Seigneur-Croc



XII – Les héros n’abandonnent jamais
2 avril 2013

Et voici le douzième volet ! L’avant-dernier ou avant-avant-dernier (Pas encore défini). C’est avec fierté que je vous le propose, j’ai pris énormément de plaisir à l’écrire. Bonne lecture !

 

Préparation

                Rubis esquiva un coup d’épée et fit une roulade en arrière, puis repartit à l’assaut, dévia la lame et toucha son adversaire au ventre.

« Touché ! »

Son adversaire jura.

« Rah c’est pas vrai !! Ca fait trois jours qu’on s’entraine, j’ai toujours pas gagné ! »

Il jeta son arme à terre.

« C’est vraiment une chance qu’on ait Rubis dans notre camp. Avec lui, on est pratiquement sûr de gagner.

-Evite de me surestimer, je ne suis pas invincible, loin de là. Et… Plus j’utilise de force, plus la Basilic se manifeste. Il puise dans mon cœur pour exploiter tout ce qu’il y a de pire. Je ne suis pas un ange, je représente un vrai danger.

-Ne t’inquiète pas, nous veillons sur toi. Mais face aux hommes de Chronos, il faudra tout donner. Il faudra prendre des risques.

-J’y suis préparé. Et si je dois mourir alors, c’est très bien comme ça. »

Il fit quelques mouvements avec ses pugilats.

« La grand jour est pour bientôt. »

 

 

                L’humanité s’était divisée. Lehi et l’empire Otrajyd s’était rangé derrière l’Endeuilleur. Koljeizer, Lehi et Wyrim, ainsi que Jyz et Ondu, avait choisi de se plier à Chronos. Bientôt, les vastes plaines de ce continent allait être le théâtre de violentes batailles, où l’Humanité s’entretuerait au lieu de s’unir contre Chronos. L’Archer Stellaire était désespéré. Au balcon de sa chambre, dans le palais de l’Empereur Otrajyd, il regardait l’horizon, déjà à moitié vaincu.

« Je perds espoir. »

La Voix du Peuple apparut.

« Tu ne dois pas. Tu as une mission. »

Cette fois, c’était un gladiateur. Toujours à changer d’apparence.

« Entends-tu les voix qui se sont tut ? Les voix de ceux qui sont partis ?

-Oui. Je les entends. J’en fais des cauchemars. Toujours le même. Je suis poursuivi par des loups, et un autre loup énorme et terrifiant, noir, me bloque le chemin. Il se jette sur moi, et je me réveille.

-… C’est vraiment un cauchemar ?

-Pardon ?

-Cela ressemble à une prophétie. Non, pas une prophétie quelconque, je te rassure. C’est plus… Un signe, un gage d’espoir. La preuve d’une aide. Mais ta peur te perd, et tu te réveilles.

-Quelle est cette prophétie ?

-Ce n’est pas à moi de te le dire. C’est à toi de la trouver. Mais pour cela, il faut vaincre ta peur. Je peux t’y aider.

-Comment ?

-Assis-toi. »

Il obéit.

« Je vais t’endormir, et ton cauchemar va revenir. Et là, ne te réveille pas. Continue de lutter ! Lutte jusqu’à ton dernier souffle !!

-J’ai trop peur !

-Aie confiance, je t’en supplie. Tu es notre seul espoir. Vraiment le seul. Regarde. »

La voix du peuple s’assit à coté de l’Endeuilleur et posa dix pièces devants. Il les déplaça, comme pour les mélanger, et en fit glisser une devant son ami.

« Crois-tu à la divination ?

-Non.

-Pas même à celle d’une entité telle que moi ? Retourne cette pièce.

-… Je n’en ai pas envie.

-Pourquoi hésites-tu ?

-J’ai l’impression que si je la prends, je vais apprendre quelque chose que… Je ne veux pas savoir.

-La peur de la connaissance est la pire des peurs. L’ignorance est le pire des fléaux. Regarde cette pièce. Fais-le ! »

L’Archer hésita, pour la prit. Une colombe, le symbole de la paix.

« C’est… C’est tout ?

-Retourne-la. »

Au verso de cette pièce, une tête de mort était gravée. Il la jeta.

« Qu’est-ce que cela signifie ?! »

La Voix du Peuple tapa le sol du poing et la pièce bondit, puis tournoya sur le sol.

« Va-t-elle tomber du coté de la Paix ? Ou celui de la Mort ? Tout repose sur toi. Pourtant, tu ne choisis pas vraiment. C’est tes actions qui auront des répercussions immenses que tu n’imagines pas. »

La pièce s’immobilisa sur la tranche.

« Le destin est encore incertain.

-Alors la victoire n’est pas encore acquise.

-Mais la défaite n’est pas encore certaine. Continue de te battre.

-Mon cauchemar… Montre-le-moi. »

La Voix du Peuple récita une incantation et l’Endeuilleur s’endormit. Il se retrouva encore dans sa forêt sombre. Il entendit un hurlement. Il se retourna, les loups étaient déjà là. Mais ils semblaient encore plus terrifiants qu’avant. Il paniqua et s’enfuit en avant. Les bêtes le traqua en hurlant et en grognant. La peur lui étreigne le cœur.

« Tenir le coup… Me battre… »

Il continua de courir en respirant correctement, plutôt que chaotiquement. Il savait que le loup noir allait lui barrer la route. Il n’allait pas fuir en prenant un autre chemin. Il allait se jeter dans la gueule du loup, littéralement. Comme il l’avait deviné, le loup noir apparut. Toujours aussi calme, assis sur son rocher, le regardant de haut. Ses yeux étaient rouges sang.

« Te voila… »

La bête bondit vers l’archer. Il se réveilla.

« Aaaah ! »

Il souffla. La Voix du Peuple s’assis devant lui.

« … Raté.

-Je veux y retourner !

-Non. Il y a un temps pour tout. Ne pressons pas les choses. Ton devoir t’appelle. Il est temps que je me retire. Ne perd pas foi en l’humanité. Ne perd pas espoir. Tout est toujours possible. »

Il disparut. L’Endeuilleur réfléchit. Son titre était la preuve de sa culpabilité et de sa faute. Mais il avait été pardonné. Et lui, il allait se pardonner. Se présenter sous ce titre pourrait faire naître des rumeurs qui joueraient en sa défaveur. Il allait reprendre son vrai nom. Celui que ses parents lui avait donné. Un nom qui avait tracé sa destinée. Il sortit de sa chambre, le Ténébreux l’attendu.

« ‘Lu ‘Deuil.

-Non, je ne veux plus de ce titre. Il ne peut qu’apporter le malheur, désormais.

-Ah ? Je t’appelle comment ?

-Par mon nom. Désormais, je ne suis plus l’Endeuilleur. Je suis Stellios Lugentes. »

 

 

                Améthyste était retournée au repaire de Netal. Accompagnée de quelques soldats, elle regardait nerveusement autour d’elle. Elle arriva au pied des remparts de l’œil Griffé.

« Qui va là ? Demanda un garde.

-Je suis Améthyste, je dois entrer voir Rubis. »

Il discuta un bref instant avec les autres.

« C’est bon, entrez. »

La double porte s’ouvrit. Elle entra en trainant les pieds et demanda au garde.

« Où est-il ?

-J’ai ordre de vous amener à l’Oblitérateur si vous vous représentiez. Veuillez me suivre.

-Quoi ?! Non ! Pas lui !!

-Comprenez que je ne vous laisse pas le choix. J’ai ordre de vous amener à lui, même si je dois vous y trainer de force ou que je dois vous y amener inconsciente. Que choisissez-vous ?

-… C’est bon, je vous suis… Inutile de menacer une infirme. »

Elle fit signe à ses soldats de l’attendre et suivit le garde en tentant de contrôler ses tremblements de peur. Elle s’engouffra dans le bâtiment principal, sombre et glauque, parcouru les couloirs qui allait de plus en plus profonds, suivant le garde qui marchait stoïquement. Il n’y avait aucun courant d’air, et il lui semblait qu’elle étouffait. C’était bien la base de Netal pour être aussi sinistre. Ils continuèrent de marcher un moment, puis ils s’arrêtèrent devant une porte de métal sombre aux gravures guerrières.

« C’est ici.

-Je… Oui… »

Elle entra et la porte se referma violement derrière elle. Devant, l’immense Oblitération. L’arme légendaire et destructrice qu’utilisait son père. La pièce était plongée dans l’obscurité, ce qui la fit frissonner encore plus. Par reflexe, elle plaça son bras mécanique en garde devant son visage. Elle avança en tremblant, guidée par la faible lumière qui passait sous la porte derrière elle.

« Alors tu es revenue ? »

Elle sursauta et retint un cri.

« P… Papa…

-Non. Je t’ai renié, tu t’en souviens ? »

Améthyste ne le distinguait pas. Tout ce qu’elle voyait, c’était ses yeux rouges sombres qui brillaient légèrement dans l’obscurité.

« Je…

-Qu’est-ce que tu fais là ?

-C’est pas à toi que je veux parler… Je veux parler à Rubis…

-Il est partit. Il va se battre contre Chronos. J’ignore ce qu’il fait, j’ignore son plan. J’ai juste confiance. Et je sais qu’il a des compagnons. »

Améthyste se sentit soudain comme remplacée.

« Qu-quoi ? Mais je…

-Tu n’as pas répondu à ma question. Qu’est-ce que tu fais là ?

-J’ai besoin de Rubis… Chronos m’a… Il m’a… »

Elle montra son bras un peu déchiré, où on apercevait des circuits électroniques.

« Tu es en train de me dire… Que tu es revenue vers Rubis… Par nécessité ? »

Il se rapprocha d’elle, elle recula.

« A-t-on vu plus égoïste en ce bas monde ? Tu reviens vers celui que tu as trahi… Parce que tu as peur. Tu n’as aucun regret, mais tu sais qu’il t’acceptera car il t’aime. Tu n’es qu’un parasite ! Tu me fais honte !

-Mais je… Je… Je n’ai pas le choix…

-On a toujours le choix ! Disparais de ma vue avant que je t’arrache ton dernier membre ! 

-Mais j’ai besoin de lui !! Je m’laisserai pas intimider ! »

Pourtant, elle recula encore et toucha le mur. Le guerrier avança vers elle et fut éclairé par une légère lumière passant sous la porte.

« Alors je vais reposer ma question : Pourquoi es-tu revenu ?!

-Parce que… Parce que…

-Réponds !! »

Elle ne pouvait plus reculer davantage. L’Oblitérateur retira son casque et le jeta à terre. Il était furieux, son regard trahissait son envie de tuer tout ce qui lui passait sous la main. Son armure pectorale craquela.

« Mon armure ne parvint plus à contenir ma colère. Réponds-moi, ou je ne pourrai être tenu responsable de ce qui t’arrivera.

-Je… J’en veux énormément à Rubis… J’ai fait d’énorme effort pour lui…

-Il en a fait autant pour toi.

-Il a tout gâché… tout ce que j’avais donné… Il l’a brisé… Mais je suis prête à lui pardonner, si lui aussi, il me pardonne d’être partie…

-Echange de bon procédé. On donne, on reçoit. On négocie. »

Il frappa le mur derrière Améthyste et le réduisit en morceau.

« L’amour n’est pas un accord commercial !! »

Ses épaulières craquèrent à leur tour.

« Disparais, ou je ne réponds plus de rien ! »

La porte s’ouvrit et Rubis apparut.

« De même qu’aucune sœur ne devrait tourner ses armes contre son frère, aucun père ne devrait menacer de mort sa fille.

-Je l’ai renié.

-Un lien familial est bien plus fort que toute ta colère. »

Il s’approcha d’Améthyste.

« Rubis… Fit-elle.

-T’es toujours là ? T’as pas entendu le Seigneur-Croc ? Dehors. »

Des larmes perlèrent au coin du seul œil de la fille.

« S-s’il te plait… Rubis…

-J’ai dit dehors.

-B-Bien… »

Elle sortit en pleurant. L’Ange de Feu referma violement la porte.

« N’en fait pas trop, papa. Même si tu es le plus grand guerrier au monde, même si tu combats des dieux, tu fais partie de l’humanité.

-Où tu veux en venir ?

-Je sais que pour toi, c’est un supplice de te montrer si dur envers elle. Si tu continues, tu vas réellement perdre le contrôle de toi. Mais c’est pas elle qui va en mourir, c’est toi. »

Rubis jeta son armure à terre.

« Après-demain, on lance notre assaut. Sieron est prêt ?

-Oui. Tu es sûr que tu ne veux pas que je vienne ?

-Tu es trop puissant, tu seras détecté par Chronos à des kilomètres. Moi, même avec deux être Originels, je suis trop faible pour être vu.

-Tu n’es pas faible.

-Si, et c’est un point fort. Je vais anéantir la tour du Firmament, pour donner à l’Endeuilleur le temps de rallier l’Humanité. »

Il s’assit sur une chaise.

« J’espère qu’il va y arrivé. »

 

                L’Endeuilleur, ou plutôt Stellios Lugentes, jeta la pièce en l’air. Elle atterrit sur la tranche.

« Toujours… »

Il entra dans la salle commune. L’Empereur Otrajydien et le maître assassin de Lehi était autour d’une carte.

« Nous avons rallié… Un peu moins de 50% de l’humanité. Surtout grâce à l’empereur.

-Mon ! Peuple peut ! Se battre aussi ! Bien que des ! Soldats !!

-Oui, mais nous avons besoin de 100% de l’humanité. Pour Koljeizer, nous n’avons pas de représentant. »

L’Archer posa un drapeau de guerre sur Koljeizer.

« Quand le moment viendra, Koljeizer se joindra à nous. J’ai un atout dans ma manche, qui les motivera, plus que tout. Mais je ne peux le dévoiler qu’au dernier moment, j’en suis désolé.

-Ce n’est pas grave. Dit le maître assassin. Koljeizer est définitivement acquis, c’est déjà ça. Il reste à convaincre Arthémis et le président d’EFO, ainsi que le représentant de Jyz.

-Il faut convaincre le peuple que vaincre Chronos est possible. Sans quoi, tout est perdu. »

Il invoqua son arc.

« La dernière fois, je l’ai dérouillé sévèrement. C’était un coup de chance que ses victimes se soient tournées vers moi. Mais… Il est possible, si on prépare le terrain, de recevoir l’aide du peuple, de recevoir leur foi. Et là, j’aurai gagné. Mais il faut qu’ils croient en moi. »

La porte s’ouvrit avec violence et l’Oblitérateur entra.

« Vous ! Fit Stellios Lugentes.

-Salut, là-dedans. J’apporte de bonnes nouvelles. »

Il dégaina son arme et la posa contre un mur. Celui-ci semblait être au bord de l’effondrement tant l’arme était lourde.

« Rubis va attaquer Chronos, et va détruire sa tour. Pour vous faire gagner du temps, que vous puissiez réunir l’humanité. Par ailleurs, un tel tour de force devrait convaincre pas mal de monde. Bon, ‘Deuil, je peux te parler en privé ?

-Euh…

-Il faut que je te menace ?

-… Ce ne sera pas nécessaire, je suis prêt à vous écouter. »

Ils sortirent du palais. Stellios Lugentes dit :

« Vous êtes revenu me tuer ? Comme vous l’aviez dit ?

-Nan.

-Vous savez, j’ai une immense admiration pour vous. Et aussi beaucoup de respect.

-T’es pas un grand combattant, toi.

-Pardon ?

-Qu’est-ce que tu peux faire, avec ton arc ? Contre Chronos ça marche, content pour toi. Mais il y a un problème face aux autres adversaires.

-Où… Où voulez-vous en venir ? »

Le guerrier noir soupira.

« Je me trompe pas, tu es bien le petit ami de Jade, hein ?

-Euh… Dit-il en rougissant. O-Oui… »

L’Oblitérateur le plaqua contre un mur.

« Pour rappel, Jade est ma fille. Alors écoute, mon gendre, comment tu comptes défendre la chair de ma chair avec ton con d’arc ?!

-En fait… C’est plutôt elle qui me protège…

-T’as qu’à crever si il faut, mais ma fille passe avant tout. Tu réalises que tu sors avec la fille du Seigneur-Croc ?! »

Il blêmit.

« Sur le coup, j’avais pas réalisé…

-T’es au moins aussi con que moi quand il est question d’amour. Et c’est pas peu dire. T’es prêt à tout pour elle, et tu lui passes tout. T’es un type bien. »

Il relâcha sa prise.

« Elle m’a fait pleurer plus d’une fois. Dit le jeune homme. Ne le prenez pas mal, mais elle n’est pas facile à vivre.

-C’est mon portrait craché. Moi aussi, j’ai tendance à être invivable. J’ai eu mon heure de non-violence, mais je n’ai plus de prétention de ce coté.

-Elle, elle ne l’a jamais eu. Elle n’est pas vraiment diplomate. Ni patiente, d’ailleurs. »

Il sourit en pensant à elle.

« Mais son arsenal et son regard de tueur, c’est surtout un blindage. Elle est… si douce. »

Il lui tapa sur l’épaule.

« Bon, je t’accepte comme gendre.

-Euh merci. Mais pour ne rien vous cacher… Ni elle ni moi n’avons besoin de votre permission, hé hé…

-C’est bien, il faut croire en ses rêves. »

Stellios Lugentes était toujours sous le choc. C’était une chance que le Seigneur-Croc l’accepte.

« Je vais t’apprendre un sort pour m’appeler. Continua le guerrier. Si jamais le danger menace, et que ni toi ni Jade n’est pas à la hauteur, je viendrai. Toujours, en tout lieu et en tout temps. N’amuse pas la mort, elle saura te trouver. Pas de risque. Je te verrai toujours du haut de Nysécthéni.

-Je l’apprendrai, mais je n’y aurais pas recours. Croyez en moi, je serai me montrer à la hauteur ! J’ai fait reculer Chronos, pas vous !

-Tu n’es efficace que contre lui. Si tu veux me prouver le contraire, essaye de me blesser avec la force de tes flèches. Je crains que tu n’en sois pas capable.

-Ma force est clairement insuffisante. Mais il existe une force bien plus grande, et qui vous est hostile. La rancœur de vos trop nombreuses victimes. »

L’Archer bondit en arrière en invoquant son arc, tira une flèche irradiante de puissance, et toucha le Seigneur-Croc à l’épaule. L’armure explosa et du sang jaillit de la blessure. Il fit une roulade arrière et tira à nouveau. Le guerrier fut touché au torse, les plaques de métal volèrent en éclats. Le combattant posa un genou à terre, sonné.

« P-pas mal… »

Il se releva et chargea en hurlant. Il esquiva une flèche, une autre, mais fut touché à la jambe. Il perdit l’équilibre et tomba au sol, glissant au pied de l’archer, emporté par sa charge interrompu et le poids de son arme.

« C’est l’âme de mes victimes… Qui te donne cette puissance ?!

-Oui. Entendez-vous les râles d’agonie des innocents qui ont péri sous votre lame ? Ou êtes-vous sourd à leur détresse ? »

Les yeux de Stellios Lugentes brillaient d’une lumière bleue glaciale. Mais le Seigneur-Croc cria :

« Je me fiche d’eux ! Je les ai déjà tués ! »

Il frappa une flèche spectrale qui explosa.

« Je peux recommencer ! »

Il fut touché à la tête, son casque fut éjecté. Comme enragée par son visage ainsi dévoilé, l’aura bleue de l’archer grandit, et ses flèches devinrent plus puissantes. Une nouvelle flèche lui arracha son arme et le blessa à la main.

« Vous n’êtes pas très convaincant, à boiter dans votre armure en pièces, désarmé et blessé. »

Il ramassa son arme et hurla :

« Vous êtes morts, vous ne pouvez plus vous opposer à moi ! Vous ne l’avez jamais pu ! »

L’Archer Stellaire, droit comme la justice et le regard d’acier, tira une nouvelle flèche irradiant de puissance funeste assoiffée de vengeance des défunts. Le Seigneur-Croc frappa furieusement la flèche, Stellios Lugentes fut secoué par cela, et fut prit de vertige.

« Après les dieux Originels, c’est des spectres qui se dresse face à moi ? J’en ai marre de tous ces bouffons !! »

L’archer tira une nouvelle flèche qui fut fracassé avec violence par l’immense arme. Il s’effondra, l’énergie dont il était investi venait de se dissiper. Il n’en revenait.

« Il a vaincu les fantômes du passé… Sa force n’a rien à voir avec cette victoire. C’est sa résistance mentale qui a terrassé la rancune de ces victimes et sa propre culpabilité… »

Le Seigneur-croc s’approcha de lui d’un air menaçant, et rengaina.

« Debout. Tu t’es bien défendu. Mais je ne suis pas aussi faible d’esprit que Chronos, qui n’assume pas les conséquences de ses actes. On voit qu’il a toujours été dorloté par son insouciance. »

Il aida Stellios Lugentes à se relever.

« Comment ? Demanda-t-il. Comment avez-vous pu faire face à cette rancœur qui visait droit votre cœur et votre âme ?

-Pour comprendre, il faudrait que tu partages ma malédiction. Je suis voué à détruire et à être détruit. Je ne sais ni construire, ni guérir. Je ne peux que faire du mal à ce qui m’entoure. Le plaisir de la destruction restera à jamais ancré en moi. J’ai accepté cette noirceur immonde dont je suis imprégné. J’ai supporté la culpabilité du mal que je faisais toute ma vie. Ces fantômes ne peuvent rien contre moi. Chronos, lui, n’a jamais assumé la haine qu’il engendrait, ni le regard de ses proches. Il ne s’est pas renforcé.

-C’est… C’est là la faille ! C’est le seul moyen de le vaincre ! Frapper à l’âme ! Mais… Je ne sais pas si je serai à la hauteur.

-Non, tu ne le seras pas. Mais si tu combines tes flèches avec les sorts de Netal, il y a moyen de l’anéantir. Tu es définitivement digne de Jade. Tu n’as pas que mon accord, tu as ma bénédiction, et mon respect. Et crois-moi, c’est pas peu de chose. »

Ils prirent le chemin du retour.

« Seigneur-Croc…

-C’est ‘Oblitérateur’, ici.

-Oui, pardon. J’aurai besoin d’aide. C’est complexe, mais je suis sûr que vous pouvez m’aider.

-Je t’écoute. »

 

 

 

Le grand Jour

 

                Rubis était prêt pour le grand jour. Il esquiva une flèche de Fuzen, l’archer, et monta au corps à corps. Son adversaire se désengagea en faisant une roulade en arrière et tira, l’Ange de Feu déploya une aile pour se protéger et jeta son adversaire au tapis.

« Encore une victoire pour le guerrier poulet. Fit Fuzen.

-L-Le guerrier poulet ?! Il va te carboniser, la volaille ! »

L’Oblitérateur entra.

« Salut la compagnie. Y parait. Alors bon, y parait, à prendre avec des pincettes. Mais y parait que Anadrys va ‘redevenir normale’. Perso je l’ai jamais vu au calme, mais je pense que Rubis serait intéressé. Ca te tente de voir ça ?

-… Hein ? Anadrys, normal ? Paradoxe.

-Netal t’expliquera. Tu viens ?

-Carrément ! »

 

                Toute la troupe de Rubis avait décidé de le suivre. Ils arrivèrent au repaire de Netal et le rejoignirent. Anadrys, toujours démoniaque, était assise en train de méditer au milieu d’artefact vaudou.

« … Améthyste adorerait être là. Commenta Rubis.

-Mhh ? »

La mi-démone ouvrit les yeux, et l’attaqua à peine l’eut-elle vu. Le guerrier noir la retint avec facilité et la plaqua au sol. Netal arriva à son tour.

« Vous êtes déjà là ? Très bien. J’aurais pense que l’Endeuilleur serait là.

-Il est occupé. Répondit l’Ange de Feu. Je ne voudrais pas le déranger, son temps est précieux. C’est lui, notre salut. »

L’arrivant acquiesça et se plaça devant Anadrys. Toujours avec son calme à faire froid dans le dos, il dit :

« Bien. C’est fini.

-Quoi ?! Fit la fille à terre. Qu’est-ce qui est fini ?! Rien n’est fini ! Je veux toujours égorger des gens !! Ma haine n’est encore apaisée !!

-Il suffit ! Tu n’as plus ta place dans cette guerre. Un soldat un peu plus fort, hors de contrôle, qui me prend trop de temps. Tu as été un bon investissement, mais là, c’est fini. Je vais t’arracher ta haine et la faire mienne ! Et je n’en serai que plus puissant ! Quant à toi, tu redeviendras la gamine pure et innocente que tu étais avant. Un point dont je n’ai rien à faire. Par ailleurs, tu souffriras énormément quand je t’arracherai ta noirceur. Un autre point dont je me moque.

-Quoi ?! Non ! Je veux rester comme je suis !! Lâche-moi sale… Guerrier de m… Raaah !! »

Elle remua sans parvenir à se dégager. Elle griffa la jambière métallique de l’Oblitérateur.

« N’imagine pas que je vais te lâcher. »

Elle hurla comme un animal qu’on égorge. Ignorant cette détresse, Netal canalisa un sort dans sa main droite.

« Non ! Fit-elle. Je refuse ! Non !! »

Puisant sa force dans sa haine, elle tira un éclair noir sur le guerrier. Le sort rebondit pathétiquement sur son armure et se dissipa.

« Raaaah ! »

Elle en tira d’autre à tout va, Netal se décida enfin à lui marcher sur la main pour l’immobiliser.

« Il suffit ! »

Il lui jeta le sort qui entra dans le corps de la fille, puis en ressortit pour revenir créer une canalisation jusqu’à la main du Sans-Âme. Celui-ci arracha peu à peu la noirceur, la haine et la colère d’Anadrys.

« Nooooon !! »

Dans un ultime effort, elle tira un dernier éclair noir vers son maître, qui esquiva sans peine. Le sort continua son chemin et frappa Fuzen au torse. Celui-ci s’effondra, haletant. Netal acheva son sort, la fille perdit connaissance.

« Merde ! Fuzen ! Fit Rubis.

-C’est bon… Fit-il. Je suis… Encore vivant… »

Netal le saisit par l’épaule et l’inspecta.

« Tu ne vas pas pouvoir te battre demain. Mais au moins, tes jours ne sont pas en danger. »

Il quitta la pièce.

« Vous serez aimable de jeter Anadrys dehors. Elle reprendra conscience d’ici quelques heures. »

La troupe était paniquée.

« Non… Nous sommes amputés d’un membre… Il nous faut quelqu’un pour nous couvrir de loin. Sans Fuzen… Nous n’avons pas d’archer. »

Rubis se releva.

« Si, on a un archer. Le meilleur des archers. »

 

 

                Stellios Lugentes jeta sa pièce en l’air et la rattrapa dans sa main, puis la posa sur la table.

« Pile… Ou face ? »

Il retira sa main et dévoila la tête de mort.

« Ainsi, le destin a fait son choix…

-Tu confierais le salut de l’humanité au hasard ? »

Rubis atterrit sur le balcon, dans une colonne de flamme, frappa la table du poing pour faire bondir la pièce, et s’en saisit.

« Toi ? Fit-il. Qu’est-ce que tu veux ?

-Ton aide. Laisse-moi t’expliquer. Je vais mener un assaut contre la Tour du Firmament, et la détruire ! Je ne m’en prendrai pas à Chronos, je ne suis pas stupide. Le but est de le ralentir et de te donner suffisamment de temps pour rallier l’humanité.

-A… Moi ? Tu vas risquer ta vie pour moi ?

-Pour l’humanité, plutôt. Notre archer a été blessé quand… J’y viendrai. Nous avons besoin de toi. Tu ne seras pas obligé de m’adresser la parole. Tu resteras simplement à l’arrière, pour nous couvrir. On a besoin de toi. L’Humanité a besoin de toi. Je ne t’oblige pas à répondre à cet appel.

-Je viendrai… Je vais le faire.

-Alors  envolons-nous. »

 

 

Améthyste était sortie de la base de Netal, anéantie. Ses soldats l’avaient laissé tombé pour rentrer chez eux. Seule, prostrée contre un mur, elle assumait ses erreurs, simplement. Elle se releva et marcha dans la forêt, perdue dans ses pensées. Elle ne ressentait plus rien dans ce corps mécanique, seulement le vent sur son bras droit et la moitié de son visage. Tout ce qui lui restait à faire, c’était rentrer dans les Terres Supérieures, prier pour que Rubis vainque Chronos, et trouver un métier qu’un cyborg était capable de faire. Peut-être qu’un meilleur avenir l’attendait dans une cité technologiques ? Non, elle ne connaissait rien à cela. Elle serait perdue et inutile, personne ne voudrait d’elle. Où qu’elle aille, elle serait un poids. Comme avant. Son corps posa soudain un genou à terre.

« Quoi ? »

Elle s’effondra, se retenant tant bien que mal par son bras humain atrophié. Elle regarda un point rouge brillant sur son torse, indiquant le niveau d’énergie. Il ne brillait plus. Elle n’avait simplement plus de batterie. Elle tenta de ramper, mais son corps était trop lourd. En larmes, elle détacha sa partie mécanique et se traina d’un bras. Ses viscères étaient protégées par des systèmes de métal inertes, elle pouvait survivre sans sa prothèse géante, mais elle ne pourrait même plus se sustenter.

