la croix en rouge, là-bas ? C’est là, bouffon.

-Va te… »

L’Endeuilleur l’emmena par le bras avant qu’il ne s’énerve. Ce n’était pas très loin, et ils y furent en quelques minutes de marche. Rubis s’avança à la reception.

« Je cherche une fille de…

-Bonjour. Trancha la réceptionniste.

-… Bonjour. Je cherche une fille d’environ dix-huit ans, avec des cheveux bleus. Elle est ici ?

-J’ai pas entendu le mot magique.

-Vous êtes tous comme ça, ici ?

-Tous vos amis parlent aussi mal que vous ? »

Rubis frappa du poing sur le comptoir.

« Si je n’obtiens pas la réponse que j’attends, je vous jure que je vais devenir violent. Alors répondez avant que je fasse quelque chose d’irréparable. »

L’Endeuilleur saisit son chef par les épaules et le repoussa.

« Excusez-le… Il a fait l’armée, ça lui monte à la tête. Je suis le chef de l’unité, ravi de vous rencontré.

-Vous auriez put mieux le dressé. »

L’archer sourit.

« Imaginez, moi je vis avec tous les jours. »

La réceptionniste sourit à son tour.

« Bon, fit-elle. Je ferme les yeux pour cette fois.

-Vous êtes adorable. Alors, vous pouvez me dire où elle est ?

-Eh bien, les visites sont fermées depuis une heure. Vous pouvez revenir demain ?

-Je sais pas si je pourrais le supporter aussi longtemps. Disons qu’il est très attaché à elle.

-Ecoutez, je vais faire une exception… Chambre 203, après le deuxième couloir, par là.

-Merci beaucoup, je vous revaudrai ça. »

Il salua d’un geste ample et retourna vers son groupe.

« Il suffit de demander gentiment. La violence est un dernier recours. »

Il alla vers la chambre en question. Il allait ouvrir quand Rubis le bloqua.

« Attend. Il faut être prudent.

-Quoi ? Dans un hôpital ?

-Il a raison. Fit Ancrona. Prudence, toujours. »

Le mage invoqua un sort pour entrevoir l’avenir. Deux gardes étaient derrière la porte, les armes en mains, le doigt sur la gâchette. L’Endeuilleur ouvrit la porte d’un coup de pied et tira deux flèches, les abattant chacun d’un tir dans la tête.

« Et bien voila. »

Anadrys et Jade étaient là. La mi-démone était blessée, mais semblait se remettre. Jade, par contre, était dans un état critique. L’Endeuilleur se jeta à coté d’elle, les larmes aux coins des yeux.

« Nous avons un grave problème. Dit Améthyste. Anadrys, du fait qu’elle soit mi-démon, possède une capacité de régénération très nettement supérieure à Jade, qui n’est qu’une humaine. D’ici quelques heures, elle sera sur pied, prête à tous nous tuer. Jade, elle, ne sera pas rétablie avant plusieurs jours, voire des semaines. Je n’ai aucune compétence de soin capable d’accélérer ça. Si on la sort d’ici, elle va peut-être mourir.

-Il faut tuer Anadrys. Conclut Ancrona. Elle est trop dangereuse. »

L’Endeuilleur eut un frisson atroce et quitta la pièce.

« Non. Fit Améthyste. Si on la tue, tous les gardes de la cité vont rappliquer. Et si Jade n’est pas soignée ici, c’est le décès assuré. Si on tue Anadrys maintenant et qu’on nie toute application avec Jade, ils vont quand même la bombarder de question et certainement comprendre. Ici, ils doivent avoir des moyens techniques capables d’obtenir toutes les informations nécessaires de quelqu’un.

-Qu’est-ce que tu proposes ? Demanda Rubis.

-… Je ne sais pas. De toute façon, tuer Anadrys… »

Elle se retourna vers la porte entrouverte.

« Il ne s’en remettrait pas. »

Le silence retomba.

« On a besoin de l’aide de la Lumière. Déclara Rubis. Elle peut soigner Jade d’un claquement de doigt. Comment la contacter ?

-Retrouvons l’épée. Réponds Ancrona. Un objet Originel permet de contacter les dieux, si on connait le bon sort. Il est dans la tour, là-bas. »

Il désigna la plus haute tour.

« Sur le toit. Allons-y. »

Améthyste regarda Anadrys.

« … Nous avons deux heures. Après, elle reprendra conscience. Quatre pour qu’elle puisse agir, huit pour qu’elle puisse combattre. »

L’Endeuilleur resta cloué sur place.

« Je… Je vais rester au chevet de Jade. »

 

                Ils arrivèrent au pied de la tour. L’ascenseur s’ouvrit devant eux.

« … Si on le prend, c’est utiliser la technologie, hein ? Soupira Rubis.

-Oui… Répondit Améthyste sur le même ton. Escaliers ! »

Ils s’engouffrèrent dans les marches infinies de la tour, ce qui les mena au 20e étage.

« L’escaliers s’arrête ici, dit Rubis à bout de souffle. J’ai plus le Phénix, moi. J’ai plus ma force.

-La suite est à l’autre bout ! Cria Ancrona. Vite, je rappelle qu’on est pressé ! »

Ils traversèrent l’étage, et tombèrent face à une porte de métal fermé. Améthyste dit :

« Je n’ai pas de temps à perdre avec un stupide mur. »

Elle invoqua un sort vaudou qui traversa l’acier comme une feuille, laissant un trou béant dedans. Quelqu’un cria derrière eux.

« Kyaa ! Des Partisans de la Magie !! Alerte !!! »

Les lumières rouges s’allumèrent partout, une sirène retentit à briser les fenêtres, et les soldats se ruèrent vers la tour par légions. Améthyste explosa un autre mur.

« Par là, vite !! »

 

                L’Endeuilleur vit les textes défilants changer. ‘Alerte, intrus, rentrez chez vous.’

« Par tous les démons des enfers… Les amis… »

Il se retourna vers Jade, qui avait du mal à respirer, et lui caressa les cheveux.

« Tiens bon. »

Anadrys toussa. Il regarda l’horloge, encore une heure et trente minutes. Il dit :

« Anadrys… Pourquoi… Avec toutes la souffrance que tu as enduré, tu n’as donc rien appris ? Pourquoi tu répètes ce qu’on t’a infligé ? »

Il la saisit par le col.

« Pourquoi tu fais tant de mal ? C’est ma faute, ça aussi ? La flèche que j’ai tiré il y a dix ans fait toujours plus de mal par ma faute ?! »

Anadrys ouvrit les yeux, le saisit et le mordit violement à la gorge.

« Ca tombe bien… Que vous ayez sous-estimé mes capacités de rétablissement ! »

Elle avala le sang de l’Endeuilleur directement depuis sa jugulaire, l’archer était paralysé.

« Ana… Aarg… N… »

Un puissant tir laser la repoussa avec force contre un mur. A la frontière de la mort, Jade, le blaster dans les mains, était adossé au mur, incapable de contenir le recul de son arme.

« Deuil… Fuis… »

 

                Rubis et ses compagnons arrivèrent péniblement au 40e étage, où il fallait encore tout traverser pour continuer. Sans combattant de mêlée, ils avaient bien du mal à traverser les lignes ennemis qui cherchaient à les encercler. Un hélicoptère de combat apparut par la fenêtre. Ses six mitrailleuses lourdes tirèrent en même temps, fauchant les murs et les meubles. Les rockets firent s’effondrer le sol. Retranché dans un angle, Rubis hurla :

« Qui a eu l’idée d’inventé un engin aussi destructeur ?!! »

D’autres hélicoptères arrivèrent et entourèrent la tour. Dix appareils étaient pointés sur eux, et d’autres arrivaient sans cesse.

 

                L’Endeuilleur se remit debout. Anadrys était toujours blessé, mais le sang qu’elle avait bu lui redonnait des forces. Il regarda la tour, tout allait de travers. Avec cette agitation, lui aussi serait repéré, mais au moins, ses amis avaient fait diversion. Il prit son arc et tira une salve.

 

                Trois hélicoptères explosèrent et chutèrent inexorablement vers le sol.

« C’est l’Endeuilleur, il nous couvre ! »

D’autres furent abattus, et ils en profitèrent pour passer sous le feu diminué de leur ennemis. Un sort vaudou abattit les restants.

« Courrez ! »

 

                Anadrys attrapa son lit et le jeta vers force sur la porte d’entrée, qui explosa. Elle avait retrouvé une grande partie de sa force. Jade luttait contre le coma pour se préparer à tirer à nouveau. La mi-démone hurla :

« Crève !! »

Elle fut balayée par un coup de blaster. L’Endeuilleur n’eut d’autre choix que de se battre contre son ancienne amie.

« Pardon… »

Il tira une rafale de flèche et fit reculer Anadrys d’à peine un pas.

« S’il te plait… Dit-il. On a pas besoin de se battre…

-Meurs !!! »

 

                Des hélicoptères avec des bandes jaunes sur les ailes à missiles apparurent. Améthyste leur lança un sort, qui ne fit rien. Les haut-parleurs firent :

« Votre magie ne peut rien contre nous ! Rendez-vous ! »

Ils approchaient du toit. Un missile leur fit perdre l’équilibre et les vitres volèrent en éclats. Rubis glissa et tomba de la plateforme, se retenant de peu par le bras un peu plus bas.

« Rubis !! Cria Améthyste.

-Continuez ! Je vais m’en sortir ! »

Elle hésita, puis partit vers le toit. Ancrona jura.

« … Eh merde ! »

Rubis regarda en-dessous de lui. Il était au 80e étage, s’il ne volait pas, même avec sa force, il mourrait de chute. Il avait de plus en plus de mal à tenir. Ses amis approchaient du toit, mais ne purent y accéder. Des hélicoptères à bandes jaunes leur bloquaient le passage, faisant débarquer des soldats par centaines pendants que des milliers montaient vers eux par les escaliers.

 

                Jade s’évanouit. Cette fois, elle ne respirait même plus. L’Endeuilleur hurla :

« Jaaaaaaaade !!! »

Anadrys le saisit par la gorge et le plaqua contre le mur.

« Et maintenant, c’est à ton tour. Mais avant, je veux plus de sang… »

Elle plongea ses crocs dans la jugulaire de l’Endeuilleur.

 

                Rubis lâcha prise. A ce moment, Ancrona fit un signe magique de ses mains et relâcha le sceau. L’Ange de Feu récupéra ses pouvoirs. Il déploya ses ailes enflammées et repartit vers le haut. Il traversa un hélicoptère, le réduisant en miette, et détruisit les autres un par un. Les soldats, qui avaient déjà assez de mal face à Ancrona et Améthyste, ne purent faire face à Rubis et battirent en retraire, attendant leur renfort prochain. Ancrona prit la Lame de l’Armageddon.

« Au nom du Ciel, Lumière, je t’appelle ! »

Son image apparut.

« Vous avez retrouvé la première épée ?

-Oui ! Ecoutez, vous devez soigner Jade, qui est gravement blessé ! Cela fait partie de notre alliance.

-N’ayez crainte, elle n’aura rien. Elle… Attendez. Je ne la sens pas. Elle est morte.

-Qu…

-Pas de panique. Une résurrection est tout à faire à ma portée. »

Elle se concentra un instant, rayonnant de puissance, et lança son sort. Puis reprit :

« C’est bon, elle est de nouveau vivante.

-Merci.

-Mais de rien… »

La foudre frappa le sol à coté d’eux, faisant apparaître l’Oblitérateur.

« … Bonjour. »

 

                L’Endeuilleur avait des vertiges, le manque de sang allait lui être fatal. Mais sous ses yeux, Jade se releva et pointa son arme vers le démon.

« Relâche tout de suite l’homme que j’aime !! »

Le tir du blaster repoussa Anadrys. La guerrière prit ses doubles lames.

« Je vais te faire payer cette infamie, monstre ! »

Elle repoussa la mi-démone. Soutenue par l’archer, la victoire lui était assurée. Elle mit son adversaire à terre et la désarma.

