Seigneur-Croc



XIII – L’espoir renaît
6 juin 2013

XIII – L’espoir renait

Il faut un titre qui fait penser à l’espoir sans pour autant être tout blanc tout mignon. Pas « un nouvel espoir » ou « la lumière de l’aube »…

 

                Yrion arriva à Nysécthéni. La ville était en ruine. Il regarda les cadavres sur le bas-côté, indifférent. Il se dirigea vers le palais. Il trébucha sur une crevasse dans le sol et se rattrapa, et regarda ce trou béant dans le sol. Un peu plus loin, une femme avait été tranchée en deux par le coup. Il continua. Il traversa le pont qui reliait la ville au palais, la rivière reflétait les flammes et le ciel noir de la nuit, ce qui lui donnait la couleur du sang. Il arriva enfin à destination, et se mit à genou devant son maître.

« Seigneur Chronos.

-Yrion ! Quelle joie de te revoir ! Cette conquête est un succès total ! Regarde ça ! Mais je pensais que la Lumière allait contre-attaquer. J’ai vu de la foudre magique à un moment, mais ça n’a pas duré longtemps. Où a-t-elle bien put aller ?

-La Lumière est morte.

-Qu… Quoi ? »

Le silence retomba. Chronos se secoua la tête.

« J’ai dû mal entendre. La Lumière est quoi ?

-Elle est morte. Tuée par l’Oblitérateur, alias le Seigneur-Croc. Celui-ci l’a tué par vengeance, et s’est emparé de son pouvoir divin.

-Irréel… Comment a-t-il pu porter la main sur elle ?

-Ce que je vais dire n’est qu’une supposition, mais cela doit être proche de la réalité. Il semblerait qu’elle ait incanté un sort, la foudre magique que vous avez vu, ce qui la rendait vulnérable. Elle a chargé le Seigneur-Croc de la protéger. En effet, aucun de nos soldats n’a pu lui porter un coup. Il l’a immédiatement assassiné, en lui transperçant le torse de son arme. Il lui a exprimé toute sa haine et sa colère, et l’a décapité. Puis il a prit ce pouvoir. Ensuite, il est venu vers moi et m’a annoncé qu’il allait me tuer. J’ai essayé de me sortir de ce mauvais pas, mais il n’a pas écouté mes paroles, sa rancœur envers moi était trop grande. C’est alors que Netal est venu, et le Seigneur-Croc a renoncé. Il m’a dit de vous porter un message.

-Je t’écoute. »

Yrion dégaina son épée et donna un coup vertical à son maître, ne traversant pas son armure.

« Voila. Lorsqu’il me l’a délivré, il a failli me tuer, et il m’a pris de vitesse. Lui qui était si lent… Il n’y a pas de mot pour décrire la terreur que j’ai éprouvé. Jamais je n’avais vu une telle force de destruction, pas même chez vous. Il est devenu… Un véritable monstre ! Il écrasera nos armés comme des fourmis, et il… »

Chronos lui donna un coup de poing qui le fit taire.

« Silence, sombre idiot ! Ne vois-tu donc pas qu’il t’a laissé en vie pour que tu répandes la terreur dans nos rangs, et que tu obéis bien sagement à leur stratagème ?

-Ah… Pardon seigneur… Pardon…

-C’est bon, ça va. Tu ne connaissais pas son niveau, tu as été surpris. De plus, il t’a attaqué alors qu’il avait dit qu’il te laissait partir. Il a profité du relâchement que tu as éprouvé. Après t’avoir mit une pression si intense, il t’en a libéré et tu as baissé ta garde. Ne te monte pas à la tête parce qu’il t’a eu une fois. Je suis sûr que tu es tout à fait capable d’esquiver les coups de son gros morceau de métal lent qui lui sert d’épée.

-Je comprends… Merci, seigneur, de vous montrer si prévenant et rassurant envers moi.

-Tu es le meilleur de mes hommes, il est hors de question que je laisse la peur d’envahir. Bon, je me retrouve dans l’embarras. Je comptais tuer la Lumière et m’emparer de son pouvoir, et voila que le Seigneur-Croc me devance. Il ne me manque qu’un pas pour atteindre mon objectif ! Quelle guigne !! Le phénix de Rubis, l’anneau de la Stèle ou le pouvoir de la Lumière, il me faut l’un des trois ! Désormais, le pouvoir de la Lumière est perdu. Et dans les mains du Seigneur-Croc ! Déjà, c’est un ennemi, alors ça m’aide vraiment pas. Mais en plus, ça éloigne encore plus Rubis de moi. Où en est la Tour du Firmament ?

-La Tour du Firmament est bientôt prête.

-Quand ? Une semaine ? Deux ?

-Une demi-journée. »

Chronos ne put retenir un sourire conquérant.

« Enfin une bonne nouvelle. Très bien, soldat, préparez-vous ! Nous allons découvrir où se trouve l’anneau de la Stèle, et nous en emparer ! »

Ses chronoseigneurs firent un salut militaire.

« Très bien. Que les invocateurs se préparent au sort de détection. »

 

 

 

                Jade était sur la plage, avec tout un attirail de canon. Elle en prit un hasard et tira dans l’océan, ce qui fit quelques vagues.

« Mmmh… C’est naze. »

Stellios Lugentes s’assit à coté d’elle, sur un rocher.

« Alors ? Ca marche ?

-Bof, rien de bien concluant. »

Elle en prit un autre et tira. Rien ne partit. Mais le canon commença à briller.

« Whoa whoa whoa ! »

Elle le jeta dans l’eau. Une explosion retentit, et les aspergea d’eau. Jade se secoua la tête et essora ses cheveux.

« Pas au point.

-En effet… »

Il se sécha les cheveux dans sa cape, puis dit :

« C’est beau, un coucher de Soleil sur la mer.

-Il fait gris, et ce paysage déprimerait un aveugle.

-Je sais que t’es pas romantique… Mais fait au moins semblant ! »

Elle posa sa tête sur l’épaule de l’archer.

« Je fais jamais semblant.

-Jade… Tu es si mignonne…

-Toi aussi. »

Soudain, une voix retentit derrière eux.

« Eh regardez ! Des lesbiennes se font un câlin ! »

L’archer se retourna et tira une flèche au pied du trouble-fête.

« Je suis un mec, j’ai une grosse saucisse et je t’encule, okay ?! »

Le trouble-fête déguerpit. Stellios Lugentes souffla.

« Pfff… J’en ai marre. »

Il regarda Jade, qui faisait des efforts surhumains pour se retenir de rire.

« Ben quoi ?

-Pfff… Pfffouha ha ha ha !! »

Elle avait les larmes aux yeux tant elle riait.

« C’est… C’est pas contre toaaa ha ha ha ! Mais tu me fais trop riiii hi hi hi ! Avec ta sauci… Ah ah ah ! Achevez-moi ! Ah ah ah !

-Mais… Arrête ! T’as assez ri ! Méchante ! »

Elle se calma laborieusement.

« Désolée, j’arrête… J’arrête…

-Merci.

-Et t’en es où dans l’unification des hom… Pffffou ah ah ah ! Les hommes ! Ah ah ah ! Comme môôônsieur à la grosse sau… Mou ha ha ha ha.

-Le président d’Ondu est mort.

-A-ah bon ? Dit-elle sans réussir à s’arrêter de rire.

-Oui. Mais vu ton état, je préfère pas te dit comment.

-Si, si, vas-… Pff… Pffoua ha ha…

-Le président d’Ondu nous a tragiquement quitté après s’être mangé un porte-avion à pleine charge sur la tête, alors qu’il était à plusieurs kilomètres des cotes.