« A… A l’aide ! »

Seul l’écho lui répondit. Elle décida de retourner dans la base de Netal pour y chercher de l’aide. Le sol lui griffait le ventre et tirer sur ses protections, irritant la peau. Son œil technologique était éteint, elle ne voyait plus que de l’autre. Elle croisa enfin Netal.

« Ah ! Netal ! Aide-moi !

-Va crever plus loin de ma base, tu veux ? »

Il la repoussa d’un coup de pied. Elle heurta violement le sol de sa tête qui résonna fort dans son esprit. Le Sans-Âme lui tourna le dos. Elle regarda le ciel de béton au-dessus d’elle, où s’éteignait la lumière du jour. L’illuminant d’un feu ardent, Rubis passa dans les nuages en diffusant la lueur rougeoyant de ses flammes. Elle se remit sur le ventre pour ramper vers lui.

« Rubis ! »

Elle se traina vers lui. Il était avec l’Endeuilleur. Ils discutèrent, puis rejoignirent un groupe. Elle accéléra, laissant derrière elle un mince filet de sang.

« Rubis !! »

Il activa son phénix et s’envola vers les cieux, et les autres partirent au pas de course.

« Non ! Rubis !! Aide-moi !! »

L’armée de Sieron passa devant elle sans la voir. A nouveau seule, elle désespérait. La douleur était toujours plus forte, elle n’arrivait plus à ramper davantage. Un bruit de moteur se fit entendre, et une moto s’arrêta à coté d’elle. Un bouclier géant, deux doubles lames, une cigarette à la bouche.

« Wow, Améthyste, c’est toi ? T’es dans un bel état.

-Jade ! Enfin quelqu’un qui me voit… »

Elle pleura encore plus fort.

« Eh eh ! Stop ! Fit la guerrière. Arrête de chialer, tu veux ? Où est ‘Deuil ?

-Il est partit avec Rubis… Je sais pas où… Y’a cinq minutes.

-Rah, je l’ai raté de peu. »

Elle descendit.

« Tu me racontes ?

-Chronos m’a rendu mon vieux corps mécanique d’avant. Tu ne l’avais encore jamais vu. Il est déchargé, alors j’ai du me trainer comme ça.

-Tu t’es pas loupé, tu saignes de partout. Quelle idée de ramper dans cette situation. Où est ton corps ? »

Elles s’y rendirent, et trouvèrent la partie mécanique. Jade y plaça Améthyste et la prit sur l’épaule.

« Je te ramène au vaisseau amiral, ils vont te recharger.

-Le vaisseau amiral ? Me recharger ? Qui ?

-Tu verras. Et tu vas adorer. »

 

 

                Rubis atterrit dans une avalanche de flammes, comme à son habitude. Son groupe le rejoignit peu après. Le temps était couvert, et le tonnerre retentissait.

« Vous êtes prêt ? »

Au loin, l’armée de Sieron apparaissait à l’horizon. Stellios Lugentes fit apparaître son arc.

« Il sera à la hauteur ? Interrogea l’épéiste.

-Demande-lui. Répondit l’ange de feu.

-Eh bien, archer ? »

Celui-ci encocha une flèche.

« Je donnerai ce j’ai de mieux, tu peux me faire confiance.

-… Et si ça ne suffit pas ?

-Alors je donnerai tout. »

Les Larmes du Soleil commencèrent à attaquer la Tour du Firmament alors que la pluie commençait. Le mauvais temps allait réduire la visibilité. Sarasin avait raison, le Monde luttait contre Chronos. Même les éléments étaient de leur coté. Rapidement, les troupes de Chronos sortirent de la base pour leur tenir tête. Rubis attendit un peu, puis dit :

« Maintenant ! »

A pied pour ne pas éveiller l’attention, ils se déplacèrent furtivement jusqu’au pied du rempart. Stellios Lugentes était resté pour surveiller. Avec son œil de faucon, il surveiller les remparts. Un garde les vit, et fut aussitôt abattu. Il dit pour lui-même.

« Cible touché au torse. »

Un autre les vit et tenta de donner l’alerte, il tira.

« Cible atteinte. »

Le petit groupe escalada les remparts. Une flèche passa au-dessus d’eux.

« Ennemi à terre. »

Ils arrivèrent en haut et pénétrèrent la forteresse. Stellios Lugentes desinvoqua son arc, mais resta concentré.

 

                Ils placèrent des explosifs magiques d’une grande puissance dans la tour et commencèrent à la gravir. Ils préférèrent passer par l’extérieur pour croisé moins de monde. De plus, sur un flanc, ils étaient couverts par l’archer stellaire. Un garde les surpris et fut décapita par l’épéiste. Son cadavre chuta de la tour et fut pulvérisé par Stellios Lugentes, pour qu’il n’attire pas l’attention. Surtout ne pas se faire découvrir. Ils sentaient le stress monter en eux. Dehors, Sieron se faisait battre à plates coutures. Mais sa diversion était efficace. Ils continuèrent de grimper la tour et arrivèrent enfin au sommet.

« Maintenant le plus dur. Fit Rubis. S’enfuir d’ici. »

La magicienne invoqua le sort de détonation pour faire exploser les charges. D’ici quelques secondes, cette tour ne serait qu’un tas de gravats. Quelques secondes. Bien assez pour un manipulateur du temps. Une rapière lui traversa la gorge.

« Yrion ! »

Il décapita la magicienne.

« Eh bien. Fit-il. Comme quoi, il faut toujours se méfier du dernier soubresaut de désespoir de la bête traquée et acculée. Votre chemin s’arrête ici. »

Rubis invoqua son phénix, puis passa en forme d’archange. La pression du Basilic lui fit poser un genou à terre.

« Et voici le grand héros, l’Ange de Feu. Continua le roi. Qui cède complètement à la corruption. C’est tout ce que l’on pouvait attendre de quelqu’un qui imite le Seigneur-Croc. »

Rubis renonça à garder son calme. Il se laissa envahir par la noirceur du Basilic. Ses ailes de flammes rouges devinrent noires, et sa silhouette humaine se perdit dans les flammes qui l’enlaçaient. Il dit d’une voix difforme :

« Plus chaud que l’enfer !! »

Ses deux techniques phares lui demandaient trop d’énergie pour qu’il reste lucide. Désormais, tout ce qui n’était pas lui était un ennemi. Il fondit sur Yrion à une vitesse prodigieuse, qui surpris son adversaire. La fine lame para comme il put mais fut emporté par la force de l’attaque et tomba de la tour. Rubis se jeta dans le vide pour poursuivre son ennemi dans sa chute. Accélérant sa descente de ses ailes, il refit sa technique.

« Plus chaud que l’enfer ! »

Il passa le mur du son à ce moment et frappa Yrion avec une puissance surhumaine. Celui-ci s’écrasa contre le sol, puis se releva. Il était à peine blessé.

« J’ai bien cru que ma fin était arrivée… Mais les flux du temps ont emporté ta vitesse, et donc ta force. Au final, je t’ai arraché ton pouvoir. Je n’ai plus qu’à attendre que le Basilic te détruise de l’intérieur. »

Il inversa le temps et remonta en haut de la tour.

« Bien, à vous… »

D’immenses boules d’énergies tombèrent du ciel comme une pluie de météores et heurèrent la tour, la faisant vaciller, mais pas tomber.

« Stellios Proxima : La fureur des étoiles !! »

Yrion soupira, comme blasé, donna un coup d’épée au missile qui se dirigeait vers lui et le détruisit ainsi.

« Le fameux archer stellaire. Je vais m’occuper de lui… Après. »

Il dévia une flèche qui fusait vers lui.

« Pathétique. »

Rubis surgit du vide, débordant d’énergie noire, et lança une colonne de flammes toutes aussi sombres vers Yrion. Celui-ci ralentit le temps pour esquiver aisément.

« Très impressionnant. A moins bien sur que ce soit moi que tu visais. »

Rubis lui fondit dessus et donna un coup de pugilat, encore raté.

« Tu te bats contre les courants d’air ? »

Yrion lui fondit dessus et, passant facilement la garde de l’Ange de Feu, lui enfonça sa lame dans le thorax, ratant de peu le cœur.

« Je reconnais que tu n’es pas aussi nul que je le pensais. Mais tu… »

Une flèche le toucha à l’épaule. Il ne l’avait pas senti venir.

« Il commence sérieusement à m’agacer. »

Il sauta de la tour vers lui, Rubis le suivit. Aussitôt, le roi renversa le temps et retourna au bord de la tour, sauta à nouveau sur l’Ange de Feu, le perforant de sa lame, puis se servit de lui comme appui pour bondir encore plus loin. Il atterrit violement devant l’archer qui le mitrailla de flèche, il les dévia toutes sans peine. Il avança, calme et menaçant, avec son regard haineux et méprisant.

« Ta vie s’arrête ici, minable ! »

Un immense rayon de puissance brute le frappa avant qu’il ait put comprendre ce qui l’avait heurté. Stellios Lugentes entendit le bruit d’une moto.

« Grimpe !! »

Jade le prit par le bras pour le faire monter sur son véhicule, pour partit vers la tour. La moto grimpa à la verticale l’immense structure de plusieurs kilomètres de hauts. Au loin, Yrion hurla :

« Revenez !! »

Il leur bondit dessus, esquiva un tir laser, mais pas les autres. Même s’il les prévoyait à l’avancer, il n’y avait pas d’issue possible. Ils arrivèrent en haut, et Jade tira un fumigène. Un gros vaisseau de combat blindé vint les chercher et les fit grimper à bord. Améthyste en sortit, avec un nouveau corps de cyborg ultra perfectionné. Elle incanta un sort qui emprisonna l’influence du Basilic et le força à se rétracter. L’Ange de Feu s’évanouit et elle le ramena dans la machine de guerre. Yrion arriva au sommet de la tour et leur fonça dessus. Un bouclier se déploya autour du sommet de la tour et Jade engagea le combat. Elle dévia l’épée supersonique du roi avec ses quatre lames et le mit à terre.

« Dans ce bouclier, tu ne peux plus manipuler le temps ! »

Elle voulut l’achever lorsqu’il roula sur le coté, mais rata son coup. Il repartit à l’assaut, toujours aussi fulgurant. L’Endeuilleur encocha :

« J’en appelle aux âmes des défunt. Solaris Caden, le Soleil déchu ! »

Une flèche remplit de la rancœur des victimes d’Yrion lui fonça dessus, le poursuivant quitte à dévié de sa trajectoire. Repoussant les lois de la logique, le projectile fusait toujours plus vite sans laisser à sa cible le moindre répit. Yrion n’arrivait même pas à la parer. Dans un espace aussi réduit que le sommet en construction de la tour, et face à un adversaire aussi coriace que Jade, la situation tournait mal. Rubis se réveilla, complètement possédé par le Phénix. Ses yeux brûlaient et ses ailes rouges braises irradiaient de pureté.

« Pour la Justice ! Pour l’humanité ! »

Il tira une boule de feu aveuglante qui toucha le roi en plein cœur. Il fut jeté au sol et aussitôt transpercé par la flèche de Stellios Lugentes. Jade le démembra pour finir le travail, le décapita, gela sa dépouille en morceaux en les jetant du haut de la tour. Ils rentrèrent dans le vaisseau qui décolla à toute allure. Dans le ciel, cachant le soleil, l’immense flotte technologique à la solde de Jade.

« Feu !! Ordonna-t-elle. Transformez-moi cette tour en tas de cendre ! »

Tous les vaisseaux tirèrent en même temps avec une force époustouflante. L’immense Tour du Firmament chuta, écrasant les troupes de Chronos et donnant la victoire à Sieron.

 

 

L’engin de guerre volant rejoignit la flotte et se posa sur le vaisseau amiral. Rubis se tourna vers Améthyste.

« T’as retrouvé tes pouvoirs, toi ? »

Elle montra une sorte de runes de métal incrustée dans la chair de son visage, autour de son seul œil restant.

« Il s’agit d’un implant techmaturgique. Comme le bracelet d’harmonie, il me permet d’outrepasser la loi divine. Mais sa durée de vie n’est que de quelques mois, et sa mise en place est extrêmement douloureuse.

-C’est Jade qui te l’a donné ? C’est donc pour elle que tu t’es battu, finalement. Tu peux faire preuve de reconnaissance. C’est déjà ça.

-Jade ? Qu’elle crève en enfer.

-Eh ! Fit la désignée.

-Je n’ai rien à foutre d’elle, même si c’est un membre de ma famille. Rien à foutre de ‘Deuil, d’ailleurs. Si je suis revenue, c’est pour toi. Et je suis contente de pouvoir te le dire debout devant toi plutôt que rampante à tes pieds, comme Jade m’a retrouvé.

-Rampant ? Dit Rubis, surpris.

-Ouais. Répondit sa demi-sœur. Son corps de cyborg était à court de jus, elle l’a donc laissé. En rampant à l’aide de son seul bras, trainant sa carcasse amputée, elle est revenue à la base de Netal. Tu ne l’as pas vu, et tu l’as laissé là. Sans moi, elle serait morte. Tu me fileras une boîte de chocolat plus tard. »

Elle prit Stellios Lugentes par le bras et le traina sur le pont supérieur. Rubis resta ainsi avec Améthyste. Elle ouvrit son torse pour dévoiler un complexe système électronique très sophistiqué.

« C’est Jade qui me l’a donné. Un nouveau corps… Mais bon je ne sens toujours rien. »

Elle frappa son épaule mécanique de son poing humain.

« Juste un tas de ferraille. »

Elle passa son doigt sur son implant au niveau de son œil.

« Grâce à ça, je peux faire de la magie… Pour le moment. Normalement, il faut plusieurs jours pour le poser. J’ai demandé à ce qu’on me le mette sans attendre, même si ce fut très douloureux.

-J’ignorais que… Tu avais de nouveau un corps comme ça…

-Alors papa ne t’a rien dit… Quand on m’a fait ça, j’ai voulu venir te voir. Il ne m’a pas laissé faire parce que… Il avait tord.

-Pourquoi tu as choisis d’accélérer l’implant techmarturgique ?

-Je voulais pouvoir être là, lors de ta bataille. Je voulais pouvoir t’aider. La douleur est éphémère, l’échec est éternel.

-Tu… N’imagine pas pouvoir racheter ta trahison aussi facilement !

-Maintenant, c’est une trahison…

-Oui ! C’est comme ça que ça s’appelle ! Je vais m’assurer que Chronos ne contre-attaque pas, salut. »

Il partit vers le rebord et s’agenouilla pour regarder. La tour était en ruine, et une lumière bleue commençait à naître dans les décombres. Le titan allait se réveiller, il fallait partir.

« Mieux vaut ficher le camp. Ca chauffe, en bas. »

Une lumière bleue jaillit des décombres et atterrit sur le pont, percutant le petit vaisseau vide, laissant place à une grande femme en armure bleue. Elle dégaina deux épées longues et fines. Elle était rousse, coiffée d’une queue de cheval, le regard droit.

« Je suis le Chronoseigneur Sedah. Préparez-vous à périr. »

Elle fondit sur Rubis, qui invoqua ses pugilats ardents pour parer l’attaque. Mais il fut déstabilisé et jeté dans le vide. Il remonta sur le pont, porté par ses ailes, mais celle-ci disparurent, le laissant tomber lamentablement sur le pont.

« Merde… Le Basilic… J’ai trop combattu… »

Améthyste se mit devant lui et invoqua un bouclier sur elle, puis canalisa un sort.

« N’imagine même pas le toucher !

-Tu n’es pas de taille à m’arrêter ! »

La sorcière vaudou clapa des mains, et un éclair mauve fendit le ciel, formant des runes. De ce premier sort, un seconde apparut et foudroya son adversaire. Mais celle-ci tient bon.

« C’est pas au point… Tant pis ! »

Elle jeta des éclairs jaunes dévastateur qui obligèrent Sedah à esquiver. La peau humaine d’Améthyste commençait à se déchirer et à tomber en lambeaux sanglants. La chronoseigneur fondit brusquement vers elle pour monter au corps à corps et lui transperça le ventre de ses deux épées.

« Repose en paix, gamine.

-Tss… Bien essayé ! »

Améthyste posa une main sur chaque flanc de son adversaire et invoqua un éclair rouge allant de l’une à l’autre, transperçant l’épéiste. Celle-ci bondit en arrière, dessina une étoile à cinq branches de ses lames et entama une régénération. Jade revint à ce moment sur sa moto.

« Eh, utilise ça ! »

Elle lui jeta une sorte de tube.

« Met ça sur ta main mécanique et balance un sort à niveau ! Fais-moi confiance, je suis ingénieure ! 

-Ca marche ! »

Il récita une incantation et tira. Le laser, qu’elle imaginait droit, dessina en réalité un cône d’énergie débordante et incontrôlable. Puis il se concentra en un seul rayon qui percuta son adversaire immobilisée. Elle fut terrassée, ne laissant derrière elle que des os brisés. Améthyste n’en revenait pas.

« Qu’est-ce que… Comment ?

-Tu m’as parlé de tes sorts à deux, ou trois niveaux. Ca consiste à faire un sort qui invoque un autre sort, hein ? D’ailleurs, le deuxième est plus puissant, et le troisième encore plus. Mais ça demande une grande concentration, et au final, ce n’est pas très rentable. Cela permet surtout d’invoquer un sort loin du lanceur, ce qui permet de ne pas se soucier des effets secondaires, comme une montée de chaleur, ou un risque de blessure. »

Elle tapota sur le tube de métal.

« Ca, c’est un prototype. La techmaturgie. Ca fonctionne sur le principe d’une réaction nucléaire. Normalement, un atome explose, qui en fait exploser un autre, ainsi de suite. Une réaction en chaine dévastatrice bien connue de la technologie. On a appliqué ce schéma à la magie vaudou. Ce n’est plus un sort à deux ou trois niveau, c’est un sort à près de mille niveaux ! C’est d’une puissance ahurissante. »

Elle le reprit.

« C’est ça, la puissance de la techmaturgie. Mais ce n’est pas au point. Un tir, c’est tout. Au-delà, il y a une chance qu’il explose et te tue. C’est un nouveau type de magie qui est apparut avec le bracelet d’harmonie que je leur ai montré. Il semblerait que le vaudou soit le plus adaptable à la techmaturgie. Enfin, on n’a pas encore essayé le démonisme, le druidisme, le chamanisme… Mais on devine à l’avance. »

Deux faisceaux de lumière bleue tombèrent sur le pont, laissant deux autres Chronoseigneur.

« C’est… Pas vrai… »

L’un d’eux, armé d’une lance, fondit droit sur Stellios Lugentes. Jade bondit pour s’interposer, mais elle n’était pas assez rapide.

« ‘Deuil !!

-J’ai abandonné ce nom. »

Il tira une flèche irradiant de puissance, repoussant sa cible. Il émanait d’une aura bleu, il était investi de la foi des hommes. Elle circulait en lui, elle opprimait la peur. Il tira en l’air, puis resta en mouvement autour de ces cibles en faisant pleuvoir un déluge de flèche. Pendant ce temps, Améthyste et Jade contenait l’autre. Un grand homme armé de deux haches de batailles à deux mains. La Main du Destin esquiva un coup qui traversa le mur d’acier derrière elle.

« A peine… »

Un point éclatant de lumière apparut dans le ciel. Stellios Lugentes dit :

« Stellios Proxima : La Fureur des Etoiles !! »

Les météores traversèrent les vaisseaux de métal sans les détruire, ignorant simplement les alliés, mais dangereux pour les ennemis. Une rapière se dressa vers le ciel et dévia un d’eux. C’était Yrion. 

« C’est pas vrai ! Encore lui ?! 

-Je ne vous ai pas fait payé pour ce que vous avez fait. Les cinq chronoseigneurs porterons la mort jusqu’à vous. »

Sedah se releva, reconstituée et prête au combat. Chronos l’avait relevé. Rubis, à bout de souffle à force de contenir le Basilic, voyait difficilement un échappatoire.

« Il faut faire quelque chose ! »

 

 

                Sieron regardait le vaisseau immense au-dessus de lui. Il activa une communication télépathique.

« Seigneur Netal, Rubis et les autres semblent dans une situation critique, face à Yrion et sa clique. Je ne suis pas en mesure de les secourir.

-Mmh ? Je vais en parler à l’Oblitérateur. Merci de m’en avoir averti. »

 

 

                Un homme en armure technologique s’approchait d’eux et leur tendit des objets.

« Ce sont d’autres prototypes. Un nouvel réacteur à polarisation vaudou pour Améthyste, un incubateur…

-Lâche nous-avec les noms, fit Jade. Ca sert à quoi ?

-L’incubateur permet à Rubis d’utiliser le Basilic tout en restant sain d’esprit. Cet arc canalise l’énergie E de monsieur Stellios Lugentes, et pour vous amirale Jade, voici des grenades techmaturgique et un nouveau blaster.

-Très bien, maintenant retire-toi, tu risques d’être blessé.

-A vos ordres ! »

Elle distribua les objets.

« Vous savez quoi faire. La pluie de météore de l’Endeuilleur va bientôt cesser, ils seront alors libres de leur mouvement. Pas de tactique, chargez ! »

Elle regarda sur son blaster et lut : Absolute exterminator.

« Ca a l’air marrant. »

Elle tira sur Yrion, qui dévia avec difficulté et fut repoussé. Il lança l’assaut à son tour. Une vive lumière apparut dans le ciel. Stellios Lugentes hurla :

« Solaris Cadden ! Le Soleil déchu !! »

Une boule de lumière rouge très rapide fondit sur Yrion et le percuta violement. Le choc fut suffisament fort pour lui faire perdre une de ses épées. Jade l’attaque à ce moment.

« Ah ah ! Tu ne pourras jamais bloquer mes quatre lames avec une seule épée !

-C’est ce qu’on verra. »

Il effectua une parade parfaite, bloqua les deux premières lames, puis les deux suivantes, esquiva en sautant, puis toucha son adversaire à l’épaule. La guerrière prit une grenade et la dégoupilla, Yrion la trancha. Elle en prit une autre, qui subit le même sort. Elle dégaina son blaster, Yrion enfonça sa lame dans le canon et détruisit l’arme. Un chargeur lumineux en tomba. L’épéiste le trancha, et il explosa aux pieds de Jade.

« Je suis aussi à l’aise avec une épée qu’avec deux. Vous avez eu de la chance, tout à l’heure… Mais un miracle ne se produit jamais deux fois. Vous avez perdu ! »

Rubis et Améthyste peinait à contenir trois adversaires, alors que Stellios Lugentes affrontait le dernier. La situation n’était pas favorable. L’Ange de Feu mit son bracelet-incubateur sans vraiment savoir à quoi s’attendre. Il sentit la force du Basilic disparaître, laissant place à l’ardeur du phénix. Des flammes jaillirent autour de lui. Il fondit sur son adversaire, mais même son gain de puissance était insuffisant. Yrion bondit au-dessus de lui, prêt à porter le coup fatal. Une énorme hache d’obsidienne le désarma et le fit reculer.

« Encore aux méchants de faire le travail. »

La grande silhouette avança vers les chronoseigneurs.

« Je suis Akyssen Gaeh. Et je suis venu pour votre plus grand malheur.

-N’imagine pas nous battre tous à toi seul ! »

Une voix résonna derrière lui.

« Qui te dit qu’il est seul ? »

Une immense lame manqua de le tuer. L’Oblitérateur. Il dit :

« Vous permettez que je me joigne à votre petite fête ? »

Il était accompagné de Netal et Ixel.

« Ca prend des proportions énormes… Soupira Rubis vers son père.

-Et tu n’imagines pas à quel point. »

Dans une grande lueur bleue, Chronos se posa d’un coup sur le pont du vaisseau. Il beugla :

« Je vais vous faire regretter d’avoir détruit ma précieuse Tour du Firmament !

-Eh, c’est la mienne ! Clama l’Ange de Feu.

-Silence ! Il n’existe pas de juron en humain, elfique, nain ou toute autre forme de langage pour qualifier votre blasphème ! Que vienne à moi l’armée du temps !! »

Des liens magiques saisir le vaisseau et le tracta à terre. Il se posa d’un coup sec, mais ne fut pas endommagé. Des armures vides apparurent à coté, animé par ces mêmes liens, elles brillaient d’un bleu azur. L’Oblitérateur sauta devant eux. Les chronoseigneurs allèrent diriger leurs troupes. Le guerrier ricana.

« Combien de spectre dois-je encore anéantir aujourd’hui ? Trop pour les compter. »

D’un coup d’Oblitération, il fit vaser ses adversaires sur des centaines de mètres par dizaines. Netal engagea l’ennemi à son tour. Rubis invoqua son phénix, mais la coéquipière de l’Oblitérateur le retint.

« Reste en retrait, tu ne ferais que les gêner. »

Elle jeta un sort de glace qui emprisonna la moitié de l’armée d’armure, puis qui se brisant, les emportant dans la tombe. Pendant ce temps, Sarasin regardait la bataille, appuyé sur sa béquille. Netal saisit un des chronoseigneur, un homme avec une grande hache, et les cheveux roux. Il lui donna un grand de poing dans la tête, brisant son psychisme en même temps. Déjà, l’ennemi agonisait. Il saisit Netal par le col, et dit dans son dernier souffle :

« Que pouvons-nous… Devant tant de haine ?

-Rien. Vous ne pouvez rien. »

Il aspira l’âme de son adversaire qui hurla de terreur, avant de s’effondrer, inerte. Oblitérateur chuchota à Sarasin.

« Netal vient de prouver que les roux ont une âme.

-La vie est pleine de surprise. »

Puis il réalisa.

« t’es là, toi ?!

-J’étais avec Jade sur le vaisseau, c’est tout. »

Akyssen avançait vers Yrion à travers la foule. Le roi d’Okeud reculait, terrifié. Une rangée de soldat bloqua la route au Gaeh.

« Ne vous mettez pas en travers de mon chemin. »

Il fit un tourbillon rapide de sa hache et découpa ses adversaires avec facilité, puis reprit sa quête. Yrion pointa son épée vers Akyssen, il fut immédiatement désarmé et repoussé. Il se cacha derrière deux armures, qui s’écartèrent immédiatement en voyant le guerrier à l’armure d’obsidienne.

« Tu es perdu. »

Chronos s’interposa, et Akyssen tourbillonna et le toucha à l’épaule, sans résultat. L’Oblitérateur terrassa son adversaire et fondit sur le titan. Netal lui emboita le pas, ainsi qu’Ixel. A quatre contre un, bien qu’incapable de le battre, ils parvenaient enfin à le contenir. Yrion se releva.

« Maître !! »

Ixel se retourna soudainement et le taillada au torse.

« Je m’occupe du mec au cure-dent.

-Ca marche. »

Le généralissime de l’ancien temps tenait aisément face à l’épéiste, profitant de son allonge supérieur et de sa vitesse qui talonnait celle du roi.

 

                Plus loin, et enfin tranquille, l’Endeuilleur préparait une flèche mortel. De l’énergie bleue dansait autour de lui.

« J’en appelle au Peuple. A l’humanité. Donnez-moi la force. Donnez-moi votre force. Je me bats pour vous, pour la Liberté et la Dignité du genre humain. Je me bats pour tout ce qui a été accompli jusqu’à maintenant ne soit pas vain. Au nom de ceux qui sont en deuil. Au nom de ceux qui se sont battu pour leurs familles, leurs amis et leurs terres. Au nom de ceux qui sont partis sans revenir. Au nom de ceux qui sont revenus infirmes et mutilés, tant dans la chair que dans l’âme. Au nom de tout ce qui est juste et bon dans ce monde. »

Il invoqua son projectile, qui irradiait tant de puissance qu’il aveuglait Rubis et Jade. Seul le regard perçant de la justice, bien ancré dans l’œil de l’archer, pouvait voir distinctement sa cible.

« Tu n’as nulle part où te cacher. Tu n’as nulle part ou fuir. Il est trop tard pour toi, Chronos. »

Il relâcha la flèche, qui partit telle une étoile filante.

 

                Netal se désengagea du combat et leva les mains pour invoqué un arc d’énergie, par lequel passa la flèche. Elle l’absorba, et se renforça encore plus. Elle se planta dans la poitrine de Chronos et l’emporta sur une centaine de mètre hors du vaisseau. Son armure explosa complètement, le laissant presque nu. Sa peau se fissura et de l’énergie E en sortit. Il se tordait de douleur. Yrion bondit à lui, sema sans problème Ixel, passa outre les coups de l’Oblitérateur et arriva à son maître.

« Seigneur ! Par l’enfer, je n’en reviens pas. Cet archer stellaire… Je vous vengerai, n’ayez crainte. Pour le moment, nous devons nous retirer. Avez-vous la force d’invoquer un portail ?

-Ne me parle pas comme on parlera à un mourant ! Je suis encore vivant et à même de me battre !! »

Il se releva avec difficulté.

« Mais la victoire n’est plus à ma portée, maintenant… »

Il réinvoqua son armure, mais cela sembla l’épuiser encore plus. Une autre flèche fondit vers lui, Yrion la dévia en mettant toute sa force dans son épée. Le titan invoqua son portail pour fuir. L’Oblitérateur arriva pour lui bloquer la route.

« Enfant de putain… Fit Chronos.

-Quel langage… J’attendais plus de quelqu’un comme toi.