 

                L’Oblitérateur avança vers Rubis.

« Tu as réussi à nous contacter, bravo. Et aussi, bravo pour avoir trouvé cette épée. Grâce à elle, j’ai put être téléporté ici. Il fallait utiliser une arme depuis l’intérieur pour percer leur champ de force anti-magie. Maintenant… »

Il lui arracha l’arme des mains.

« Vous nous avez bien servi. La Lame de l’Armageddon est désormais la propriété de la Lumière.

-Quoi ! Comment osez-vous…

-Viens donc me la reprendre.

-… Vous payerez ça ! Je vous le jure !

-Ne jure pas à tord, gamin. J’ai reçu des ordres, voila tout. »

Il disparut lentement. Rubis n’osait pas bouger, il avait vu de quoi l’Oblitérateur était capable. Soudain, une lumière noire frappa l’hôpital.

« Tiens tiens. Fit l’Oblitérateur. Netal est de la partie.

-Netal ? S’exclama Rubis. Ca veut dire…

-Ca veut dire qu’il est venu défendre sa protégée. Ca veut dire qu’Anadrys a perdu.

-Hein ?

-Tu ne savais pas ? Elle s’est réveillé et a combattu l’Endeuilleur et Jade, sur le point de mourir, et a gagné. Mais lorsque la Lumière a ressusciter Jade, celle-ci a terrassé Anadrys. Jade a gagné ! Nous ne vous avons pas tant trahi que ça. »

Il s’approcha tu bords, brandit l’épée et cria :

« Netal !! Je suis là !! »

 

                Netal venait d’atterrir dans la chambre de l’hôpital. Il repoussa Jade d’un sort et prit Anadrys sur l’épaule.

« Elle manque d’entrainement.

-Vaincue par un ‘prototype’. Dit Jade.

-Vous avez fait match nul, il me semble. Où est sa… Voila. »

Il fit léviter la lance d’Anadrys et la fit se ranger dans son dos.

« … Ancrona n’est pas là. Ni l’Oblitérateur. »

Il canalisa un sort dans sa main et pointa l’Endeuilleur et Jade.

« Qu’est-ce qui m’empêche de vous éliminer ? »

Soudain, il entendit :

« Netal !! Je suis là !! »

Il jeta un regard par la fenêtre et aperçu l’épée de l’Armageddon.

« Quoi ?! »

Il fit disparaître Anadrys, retournée à sa base, et partit tel une flèche vers la tour.

 

                Netal apparut à coté de l’Oblitérateur.

« Encore toi ?! Cette arme ! Tu…

-Pas d’chance, j’étais là avant. Tu veux me la prendre ?

-… Enfoiré.

-Eh bien ? Je dispose pourtant d’une puissance maximale bien inferieure à la tienne.

-Comment as-tu pu quintupler ta puissance ?! Quel sortilège peut permettre un tel changement ?!

-La réponse se trouve sous mon casque.

-Je vais te l’arracher.

-Vas-y. »

Netal hésita, puis disparut dans une lumière noire. L’Oblitérateur poussa un soupir interminable.

« Ouf ! Il a marché ! J’aurai pas cru que ce bluff fonctionne ! »

Il se tourna vers Rubis et les autres.

« J’ai attiré Netal, donc Jade et ‘Deuil sont en sécurité. Vous voyez, on est pas si méchant. On veut juste l’épée. »

Il disparut pour de bon. Rubis frappa le sol de rage.

« Non ! L’épée !  On a fait tout ça pour rien ! Les salauds ! Les salauds !! Lumière, je te haïs !!! »

Il essuya ses larmes de rage.

« Avec cette épée, il va trouver l’autre. Il faut rentrer à la Tour du Firmament pour trouver l’autre ! Demi-tour, nous sommes pressés ! »

Il frappa encore le sol de rage. Améthyste le prit dans ses bras pour essayer de le calmer. Jade ne disait rien, mais n’en pensait pas moins. Quelle rage de se faire voler ce que l’on a durement acquérir, et par un allié qui plus est.

 

                L’Oblitérateur était de retour dans le palais de la Lumière. Il jeta l’épée au pied de sa déesse.

« Voila votre bout de ferraille. Quand je pense que vous avez trahit l’Auréole Ardente… Croyez-le ou non, vous le payerez. »

Elle prit l’arme.

« Je sens l’autre épée. Va la chercher.

-N’importe qui peut le faire. Envoyez donc Justice, qu’il serve à quelque chose. Moi, j’en ai marre. »

Il fit demi-tour. La déesse soupira, puis ordonna :

« Qu’on aille me chercher Justice. »

 

 

 

 

 

L’épée du destin

 

                Ancrona avait de nouveau scellé le Phénix et le Basilic. Suivis d’Améthyste et l’Endeuilleur, et suivant Jade qui menait la marche à la cadence martiale. La nuit était tombé et ils n’avaient pas dormi ni s’étaient reposés depuis leur bataille. Réveillé par Anadrys lors de leur dernière nuit, le manque de sommeil se faisait sentir.

« Attendez. Fit le mage du temps. Il faut qu’on s’arrête et qu’on se repose. Je vais utiliser un sort pour accélérer notre sommeil. Nous sommes déjà découvert, et dans son sommeil, le Basilic ne fera rien à Rubis. C’est donc sans risque. »

Ils se couchèrent et Ancrona lança le sort. Le temps défila sous ses yeux, et ses compagnons se réveillèrent en plein forme.

« Aller, en rou… »

Le mage du temps prit un violent coup de sabot en pleine tête. Un cheval rouge sombre venait de faire irruption. Sa crinière était rouge feu et ses yeux brillaient de la même couleur. Il fit un signe de tête à la troupe en désignant son dos. Il frappa deux fois le sol avec son sabot, et un autre cheval semblable à lui apparut. Il était bleu sombre, avec une crinière azur et les yeux semblables. Rubis hésita, puis monta sur le rouge. Le cheval se cabra, et fit signe à Jade. Elle grimpa. Le cheval bleu se tourna vers Améthyste et l’Endeuilleur. Ancrona dit :

« Montez ! »

La monture se tourna vers lui et lui envoya un sabot à travers la figure.

« Gouf ! Mais stupide canasson ! Je suis avec eux ! »

Le rouge lui donna un autre coup. Il renonça.

« Je vais me débrouiller, allez-y. »

Ils grimpèrent sur le cheval bleu. Les montures partirent à toute allure.

 

                Améthyste, secouée quelque peu, cria aux autres :

« J’ai lu un truc là-dessus ! C’est Solstice d’Été et Solstice d’Hiver ! Ces chevaux sont légendaires ! Malgré leurs carrures fines et leur vitesse, ce sont avant tout des montures de guerres plus redoutés que leurs cavaliers ! »

Ils foncèrent vers une immense crevasse, où un torrent passait une centaine de mètres en-dessous. Les chevaux sautèrent et le passèrent. Mais ils n’atterrirent pas. Solstice d’Été courut dans le vide et faisait naître des flammes sous ses sabots. Solstice d’Hiver faisait apparaître de la neige. Le paysage défila sous leur pied. Rubis dit :

« Je crois qu’on s’approche du mur du son ! C’est quoi ces montures de folie ?! »

Ils survolèrent une forêt. A l’horizon, l’immense Tour du Firmament apparut, frôlant les nuages les plus bas. Les chevaux descendirent et s’arrêtèrent à la tour. Ancrona les y attendait.

« Comment…

-Plus tard, les questions ! La tour m’a indiqué la prochaine épée ! C’est au beau milieu de nulle part ! Je vous accompagne ! »

Les chevaux s’approchèrent de lui et il recula.

« Eh c’est bon ! »

Il invoqua un sort et se mit à léviter.

« Tu…

-J’ai dis après ! »

Ils partirent à une vitesse record par l’Est. Un bang sonique retentit. Mais Ancrona suivait sans problème les chevaux. Seul Rubis en était capable, s’il avait son Phénix.Le vent claquait sur leur visage, mais bien trop faiblement pour que ce soit le vent véritable. Ils ne ressentaient pas non plus la force G. Ces chevaux étaient vraiment étranges. Ils arrivèrent sur place, où il n’y avait rien. Justice y était déjà. Il utilisait ses pouvoirs pour scanner la verdure alentour. Le premier cheval le renversa d’un coup de sabot, et l’autre le piétina violement. Tout le monde descendit et Ancrona atterit.

« L’épée est là ! »

Il se jeta sur une fougère et l’ange le repoussa d’un coup d’épée.

« Inutile, je ne cèderai jamais.

-Et tu te prends pour la Justice ? Fit Jade. On a travaillé d’arrache-pied, on a construit une tour de dingue, on est aller nous-même dans une ville de haute-technologie, on s’est battu contre leurs stupides engins de guerre et contre Anadrys, et on s’est fait piqué la première épée. Et quand on fonce vers la deuxième, repérée par la tour, tu viens nous bloquer. Et tu sais où elle est grâce au larcin que l’Oblitérateur a commis. Alors, où est ta justice ?

-Je… J’ai reçu des ordres !

-Ben tiens, des ordres ! L’excuse parfaite ! Rien ne t’empêche de les refuser.

-Je l’ai fait pour la vraie justice, celle que vous ne pouvez pas voir !

-Ah ça non, je ne la vois pas. Et je ne crois que ce que je vois. Donc je ne crois pas en ta justice. CQFD, maintenant je vais te tuer pour prendre cette arme !

-Tu n’es pas à la hauteur ! »

Ancrona invoqua une immense boule d’énergie.

« Paradoxe ! »

Le sort souffla l’ange. Le mage regarda ses mains, rouges sous l’effort. Son visage s’effrita avant de reprendre sa forme naturelle. Il reprit sa respiration.

« Prenez l’épée ! »

Rubis souleva la fougère, l’épée y était bel et bien. Mais un objet volant non identifié le poussa. Anadrys.

« On fait la fête sans nous ? »

Netal apparut dans sa lumière noire.

« Ancrona ! Fit-il. Plus de fair-play ! N’ai pas de pitié, je n’en aurai aucune ! »

Il saisit Rubis par le col et le jeta à terre. D’un geste souple, il fondit sur l’Endeuilleur et le mit à terre. Anadrys et Jade bataillaient un peu plus loin. Améthyste allait bouger quand la Justice l’immobilisa.

« Ne fais rien, tu en mourrais. Netal, il est temps de payer pour tes crimes ! Par la justice glorieuse ! »

L’ange leva son épée et une immense boule de feu apparut au-dessus de lui.

« Chacun de tes crimes va venir forger mon sort ! Niveau de puissance… »

Justice jeta son sort.

« Crime contre l’Humanité ! »

Netal bloqua le sort en le retenant directement avec ses mains.

« Peuh ! Fit-il. C’est ça, la Justice ? Ridicule ! »

Il fit un pas contre le sort. L’ange semblait épuisé.

« Non ! Comment… Pourquoi le crime paye-t-il ? Non ! 

-Dis-moi, Justice. Ton pire cauchemar… Ca te tente ? »

Il dévia le sort et l’envoya sur Rubis.

« Tuer un héros en ratant un ennemi ! »

La foudre s’abattit devant le jeune homme et le sort vola en éclat. L’Oblitérateur.

« Personne ne touche aux héros. Car leur principale force est le Courage ! »

Il chargea Netal qui para avec difficulté. Jade, de son coté, repoussa Anadrys.

« Lâche ce truc ! »

Elle la désarma et la lance magique sauta jusqu’à Netal. Par malheur, elle atterrit dans sa main. Transformant la haine du Sans-Âme en flamme noir, toute la forêt fut prise dans un incendie.

« Stupide ! Ma haine est trop grande pour manier ça ! »

Il jeta l’arme, mais le feu continuait. Rubis sauta sur l’épée et s’en empara.