-Un por… »

Elle fut prise d’un fou rire. Stellios Lugentes fit :

« Il semblerait que ce soit ton père qui lui ait envoyé.

-Comment tuer un connard ? Envoyez-lui un porte-avion sur la tête !

-Ses derniers mots ont été : J’attends mon carrosse.

-Quelle fin tragique. »

Elle se calma enfin et le prit dans ses bras. Elle murmura :

« J’adore passer du temps avec toi…

-… Porte-avion. »

Elle fit prise d’une nouvelle crise de rire. Dans un ultime effort, elle se calma à nouveau.

« Tu me payeras ça. Dit-elle avec un sourire.

-Nous verrons cela. Répondit-il avec un air solennel.

-Mmh… »

Elle s’étira et se leva. Elle observa ses armes. Soudain, un pétard explosa derrière l’archer, ce qui le fit sursauter et lui arracha un cri de surprise très féminin.

« Kyaaa !

-Vengeance, douce vengeance… Ca va, mademoiselle ? »

Stellios Lugentes se jeta sur elle avec la ferme attention de la chatouiller jusqu’à la mort. Elle para la charge et le plaqua au sol.

« Tu es prise au piège, ma mignonne.

-… Porte-avion.

-Qu… Pffouahahah… T’as pas le droit…

-Le président s’est mangé un bloc de métal de quarante-quatre mille tonnes sur la tronche, nommé porte-avion, en attendant son carrosse.

-Pfff… Pfffouha ha ha… »

Il reprit le dessus. Un peu plus haut, l’Oblitérateur les observait.

« C’est si drôle que ça, d’éclater quelqu’un à coup de porte-avion ? Je devrais leur dire que c’était le porte-avion le plus gros du monde, qu’il pesait deux fois le poids d’un porte-avion normal et que les dernières paroles du président était ‘Ca se couvre’ ? »

Une grande flamme apparut derrière lui.

« Moi, j’ai des trucs bien moins drôle à te dire.

-Satan… Je me demandais quand tu arriverais. »

Le diable le saisit par le col de l’armure.

« Tu réalises ce que tu as fait ?! Tu as tué la Lumière ! Bordel !!

-Tu savais que ça arriverait. Je la haïs du plus profond de mes tripes. A peine eut-elle tourné la tête que je l’ai égorgé. Ca a quoi de surprenant, venant de moi ? Elle a tué ma femme, ma fille, mes amis. Maintenant, lâche-moi. Sinon, je te tuerai toi aussi.

-Tu parles sérieusement ?

-J’ai l’air de plaisanter ? »

Satan le lâcha.

« Tu trucides un dieu et tu menaces le diable. Le pouvoir te monte à la tête ?

-J’ai juste de plus en plus de mal à supporter ta passivité dans cette guerre.

-Alors ce que je vais te dire va te faire plaisir. J’entre en guerre. Les enfers du Feu vont se déchaîner contre Chronos. Heureux ?

-Et ben c’est pas dommage !

-Toujours à râler.

-Des gens sont morts pendant que tu comptais les points. Quelle sera ta première action ?

-Je vais accompagner Netal et Ixel dans les salles de diamants.

-Cool. On pourra même aller dans le ‘Mur vivant’ d’en dessous.

-Ce mur vivant, nommé Kylphelrectokerectonintotaïcrat, est mort depuis longtemps.

-Ce nom collerait la migraine à un sourd.

-J’te le fait pas dire. Donc ce mur est mort. Mais coupé de la surface depuis des millénaires, des monstres s’y sont développés et ont dévoré le mur. En-dessous est un carnage, une guerre, car ces monstres sont dotés d’intelligence. Ils se regroupent, forment des communautés, et passent leur vie à prendre celle des autres. Même moi, je ne m’y aventurerai pas.

-Je vois. Ben ça m’a fait plaisir de te parler, tu peux me laisser ? Je m’inquiète pour ma fille. »

Le diable soupira, et poussa le Seigneur-Croc. Celui-ci glissa sur la colline et s’étala à coté des amoureux.

« Plait-il ? Fit Jade.

-Moi de même ? Fit Stellios Lugentes.

-Gniiiih… Fit le guerrier. Je me suis cogné la tête… »

L’archer s’approcha.

« Et y’a un trou dans le sol ? »

La guerrière ne réagit pas aussi bien.

« Qu’est-ce que tu fais là, voyeur ?! Je croyais que tu l’acceptais comme gendre !

-J’étais inquiet pour toi. T’es encore jeune. Ca peut être dangereux.

-Quand je pense au nombre de fois où j’ai risqué ma vie sur le champ de bataille, c’est un nouveau stade du foutage de gueule !

-Qu’est-ce que t’aurai fait s’il t’avait sauté dessus ?

-Un coup de pied entre les jambes. Mais c’est pas son style, de toute façon. Pourquoi je dois me justifier ?! »

Satan les rejoignit.

« Cet abruti a tué la Lumière, je voulais le mettre dans l’embarras par vengeance. »

L’archer tomba sur le derrière.

« Il a… Tué la Lumière ?

-Comment crois-tu qu’il a pu lancer un porte-avion ? »

Jade pouffa.

« Excusez… Excus… Pfoua ha ha… Je l’imagine bien en train de lancer un porte-avion. »

Le guerrier prit un énorme rocher et le jeta dans la mer.

« Mort au président !! »

Le rocher percuta un volatile.

« C’est pas le président c’est une mouette ! Dit Jade au bord des larmes de rire.

-Ouais bon ça va, tout le monde peut se tromper. »

La fille ne pouvait plus se retenir de rire.  L’archer, lui ne riait absolument pas.

« La Lumière est morte… Tuée par le Seigneur-Croc… Impressionnant. Mais pourquoi ?

-Parce qu’elle a provoqué la mort de ma femme, ma fille, mes amis et la mienne, qu’à cause de cette connasse on a Chronos sur le dos et que j’ai jamais pu blairer cette femme. C’est de bonnes raisons ?

-Euh… J’imagine…

-Satan, tu l’aimais bien ?

-Non. Fit le diable. Mais je m’étais habitué à sa présence. En plus, ça va foutre le bordel.

-Maintenant que t’es obligé de te bouger. »

Satan prit un micro et hurla dedans. Un son strident sortit du col de l’armure du Seigneur-Croc.

« Mes tympans !

-Bien fait, déicide.

-Déicide ? Ca sonne bien. Au fait, tu me fais penser, ma ‘coéquipière’ peut enlever son masque, elle aussi, non ?

-J’aime autant pas. Seulement en cas de nécessité.

-Mais… Pense à…

-Juste pour cette fois. Le devoir vous appelle. Chronos va achever sa Tour du Firmament. Et cette fois, un sabotage ne suffira pas. L’anneau de la Stèle va être découvert !

-Alors allons le chercher et prenons-le de vitesse !!

-Non, il nous repérerait. Il faut partir au moment où il le repérera lui aussi. Notre position nous trahirait.

-Tsss… On a un avantage énorme et on peut rien en faire. Peut-être que Rubis…

-Inutile. Chronos surveille tout. Même les airs.

-Alors on fait quoi, en attendant ?

-On se prépare. Voila tout. Qui ira avec toi ? On y va en nombre ?

-Je vais y aller avec Rubis et Sarasin. Quant à Améthyste, elle est sur un trône alors elle est occupé. »

Jade bondit.

« Sur un trône ?!

-Ouais. Améthyste, impératrice de Koljeizer. Chronos ira immanquablement avec Yrion.