-Tu veux jouer à ça ?! Fit Yrion ?

-On t’as pas sonné, sous-fifre. Fit le guerrier.

-Ce sous-fifre est mon bras droit ! Clama le titan. C’est le meilleur de mes hommes, et je ne laisserai personne dire le contraire !! »

Il lança son pendule vers le guerrier noir, celui-ci l’enroula autour de son épée et tenta de lui arracha. Pendant ce temps, Yrion dévia une autre flèche.

 

                « Allez défoncer cet ahuri et son aiguille ! Cria Jade. Netal, au boulot !

-Tu n’as aucun ordre à me donner, prototype.

-Vas-y ou je te casse la gueule !!! »

Ixel l’interrompit.

« J’y vais, j’y vais. »

 

                Chronos invoqua une hache et tenta de frapper l’Oblitérateur, celui-ci esquiva, posa son épée sur son épaule pour augmenter sa force d’appui, et tira de toutes ses forces. Son armure craquela.

« Je ne te laisserai pas fuir !! »

Il parvint à soulever le titan et à le lancer loin du portail.

« Tu es fini !! »

Il lança son arme enchainée vers le titan. Aussitôt, celui-ci récupéra son pendule, esquiva l’arme et enroula son pendule autour de la chaine, remonta jusqu’au guerrier et l’étrangla. L’Oblitérateur tenta de se dégager à mains nues, mais il n’arrivait pas à bloquer la pression du câble du pendule. Yrion planta son épée dans le sol et jeta de la terre sur Ixel pour l’aveugler avant de fondre sur le guerrier noir. Il lui arracha son casque et tenta de lui planter son épée dans le crâne. Mais il reconnu ce visage.

« Le S-S-Seigneur-Cr… Croc…

-Eh ouais, bleusaille ! »

Le roi fut déstabilisé un très court instant, ce qui suffit à l’empereur pour mordre à pleine dent dans l’épée pour la bloquer dans sa mâchoire. Il lui donna un coup de tête pour l’écarter, se dégagea enfin du câble et regarda le titan, qui avait tranché la chaîne, impossible de récupérer son épée. Il dégaina un couteau, ou plutôt un glaive exagérément large et lourd, mais court.

« Prêt à morfler ?

-Ce gadget ne suffira pas face à moi. Tu n’es pas en mesure de me vaincre, et tu ne l’as jamais été ! »

Le portail se refermait peu à peu.

« Peut-être, dit le guerrier, mais je peux te retenir assez longtemps pour que mon futur gendre te t’abatte d’une flèche entre les yeux. »

 

                Sarasin plissa les yeux, et se secoua la tête.

« Un problème ? Fit Jade.

-J’ai entendu l’Oblitérateur dire un truc… Assez inattendu. Il considère ‘Deuil comme son gendre. »

Elle rougit d’un coup.

« Q-q-quoi ?! »

 

                Une flèche partit vers Chronos. Celui-ci sourit.

« Enfin… »

Il remonta le temps, et disparut pour esquiver le projectible qui toucha le portail, l’alimentant et le faisant regrandir.

« Merci. Il est temps de se séparer. »

Il ralentit le temps autour de lui et s’enfuit. L’Oblitérateur jeta son arme de rage.

« Raaah !! Je peux rien faire contre lui !! »

Il remit son casque et retourna vers le vaisseau à terre. Il regarda Ixel, qui avait à peine eut le temps de venir.

« Je ne dirai rien à personne. Votre secret est bien gardé.

-Bien. »

Il arriva rejoindre ses alliés.

« On a gagné du temps, finit par dire Rubis. Ca a vraiment dégénéré, mais au bout du compte, nous sommes vainqueurs. Merci du coup de main, les gars. »

Stellios Lugentes regarda l’équipe de Netal, puis dit :

« Eh, Akyssen. Je peux te parler ? En privé, si possible.

-Que veux-tu, morveux ?

-C’est à propos d’Arthémis.

-Je t’écoute, alors. »

Ils s’écartèrent un moment.

 

                « Arthémis à rejoint Chronos. Dit l’archer. Y’a qu’une personne capable de le raisonner, c’est vous. Faites quelque chose, au nom de votre famille, et surtout de son honneur.

-… Arthémis… »

Le guerrier frappa le sol de sa hache. Jade hurla :

« Eh ! Le vaisseau !! »

Akyssen semblait anéanti.

« Je ne peux pas croire qu’il… Qu’il… Ca va barder. Merci de m’avoir prévu.

-Essayez de pas le tuer.

-Jamais je ne tuerai un de mes descendants ! Mais je peux le bousculer un peu.

-Vous devriez parler au Ténébreux, lui aussi voudrais faire revenir Arthémis, il pourrait vous aider à le convaincre.

-Très bien, je lui en parlerai. »

 

La tragédie d’Améthyste

 

                Améthyste attendait sur un tabouret, sans prothèse. Elle regarda son seul bras, son épaule gauche relié à rien, et son demi-buste. Elle soupira.

« Est-ce qu’un jour je redeviendrai… Humaine ?

-T’es touchours humaine, répondit Jade avec des vis entre les lèvres.

-Jusqu’où tu peux réparer ?

-Je chais pas… »

Elle prit une des vis et rattacha la jambe droite à la structure. Elle prit le fer à souder. Les étincelles jaillirent dans toutes les directions, rebondissant vainement contre Jade, même sur les yeux. Elle dit :

« T’as quatre chours d’autonomie. »

Elle prit la dernière vis.

« Voila… Vooooilaaaaa !! »

Elle admira son chef-d’œuvre et tapota dessus.

« Ce truc, c’est un tank ! »

Une plaque sur le torse tomba bruyamment.

« Bon…

-Tu me rassures pas. Râla Améthyste.

-C’est bon, c’est bon… En attendant la prochaine livraison de matériel, on va tester quelques armes. »

Elle appuya sur une télécommande et un canon sortit de l’avant-bras mécanique.

« Ca tire quoi ? Demanda Améthyste.

-C’est de la techmaturgie, donc ça tire des sorts. C’est toi, le carburant.

-C’est drôle mais dit comme ça…

-On va faire un test. »

Elle prit sa sœur et la plaça dedans.

« Tu ne peux pas encore marcher, mais le bras devrait être opérationnel. Essaye de tirer. »

Elle s’exécuta. De la foudre mauve sortie du canon et électrocuta un mannequin d’entrainement.

« D’enfer ! Fit la sorcière vaudou. Ca marche super, ton truc !

-Mouais… C’est sensé lancer des boules de feu, donc bon.

-En effet, c’est pas au point.

-Essayons le réacteur dorsal. Ca te permettra de voler !

-La pure classe !

-Il devrait marcher. Active-le. »

Améthyste inspira, et exécuta le programme. Une immense colonne de flamme jaillit de son dos et l’envoya se cogner violement contre le plafond. Le réacteur explosa et s’enflamma, laissant Améthyste tomber sur le sol. Elle grogna :

« Avoue… T’essaye de me tuer ? »

Jade prit des notes, en faisant des « hum hum » à intervalle régulier. L’infirme se releva et éteignis les flammes avant que ses cheveux ne brûlent, puis arrache le réacteur qu’elle posa sur la table.

« Je préfère marcher.

-Au fait, tu veux que je t’installe une autodestruction ?

-Une autoquoi ?! Autodestruction ?! Ca va pas non !

-On sait jamais.

-Fais-moi plutôt une balise de détresse !

-Mmmh, bonne idée… Ce sera plus utile qu’une autodestruction. Pas de regret ?

-Je vais t’atomiser avec mon canon ! »

Elle prit un prototype et le pointa vers sa sœur. Le canon se désassembla dans ces mains.

« C’était mon prototype le plus prometteur… Gémit Jade.

-T’a intérêt à pas m’équiper avec cette camelote. »

Elle alluma une cigarette à la tisane et en tendit une à sa sœur.

« Pas de soucis. Répondit celle-ci. Chacune de tes armes a subis une batterie de test, tous en triple, pour être sur à cent pour cent. Aucune défaillance n’est possible. J’ai installé une quantité de mémoire vive quatre fois supérieure à celle nécessaire pour tout activer en même temps. Chaque système possède un système auxiliaire, et les plus importants ont même un troisième système de secours. Ton blindage arrêterait un obus tiré à bout portant. Comme Chronos maîtrise le temps, ton blindage est fait d’inoxydable, pour être paré aux dégâts du temps. J’ai tout prévu. »

Améthyste acquiesça, déjà repartie dans ses pensées.

« Tu m’écoutes ?

-Non.

-Au moins c’est franc. Je sais que tes idées vaudous sont importantes, mais…

-Je m’en fous du vaudou ! Et encore plus de tes armes ! Tu me dis que ça marche, c’est bon ! Tes explications a rallonge je m’en passerai ! On a compris que t’es une petite génie !

-Hey, du calme !

-Pardon… Mais Rubis me manque tellement… J’arrive plus à rester calme. Son sourire tendre, la chaleur de ses bras…

-Là, je peux pas t’aider. Soupira Jade. Peut-être que ‘Deuil le pourra. Et encore, rien n’est moins sûr. Qui pourrait te conseiller, de toute façon ? Vraiment, Améthyste, j’aimerai t’aider. Mais c’est hors de mes compétences. »

Elle hocha lentement la tête.

« Tu te bats pour lui ! C’est pour lui que tu es équipé comme une machine de guerre ! Qu’est-ce qu’il peut demander de plus ? Aller, va le voir.

-Tu dois avoir raison… »

 

 

Rubis regardait par la fenêtre, dans la salle commune. Elle ressemblait plus à un bar géant, où on distribuer des alcools faibles ou des boissons sucrées. Il soupira. Améthyste s’assit à coté de lui.

« Salut. »

Il se leva et partit aussi sec. Elle s’effondra sur la table, la tête dans les bras.

« Ô rage, ô désespoir…

-Ta lumière est vaine. Répondit une voix derrière elle. Peu importe à quel point tu es pure et gentille. Tes ténèbres sont toujours là. »

Elle devina facilement qui pouvait tenir ce genre de discours.

« Qu’est-ce tu veux, Netal ? T’espère quand même pas me donner des conseils de séduction ?

-J’ai lu dans le cœur de Rubis. C’est tout à fait à ma portée. On ne cache pas la peur sous une épaisse couche de sourire et de bonté. Il t’en veut, tu l’as abandonné.

-Je sais !

-Tous tes sourires n’effaceront pas ce dernier souvenir de ta noirceur.

-Où tu veux en venir ?

-Il connait ta ‘lumière’. Il connait ton coté blanc. Mais il redoute ton coté noir. Tu devrais lui montrer ces désirs impies cachés au plus profond de ton cœur.

-Qu’est-ce t’en sais ?!

-Je les ai vus, bien sûr. Je peux lire en toi comme un livre ouvert. Rien ne peut m’échapper. J’ai sondé ce qu’il y avait de plus noir en toi. Je n’ai vu que de la jalousie et de l’égoïsme.

-C-c’est pas vrai !

-Je n’ai vu ni peur, ni lâcheté. Tu devrais lui montrer. Il redoute ce que tu caches. Montre-lui. Montre que ce que tu caches n’est qu’une petite peste possessive qui se croit tout permis, imbue de sa personne et vulgaire. Pas une lâche.

-… Pourquoi tu m’aides ?

-Vous remettre ensemble ne peut que nous aider dans notre guerre. Je n’ai pas l’habitude de gérer les histoires de cœur, mais ma lecture des âmes y est tout à fait adaptée. Qu’importe, je n’ai pas à me justifier de toute façon. Retiens juste ce conseil : Arrête de te cacher ! Laisse sortir le démon avide en toi. »

Elle hésita et hocha la tête en signe de remerciement, et partit rattraper Rubis. Netal se passa la main sur la figure.

« J’en suis réduit à ça… Chronos, tu payeras cette infamie. »

 

                Rubis s’était assis plus loin, pour avoir la paix. En face de lui, une fille de son âge le regardait avec étonnement.

« Ca te dérange pas que je squatte ? Demanda-t-il avec un regard à faire peur tant il exprimait sa souffrance.

-N-non. Fais comme tu veux. Tu… Pardon vous êtes bien Rubis ?

-Tu me connais ?

-Bien sûr. L’Ange de Feu ! Le chef de l’Auréole Ardente ! »

Pour une fois, on occultait son père. Il sourit. Il avait enfin sa propre gloire.

« Ca fait plaisir d’être reconnu. Dit-il.

-C’est un honneur de me tenir devant vous, Ange de Feu ! Dit-elle avec un certain stress.

-Inutile de te mettre la pression.

-Ah, je manque à tous mes devoirs. Je m’appelle Katrine !

-Eh ben, enchanté, Katrine. Mais dis-moi, tu n’as pas entendu… A propos de Chronos ?

-Si, bien sûr. Ce fourbe a osé vous manipuler ! Vous, le juste et noble Rubis !! Quand je pense qu’un titan est venu se mettre en travers de votre mission divine. Vous savez… C’est grâce à vous que je suis en vie. Lorsque vous avez rasé une secte, pas loin de chez moi, vous avez interrompu un rite sacrificiel dont j’étais l’offrande.

-Désolé, mais je ne me souviens pas de tout ceux que j’ai sauvé.

-Je comprends, vous avez sauvé tellement de monde. »

Elle semblait réellement heureuse de lui exprimer sa reconnaissance. Elle posa les coudes sur la table, mettant en valeur sa volumineuse poitrine sans qu’elle s’en rende compte. Son regard était plein de tendresse.

« Tu n’as pas l’air bien. Tu veux en parler ?

-Je… Je viens d’être célibataire. Ca c’est… Vraiment mal passé. J’ai essuyé un échec critique, et elle m’a abandonné. Elle a cessé de lutter. Je lui en veux terriblement. D’ailleurs, ce n’est pas la seule, tous mes compagnons ont cessé le combat. Ils m’ont tous abandonné. Je suis sur ce vaisseau parce que, par hasard, on luttait face au même adversaire. Mais nous ne sommes plus une équipe.

-Plus personne ne croyait en toi ?

-Si, mon… Mon père.

-Ca a changé quelque chose ?

-Ca a tout changé. Mon père est un grand guerrier. C’est grâce à lui que je respire encore.

-Eh ben, ça n’a pas l’air d’être M. Tout-le-monde, ton père. Tu sais, si tu as le cœur brisé… Je t’accueillerai toujours chaleureusement. En remerciement de m’avoir sauvé la vie. Moi, je n’ai jamais cessé de croire en toi.

-Merci… Ca me touche beaucoup. »

Elle posa sa main sur la sienne, et lui lança un sourire doux. Un canon se posa soudain sur sa tempe.

« Vire de là, double airbag, ou je te fais sauter le morceau de viande atrophiée qui te sert de cervelle. »

C’était Améthyste. Plus jalouse que jamais. Katrine était pétrifiée.

« T’as pas entendu ?! Dégage de là, pétasse !! J’hésiterai pas à tirer ! »

Elle se leva d’un coup, et partit en marcha vite, visiblement incapable de courir. Rubis laissa apparaître un instant un léger rictus, puis dit d’un air colérique :

« Tu crois que t’as tout les droits ? Il faut que je te menace pour que tu me foutes la paix ? Si tu m’aimes vraiment, alors fais-moi plaisir, et disparais.

-J’ai bien peur d’avoir atteint les limites de ma patience. Rubis, je t’aime et je te veux, j’laisserai personne poser les mains sur toi. Oui, je sais, je suis égoïste, j’en ai rien à foutre ! Je te partagerai pas.

-T’es la pire égocentrique de cette planète.

-J’ai même pas honte. »

Il se leva.

« Je m’en vais. Attrape-moi, si tu peux. »

Il déploya ses ailes de feu et partit à toute allure dans le vaisseau. Elle soupira. Un rictus d’un quart de seconde, voila tout ce qu’elle avait réussi à lui arracher. Mais elle ne se découragerait pas. Ca valait largement la peine.

 

                Stellios Lugentes était dans la chambre de Jade, qui avait un lit double et une armoire assez grande pour y mettre six fois l’armement d’un combattant classique. Il débordait. La porte s’ouvrit et Netal entra.

« J’ai une livraison pour toi. »

Anadrys était à coté de lui, terrifiée par tout ce qui l’entourait et surtout par son maître. Il la saisit par la chemise et la jeta dans la pièce.

« J’ai absorbé toute sa haine, elle est redevenue ‘comme avant’ à peu de chose. Je te laisse d’occuper d’elle, mon temps est précieux.

-Qu… Quoi ?! Attend ! Qu’est-ce qu’elle a ?! Pourquoi elle tremble comme ça ?

-La haine lui donnait sa force ! Elle en avait besoin.  Maintenant, aussi pure soit-elle, ce n’est plus qu’une coquille vide. Elle s’en remettrait. »

Anadrys se cacha derrière le porte-manteau qui tomba. Stellios Lugentes s’approcha d’elle, elle cria et se recroquevilla sur le sol.

« Mais enfin… C’est moi… »

Netal haussa les épaules et partit. La fille traumatisée tenta d’articuler en vain. L’archer insista :

« Anadrys ! C’est moi ! L’Endeuilleur !!

-L’End… L’Endeuilleur…

-Tu peux m’appeler Stellios Lugentes si tu veux. Je suis ton ami.

-Je me sens… Vide… Et faible…

-Ca va passer ! Ne t’inquiète pas ! »

La porte s’ouvrit d’un coup, et Jade entra.

« Salut, quoi de n… Anadrys ? »

Celle-ci se jeta sous le lit.

« … Qu’est-ce qui se passe ?

-Elle a été purgée de sa haine… Ca la réussit pas.

-En effet. Bon, nous sommes prêts pour le retour, nous faisons cap vers l’Empire Otrajyd en passe par la côte, histoire de pas survoler les Terres Supérieures.

-D’accord.

-Je t’ai même préparé des vêtements chauds, puisque c’est l’hiver. Je les ai acheté moi-même, hihi.

-Euh merci. J’aurais préféré ‘Fais moi-même’ mais bon.

-Oh, j’suis pas couturière. »

Elle lui donna le sac.

« On est paré à toutes les éventualités. J’ai des vêtements chauds, des tenues d’alpinistes, une cagoule chauffante, un masque en plastique pour protéger les hauts du froid, à mettre avec la cagoule. J’ai aussi des fusées de détresse imperméables à la neige et l’eau…

-Tu considères le retour soudain à l’ère glacière comme étant une éventualité ?

-Je suis juste préventive. D’ailleurs, c’est toi qui as rangé ma chambre hier ?

-Ben oui.

-Tu recommences plus jamais. J’ai passé deux heures à chercher la télécommande de la télé, sous tous les coussins, sous le lit, le canapé… Pour la retrouver à coté de la télé ! C’est scandaleux !

-Adepte de chaos organisé ?

-Euh… Si tu le dis. Mais tant que tu vis dans MA chambre, tu te plies à MES règles ! On ne range pas !

-Comme tu veux. Bon, il faut s’occuper d’Anadrys. Son état est… Inquiétant. D’après Netal, il faut attendre, ça va rentrer dans l’ordre.

-Je la fais mettre aux fers ? Elle risque pas de bouger.

-Mais ça va pas non !

-Le truc c’est qu’on est méga occupé là. Faut retourner au château, remettre de l’ordre, ranger la cuisine après le bordel qu’y a foutu Améthyste, coordonné les actions de ma flotte, avancer dans la techmaturgie, sauver le monde et nous marier.

-Ca fait un sacré progra… Nous marier ?!

-Tu vas pas me dire que tu me fréquences sans compter m’épouser ?

-Ben si mais… Ca va un peu vite.

-Mon père t’a appelé ‘Gendre’ alors va bien falloir que ça avance.

-Parle pas de ça devant Anadrys !! »

La fille, toujours sous le lit, retenait ses larmes.

« Ne vous en faites pas pour moi. Dit-elle. Je sais bien que je vais mourir vielle fille. Je suis un démon… Personne ne veut de moi. »

Elle semblait dépossédée de toute sa force mentale. Tout ce qu’il restait d’elle, c’était ce désespoir qui l’avait toujours caractérisé, mais aujourd’hui plus que jamais. L’archer s’accroupit vers elle.

« Aller, sors de sous ce lit.

-Non ! J’veux pas !! J’veux pas !!! »

Elle se cacha plus profond. Ses sanglots résonnaient dans la pièce. Jade pris Stellios Lugentes par le bras.

« Laissons-la là. On repassera. Nous avons beaucoup à faire.

-D’accord. T’inquiète Anadrys, on va revenir. »

Il n’eut pas de réponse. Ils sortirent.

 

                Rubis était dans sa chambre faisant des mouvements d’exercice. Il tourbillonna et frappa une cible imaginaire. Il souffla et s’assit sur son lit. Quelqu’un toqua à la porte.

« Casse-toi, Améthyste ! T’es chiante !!

-Euh… C’est pas elle, c’est Katrine.

-Ah. »

Il ouvrit la porte et la fit entrer.

« Content de te revoir. Assis-toi, je t’en prie.

-Merci. »

Il ferma la porte à double tour. La fille se laissa tomber sur le lit et se releva.

« Wouah, confortable.

-Que puis-je pour toi ? Dit-il.

-C’est plutôt à moi de dire ça. Vu que t’as pas le moral, je suis passée. Quoi de neuf ?

-Je suis harcelé par… Par mon ex. Mais elle m’a abandonné, je ne lui pardonnerai jamais !! Elle l’a fait une fois, elle peut recommencer !! En tant que chef militaire et surtout en tant qu’homme, j’ai besoin d’un entourage loyal ! La loyauté est la plus belle qualité d’un homme ou d’une femme.

-Ton père était aussi chef militaire ?

-Oui. Comment tu sais ?

-Il a déteint sur toi. Tu parles comme un général.

-… Lui, il avait une unité soudée. S’il devait mourir, ses équipiers étaient prêts à mourir avec lui. Et c’était là leur force, ils étaient invincibles ! Je n’ai que faire des lâches.

-J’ai toujours rêvé de vivre et de mourir pour une cause juste. Tu sais, moi, je suis loyale et fidèle. Il est facile d’être avec ses amis lorsqu’ils ont raison. Un vrai ami reste à tes coté même quand tu as tord. »

Le jeune homme sourit.

« J’aime les gens francs comme toi. »

Elle posa sa main sur la sienne.

« Ah oui ?

-Euh… C’est pas une bonne idée. »

La porte explosa. Améthyste franchit le seuil carbonisé en pointant Katrine de son canon.

« Je t’ai déjà dit de plus l’approcher, catin !

-Une fois, mais pas deux ! J’vais pas tourner les talons cette fois ! Vas-y, tire !

-Me tente pas !

-Vas-y ! »

La sorcière vaudou fronça encore plus les sourcils, et fit feu. Le puissant rayon laser emporta le mur de la chambre, faisant une brèche dans le vaisseau. Derrière Katrine, une chute de plusieurs kilomètres.

« La prochaine, je te la met dans cet immonde chose que tu oses appeler un visage !

-J’ai pas peur ! »

Rubis leva la main.

« Est-ce que j’ai mon mot à dire, moi ? Non parce que…

-La ferme ! Ca ne te concerne pas ! Répondirent les filles en chœur.

-Bon d’accord. »

Katrine s’éloigna du gouffre.

« Lâche ce jouet, tu vas blesser quelqu’un.

-C’est l’idée.

-Je sais que c’est un prototype. Si tu tires encore, il y a une chance que ça t’explose à la figure et te tue !

-Je prend le risque. Une vie sans Rubis ne vaut pas la peine d’être vécue.

-Essaie donc.

-Tu penses que je bluff ? »

Elle tira à nouveau. Des fissures apparurent sur le canon, mais il tint bon et le laser frôla Katrine et disparut dans les nuages.

« T’es dingue ! Fit Rubis. Tu aurais pu te tuer !

-T’aurai voulu quoi, que je m’abstienne de tirer ? Il m’a suffit de baisser la tête une fois pour être condamné à la solitude et à la lâcheté. Je ferai pas deux fois la même erreur. Vire cette grosse vache laitière de cette pièce ou je ne réponds plus de rien.

-Qui tu traites de grosse vache ?! Fit l’autre fille. T’es juste jalouse, planche à pain ! »

L’Ange de Feu soupira. Deux filles qui se battent comme des chiffonnières, rien de plus ennuyant et de plus cliché.

« Jalouse ?! Comme si je pouvais vouloir de tes deux stupides obus qui te bouchent la vue !

-Oh oh, mais je ne parle pas que de ça ! »

Katrine tourna sur  elle-même pour mettre en valeur sa silhouette superbement sculptée. Il fallait le reconnaître, elle était magnifique. Améthyste, toujours empourpré dans la colère, cria :

« C’est pas un cul que t’as, c’est un promontoire ! Et si j’en avais un cul comme ta gueule, j’aurai honte de chier !! Je te pisse à la raie avec une paille de 30 mètres sans toucher les bords ! »

Dans un effort surhumain, Rubis se retint de pouffer.

« A-Améthyste arrête ! Tu… Tu me fais honte !!

-J’t’ai pas parlé, tronche d’allumette !!

-Allumette ?!

-Visage rouge ! Cheveux rouge ! S’enflamme pour un rien et vingt kilo tout mouillé !!

-… C’était plus pertinent que je l’aurai cru. »

Il la saisit par les épaules et la projeta hors de la pièce.

« Je vais te… »

Il s’approcha d’elle et lui souleva le pull, ouvrit son ventre et appuya sur un gros bouton rouge. Le corps mécanique se désactiva et Améthyste fut immobilisée.

« Désolé. Dit-il avec un sourire sadique.

-Rubis !! Comment oses-tu…

-Je reviens dans dix minutes. »

Il ferma la porte. Il regarda son bureau, tous les papiers s’étaient envolés et étaient tombé dans le gouffre. Sa bibliothèque était tombée, et la plupart des livres avaient chuté. Il posa son regard sur Katrine.

« Mieux vaut ne pas s’engueuler avec elle. Elle est très… Entrainée.

-J’ai vu. Tu l’as aimé malgré ça ?

-En fait, je l’aimais pour ça. C’était ce qu’il y avait de mieux chez elle. Son doux charme agressif, sa tendre vulgarité. Sa jalousie, et coté possessif. J’adore.

-… Tu es masochiste ?

-Quoi de mieux qu’une petite amie hyper attachée pour se sentir important ? Qui d’autre peut vous faire sentir d’être la personne la plus important au monde à ses yeux ? C’est là la preuve la plus imposante d’un amour sans fin.

-Pourtant, elle t’a abandonné…

-Inutile ne me le rappeler. Il faut croire que son amour n’était pas sans faille. Je ne lui pardonnerai jamais. »

Katrine poussa un léger soupir de soulagement. Elle posa sa main sur celle de Rubis, qui se dégagea sur l’instant.

« M’touche pas. Je déteste ça ! Je suis pas une peluche. Les seules choses que j’autorise à me toucher sont les lames de mes ennemis et les caresses d’Am… Oublie.

-Tu… Tu l’aimes toujours dans le fond.

-J’veux pas en parler. »

La porte s’ouvrit, et Améthyste entra en trainant son corps mutilé de son seul bras, laissant sa prothèse géante là où elle était.

« Moi ça m’intéresse ! »

Rubis ne put réprimer un frisson glacial qui lui remonta le long de la colonne vertébrale à la vision de son aimée rampant comme un insecte démembré. Le plus surprenant, c’était ce regard agressif et cette expression guerrière. Loin de s’apitoyer sur son sort, elle ne demandait aucune pitié et se battait avec autant de dignité que possible. Il la souleva.

« Fais pas ça, tu risques de te blesser.

-T’as aucun ordre à me donner. Répondit-elle en le regardant de son seul œil, l’autre étant désactivé.

-Mais regarde-toi ! Tu es…

-Attention à ce que tu vas dire. »

La partie robotique de son visage tomba. Dévoilant son œil gauche perdu, ses muscles faciaux brûlés et atrophiés, ainsi que les veines de sa gorge. Elle râla.

« Mais ça tient que dalle ce truc. Eh, la vache laitière, ramasse-moi ça. Tu refuserais pas un service à une infirme, si ? »

Rubis la regardait avec une souffrance infinie dans les yeux. Elle claqua des doigts.

« Eh, oh ! Je peux pas le remettre seule, aide-moi !

-Tu… Tu ne peux rien faire seule ?

-… Je peux toujours faire un sort vaudou qui te ferait rôtir le derrière. Je veux pas de ta pitié, Rubis. »

Katrine lui tendit la prothèse, elle la posa sur la plaie béante de son visage.

« Appuie en haut, tu veux ? Moi je m’occupe d’en bas, et ça tiendra. »

Il s’exécuta, mais la prothèse tomba.

« … Elle est cassé. Conclut Améthyste. Je demanderai à Jade de m’en faire une autre. Pose-moi sur la table. Ou ramène-moi à ma partie robotique que je sois indépendante. Et magne-toi ! »

Il essuya une larme rapidement. Sa sœur était forte, pour se montrer aussi agressive et autoritaire alors que n’importe qui d’autre aurait sombré dans le désespoir. Elle lui mit une gifle aussi fort que possible, ce qui faisait pas beaucoup.