« Je l’ai ! Retraite ! »

Solstice d’Éte le jeta sur son dos et, après avoir mit un coup de sabot à Netal, partit vers les cieux. Ce dernier le suivit. L’Oblitérateur était coincé sur la terre ferme.

« Rah ! »

 

                Solstice d’Été prit la route de la tour du Firmament. Netal le suivait, lévitant.

« Technique Satanique : La mort intérieure ! »

Le cheval se cabra dans le ciel, et tomba. Rubis hurla de peur, mais son Phénix revint à ce moment.  Il s’envola.

« Tourment : Désespoir ! »

L’Ange de Feu encaissa comme il put en continuant sa route.

« Tourment : Regret ! »

Il perdit de l’altitude.

« Tourment : La peur ! »

Rubis passa en forme d’archange pour tenter de fuir.

« Rupture mentale !! »

Le jeune homme ne peut encaisser, et chuta. Il s’écrasa violement sur le sol. Netal atterrit à coté de lui.

« C’est fini. Cette épée est à moi.

-Non… Je ne te laisserai pas dominer le monde.

-C’est toujours mieux que le laisser être détruit. Crois-tu tout connaître de moi ? Le monde est menacé et tu dis avoir la réponse. Je te regarde tomber et je ris. Le mal est partout, et je vais le briser. Essaie de me suivre si tu veux, mais ne t’oppose pas à moi. »

Il ramassa l’arme légendaire.

« Je ne vais pas te tuer.

-Quoi ?

-Malgré ton aveuglement stupide, et malgré la haine que j’éprouve pour toi, tu es quelqu’un de bon et peut-être qu’un jour, tu comprendras. Je ne pense pas que Solstice te sois apparu par hasard. »

L’Oblitérateur et Ancrona apparurent.

« Eloigne-toi de lui ! Firent-ils en cœur.

-Intérêt commun ? Hum. »

Il fit un pas de coté, et deux en arrière pur disparaître dans l’ombre. Une voix retentit derrière eux.

« Je suis là. »

Netal s’était comme téléporté. Il frappa l’Oblitérateur pour saisir Ancrona à la gorge.

« A cause d’un, des millions tomberaient. Je vais dévorer ton âme, enfin. »

Il se tourna vers le guerrier noir.

« Tu ne l’aides pas ?

-Plutôt mourir. Seul Rubis importe. »

Netal resserra son étreinte. L’Ange de Feu activa ses ailes, mais l’Oblitérateur le retint au sol.

« Cette guerre va prendre un tournant décisif. »

Soudain, Yrion jaillit d’entre les arbres et transperça le bras du Sans-Âme pour libérer Ancrona.

« Maître, vous allez bien ?

-Oui, c’est bon. Tu arrives à temps. Tu peux utiliser tes pleins pouvoirs, tout ce jouera ici. Apporte-moi ces épées ! »

Rubis ne comprenait rien.

« Yrion ? Vous êtes un combattant ? »

Le roi l’ignora. Il fondit à une vitesse surprenante vers Netal, puis bifurqua violement pour attaquer l’Oblitérateur. Il fit cinq feintes avant de porter un coup critique dans l’encolure de l’armure de son ennemi, sa seule faille. Il sentit la gorge céder, et se retira en emporta la première Lame de l’Armageddon de sa main libre. Fusant comme l’éclair, il reprit Netal en chasse, mais celui-ci ne se laissa pas surprendre. Il saisit la lame tournoyante du roi et la lui arracha. Yrion prit l’épée légendaire dans sa main principale et reprit son assaut. Il était particulièrement rapide, une fine-lame comme jamais Netal en avait vu. L’Oblitérateur revint à la charge, à peine gêné par sa blessure pourtant grave, et fit de grands tourbillons. Yrion les esquiva un à un.

« Tu espères me toucher ainsi ? »

Netal posa sa main sur le crâne du roi.

« Anéantissement psychique ! »

La fine lame, paralysé par la douleur et grièvement blessé, ne put esquiver le coup du guerrier et le reçu en plein visage. Cette frappe était d’une puissance hallucinante. Ses os cédèrent et il fut catapulté contre un arbre, le crâne ouvert en deux dans une fontaine de sang. Netal relâcha sa garde, et Ancrona lui envoya un sort surpuissant :

« Distorsion temporelle : Le déjà-vu ! »

Il lui jeta un Paradoxe, ce qui fit son effet mais laissa Netal debout. Mais un nouveau sort semblable le frappa, sans qu’Ancrona ait bouger. Puis un troisième. La distorsion répétait inlassablement cette attaque. Le mage du temps s’empara de l’épée de Netal en esquivant le coup meurtrier de l’Oblitérateur en le ralentissant, puis fit une roulade pour atteindre celle que portait le cadavre d’Yrion. Il avait les deux Lames Jumelles de l’Armageddon en sa possession.

 

 

Révélation

 

                Un vent surpuissant repoussa le guerrier noir. Un grand homme, environ deux mètres cinquante, se dressait devant lui. Il avait une armure bleu sombre, un pendule à son poignet, des cornes dirigées vers le haut sur son casque. Il ricana, puis explosa d’un rire démoniaque.

« J’ai réussi !!! »

Le sol trembla.

« Ah ah ah ah ! Ancrona n’existe plus ! Je suis de retour ! »

Rubis se releva :

« Quoi ? Ancrona, explique-toi !

-Je ne suis plus Ancrona. Je suis Chronos ! Le dieu Primordial du Temps !! Maintenant que j’ai récupéré ma force, plus rien ne peut me retenir ! Prosternez-vous devant moi, mes serviteurs ! »

Il regarda le cadavre d’Yrion.

« Ah, j’oubliais… »

Il fit un simple geste de la main et le temps fit machine arrière, le roi se releva, sa blessure disparut et il reprit sa position de combat. Il rengaina et se mit à genou devant le titan.

« Maître, c’est une joie immense de vous voir enfin de retour. Ce fut un privilège de mourir pour votre gloire.

-Je suis comblé par votre travail et votre loyauté, chronoseigneur Yrion. Vous pouvez désormais recourir à vos pleins pouvoirs sans risques.

-Quels sont vos ordres ?

-D’abord le Phénix, puis l’anneau de la stèle. Mais ça ne sera pas trop dur. »

Il lança son pendule vers Rubis, et l’Oblitérateur dévia le coup.

« Attaque-toi à quelqu’un de ta taille. »

Il sentit une chaleur insoutenable derrière lui. Le chef de l’Auréole Ardente avait déployé sa forme d’archange, et avait complètement cédé à la corruption du Basilic.

« Ancrona ! J’avais foi en toi !! Je ne te le pardonnerai jamais !

-Je n’ai que faire de ton pardon, avorton. Répliqua le titan avec calme.

-Ta trahison sera punie de mort ! Tu veux mon Phénix ? Viens le chercher ! Chronos, je vais te briser ! »

Le désigné soupira, fit signe à Yrion de rester en arrière et s’avança.

« Me briser ? Vraiment ? J’ai hâte de voir ça ! »

Rubis chargea dans un épouvantable cri de guerre. Ses ailes noires tendues vers le ciel, il frappa avec toute sa rage et sa tristesse. Le titan para du plat de la main.

« Insuffisant… Je ferai meilleur usage du Phénix… »

Il le mit à terre d’une gifle. L’Ange de Feu se heurta violement au sol en se brisant les cotes. Chronos sourit.

« Tout est si simple désormais… »

L’Oblitérateur le chargea avec puissance. Toujours avec cet air calme et concentré que laissait paraître cette armure.

« Netal ! Fit-il. J’espère qu’on peut mettre nos différents de cotés pour le terrasser. Je peux compter sur toi ?

-Non. Répondit ce dernier. Il y a plus qu’une seule chose à faire. »

Le Sans-Âme prit le jeune homme par le col et disparut dans une lumière noire.

« Tuer Rubis… Et le Phénix. Pour qu’il ne tombe pas entre les mains de Chronos. Même si je ne peux pas lire ton âme, je sais que tu le penses aussi. Tu dois haïr Rubis pour avoir favoriser l’ascension de Chronos. Il a déclenché à lui seul l’anéantissement du genre humain. Il va payer. »

Netal disparut.

 

                La Lumière était atterrée, assise sur son trône d’or.

« Chronos… Est de retour… Tout est perdu… Il n’y a plus rien à faire… »

Il échappa une larme de désespoir. Elle posa sa couronne d’un air résigné.

« Tout est fini.

-J’en ai marre d’entendre ça, achève-moi. »

Sarasin avait surgit à coté d’elle.

« Toi ?! Dégage, infirme ! Laisse-moi seule !

-Non, toi tu dégages. Nysécthéni n’a rien à faire d’une déesse qui flanche. Moi, je garde l’espoir. Chronos a été condamné par le monde. Reste à savoir si le monde est capable de faire face à Chronos.

-… Explique-toi.

-Pourquoi c’est à moi, un humain, d’expliquer les fondements de notre univers à un dieu ? J’hallucine… Bon, par où commencer ? Ah oui. »

Il prit appui sur sa béquille.

« Il existe une volonté qui émane du monde. Une volonté de se protéger de l’anéantissement total. Chronos est un titan, il était donc là avant les dieux Originels. Il était là avant tout le monde. Le Temps. Mais ne vois-tu donc pas que tout se dresse contre lui ? Netal n’est qu’un homme. Qui a toujours vécu en autarcie. Grâce à la haine, à la rancœur et l’égoïsme, il a soulevé des dizaines de milliers d’hommes et d’être Primordiaux contre Chronos. Toi, tu t’es dressé face à lui. Une déesse tombée. Rubis s’est fait manipulé, mais va se dresser face à lui. Et avec, la totalité des Terres Supérieurs. Et plus que tout, l’Oblitérateur se dresse face à Chronos. Des règles sont brisées, des interdits sont bafoués, qu’importe, le monde va se défendre.

-… Tu as compris qui il était ?

-Evidement, tu me prends pour qui ? C’est pourtant évident. »

 

                Netal était se retour dans sa base. Il jeta Rubis à terre avec violence.

« … Par ta faute, Chronos est revenu. Cette erreur était la dernière. Car tu vas payer pour ça.

-On… Ne te laissera pas faire… Ta petite vengeance minable…

-Minable ? Je vais te châtier celui qui a condamné l’humanité. Car dans l’humanité, il y a moi. Rubis, es-tu prêt à mourir ? »

L’Ange de Feu réfléchit sérieusement à la question. Il avait tout échoué. Anadrys était devenu folle sans qu’il puisse l’aider, l’Auréole Ardente avait rasé les sectes pour favoriser l’arriver de Chronos, Yrion l’avait manipulé, Ancrona aussi. Même la Lumière s’était servi de lui. Il n’avait été qu’un outil au service de tous. Il n’aura pas volé sa place en enfer.

« Dis… A Améthyste que je l’aimais.

-… Non. Tu mourras seul. Plus personne ne t’aime. Elle doit te haïr pour ce que tu as fais. Tout le monde te haït. Même l’Endeuilleur. Même Jade. Même ton père te haïs.

-Non… Je ne veux pas… Mourir ainsi…

-Tu es l’être le plus détesté sur cette planète. »

Netal leva la main en invoquant un sort.

« Personne ne viendra te sauver. »

La porte explosa. Ixel traversa la pièce et s’écrasa contre le mur. Son épée glissa sur le sol, elle était brisée. C’était pourtant chose impossible. L’Oblitérateur, l’armure en morceaux tombants, franchit le seuil de la porte.

« Eloigne-toi de lui sur-le-champ !

-… Sinon ? »

Akyssen lui bondit dessus, le guerrier noir dégaina et le frappa d’un coup d’une violence inouïe. Bien qu’ayant paré de sa hache, l’arrivant ne put encaisser tant de force et fut éjecté impitoyablement. Netal soupira.

« Encore toi et ta ‘puissance illimitée’. Cette fois, il n’y a pas la Lumière ou la Justice, ni même ta coéquipière, pour venir t’aider. Cette fois, je vais te tuer, et je détruirais ton âme pour ne plus jamais entendre parler de toi.