-Wow. Fit Satan. Immanquablement ? Tu utilises des mots de cinq syllabes ?

-Le pouvoir de la Lumière a des effets secondaires pour le moins inattendu.

-De grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités. Tu t’es assagi naturellement car ta puissance te l’ordonne.

-Arg. Responsabilité ? Assagi ? Ordonne ? Je haïs ces mots lorsqu’ils me sont adressés. Revenons à Chronos. Donc on peut compter Yrion, mais qui d’autre ?

-Il n’y a pas que lui. Netal sera là. Et il n’hésitera pas à te couper l’herbe sous le pied pour s’emparer de l’anneau. Car s’il l’a, alors Chronos pourra être vaincu, et votre petite guerre reprendra.

-Un combat est toujours plus palpitant avec trois camps.

-Lui, il viendra seul, à n’en pas douter.

-Avec lui, on sait jamais à quoi s’attendre. »

Satan prit une feuille, et mit chaque camp. Trois chez le Seigneur-Croc, deux chez Chronos et un chez Netal.

« Tu es sur de vouloir partir avec Rubis ? Chronos pourra tenter de s’en prendre à lui, et tu devras le défendre, ce qui laissera le champ libre à Netal pour l’anneau.

-Certain. Netal n’est pas idiot. Si Chronos obtient l’anneau ou le Phénix, il deviendra invincible. Même maintenant, je ne pense pas pouvoir le battre malgré ma puissance. Il m’aidera. Donc Chronos, sachant cela, ne s’en prendra pas à Rubis.

-Tu fais beaucoup de spéculation, mais tu dois être dans le vrai. Sois quand même prudent.

-Pas d’inquiétude sur ce point. Par contre, Satan, je veux que tu prépares ton armée. Il faut lancer un assaut sur la cité technologique ennemie. J’ai oublié son nom. Ils avancent la techmaturgie et il faut qu’on en garde le monopôle. Leur sniper a fait des dégâts.

-J’enverrai un bataillon. 

-Je peux leur balancer un porte-avion sur la gueule, ça sèmera la confusion. »

Jade fut reprise d’une crise de rire et s’éloigna pour tenter de se calmer.

« J’adore faire ça. Dit le guerrier.

-J’te comprend. Répondit le diable. Va te préparer, Chronos sera prêt dans une demi-journée. Le temps presse.

-Ah oui, en effet. Je pars sur le champ. »

Il s’en alla au pas de course tout en contactant Rubis par une de ses sphères de communication. Satan disparut dans une gerbe de flammes.

 

 

                Anadrys était toujours au château de Stanislas. Perchée sur le toit de la plus haute tour, avec une vue bien dégagée, elle somnolait en regardant le Soleil disparaître à l’Horizon. Le prince la rejoignit par l’échelle.

« Dame Anadrys ?

-Tu m’appelles comme ça encore une fois et je t’éventre. Vu ?

-Je vois. Mes parents ne trouvent pas ta présence très… Appréciable. Je me ferai donc un devoir de te loger pour t’exprimer ma reconnaissance.

-Pas besoin. Je suis une vagabonde. Je suis Anadrys, l’assoiffée de sang. Si je reste ici, c’est parce que ta connaissance de la magie noire peut m’aider à mieux contrôler le tome d’Outre-Chaos. »

Elle lança un sort sur un gros rocher, ce qui creusa un petit cratère.

« Ce sort n’est certes pas puissant, mais si je contrôlais mieux ma force, je le pulvériserais.

-Je ne connais pas plus que toi la magie noire et occulte.

-Et le pentacle dans ton œil ?

-Chuuut ! Ne trahis pas ce secret !

-Mouais. »

Une foudre noire tomba sur le paratonnerre, et Netal apparut. Il jeta un regard noir à Stan, qui se laissa glisser du toit, paralysé par la peur. Anadrys bondit pour l’attraper et le déposa en douceur. Netal l’observa, muet, au bord de la gouttière. Elle battit violement des ailes pour remonter et se posa à coté de lui.

« Qu’est-ce que tu veux ? Tu regrettes de m’avoir jeté ? Ou tu viens juste me tourmenter ?

-Disons qu’il y a une possibilité pour que tu m’aides.

-Et pourquoi je t’aiderai, ordure ?

-Si tu le fais, je te donnerai un livre qui te permettra d’utiliser ton artefact noir. Si tu refuses… Je te dépouillerai de ta force et je prendrai ta vie.

-Tu es… Imbuvable ! Je refuse ! »

Une volée de flèche arriva sur Netal. Il dégagea une aura de puissance qui dévia les projectiles. Les gardes du manoir rechargèrent.

« Tuez cet homme ! Dit Vladimir. A n’importe quel prix ! »

Une autre volée lui fondit dessus. Il descendit du toit et saisit le prince Stanislas, et s’en servit comme bouclier humain.

« Un geste de plus ou je brise son âme.

-Cessez le feu ! Cria le baron.

-Bien. Laissez-moi finir ma conversation, puis… »

Le prince tenta de se dégagea et hurla :

« Il compte tuer Anadrys ! Abattez-le, quitte à me tuer !

-Cesse de geindre. Lui cracha Netal en resserrant sa prise.

-Tuez-le ! Vite !

-Vos arbalètes ne peuvent rien contre moi. »

Anadrys descendit à son tour et dit :

« Stop ! Tu as gagné, j’accepte de t’aider ! Laisse-le partir.

-Tu t’inquiètes pour lui ? Je t’ai dit que je t’apprendrai à manier le tome d’Outre-Chaos, tu n’as plus besoin de lui.

-Ce…

-… Alors tu l’aimes ? Au point de risquer ta vie pour quelqu’un que tu haïs ?

-Netal… Je te méprise tellement !

-Mais tu l’aimes plus que tu me haïs. Je ne dirai pas de mal de cela. Mais si tu nies ces faits évidents, alors jamais tu ne pourras t’élever à mon niveau. Ce n’est pas en restant dans le déni que tu t’élèveras. »

Il lâcha le prince et tendit la main à Anadrys.

« Allons-y.

-Peux-tu me promettre que j’en reviendrai ?

-A part si tu me trahis, oui. Car là où nous allons, il y aura l’Oblitérateur et Chronos. Aucun ne compte te faire de mal. Je te raconterai ça en route. Prend ma main, je vais nous téléporter. »

Elle hésita, regarda Stan d’un air désolé, et prit cette main. Ils disparurent foudroyé par les ténèbres.

 

 

                Ils arrivèrent à la base de Netal. Celui-ci désigna la hallebarde maléfique qu’elle utilisait.

« Prend-la. »

Elle s’en saisit. Une immense flamme noire jaillit à son extrémité.

« Hum. Fit le Sans-Âme. Ta haine est encore plus forte qu’avant. C’est une bonne chose, mais je ne l’explique pas.

-Lorsque j’ai revu le Seigneur-Croc… La bête en moi s’est réveillée plus furieuse que jamais.

-Alors il s’est dévoilé ? Je comprends. Si nous l’emportons, je tuerai Chronos. Et je te jure que je mettrai le Seigneur-Croc à genou et que je te laisserai l’égorger toi-même.

-Tu me prends par les sentiments, là. »

 

 

                Yrion regardait la Tour du Firmament qui brillait de plus en plus. Il regarda l’heure à sa montre à gousset, et la referma d’un air contrarié.

« Ca n’avance pas… »

Un cercle de lumière se diffusa sur les nuages. Puis un autre.