« Je t’interdits de pleurer sous prétexte que je suis démembrée et dépendante des autres ! »

Elle se secoua la main, elle s’était fait mal en frappant. Il la posa dans ce corps mécanique et le réactiva. Elle se redressa enfin et lui envoya un crochet du gauche, un grand bruit de métal résonna.

« Voila qui est mieux. Je retourne voir Jade, sans ma prothèse faciale, je risque de choper une maladie potentiellement mortelle, en raison de mon système immunitaire affaibli. T’as gagné pour cette fois, je pars. Mais j’vais revenir. »

Elle s’en alla, faisant une cacophonie à chaque pas. Son bras mécanique tomba.

« … C’est pas vrai ! Quelle camelote ! »

Elle le ramassa avec son bras humain, le mit sur l’épaule et partit en sifflotant.

« Rubis… Commença Katrine.

-Ne dis rien ! Va-t-en. J’ai besoin d’être seul. »

Il la fit sortir et ferma la porte, puis s’assit sur le bord du gouffre de sa chambre. Un boulon était à coté de lui. ‘A-2’. Ca appartenait à Améthyste. A l’horizon, le Soleil disparaissait.

« … Améthyste… »

 

                Améthyste entra dans le laboratoire de Jade en lattant la porte. Elle posa son bras devant sa demi-sœur.

« Salut. Le bras est mort, et la prothèse de visage c’est pareil.

-Qu’est-ce que t’as fait encore ?

-Rien. A part tirer deux fois avec le canon techmarturgique. Comment tu l’as appelé déjà…

-Le Canon à Résonnance Nucléaire Echelonné. Tu es inconsciente, tu le sais ? S’il avait explosé, ça t’aurait tué. »

Elle prit le bras et ôta le canon, qu’elle posa à coté, et regarda où le bras c’était détaché. La surface avait vibré si vite qu’elle s’était rompu, et l’ensemble de fils électrique en dessous ne pouvait pas le tenir directement, ni les pistons chargés de le mouvoir. Elle réfléchit.

« Finalement, ça m’aura apporté des informations précieuses. Bon, d’abord toi. Il faut te réparer. Je vais te désinfecter par prudence, puis je commanderai de nouvelle pièce que j’assemblerais moi-même. Pour ton bras, je peux réparer ça tout de suite, mais il sera fragile. Je suis en train de te fabriqué un nouveau corps, encore plus puissant. Mais ça prendra encore un moment, et te réparer ne va pas accélérer les choses. »

Elle prit le bras détaché, y accrocha un nouveau canon plus fin et tira sur une cible. Le recul lui fit perdre l’équilibre et elle tomba en arrière, la cible avait une légère brûlure.

« Toujours pas au point. Tu peux utiliser la prothèse de rechange. Ton deuxième œil restera aveugle, contrairement au dernier, et impossible de lui donner la couleur de la peau, donc ça sera voyant. Mais ça limitera les risques d’infections. »

Elle prit le fer à souder et commença la réparation du bras. Elle ne mettait même pas de protection contre les étincelles, qui rebondissaient sur sa peau sans faire d’effet. Elle n’était ni éblouie ni déstabilisée. Les éclats de lumière qui jaillissaient faisaient des reflets bleus argentés sur ses cheveux.

« C’est prêt dans cinq minutes. Attends ici. En attendant, je vais te parler de ton nouveau corps mécanique. Les systèmes technologique prennent directement en charge ton sang, ce qui te permet de ne plus avoir à trop respirer, puisque ça t’est difficile vu ton état.

-Avec un seul poumon, oui c’est dur. Mais c’est vraiment nécessaire ? Je ne bouge pas, c’est la partie mécanique qui le fait. Je n’ai pas besoin d’énergie.

-C’est plus sûr. La prise en charge du sang permet de gérer l’adrénaline, et même les hormones.

-Les hormones ? Quel intérêt ? Tu vas me coller mes règles alors que j’ai même plus d’organe sexuel, poitrine compris ? Quelle arnaque.

-Mais non. Si je pouvais te reconstruire entièrement, j’enlèverai des saletés de trucs. Primo, il existe des hormones qui seront bénéfique à ce qu’il y a dans ta caboche… Ah mince, j’ai dit primo, mais j’ai pas de secundo. Indépendamment de ça, tu n’as plus besoin de manger car tu as une réserve. Bon, mange quand même, faudrait pas l’épuiser. C’est plus de la survie.

-Comme si j’allais arrêter de bouffer.

-D’un point de vu extérieur, j’ai ajouté une couche de plastique mou semblable à la peau. Et, petit bonus qui va te plaire, j’ai rajouté des seins !

-… Ca sert à rien.

-Ca te permettra de serrer Rubis très fort contre ton cœur ! Même si ton palpitant est dans un sale état.

-C’est ce que je dis, ça sert à rien. »

Elle s’assit sur une chaise, abattue. Jade tenta :

« … Euh sinon il y a aussi…

-C’est bon, je verrai bien. »

La guerrière soupira et accrocha le bras à Améthyste.

« Ca devrait tenir. Je travaille sur un programme qui permettrait de ressentir des choses avec ta partie mécanique, comme des nerfs. Tu pourrais sentir le chaud, le mou…

-Le froid, la douleur… J’en vois pas non plus l’intérêt.

-La douceur aussi !

-Tu parles… Je m’en fous d’être dans ce corps mécanique. Je m’en fous que si je tombe à court de batterie je suis morte. J’men fous d’être démembrée, borgne et rampante. Mais je veux pas rester seule… »

Les étincelles du fer à soudait éclairait son visage triste à intervalle irrégulier.

« Va te coucher. Dit Jade. Je vais finir ça.

-Y’a personne qui m’attend.

-Sois forte. T’as pas encore perdu. »

Améthyste soupira et partit en trainant les pieds, qui faisait un bruit de métal grinçant quand elle avançait.

 

                Améthyste passa devant la chambre dévastée de Rubis. Elle jeta un coup d’œil et, comme elle le pensait, c’était vide. Une chambre avec vue sur l’extérieur sans fenêtre à quatre kilomètre d’altitude était difficilement vivable. Un peu plus loin, celle de Stellios Lugentes. Elle toqua, et n’eut pas de réponse. Tant pis, elle entra.

« ‘Deuil ? Endeuilleur, t’es là ? Anadrys ? Y’a personne ? »

En tendant l’oreille, la seule qui lui restait, elle entendait une respiration. Dans le lit, Rubis dormait. Un autre lit avait été déployé, mais laissé à l’abandon. Il semblerait que Stellios Lugentes ait rejoint Jade. Elle s’assit à coté de son frère et remarqua qu’il serra quelque chose dans sa main. Le médaillon qu’elle lui avait fait, celui qui émettait de la chaleur humaine. Elle retint une larme.

« Rubis… Tu me manques. »

Elle s’allongea sur la couette, à coté de lui, et Rubis posa sa tête sur l’épaule d’Améthyste, du coté mécanique. Cela lui fit froid et il se cacha sous la couverture. Elle baissa les yeux.

« Pas facile d’être un cyborg. »

L’ange de feu ressortit en entrouvrant les yeux.

« Cette voix… Améthyste ? C’est un rêve ? »

Elle resta immobile pour ne pas le déranger. Il lui caressa le visage, puis se posa sur son torse.

« Si c’est un rêve… Ne me réveillez pas… »

Il se rendormit en ronflant comme un grizzly. Elle posa sa main humaine sur lui. Elle profita. Peut-être qu’elle ne reconnaître plus jamais un tel moment. C’était peut-être le dernier. Elle savait aussi qu’à son réveil, il lui faudrait faire face à la colère de Rubis. Mais sa présence l’apaisait et opprimait la peur.  Elle s’endormit en lui caressant les cheveux.

 

                Rubis fut le premier à se réveiller. Il regarda Améthyste, sourit, puis la serra encore plus fort. Son cerveau se réactiva enfin.

« Améthyste ?! »

Il leva brusquement, ce qui la réveilla.

« Qu’est-ce que tu fais là ?!

-Hum… Laisse-moi dormir… »

Il la poussa hors du lit, un grand bruit de métal résonna.

« Aïe !! T’es malade !! Ma partie humaine ne peut pas supporter le poids de ma partie mécanique ! Tu aurais sérieusement pu me tuer !!

-Qu’est-ce que tu fiches dans mon lit ?!

-Calme-toi, s’il te plait. Je viens de me réveiller et j’ai frôlé la mort. Aïe !! Bravo, tu m’as cassé une cote ! Non deux ! T’as pas honte de t’en prendre à une infirme ? »

Elle se releva. L’ange de feu bégaya :

« Ce… Ca te fait pas mal quand tu bouges ?

-Comment ça pourrait ? Je bouge pas moi-même, je suis un cyborg. Pour ma présence, euh… Comment m’expliquer ? Je cherchais l’Endeuilleur, et je t’ai trouvé. Et… Je n’ai pas su résister. Désolée. A ma décharge, je me suis juste allongée à coté de toi, par-dessus la couverture. C’est toi qui t’es jeté dans mes bras. Enfin, mon bras. J’en ai plus qu’un. »

Elle étira son seul membre valide.

« Tu m’engueules pas ?

-Non. Je n’en ai pas envie. Améthyste, je vais être franc. Je t-… »

Il bloqua.

« Je t’écoute. Dit Améthyste en tentant de se contenir.

-Je… Pourquoi c’est si difficile ?

-Parce que tu es plus solide que le métal et plus fragile qu’une rose. On ne peut aller à l’encontre de sa propre nature. »

Il sourit.

« Tu es toujours agressive et parfois vulgaire… Mais tu sais faire preuve de respect envers mes sentiments. Ca me touche beaucoup.

-J’ai eu un excellent professeur.

-Améthyste. Je t’aime toujours. Et je ne pourrais cesser de t’aimer. Mais j’ai encore du mal à te faire confiance. J’ai peur que tu m’abandonnes à nouveau. Je pense que tu ne réalises pas à quel point tu m’as fait souffrir.

-Peut-être que tu ne réalises pas, toi non plus, tout ce que j’ai donné, tout ce que j’ai sacrifié, pour me montrer digne de toi. J’ai énormément changé. Et, peu importe comment on le tourne, tu ne m’as pas écouté. Je t’avais mit en garde contre Ancrona. Et tu as échoué, tu t’es fait avoir par Chronos. Tout ce que j’avais accompli avait été balayé. Je ne l’ai pas supporté. C’est là que mon cœur a sombré dans la peur. Mais en voyant que tu continuais de te battre, qu’il y avait un espoir… Alors je… »

Elle essuya une larme qui coulait de son seul œil.

« Oui mais… Dit Rubis. Tu ne pourras jamais m’enlever l’impression que tu es revenue seulement à cause de ce que t’as fait Chronos.

-Regarde, Jade m’a donné un nouveau corps. Grâce à l’implant, je peux encore faire de la magie. Je pourrai garder ce corps tout ma vie. Quelle autre raison que toi m’aurait poussé à revenir ?

-Retrouver ton corps humain, justement.

-Tu… Tu ne me feras donc jamais confiance ?

-Ca ne sera pas facile. »

Une présence apparut derrière lui.

« Mais il va arrêter de stresser pour rien, c’lui là ?! »

Il fut catapulté dans les bras d’Améthyste. Sa tête heurta la poitrine de la fille, et fit un grand ‘DONG’, ce qui l’assomma à moitié. Cette présence, c’était Jade. Elle donna à Améthyste une énorme boite.

« C’est ton nouveau corps, comme promis. J’y ai passé la nuit. »

Elle ramassa Rubis par le col.

« Et toi, j’ai passé un temps considérable avec Améthyste au labo. »

La super-soldate le secoua comme un poirier.

« Alors je peux t’assurer que ses sentiments sont sincères !! Arrête de douter de tout !! »

Elle le lâcha. Il avait le tournis et ne tenait plus sur ses jambes. Améthyste lui prit la main pour l’aider à retrouver ses esprits.

« Non mais elle se prend pour qui, la mégère ?! Fit-elle contre Jade. J’te permets pas de secouer mon Rubis, c’est ma propriété !! Alors tu dégages la péninsule qui te sert de postérieur avant que je t’imprime le plan de mes phalanges mécaniques sur ce que certains osent appeler ton visage ! J’vais te botter le cul tellement fort qu’on appellera ça du fist anal par membre inférieur !! »

Rubis avait la larme à l’œil. Voila exactement pourquoi il était tombé amoureux d’elle. Voila pourquoi il adorait ce charme agressif. C’était ce moment magique où Améthyste prenait sa défense en noyant son agresseur sous une montagne de jurons. Cette colère déployée pour l’être aimé, la preuve absolue de l’amour. Mais malgré ça, il avait toujours du mal à lui faire confiance. Le vaisseau fut soudain secoué violement, ils gardèrent l’équilibre, sauf Jade. Le mur explosa. En dessous, sur d’énormes bateaux de guerre, les armées de Chronos. Mais leur drapeau était celui de Wyrim.

« La guerre entre les hommes a commencé. Murmura Rubis. Préparez-vous à vous battre !! »

Il sauta en déployant son phénix. Fusant comme l’éclair, il transperça un petit bâtiment de guerre qui coula à pic. Il remonta à la surface et s’envola. Une pluie de flèche le happa et le jeta à l’eau. Une voix vint des cieux.

« Crevez bande de salopards !! »

Jade chevauchait sa moto tout-terrain, en lévitation à un mètre de la surface. Elle passa prendre Rubis en tirant dans toutes les directions, à l’aide de ses multiples canons. Ses forteresses volantes se mirent enfin en position de tir.

« Faites parler le canon TNT 360 !! »

Trois vaisseaux firent feu en même temps et envoyèrent plusieurs bateaux rejoindre les fond marins. Arthémis grimpa sur le pont du bateau amiral.

« Utilise la brèche temporelle ! »

Un tir en forme d’arc de cercle fut tiré vers les forteresses volantes et l’endommagea lourdement. Elle perdit de l’altitude, mais parvint à se maintenir.

« Encore !! »

Un autre tir partit, et toucha à nouveau sa cible. Le vaisseau tomba dans l’eau, mais il flottait. C’était celui où était Améthyste et Stellios Lugentes. Par ailleurs, l’archer ne pouvait faire feu sur des hommes. Son rôle le lui interdisait. Mais Améthyste ne se priverait pas.

 

                « Dégagez, la piétaille !! »

Elle tira de son canon dans la foule, le jeta et en mit un autre.

« Déblayez !! »

Elle faucha ses ennemis et sauta sur le bateau le plus proche pour le mettre à feu et à sang. Jade la rejoignit et déposa Rubis.

« Il faut capturer Arthémis ! Dit-elle.

-C’est pas gagné ! Répondit l’Ange de feu. Détruisons d’abord leur foutu arme !

-On n’était pas préparé au combat, on n’a pas l’avantage.

-Pour ça, on peut compter sur Stellios Lugentes !

-Quoi ? Mais il se battra pas !

-En effet. Mais il est bien entouré. Regarde à l’Est ! »

A l’horizon, la flotte Otrajydienne. La plus puissante force marine de la planète.

« Parfait ! On va gagner ! Clama Améthyste. Chargez !

-Fais pas n’importe quoi, hein ! Ton corps est encore expérimental !

-Foutaises ! »

Elle repartit au combat en invoquant du vaudou.

« Elle est folle. Soupira Jade. »

Rubis la suivit.

« Ca fait partie de sa force ! »

 

                Améthyste marchait sur l’eau grâce à ses sorts, et attaquait seule des bateaux entiers, et l’emportait à chaque fois.

« Brèche temporelle ! »

L’arc de cercle de puissance brute fut dirigé vers eux. Jade saisit son bouclier et bloqua le tir.

« Détruisez-moi ce truc ! »

Une ombre apparut à coté d’elle, le Ténébreux.

« Oui chef ! »

Il disparut pour se retrouver sur le pont principal, devant Arthémis. Le roi de Wyrim dégaina.

« C’est entre nous deux, maintenant !

-J’ai longtemps attendu pour ces mots, et finalement c’est pas si agréable. »

Il planta la bannière Otrajyd sur le pont et disparut dans un tourbillon de ténèbres, pour se retrouver à l’autre bout du bateau pour y semer la mort et la destruction, puis revint vers Arthémis lorsque celui-ci voulut détruire la bannière.

« Pas touche ! »

Ils firent quelques passes avant que le guerrier noir disparaisse encore et reviennent.

« Pourquoi tu fais ça ?! Fit Arthémis. Bats-toi contre moi !

-Ce n’est pas évident ? Je démontre que tu n’es pas à même de protégé tes hommes. Tu es un mauvais roi !

-Tu payeras cette injure !! Par l’hiver impitoyable !!

-Que les ténèbres t’engloutissent, traître ! »

Il leva sa bannière à un destin irréversible et chargea.

 

                Améthyste changea de cible, mieux valait ne pas les déranger. Elle dit à Rubis.

« Là-bas ! Ca doit être le générateur qui alimente leur brèche temporelle !

-C’est protégé par un bouclier magique. T’as une idée ?

-Oui, je m’en occupe, couvre-moi ;

-Ca marche !! »

Ils se rendirent devant la structure métallique trainée par le bateau comme une sorte de remorque., protégée par un champ de force. Elle posa la main et le canon dessus, la barrière commença à légèrement vaciller.

« Ca va prendre du temps.

-Pas de soucis. »

 

                Le ténébreux fit un grand mouvement latéral qui frôla l’armure d’Arthémis. Celui-ci fit un tour sur lui-même et frappa sur l’épée de son adversaire pour la bloquer et bondit sur lui. Aussitôt, le guerrier lui jeta sa cape pour l’aveugler et le repoussa d’un grand coup de pied.

« Tu ne peux pas me battre. Abandonne. Refuser un combat perdu d’avance, ce n’est pas perdre.

-Je ne compte faire aucun des deux. »

Le roi de Wyrim fondit sur le champion Otrajydien et le toucha légèrement, de la glace apparut et bloqua le bras du Ténébreux.

« Tu es perdu ! 

-Ca reste à voir !! »

Le guerrier noir tourbillonna et dégagea assez de force pour se libéré de la glace, et frappa son adversaire au cote. Traversant l’armure et la chair, il trancha plusieurs côtes et le jeta à terre. Arthémis avait le visage marqué par la douleur, mais il cherchait à se remettre debout.

« … Te relève pas… »

Le Ténébreux lui donna un grand coup de pied dans le ventre, et lui écrasa la tête contre le plancher du bateau.

« Je t’ai assez tapé dessus, jette l’éponge.

-Pas tant que je respire ! »

Il brandit son épée et jeta une vague de glace, que le guerrier noir esquiva facilement.

« Loupé. »

La glace se déposa sur le mât chauffé par les flammes de la bataille, qui craquela. Chutant lourdement, le grand mât tomba sur le Ténébreux. Celui-ci fit une posture de parade, posant son avant-bras gauche sur sa lame et le retint, puis le jeta à la mer. Il esquiva les cordages et la grande voile, et désarma Arthémis.

« Trop… Fort… Soupira ce dernier.

-Tu n’avais pas la moindre chance. Je me bats pour mes convictions, pas toi. Tu n’avais même pas la volonté de t’y mettre à fond, comment tu voulais me battre ? »

L’Empereur Otrajydien bondit sur le bateau et pointa sa lame sous la gorge d’Arthémis.

« Très bien ! Nous allons ! Priver nos ! Ennemis d’un ! Puissant allié ! Désactive ton arme temporelle !! »

Le Ténébreux posa sa main sur celle de son empereur et écarta son arme du roi Wyrimien.

« Majesté, dit-il, épargnez la vie de cet homme.

-Comment !! Donnez-moi ! Une seule bonne ! Raison à cela !

-Je l’aime.

-… C’est une ! Bonne raison ! Sa vie vous appartient, faites ! Ce que vous ! Voulez de lui !

-Merci, majesté. »

Il se tourna vers ses soldats qui commençaient à envahir le bateau.

«  Ramenez-le sur notre embarcation. Et mettez-le au fer !

-Bien chef ! »

Il fut emmené. Pendant ce temps, Améthyste avait percé le bouclier et détruit le générateur. Elle fit un signe de victoire de sa main mécanique. Mais le Ténébreux s’approcha d’elle en disant :

« Il y a quelque chose de louche. On dirait qu’il n’était pas préparé à nous attaqué. C’était trop simple.

-On les a peut-être surpris.

-Qu’est-ce qu’il faisait ici, s’ils nous attendaient pas ? Une diversion ? Une attaque surprise qui a échoué ? A moins qu’on ait fait avorter une opération. Ou peut-être attendaient-ils des renforts. Il n’y a qu’un seul moyen de le savoir : Arthémis. Au fait, salut. Content de vous revoir.

-Pas moi. Grimaça Rubis. Je n’ai que faire d’un traître. »

Une flèche de feu frôla son postérieur.

« Aïe ! Ca sert à rien, je suis ignifugé ! Qui a tiré ?

-A ton avis ? Répondit Stellios Lugentes en descendant de la moto volante de Jade. Le Ténébreux est là sur mon ordre, c’est moi qui les ai prévenus. Si les otrajydiens sont là, c’est pour nous. Ils ne nous ont pas trahi. Ils ont juste foutu le camp pour protéger leurs terres. Arthémis t’as trahi, lui, il a rejoint Chronos.

-Ah ? Euh… Désolé. »

Le Ténébreux sourit.

« Bah, je t’en veux pas. Je vais m’occuper de faire cracher le morceau à Arthémis. Ah, je vais m’amuser !

-… Qu’est-ce que tu vas lui faire ?

-Mais qu’est-ce que tu imagines ?! Je ne ferai aucun mal à l’homme que j’aim… Eh merde, je l’ai dit. Vous pouvez faire comme si vous n’aviez rien entendu ?

-Entendu quoi ?

-… Merci. »

Il partit vers son bateau. Rubis et Améthyste regardèrent la flotte Wyrienne partir en fumée ou s’enfuir. Soudain un boulet de canon tomba à coté d’eux. Tel un éclair, Yrion sauta de débris en débris et plaqua la cyborg dans l’eau, puis il tordit le temps pour revenir à sa place d’origine, mais avec Améthyste dans les bras. Elle se débattit.

« Lâche-moi espèce de crevette sauteuse !!

-Fais preuve de respect envers un roi.

-Le roi des atrophiés du bulbe ! »

Il était sur un bateau rempli de cadavre et vide de toute vie. Il jeta sa prisonnière en sol et posa le pied dessus pour l’immobiliser.

« Rubis ! Dit-il. C’est fini ! J’ai un otage ! Rends-toi bien gentiment et offre ton phénix à Chronos, et elle vivra. Sinon, je la tuerai. Tu as trente secondes pour décider.

-Améthyste ! Fit-il.

-Vingt-sept. Répondit le roi. Fais ton choix. »

Il hésitait. La sorcière vaudou, elle, n’avait pas abandonné. Elle tendit la main vers un cadavre et le traina vers elle. Yrion lui jeta un regard glacial.

« Qu’est-ce tu fais ?

-Je… Je le connaissais… C’était un ami !

-Pleure tout ton soul, tant que tu le peux encore. »

Elle dégaina un petit couteau et ouvrit le ventre de sa prise pour en sortir des boyaux. Du point de vue de Rubis, la situation était sans issue. S’il se livrait, Chronos deviendrait impossible à vaincre. Mais il refusait de sacrifier Améthyste.

« Quinze secondes ! Fit Yrion.

-Je… Je… Bégaya l’ange de feu.

-Douze ! »

La cyborg continuait d’extraire des organes. Elle prit quelques composants qu’il restait et invoqua quelques sorts. Le roi la surveillait du coin de l’œil, sans voir le moindre danger. Grave erreur que de la sous-estimer. Elle réunit des derniers composants, et sourit. En deux temps, trois mouvements, elle fit une bombe. Cet effrayant talent les mèneraient à la tombe. Une énorme explosion embrasa l’embarcation.

« Améthyste !!! »

Il bondit dans les flammes. Il entendit Yrion tousser, visiblement déboussolé. Il n’avait donc pas tué sa sœur, mais l’explosion s’en était peut-être chargée.

« Améthyste !!!

-En bas, crétin ! »

Elle lui tira la jambe pour attirer son attention. Son état étant effroyable, il détourna le regard. Yrion se releva et dégaina son épée. L’Ange de Feu prit sa sœur dans ses bras et s’envola vers le vaisseau de Jade, bien à l’abri dans les cieux.

 

                La bataille entre les nouvelles forces maritimes d’Yrion et l’armée amoindrie de Jade et de l’empire Otrajydien faisait rage. Mais Rubis s’en fichait. Il déposa sa sœur sur un brancard qu’on mena en salle d’urgence. L’explosion lui avait arraché son dernier bras humain, et lui avait brûlé ce qu’il restait de son visage. Elle avait perdu son dernier œil, ses cheveux avaient brûlé et ne repousseraient jamais. Sa partie robotique émettait un bruit alertant et une lumière rouge. Jade arriva en courant.

« Par l’enfer ! Qu’est-ce qui s’est passé ?!

-Elle s’est fait sauté avec un adversaire. Répondit Rubis.

-Quelle abrutie ! »

Améthyste se redressa dans un bruit de piston rouillé.

« Eh, comment tu me parles ? »

Elle tenta de la saisir par le col et la rata.

« ‘Chier, je vois que dalle… »

Elle fut prit d’une quinte de toux très violente.  Jade la jeta dans un scanner et fit quelques radios. Elle conclut :

« C’est mauvais. Très mauvais. Son cœur est mort, c’est une pompe qui la maintient en vie. Vu l’état de ses poumons et vu la vitesse à laquelle ils se dégradent, elle ne pourrait bientôt plus respirer et plus parler, je vais placer un micro pour qu’elle puisse communiquer. La respiration n’est pas un problème. Les brûlures sont graves mais sans conséquence. Par contre, elle va rester chauve toute sa vie, qui risque bien d’être courte vu le rythme où elle se casse et se fait réparer. »

Rubis caressa le visage d’Améthyste et lui prit la main. Mais il ne pourrait lui rendre, le bras mécanique venait de tomber. Jade démonta sa partie mécanique, toute tordue, cassée et amputé, et en parvint à en extraire sa demi-sœur.

« Je vais te faire un nouveau corps, en attendant tu utiliseras l’ancien.

-Non a… Att… »

Elle ne parvenait plus à parler. La guerrière lui tendit un stylo, avant de réaliser l’ampleur de sa bêtise. Elle connecta un fil électrique à la colonne vertébrale d’Améthyste, qui fit la grimace. Sur l’écran géant du labo s’écrivit peu à peu :

« Wouaïe !!! Ca fait trop mal cette connerie !!

-… C’est bien elle… Commenta Rubis.

-Ecoutez, le sort que j’ai utilisé contenait un poison auquel j’ai été explosé. Il faut m’en débarrasser, mais sans corps, je vais avoir du mal à le faire seule. »

Jade ouvrit la bouche d’Améthyste, sans lui demander son avis, et inspecta sa langue. Des gemmes vertes s’étaient déposées dessus, et ils étaient responsables de la perte de sa voix.

« Vire de là ! Clama l’écran.

-Bon, dans la mesure où tu soignes l’infection, certains dégâts sont réparables. Continua la guerrière. Je te confie aux médecins. Mais tu vas sortir dans un sale état.

-Combien je pèse ?

-… Pardon ?

-Combien je pèse ? Combien le reste de mon corps pèse ? »

Jade hésita, puis prit sa demi-sœur et la posa sur une balance.

« … Si on retire le poids des mécaniques internes comme la pompe à sang, le soutien des poumons, et le métal incrusté dans ton visage… Tu dois peser moins de quinze kilos. Et après l’opération, peut-être encore moins. Nous allons retirer ton épaule pour la remplacer, elle ne te sert plus à rien, désormais.

-… Moins de quinze kilos ? C’est tout ce qu’il reste de moi ? Un morceau de chair de moins de quinze kilo ? C’est moins qu’un chien. Moins qu’une arme lourde. La moitié d’une armure légère. Le poids d’un chaudron… C’est moi. Tout ce qu’il reste de moi…

-Il faut qu’on t’opère au plus vite.

-Attend. Quand tu m’opèreras, je veux que tu regard précisément combien je pèse, après l’opération et sans les bidules technologiques.

-… D’accord. »

Elle débrancha le câble électrique et emporta Améthyste. Rubis était cloué sur place. Une grande secousse la ramena de force à la réalité.

« On est attaqué ! Fit la voix de Jade par un haut-parleur. Bouge-toi et vas nous défendre ! La vie d’Améthyste en dépend ! »

Il courut vers le pont supérieur pour retourner au combat.

 

 

                Le palais de Nysécthéni trembla. La Lumière esquiva un débris qui lui tombait dessus, mais ne disait rien. Il n’y avait rien à dire. Quinze kilos, voila tout ce qu’il restait de la fille du Seigneur-Croc. Et encore, on allait lui retirer encore plus de chair. Le guerrier était fou de rage. Il avait retiré son casque chargé de contenir sa colère, il aurait juste été brisé. Il frappa un mur du poing.

« Raaaaaaaaah ! »

Le mur s’effondra. La déesse risqua enfin un mot :

« Si je peux me permettre, tu…

-Ta gueule !! »

Il frappa le sol, qui se fissura.

« Améthyste !! »

Il resta à genou, anéanti. La Lumière continua :

« Tu devrais aller combattre à leur coté. Je vais faire de mon mieux pour les aider, au moins elle ne mourra pas. Mais je ne peux pas recréer des organes et des membres arrachés en présence d’un être du temps.