-Ca ne suffira pas, quant bien même tu y arriverais. Tu entendras toujours parler de moi. »

Netal engage le corps à corps. L’Oblitérateur dévia le coup mais avait du mal à suivre. Netal se rapprochait toujours de lui, pour l’empêcher de manœuvrer avec son immense épée. Le Sans-Âme le frappa au torse.

« Maître ! Fit Akyssen. Je comprends… Son armure dissimulait tout de lui. Elle émanait un pouls de 150 pulsations par minutes pour couvrir le sien, et il en va de même pour la respiration. La réalité est tout autre, il y a quelque chose ! »

Il ramassa un bout de l’armure.

« … Cette armure visait à cacher son identité. Elle étouffe les cris de guerre, modifie même les paroles  pour les rendre plus calmes… Je n’avais encore jamais vu ça. »

L’Oblitérateur frappa Netal à l’épaule et le força à poser un genou à terre, mais encaissa une attaque en plein torse, qui fit vaciller son âme.

« Tourment : Les regrets ! »

Il esquiva un coup d’épée et repoussa encore son adversaire, qui s’écrasa à coté de Rubis. Il se releva péniblement.

« T’inquiète, gamin, je suis venu pour te sauver.

-Alors… Il reste quelqu’un qui croit toujours en moi…

-Evidemment. Tout le monde t’adore. N’écoute pas ce sale frustré de Netal. »

L’Oblitérateur se releva.

« Je ne suis pas comme les autres, continua-t-il. Moi, ça me fait pas peur, le coup du grand manteau noir. Tes sorts brisant la volonté ne peuvent rien contre moi. Je suis inébranlable.

-Ca ne fait pas de toi un immortel… »

Le Sans-Âme le fondit dessus et le frappa au visage, le projetant au loin, puis saisit Rubis par le col.

« Il est temps pour toi de périr.

-Lâche-le ! Cria l’Oblitérateur. Je vais te… »

Son ennemi leva la main pour l’achever, invoquant un sort bleu malsain. Lorsqu’il l’abaissa, le guerrier noir le bloqua par le poignet.

« Dégage ! »

Un grand coup d’épée fit valser le Sans-Âme à l’autre bout de la pièce.

« Je n’en peux plus ! Netal !! »

Son armure explosa, ne laissant qu’une épaulière et le casque, et un caleçon de métal et des bottes.

« Raaaaaaah !! »

Le casque se fissura à son tour. Le Sans-Âme fit un esquiva parfaite par le bas, et décocha un uppercut cinglant au guerrier.

« Rupture mentale !! »

Le casque s’envola et atterrit plus loin, dévoilant une chevelure mi-longue, et un visage crispé de fureur.  Netal écarquilla les yeux de surprise, Rubis était pétrifié de stupeur. Ce regard enragé, cette silhouette qui l’avait mille fois protégé. Cette aura de destruction à l’état brute. Il connaissait bien cette personne. Son père. Le Seigneur-Croc.

« Eloigne-toi de mon fils, Netal !!! »

Il frappa son ennemi au cœur et le plaqua au sol en poussant un hurlement bestial.

« Plus rien ne peut retenir ma colère !! »

Même les morceaux d’armures déjà tombés se fissurèrent. Le sol tremblait de puissance. Netal lui-même était intimidé par cette légende qui avait frôlé la victoire contre la Lumière, à l’apogée de sa puissance. Il leva les paumes vers le haut et dit :

« Je me rends. Cessons ce combat.

-Qu… Quoi ?! Tu crois que je vais te pardonner tout ce que tu as fais subir à la chair de ma chair ?! Je vais anéantir la moindre particule de toi !

-Pour l’amour de l’humanité, retiens ta lame. S’il y a toi, moi et la Lumière, il reste peut-être un infime espoir de vaincre Chronos. De plus, Rubis est en sécurité avec toi, je n’ai plus de raisons de le tuer, si ce n’est la haine certaine que j’éprouve envers lui. »

Il esquiva un coup d’épée et recula.

« Si tu me tues, tout sera fini. Tu ne peux pas vaincre Chronos juste avec la Lumière ! Et si c’est moi qui te tue, je le pourrais, le résultat serait le même. Il faut qu’on s’allie pour sauver le monde, et surtout sauver nos propres vies. Et ton fils, sois dis en passant. Tu ne peux plus foncer dans le tas comme tu le faisais, tu as besoin d’un allié, même si tu me haïs à un niveau que j’admire. »

Le Seigneur-Croc hésita. Rubis dit :

« Papa, écoute-le. Je sais que c’est dur, mais il faut une alliance.

-… Rah ! »

Il jeta sa gigantesque épée sur le sol. 

« D’accord, on s’allie pour éclater Chronos ! Mais après je vais m’occuper de ton cas !

-Soit. Je me défendrai. Désormais, Nysécthéni, l’Auréole Ardente et l’œil griffé, moi, nous nous battons ensemble contre Chronos. Je sais où il cache ses troupes. Rubis, tu retournes chez toi. Il va falloir y mettre de l’ordre, Yrion n’est certainement pas parti sans laissé un cadeau d’adieu. »

L’Oblitérateur remit son casque.

« Je dois continuer de me cacher. L’armure fait plus que masquer mon identité.

-Je sais. Dis Netal. Je l’ai senti quand je t’ai ôté ton heaume.

-C’est pas le moment d’en parler. Maintenant, dégage.

-Tu es dans mon repaire.

-Tu m’empêcherais de savourer mes retrouvailles avec mon fils ? Tu tiens si peu à la vie ?

-… Cette armure te rend moins vulgaire. Mais le fond reste le même. »

Il disparut dans l’ombre. Rubis réalisa soudainement. Son père. Son papa.

« Désolé. Dit le guerrier. Encore une fois, je t’empêche de voler de tes propres ailes, et tu restes dans mon ombre. Cette autonomie dont tu rêves est peut-être impossible. Je suis…

-Papa ! »

Un cri du cœur qui brisait la logique et la réflexion. Il se jeta dans les bras de son père.

« Tu m’as manqué ! Tu m’as tellement manqué.

-Et toi aussi… Tout ce temps passer à coté de toi, sans pouvoir te serrer contre moi… Si seulement je pouvais me révéler à Améthyste, et surtout… A Jade… Qu’elle voit son père une fois. L’amour que j’ai pour elle, même si je ne l’ai jamais connu ailleurs que sur un écran de télévision.

-Ce combat que tu as livré… Contre Akyssen, contre Netal, contre tous ceux là… Cette force…

-Je l’ai tiré de ma rage. C’est pour ça que mon armure explosait. Elle ne pouvait pas contenir la fureur que j’éprouvais en te voyant souffrir. »

 

                Jade, Améthyste et l’Endeuilleur étaient affalés sur le sol. Chronos. Rien que ça. Anadrys, vaincue et ligoté par terre, remuait en tentant de défaire son bâillon. Netal apparut, ils sautèrent sur leurs pieds.

« Tu…

-Je ne viens pas me battre. Après une longue réflexion, je vais faire équipe avec l’Auréole Ardente et la Lumière pour vaincre Chronos. Nous reprendrons nos querelles après.

-Qu… Il n’en est pas question !

-Rubis s’est déjà prononcé. Vous devez obéir à votre chef.

-Notre chef ?! »

Jade se dressa face à lui.

« Rubis n’est plus notre chef. Il a échoué. Pire. Il nous a condamnés.

-Non. Nous avons une chance de…

-Nous la tenterons sans lui ! Il a fait assez de dégâts comme ça ! Il s’est fait avoir par la Lumière, par Chronos, et maintenant par toi. Ton baratin ne prend pas. J’ignore ce que tu veux de lui, mais tu ne l’auras pas.

-Ainsi, tu renies ton supérieur ?

-Non. Je déserte.

-Ton propre frère ?

-… Et dire que je partage le même sang que lui. Ca me dégoute. Encore heureux que je ne sois que sa demi-sœur. »

Netal se tourna vers Améthyste.

« Et toi ?

-Je… Il m’a déçu. Terriblement déçu. J’ai tant donné pour lui, et… Il a tout détruit… Je lui avais dit de se méfier d’Ancrona ! Quand tu le reverras, dis-lui que je le quitte. »

Le Sans-Âme se tourna enfin vers l’Endeuilleur.

« … Alors ?

-… Trente-cinq milles personnes sont mortes par ma faute. Je ne me le suis jamais pardonné. Je revois chaque jour leurs souffrances… Lui, il a condamné deux milliards de vies… Je ne peux plus croire en lui. Je ne peux pas le pardonner. Je voulais tout arranger et j’ai cru en lui… Il a échoué dans sa tâche. Je pars. »

Netal prit Anadrys sur l’épaule.

« Ce n’est pas Rubis qui a condamné l’humanité. C’est vous. Hors de ma vue avant que je décide de vous exterminer. Au fait, Chronos ne va pas épargner la Tour du Firmament. Evacuez. »

 

 

Au fond du gouffre

 

                L’Oblitérateur et Rubis arrivèrent à la tour du firmament.

« Evacuation générale ! Cria le chef de l’Auréole Ardente. Il faut s’enfuir ! On construira une autre base plus loin ! Depêchez-vous ! »

Le guerrier noir dégaina et se tourna vers la tour.

« Je préfère qu’elle ne tombe pas entre les mains de Chronos. »

Il frappa la base d’un coup violent et toute la structure s’effondra. Les troupes commençaient à partir. Netal les rejoignit.

« Rubis. Ton équipe t’a abandonné. Ils t’ont renié, tu ne leur dois plus rien. Améthyste te quitte également.

-Qu-qu-quoi… »

L’Oblitération porta sa main au manche de son arme.

« … Je vais leur parler un peu.

-Non ! C’est à moi de le faire !

-… D’accord. »

Il lâcha son épée. Mais n’en pensait pas moins. Son fils s’éloigna vers le point d’accostage. Les soldats chargeaient les bateaux pour partir. Sur le vaisseau-amiral, Jade était assise sur la rambarde, une cigarette à la bouche. Améthyste était encore à terre, à organiser l’évacuation. L’Endeuilleur, pensif et dépité, patientait sous un arbre. Il hésita, puis avança vers lui. L’Archer Stellaire ne prêta pas attention aux bruits de pas de l’Ange de Feu.

« Endeuilleur. Je dois te parler.

-Hein ? Rubis ? Je… Netal ne…

-Si, il m’a raconté. Mais ce n’est pas possible ! Vous ne pouvez pas me laisser tomber ! Vous n’allez pas m’abandonner à cause d’une défaite !

-Il y en a eu, des défaites. On t’a soutenu jusqu’au bout. »

Il désigna son implant d’énergie E sur son coude.

« J’ai donné mon sang et mon âme au service de ta destinée. Mais si celle-ci était de condamner le monde, j’aurai préféré mourir. Cette fois-ci, ce n’est pas un revers. Tu nous as tous tué.

-Non ! Il y a un espoir ! Il y a…

-Arrête ! Je ne veux plus t’écouter ! Va-t-en !

-Comment peux-tu… »

Jade surgit d’un coup et jeta Rubis à terre avec la violence d’un combat réel. Il se releva péniblement.

« Tu es encore là ? Tu fais le déshonneur de ta famille. Tu te rappelles de ce que j’avais dit ? Si tu faisant honte à notre lignée, je te tuerai.

-Mais… Mais… Je ne savais pas !

-Je n’appelle pas ça une excuse. Prépare-toi à mourir. »

Elle dégaina ses doubles-lames et lui fondit dessus. Stupéfait et abasourdit, Rubis n’eut pas le reflexe de se défendre et se fit taillader le torse. Il s’effondra. Jade posa impitoyablement son pied sur le buste mutilé de son frère.

« Offre-moi un peu de résistance, au moins.

-Mais… Mais… »

Il commença à pleurer. Ses larmes de désespoir coulèrent le long de son visage.