« C’est long. La portée de détection ne fait que quelques kilomètres. »

La tour brillait encore plus fort. Un autre cercle se dessina sur les nuages noirs. L’édifice se voyait depuis l’horizon, immense bâtiment dépassant les nuages et étincelant dans la nuit. La parfaite réplique de la Tour de Babel. Un rayon de lumière partit vers le ciel.

« Ca commence… »

Il ouvrit sa montre à gousset.

« En retard. »

Un nouveau cercle se dissipa.

« Toujours pas ? La portée fait presque une centaine de kilomètres. Je suis pourtant certain que l’anneau est sur ce continent. »

Il dégaina son épée, la prit par la lame et la fit à moitié pénétrer dans le faisceau de lumière. Celle-ci passa dans le pommeau de l’arme comme à travers un prisme. Un disque de lumière chassa les nuages.

« Toujours pas ? L’aurait-il caché ailleurs que dans les Terres Oubliées ?! »

Un invocateur vint à lui.

« Seigneur Yrion, nous aurons du mal à atteindre une portée plus grande cette nuit.

-J’ai dit au seigneur Chronos que l’ont trouverait aujourd’hui, et on va le faire ! Travaillez plus dur ! Chaque seconde compte ! L’ennemi se renforce de jour en jour !

-Nous avons des limites. »

Yrion jura.

« Retourne à ton poste. Maintenant ! »

L’invocateur obéit. Yrion regarda la Tour du Firmament, prit dans le sort. Il mit un pied à l’intérieur du cercle de rune au sol, une vive douleur le prit. Mais la puissance du sort augmenta. Il serra les dents et y entra tout entier. Un immense disque de lumière traversa le ciel et parcourut tout le continent. Tel un sonar, un rebond de sa première onde lui revint. La lumière vira au rouge. Yrion sortit, épuisé et encore endolori.

« Alors ? Fit-il à bout de souffle. L’avons-nous trouver ?

-Oui ! Fit l’invocateur. Il se trouve sur Hylzer.

-… Evidemment. Une toundra mortelle, aussi accueillant qu’un iceberg à la glace acérée. L’endroit idéal pour cacher quelque chose. »

Il partit à toute allure vers Chronos. Celui-ci l’attendait.

« J’ai vu le changement de couleur. L’a-t-on trouvé ?

-Oui, seigneur. Sur Hylzer. Les invocateurs préparent une carte magique pour nous orienter une fois là-bas.

-Allons-y ! »

 

 

                Le disque de lumière passa au-dessus du Seigneur-Croc.

« Il l’a trouvé. Rubis ! Sarasin ! »

 

                Le sort illumina le ciel au-dessus de Netal.

« Enfin… »

 

 

 

 

La course à l’anneau

 

                Le Seigneur-Croc, Netal et Chronos arrivèrent en même temps. Ils se jetèrent un regard. Le Seigneur-Croc dégaina.

« On se bat tout de suite ou on attend d’avoir trouvé l’anneau ?

-Tu penses pouvoir me rattraper ? Fit Chronos.

-Y’a qu’un moyen de le savoir. »

Netal intervint.

« Et pourquoi ne pas faire une course, plutôt qu’un combat ? Car en cas de conflit, je me rangerai au coté du Seigneur-Croc. Cet endroit est suffisamment vaste. Une trêve, et l’anneau reviendra au plus rapide. »

Chronos haussa les épaules.

« Tu aimes les compétitions, toi.

-C’est surtout que je sais que tu accepteras. Nous avons déjà conclu une trêve avant, recommençons.

-Et si j’accepte ? »

Netal se tourna vers le guerrier noir, qui le prit de court en lui disant :

« Je sais, chacun pour son cul. T’es pas partageur.

-Je suis si prévisible ?

-Non, mais c’était trop gros pour passer à coté. »

Rubis et Sarasin le rejoignirent. Anadrys apparut depuis derrière Netal. Yrion se mit aux cotés de son maître.

« Tu es donc accompagné ? Dit le Seigneur-Croc au Sans-Âme. J’ai du mal à le croire.

-Je sais être persuasif.

-Je n’en doute pas. »

Sarasin se mit au milieu de tout le monde.

« L’anneau se trouve, comme vous vous en douter, dans un lieu spécifique. Je le dis car sans cela, personne n’acceptera la trêve. Il faut un pied d’égalité. C’est juste la. »

Il désigna une grotte.

« Cet endroit est connu des assassins comme moi car elle permet d’y cacher un objet de façon certaine et de le ressortir en cas d’extrême urgence. Les épreuves qui nous attendent sont… Choisies contre tout type d’ennemi. Ce n’est pas une épreuve de force, d’intelligence ou de vitesse. J’ai prit des mesures contre tout type d’adversaire, même contre le Seigneur-Croc ou moi-même. »

Le groupe y entra. Rubis trouvait étrange de former un groupe avec Anadrys, Netal, Chronos et Yrion. Mais ce n’était que des apparences. Sarasin activa un levier caché et le sol se déroba. Ils atterrirent dans une salle immense, bardée de couloir et d’objets ou coffres.

« L’anneau est quelque part, et j’ignore moi-même où. Prudence. Que le jeu commence. »

Ils se séparèrent.

 

                Sarasin ramassa un petit coffret et lu l’énigme :

« Quelle est la vitesse d’une mouette transportant une noix de coco avec un vent arrière de trente-six kilomètres par heure ? »

Il réfléchi, et dit :

« Une hirondelle ne peux pas transporter de noix de coco. La réponse est zéro. »

Le coffret s’ouvrit, mais était vide. Il le jeta.

 

                Chronos tenta de détecter l’anneau. Il saisit une boîte.

« Il est ici ! Je le sens ! L’énigme est… Quelle est le problème majeur des adolescents ? Mais… J’en sais foutre rien ! Je suis un dieu !

-La confiance en soi. Répondit Yrion. Un roi doit savoir cela. »

La boîte s’ouvrit, et une peluche en jailli à l’aide d’un ressort. Chronos entendit Rubis pouffer.

« On continue ! »

 

                Netal tenta un couloir où il sentait une présence magique forte. Sur la porte, il y avait marqué :

« Souriez avec chaleur, et la porte s’ouvrira. »

Il fit un rictus tordu, la porte resta close. Il grogna.

« C’est quoi ces énigmes ?! »

 

                Le Seigneur-Croc prit un énorme coffre et le posa à coté de Rubis.

« Quel est la chose la plus importante de la vie ? 

-La puissance ! Lui cria Anadrys. Il n’y a que la puissance ! »

Le coffre ne bougea pas.

« Idiote… Fit le Seigneur-Croc. C’est bien sûr l’amour. »

Toujours rien.

« L’amitié ? Le bonheur ! Les proches ! Euh… La victoire ? »

Chronos se saisit du coffre.

« La chose la plus importante de la vie, c’est la mort. »

Le coffre s’ouvrit, mais il était vide.

« C’est la mort qui donne du sens à nos actes. »

Il repartit à la recherche de l’anneau.

 

Netal était toujours devant sa porte. Il se concentra, et parvint à faire un sourire franc. Mais pas tendre, et la porte ne bouge pas. Il jura.

« C’est pas vrai ! Anadrys ! »

Elle vint. Il lui mit la main sur la tête et farfouilla dans son âme, jusqu’à trouver le souvenir de son frère qui la prenait dans ses bras. Une larme au coin de l’œil, elle sourit face à ce souvenir si émouvant. La porte s’ouvrit sur un mur. Il la lâcha.

« Je savais que tu me serais utile, mais tu pleureras plus tard, vu ?