-Me battre. Oui. Ca me défoulera. Ils n’ont pas besoin de moi, mais…

-Va déverser ta rage. »

Elle ouvrit un portail divin, qui agissait comme un téléporteur. Il s’en approcha en trainant les pieds et son arme.

« Tu oublies ton casque. »

Il le ramassa en soupirant, puis franchit le portail.

 

                Yrion était retourné à sa base, la Tour du Firmament. Il boitait dans les couloirs, comme à bout de force. Il s’effondra dans la chambre de son seigneur.

« Yrion ?! Fit-il.

-Seigneur Chronos… J’ai besoin d’aide. J’ai subi de plein fouet une attaque surprise d’Améthyste, que j’avais pris en otage… »

Il toussa violement, comme s’il allait se déchirer la gorge. Le titan dit :

« Pourquoi tu ne retourne pas simplement dans le temps pour guérir de tes blessures ?

-J’ai essayé, mais je suis infecté ! Et le temps n’a aucun effet sur l’infection… Même si je peux réparer les dégâts provoqués, ils se refont aussitôt, et je passe mon temps à me régénérer… L’énergie consommée est colossale ! Il faut que je sois soigné !

-Hors de question de perdre un aussi bon élément que toi. Je vais faire des recherches, c’est un sortilège vaudou, n’est-ce pas ?

-Ou… »

Il toussa encore plus fort et cracha du sang. Les flux du temps l’entourèrent et réparèrent les dégâts. Chronos se leva.

« Qu’on aille me chercher nos meilleurs médecins ! »

 

                Une point noir apparut dans le ciel, et tomba. Longuement, il tomba, toujours plus vite. Au fur et à mesure qu’il se rapprochait du sol, on distinguait une forme humaine, tenant une immense épée. Les troupes de Chronos battirent immédiatement en retraite. Le point noir grossissaient toujours, et se rapprochaient des embarcations. On pouvait désormais le distinguait correctement avec sa cape et son arme. Il se posa lourdement, et enchaina immédiatement de multiples tourbillons. Les galions étaient soulevés par les rafales de vents provoquées par ce guerrier. Ce guerrier noir comme la nuit, n’inspire rien d’autre que la terreur. Il continuait son massacre, et tomba sur un autre Chronoseigneur : Sedah. Sans dire un mot, sans même réfléchir, il chargea d’instinct et frappa simplement sur la parade de son adversaire, qui céda sous sa force. Son épée immense plongea dans l’épaule de la combattante et lui perfora les viscères. Impitoyablement, le guerrier posa son pied sur le buste du Chronoseigneur et la repoussa pour dégager son épée. Il regarda l’armada ennemie en train de fuir. Effrayée par cet homme. Un seul homme, fou de rage pour sa fille. L’Oblitérateur. Le Seigneur-Croc. Yrion avait clairement donné l’ordre de fuir face à lui, et il avait bien fait. Le guerrier rengaina et bondit jusqu’au vaisseau où était sa fille.

 

                Arthémis était enchainé à la vertical sur une plaqua de métal. Immobilisé, sans personne pour l’aider. Le Ténébreux se présenta devant lui.

« Nous t’avons terrassé sans peine. Pourquoi nous avoir attaqué alors que vous saviez que vous ne pouviez l’emporter ?

-Nous avons suivi les ordres du roi Yrion.

-Quel était le plan d’attaque ? Parle !

-Non. Il s’en prendrait à mon peuple s’il savait que j’ai parlé.

-Qui te dit que je ne le ferai pas ?

-Tu… Tu oserais ?!

-Je suis un Otrajydien. Je ne reculerai devant rien pour atteindre mes objectifs. Tu sais à quel point mon peuple est cruel, par rapport au tien. Ton peuple est sans roi à leur tête, perdu et sans repère, dans une nation qui vient à peine de s’unifier. Penses-tu qu’ils aient une chance face à un empire de guerrier assoiffés de sang, qui ne vivent que pour donner la mort ? Un peuple de survivant aux guerres de ce monde barbare, uni depuis toujours ?

-Non, je sais que tu ne le feras pas ! Tu n’es pas comme ça.

-Tu penses que je bluff ?

-Tu es comme moi. Tu ne…

-Ne me compare pas à toi !! Tu n’es qu’un lâche et un traître ! Un insecte qui rampe dans la souillure de sa propre corruption !!

-Mets-toi à ma place…

-Tu as rejoins Chronos, moi je massacrerai ton peuple. Les deux se valent, arrête d’essayer de te faire passer pour un saint. »

Le guerrier noir posa sa main avec force sur la gorge du roi Wyrimien.

« Dis-moi ce que je veux savoir !!

-… Non. Tu peux me faire ce que tu veux, je n’ai pas peur de mourir.

-Mourir pour défendre la cause de Chronos. Après tout, c’est bien une fin digne de toi. Tu veux que je te dise une dernière chose ? Akyssen doit avoir honte de toi !!

-Akyssen ?! Honte ?! C’est moi qui devrait avoir honte de lui !!

-C’était un guerrier qui a lutté jusqu’à son dernier souffle pour sa famille ! Tu n’es qu’un lâche et un traître, qui a failli aux principes les plus élémentaires de sa lignée : La Justice et la Bien, qu’importe le prix à payer, qu’il soit d’or ou de sang ! »

Arthémis ne put retenir des larmes silencieuses.

« S’il te plait… Arrête… Je n’avais pas le choix…

-On a toujours le choix. Tu aurais put te battre pour nous ! Comme moi ! Comme Rubis ! Comme Jade ! Comme tous ceux qui sont encore là, et qui auraient donné leur vie pour sauver la tienne ! Ne vois-tu donc pas que Chronos t’as simplement abandonné à ton sort ?! Tu es seul ! Où sont tes alliés ? »

La porte de la salle s’ouvrit, et Akyssen entra. Il pointa son immense hache vers le Ténébreux et le fit reculer.

« Je dois parler à mon descendant. Je saurai lui arracher les réponses dont nous avons besoin. »

Arthémis était sur le point de fondre en larmes. Il baissa la tête. Son ancêtre lui saisit le menton pour le regarder dans les yeux de son œil unique.

« Pourquoi as-tu fais ça ? Pourquoi avoir trahi tout ce en quoi tu croyais ? Pourquoi avoir trahit tout ceux qui croyaient en toi ?

-Je ne parlerai pas… Ils s’en prendraient à mon peuple… Ils ont tout en otage.

-Peut-être que si tu parlais, nous pourrions t’aider à protéger notre peuple.

-‘Notre’ ?

-Je suis Akyssen Gaeh ! Wyrim est aussi ma terre natale ! Ton peuple est mon peuple, pour qui j’ai mille fois versé mon sang sans jamais me détourner des principes de ma famille. Contrairement à toi.

-… Quand je pense que c’est vous, qui faisiez honte à notre famille, qui venez me réprimander…

-Qui ne nous deux fait le plus honte à notre famille, maintenant ? »

Une nouvelle personne franchit la porte. Elle dégageait une aura meurtrière sans égal. Une aura plus noire que Akyssen lui-même. C’était l’Oblitérateur. Dans ses bras, il tenait Améthyste, endormie, dans son nouveau corps. Il la posa, et la détacha de sa prothèse géante. Il n’en restait que sa tête mutilée. Il l’approcha d’Arthémis, c’était à peine si on la reconnaissait, sans ses yeux ni ses cheveux, avec ce métal partout sur son visage. L’arrivant dit :

« Huit kilos… Voila tout ce qu’il reste d’elle grâce à toi. Huit kilo de chair. »

Il la remit sur son corps mécanique et, lentement, enleva son casque, dévoilant son identité. Arthémis était pétrifié par la terreur. Ce regard empli de haine et de colère, encore pire que son ancêtre. Et la légende qui l’accompagnait. Plus noir qu’Akyssen. Plus noir que Netal. Le Seigneur-Croc.

« Tu réalises qu’il s’agit de ma fille, n’est-ce pas ?

-J…

-Ne répond pas !! »

Il s’approcha du prisonnier.

« Tu as peur ? »

Arthémis hocha la tête.

« C’est sage. »

Akyssen tenta de s’interposer.

« Ne t’approche pas de mon descendant !

-… Tu penses pouvoir m’arrêter ?

-Je suis prêt à essayer. »

Le Seigneur-Croc posa sa main sur la lame de la hache d’Akyssen, qui ne parvenait plus à la bouger. Il força tellement que le plancher craqua sous ses pieds, en vain. Impossible de se dégager.

« Cessez de jouer avec mes nerfs, ou je vais vous tuer vous aussi. »

Il lui arracha sa hache et la jeta, puis se tourna à nouveau vers Arthémis.

« Est-ce que tu peux seulement imaginer le désespoir que tu lui as infligé ? Bien sûr que non, tu ne peux pas l’imaginer. Alors je vais te le faire connaître, pour que tu puisses réaliser l’ampleur de ta trahison… Ta trahison envers mon fils !! »

Le roi tremblait encore plus, réalisant non seulement que par sa faute, Améthyste avait été davantage mutilée, et qu’en plus il avait trahi Rubis, les deux enfants du Seigneur-Croc.

« Tu réalises que tu n’as plus aucun espoir de survie ?

-A… Attendez ! Je connais un moyen de soigner Améthyste ! »

L’empereur planta son immense épée à coté de la tête d’Arthémis.

« Vraiment ? Tu as peut-être un espoir alors, mais j’espère que tu ne te fous pas de moi.

-Les êtres issus du temps tels qu’Yrion, les autres Chronoseigneurs ou Chronos lui-même ne peuvent être soigné par la magie de guérison. Lorsqu’ils sont mutilés, la mémoire de leur constitution est immédiatement perdue dans les limbes du temps. C’est pour ça qu’il est possible de recréer un bras arraché ou des blessures récentes, mais pas les vieilles, à cause de la mémoire. Mais ces êtres issus du temps se servent de leur malédiction pour la transmettre à leur adversaire, et empêcher leur guérison. Mais vous l’avez vu, Yrion a été ressuscité par deux fois ! La magie du temps peut la sauver, contrairement à l’école de la guérison ! Capturez Yrion, ou un autre, et obligez-le à soigner votre fille !

-… Très bien, je vais aller le chercher. Toi, tu restes là.

-Mais je peux aider à…

-Si tu viens, je risque de te tuer moi-même ! »

Il regarda le Ténébreux.

« Tu peux disposer de lui comme tu l’entends. De toute façon, qui voudrait de lui ? Notre cause n’en veut pas. Sa famille n’en veut pas. Ce n’est qu’un déchet, un traître et un lâche. Qu’il ne se présente plus jamais devant moi. »

 

 

                Améthyste se réveilla. Elle était dans les bras de son père, qui la ramenait au vaisseau de Jade. Elle voulu parler, mais ne put. C’est un micro fixé à sa gorge qui parla à sa place :

« Hein ? Où je suis ? »

Il n’y avait aucune expression dans sa voix. Juste des syllabes dictées par une machine. Le guerrier la regarda, et répondit ;

« Ma fille… Si tu te voyais… Je suis allé parlé à Arthémis.

-Tu l’as tué ? Dit-elle monotonement alors qu’elle était choqué.

-Non. Il a dit qu’il y avait de l’espoir pour toi. Qu’on pouvait te restituer ton corps humain.

-De quoi j’ai l’air, maintenant ?

-C’est… Atroce. Tu n’as plus que huit kilos de chair.

-Huit kilos ? Fit-elle sous la surprise sans pouvoir l’exprimer.

-Ton deuxième œil est foutu, on te l’a remplacé. Tu as tellement de métal sur le visage que la plupart de tes muscles faciaux sont immobilisés. Tu ne peux plus hausser les sourcils ou les froncer. Tu ne peux bouger que bouger ta mâchoire… Alors que tu ne peux même plus parler. Tu n’as plus de cheveux, ton crâne est couvert de brûlure grave. Tu portes donc une perruque… »

Il s’arrêta, puis la serra avec force dans ses bras.

« Ma fille… Je suis si désolé de ne pas avoir réussi à t’épargner ça… »

Améthyste ressentit un profond soulagement. Son père lui avait pardonné. Elle s’était rachetée auprès de lui.

« Merci… Papa… »

 

                Améthyste avait récupérer son corps mécanique, et alla immédiatement voir Rubis. Elle passa devant un miroir, et se figea. Son état était plus grave qu’elle ne l’aurait cru. Plus d’yeux, plus d’oreilles ou de sourcils. Plus de cheveux, des brûlures partout sur le peu de peau qu’il lui restait. Son apparence était écœurante. Mais elle avait confiance. Elle savait que Rubis ne s’arrêterait pas à ça. Elle entra dans sa chambre.

« Coucou mon chéri. Fit-elle de sa voix synthétique. Je suis de retour. »

 Il se tourna vers elle, les larmes lui montèrent aux yeux.

« Am… Par tout ce qu’il y a de plus sacré en ce bas monde…

-Je t’ai déjà dit que je ne voulais pas de ta pitié. De toute façon, je n’ai même plus d’yeux pour pleurer.

-Mais tu… Tu…

-Apparemment, il y a un espoir. Papa m’a dit qu’il avait une possibilité que je récupère mon corps, s’il capture Yrion. Tu le connais, il va forcément y arriver. Cet homme est frapadingue.

-Si… Si je pouvais faire quelque chose.

-Je veux bien un bisou. Ca, j’en suis encore capable. 

-… Tu sais bien que…

-Je me doutais qu’un stratagème si primitif ne pourrait entourlouper un homme aussi droit que toi. »

Elle haussa les épaules dans un bruit métallique.

« Je te préviens, je l’aurai, mon bisou. »

Rubis se mit à la fenêtre, regardant tristement l’horizon. Jade entra à son tour.

« Eh frangin, il parait que… Salut Améthyste.

-Tu n’as pas l’air surpris par mon apparence.

-C’est moi qui t’ai fabriqué ce corps, tu sais. Dis-moi, qu’est-ce qu’il a, notre ami flamboyant ?

-Un énorme engin, mais là n’est pas la question. »

Rubis se retourna, le visage écarlate.

« Améthyste !! »

Sans se démonter, la cyborg continua et dit à Jade :

« Au fait, il est membré comment, l’Endeuilleur ?

-M-m-mais ça ne te regarde pas !!

-Vous avez toujours pas passé le pas, hein ?

-Mêle-toi de tes affaires !

-Te voir rougir, c’est bien trop jouissif pour m’en passer.

-J’ai pas de leçon à recevoir d’un petit morceau de chair, si petit qu’on ne le voit pas sans y prêter attention et incapable de bouger sans aide ! »

Elle réalisa d’un coup l’ampleur de ses propos. Mais loin de se vexer, Améthyste répondit simplement avec sa voix monotone et calme :

« Comme la bite à ton copain. »

Rubis était soufflé. Décidément, Améthyste était forte pour, malgré la situation atrocement cruelle, continuer ses blagues salaces avec bonne humeur. Loin de s’apitoyer sur son sort, elle riait. Le rire est comme les essuient-glaces, ça n’arrête pas la pluie mais ça permet d’avancer. Elle l’avait très bien compris. Elle ne connaissait pas le désespoir. Jade, toute rouge et à court d’argument, quitta la pièce en grimaçant. La cyborg souriait d’un air victorieux. Rubis la pris dans ses bras.

« Tu es si forte… Ca m’impressionne vraiment, tu sais.

-Ah bon ? Euh…

-Tu l’as mérité. »

Il déposa un baiser sur les lèvres d’Améthyste. Elle répondit, et bégaierait si elle le pouvait :

« Rubis. Je t’adore.

-Je regrette de t’avoir traitée de lâche. Maintenant, j’ai compris que tu étais vraiment quelqu’un de brave, pour risquer ta vie tant de fois pour moi. Tu ne crains pas la mort, et maintenant je me montrerai à la hauteur des efforts que tu as faits pour moi. Tu es si courageux que tu pourrais inspirer une épopée épique. Tu es un modèle pour le reste du monde. Tu suis ta voie plus sincère et plus grande. Tu es admirable. »

Elle rougit.

« A-arrête… Tu me gênes…

-Seule la vérité gêne. »

Améthyste était inondée de bonheur. Elle dit :

« Attend, il faut que je rattrape Jade ! Y’a un truc important que je dois faire !

-Bien sûr. Vas-y. »

Elle le laissant et partit en faisant des bruits de métal.

 

                « Jade ! Reviens ici grosse nouille !

-Qu’est-ce qu’elle me veut, la planche à pain en puissance ?

-A propos du corps dont tu m’avais parlé avec la sensation de toucher ! Il me le faut absolument !

-J’y travaille, mais sa va prendre du temps.

-Je veux que tu me fasses des seins dessus ! Super doux, pour que Rubis puisse dormir dans mes bras !

-Euh… Je l’avais promis mais c’est quand même pas une priorité.

-Et je veux avoir les organes nécessaires pour qu’on s’amuse, si tu veux ce que je veux dire.

-Les org… Mais c’est dégoutant ! Où est passé le respect pour les techniciens qui vont s’y coller ? Tu attendras qu’on te restitue ton corps, vu ?

-Mais…

-Pas de mais ! Je vais avancer le plus vite possible, ca devrait être prêt quand on arrivera. Je te rappelle que Rubis n’est pas le bienvenu sur mon vaisseau ! Dès qu’on est à l’Auréole Ardente, je le fous dehors !

-… Tu…

-Eh, toi aussi tu l’as abandonné. Et ma tête à couper que si Chronos t’avais pas refilé ce corps mécanique, tu seras jamais revenu. Alors tes sermons, tu te les gardes. J’suis déjà sympa de t’aider.

-Grognasse.

-Godiche. »

Elles se séparèrent.

 

La fureur du Seigneur-Croc

 

                Le Seigneur-Croc n’avait pas mit son casque. Il prit l’Oblitération et la mit dans son dos. Il sortit et passa voir la Lumière. Il lui jeta :

« Je vais chercher Yrion. Je reviendrai.

-Tu es sûr d’y parvenir ?

-Evidement ! Quand je me bats pour ceux que j’aime, rien ne peut m’arrêter. »

La Lumière acquiesça. Il était vrai que lorsque le Seigneur-Croc s’énervait vraiment, il ne ressentait ni douleur, ni peur, ni pitié, ni fatigue, et ne pouvait être arrêté à moins d’être tué. Elle tapa le sol de son bâton.

« Je vais t’aider. Je fais une entorse aux règles. Sarasin. »

Le désigné apparut devant elle.

« Qu’est-ce que je fais là ? »

Sa jambe tranchée fut soudain soignée, il lâcha sa béquille.

« Je… Je peux marcher…

-Va, et aide ton souverain. »

L’empereur n’y prêta aucune attention, concentré sur son objectif. La déesse ouvrit un portail devant lui qu’il ouvrit. Il s’y engouffra en silence.

 

                Ils arrivèrent près de la mer. Sur une île, un immense bastion. Celui d’Yrion. Ils ne savaient pas si Chronos s’y trouvait, mais le Seigneur-Croc n’hésiterait pas à croiser le fer avec lui pour sa fille. Il dégagea une violente aura qui signala sa position. La mer recula et il put traverser à sec. Il avança en direction de la forteresse, accablé par la fureur. Son visage était terne, ses mains tremblaient de rage. Sarasin restait en retrait par prudence. Il savait ce qu’il allait se passer ici. Il laissa son ami mener la charge à lui seul.

 

                Le guerrier avança vers les troupes ennemies et retira son casque, pour le jeter au sol. Les gardes furent atterrés de surprise et s’écartèrent. Ils hésitaient face à cette légende. Contenant sa rage avec peine, le Seigneur-Croc se dirigea vers la salle de commandement, bien indiquée par des panneaux fléchés.

 

                Yrion était à la fenêtre, il avait vu ce qui l’attendait. Il cracha du sang, et jura. Il était toujours malade, et son maître n’avait pas encore trouvé de remède. Il n’était même pas en état de fuir. Ca tombait au pire moment. La porte explosa et l’Oblitération se planta dans le mur à coté de la tête du roi d’Okeud. Le mur tomba dans le vide. Contenant sa fureur, le guerrier dit :

« Ce que tu as fais… A ma fille…

-C’est elle qui… Qui l’a fait… »

Il toussa à s’en déchirer la gorge.

« Je n’ai fait que la prendre en otage. C’est ça, la guerre.

-Tu peux guérir ses blessures ! Alors tu le feras, de gré ou de force.

-Et vous me tuerez après, non ?

-C’est une possibilité. »

Le roi se tint la gorge en grimaçant.

« Alors pourquoi je le ferai ? 

-Qui te dis que je ne te tuerai pas maintenant ?

-Vous avez besoin de moi ! C’est moi ait l’avantage ! »

L’empereur reprit son arme et trancha un bras à son adversaire. Yrion grogna, et donna un coup de pied à son membre détaché.

« Eh ben ? Fit le guerrier. Tu ne te soigne pas ?

-Avec ce stupide poison, je n’ai pas de force à consacrer à ça.

-Au moins tu ne risques pas de te sauver. Tu es à ma merci !

-Je ne parlerai pas. Jamais je ne trahirai mon maître. Ni moi, ni aucun de mes confrères. Vous perdez votre temps, mais faites donc. Je n’ai rien de mieux à faire.

-Alors je vais me faire plaisir. »

 

                Améthyste, détachée de sa prothèse, attendait posée sur la table. Jade disait :

« C’est un principe complexe, qui permet d’envoyer aux cerveaux des informations qu’il traduit en sensation, et ainsi remplacer les nerfs.

-Ah, je vois. Répondit Rubis.

-J’ai aussi sculptée une silhouette féminine, plutôt qu’un mannequin droit sans forme.

-Hum hum.

-Et aussi… »

Améthyste soupira en silence. Elle dit par son micro :

« Je ne vous dérange pas ? Raccrochez-moi où ça va barder.

-Du calme. Répondit sa demi-sœur. J’ai aussi fait un programme pour que tu puisses exprimer tes sentiments à travers tes paroles.

-Je veux essayer. »

Jade pianota sur le clavier de son ordinateur.

« Sinon, j’ai aussi fait un visage humain dans le métal incrusté dans ta figure. Je ne peux pas refaire les muscles faciaux, ça demanderait trop de travail, mais c’est plus… Humain. »

Elle appuya sur ‘Entrée’ et posa Améthyste sur son nouveau corps. Rien ne se passa.

« Huuuum… Ca coince.

-Ah ben merci j’avais r’marqué ! J’t’en foutrais moi, du coinçage !

-En tout cas, ça vient pas du programme de ta voix, il marche d’enfer. »

Rubis passa sa main dans les cheveux d’Améthyste, et fit tomber sa perruque.

« Eh !

-Désolé ! Je te remets ça ! »

La table sur laquelle était posé le corps bascula vers l’avant. Jade ouvrit le torse d’Améthyste et fouilla dans les câbles. Améthyste tendit violement le bras droit devant elle.

« Je le contrôle pas ! Dit Améthyste.

-Je vais réparer ça. »

Elle baissa le bras, puis le releva, et ses doigts s’ouvrirent et se refermèrent sans s’arrêter. Améthyste sourit. Ce sourire qu’elle avait avant de faire une blague de mauvais goût.

« Comme ça, je pourrais te faire bien des choses, Rubis…

-Tu écraserais une boule de bowling avec cette force. Répondit Jade. Alors évite de faire ça. »

L’Ange de Feu blêmit, et Améthyste soupira. Les gestes s’accélérèrent, puis se coupèrent net. Jade lui dit :

« Essaye de bouger. Lève le bras droit. »

Elle s’exécuta sans mal.

« Avance d’un pas. »

Elle tendit le bras gauche et dégaina un canon qui commença à rayonner.

« Woh woh woh ! Fit Jade en se jetant dessus pour l’éteindre. Il y a encore des problèmes.

-Je ne ressens rien quand tu me touches. Ton programme est pas au point ?

-Je l’allumerai après. »

Elle finit les réglages, et Améthyste retrouva toute sa mobilité. Elle passa quelques tests de vivacité, de vue, de précision et de combat, tout était opérationnel. Jade clama sa victoire, et entra des données dans son ordinateur.

« J’active le programme.

-D’accord. Je sens rien. Rien du t… J’ai froid ! Il fait super froid !!

-On crève de chaud !

-J’ai l’impression d’être à poil dans la neige !! »

Elle sauta dans les bras de Rubis.

« Réchauffe-moi ! Vite ! »

Il s’enflamma, et Améthyste eut encore plus froid. Jade corrigea rapidement les codes sources du programme et sa demi-sœur arrêta de sautiller.

« Ouf… »

Jade prit une aiguille et piqua Améthyste.

« Aïe ! »

Puis fit un test avec la brûlure, le froid, les frottements, la douceur, et autres sensations. Elle lui tendit un ultime gadget.

« Tu m’en avais demandé, alors j’en ai fait plusieurs modèles. Tes… Seins.

-Super !!

-Quand je pense que j’ai dû me coller ça… Bon, ils sont capable de chauffer pour atteindre une température de 39.5°C, ainsi ils procureront toujours une sensation de chaleur. Mais que pour quelqu’un qui les touche, toi, tu n’auras pas de sensation de chaleur. D’ailleurs tu sentiras pas non plus comme avant, je n’ai pas pu rendre leur sensibilité exacte. C’est vraiment galère, la sensation de toucher. Les modèles, c’est pour la taille. Tu pourras essayer d’avoir une vrai poitrine, ah ah ah… »

Améthyste prit le modèle le plus gros et le mit.

« Ah ah ! Bonnet E !

-E pour écœurant ? Fit Rubis. J’aime pas donner des ordres, mais tu mets le modèle B, c’est tout. Ca me débecte, plus gros.

-Rubis… Je t’adore… toi t’es un homme, un vrai…

-Aucun rapport ! Coupa Jade.

-Jalouse. »

Rubis jeta un regard sur les plans, et pointa du doigt un texte.

« Juste là, c’est quoi ?

-Le Canon à Résonance Nucléaire Echelonné.

-Et à coté ? Je lis bien ‘Distributeur de soda’ ?

-Oui, c’est normal. »

Elle prit un gobelet et ouvrit le haut du dos du cyborg, et appuya sur un petit levier. Une boisson sucrée le remplit.

« Je rêve… Fit la sorcière vaudou.

-Quoi ? C’est pratique, non ?

-Je suis pas un frigo portatif !

-Non, juste un distributeur à soda. T’en veux un, de frigo ? »

Rubis posa sa main sur l’épaule de sa compagne.

« La tape pas, tu va déboulonner tes nouveaux bras.

-Grrrr ! »

Il se servit un verre, elle se retourna.

« Hey !

-Ben quoi ? »

Il avala sa boisson. Elle grogna.

« Traître…

-Quoi ? c’est vachement bon. Tu veux goûter ? »

Il l’embrassa sans prévenir. Elle bégaya :

« Je…

-Il est mignon, mon petit distributeur personnel.

-Qu… Grr ! »

Elle lui envoya un crochet du droit, qu’il esquiva aisément. Le combat, ou plutôt la chamaillerie commença. Jade en profita pour prendre des notes sur son prototype en sirotant sa boisson.

« Avec ça, y’a de quoi faire la fête. »

 

                L’Oblitérateur arriva à Nysécthéni en trainant Yrion, inerte. Il ne bougeait plus, et sa plaie béante ne saignait plus. Il traina sa proie jusqu’à palais de la Lumière et le jeta.

« J’ai ramené un prisonnier intéressant. Je veux qu’il soigne ma fille.

-… Eh ben. Fit la Lumière. Tu l’as tué. »

Le roi d’Okeud leva la tête.

« Déjà arrivé ? Je voulais dormir un peu plus. »

Le guerrier noir lui mit un grand coup de pied dans les cotes qui craquèrent, mais la victime ne fit même pas une grimace.

« Vous pouvez me torturer tout votre soûl, mais je ne parlerai pas. Aucun otage ne peut nous atteindre. De toute façon, avec ce poison vaudou, je ne suis pas utile à mon maître. Ma capture ne changera donc pas ses plans. Vous frappez la mer à coup d’épée et vous vous acharner. »

La déesse réfléchit.

« Il a raison. On ne peut rien tirer de lui. Mais autant le laisser ici. Peut-être que Chronos négociera sa libération contre le soin d’Améthyste.

-Il ne tiendra pas parole, et moi non plus. Répondit l’Oblitérateur. Je ne laisserai jamais ce type repartir vivant, et Chronos ne soignera jamais un ennemi.

-On est dans une impasse. On a un prisonnier et rien à en faire.

-Je vais chasser les autres Chronoseigneurs. L’un d’entre eux finira bien par obéir ou, à défaut, Chronos se montrera. Et on aura des otages pour lui faire pression.

-Ca tient la route. Mais comment tu comptes les trouver ?

-On verra. »

 

                Le vaisseau de Jade survolait le sol Otrajydien et approchait du palais impérial. Rubis regardait le paysage. Bientôt, il devrait descendre. Jade ne voudrait plus de lui. L’Endeuilleur non plus. Au moins, Améthyste serait avec lui. Justement celle-ci se fit entendre à ses pas métalliques derrière lui. Elle le prit dans ses bras chauffant et posa sa tête à coté de la sienne.