« Arrête de chialer, déchet humain ! »

Au loin, Rubis aperçu Améthyste qui le regardait agoniser. Elle détourna le regard et partit.

« Non… Pas elle… »

Elle disparut dans la foule.

« Non ! Améthyste !! Non !! Ne m’abandonne pas !! »

L’Oblitérateur saisit le poignet de Jade et la jeta au sol fermement.

« J… Commença l’Ange de Feu.

-Disparais ! »

Il frémit devant les mots de son père. Il étouffa un sanglot avant de partir. Le Seigneur-Croc traina sa fille dans la forêt pour s’éloigner des regards. L’Archer hésita et les suivit discrètement.

 

 

                Jade se releva d’un bond avant d’être frappé au visage d’un coup de poing surpuissant.

« Sœur indigne ! »

Elle tomba et se heurta à un arbre.

« Comment peux-tu pointer, à nouveau, tes armes vers ton frère.

-C’est une histoire de famille, tu ne peux pas comprendre !

-Non. C’est vrai. Je ne peux pas comprendre comment il est possible de vouloir tuer son frère. Se tourner vers lui en lui disant que tu vas le tuer… Est la pire chose que tu ais faite. Et tu l’as fais deux fois.

-Grrr… T’es qui pour me parler comme ça, d’abord ? »

Il jeta violement son casque à terre.

« Je suis ton père, fille indigne ! Et je suis furieux !! »

Il dégaina et planta son arme à coté de la tête de Jade, terrorisée.

« Tu as tué Aomushni ! Tu as tenté par deux fois de tuer ton frère ! Tu n’es plus ma fille ! Je te renie ! »

La fille était pétrifiée de peur et de surprise.

« Mon… Père…

-Non. Pour toi, c’est ‘Seigneur-Croc’. »

Il remit son heaume et trancha l’arbre à coté de lui, qui s’effondra, dévoilant l’Endeuilleur caché derrière.

« Toi, tu n’es pas de ma famille. Toi, je n’aurai aucune pitié à te tuer. Trahir mon fils était ta dernière erreur. A mes yeux, tu es déjà mort. »

Il le saisit par la tête et le jeta contre un rocher. Il glissa tout le long, laissant une trainée de sang derrière lui.

« Je t’épargne pour l’instant. Mais je reviendrai. Et là, je te tuerai ! »

 

 

                Améthyste contemplait les vagues de la mer, broyant du noir. L’amer goût de la défaite avait du mal à passer. Et Rubis lui manquait déjà. Mais son choix était fait, elle le quittait. Elle quittait ce monde de fous furieux meurtriers ayant une pseudo-morale. Une bonne tenue antialcoolique qui se permettait de tuer des gens. Des illuminés anti-drogue et romantiques qui perpétraient des exterminations sur tout ce qu’il y avait sur leur route, même innocents.

« Améthyste ! »

Elle sursauta.

« Quoi ? L’Oblitérateur ? Le traître que la Lumière… »

Il lui donna un violent coup de poing en plein visage, ce qui la jeta dans l’eau. Il y sauta à son tour en frappant le fond avec une puissance écrasante. Emporté par l’onde de choc, l’eau se retira d’un coup sur des centaines de mètres.

« Ca fait mal ? C’est rien comparé à quand ça s’est brisé dans la poitrine de Rubis.

-Aïe… Qui…

-Ton père. »

Il jeta son casque.

« Qu… Quoi ?

-Enfin. Pas vraiment ton père, non.

-Je… Je sais que je suis adoptée, mais… Pour moi, tu étais vraiment mon papa.

-Je ne parle pas de ça. Tu étais ma fille jusqu’il y a cinq minutes. Je croyais t’avoir éduqué mieux que ça. 

-Mais il… Il…

-Il aurait pu condamner volontairement l’humanité, et m’assassiner, moi, tu devrais quand même l’aimer, et ne jamais l’abandonner. Tu es sa sœur, et sa promise. J’avais une plus haute estime de toi. »

Les flots revenaient à leurs pieds. Le Seigneur-Croc soupira et remis son heaume.

« Je retourne à Nysécthéni. Je vais me battre contre Chronos. Jusqu’au bout. J’espérais que tu ferais de même.

-Mais… Papa…

-Non. Je t’ai renié.

-S-Seigneur-Croc… »

Ces mots semblaient lui brûler les lèvres.

« Je n’ai… Plus la force… De me battre… Si j’étais plus… Plus forte…

-Qui ne pourrait pas se battre, s’il était plus fort ? Le vrai courage, c’est d’affronter l’adversité même si l’on n’en a pas la force. »

Il partit furieusement. Il croisa Arthémis, qui le dévisageait.

« … Quoi ? Ma gueule te revient pas ?

-Je l’ai jamais vu, et c’est sûrement mieux ainsi. On m’a parlé de vous. Le traître.

-J’ai pris cette épée pour l’éloigner de Chronos. Tu comptes m’en blâmer ?

-Eh bien…

-Tu as abandonné ton chef, toi aussi ? Tes troupes rentrent aux bercails ? Qui est le traître, maintenant ?

-Je ne peux pas soutenir un homme qui a menacé la survit de mon peuple, et de l’humanité. J’ai des devoirs, vous ne pouvez pas le comprendre.

-Oh si, je comprends. Mais si tu penses que rentrer chez toi et te morfondre sur ton trône est ton devoir, vas-y. Je n’ai pas besoin d’un boulet dans les pattes. »

Il marmonna :

« Stupide givré. »

Le Ténébreux l’arrêta.

« Eh, tu crois que…

-Un mot de plus et ta vie s’arrête ici. 

-Vous ne me faites pas peur, avec votre armure noire. J’en ai une, moi aussi. Mais nous, on a un peuple à protéger. On ne peut plus suivre Rubis !

-Et pourquoi pas ? Tu penses que ton peuple a plus de chance de survivre s’il reste passif ? Tu le connais, il n’impliquera jamais le moindre civil. Tu es aussi minable que tes excuses. La mort est tout ce que tu trouveras au bout de la route que tu as choisis. »

Le champion Otrajydien se raidit, et le guerrier noir passa en le bousculant.

 

 

                Rubis était atterré. Tout le monde l’avait abandonné, à l’exception de son père. Il était seul, il avait échoué. Tout ses espoirs s’étaient envolé. Pourquoi, alors qu’il venait de retrouver son père et de retrouver la foi, ses amis lui tournaient le dos ? Il y avait un espoir, il fallait le saisir. Personne ne l’avait fait. Le Seigneur-Croc, Netal et la Lumière lutteraient jusqu’à la mort contre Chronos, mais l’Humanité devait agir et se battre à leur coté. Mais elle avait rendu les armes. Tous les monarques s’étaient prosterner devant le titan. Tout ce que Rubis pouvait faire, c’était se cacher pour protéger son Phénix aussi longtemps que possible.

 

                L’archer n’était pas dans sa chambre. Seul, dans la forêt sombre, le silence était pesant. Aucun oiseau nocturne. Juste le bruit de ses pas. Il regarda autour de lui, rien. Il continua de marcher, sans avoir où il allait. Soudain, il entendit un grognement. Un loup marron sortit des buissons, la bave aux lèvres. L’animal se rapprocha lentement, le regard agressif. L’Endeuilleur fut un instant pétrifié, puis il prit la fuite. Le loup se mit à courir à son tour, poursuivant l’archer en hurlant. Un autre loup coupa la route au jeune homme, qui fut contraint de tourner. D’autres loups arrivèrent. Il avait désormais une meute à ses trousses. Les larmes aux yeux sous l’effet de la peur, claquant des dents et gémissant de terreur, il continuait sa course folle. Soudain, assis sur un rocher, un loup noir lui bloquait la route. Celui-ci était calme, et le fixait avec un regard à tuer sur place. L’archer était prit au piège, entre la meute de loup et celui qui lui barrait la route, encore plus terrifiant.

« Aaaaaah !! »

Il se réveilla en sueur. Jade ouvrit péniblement les yeux.

« Hm… T’as vu l’heure… Qu’est-ce qui se passe ? T’as fait un cauchemar ? »

Il hocha vigoureusement la tête en sanglotant. Elle le prit dans ses bras et le plaqua contre elle.

« Chut, c’est fini… Tu veux en parler ? »

Il fit non de la tête.

« Aller, essaye de te reposer… calme-toi mon trésor… »

Elle s’endormit la première. Il se serra contre elle en scrutant l’entrée de la tente.

« Un rêve… Ce n’était qu’un rêve… »

 

                Netal avait décidé d’héberger Rubis et de l’Oblitérateur. Ils partageaient une chambre dans le base de l’Œil Rayé. Le jeune homme ne disait rien, assis en silence devant son bureau. On avait cessé de croire en lui, alors il restait planté là. Comme si tout le malheur du monde s’était violement abattu sur lui, tel une foudre noir brisant le ciel. L’Oblitérateur, son épée démesurée dans les mains, caressait nerveusement la lame.

Netal entra.

« Chronos fait des siennes. Il s’en prend à une ville. Je tenais à vous en informer, mais n’imaginez pas que je vais risquer ma vie pour de misérables humains anonymes. Que faites-vous ?

-Je… Je vais essayer de les sauver… Dit Sinistrement Rubis. J’ai juré de me battre jusqu’au bout. Hors de question de laisser des gens mourir alors que je peux agir.

-Et tu vas faire quoi ? Le faire mourir de rire ? »

Le jeune homme s’effondra sur son bureau, la mort dans l’âme. Le guerrier noir se leva.

« Il peut aider à l’évacuation. Moi, je vais le retenir. Personne d’autre ne bouge, pas de risque inutile.

-J’allais le dire. Dit le Sans-Âme. Pas de risques inutiles. Hors de question qu’on mette ta vie en jeu, on a besoin de toi.

-Tu imagines vraiment qu’il peut m’avoir ?

-… Allez-y. »

 

                L’Endeuilleur ne trouvait pas le sommeil. Il entendait des lamentations imaginaires ou des râles d’agonie. Il se secoua la tête.

« Il se passe quelque chose ? Demanda Jade.

-Des voix… Y’a des voix dans ma tête…

-Quoi ?! C’est jamais bon ça. Elles disent quoi ?

-Elles implorent pitié, elles pleurent… Je les entends… J’entends le cri des innocents… »

Apparaissant dans un éclatement foudroyant, la Voix du peuple lui fit face.

« Alors ca y est. Le peuple t’a élu. Bienvenu dans l’enfer du devoir.

-Quoi ?

-Tu sais ce que tu as à faire. Je te laisse. »

L’archer se leva.

« Je dois y aller ! Je ne sais pas où, mais j’y vais !

-hein ? Quoi ? Je viens ! »

Elle se frotta les yeux. Son regard passa d’un zombie fatigué à celui d’une tueuse sanguinaire. Elle prit ses armes en sortit en première.

« Aller ! Aller ! »

 

                Chronos avait encerclé une ville avec ses serviteurs. Il procédait calmement à l’exécution de chacun.

« Ah ah ah ! Je me sens revivre ! »

Un groupe de gens fut emporté par le temps, vieillissant d’un coup et mourant.

« La puissance ! J’avais presque oublié ce que c’était !

-Chronos !! »

L’Oblitérateur se dressa en haut d’une tour de bois en flammes. Le titan haussa les épaules.

« Tu ne peux rien. Laisse tomber. »

Une explosion de flamme balaya ses troupes, les civils en profitèrent pour s’enfuir. Le chef de l’Auréole Ardente atterrit à coté de lui.

« Oh, Rubis. C’est gentil de venir me donner ton phénix sur un plateau d’argent. J’espère que tu as compris que tu n’avais aucune chance. Je ne te condamne pas. Rejoins-moi ! Ensemble, nous pouvons avoir le monde à nos pieds !

-J’en ferai quoi ?

-… Une réponse bien humaine. »

Le guerrier sauta de la tour et frappa Chronos en pleine tête. Puis le temps s’inversa, il remonta sur sa tour, et ressauta. Le titan fit un pas de coté et esquiva sans effort.