-Je… Je te haïs tant… 

-Ta haine me rend plus fort. »

 

                Sarasin sourit. L’anneau était petit, donc il serait dans un grand coffre pour brouiller les pistes. Il fonça sur un coffre énorme et dit :

« Je peux résoudre toutes les énigmes ! Je suis le meilleur assassin de l’histoire, je sais tout sur tout ! Alors l’énigme… ‘L’homme est-il dans la nature ou la transcende-t-il, et pourquoi ? Soyez bref.’ J’ai réussi à tomber sur la seule question philosophique… »

 

                Rubis avança vers une porte et lu :

« Qu’est-ce qui est petit, carré et vert ? Houla… J’en sais rien.

-Un petit carré vert ? Lui lança son père.

-Ne sois pas con ! C’est sérieux ! »

La porte s’ouvrit pourtant. Elle débouchait sur un tunnel. Il jura.

« Enigmes à la con… »

 

                Yrion prit un coffret.

« Qui est le dieu le plus puissant de l’histoire ? C’est bien sur Chronos ! »

Il resta fermé.

« … Ce serait blasphématoire d’en citer un autre…

-C’était Zeus. Lui dit son maître. T’occupe pas des blasphèmes, y’a plus urgent. »

Le coffret s’ouvrit, vide. Il en prit un autre.

« Qu’est-ce qui soude une famille ? J’en sais rien, j’ai tué la mienne. Le sang ? La fraternité ? La parenté ? La confiance ? Le respect ? »

Rubis le lui arracha des mains.

« L’amour ! »

Le coffret s’ouvrit, il y avait un anneau dedans. Mais gris. Il l’observa, c’était un faux. Mais une double porte apparut et s’ouvrit. Visiblement, c’était divisé en étape. Ils avancèrent. Une statue de fer trônait au milieu d’une pièce vide. Le Seigneur-croc, toujours devant, s’en approcha. Elle fondit et prit l’apparence de son père. Il chargea.

« Mort à mes ennemis ! »

La statue fondit entièrement, et il glissa dessus. Elle reprit sa forme de base.

« Ne fais pas n’importe quoi ! Cria Sarasin. Il doit y avoir une stratégie à amorcer ! »

La statue se tourna vers Rubis, et se changea en Améthyste. Mais en petite tenue. Le jeune homme s’offusqua.

« Je ne te permets pas d’exposer ainsi mon aimée !! »

Il chargea à toute vitesse. La statue se transforma en mur d’acier et il se cogna dessus. Il s’étala par terre. Son père brandit un poing vainqueur vers lui :

« J’suis fier de toi, fiston ! »

 

                Anadrys dit :

« Tel père, tel fils. Et nous, Netal, on fait quoi ?

-Le mieux reste d’attendre et d’observer.

-Je doute que ces nigauds aient les capacités intellectuelles de franchir cette épreuve.

 

                Le Seigneur-Croc frappa de son arme la statue en vain. Il jura.

« Je comprends rien !

-Arrête de taper tout ce qui bouge ! Lui dit Sarasin !

-Je fais c’que j’veux ! »

La statue se transforma en Crystal, mais en robe de mariée. Le guerrier noir fut déstabilisé et glissa sur sa cape. Il tomba dans les bras de sa fausse femme.

« C’est… C’est bien imité. Un dirait une peluche… Crystal tu me manques… »

Il la prit dans ses bras. La statue devint rouge, comme du fer chauffé pour le forgeage, et le Seigneur-Croc disparut dans une flamme. La statue sourit, puis redevint normale.

« Papa ! Cria Rubis.

-C’est bon ! Lui répondit la voix de son père. Je vais bien ! J’ai réussi l’épreuve ! La violence n’est pas toujours la solution, il faut faire preuve de tendresse ! Je continue, d’accord ? Je t’attends pas ! »

Rubis hésita, puis s’approcha. La statue devint à nouveau Améthyste, mais en tenue de combat. Elle souriait. Il la prit dans ses bras, rien. Mais il sentit ses cheveux, et avait vraiment l’impression d’enlacer son aimée. Il resserra son étreinte, et disparut à son tour. Sarasin s’approcha, et la statue devint Altey.

« Je m’attendais à Davestyne mais… Altey, ma p’tit fille ! »

Elle la prit par la taille et la porter jusqu’à lui.

« Papa est là ! »

Il disparut aussi. Netal et Chronos se regardèrent.

« … A qui le tour ? »

 

                L’équipe du Seigneur-Croc continuait d’avancer. Sarasin dit :

« Vous pensez qu’ils vont bientôt arriver ?

-Eux, faire preuve de douceur ? Ria le guerrier. On a de la marge ! »

Ils arrivèrent à une porte de bois fermée. Le Seigneur-Croc tourna la poignée, mais c’était fermé à clé. Sur la porte était marqué :

« La violence résout tout ! »

Sans attendre, il dégaina son arme surdimensionnée et tenta d’enfoncer la porte avec de toutes ses forces. Elle résista. Sarasin soupira.

« Il faut faire preuve d’un peu de… Finesse. La violence envers les portes, c’est le crochetage. La serrure, je vais… La violer ! »

Il s’accroupit jusqu’à la serrure et commença son œuvre. Une décharge électrique lui parcourut le corps, noircissant sa peau et lui dressa les cheveux sur la tête. Il se laissa tomber.

« Bon, peut-être pas. »

Rubis réfléchit, puis toqua à la porte. Elle s’ouvrit.

« Taper, c’est de la violence, mais envers une porte, c’est différent.

-… Bien joué. Fit le carbonisé.

-On continue ? »

 

                Yrion s’approcha de la statue, qui se changea en socle d’épée. Il le prit dans ses bras, en vain.

« Je sais pas quoi faire… »

Netal poussa Anadrys en avant.

« Fais quelque chose ! Pense à ton Stanislas !

-Je… Je… Je refuse d’étreindre un objet inanimé ! »

La statue se tourna vers elle, se changea en Stan et lui ouvrit le creux de ses bras en souriant. Elle hésita.

« Fais-le ! Lui hurla Netal.

-Lui parle pas comme ça ! Rétorqua la statue avec une voix très bien imitée. Tu n’as aucun pouvoir sur elle ! Elle est à moi ! »

Anadrys ne put s’empêcher de le prendre dans ses bras avec une larme à l’œil, et disparut. Netal resta donc seul.

« … J’espère qu’il y a un autre chemin. »

Yrion s’approcha de nouveau de la statue, qui redevint un socle. Il réfléchit à une solution. La statue prit l’image de Chronos. Un reflexe acquis le jeta à genou. Il réalisa trop tard.

« Euh… »

La statue lui tapota sur la tête et dit :

« Je suis fier de toi. Tu es le meilleur de mes hommes.

-M… Merci seigneur. »

Il disparut. Chronos resta muet malgré le regard moqueur de Netal qui dit :

« Il est…

-Pas de commentaire, s’il te plait. »

 

 

                Yrion se retrouva donc devant une porte de bois, qu’Anadrys tentait de forcer à coup de hallebarde. Il lut l’énigme et s’approcha. Il toqua :

« Au nom du seigneur Chronos ! Ouvrez cette porte ! »

Elle s’ouvrit. Il poussa Anadrys en arrière et passa seul. Elle donna encore plus de coup de hallebarde.

« Raaah ! »

 

                L’équipe du Seigneur-Croc continuait d’avancer. Ils arrivèrent face à un immense labyrinthe. Le guerrier se tapa la tête contre un mur.

« Mais où t’as foutu cet anneau !? C’est quoi cet endroit de fous ?!