« Tu n’arrives pas à dormir ?

-Non. D’ici quelques heures, Jade va nous fiche dehors. Et je vais me retrouver quasiment seul.

-Elle veut pas de toi ? Qu’elle crève. Deuil aussi ? Qu’il crève. Qu’ils crèvent tous. T’as moi, t’as papa, qu’est-ce que tu peux demander de plus ?

-Tu dois avoir raison…

-… T’étais sensé me contredire. »

 

                Stellios Lugentes était assis en tailleur devant une bougie, et sa pièce de monnaie sensée définir le destin. Elle était placée en équilibre sur la tranche. A sa droite, le Voix du Peuple. A sa gauche, Jade, la Main du Destin. Il se mit en position de méditation, et retourna dans son rêve. Cette forêt sinistre et ces loups qui le pourchassaient. Il fallait tenir. Il commença sa course, pourchassé par les bêtes. Et, comme toujours, un terrifiant loup noir lui barrait la route. Il était assis, menaçant et bien plus terrifiant que les autres. L’archer commençait à céder à la peur.

« Jade… »

Oui, Jade veillait sur lui. Il sortit son arc et visa le loup noir aux yeux bleus. Il encocha une flèche et banda son arme. Mais son corps se bloqua, il ne parvenait pas à tirer, paralysé par la peur. Ce cauchemar semblait insoluble, peu importe la rigueur de ses efforts.

Jade le prit dans ses bras, et le fit s’allonger sur ses genoux. La cape de l’archer traina sur le sol et renversa la pièce, qui tomba du coté de la colombe.

L’immense loup noir bondit en direction de Stellios Lugentes, mais il passa au-dessus de lui et fit face aux autres loups, en position de protecteur. Il grogna, et les bêtes sauvages s’enfuirent. Le loup renifla les mains de l’archer et lui lécha, puis s’allongea à ses pieds.

Il se réveilla.

« Je… J’ai réussi… Je crois. Le loup noir, il m’a protégé.

-C’est le loup solitaire. Répondit la Voix du Peuple. Regarde ta main droite. »

Sur cette main, un symbole était tatoué. Une femme brandissant un étendard de bataille, avec une colombe sur son épaule, et une épée dans la main gauche. A ses pieds, des chaînes brisées.

« La Marianne. Ou la Liberté. Elle a plusieurs noms. Le peuple a gravé ses espoirs en toi. Plus que jamais tu tiens le destin de ce monde. Je crois en toi. Nous croyons tous en toi. Cela signifie également que tu peux faire appel au Loup Solitaire, grâce à ce tatouage. Je te formerai au combat rapproché pour archer. Même si tu restes un tireur d’élite, tu dois pouvoir faire face à tout.

-Le Loup Solitaire… Comment je l’invoque ?

-Passe ta main gauche sur le dos de ta main droite, là où est le tatouage. Et dit : A moi, Loup Solitaire. Avec conviction, j’entend. »

L’archer se leva.

« A moi, Loup Solitaire ! »

Rien ne se passa.

« Il ne viendra pas sans combat. Il ne s’utilise qu’en combat rapproché. 

-Je vois.

-Je t’ai donné tout ce que je pouvais te donner. Je resterai à tes cotés mais désormais… Attends moins des autres, et plus de toi-même. »

Jade lui prit le bras.

« Je serai toujours avec lui, c’est pas ton caniche ou tes grandes paroles qui nous sépareront. 

-Je… D’accord. Après tout, pourquoi pas. Ce n’est pas un mal. Bonne chance. »

Il disparut lentement. L’archer dit :

« Tu as dit que tu resterais à mes cotés ! »

La Voix du Peuple revint.

« Eh ! Je sais ! Mais c’est pas vraiment mon lieu de vie ici, je reviendrai, t’inquiète.

-Euh… »

Stellios Lugentes se sentait ridicule. La Voix du Peuple disparut à nouveau.

 

 

Rubis débarqua au palais impérial Otrajydien, suivi d’Améthyste. Ils regardèrent Stellios Lugentes et Jade y aller pendant qu’eux, ils partaient. Ils étaient désœuvrés. Il n’y avait plus qu’à trouver un nouvel objectif. Anadrys descendit à son tour, le regard vide, fixant le sol, le dos courbé, le visage triste. Elle était comme creuse.

« Ca fait peine à voir… Commenta Rubis.            

-Oui. Elle qui était si forte il y a peu… Tout ce qu’il lui reste, c’est ses ailes, ses cornes et le malheur d’être né.

-Sans haine, elle ne peut plus tenir debout. C’est difficile à croire, mais elle a besoin de haïr pour continuer à avancer. »

Une voix s’éleva derrière eux.

« Je vais la réveiller moi. Il est l’heure du push. »

L’histoire silhouette de l’Oblitérateur se tenait là.

« Quoi ? Qu’est-ce que tu manigances ? Demanda sa fille.

-Je vais faire appel à ses sentiments originels. Regarde et admire. »

 Il avança d’un pas déterminé vers Anadrys, comme retenant sa colère. L’atmosphère avait changé par sa présence. C’était similaire à un climat de guerre. Il se plaça devant elle.

« Eh. »

La fille l’ignora et continua sa route. Le guerrier insista.

« Je te parle ! »

Il la prit par le bras et la jeta contre un mur. Elle se laissa tomber, et baissa la tête.

« Relève la gueule, je suis là.

-Laissez-moi… Qui que vous soyez…

-Qui que je sois ? »

Il retira son casque, Rubis tressaillît.

« Non ! Ne…

-Il le faut. »

Il posa lourdement son heaume à coté de la démone.

« J’imagine que je n’ai pas besoin de me présenter. Lève les yeux.

-Pourquoi… »

Il lui saisit le menton et la força à le regarder. Le regard de la fille changea brusquement. Son sang de fit qu’un tour. Elle poussa un cri de guerre, arracha l’épée d’un garde et se jeta à la gorge du Seigneur-Croc. Le responsable du génocide d’Ifaq. L’être qu’elle haïssait plus que tout au monde. Ses souvenirs défilèrent dans sa tête. Ses proches massacrés, son frère perdu. Ses racines arrachées, sa ville détruite. Elle pointa son arme vers son ennemi, qui bloqua à pleine main.

« Pathétique… »

Il la désarma.

« Ton envie de vivre est revenue ? 

-Vouuuus !! Je vais vous tuer !! VENGEANCE !!! »

Elle invoqua un sort noir comme de l’encre en poussant un hurlement de rage, et tira. L’empereur décrocha son armure et s’exposa, torse nu, face au sort qui s’écrasa en vain contre lui, ne lui faisant que quelques légères brûlures. Anadrys tomba à genou, au comble du désespoir.

« Je ne peux donc… Rien faire… »

Le Seigneur-Croc posa son pied sur la tête de la fille et la plaqua contre le sol.

« As-tu mieux à offrir que ta faiblesse ? »

Anadrys trembla de rage. Une onde de choc s’en dégagea, elle hurla de fureur. L’ombre semblait s’amasser autour d’elle. Des flux de ténèbres apparurent et convergèrent vers elle. Elle se releva, repoussant l’étreinte du Seigneur-Croc et le forçant à reculer.

« Je ne vivrai plus que pour vous tuer !!

-Très bien. Je t’attendrai. »

Il remit son armure et son casque, et tourna les talons. Sa cape voletait au vent léger, découvrant son immense arme. Il revint vers Rubis.

« Je lui ai rendu sa volonté de vivre et de se battre.

-C’est toujours à toi de faire le sale boulot…

-Ca me dérange pas. Je fais qu’assumer mes actes.

-… Pourquoi tu dois jouer un rôle si ingrat ? Pourquoi c’est à toi de te salir les mains pour les autres ? Pourquoi tu endosses cette haine et ces regards méprisants… Alors qu’on devrait te remettre le prix de la paix pour ton abnégation ?

-Je le fais… Parce qu’il le faut.

-A croire que le monde est contre toi.

-C’est le cas. Ca ne serait pas équitable, sinon. »

Anadrys entra dans le palais impérial. La tête haute, le regard droit. Enfin. Stellios Lugentes se passa la main sur la figure.

« Enfin une bonne nouvelle. Mais… »

Il se tourna vers l’empereur d’Otrajyd.

« Voila l’atout que je gardai. Pas mal, hein ? Avec lui, tout le monde va se jeter sur nous.

-Le… Le… Le… Seigneur-Croc…

-Quel effet… »

 

                Rubis et Améthyste, ainsi que leur père, étaient partis puisque leur présence était indésirable. L’Ange de Feu dit :

« Eh papa, j’ai du mal à croire que tu sois revenu juste pour Anadrys. Pourquoi t’es là ?

-En effet, rien à faire de cette gourdasse. Je suis revenu pour vous. »

Il ébouriffa les cheveux de son fils, puis de sa fille.

« Je suis là pour vous félicitez. Je suis heureux pour vous, sincèrement.

-Merci, nous aussi on est heureux d’être à nouveau ensemble. Et surtout que tu sois là. Tu peux pas savoir comme ta présence nous rassure. Notre papa ne peut pas perdre !

-Je ne suis pas invincible, vous savez.

-Tu n’as perdu qu’une seule fois, face à la Lumière. Sinon, quand as-tu perdu ? Non, quand as-tu déployé la totalité de ta force ?

-Lors de mon combat à Nysécthéni, contre Netal, Akyssen et Ixel.

-Non, la Lumière t’as interrompu. Tu te souviens ?

-Ah oui. Je n’ai pas eu l’occasion de tout donné. Contre Netal aussi, j’étais à fond.

-Oui, mais il a demandé la cessation du combat.

-Eh ben, contre Chronos…

-Non, parce qu’il te ‘counter’, comme dirait Jade. Son style de combat et ses pouvoirs lui donnent un avantage face à toi, et tu n’’as jamais été enragé contre lui.

-Mais alors…

-Oui. Ca vaut dire que pour l’instant, tu n’as encore jamais déployé toute ta force. Personne ne peut la prévoir. L’ennemi te sous-estime. Qui sait jusqu’où tu es capable d’aller ? Personne ne peut imaginer l’incroyable potentiel de la volonté humaine, de la rage et de la fureur, surtout entre tes mains ! Tu es… Invincible ! Une seule défaite totale dans toute ta vie ! Contre une déesse ! Ta capacité à toujours te relever, même à la frontière de la mort, c’est la marque des vrais héros. Tu gardes encore ton mystère.

-Alors je dois m’en servir. Jouer sur la terreur que j’inspire, je l’ai toujours fait. Il faut continuer. Il faut bluffer. Seul Chronos m’a tenu tête ! Tous les autres reculeront. Le bluff est une arme en soi.

-Exactement. Tu as ta légende, et je sais comment l’utiliser.

-Mais n’oublie pas que je ne contrôle pas ma rage. Si certaines conditions ne sont pas réunies, je ne m’enragerai pas et…

-Je vais me battre, de toute façon. J’ai juré de le faire. Ca te motivera suffisamment.

-Hum, je pensais à autre chose. Et si je te disais que ta mère va prendre part au combat ?

-Maman ? Ma maman ? Crystal ? Mais ce n’est pas une combattante ! Et tu n’accepterais jamais qu’elle se batte contre un dieu !

-Elle ne serait pas en première ligne. Mais je te garde la surprise. »

 

 

                Anadrys, furieuse mais enfin pleine de rage de vivre, entra dans la chambre qu’on lui avait donné en lattant la porte. Elle ouvrit le placard d’un coup, il était vide, alors elle ressortit. Ses iris rouges émettaient une lumière vive.

« Il me faut des armes ! Une lance, pour transpercer mes ennemis et leur arracher les viscères ! Et deux poignards, pour ne pas craindre le combat rapproché. Et une armure aussi, légère mais en métal ! Et n’importe quoi d’autre capable d’administrer une mort lente et douloureuse ! »

Une hallebarde se dressa devant elle, tenue par un jeune homme aux cheveux bleus mi-long qui lui cachaient l’œil droit, et avec une couronne sur la tête, ainsi qu’une armure.

« Qu’est-ce que tu veux ? Dit-elle.

-Tu voulais une arme d’hast, en voila une. Par contre j’ai pas de poignards.

-… Pourquoi tu me la donnes ?

-Parce que tu m’intéresses… Dit-il avec un regard perçant et un grand sourire.

-Je ne suis pas ce genre de fille, disparais.

-Ah non, je me suis mal exprimé. Tu attises ma curiosité. Une fille avec des ailes et des cornes qui hurle à qui veut l’entendre qu’elle compte tuer le Seigneur-Croc, qui est déjà mort, ça ne court pas les rues. C’est insolite, et fatalement, ça suscite l’intérêt.

-C’est insolite que quelqu’un haïsse le Seigneur-Croc ? Redescend sur Ethariane. Ses ennemis se dénombrent par légion.

-Tu veux pas me raconter ton histoire ?

-Elle est longue, mais je la résumerai en une phrase. Je suis la dernière rescapée de la crise d’Ifaq.

-… En effet… Il y a de quoi avoir de la rancœur. Une rareté comme toi, on devrait la mettre dans un musée.

-Et une tanche comme toi, on devrait le mettre sous verre ! J’ai de plus en plus envie de fracasser ton crâne vide, mais avant je vais prendre la peine de te demander ton nom, pour savoir quoi graver sur ta pierre tombale !

-Stanislas. Mais mes amis m’appellent Stan, ou Stany. Prince héritier de Koljeizer.

-Alors c’est pour ça la couronne. Et tu imagines que je vais me jeter à genou pour ça ?

-Oh non, c’est juste que mon rang me propulse sur le trône. Je n’en n’ai jamais voulu. Diriger un pays, c’est bon pour les barbares et les intellos. Pas pour les aventuriers. Je refuse d’être chef d’état.

-Et la couronne, c’est pour quoi ? »

Il lui fit un grand sourire déterminé.

« Parce que je trouve que cette couronne me va très bien. Je me suis présenté, à ton tour. C’est quoi ton nom ?

-Anadrys. L’assoiffée de sang.

-Alors voici le nom de celle qui a défié sans peur le Seigneur-Croc.

-Arrête de me parler de ce type, ça m’énerve encore plus !! Aller j’me casse, j’vais me trouver des poignards. »

Elle lui arracha la hallebarde.

« J’espère que tu n’attends pas que je te remercie.

-Tu ne devais pas me faire la peau avant ?

-Ah oui. J’ai décidément mauvais mémoire. »

Elle se retourna brusquement et dirigea son arme vers la gorge du jeune homme. Celui-ci para à l’aide d’une hallebarde ayant une lame à chaque extrémité, qui mesurait au total près de deux mètres. Il repoussa Anadrys et enchaina avec un tourbillon pour la maintenir à distance.

« En tant que potentiel successeur du trône, ma vie est menacée à chaque instant. Je suis entrainé au combat. »

Anadrys resserra son étreinte sur sa lance. Ses cornes grandirent, ainsi que ses ailes. Sa queue de diable fouettait l’air nerveusement. Elle fonça vers le prince, tourbillonna pour se protéger grâce à ses ailes équipées de métal, bloqua soudainement sa rotation pour estoquer son adversaire surpris. Celui-ci parvint à dévié le coup et fut blessé très superficiellement à l’épaule. Il rétracta les lames dans le manche de son arme, la fractionna en deux et mit les deux morceaux dans son dos. C’était bien pensé, personne, pas même Anadrys, ne soupçonnerait que ces deux bâtons étaient en fait une double hallebarde. Anadrys reprit sa forme de repos.

« Tu te débrouilles bien, pour un amateur. Dit-elle.

-Venant de toi, je prends ça comme un compliment. Tu sais, on a déjà choisi avec qui je me marierai.

-C’est l’une des nombreuses raisons pour laquelle je trouve les nobles haïssables.

-Mais si je présente à ma famille ma future femme, ils n’auront d’autres choix que de rompre ces fiançailles. »

Il fit un sourire conquérant.

« Tu sais, ma famille est riche, tu seras traité comme une princesse, et on accepterait facilement tes atouts de démons. Ne voudrais-tu pas régner sur la société avec l’influence de ma famille ? »

Elle lui donna un énorme coup avec le manche de sa lance.

« ‘Spèce d’abruti !! »

Stan, à moitié sonné, s’appuya contre le mur. Anadrys continua :

« C’est à cause de noble comme toi que la crise d’Ifaq à commencer. A force de toujours tout vouloir, vous avez détruit une ville entière et pris des milliers de vie ! C’est ta faute si on m’a tout prit !!

-Euh… Tu m’excuseras, mais ni moi ni ma famille ne sommes responsable de ça. Tu t’emportes.

-Je… Idiot !! »

Elle lui donna un nouveau coup de manche et partit au pas de course.

« Wouah. Fit le prince en se frottant la tête. Quelle femme. Je crois que je suis amoureux. »

Il sourit à nouveau comme si la victoire lui était déjà offerte.

 

                L’Endeuilleur et Jade avait réuni un conseil de guerre, regroupant l’Empereur Otrajyd et un dirigeant de Lehi. L’ordre du jour était tout désigné.

« Nous avons le Seigneur-Croc dans nos rangs. Wyrim est tombé. La victoire se rapproche. Dit Jade. C’est une bonne chose.

Un jeune homme entra dans la salle et s’assit.

« Pardon pardon, je suis en retard. Je suis le représentant de Koljeizer. Continuez, je vous en prie.

-Arthémis nous a révélé des informations importantes. Reprit L’Endeuilleur. Son peuple est menacé. Qui, à cette table, souhaite envoyer des troupes pour le protéger ? »

Jade ne bougea pas, et le maître assassin de Lehi non plus. Seul le représentant de Koljeizer leva la main.

« Moi, je suis pour.

-… Vous êtes qui ? Fit Jade.

-Je suis le Prince Stanislas, et je suis ici car mon oncle, qui est mort dans cette pièce il y a peu, m’avait désigné.

-Et vous avez quel âge ?

-Douze ans.

-Sérieux ?!

-Mais bien sûr que non ! Quelle cruche ! J’ai vingt ans dans deux jours.

-Bon je note, prince Stanislas… Envoie une armée à Wyrim…

-Non j’en envoie pas. J’ai dit que j’étais pour, pas que je le ferai. Car j’ai une requête en échange.

-Je m’attends au pire.

-La fille démone, là. Celle que l’on nomme Anadrys l’assoiffée de sang, devra répondre favorablement à mon invitation à dîner chez moi, dans mon château.

-P… Pourquoi donc ?

-Une affaire de famille. Ils veulent me marier contre mon gré, mais devront renoncer si je leur ramène une fiancée. Elle aura qu’à faire semblant, et je dirai à ma famille que ça s’est mal passé ensuite… Bon alors, votre réponse ?

-J’ai rien contre, mais elle acceptera jamais.

-C’est bien pour ça que je vous demande d’intervenir.

-J’ai aucune autorité sur elle. Nul n’en a, d’ailleurs.

-Elle ne reçoit d’ordre de personne ? Fit-il surpris. Intéressant… »

Il fit un sourire conquérant.

« J’ai posé mes conditions et n’y reviendrai pas.

-Bon, je vais voir ce qu’on peut faire, Prince Stanislas… Soupira Stellios Lugentes.

-Merci bien. »

Il sourit triomphalement. Jade chuchota à l’archer :

« Je peux pas blairer son sourire, à lui.

-Mais c’est un prince, calme-toi deux secondes, tu l’égorgeras quand on aura gagné. 

-Anadrys l’aura fait avant de toute façon.

-Pas faux… »

Ils continuèrent la réunion. Le Seigneur-Croc était au centre de tout les débats. Le maître assassin et l’empereur Otrajyd ne cessait de dire que le guerrier noir devait faire ceci ou cela, alors que Stellios Lugentes rappelait en vain que le Seigneur-Croc était un allié et non pas un soldat, et qu’il n’était pas à ses ordres. Il soupira, c’était inutile. La réunion se finit assez vite et il s’empressa de sortir.

 

                Anadrys était à la salle commune, à marmonner en sirotant une boisson avec une paille en fixant la table. Stellios Lugentes s’assit devant elle.

« Je dois te parler, écoute je… »

La mi-démone lui jeta un regard assassin, empoigna sa hallebarde et la projeta vers l’archer, le frôla, et l’envoyant se planter dans une colonne de pierre.

« Dégage ou je te découpe. 

-… Pas grave, ça peut attendre… »

Il se leva, et le prince Stanislas lui prit sa place immédiatement. Il fit un sourire charmeur à Anadrys, qui lui répondit un regard las.

« Je t’ai manqué ? Dit-il.

-C’est ton absence qui me manque déjà.

-Tu ne m’agresses pas à grand coup d’hallebarde, j’en déduis que je suis le bienvenu ?

-Non, c’est juste que mon arme est à l’autre bout de la pièce.

-Quelle chance j’ai là.

-Il faut vraiment que je m’énerve ?

-Tu es mignonne quand tu es en colère, alors ça ne me dérange pas. »

Elle dégaina un poignard, Stan sortit un bâton et dégaina la lame.

« Mais je préfèrerai quand même te voir sourire.

-J’ai arrêté.

-Jade t’a parlé de mon invitation ?

-Non, c’est quoi cette histoire ?

-Mmh, je la laisse faire. »

Il voulut se lever. Anadrys planta son poignard sur la table et posa sa main sur l’épaule du prince pour le forcer à se rassoir.

« Tu restes avec moi, et tu ne partiras que lorsque je l’aurai décidé. »

Il fit une mine gêné.

« Waaa, tu vas trop vite Anadrys… Tu sais, c’est la première fois pour moi…

-Arrête de te foutre de moi ou je t’arrache la colonne vertébrale ! C’est pas des menaces en l’air ! »

Le prince rengaina son hallebarde simple et dit :

« J’ai promis à Jade et Stellios Lugentes des troupes si tu viens chez moi pour dîner. Je veux te présenter comme ma future femme, pour éviter de me marier à l’autre greluche. C’est pour faire semblant, je leur dirais qu’on a cassé après. Il faut que tu me rendes ce service.

-Alors là, même pas dans tes rêves ! Pourquoi tu demandes pas à quelqu’un d’autre ?

-Parce que je le veux. Je suis prêt à payer.

-… Putains de nobles. Vous vous croyez tout permis, mais votre argent ne vous permettra pas de tout acheter. Tu ne m’auras jamais, raclure, j’ai mieux à faire de mon temps. Tu ne vaux même pas la peine que je m’intéresse aux histoires glauques et contre-nature de tes confrères consanguins. »

Une poigne de fer la saisit par les cheveux et la plaqua sur la table. Le prince dit :

« Lui, c’est le généralissime Arkadi. Sa famille est au service de la mienne depuis de nombreuses générations. C’est un soldat illustre, et m’insulter ne fait que provoquer son courroux. »

La mi-démone saisit son poignard planté dans la table et l’enfonça dans le poignet de son assaillant. Elle bascula en arrière et saisit son ennemi, le retourna et le plaqua au sol tête la première. Elle pointa son index au-dessus du visage du soldat et canalisa un puissant sort d’ombre.

« Je te donne trente secondes pour me donner une bonne raison de ne pas débarrasser ce monde d’un incapable tel que toi. »

L’homme avait l’air assez mûr. Il portait une barde courte et des moustaches recourbées, noires. Ses yeux étaient bleus, et ne trahissaient aucune peur. Il porta sa main valide au pommeau de son épée.

« Je ne ferai pas ça, si j’étais toi. »

La lame de la double hallebarde du prince se posa contre sa gorge. Elle ne cilla pas.

« C’est le maître qui défend le serviteur ? C’est ça, l’illustre soldat ? J’imagine les précédents. »

Le guerrier disparut, comme fondant en brouillard. Anadrys était par terre, à menacer le vide. Au-dessus d’elle, le généralissime.

« Tu t’es fait piégée par mon illusion. Prince, donnez-moi l’autorisation de porter le coup de grâce à cette roturière.

-Tu t’en crois capable, minable ? »

Le prince soupira.

« Arrêtez, tout les deux, vous êtes dans un endroit public.

-Bien, mon prince. Fit le soldat.

-T’as aucune ordre à me donner,  face de pet ! Répond la mi-démone. J’vais vraiment te tuer !

-Et pourquoi tu le fais pas ? Demanda Stan.

-Parce que… »

Elle prit à revers sa hallebarde dans la colonne et lui donna un grand coup de manche. Le généralissime fit :

« Prince !

-Laissez-la faire. »

Elle lui donna un autre coup et partit.

« Trouvez un moyen de la faire céder à mon invitation.

-Vous saignez !

-C’est trois fois rien. Juste l’agression d’une mégère. »

La hallebarde fondit à travers la pièce et se planta à coté de sa tête.

« Vous avez faillit mourir ! Fit le généralissime dépassé.

-Si elle avait voulu me tuer, elle l’aurait fait. Il y a du bon en elle, quelque part dans ces ténèbres. Un peu de bonté pour beaucoup de ténèbres. Mais il n’en faut pas plus. Des ténèbres aveugles ne peuvent engendrer que la destruction et la violence… Mais dirigées par un peu de lumière, cela suffit à servir la justice. Il faut lui ouvrir les yeux.

-Elle veut sa vengeance à tout prix. Promettez-lui de l’aider, elle cédera. J’en suis certain.

-Ca m’étonnerait, comment je pourrais l’aider ?

-La magie noire, prince, peut donner bien de la puissance à qui le veut vraiment.

-La magie noire ? Vous pensez à…

-Oui. Une relique du Seigneur-Croc. Le tome d’outre-chaos. Vous pourriez le récupérer.

-Oui, enfin, qui sait où il se trouve ?

-Moi, je le sais. Dans un lieu méconnu de tous. Là où le Seigneur-Croc l’a caché.

-Vous m’en voyez ravi. Allez le chercher, je vous attends !

-Il se trouve en Koljeizer, je serai donc de retour d’ici quatre jours. »

Il fit un salut militaire.

« J’y vais. »

 

                Stellios Lugentes était sur la plus haute tour, assoupi entre les créneaux. Il faisait un rêve agréable. Il souriait. Il se tourna vers l’extérieur des remparts et bascula, il se réveilla.

« Gné ? »

Jade le retint par le col et le ramena.

« T’as frôlé la grosse bosse.

-Ouah… Je me suis fais peur. Merci Jade. »

Il la prit dans ses bras.

« T’es toujours là quand il le faut…

-Oui, oui, lâche-moi. J’ai pas envie qu’on me voit comme ça.

-Qui peut nous voir ? »

Il la lâcha d’un coup.

« Attend… Je sens un danger.

-Pardon ?

-Je sens… La marque de Chronos. Mais c’est flou. L’ennemi doit être éloigné. »

Jade dégaina.

« Quelle direction ?

-Le Sud. »

La guerrière prit soudain une balle dans l’épaule. Elle tomba à la renverse.

« La vache quelle puissance !! Ca a faillit m’arracher le bras ! »

L’archer se mit à couvert et compta. Le tir résonna.

« Le son arrive bien après la balle… Il doit être très loin. Mais vraiment ! »

Il jeta un coup d’œil, une balle le frôla. Il sortit de sa cachette et observa la zone.

« Qu’est-ce que tu fais ?! Fit Jade. A couvert !

-Vu la force du tir, il doit avoir un fusil très puissant, j’ai donc quelques secondes avant qu’il ne recharge ! »

Il encaissa un tir dans les côtes. Il tomba.

« Je l’ai vu. J’ai vu la source du tir. Il est à l’horizon ! Je crois bien… Qu’il est à plus de cinq kilomètres !

-Impossible, il faudrait trop de temps à une balle pour nous atteindre avec précision.

-Ses balles sont spéciales, elles sont très rapides, et donc très puissantes. Tu penses à ce que je pense ?

-Une boîte de chocolat ?

-M… Mais espèce de dalleuse ! Je pense à la techmaturgie. Je vois que ça. »

Il se leva et tira une flèche, puis se remit à couvert.

« Ca sert à rien d’essayer de le bluffer. Fit La guerrière.

-Du bluff ? Qui bluff ? »

Il regarda à nouveau entre les créneaux.

« Je l’ai touché… Mais il s’est protégé avec son arme. Qu’est-ce que c’est que ce fusil ?

-Tu l’as touché ?

-Evidement, quelle question. »

Une balle le frôla, il riposta en tirant une rafale de flèche. Sa cible dû esquiver.

« Je suis en train de l’acculé ! Hurla-t-il pour couvrir le bruit des flèches stellaires. Il n’aura bientôt plus d’échappatoire ! »

Il se mit un instant à couvert, accumula de la puissance, et se releva.

« Solaris Cadden ! Le Soleil déchu !! »

Son projectile partit en faisant une onde de choc, fusant comme un météor, et toucha sa cible avec succès, provoquant une explosion.

« Je l’ai eu ! »

La fumée se dissipa. Le sniper ennemi s’était protégé avec son arme, et n’avait pas subit de blessures mortelles. Il s’enfuit.

« Quoi ?! Rah ! Il s’est échappé.

-En tout cas, il y a un tireur d’élite de très haut niveau en face. Et ca, c’est pas une bonne nouvelle.

-Moi j’ai une autre question. Pourquoi il nous a attaqué, maintenant ? Maintenant on sait que y’a un tireur d’élite chez Chronos. S’il a attaqué maintenant, c’est qu’il fallait tuer au plus vite. C’était moi sa cible, sinon il serait partit en comprenant que tu ne serais plus à découvert. Pourquoi fallait-il me tuer, maintenant, le plus vite possible ? Je vais demander aux autres… Informe l’empereur qu’on s’est fait attaqué. »

 

                « Un sniper ? Fit Stanislas, incrédule.