« Raté. »

L’Oblitérateur remonta à nouveau, puis ressauta, prit par l’étau du temps. Chronos leva son bâton et attendit. L’arme passa la garde anticipé du guerrier et le frappa au casque. Il roula en arrière.

« On recommence, ou tu en as déjà marre ? »

 

                L’Endeuilleur regardait le spectacle désolant du haut d’une colline. Il se tenait la tête.

« Arrêtez… Faites que ces voix se taisent ! »

Il fit apparaître son arc.

« C’est inutile. Fit Jade. Tu n’as pas assez de force. Personne, d’ailleurs.

-Oui, mais… je sens que je peux faire quelque chose… Toutes ces voix, tous ces gens… Je porte leur espoir, leur peine, leur rage, leur haine… J’ai l’impression de porter la croix du genre humain.

-Je suis prêt à me battre et à mourir pour toi. Mais je ne peux pas livrer une telle guerre. Je suis une super soldat, par une déesse.

-Je… Je dois essayer. Fais-moi confiance.

-… C’est une mauvaise idée, mais… Vas-y. J’ai foi en toi.

-La foi… C’est cela… »

 

                L’Oblitérateur frappa Chronos à l’épaule, celui-ci eut un léger mouvement de recul.

« Ah ah ah… C’est tout ce que tu peux faire ? Ah pardon, tu es un être humain, je devrais plutôt te féliciter.

-Crève !!

-Inutile. »

Il bloqua l’immense lame de dix tonnes, projetée à match cinq, en la saisissant entre deux doigts. La puissance destructrice du Seigneur-Croc était insuffisante. Certes, il n’était pas dans un état de fureur avancée. Certes, il était loin de son maximum. Certes. Mais quand même, de deux doigts. L’Oblitérateur n’arrivait à rien.

« Si tu as fini, je vais m’occuper de Rubis.

-C’est toi qui est fini !! »

Le titan bloqua de son avant-bras, et donna un coup de poing à son ennemi.

« Pathétique… »

Le temps remonta, et le combattant en prit un autre. Puis des milliers de coups qui réduisaient son armure en morceaux. A se demander si elle servait vraiment à quelque chose. Dans un ultime effort, le guerrier le frappa au torse. Ce fut absolument sans effet, et il fut repoussé.

« Un effort méritoire… Mais futile… »

Il jubilait.

« Moi seul peut accéder à la victoire. Vous ne pouvez rien faire ! Vous n’êtes rien ! Je suis dans une dimension supérieure à la votre ! Vous n’êtes que poussière sous mes pieds ! Ah ah ah ah ! Rien ne peut me retenir ! Je vais tous vous anéantir ! Contemplez la puissance d’un titan originel ! Contemplez la puissance de Chronos ! Contemplez l’infinitude de ma personne ! Je suis le roi du monde ! Je suis votre nouveau dieu à tous ! Prosternez-vous à genou devant votre nouveau maître à tous : Chro… »

Une flèche fendit le ciel dans un rayon de lumière qui irradiait de puissance. Elle se planta dans le torse de Chronos, et son armure pectorale explosa de l’intérieur. Derrière, une lumière bleu tout aussi aveuglait était révélé. Une flèche, une seule, avait percé l’enveloppe du titan. Celui-ci hurla à la mort, à moitié terrassé.

« Qui ?! »

Une autre le toucha à l’épaule, lui arrachant le bras au passage. Il n’y avait toujours pas de sang. Juste de la lumière qui brillait sans fin. Un nouveau trait fendit le ciel noir, et le toucha à la jambe. Le membre manqua d’être arraché. Chronos parvint enfin à trouver le tireur : L’Endeuilleur.

 

                « Il t’a vu. Fit Jade en allumant ce qu’elle pensait sa dernière cigarette.

-Ca ne le sauvera pas. »

Il haussa la voix.

« Chronos !! Tu es perdu ! Tu n’as nulle part où te cacher !! Personne ne peut te sauver !! »

 

                L’archer tira une nouvelle flèche, que Chronos esquiva de peu. Profitant d’une telle faille dans sa garde, l’Oblitérateur se releva et enfonça son épée surdimensionnée dans le trou béant du torse du titan. Celui-ci hurla de nouveau, puis repoussa le guerrier. Une nouvelle flèche partit. Chronos manipula le temps et fit revenir l’Oblitérateur à lui, puis le figea dans sa chute, le mettant entre lui et la flèche.

« Aucune limite… A mon pouvoir !! »

Le projectile traversa le guerrier en l’ignora, avant de faire un puissant impact dans la plaie déjà ouverte du torse de Chronos. Il se courba de douleur.

« Nooooon ! Je ne suis pas d’accord ! Je suis invincible !! »

Il remonta le temps et guérit de ses blessures, mais aussitôt, une nouvelle flèche le touchait déjà. Il jeta un sort sur le tireur, mais il fut dévié par une force inconnue.

« Pourquoi ? Pourquoi ?! »

Une nouvelle flèche, encore, mais elle fut déviée soudainement.

« Maître, vous êtes en danger ici ! Vous devez vous mettre à l’abri !

-Yrion… Comment as-tu fait cela ?

-Ces flèches sont chargées d’énergie E vengeresse. La rancœur et la peine de vos victimes sont utilisées contre vous, maître. Mais elles ne peuvent détruire que vous, et personne d’autre. Elles sont inefficaces face à moi. »

Il en dévia une dizaine d’un coup d’épée.

« Et ma garde est impénétrable. »

Il plaça son épée devant son visage, attendant le prochain assaut.

« Vous n’êtes plus habitué à vos pouvoirs. Ne craignez rien, ce ne sont que des insectes face à vous, qui sont au bon endroit au bon moment. Ils n’auront pas deux fois cette chance. »

Il dévia un projectile, puis reprit sa pose. Chronos invoqua un sort, et des runes l’entourèrent. Elles formèrent un portail dimensionnel qu’il emprunta, avant qu’il ne se ferme. Fusant comme l’éclair, Yrion quitta les lieux à une vitesse irrattrapable. L’Endeuilleur désinvoqua son arc. Jade était sciée.

« … Pas mal.

-J’ai… Echoué… Encore… »

Il jeta une flèche magique sur le sol. Elle disparut.

« Echoué ?! T’as fait battre en retraite Chronos ! Même l’Oblitérateur s’est fait ouvrir ! »

Elle lui donna une tape dans le dos.

« Il a fuit ! Tu as poussé un titan à cette extrémité ! »

Ce geste le fit se courber en avant. Une aura bleue apparut autour de lui, puis se dissipa.

« C’était… De l’énergie E ?

-Oui. J’étais investi. C’était… Une sensation géniale. Même si Chronos n’est pas mort, les victimes sont un peu apaisée. »

La Voix du Peuple apparut à coté de lui.

« Tu as fais le premier pas. Impressionnant. Très impressionnant. »

Il avait changé. Désormais, il ressemblait à un gladiateur. Avec un casque et ses yeux bleus irradiants de bleu.

« Tu es l’élu du peuple. Tu as racheté ta faute. S’il te plait, va plus loin.

-… Je… Je n’y arriverai pas. Pas seul.

-Tu es l’élu. Le peuple n’a élu que toi. Mais rien de précise que tu dois combattre seul. »

Jade lui prit la main.

« Je suis là. 

-M… Merci. Vraiment. »

Rubis atterit à coté de lui dans une avalanche de flammes.

« Les civils sont en sécurité maintenant… Vous n’avions pas renoncé à vous battre contre Chronos ?

-Pas à tes cotés. Fit Jade.

-… Ca me suffit. »

L’Endeuilleur dit :

« Rubis. Je ne suis plus sous tes ordres. Mais je vais lutter. Je lutterai pour unifier l’humanité. Ce sera long. Mais je le ferai. Je ne te demande qu’une chose, ne te mêle pas de ça.

-Je vois… Je suis une gêne… Tu vas perpétué ma mission… Moi je… Je… »

L’Oblitérateur poussa lourdement sa main ensanglantée sur son épaule.

« Toi, tu restes avec moi. Quant à toi, l’archer, bravo. Je sais pas ce que t’as fait, je ne veux pas le savoir. Mais j’espère qu’on peut compter sur toi pour jouer un rôle dans les champs de batailles démesurés de la Guerre des Dieux.

-Je me bats pour l’humanité, pas pour vous. Nous combattons la même personne, ça ne veut pas dire que nous sommes alliés. Retournez d’où vous venez. Retournez dans les ténèbres. On ne veut pas de vous ici. »

Le guerrier fit un effort surhumain pour garder son calme.

« Très bien… On s’en va. »

 

 

 

 

 

La destinée des héros

 

 

                Chronos arriva à la Tour du Firmament. Du moins, ce qu’il en restait. Il soupira.

« Sabotage… Ma belle tour… »

Il claqua des doigts et retourna dans le passé. La tour se des-effondra. Elle était de nouveau debout.

« Hum. Je l’ai déjà utilisé pour un sort, elle est donc imprégné. Je l’ai réparé, mais… Pas moyen d’utiliser la magie pour accéléré sa construction. Allez, dépêchez-vous. Elle doit faire cinq kilomètres de haut !

-Actuellement, elle fait un peu plus d’un kilomètre. Dit Yrion. Il faudra renforcer la base. Puisqu’aucune magie ne peut aider, il nous faudra du temps.

-Combien, d’après toi ?

-… Trop de temps. Plusieurs mois. Peut-être même un an.

-Impossible. Je vais mettre en renforcement temporel. Les ouvriers n’auront pas besoin de dormir, de manger ou de récupérer. De plus, ils seront plus forts.

-Alors cela prendra deux semaines.

-Je serai vulnérable pendant ce temps-là. Tu dois me défendre à n’importe quel prix.

-Bien sûr. Vous pouvez compter sur moi.

-Après cela, nous pourrons détecter l’anneau que Sarasin a caché. Je n’ai pas su lui arracher cette information.

-Quand ils sauront que nous l’avons repéré, ils tenteront de nous bloquer.

-Je sais. Je compte d’ailleurs dessus. Renforcez les défenses. Chronoseigneur Yrion, vous superviserez les rondes des gardes.

-A vos ordres. »

Il fit un salut militaire et partit.

 

                L’Endeuilleur invoqua son arc et tira sur une cible au loin. Il mit dans le mille, mais ses flèches étaient à nouveau normales.

« La force du peuple, hein ? Est-ce que j’en suis capable ? »

Il tira à nouveau, encore dans le mille. Les bras de Jade l’enlacèrent.

« ‘Deuil, faut qu’on parle. »

Il se tourna vers elle.

« Oui ? »

Il tira une flèche derrière lui sans se retourner et toucha toujours le centre de la cible.

« Pour me battre contre Chronos, il faut que je parte. J’ai… Des projets à réaliser. J’en ai pas pour très longtemps. Pour ne rien te cacher, c’était déjà en cours depuis un moment, hé hé…

-Tu n’as pas l’air de t’en réjouir.

-Ben… J’ai pas envie de partir… Je voudrais rester avec toi.

-Jade… Je t’adore… »

Il la prit dans ses bras.

« Je serai de retour d’ici une dizaine de jour. Continua-t-elle. Peut-être un peu plus.

-Tu me manqueras… »

Elle l’embrassa.

« Alors voila un petit souvenir… »

Elle le lâcha et prit ses armes.

« Je pars immédiatement. A très bientôt.

-Oui. »

Rah, quel nul. ‘Oui’. Il jura intérieurement. La Main du Destin dégaina.

« Symphonie des vents : Le chemin des cieux. »

Elle bondit et disparut dans les nuages. Il soupira.

« Quel nul je fais ! »

Il tira à nouveau une flèche sans regarder, et mit dans le mille.

« Bon, moi aussi j’ai à faire. Unifier l’humanité, la convaincre de résister. »

Il regarda son reflet dans l’eau de la fontaine.