-C’est juste un laby. C’est tout mignon, ça. Fit Sarasin en baillant.

-Alors toi devant ! Aller ! 

-Non, bougez pas. »

Il fonça dedans et le parcourut à toute allure. Il l’entendait courir depuis l’extérieur, il revient. Il n’était même pas essoufflé.

« J’ai pas trouvé la sortie, le labyrinthe est divisé en plusieurs partie, mais j’ai trouvé comment passer la première. Suivez-moi.

-Tu as… Compris ça comment ?

-Hein ? Ben je l’ai cartographié dans mon esprit. Et je l’ai encore en mémoire.

-Tu es capable de faire ça ?!

-C’est le minimum pour un assassin. »

Il les guida jusqu’à la prochaine partie, les fit s’arrêter, et recommença son observation.

 

 

                Chronos franchit l’épreuve de la statue de fer. Il se frotta les joues pour dissiper le rougissement.

« Saleté… Mais au moins, Netal ne risque pas de passer. »

Une vive lumière apparut derrière lui, et le Sans-Âme s’avança.

« J’ai finalement trouvé.

-Toi ! Y’a-t-il une seule personne au monde que tu aimes ?!

-Bien sûr.

-Ridicule !

-Pas du tout. Il y a quelqu’un que j’aime. Moi-même. »

Chronos demeura pantois.

« P-pardon ?

-Je m’aime. C’est possible, oui. Je me respecte et m’estime.

-Epargne-moi ta crise de narcissisme ! »

Le dieu fonça, suivi de Netal.

« N’imagine pas me semer ! »

 

                Sarasin revint.

« C’est bon, c’est droite droite gauche devant droite gauche devant gauche gauche gauche droite devant devant gauche droite droite devant droit gauche droite.

-On te suit. »

Yrion passa au-dessus d’eux d’un salto, et continua dans le labyrinthe. Sarasin hurla :

« Il voit l’avenir, et donc les possibilités de sortie ! Rattrapez ce nabot ! »

 

 

                Anadrys était toujours bloqué à la porte. Netal et Chronos arrivèrent en même temps.

« Quoi ? fit le Sans-Âme. Tu n’as même pas avancer ?!

-Beuh…

-La violence résout tout ? Utilise la force ! »

Il frappa avec un sort sur la porte, qui ne bougea pas. Chronos toussota.

« Permettez ? »

Il gela le temps un court instant et toqua à la porte, et partit en avance en prenant soin de la refermer. Netal frappa sans force sur la porte.

« Merde ! »

Il frappa une deuxième fois. La porte s’ouvrit.

« … J’ai rien compris mais peu importe, avançons, nous avons du retard ! »

 

                Yrion était en avance dans le Labyrinthe. Suivi par Sarasin qui peinait, mais n’était pas en échec. Il s’arrêta, regarda à droite et à gauche, Chronos passa devant lui.

« Quoi ?! »

Puis Netal. Celui-ci lui dit :

« Je consulte les âmes cd sont qui sont morts ici, moi. On ne joue pas dans la même cours. »

L’assassin redoubla d’effort pour les rattraper. Le Seigneur-Croc était derrière lui.

« T’as pas un genre de trait de génie ?

-Nous sommes soumis aux mêmes règles qu’eux, mais ils ont un avantage. Mon génie ne peut combler le fossé qui me sépare d’eux.

-Les règles ?

-Trouver le chemin ! »

Le guerrier s’arrêta.

« Quoi ? Fit Sarasin. Il n’y a pas de temps à perdre !

-Si les règles se limite à trouver la sortie, alors… Il suffit d’aborder le problème sous un autre angle ! »

Il frappa le mur, qui s’effondra.

« Dans quelle direction, la sortie ? Demande-t-il.

-Cassé… Le mur…

-Sarasin !

-Ah ! L’entrée était sur la gauche, alors la droite !

-Sûr ?

-Certain ! »

Le guerrier enfonça le mur, et continua en détruisant tout ce qui se trouvait sur sa route.

 

                Yrion bifurqua à droite, et sourit.

« La sortie est proche. »

Chronos le rejoignit.

« Maître ! Heureux de vous revoir !

-Nous sommes donc les premiers ? Excellente nouvelle.

-Ils n’ont aucune chance ! Nous connaissons ce labyrinthe grâce à nos pouvoirs temporels, ils doivent prendre le temps de la cartographier. La victoire nous appartient ! »

Le mur à leur droite explosa, le Seigneur-Croc passa sans s’occuper d’eux, abattit le mur de gauche pour continuer sa route, suivi de Sarasin et Rubis. Chronos se donna un coup sur la tête pour vérifier qu’il ne dormait pas.

« Les murs peuvent être abattus ?! Où est la sortie ? Par la ?

-Je n’en sais rien ! Nos pouvoirs nous disent quel chemin suivre, par où est la sortie en ignorant les murs ! Seul Sarasin peut faire cela ! »

 

                Le Seigneur-Croc et son équipe étaient en tête. Ils sortirent du labyrinthe, mais pas par la sortie habituelle. Ils firent face à un gouffre immense. En face, une berge.

« On saute ? Demanda le guerrier.

-Non ! Répondit l’assassin. Il doit y avoir un piège. »

Il ramassa une poignée de caillou et les jeta, dévoilant un chemin invisible.

« Je m’en doutais. Il doit y avoir quelque chose contre ceux qui sautent. Mais que faire ? »

Rubis s’envola et aspergea de flamme le vide, dévoilant le chemin invisible où les flammes étaient repoussées.

« On voit la route ! On fonce ! Moi, je risque rien !

-Voler, c’est vraiment un avantage. Commenta son père. Je suis vraiment fier de toi.

-C’est le phénix qui fait tout.

-Qu’est-ce qui faut pas entendre. »

Ils passèrent sans problème. Chronos et Yrion arrivèrent.

« Mes pouvoirs temporels me permettent de deviner où sera la chute. Dit le dieu. Il n’y a rien à craindre. »

Sans s’arrêter, ils continuèrent en regardant bien où ils mettaient les pieds. Yrion prit soudain un violent coup d’épée du Seigneur-Croc et tomba, son maître le rattrapa de justesse.

« Et ça, tu l’avais vu venir ? »

Le guerrier repartit. Yrion jura et remonta le temps pour retourner sur le chemin invisible. Netal passa devant eux.

« Quoi ?! Comment !

-Ce pont est vivant. Enfin, ‘vivant’, c’est un spectre. Je le vois aussi clairement que de la pierre. »

Anadrys le suivait en volant. Chronos était donc à la dernière place.

 

                L’équipe du Seigneur-Croc se retrouvèrent devant un mur translucide rouge sang. Derrière, un couloir. Il lut un panneau à coté :

« Oublie tout ce que tu es, tout ce qui t’est cher, détache-toi de ta propre vie et tu avanceras. »

Il pencha la tête sur le coté.

« Kézako ?

-Une énigme. Dit Sarasin.

-Sans blague !

-Il faut s’oublier soi-même. Même un assassin tel que moi en est incapable. »

Netal les rattrapa. Il regarda le panneau, posa la main sur le mur, et commença à passer à travers.

« Je n’ai jamais considéré être vivant. Je ne suis qu’une accumulation de noirceur. »

Il passa complètement à travers et continua. Anadrys tenta de faire pareil, en vain. Puis y passa d’un coup sans le vouloir. Netal avait arraché son âme. Sans vie, elle l’avait franchit. Il la ramena à la vie en renvoya l’âme d’où elle venait.

« Suis-moi quand tu auras récupéré.