-Ben oui, j’invente pas. Répliqua Jade.

-Mais si Chronos maitrise la techmaturgie, il s’est allié à l’autre cité technologique ! Ca parait tellement improbable… Et il t’a touché à l’épaule ?

-Non, j’me suis fait ça en coupant un bout de fromage.

-Sérieusement ?

-Mais bien sûr que non ! Evidement que c’est une balle.

-C’est pas joli à voir. Ca doit faire mal.

-Mais non, c’est rien. Bon, tu fais tourner l’info, s’il te plait. Moi j’y vais.

-Tu gémis même pas. Une vraie femme, aussi.

-… Oui mais moi je suis prise, alors évite de me tourner autour.

-T’inquiète, tu m’intéresses pas. Pas de corne, pas d’ailes, pas de griffe, de tatouage. Banale à en crever.

-Qu-qu-quoi ?! Je vais t’couper en deux !

-Et déjà un recours à la violence. T’es pas mon type. »

Il tourna les talons en faisait s’envoler sa mèche de cheveux. Jade le saisit par l’épaule.

« N’imagine pas pouvoir t’en tirer si facilement. Je veux voir tes yeux se remplir de peur !

-Désolé, je n’en ai qu’un à t’offrir.

-C’est vrai, ça, pourquoi tu caches le deuxième ? »

Elle voulut soulever la mèche, mais le prince dégaina un bâton et fit sortir la lame, et la repoussa. Il dégaina l’autre.

« Les monarques ont leurs petits secrets. »

Il assembla sa double hallebarde et fit un moulinet.

« Et je défendrai les miens à la force des armes. »

Un poigne de fer le saisit soudain par derrière et l’immobilisa, puis souleva la mèche. Anadrys. Le prince ferma l’œil.

« Eh ben ? Ouvre les yeux, pour voir.

-Joli jeu de mot. Généralissime ! A l’aide ! »

Rien ne se passa.

« Ah c’est  vrai, il est parti… Va falloir me débrouiller seul.

-N’imagine pas pouvoir te soustraire à mon étreinte aussi facilement.

-J’ai longtemps voulu que tu me dises ça, mais finalement c’est pas si agréable. »

Il cacha son œil droit avec la lame de sa hallebarde. Anadrys encaissa comme un choc psychique qui la fit lâche prise. Il planta son arme dans le sol pour s’en servir d’appuie et esquiva un coup de poing de Jade. Propulsé vers le mur, il courut dessus avec agilité, bondit et trancha la Main du Destin à la verticale. Il ne la blessa pas, il ne fit que couper les vêtements. Jade se retrouva donc torse nu en plein couloir.

« Kyaa ! »

Elle bloqua ses habits en lambeaux contre sa poitrine pour la cacher. Le prince fractionna son arme, dévia d’un bout la lance d’Anadrys, et de l’autre la blessa au niveau des cotes. Il réassembla sa double hallebarde, la planta dans le sol pour bondir en arrière et frappa d’un coup de pied l’épaule de Jade, en plein sur sa blessure. Il fit un tourbillon aérien et toucha les deux filles au visage, ce qui les fit reculer. Il atterrit, bondit immédiatement vers Anadrys. Il dévia son arme de la sienne et lui donna un coup de boule qui la fit basculer en arrière. Un canon se posa contre sa tempe. Jade tenait sa chemise d’une main et son blaster de l’autre. Anadrys invoqua un sort qu’elle dirigea vers le prince. Il était prit entre les deux filles.

« Ah, tant pis. Je me suis bien défendu face à ces deux mégères.

-M’oblige pas à tirer. Fit Jade.

-Vas-y ! Fais-le ! Toi et ton abrutie de copine. »

Les deux filles tirèrent. Il se baissa, et les filles firent un feu croisé. Les deux esquivèrent tant bien que mal. Le prince se releva.

« Je crois que vous me sous-estimez un peu. Je suis toujours prêt à me battre, c’est ma vie qui m’y oblige. Vous vous croyez fort ? Je retournerai cette force contre vous. Je me suis toujours battu face à des adversaires immensément plus puissant que moi. Je n’abandonne jamais, et je vous ferai mordre la poussière, une par une ou en vous montant l’une contre l’autre. Vous réalisez que, même si je n’ai pas pu vous blesser vraiment, j’ai mit à terre en même temps Jade, la Main du Destin, ainsi qu’Anadrys l’assoiffée de sang ? »

Jade grogna. Anadrys demeura muette.

« Je sais que vous n’avez pas tout donné. Dit-il. Anadrys n’a pas utilisé ses ailes, Jade n’a pas utilisé ses grenades. D’ailleurs, ta blessure par balle, ça va ?

-Ma santé ne te regarde pas ! »

La fille du Seigneur-Croc jura et partit, vexée. Anadrys se releva, et regarda Stanislas avec une certaine considération dans les yeux. Du respect, de l’estime.

« Et y’a quoi sous ta mèche ?

-Ma botte secrète. Je te la révélerai si tu réponds favorablement à mon invitation.

-Il en faudra plus pour me convaincre. Ce combat a plus joué que tes promesses creuses. »

 

 

Les salles de diamants

 

                Le Seigneur-Croc abattit un mur en obsidienne d’un coup d’épée.

« C’est vraiment solide, cette saleté. »

Netal passa à coté de lui, suivi d’Ixel et d’Akyssen.

« Il faut avancer.

-C’est par là. Répondit le Borgne. Je vais vous guider. »

Ils continuèrent dans le dédale de pierre volcanique et s’arrêtèrent devant une porte.

« Derrière cette porte se trouve les créatures des Limbes d’Obsidienne. Il n’y a rien ici que nous puissions craindre, à nous quatre, mais ces salles souterraines sont remplie de mystère qui peuvent nous surprendre. N’oubliez pas que vous n’êtes pas les bienvenus. Je ne défendais pas ces salles, je protégeais ceux qui voulaient y pénétrer.

-Ouvre cette porte ! Ordonna Netal.

-… Bien. Entrons dans l’obscurité. »

Il poussa les portes d’obsidienne. Des créatures immondes, grouillantes et géantes, leur sautèrent dessus. Des araignées géantes, des limaces à pattes, des rampants, des créatures écœurantes. Le Seigneur-Croc balança son arme dans un mouvement latéral qui fit exploser les insectes surdimensionnés.

« Beurk… »

Ils continuèrent d’avancer dans la masse d’ennemis hostiles grouillants.

« Où est notre objectif ? Demanda Netal en hurla pour couvrir les bruits du combat.

-Sous nos pieds ! Et ces créatures ne meurent pas, elles réapparaissent ! Bonne chance pour creuser ! Et pas trop fort, les créatures d’en dessous sont bien plus terrifiantes encore.

-Plus terrifiants qu’une araignée géante ? Fit le Seigneur-Croc, brr ! J’en tremble d’avance ! Une chenille encore plus grosse ? Des poissons ? Des saumons carnivores ?

-Ne ris pas ! C’est vraiment dangereux !

-Foutaises !! »

Il frappa le sol de toutes ses forces, et une grande fissure apparut.

« C’est résistant. Je m’occuper de creuser, défendez-vous !

-On te couvre.

-J’ai pas besoin d’être couvert. »

Il fit un tourbillon pour anéantir les ennemis proches, et dirigea sa lame vers le sol avec l’énergie de la rotation. La fissure grandit. Un hurlement sinistre retentit. Les insectes fuirent.

« Eh ben ? »

Un coup retentit par en-dessous.

« Il cherche à monter ! Dit Ixel.

-Il ?

-Le truc sous nos pieds ! »

Un monstre noir géant jaillit du sol. Une sorte de verre trapu géant, armé de tentacule, crachant des gaz nocifs. Akyssen bondit vers sa gueule et fut gobé.

« Il est dingue ! Fit le Seigneur-Croc.

-On parle d’Akyssen. Répondit Netal. Inutile de s‘inquiéter pour lui. »

Une voix retentit de l’intérieur de l’insecte.

« Frappe volcanique ! »

Le verre cracha de la lave qui le brûlait. Il agonisa en se dandinant, et s’effondra lourdement. Les autres insectes revinrent pour le dévorer. Akyssen s’extirpa de la chair molle et brûlée de la bête monstrueuse. Il dit :

« Déjà ? Je m’attendais à mieux, de la part des salles de Diamants. Désolé de vous avoir inquiéter pour ce menu fretin. »

Il sauta dans le trou, ses compagnons le suivirent. Ils arrivèrent sur un sol de diamant, des murs de diamants, qui reflétaient la lumière des flammes à travers tout l’étage. Des hurlements retentirent.

« On est repéré. Préparez-vous au combat. »

Des vers semblables au précédent arrivèrent, mais en surnombre. Ils grouillaient. Mais des grouillants de plusieurs dizaines de mètres de long restaient terrifiants. Ils étaient des légions. Akyssen frappa le sol.

« Terre de feu !! »

De la lave jaillit autour de lui, tenant les insectes à distances.

« Ils ont peur du feu. Quelqu’un à une idée pour exploiter ça ?

-Moi j’en ai une. Dit Ixel. Il va me falloir du pétrole. En quantité.  On est en sous-sol, on va bien en trouver, non ? »

Akyssen envoya sa hache dans le plafond, qui céda, et qui fit jaillir du pétrole. Ixel alla frappa le jet du plat de la lame, et aspergea un insecte avec efficacité. Puis il laissa le pétrole se répandre au sol.

« Là-bas ! Au fond ! »

Il désigna, à l’autre bout du couloir immense, un jet de pétrole gigantesque.

« Bien compris ! Fit le Seigneur-Croc. Je m’en occupe. »

Il repoussa les insectes et alla jusqu’au puits, et jeta le pétrole dans la direction de ses alliés. Les flaques de pétroles se dispersèrent.

« Maintenant !! »

Akyssen envoya de la lave sur l’insecte imprégné de pétrole. Il fut prit de panique et zigzagua, fou furieux, enflammant les flaques et ses compères. Les flammes touchèrent les coulées de pétroles du puits principal, qui prit feu et ramena les flammes à la source.

« A terre ! »

Les flammes ravagèrent la zone en une explosion brûlante. Tous les insectes furent exterminés comme de la vermine. Le plafond s’effondra en partie, les guerriers se relevèrent.

« Seigneur-Croc ? Fit Netal. C’est vous qui étiez prêt de l’explosion, ça va ? »

Une petite voix lui répondit.

« Où êtes-vous ? Eh oh ?

-Je suis coincé en dessous… 

-Ca alors, au loin, votre femme est en danger ! »

L’empereur dégagea violement les débris.

« Quoi ?!?

-Non, je plaisantais, j’avais juste la flemme de retirer les gravas moi-même.

-T’es vraiment imbuvable, Netal…

-Je sais. »

Le guerrier noir prit son arme et la rangea dans son fourreau.

« Continuons à avancer. »

 

 

                Le livre tomba lourdement à plat sur la table. Anadrys plissa les yeux.

« C’est ça ?

-Oui.

-Effectivement, son aura est maléfique. »

Elle voulut le prendre, mais le prince Stanislas s’en empara avant.

« Hep hep hep ! Seulement si tu réponds favorablement à mon invitation.

-Le tome d’outre-chaos… Est bien plus important que tes stupidités familiales. »

Le prince se tourna vers le généralissime.

« Bon, remettez ça où vous l’avez trouvé, l’accord n’a pas abouti.

-Eh ! Fit Anadrys en se levant. Cette arme est d’ores et déjà ma propriété.

-Tu as deux choix. Repartir avec le tome et aller chez moi, ou repartir sans le tome… Mais tu n’iras pas chez moi.

-Il reste une solution. Prendre ce tome et te tuer avec !

-Je savais que tu dirais ça. Mais ce n’est pas le tome d’Outre-Chaos. »

Il ouvrit le livre.

« Seule une page provient du tome. Moi seul sait où est le reste. Ta perception des auras maléfiques ne suffira pas à le retrouver.

-Grrr… »

Elle tapa du poing sur la table.

« Très bien, je marche. Mais cette page, je la veux maintenant ! 

-Marché conclu. »

Elle prit la page et la lut. Elle sentait l’énergie noire affluer en elle.

« Très impressionnant.

-Tu es prédisposée. Si quelqu’un qui n’est pas prédisposée à la magie noire le lit, il n’obtiendra qu’une fraction de ce pouvoir. Toi, tu peux tout obtenir. »

Il s’approcha d’elle.

« On te donnera tes vêtements adaptés, qui n’entrave pas tes atouts de démon. Ca serait dommage de les masquer, ça te donne tant de charme.

-Inutile d’essayer de me flatter !

-Bof, ton charme n’est rien comparé à ta puissance de feu et ton aptitude à tout détruire ,que ce soit à l’arme blanche ou à la magie noire. »

Anadrys rougit légèrement, puis secoua la tête.

« Rah ! Allons-y, Stanislas, je n’ai pas besoin de me préparer.

-Tu m’as appelé par mon prénom. Notre relation avance. 

-Continue de te faire des films… »

 

 

                Le prince Stanislas et Anadrys arrivèrent à un manoir assez grand, dans l’Est de Koljeizer. Le prince avait fait le voyager dans un carrosse richement décoré, avec trois gardes, le généralissime, et un musicien pour passer le temps. Anadrys, elle, avait préféré marcher ou voler. Malgré les effort de Stanislas pour engager la conversation, il n’arrivait à rien à cause des réponses sommaires et brève de la mi-démone. Désormais arrivés, ils s’alignèrent devant l’entrée et attendirent. Au bout d’un moment, Anadrys dit :

« Bon, on attend quoi là ?

-Que mes parents viennent nous accueillirent. Et redresse ta coiffure !

-Mes cheveux sont très bien ! Fit-elle vexée.

-Et relève ton décolleté, ma mère va piquer une gueulante si tu t’exposes ainsi.

-Je ne m’expose pas !

-T’as pensé à aiguiser tes cornes ?

-Aiguiser mes cornes ? Mais ça va pas ! C’est pas des objets, c’est une partie de moi !

-Et tu… »

Elle fit la grimace. Soudain, la grande porte s’ouvrit, et des trompettes résonnèrent. Une grande femme s’avança vers eux.

« Humpf. Fit-elle. Une démone ? Tu ramènes toujours des bizarreries. Va voir ton père, et vite.

-Mais, mère, permettez-moi d’abord de vous présenter Anadrys, la fille avec qui je veux partager ma vie.

-Ridicule. Je me doute que ce n’est qu’un manège. Tu seras marié à celle que j’ai choisi et tu iras sur le trône de Koljeizer !

-Je…

-Silence ! »

Stanislas baissa la tête. Anadrys frappa le sol avec le manche de sa lance.

« Je suis bel et bien sa petite amie. Renoncez à vos projets.

-Si c’est le cas… Embrassez-vous.

-Devant vous ? Fit le fils, c’est un peu gênant.

-Faites-le. »

Le prince soupira. Encore une défaite. Mais la démone le  saisit par les épaules et l’embrassa férocement, puis le lâcha.

« Vous êtes satisfaite ?

-Je… Je… Comment osez-vous toucher mon fils devant moi !

-C’est vous qui avez demandé. Vous, les bourgeois pseudo-noble, vous ne savez jamais ce que vous voulez.

-Comment peux-tu oser insulter une famille aussi influente que la nôtre ?!

-Influente ? Connerie. Vous ne faites que foutre le bordel où vous passer, pensant que votre argent vous donne tout les droits. Je suis la dernière survivante de la crise d’Ifaq ! Je sais de quoi je parle. Et qui a provoqué cette guerre civile ? Ces nobles qui voulaient mettre la main sur la ville. Lorsqu’on regarde l’effet domino qui a provoqué ça, on ne voit qu’un seul facteur digne de cruauté et de malveillance : Ceux qui ont voulu s’imposer sur la ville, et le peuple s’est rebellé contre eux. Vous n’êtes pas influents, vous êtes friqués, rien d’autre. Et ça ne suffit pas.

-La légendaire crise d’Ifaq… J’ignorai qu’il y avait des survivants.

-Il y en avait deux. Moi et mon frère. Celui-ci fut tué par Chronos.

-Tu as dis que tu t’appelais Anadrys… J’avais déjà entendu ce nom. Anadrys, le lieutenant de Netal !

-En effet. Il m’a jeté dès que je n’étais plus utile. Mais je n’ai pas renoncé à ma vengeance, Chronos tombera. »

Elle allait dire que le Seigneur-Croc aussi, mais se retint. Elle détenait là une information cruciale pour cette famille qui voulait le trône de Koljeizer. Autant se taire et garder cela pour le moment opportun.

« Je refuse de marier mon fils à toi ! Fit la mère.

-Je n’ai jamais fait le mal. Netal s’est dressé contre Chronos. Avec sa haine, sa rancœur, sa noirceur. C’est vrai. Mais vous, qu’avez-vous fait alors que le monde court à sa perte ? Vous restez à vous battre pour la couronne. De toute façon, vous ne l’aurez jamais.

-Et pourquoi ça ?

-Ah ah ah… Ca, je ne vous le dirai pas. »

La mère grimaça, puis partit en disant :

« Stanislas, rejoins-nous dans une demi-heure, je dois parler à ton père. »

Les portes se refermèrent. Le prince regarda Anadrys avec un air ahuri.

« Tu m’as embrassé…

-J’ai pas mis la langue. Je veux juste faire du tord à ta mère. Tout en elle me révulse, tu m’en excuseras.

-Je comprends, oui.

-… Tu n’es pas au courant que… Un certain héros du passé est revenu, et a bouleversé la destinée du monde ?

-Quoi ? Akyssen ?

-Elles datent un peu, tes infos… »

Elle fit un rictus démoniaque.

« Je vous tiens dans le creux de ma main…

-De quoi ?

-Non rien, je complotais à voix haute. »

Un carrosse arriva à près eux, avec tout une garde. Une jeune femme en sortit, avec uen grande robe blanche et une longue chevelure blonde.

« T’es qui ? Lui jeta Anadrys sans la moindre once de politesse.

-C’est ma fiancé. Lui répondit Stanislas. Catherine.

-Ce nom me dit quelque chose…

-C’est la grande sœur de Katrine.

-… Le monde est petit. »

Elle s’approcha de son fiancé.

« Mon tendre Stanislas. Merci de me recevoir.

-Je suis pas là pour toi. Cette fille-démon est celle que j’aime.

-Je n’ai pas plus que toi souhaité cette union, mais il faudra que tu t’y fasses.

-Plutôt mourir. Eh Anadrys. »

Celle-ci s’était éloigné.

« Tu fais quoi ?

-Chut ! Je téléphone.

-Tu… Quoi ? 

-Technologie, t’occupe. »

Elle reprit. Le prince soupira. Sa mère revint les chercher.

« Nous allons passer à table, nous aurons tout le loisir de discuter. Entrez. Vous aussi, Catherine. »

 

 

                Anadrys arracha un morceau de pain d’un coup sec, planta son couteau dans sa viande pour la découper sauvagement tout en dévorant sa première prise.

« Eh ouais, je sais pas me tenir à table. »

Les autres la regardaient, sidérés. Elle dit à la mère :

« J’ai appelé quelqu’un, on aura bientôt de la visite. J’ai hâte. Mais en attenant, que ferez-vous du trône lorsque le monde sera détruit ?

-La possibilité de la fin du monde ne doit pas nous pousser à nous laisser aller. Nous ne pouvons nous battre contre Chronos, mais lorsque la paix reviendra, si elle revient, il faut pouvoir l’accueillir.  C’est pourquoi Stanislas montera sur le trône ! »

Anadrys approuva le raisonnement d’un hochement de tête.

« Pas faux. Mais votre Stan, là, il veut pas monter sur le trône.

-Je ne lui demande pas son avis !

-D’accord. Donc il ne peut choisir ni sa femme, ni son avenir. Je sais que Koljeizer a toujours était un pays où la liberté était réduite, mais là… C’est de la programmation. Vous avez aussi prévu à l’avance quand il aura un gosse et s’il aura un garçon où une fille ?

-Ce sera un garçon, et il devrait l’avoir neuf mois après son mariage. Un sort nous a permis de choisir son sexe et d’obtenir une fertilité parfaite chez sa femme.

-Les riches n’ont pas d’enfants, ils ont des héritiers… Vous me coupez l’appétit. »

Elle avala néanmoins un morceau de viande saignant.

« Vous aimez votre fils ?

-Vous osez poser la question ?

-Bien sûr. Et prenez le temps de réfléchir à votre réponse. C’est la chair de votre chair, l’objet de votre amour ? Ou juste un investissement à long terme ?

-Espèce de harpie !

-… Ouah. Venant d’une femme qui sacrifie son fils à des fins politiques… »

Un grand homme entrant. Assez âgé, avec une barbe recourbée soigneusement. Un regard droit et fin, des vêtements raffinés. Le père de Stanislas.

« Bien sûr que nous aimons notre fils. C’est pourquoi nous lui souhaitons le meilleur. Nous lui offrons le trône de Koljeizer ! Que peut-il désirer de plus ?

-J’sais pas, la liberté ? Une prison dorée reste une prison malgré tout. Regardez-moi. Je suis une vagabonde. Une héroïne aux yeux de certains, une criminelle de guerre aux yeux d’autres. Je suis une survivante. Et ma tête à couper que votre fils échangerait sa vie monotone et triste pour vivre comme moi, dehors, libre comme l’air.

-Tu…

-Demandons à l’intéressé. »

Tous les regards se tournèrent vers Stanislas.

« Euh… Fit-il intimidé. Je suis très heureux comme je suis ! Ne changez rien ! »

Ses parents prirent un air victorieux.

« Je connais pas vos noms. »

Grosse rupture.

« Je vous demande pardon ? Fit le père.

-Vous faites bien, de demander pardon. Les nobles ont oublié la politesse ? Vous ne vous êtes pas présenté. Vous manquez à tous vos devoirs. »

Stanislas était effondré. Loin de leur faire bonne impression, Anadrys était en guerre ouverte avec ses parents. Le père dit :

« Je répond au nom de Vladimir, baron de Gertaiosu…

-Qui a donné à cette ville un nom pareil ?!

-… Et voici ma femme, Nathalia.

-Moi, je me suis déjà présenté. »

Elle se tourna vers Catherine.

« Et vous ? Je ne connais que votre nom.

-Je suis la fille du baron de Klasor. »

Anadrys se rappela de la carte du pays.

 

« Je vois. Et votre alliance vous garanti le trône ?

-En résumé, oui. »

Elle se leva.

« Je dois me retirer, veuillez m’excuser. Stany, viens. »

Il la suivit. Ses parents se regardèrent, dépassés par cette démone aux manières venues d’ailleurs. Le père dit à Catherine :

« Je suis vraiment confus pour le comportement de mon fille et notamment de son amie. Je vous assure que votre union aura bien lieu.

-… Très bien… »

 

                Anadrys croisa les bras, et dit :

« Dis-moi franchement, tu veux être roi, ou empereur de Koljeizer ? Ou non ?

-Je t’ai déjà dit que non. Je suis un aventurier.

-Et tu ne veux pas cette Catherine ? Tu préfères… Moi ?

-C’est une question piège ? »

Anadrys hocha la tête.

« Je vois. Et si, par le biais d’un miracle inexpliqué, je t’arrache toute possibilité d’avoir le trône, tu m’en veux ou tu m’en seras reconnaissant ?

-… Je t’en serai reconnaissant. Je ne veux pas du trône. Mais si tu pouvais arrêter de te comporter comme… »

Elle prit son téléphone et dit :

« Allez-y. »

 

                Anadrys revint à la salle avec le prince, vaincu par le désespoir, qui lui dit :

« J’en ai maaaaarre… Qu’est-ce que tu vas encore faire pour m’humilier ? »

La démone s’adressa à dame Nathalia :

« Quelle politique adopteriez-vous, si vous avez le trône ? Plutôt comme le Seigneur-Croc ?

-Certainement pas. Ce barbare n’avait rien à faire à la tête du pays !

-Moi aussi, je le haïs, mais vous vous en doutez. Le problème, c’est que moi j’ai une raison valable.

-Ce n’était qu’un mécréant qui ignorait les familles puissantes de son pays et les a réduit à néant !

-Personne n’avait besoin de vous. Et c’est toujours le cas. Il avait raison sur ça.

-Il avait tord ! Il était haïssable ! »

Une poigne de fer la saisit par les cheveux et la tira en arrière.

« Alors comme ça, vous ne m’aimez pas ? Ca tombe bien, moi non plus je ne vous aime pas. La nature a bien fait les choses. »

C’était lui. Le Seigneur-Croc. La légende.

« Vous… Vous… Vous êtes mort ! Vous êtes un imposteur !!

-Pardon ? On me l’avait encore jamais faite, celle-là !

-Prouvez que vous êtes le vrai, et lâchez-moi !!

-Mais comment voulez-vous que je prouve que je suis moi ? C’est débile. »

Il se retourna, dégaina son arme surdimensionnée et faucha les gardes qui lui convergeaient dessus, repeignant les murs alentours dans les tons écarlates, puis ressaisit les cheveux de la mère de Stanislas.

« C’est moi, le Seigneur-Croc, qui vais désigner mon successeur, est il est tout trouvé : Ma fille Améthyste que voici ! »

Elle était en effet là, à trifouiller dans son bras droit qui faisait des étincelles.

« Y’a un problème, je suis à vous dans une seconde. »

Le Seigneur-Croc prit la couronne de Stanislas et la posa sur la tête de sa fille.

« Longue vie à l’impératrice Améthyste.

-Mmh ? Fit l’intéressée.

-Rien d’important, oublie. »

Le baron Vladimir s’insurgea.

« C’est une honte ! Koljeizer n’est plus votre pays ! »

Le Seigneur-Croc planta son arme à coté de la tête de l’homme.

« Vraiment ? Dans ce cas, je vais juste le reconquérir, dans le sang des vaincus et les larmes des perdants. Vous voulez vraiment en arriver là ? »

Il reprit son arme.

« Stanislas ne sera pas empereur de Koljeizer. Il va falloir vous y faire. »

 Le prince lui dit :

« Seigneur ! Je vous suis obligé. Merci d’avoir pris ma défense et de…

-Qu’est-ce qu’il me bave, le prince en solde ? Je l’ai fait pour ma fille et surtout pour mon pays, car t’en confier la direction, c’est le condamner. Je n’ai que faire d’un incapable. Disparais, avant que je te tue moi-même. »

Stanislas recula, terrifié, et tomba. Le guerrier s’approcha de lui et se baissa. Le prince ferma les yeux, attendant son heure. Mais le Seigneur-Croc ne fit que ramasser une dague incrusté de joyaux que Stanislas avait laissé tomber. Il se redressa et la tendit à sa fille.

« Cette dague symbolise l’allégeance de cette famille à l’empereur ou l’impératrice.

-Ouais ouais… »

Elle appuya sur un point du circuit, et son bras de tendit d’un coup, frappant un vase ancien et le brisant.

« Oups. 

-Ce vase avait plus de valeur que ma propre vie ! Cria Vladimir.

-Je savais que tu valais rien. Lui répliqua le Seigneur-Croc. T’es juste bon à mourir sur la pointe de ma lame. C’est là la place de tout ceux qui servent le mal.

-Le… Le mal ?! Mais je ne souhaite que la prospérité du pays !

-Vos agissements ne sont qu’égoïsme et soif de pouvoir. Vous condamnez votre propre fils à une existence dont il ne veut pas, vous provoquer des conflits, des guerres, des mariages arrangés, qu’apportez-vous de bon au monde ?

-Ma famille…

-La barbe avec ta famille ! T’en a pas ! Tu as une femme que t’as pas choisi, un fils qui t’aime pas, mais tu te berces d’illusions. Regarde la réalité en face ! Stanislas ! »

Le désigné trembla.

« O-o-oui ?

-Répond-moi franchement. Es-tu heureux ?

-… Non. »

Le Seigneur-Croc se tourna à nouveau vers Vladimir.

« Vous croyez faire le bien, mais vous faites l’inverse, ce qui fait de vous la forme la plus aliéné du mal ! C’est pourquoi les gens comme vous finissent toujours  six pieds sous terre quand je les croise. Vous êtes la souillure de ce monde. Et vous ne le remarquez même pas. Vous êtes la peste immarcescible. Vos voies sont le fléau de ce monde. Et vous allez périr pour cela.

-Vous pouvez me tuer, mais ne faites pas de mal à ma famille. Je vous en supplie. »

Le guerrier fut violement désarçonné.

« … Ah… Je ne m’attendais pas à ça venant de vous. »

Il rengaina.

« Je ne compte pas vous faire de mal. J’ai déjà cassé assez de choses, et je vous ai fait assez peur. Si vous devenez moins borné, et que vous êtes capable d’écouter votre fils, peut-être qu’Améthyste reconsidérera votre probable anéantissement. »

La désignée haussa les épaules.

« Je m’en fous pas mal, d’eux. S’ils se tiennent à carreau, je ferai rien. Et s’il décide de me servir correctement, ils seront récompensés en conséquence. Et dans le cas contraire, je fais raser la baraque.