« … Déjà, je dois changer mon style. Un mec en cape noir, ça ne va pas du tout. »

Il entra dans la base désertée de l’Auréole Ardente. Il jeta ses vêtements sur une chaise et ouvrit son placard.

« Non, non, non et non. Hum ça ? Non plus. »

Il continua de chercher t sortit des vêtements blancs avec des coutures noirs et des motifs bleus et violets.

« Voila. Ca. »

 

 

                Un sommet politique était tenu entre les plus grands monarques des Terres Supérieurs. Il y avait l’empereur Otrajydien, le premier ministre d’Okeud, le chef de Jyz, le roi de Wyrim Arthémis Gaeh, le président des états fédérés d’Ondu, le chef des impérialistes de Koljeizer, qui avait remporté la guerre civile, et un représentant de Lehi, Egajyne, un maître assassin. Ils ne parlaient pas, se fixant dans les yeux. Leurs honneurs leur dictait de se dresser contre Chronos. Mais ils savaient qu’ils ne leur restaient qu’à courber l’échine. La peur les paralysait. Un seul était moins affecté. L’empereur d’Otrajyd. Un otrajydien ne baisse jamais la tête. Un otrajydien lutte jusqu’à son dernier souffle. Un otrajydien regarde la mort dans les yeux.

« Réveillez ! Vous ! Dit-il. Nous devons ! Nous battre ! Contre Chronos ! »

Personne ne lui répondait. A leur yeux, c’était juste un fou furieux agressif. Mais d’après le Ténébreux, qui attendait son supérieur derrière la porte, son empereur était le seul à se comporter en homme. Il était fier de son empereur.

« Puisque ! C’est ça ! Nous nous ! Passerons de ! Vous ! Et nous lutterons ! Contre Chronos ! Sans votre aide !! »

Des bruits retentirent dans le couloir, et le Ténébreux fut jeté dans la pièce en trainant sur le sol. Yrion passa le seuil en rengainant.

« Premier ministre, je n’ai jamais mandé votre présence ici. Disparaissez. »

Le désigné frémit et s’enfuit. Les autres se relèvent.

« Qu’est-ce que…

-Un peu de calme. Dit le roi d’Okeud. En premier lieu, je m’excuse pour mon retard. Peut-être que si l’on m’avait invité à ce sommet politique, j’aurai pu y être à l’heure. Ensuite, je viens parler pour mon seigneur Chronos. Il a revu ses plans, et il pense à peut-être vous épargner, pourvu que vous lui obéissiez. Soyez ses vassaux, et vous vivrez. »

L’Empereur Otrajydien monta sur la table.

« Jamais l’Empire Otrajyd n’acceptera une domination !

-Alors votre pays sera rayé de la carte. Pour les autres, Chronos vous laisse du temps. Vous avez deux semaines pour choisir entre la capitulation ou la mort. »

La porte s’ouvrit à nouveau. L’Endeuilleur entra, dans ses nouveaux vêtements, invoqua son arc et visa Yrion.

« Aucun des deux choix de ne convient.

-Ca tombe bien, je ne t’ai posé aucune question. L’Auréole Ardente est hors course.

-Je n’en fais plus parti. Mais je lutte toujours.

-Ouais !! L’encouragea l’empereur Otrajyd.

-J’offre un autre espoir à l’humanité. Continua l’archer. Vous pouvez vous soumettre à Chronos… Ou vous pouvez lutter contre lui, à mes cotés. Moi qui aie été choisi par la Voix du Peuple. »

Yrion se tourna vers lui.

« L’Endeuilleur… Je n’accorde pas beaucoup de crédit à quelqu’un qui cache sa véritable identité.

-Mon titre me vient de l’erreur que j’ai commise, il y a longtemps. Je ne me le suis jamais pardonné. Mais le Peuple, lui, m’a pardonné. J’abandonnerai ce sinistre titre le jour où je trouverai la force de me pardonner. Je ne me suis jamais caché. »

Le roi regarda les monarques.

« Saviez-vous, mes chers souverains, que notre invité ici présent est à l’origine de la crise d’Ifaq ? »

La plupart sursautèrent, étaient sidérés, ou refusaient d’y croire. Arthémis et l’empereur Otrajyd ne disait rien. L’un le savait, l’autre s’en fichait.

« Chronos vous offre de vivre en le servant. Vous pouvez suivre ce criminel aux mains baignées de sang, à vos risques. Mais si je peux me permettre, L’Endeuilleur ici présent s’est rendu coupable de désertion, au détriment de l’Auréole Ardente. Suivrez-vous un déserteur ?

-Je ne jouerai à pas ce pitoyable jeu. Trancha l’archer stellaire. Vous cracherez votre venin une autre fois.

-Vous ne vous défendez même pas ?

-Je ne vous ferai pas ce plaisir, non. »

Yrion se tourna vers les chez d’états.

« Maintenant souverain, vous devez choisir. Chronos, ou l’Endeuilleur. Vous êtes avec moi, ou vous êtes mort.

-Je ! Le suis ! »

L’empereur d’Otrajyd se mit à coté de l’archer. Un véritable Otrajydien est toujours prêt à se battre.

« Le prix ! De la liberté ! Est très ! Elevé ! Mon peuple ! Est ! Prêt à le ! Payer ! »

Arthémis resta à sa place. Le maître assassin de Lehi vint rejoignit l’Endeuilleur.

« Je ne blâme jamais un homme pour les erreurs qu’il a commis, je veux juste qu’il en assume les conséquences, et il l’a fait. L’Endeuilleur s’est racheté. Je suivrai le chemin de la rédemption plutôt que celui de la soumission dus-ai-je y trouver la mort. »

Arthémis se leva enfin, et se plaça à coté d’Yrion.

« Je suis désolé. J’ai un peuple à protéger. »

Le Ténébreux lui jeta un regard noir avant de se placer à la droite de son souverain.

« Je croyais en toi, Arthémis. Tu me déçois… Tu me déçois vraiment. »

Il fit mine basse, comme si son cœur s’était brisé dans sa poitrine. Après une courte hésitation, le président des Etats Fédérés de Ondu, le leader des impérialistes de Koljeizer et le chef de Jyz rejoignirent Yrion. L’Archer soupira.

« Va pour Arthémis ou M. le président. Mais j’attendais mieux des impérialistes qui vénèrent le Seigneur-Croc.

-Silence. Nous n’avons pas prit le pouvoir pour mener notre pays à sa perte. Nous aussi, nous avons un peuple à protéger.

-Et que lui direz-vous quand il vous demandera comment la liberté s’est éteinte ?

-Que c’était pour leur bien.

-Moi, je leur dirais que lorsque la liberté est morte, vous avez applaudit et avez courbé l’échine. Vous faites honte à votre empereur que vous défendiez si ardemment lors de votre campagne et de vos guerres. Vous le défendez pour gagner, et vous le renier pour survivre. Vous avez tout fait pour votre propre bien.

-Tu ne peux pas comprendre.

-C’est vrai, je ne peux pas comprendre. »

Le leader se passa la main sur la figure. Yrion tourna les talons et prit la direction de la sortie. Il le suivit. Soudain, Yrion se déplaça à toute vitesse derrière lui. Rien de plus simple que de courber le temps pour s’accélérer.

« Un effort méritoire… Mais futile. »

Il transperça la gorge de son agresseur de sa rapière, essuya sa lame sur son cadavre et rengaina.

« Koljeizer sera également rayé de la carte. Les autres, suivez-moi. »

Il quitta la pièce d’un pas calme, avec son expression froide et méprisante. L’Archer Stellaire ferma les yeux du leader.

« P… Pourquoi ?

-Il a envoyé un messager. Répondit le maître assassin. ‘Pour la liberté’. En morse, en clignant des yeux. Il voulait introduire leurs défenses pour nous aider. Il a échoué, mais nous avons le soutien de Koljeizer.

-J’aurai voulu laissé en paix un pays qui sort de la guerre.

-Ne sous-estimez pas ce qu’il ont accompli. Yrion a lutté dans cette guerre, avant de vous trahir. Il a lutté… Contre les impérialistes ! Et il a perdu ! Le maître des complots a échoué face aux combattants de la Liberté des impérialistes ! Ils seront d’un grand secours.

-La Liberté. La force primaire du peuple. Elle nous sera d’une aide vitale. »

Il prit le poignard du leader et lui posa sur le torse.

« Puisse la mort t’apporter la paix que tu recherchais. Je porterais ta volonté dans mes flèches. »

Son âme quitta son corps, et une partie entra dans l’implant d’énergie E de l’Endeuilleur.

« Qu’avez-vous fait ? Demanda Egajyne.

-Le leader m’a confié la force de ses convictions avant d’aller rejoindre ses dieux. Et ce, de son propre chef. Je me battrai pour lui en même temps que je me battrai pour la Liberté qu’il désirait tant. »

Il se releva et se tourna vers l’empereur otrajydien, encore plus petit que lui. Cet homme trapu aux moustaches tressé le regardait avec férocité et détermination.

« Monseigneur Xavi, pourriez-vous nous accorder gîte et couvert dans votre palais otrajydien ?

-Ce ! Sera avec ! Joie ! Suivez ! Moi ! »

 

                Rubis déprimait toujours dans sa chambre, mais un peu moins. L’Endeuilleur avait réussi à faire fuir Chronos. Il avait réduit un titan à cette extrémité. Il y avait de l’espoir. Mais lui, il ne servirait à rien. Il avait fini. Quelle fin minable. Il regarda l’Oblitération, à coté de lui. Cette arme gigantesque de dix tonnes. Il voulut la soulever et le fit beaucoup plus facilement qu’il ne l’aurait cru. Il fit quelques mouvements maladroits avant d’être stoppé net. Un homme, qu’il ne connaissait pas, avait bloqué l’épée démesurée de son bouclier.

« Rubis ?

-Euh… Ca dépend, vous voulez quoi ? 

-Sauver le monde.

-… Je suis l’homme que vous cherchez.

-Bien. L’Humanité à renoncer au combat. Nous avons vu de nos yeux Arthémis, le président d’EFO (Etats fédérés d’Ondu) et le chef de Jyz suivre Yrion. Mais nous, nous n’abandonnons pas. Chronos a décidé de faire une Tour du Firmament… Bien plus grande. Mais pendant deux semaines, pour ne peut se battre car il accélère la construction. Nous avons décidé de saboter la tour et de la détruire ! Nous avons besoin de toi pour cela !

-Je… Vous croyez toujours en moi ?

-Là n’est pas la question. Tu assumeras les conséquences de tes actes plus tard. Les circonstances ne nous permettent pas de perdre notre temps. Accepte ou refuse, mais choisis ! Vite !

-J’accepte ! »

Rubis avait, à nouveau, des flammes dans le regard.

« Je me battrais jusqu’à la mort pour vous. Dites-moi ce que j’ai à faire !

-Nous allons faire une diversion en attaquant la tour,  pour nous y infiltrer. Avec toi, qui peut voler, nous pouvons enfin nous introduire à l’intérieur de la base de Chronos et détruire cette maudite Tour du Firmament !

-Très bien. »

L’homme dégaina une épée en plus de son bouclier.

« Je suis Exa, première ligne de la troupe. Guerrier. »

Un autre :

« Je suis Shyn, protection de l’arrière et tacticien. Moine combattant.

-Fuzen, combattant à distance. Archer. Dit un autre.

-Stany, combattante à distance. Mage. Dit une autre.

-Tyr’Ak, mêlée préventive furtive et tacticien. Assassin. »

L’Ange de Feu acquiesça.

« Rubis, première ligne. Combattant du feu. Vous n’êtes que cinq ?

-Oui. Répondit Exa. Nous sommes parfaitement complémentaires et, malgré notre niveau assez loin du tien, nous sommes à même de gérer des situations théoriquement hors d’atteinte.

-Alors qui fera la diversion ? Vous n’avez pas de troupe ? Pas de soldat ?