-O-o-o-o-u-iiii… »

Elle tremblait à n’en plus pouvoir. C’était compréhensible, techniquement, elle venait de mourir. Ecrasée comme un insecte par Netal. Le Seigneur-Croc jura.

« Je suis incapable de passer ce truc. Rah ! Il ne reste que la force !

-J’ai une idée. Dit Sarasin.

-Quoi ?

-Dans ton berserk le plus avancé, tu n’es plus que l’ombre de toi-même, et tu passeras.

-Et comment je fais ? C’est basé sur ma rage, je ne le contrôle pas.

-Tu m’as bien dit que les enfers étaient entrés en guerre, non ?

-… C’est vrai. Reculez, je ne voudrais pas vous faire de mal. »

 

                Chronos et Yrion arrivèrent enfin au mur rouge. Le dieu passa à travers sans y faire attention.

« J’ai senti quelque chose ? C’est sans importance. »

Yrion, lui, s’était écrasé dessus à force d’aller trop vite. Il se frotta le visage. Il regarda à coté de lui, Sarasin et Rubis. De l’autre coté du mur, l’incarnation de la mort et de la destruction. Même à travers ce mur, il sentait l’aura écrasante du Seigneur-Croc, furieux sans raison apparente. Il se calma peu à peu, et Yrion arrêta de transpirer.

« Que ?

-Tu vas rester avec nous. Conclut Sarasin en haussant les épaules. A moins que tu puisses renoncer à tout, jusqu’à ton humanité. Un dieu, pas de problème. Netal ? Il n’est pas vraiment humain. Le Seigneur-Croc sous l’emprise de la rage ? Absolument inhumain. Nous, ben tant pis. Et toi, c’est pareil.

-Abruti ! Il ne faut pas renoncer à son humanité, mais à son individualité pour traverser ce mur ! Un amas de haine ou de colère, ça passe. Un corps sans vie, pareil. Un dieu, également, puisqu’il est divin et donc multitude. Et j’en suis capable ! »

Il se concentra.

« Ma vie pour le seigneur Chronos !! »

Il devint éthéré, et travers le mur. Il reprit une apparence normale.

« Et bonne chance pour nous suivre. »

 

                Netal arriva devant une immense porte. Il y avait marqué sur un panneau :

« A qui le cœur est pur la porte s’ouvrira.

-Le cœur pur ? Quoi encore ?! »

Il soupira.

« Qui d’entre moi, Chronos et le Seigneur-Croc pourrait passer ? »

Il toucha la porte, qui bien sûr ne s’ouvrit pas. Il réfléchit.

« Hum… Il y a quelque chose d’incohérent… »

Il regarda les runes sur la porte.

« Ixel m’avait parlé de cette langue. Ce symbole… L’Odyssée. Le héros était un surhomme qui jamais ne tuait, et ne ressentait ni haine ni colère ni peur. Un homme incorruptible. Algoé… Qui a fini sa vie en cédant une seul fois à la colère et en tuant l’assassin de son fils. C’est la réponse. »

Il se tourna vers la porte et cita :

« Nul homme n’a le cœur pur ! Mais à l’homme qui cherche le bien, les portes s‘ouvriront ! »

La grande porte s’ouvrit. Il sourit devant son triomphe et passa. Chronos arriva dans la salle pour voir la porte se refermer. Il jura et lut l’énigme.

« Le cœur pur blablabla… Mon cœur est pur ! »

La porte ne semblait pas de cet avis.

« Bon sang ! »

 

                Quand le Seigneur-Croc arriva, Chronos cherchait toujours. Il lut l’énigme, et réfléchit de tout son potentiel. Et du tréfonds de lui-même, cette pensée le prit. Il annonça :

« Eh, Chronos.

-Que veux-tu ?

-T’as remarqué qu’entre Seigneur-Croc et seigneur Chronos, y’a qu’une syllabe de différence ? »

Le dieu se passa la main sur la figure.

« Tu es fatiguant. »

Anadrys arriva à son tour dans la salle, encore sonnée. Elle lut l’énigme, et haussa les épaules. Puis elle s’approcha de la porte en se tenant la tête, et dit à voix basse d’un air exténué :

« Algoé. Nul homme n’a le cœur pur. Mais à l’homme qui cherche le bien, les portes s‘ouvriront. »

La porte s’ouvrit pour la laisser passer. Le Seigneur-Croc voulu passer en même temps mais elle se referma sur lui, lui éclatant le visage. Il roula à terre en jurant.

« Gniiih… Mon nez ! »

Chronos alla se mettre là où était Anadrys, et retourna le temps. Un fantôme d’Anadrys arriva et répéta la solution mot pour mot. Chronos eut alors la réponse, la dit et passa. Le guerrier jura.

« C’est un scandale ! Aucun homme n’a le cœur pur, pourquoi ils passent ?! Les portes devraient s’ouvrir à qui cherche le bien ! Et pas à… »

La porte s’ouvrit.

« Mais… Qu’est-ce que j’ai dit ? »

 

                Netal était en tête. Il arriva face à une porte avec sept serrures, et sept couloirs. Au-dessus de chaque serrure était marqué le nom d’un péché capital. Le panneau était différent, cette fois. 

« Pour chaque défaut que tu as, il te faudra obtenir la clé correspondant. Si tu es un homme bon, alors la porte s’ouvrira d’elle-même. »

Il toucha la porte. La serrure de la gourmandise, de l’avarice, de la luxure, de la paresse et de la jalousie sautèrent, ne laissant que la colère et l’orgueil. Il regarda les couloirs qui leur correspondaient et entra dans celui de l’orgueil.

« Au moins, les autres en ont plus que moi. »

La serrure de l’orgueil se resserra.

« … Saloperie. »

 

                Chronos arriva à son tour. Il avait dépassé Anadrys en chemin. Il lut le panneau et toucha la porte. Les serrures de la gourmandise, de la luxure et de l’avarice sautèrent.

« … C’est pas vrai. Il en reste autant ? L’orgueil ? Euh oui… Mais la paresse ! Un peu, quand même. La jalousie ? Mmh… J’aurai du mal à contredire ça. Mais la colère je… D’accord. »

Il s’engouffra dans le couloir de la colère.

 

 

                Anadrys arriva. Elles sautèrent toutes d’un coup, à l’exception de la colère.

« Je suis flattée. »

Elle le couloir correspondant.

 

                Puis le Seigneur-Croc. Comme Anadrys, les serrures sautèrent sauf la colère.

« Je suis colérique, vrai. Mais… M’en défaire ? Impossible ! Je suis trop faible d’esprit pour ça. »

La serrure de l’orgueil se fissura davantage.

« Euh… Le couloir de la colère donc. »

Un hurlement de rage en sortit. C’était Chronos. Et une vague de puissance surgit. Visiblement, il avait craqué. Anadrys arriva au pied du guerrier, blessée par l’attaque.

« On avait fait une trêve ! Au diable mes défauts, la colère est un sentiment normal face à une telle injustice ! Comment ose-t-il s’en prendre à elle à cause de sa propre incompétence ?! »

La serrure de la colère s’ouvrit. Il emporta Anadrys et passa la porte.

 

                Le Seigneur-Croc posa Anadrys, blessée, derrière la porte et continua seul. Il avait reprit la tête. Il continuait d’avancer. Netal, lui, arriva au bout du couloir de l’orgueil. Il lut une nouvelle énigme.

« Définissez-vous.