-J’suis fier de toi, fifille ! Change rien t’es parfaite ! »

Le poing d’Améthyste partit d’un coup, propulsé par un réacteur, et donna un uppercut au Seigneur-Croc.

« Papa !

-Aïeuh !

-Désolé, c’est buggué. Faut le réparer.

-C’est rien, t’en fais pas. »

Il ramassa le membre détaché et lui tendit, et sortit.

« Bon, direction Wyrim.

-Tu devais pas retourner aux salles de diamants ?

-Priorité. On a laissé Netal et son équipe en exploration, je les rejoins après. Je peux te laisser là, c’est bon ?

-Ouais, je connais la route. »

Le guerrier partit. Améthyste s’approcha de Stanislas, qui fit trois pas en arrière. Il dit :

« Qu’est-ce que tu vas me faire ? »

Elle s’approche encore et lui chuchota :

« Mon père et moi-même ne te voulons aucun mal. Mais Anadrys nous déteste, elle verrait d’un très mauvais œil qu’on discute amicalement. C’est pour ça qu’il t’a trainé dans la boue impitoyablement. C’était pour t’aider.

-V… Vraiment ?

-Je sais pas quels sont tes projets avec Anadrys. Si ça se trouve, maintenant que t’es plus héritier, tu vas la laisser tomber. Mais ne dit jamais de bien de mon père, elle ne te le pardonnerait jamais. Elle a énormément souffert à cause de lui, bien plus que tout ceux que je connais, et y’a de la concurrence. »

Elle s’éloigna et le fit tomber à terre d’un coup de pied.

« Alors crève comme un chien, personne ne veut plus de toi, pas même tes parents. Tu es seul. »

Et elle partit. Anadrys quitta le coin de la pièce et lui tendit la main pour l’aider à se relever.

« Désolée, je ne fais pas dans la demi-mesure. Tu es satisfait de ton destin maintenant ?

-C’est si… Brutal… Je ne sais plus quoi penser. Je suis perdu. »

La mi-démone se tourna vers les parents.

« Vous devez m’en vouloir, mais il n’y a pas de raison. Au contraire, vous devriez me remercier. Sans moi, le Seigneur-Croc aurait appris qu’on lui avait dérobé le trône, et il l’aurait reprit dans le sang. Ma présence, et mon amitié avec votre fils, l’a poussé à vous épargner et même vous laissé la possibilité de servir sa fille. Autrement, vous seriez mort, ou juste abandonné et livré à vous-même, ayant fait des efforts vains et sacrifié le destin de votre fils. »

Vladimir et Nathalia étaient encore sous le choc. Elle ajouta :

« Il fonctionne ainsi. C’est un bulldozer. Il arrive et il détruit tout, sans exception. Et renait dernière lui un monde meilleur. Et pour ceux qui sont exterminé pendant les manœuvres, ils ne leur restent que les yeux pour pleurer. Comme moi. Alors pleurez si ça vous chante, personne ne vous jettera la pierre. Mais vous pouvez aussi vous relever et vous battre. Pour lui, ou contre lui. Vous êtes libres désormais. Libres de vos devoirs, libres de votre destin. Vous, personne n’est mort. Vous en avez, de la chance… »

Elle les regarda, ils étaient encore paralysés. Elle soupira et quitta la pièce, marchant sur les débris du vase brisé. Elle poussa la porte qui s’effondra. Le prince se ressaisit et se releva.

« A… Attend ! Anadrys ! »

Il partit la rejoindre. Vladimir regarda les dépouilles de ses soldats, son destin brisé, et tourna son regard vers le plafond.

« Qu’ai-je donc fait à l’enfer… Pour mériter cela ? »

Nathalia commença à pleurer de désespoir.

« Je… Je me vengerai. Je jure de me venger de cet homme ! »

 

                Anadrys déploya ses ailes, et s’envola. Stanislas dégaina sa hallebarde, la planta dans le sol et bondit jusqu’à elle. Il lui attrapa une jambe et y resta accrocha.

« Eh ! Je vais perdre l’équilibre !

-Attend ! Je voulais te remercier pour ce que tu as fait ! S’il te plait, redescend !

-Non !

-Steuplait ! J’ai le vertige là… »

Elle soupira avec un sourire et se posa lentement. Le prince était un peu sonné.

« Ca bouge autour de moi…

-Tu tiens très mal l’altitude.

-Je sais. Ecoute, euh… Merci. Merci d’avoir fait tout ça pour moi. Je me doute que ça a dû être dur d’appeler une personne que tu haïs et lui demander de m’aider…

-Je lui ai juste dit ‘Y’a des mecs qui veulent piquer ton trône, bouge-toi.’

-Ah ? Vu comme ça. Mais même, tu as fais bien plus que ce que j’avais demandé. Tu as toute ma reconnaissance.

-Bon, alors dis-moi, y’a quoi sous ta mèche de cheveux ? Quel est le secret de ton œil droit ? T’as promis.

-J’ai promis ça ? Euh… Ca me gêne…

-Aller !

-Bon… »

Il poussa sa mèche de cheveux. Dans son œil, un pentacle inversé était dessiné, accompagné de rune de magie noire. Anadrys écarquilla les yeux.

« Le… Le sceau condamnatoire. Tu as vendu ton âme… Contre une puissante magie noire. Pourquoi ?

-J’étais encore jeune, et je ne réalisais pas vraiment ce que je faisais. Mais bon, je l’ai, et je compte bien m’en servir. Tu es priée de garder cela pour toi.

-Tu es lié aux ténèbres, autant que moi. Et tu veux vraiment me laisser le tome d’Outre-Chaos ? Tout en sachant ce que je compte en faire ?

-J’ai foi en toi. Je sais que tu ne t’en prendras pas à des innocents. Tu ne rejoindras jamais Chronos, qui t’as pris ton frère. Alors, en quoi ta puissance peut-elle représenter un danger ?

-Et tu ne le veux pas pour toi ?

-J’ai bien assez de puissance avec mon œil.

-Très bien. Comme tu veux. Amène-moi au Tome.

-Oui. »

 

 

 

L’avènement du chaos

 

                Yrion était attaché dans une cellule, pieds liés et son seul bras attaché fermement. Trois gardes et Justice le surveillait. L’Oblitérateur avait ramené, par la force bien sûr, deux autres Chronoseigneurs avant de s’aventurer dans les salles de diamants. La Lumière entra. Le roi lui dit avec orgueil :

« Tsss. Lumière. Que me vaut ce déplaisir ?

- … Yrion, Sedah et le mec à la lance.

-Son nom est Falo.

-Toujours pas décidés à parler ? »

Le roi d’Okeud lui jeta un regard tranchant. Elle le saisit par le menton.

« Tu as des tripes pour me jeter un tel regard, vu ta situation.

-Ne me touchez pas avec vos salles pattes, résidus archaïques d’une époque révolue. »

Il fut prit d’une quinte de toux violente et cracha du sang. La déesse le regarda de haut.

« Le grand Yrion, roi d’Okeud et bras droit de Chronos, accablé par la maladie, amputé d’un bras et incapable de se mouvoir, prisonnier de l’ennemi. Ca fait peine à voir.

-Ce n’est encore rien. D’ici quelques heures, je mourrai. Là oui, ca fera peine à voir.

-N’espère pas me claquer entre les doigts.

-Mon bras tranché a gangrené, et je n’ai pas la force de lutter à la fois contre ce poison et contre la gangrène. Mes capacités de guérisons ne sont pas mon fort.

-Tu espères que je vais avoir pitié de toi ?

-Je ne veux pas de votre pitié, c’est le contraire. C’est vous qui me faites pitié. Vous avez capturé une pièce maitresse, et elle va mourir. Vous ne pourrez pas m’utiliser comme bouclier et monnaie d’échanger, vous allez juste vous attirer la colère de mon seigneur ! Vous êtes perdant. Et si par ma mort, je peux provoquer la votre, alors ça me va. »

La déesse claqua des doigts, et le bras d’Yrion repoussa. Elle l’attacha.

« Je te laisse ce poison qui semble te faire tant d’effet, mais je te débarrasse de la gangrène.

-N’imaginez pas que je vais vous remercier.

-Encore heureuse. »

Elle sortit. Yrion ferma les yeux et se concentra. Justice le regardait toujours, attentif. Le Chronoseigneur visualisa le sort de guérison de niveau divin. Il prononça des incantations et forma une boucle temporelle pour recréer le sort. Lentement, il le manipula avec précaution, et le lança sur lui-même. L’énergie pure coula dans ses veines et le débarrassa du poison d’Améthyste. Il souffla.

« Je me sens mieux.

-La ferme. Lui répondit Justice qui n’avait rien remarqué.

-Sedah, Falo, confiez-moi votre force. »

Les deux autres fermèrent les yeux à leur tour. Yrion sembla revitalisé. Il dit :

« Mes compagnons semblent affaiblis, fais quelque chose ! Tu es la Justice, non ? Tu ne dois pas laisser mourir quelqu’un ainsi.

-Ils sont vivants et vont le rester.

-Je n’en suis pas sur. »

Justice haussa les épaules et s’approcha de l’un d’eux. Yrion remua, toujours immobilisé. Son bras récemment soigné disparut, arraché à nouveau, puis repoussa. Yrion avait retourné le temps pour libérer son bras. Il saisit la clé sur Justice avec célérité et se détacha. Justice dégaina son épée et lui fondit dessus, mais le roi esquiva, roula à terre pour éviter un autre coup, sortit de la prison et y enferma Justice, avant de jeter à terre les trois gardes.

« Ouvre ! Dit-il, ou je tue tes amis !

-Peuh. Tues-les, ce ne sont pas mes amis. »

Il ouvrit un coffre non loin et y récupéra des vêtements propres.

« Mmh. »

Il prit un poignard magique, des bottes avec de petites ailes, mit un collier avec deux dagues croisées dessinées dessus, et surtout récupéra sa rapière.

« Des artefacts enchantés, excellent. »

Il transperça à mort les trois gardes qui venaient à peine de se remettre de leur chute. La porte s’ouvrit, et un général entra. Yrion se jeta sur lui et lui transperça la gorge en visant la nuque, et décapita sa cible.

« Une femme. Espérance, peut-être ? Qu’importe. »

Il referma la porte et s’approcha de Justice.

« Je n’ai encore jamais croisé le fer à travers des barreaux, ça peut être amusant. »

Le guerrier de la Lumière tenta de l’estoqué, mais Yrion bondit et bloqua la lame au sol avec son pied, bien entre les barreaux pour limiter les mouvements de son adversaire, puis pointa sa rapière vers lui.

« Un dernier mot ?

-Ce n’est pas fini. »

Justice recula, lâchant son arme. Yrion coupa les barreaux d’un mouvement adroit et se propulsa en avant vers son ennemi, lui transperça une jambe, puis lui coupa un bras, et enfin enfonça sa rapière par le dessous de la mâchoire de Justice. La lame ressortit au-dessus du crâne.

« D’abord les barreaux, maintenant l’armure. Rien n‘est solide ici. »

Il ouvrit une brèche dans un mur en y découpant un triangle. Il s’y engouffra en disant aux autres Chronoseigneurs :

« Restez ici et reprenez des forces, j’aurai besoin de votre appui. En attendant, je ferai diversion. Essayez de prévenir notre seigneur, qu’il envoie des troupes ici. Avec moi à l’intérieur, il est possible de prendre Nysécthéni.

-A vos ordres, Chronoseigneur Yrion. »

Il bondit jusqu’à un autre bâtiment.

 

                L’Oblitérateur était à la frontière de Wyrim, devant le peuple. Seul.

« Que faites-vous ici ? Demanda un homme.

-T’occupe. En gros, Chronos va envoyer des troupes pour vous massacrer la tronche. Je les repousserai.

-Quoi ? Mais il était notre allié !

-Non, vous étiez ses esclaves, ses objets. Vous n’êtes que des pions qu’il a décidé de sacrifier. Vous pensiez vraiment qu’un être Primordial tel que Chronos en personne s’intéresse à des gens comme vous ? Il n’a rien à faire de vous, de votre roi ou de vos idéaux. C’est pour ça que je suis chargé de vous sauver les miches.

-Mais… Seul ?

-Evidemment. T’as jamais entendu parler de l’Oblitérateur ?

-Non.

-Bonne nouvelle alors. »

Il resta là, à attendre.

« Ca fait plus d’une heure qu’ils devraient être là. Qu’est-ce qu’ils foutent ? »

 

                Yrion bondit dans la foule en faisant des tourbillons et des saltos d’acrobate. Il rebondit sur un mur, prit appuie sur l’autre et se retrouva sur le toit. Il avait détruit une tour pour attirer l’attention, et c’était réussi. En contrebas, séparant la foule, la Lumière. Armée de sa lance et de son bouclier. Elle lui hurla :

« Comment t’es-tu enfuis ?!

-Si vous me capturez, je vous le dirai peut-être.

-Te capturer ? Non, cette fois je vais te tuer !

-Venez prouver au fil de cette lame que vous n’êtes pas faite que de mot. »

Elle lui jeta sa lance, qu’il dévia d’un geste fluide. Le projectile resta planté dans le mur derrière lui. Il fit un rictus provocateur.

« C’est tout ? »

La déesse bondit jusqu’à lui, et il prit la fuite. Zigzaguant à toute allure dans les moindres recoins de la ville comme s’il y avait vécu, la Lumière avait bien du mal à le suivre. Il s’arrêta en haut d’une immense tour, la plus grande de Nysécthéni. Il se mit en position de duel.

« Je vous attends.

-Cette erreur sera ta dernière. »

Elle lui fondit dessus, il esquiva. Elle fit danser sa lance à toute allure, tentant de l’empaler, mais il esquiva chaque coup.

« Une lance et un bouclier sont peu efficaces contre une rapière et un ennemi rapide.

-Ce n’est pas en esquivant que tu remporteras ce combat !

-Remporter ce combat ? Je n’ai pas cette prétention. »

Il esquiva un nouveau coup de lance et fondit sur son ennemie, qui se protégea derrière son bouclier. Il prit appui dessus et bondit, se laissant tomber de la tour. Il mit ses bras le long du corps pour tomber plus vite. La déesse le suivit. Il allait percuter le sol lorsqu’il inversa le temps et remonta en haut.

« Vous vous battez contre les courants d’air ? Remontez donc. »

Elle disparut dans un halo de lumière, pour réapparaître derrière lui.

« Forcément. »

Il esquiva un coup de lance sans se retourner et prit de l’élan pour sauter jusqu’aux murailles de la ville. La Lumière le suivait toujours. Elle lui lança son bouclier, qui le cogna en pleine tête. Il perdit l’équilibre et manqua de tomber en bas des remparts. Mais la déesse le rattrapa néanmoins et le plaqua au sol.

« Cette fois, tu ne m’échapperas pas, maître du temps !

-Ah, le temps. Il passe toujours plus vite quand on s’amuse. Et il passe impitoyablement. Et je crois que du temps, j’en ai gagné assez. »

Une explosion survint à l’autre bout de la ville. Les troupes de Chronos entraient dans la ville, alors que la Lumière en était loin. Elle hésita entre achever son ennemi ou aller combattre les envahisseurs.

« Pas la peine de vous poser la question. Dit Yrion comme s’il lisait dans les pensées. Sedah, Falo, maintenant ! »

Les trois chronoseigneurs invoquèrent un sort qui emprisonna la Lumière.

« Ce sort a pour but de capturer une personne et de le maintenir à l’intérieur pour l’éternité ! Mais vous, il ne vous retiendra que quelques minutes. Enfin, cela suffira à bien avancer dans la destruction de votre chère ville ! »

Elle enragea en vain. Les chronoseigneurs partirent.

 

                L’Oblitérateur vit enfin les troupes ennemies. Il s’étira.

« Ah, ça se précise. Mmh… C’est pas l’armée de Chronos. C’est l’armée d’Ondu. Evidemment, il sait que cette attaque échouera alors il envoie les troupes des autres. Mais bon, j’suis pas là pour les raisonner. Un bon ennemi est un ennemi mort. »

Il dégaina son arme géante.

« Ca va barder ! »

Son casque sonna. Il beugla :

« Pas maintenant ! C’est pas vrai !! Oui, quoi ?!

-C’est la Lumière ! Chronos est en train d’attaquer Nysécthéni et je suis immobilisée pour le moment, il faut que tu viennes m’aider ou les pertes seront considérables !

-Mais j’suis en train de défendre Wyrim, là aussi y’aura des pertes !

-Je suis prioritaire ! C’est grâce à moi que tu vis, ne l’oublie pas ! Je peux annuler le sort et te renvoyer dans le monde des morts ! Alors obéis !

-D’accord… »

Il prit un orbe de communication.

« Eh, Netal, tu captes en bas ? »

Un cri d’agonie lui répondit, puis la voix de Netal.

« Je suis en train de tuer des bestioles, il se passe quoi ?

-Je suis assigner à la protection de Wyrim, mais la Lumière a d’urgence besoin de moi ailleurs. Est-ce qu’Akyssen peut venir me remplacer ?

-Hum, très bien. Il a entendu. »

Le Gaeh apparut dans un sort noir.

« Pratique la téléportation de Netal. Dit l’Oblitérateur.

-Il va te téléporter à proximité de la Lumière. De toute façon, c’est uniquement à proximité de quelqu’un d’extrêmement puissant et de consentant.

-Je souhaite bonne chance… A tes adversaires.

-Exactement. »

L’Oblitérateur fut téléporté. Akyssen prit sa hache et se tourna vers les troupes ennemies.

« Subissez le courroux des Gaeh. Frappe volcanique ! »

 

                L’Oblitérateur atterrit à coté de la Lumière.

« Ben t’as l’air maline.

-Libère-moi !

-Euh… Comment ?

-A coup d’épée ! C’est ton truc non ? »

Il frappa la cage magique qui céda sans peine. Il haussa les épaules.

« Bien plus facile que je l’aurai cru. Bon alors, ils sont où les méchants ?

-On ne va pas les combattre directement. Je vais invoquer un sort très puissant pour les exterminer d’un coup ! Mais ca inclut que je serai vulnérable. Ton devoir sera de me protéger.

-Très bien. Vas-y.

-Allons en hauteur. »

 

 

                Akyssen fit jaillir de la lave sur ses ennemis, qui fuirent sans demander leur reste. Certains essayèrent de le contourner, il tendit sa hache vers le ciel.

« Terre de feu ! »

Du magma jaillir du sol et les bloqua. Les spectateurs curieux le regardaient, ébahis devant le symbole dessiné sur sa cape. La croix gammée à trois branches, l’emblème des Gaeh.

« Un Gaeh. C’est un Gaeh qui nous protège au péril… De… Rien du tout… Parce que sa vie n’est clairement pas en danger.

-Ce n’est pas un simple Gaeh. Dit un autre. C’est Akyssen Gaeh en personne ! C’est le Borgne qui se bat pour nous. »

Le guerrier continuait ses tourbillons meurtriers. Tranchant, tuant les ennemis de Wyrim de sa hache. Il semblait invincible.

« Ce n’est pas un armée aussi pathétique que la votre qui aura raison d’Akyssen Gaeh !!! »

Sa voix résonna sur tout le champ de bataille. La troupe ennemie recula à la mention de son nom. La plupart désertèrent, les autres, voyant leurs chances réduites à néant, se rendaient ou faisaient les morts. Le Gaeh dit :

« Ceux qui veulent sauver leur peau et revoir leurs familles, disparaissez d’ici ! Ceux qui ne fuient pas seront tués. Du vent ! »

Tous, sans exception, prirent la fuite. Il posa sa hache à terre.

« Et c’était une bande de minable pareille qui faisait trembler Wyrim ? Chronos est touché par la crise, lui aussi ? »

 

 

                La Lumière canalisait son sort sur une colline. Au loin, à un kilomètre ou deux, Nysécthéni brûlaient et l’ennemi était libre de ses mouvements. Elle expliqua :

« Pendant la canalisation, mes pouvoirs divins vont me quitter pour alimenter le sort. Ca ne durerait que quelques minutes, mais Chronos réagira. Il faudra que tu me protèges, le moindre coup me tuera ou, à défaut, me forcera à interrompre le sort !

-Ne t’inquiète pas. Je le jure sur la tête de ma femme, aucun agent de Chronos ne te touchera !

-Et fais attention à Yrion, il est capable d’outrepasser ta garde et de me fondre directement dessus.

-Compte sur moi, je te dis ! Commence ton sort, des gens meurent pendant que tu te prends pour un prof !

-Je commence ! »

Elle déploya ses forces, émettant une lumière aveuglante. De la foudre jaune frappa Nysécthéni sans s’arrêter, ravagea les forces de Chronos. La Lumière était redevenue Athéna. Ses cheveux d’or étaient noirs, sa robe noire, et son regard cruel.

« Yrion arrive ! Dit-elle.

-T’inquiète, il aura pas le temps de te blesser. »

L’Oblitérateur jeta son casque et dégaina son arme, se tourna vers la Lumière et enfonça soudainement son arme dans le buste de la femme.

« Aaaah ! Qu… Pourquoi…

-Je suis le Seigneur-Croc. Je n’ai pas oublié que par ta faute, ma femme est morte ! Par ta faute, mes amis sont morts ! Je suis rancunier et j’ai bonne mémoire ! Je suis ton pire cauchemar. »

Il la saisit par la tunique.

« C’est ta faute si cette guerre a éclaté ! Ta faute si Kiérol n’a pas pu aimer sa fille ! Ta faute si Rubis a dû dépenser sans compter son sang et sa chair pour réparer tes conneries ! Ta faute si Améthyste a ce corps en ferrailles ! Ta faute si Chronos est revenu ! Ta faute si tant de vies ont été perdus ! Aujourd’hui, tu paies pour tous tes crimes… Salope ! »

Il la décapita alors qu’elle agonisait. Il contempla avec joie ce visage déformé par la surprise et la douleur. Le pouvoir divin de la déesse s’échappa et resta en suspension, à un mètre du sol, irradiant de puissance. Le guerrier noir posa la main dessus. Il sentit la puissance couler dans ses veines avec violence. La puissance d’un dieu. La Lumière disparut. Il se sentait différent.

« … J’espère que cette puissance ne me changera pas… »

Il regarda Yrion, qui attendait poliment la fin de cet assassinat.

« Tu veux te battre… Contre moi ?

-Je ne suis pas suicidaire. J’attend pour voir si je dois donner l’ordre de retraite.

-Peuh. Que Nysécthéni tombe, ce n’est pas ma ville. Je me fous de ce qui lui arrive. »

Il regarda la ville se consumer dans les flammes. La grande tour s’effondra sur le palais de la Lumière. Il avança vers Yrion.

« Justice est mort ?

-Je l’ai tué moi-même.

-C’est une bonne chose, je ne le supportais pas.

-Si vous avez d’autres questions, je vous écoute.

-Tu es bien prévenant envers un ennemi.

-Je vous suis reconnaissant d’avoir tué la Lumière. Quoi d’anormal à cela ?

-Tu sais que je pourrais te fracasser le crâne en une fraction de seconde ? Tu es un ennemi, et tu as longuement lutté contre mon fils, et tu es le premier responsable de l’état de ma fille.

-Si vous voulez me tuer, allez-y. De toute façon, fuir serait vain.

-Ah… Hin hin hin… »

Il sourit.

« En fait tu n’es pas reconnaissant. Tu as peur. Tu trembles. »

Yrion perdit son visage calme.

« Je… Je ne compte pas vous supplier de m’épargner. Mais je vous donne des raisons de le faire.

-Comme être bien poli ?

-Si vous me tuer, mon seigneur, Chronos, viendra immédiatement. Vous venez d’acquérir vos pouvoirs et vous êtes seul. Pensez-vous être capable de tenir tête à Chronos, ses chronoseigneurs et son armée alors que vous n’avez pas encore l’habitude de votre nouvelle force ?

-Tu es bien arrogant, petit prince… Petit chronoseigneur… Petit gamin insolant. Tu m’as entendu, non ? Je suis rancunier et j’ai bonne mémoire.

-Et vous êtes mon pire cauchemar. Allez-y, tuez-moi. Je préfère mourir debout plutôt que survivre à genou.

-Prend ton épée, et meurs comme un guerrier.

-Vous avez gagné. Je vais soigner Améthyste. En échange, jurez-moi que vous me laisserez partir.

-Je n’aime pas trop l’idée de te faire prisonnier. Dans cette position pourtant délicate, empoisonné jusqu’à la mort et avec un bras en moins, tu as provoqué la chute de Nysécthéni. Alors je vais te tuer, et j’obligerai Chronos à soigner ma fille. »

Yrion semblait à court de solution pour se sauver la vie.

« Tu vas mourir, Yrion. Lui dit le Seigneur-Croc. Tu vas obligatoirement, indubitablement et assurément mourir. Et si c’est moi qui te tue, avec ma puissance, ton maître de te ramènera plus d’entre les morts.

-Si vous m’épargner, je vous aiderai dans votre guerre !

-Tu nous trahiras à la moindre occasion.

-Je vous servirai à connaître l’avenir, vous pourrez me garder prisonnier !

-Je n’ai pas besoin d’une boule de cristal gueulante.

-Je… Je…

-Tu as peur de moi. C’est normal. Le Seigneur-Croc, détenant le pouvoir de la Lumière.

-Je… Je suis à court d’idée. »

Une présence noire surgit derrière le guerrier. Il dégaina son arme et la pointa vers l’arrivant. C’était Netal.

« Alors c’est vrai. Tu as tué la Lumière ? Tu es… Complètement fou.

-Elle n’était pas utile.

-Je sais. Mais cette puissance qu’elle t’a donné… C’est beaucoup de pouvoir pour un seul homme.

-Je ne partagerai pas ce pouvoir.

-Je ne t’y forcerai pas. Qui suis-je pour te donner ce gendre de leçon ? En fait j’ai surtout hâte de voir ce qu’un homme rongé par la folie va faire avec cette puissance de feu. De toute façon, je saurai protéger ma vie et je n’ai cure de celle des autres.

-Tu…

-Ne nie pas. Dis-moi juste si tu peux te promettre à toi-même que tu ne tourneras jamais cette puissance contre ceux que tu aimes.

-… Oui, je le peux. Mais pour les dégâts collatéraux, je ne promets rien.

-Il y a toujours des dégâts collatéraux. Très bien, je te laisse exécuter l’autre minable, je veux juste dévorer son âme. Après tout, une fois que Chronos sera tombé… C’est contre moi que tu tourneras les armes. »

Il lui jeta un regard hautain. Un regard qui venait de loin, comme s’il avait pitié. Netal regardait, impuissant et vaincu, le Seigneur-Croc, comme s’il allait faire une erreur. Le guerrier noir dit :

« J’aime autant pas. Yrion.

-Je ?

-Je ne vais pas te tuer. Retourne auprès de ton maître, et transmet-lui ce message. »

Il dégaina et trancha violement Yrion au niveau du torse, creusant avec facilité une plaie importante. Le roi d’Okeud fut jeté en arrière et hurla un bref instant de douleur, le temps de guérir ses blessures, ce qui mit plus de temps que d’habitude. Il murmura :

« Ce sera fait… »

Le Seigneur-Croc lui tourna le dos et rengaina, rejoignant Netal qui lui dit :

« Je pensais vraiment que tu passerais à coté.

-J’ai bien failli. Mais j’ai réalisé que tu avais raison, il vaut mieux le laisser rentrer et raconter son histoire, pour répandre la peur chez Chronos. Des rumeurs vont naître. Et l’hésitation va proliférer.

-Exactement. Au fait, bravo pour ta victoire sur la Lumière.

-Elle m’a fait confiance. Quelle idiote. J’agis sous la menace, elle s’attendait à quoi ? Que je la défende quitte à mourir ?

-Quand même. Tu as tué le dieu le plus prié au monde. Tu as tué la Lumière ! C’est pas rien. Dans cinq mille ans, on en parle encore.

-Après c’est toi que je tuerai.

-Tué par le Seigneur-Croc, belle façon d’entrer dans l’histoire. Mais maintenant, que faisons-nous ?

-On a gagné du temps, mais la Tour du Firmament sera bientôt prête. Il faudra se battre pour s’emparer de l’anneau.

-Ca me rappelle un livre que j’avais lu… Peu importe.

-Oui. Mais c’est un artefact issu de la Stèle. Que ce soit un anneau, un collier ou une broche à cheveux, c’est d’une grande puissance et il faut le prendre.

-On peut devancer Chronos. Où est l’anneau ?

-Seul Sarasin le sait.

-Demande-lui. »

Le guerrier acquiesça.

« Cette guerre prend un nouveau tournant sans la Lumière. Bientôt, ce sera la course à l’anneau. Quant à Stellios Lugentes, il doit se dépêcher de rallier l’humanité. Avec ma puissance, je suis un argument encore plus grand.

-J’ai hâte de voir la suite. Il y a longtemps que je ne me suis pas autant amusé. 

-Et pour les salles de diamants ?

-On a trouvé ce qu’on cherchait. Une nouvelle génération d’outil de mort. Et aussi une arme d’une puissance encore inégalée. Nous avons prit l’avantage sur Chronos !

-C’est une bonne nouvelle mais… Je me méfie toujours.

-Moi aussi, j’ai un mauvais pressentiment. »

 

 

 

 

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