-Nous cherchons encore. Il nous reste deux semaines pour trouver et t’entrainer. C’est court, mais…

-Alors dans ce cas, j’ai une idée. »

Il quitta sa chambre, suivit des autres.

« Où allons-nous ?

-J’ai longtemps combattant quelqu’un, mais cette fois, il est dans mon camp. Nous nous sommes unis contre Chronos, même si mes amis m’ont… Enfin… »

Il ralentit le rythme.

« Quand ils verront que nous avons gagné, ils changeront d’avis. Ce n’est pas la foi en toi qu’ils leur manque, mais l’espoir. Nous allons leur apporter, et ils reviendront vers toi. »

Rubis reprit un rythme normal.

« Oui, vous avez raison. Donc notre nouvel allié est un de mes anciens ennemis. Mon pire. Pour que la diversion efficace, quoi de mieux qu’un être qui, de par sa nature même, attire l’attention de Chronos ?

-Un dieu ?

-Exact. Un dieu d’une secte. Je ne l’ai jamais éradiqué, mais je ne le regrette pas. »

Il alla à l’autre bout de la base de Netal.

« J’espère que c’est un grand guerrier et qu’il possède une armée. D’ailleurs, que ferait-il ici ?

-Netal l’a soumis de force. Il n’aurait pas perdu de temps pour un incapable. Son nom doit vous être familier. Sieron. »

Il entra dans une salle immense avec de nombreuses troupes. Les étendards des Larmes du Soleil flottaient très légèrement sur les courants d’air, les soldats bavardaient en attendant les ordres. Rubis traversa la pièce en faisant silence autour de lui, leur pire ennemi. Tous les regards se tournèrent vers l’Ange de Feu. Des regards surpris, ou revanchard. Il monta les marches de la salle des officiers et poussa la porte.

« Nous sommes dans le même camp, maintenant, non ? »

Le dieu.

« Que fais-tu ici ?

-J’ai besoin de ton aide pour ralentir Chronos. J’ai besoin de toi, Sieron. Et j’ai besoin des Larmes du Soleil pour combattre à mes cotés ! Nous avons besoin d’une diversion pour frapper Chronos, le ralentir et peut-être même l’affaiblir. Nous pouvons empiéter sur le domaine des titans que sont Chronos, Netal et la Lumière. La victoire dépendra peut-être de ce que nous allons faire.

-Tu es bien téméraire de venir formuler une telle demande. Si l’Oblitérateur n’était pas aussi attaché à toi, je t’aurai déjà tué.

-Je ne me souviens pas avoir perdu une seule fois face à toi.

-Mais… Je n’ai aucune envie de me faire tuer par Chronos, et encore moins de me soumettre à lui. Alors j’accepte d’enterrer la hache de guerre… Provisoirement. »

Il sortit de la salle et dit à ses troupes stupéfaites.

« Soldats ! Nous faisons une trêve avec Rubis, et nous nous liguons contre Chronos ! On s’occupera du nabot rouge après.

-Eh !

-Mais pour le moment, nous allons nous battre ! Pour notre foi, pour nos foyers, et pour l’honneur ! »

Les cris de guerre retentirent dans la salle commune.

« Aux armes !! »

 

 

                Jade arriva enfin à sa destination. Elle se frotta les mains pour les réchauffer. Devant elle se dressait la cité technologique d’Alira. Ce pays froid abritait un second bastion de la science. Les deux cités étaient en guerre, et attaquer l’une revenait à l’allier à l’autre. Elle arriva devant les gardes.

« J-je suis Jade… Et je caille !! Faites-moi entrer ! »

La grande porte d’acier s’ouvrit. Elle se précipita à l’intérieur, où, enfin, il faisait chaud.

« Piouf ! Il fait meilleur.

-C’est la pire période de l’année. Lui répondit un homme en uniforme de capitaine de navire. Vous venez inspectez la flotte ?

-Oui. Il faut qu’elle soit vite opérationnelle. Nous avons peu de temps.

-Nous avons bientôt fini. Je vous fais visiter ?

-Avec plaisir. »

Il la mena à plusieurs vaisseaux alignés, petits et simples.

« Voici nos principaux combattants. Ils sont très maniables et peuvent lutter près du sol. Ils sont rapides, mais fragiles. »

Il appuya sur sa télécommande et un bouclier apparut autour de la machine de combat.

« Leur champ de force est basique. Cela leur permet de tenir un peu, mais il n’est pas très puissant. Les canons maintenant. Ils tirent en rafale avec une bonne précision, et avec une excellente puissance de feu. »

Il continua et passa devant des vaisseaux plus gros, pouvant contenir tout un équipage.

« Ca, c’est nos chefs d’unités. Leur bouclier est très puissant, pour compenser leur manque de vitesse. Leur force de frappe repose sur les six tourelles, mais il faut un homme par tourelle. Il n’y a pas de tir automatique. »

Il continua et désigna des véhicules élancés, ressemblants à des motos volantes.

« On les appelles les counter. Leur bouclier est à l’épreuve de tout sort magique, mais pas aux attaques physiques. Néanmoins, leur vitesse extrême leur permet de s’en éloigner. Leur travail consiste à passer outre l’avant-garde pour attaquer et anéantir les mages en arrières. Leur lévitation est limitée à vingt mètres au-dessus du sol.

-J’adore. Commenta Jade.

-Hé hé, alors vous adorerez notre surprise. Mais continuons. »

Il désigna un pilonne mobile.

« C’est un dresseur de champ de force. Il est lourd à déplacer, mais peut protéger un bouclier très puissant, arrêtant tous sorts ou projectiles. Il y a néanmoins une faille, si on frappe depuis l’intérieur, il est brisé.

-C’est toujours pareil. Pour détruire un champ de force, il faut attaquer depuis l’intérieur. Comme à la ville technologique d’Arké, celle qu’on a attaqué.

-Exactement. Faites donc attention à ça. »

Jade soupira.

« C’est pas mal, mais c’est très loin de suffire.

-Mais nous sommes loin d’avoir fini. Je n’ai fait que vous montrer les engins de premières lignes. »

Fièrement, il passa une porte qui débouchait sur un hangar gigantesque. Dedans, en pleine construction, une flotte entière de vaisseaux immenses, près de deux cents mètres de long.

« Voila nos ‘forteresses volantes’. Nous en tirons beaucoup d’orgueil.

-… Y’a de quoi… Dit Jade, soufflée.

-Leurs canons peuvent mettre en pièce des bataillons entiers ! Voyez plutôt ! »

Il leva la main.

« Tir d’essai ! Que le TNT 360 fasse feu !! »

Le canon à l’avant d’un vaisseau rayonnant de puissance, chargea l’énergie une dizaine de secondes, et tira avant une force effroyable. Le rayon laser frappa une montagne déjà amochée et rajouta un cratère sur son flanc, d’environ cinquante mètre de diamètre.

« Comment de temps de recharge ? Demanda Jade.

-Aucun. Mais si on tire trop, le canon surchauffe, alors il faut le ménager. Disons qu’un tir par minute est un bon rythme. Si nécessaire, on peut tirer plus, mais il faudra attendre plus longtemps.

-Je vois. Il y a combien de forteresses volantes ?

-Dix sont achevées, cinq en construction. Il y en aura quinze ! Mais je n’ai pas fini !

-Surprenez-moi. »

Il alla à l’extérieur. Là, ça dépassait tout. Une forteresse volante, immense.

« Un kilomètre de long ! Trois cents de large ! Une puissance de feu démentielle, la plus grande force de frappe technologique qui existe !! Il est tout équipé pour la guerre, même d’un laboratoire ! Je vous présente notre vaisseau amiral : Icare ! Son canon est trop puissant pour vous montrer un tir d’essai.

–S… Superbe…. C’est incroyable… Qui le pilotera ? »

Le capitane se tourna vers elle et lui accrocha une médaille sur sa tenue de combat.

« Bravo pour votre promotion, amirale Jade.

-Eh ben… Est-ce cela que vous qualifiiez de… ‘Surprise’ ?

-Ah non. Mais vous avez vu le meilleur. Regardez derrière vous. »

Elle se retourna. Il s’agissait d’une moto cross, avec deux canons, un de chaque coté du guidon, et un réacteur surpuissant à l’arrière.

« Les roues sont rétractable, vous pouvez léviter à un mètre du sol un court instant. Vous pouvez tirer des missiles, des balles, et vous pouvez même poser des mines. Elle peut rouler sur absolument n’importe quelle surface, même de la glace ! En appuyant sur ce bouton, vous faites sortir des crampons. Vous avez une autonomie de plusieurs semaines grâce à la barre nucléaire à l’intérieur.

-J’ai des barres nucléaires partout… »

Elle lui tendit son blaster.

« D’ailleurs, celle de mon arme est épuisée, vous m’en donner une autre ?

-Bien sûr.

-Et je suis en rade de grenade.

-Croyez-moi, je vais faire de vous un véritable arsenal ! »

Elle enfourcha la moto.

« Je vais faire un tour pour l’essayer. Je reviens dans une heure.

-Attention au déma… »

Elle appuya sur l’accélérateur et fonça droit dans un mur. A peine la roue l’eut-elle touché que les crampons sortirent automatiquement et elle roula dessus, à la vertical.

« … Au démarrage. Il est un peu brusque. »

Elle passa sur le plafond, retourna sur le mur opposé avant de se retrouver à nouveau sur la terre ferme. Elle fonça dans les montagnes enneigées.

« Yaouuuuh ! »

 

 

                Améthyste était avec ses troupes de l’Auréole Ardente, sur le bateau qui les ramènerait au continent. Elle regardait la mer en se tenant la mâchoire. Son père ne l’avait pas loupé. Elle soupira.

« Nostalgique ? »

Elle sursauta et se retourna. C’était un fantôme d’Ancrona.

« Que ?!

-J’ai du temps à perdre, comme toujours, alors j’ai réfléchi. Et j’ai trouvé une idée pour te laisser un cadeau d’adieu… Sympathique.

-Essaye seulement ! »

Elle sortit des composants.

« J’ai l’apparence d’Ancrona, mais je suis toujours Chronos… Tu ne peux rien faire contre moi. Et désormais, tu ne peux plus rien faire !! »

Il lui jeta un sort bleu, qui la fit tomber à genou. Elle se releva.

« Peuh ! Tu ne m’as même pas chatouillé ! Plaie d’agonie ! »

Rien ne se passa.

« Eh ben ? Plaie d’agonie ! »

Toujours rien.

« Quoi ? Mais pourquoi ça ne marche pas ?!

-A cause de la loi divine. A part avec le bracelet d’harmonie, si tu utilises la technologie, tu n’utilises pas la magie.

-Qui qui utilise la technologie ?!

-Mais, toi, le cyborg. »

Il disparut. Améthyste se palpa le corps, elle ne sentait plus rien.

« Non… »

Elle s’arracha la peau du bras gauche, découvrant un corps mécanique. Elle était à nouveau à moitié robot. On l’avait ramené des années en arrière. La magie, c’était fini.

« Noooooon !! Je ne peux pas le croire !! Pourquoi ?! Pourquoi moi ?! J’ai arrêté de me battre ! C’est pas juste !!! »

Il frappa le sol de rage en pleurant. Un seul de ses yeux pleurait, et sa main robotique avait cassé le plancher. Désormais, elle ne n’avait plus d’avenir. Elle ne pourrait jamais survivre sans sa magie vaudou. Elle ne serait plus reconnue comme sorcière par les peuplades vaudou, elle ne pourrait faire aucun métier ou presque. Elle était condamnée à une existence misérable. Un marin s’approcha d’elle.

« Qu… Que faisons-nous ?

-Je ne sais pas…

-Devons-nous garder le cap ?

-… Non. Faites demi-tour. »

2 réactions sur “XI – La Guerre des dieux”

  • Très bon roman. Suivre ces personnages sur plusieurs décennies a été un plaisir, les personnages sont parfois amplifiés. Bonne lecture.

  • Oui, tu as été claire et merci pour ces précisions.

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