-… Me définir ? Très bien. Je suis moi. Je suis le prisonnier oublié dans sa cellule. Le monstre derrière la porte. Le méchant de l’histoire. Le démon enchainé en bas de chez vous. Le martyr au pied du mur. La colère des vaincus. Je suis ce que le monde a fait de moi, et je rendrai au centuple ma douleur à ceux qui me l’ont infligé. Voila ce que je suis. Une bête acculée qui s’est raccroché à la dernière chose pouvait la sauver. La haine. »

Le panneau se fissura, puis tomba en deux. Une clé était caché derrière, Netal la prit.

« Si la colère est aussi simple, j’aurais vite fait de passer cette épreuve. »

 

                Chronos avançait dans le couloir sombre. Il entendait des voix se moquer de lui, et qui visiblement frappaient où il fallait. Elles connaissaient son passé. Il hurla :

« Cessez de vous moquer de moi !! »

Il tira à l’aveugle autour de lui. Yrion lui dit :

« Je n’ai rien contre le fait que vous exprimiez votre mécontentement… Mais si vous pouviez m’éviter.

-Désolé. Je ne voulais pas te faire de mal à toi.

-Votre colère vous pousse à faire des choses que vous regrettez. C’est là l’épreuve que l’on vous impose. Sous vouloir vous commander, vous devriez vous calmer. »

Une nouvelle moquerie le piqua au vif. Il invoqua un sort, et Yrion dégaina pour se mettre en position défensive.

« … Ce n’est pas la peine. Dit son maître. Je ne te ferai pas de mal.

-Je préfère être prudent. Ne vous sentez pas insulté, vous être très puissant, et les dégâts collatéraux arrivent. Exprimez votre rage si c’est là votre envie, j’encaisserai.

-Non, je refuse de te blesser à cause de ma colère !

-Ne vous forcez pas à la contenir.

-Je massacrerai jusqu’au dernier de mes ennemis, mais je refuse de blesser mon meilleur soldat. »

Il rétracta son sort. Les voix cessent, et les murs se brisèrent. Une clé tomba à leur pied.

« Il semblerait que vous ayez réussi. Mes félicitations.

-C’est à toi que je le dois.

-V… Vos propos m’honorent. 

-Maintenant, le couloir de l’orgueil. »

 

                Netal croisa Chronos à la sortie. Ils se jetèrent un regard et échangèrent de couloir. Le Sans-Âme commença à entendre les voix. Il dit :

« Silence. Vous êtes pathétique. Si vous pensez m’énerver comme cela, vous vous fourvoyez. »

Une voix lui dit :

« La haine ? C’est la vengeance des faibles. »

Il ne cilla pas.

« Tu n’es qu’une coquille vide…

-En effet. »

Il continua sereinement. Il entendit :

« Hou-hou… Qui a peur de Netal ?

-Déjà que ça volait pas haut, c’en devient affligeant. »

Il arriva à la fin du couloir, où la clé trônait sur un socle. Il la prit, se retourna, déjà la sortie.

« Enfantin. »

 

                Le Seigneur-Croc arriva dans une salle immense, visiblement la dernière. Au milieu de la salle, sur un immense temple pyramidal, l’Anneau de la Stèle. Il monta la première marche, et il fut éjecté par une force magique. Une voix d’outre-tombe lui dit :

« Vous n’êtes pas… Digne !! »

Il se redressa d’un air grognon, et courut les escaliers. Il monta plusieurs marches avant d’être éjecté encore plus fort.

« Vous êtes… Impur !!

-Mais casse-toi ! J’ai gagné là ! »

Il insista, résistant aux chocs magiques, mais posa un genou à terre, perdit l’équilibre et tomba.

« Indigne !! »

Il jeta son arme en haut du temple et remonta en se tenant fermement à la chaine. Il perdit l’équilibre, mais ne lâcha pas prise. Il posa le pied sur le sommet, le torrent magique et invisible qui le repoussait était de plus en plus fort. Il tendit sa main vers l’anneau et le frôla du bout de l’armure de son doigt. Un choc arcanique le rejeta et repoussa son arme. Il chuta au début, blessé, et son épée le planta à coté de sa tête.

« Grr… »

Netal se montra au-dessus de lui, avec Anadrys sur l’épaule. Il la posa et dit :

« Tu veux une couverture ? 

-Vas-y, si t’es si fort. »

Le Sans-Âme posa son pied sur la première marche, qui s’illumina. La voix d’outre-tombe lui dit :

« Vous êtes digne. »

Netal gravit les escaliers. Le guerrier se releva d’un bond et se jeta sur lui, il fut repoussé comme une brindille.

« Vous n’êtes pas digne ! »

Le Sans-Âme sourit et tendit la main vers l’anneau. Chronos débarqua à son tour et lui bondit dessus.

« Netal !!

-Vous n’êtes pas digne. »

Le dieu fut repoussé. Mais Yrion, lui, ne le fut pas. Il fondit vers l’anneau de toute sa vitesse. Il allait le prendre lorsque Netal lui mit un uppercut. Il voltigea jusqu’en contrebas.

« La trêve est rompue. »

Il prit l’anneau et le mit à son doigt. Une vive aura de puissance émana de lui, piquante comme une aiguille. Il descendit lentement les marches et s’approcha du Seigneur-Croc.

« Seul quelqu’un qui ne voulait pas l’anneau pour lui pouvait le prendre. Je le veux pour sauver le monde, et moi avec. Toi, tu voulais l’utiliser pour me tuer par vengeance. L’anneau t’a donc rejeté. Mais conformément à ma promesse, je tuerai Chronos d’abord, puis nous reprendrons notre duel… Et je te tuerai.

-Tu es bien sûr de toi. J’ai acquis le pouvoir de la Lumière !

-Un effort méritoire… Mais futile. »

Il se détourna du guerrier et s’approcha de Chronos.

« J’ai remporté la partie. Tu n’as plus aucune chance. »

Les ténèbres engloutirent la salle. La lumière s’éteignait. Netal était devenu un tourbillon de haine et de rancœur. Il tendit la main vers le dieu à terre, décidé à le tuer. Yrion s’interposa. Le Sans-Âme posa sa main sur la tête du Chronoseigneur, qui tressaillit et s’effondra.

« La puissance… Coule dans mes veines… Je suis invincible. »

Chronos recula, impuissant. Sarasin se précipita dans la salle, suivi de Rubis.

« Les pièges se sont désactivés, l’anneau a été pris. Et il semblerait… Que Netal ait gagné la partie. »

Le Sans-Âme se tourna vers lui.

« Belle observation.

-Tue Chronos avant de blablater, tu seras gentil.

-Tu as raison sur ce point. Chronos. Ancrona. Dieu d’une époque révolue. En ce jour, ton âme est en proie à un pouvoir qui te dépasse. En ce jour, la mort que tu étais destiné à répandre autour de toi  va devenir la tienne. C’est la fin. »

Un rayon de lumière bleue traversa le plafond et foudroya Netal.

« Un petit cadeau de la Tour du Firmament ! Ria Chronos. Yrion, maintenant ! »

Ils se jetèrent sur lui pour lui arracher l’anneau alors qu’il était paralysé. Le Seigneur-Croc se dressa devant lui.

« Protéger Netal… Je tourne au sénile. »

Le rayon faiblissait. Chronos déploya son pendule et traça une immense horloge. L’arme se brisa, et le sort balaya Netal et le Seigneur-Croc.

« Toute ma puissance en un sort. Vous m’aviez sous-estimé ! »

Yrion prit l’anneau à Netal, qui se débattit et le tua. Mais le Chronoseigneur, avant de rendre son dernier soupir, jeta l’anneau à Chronos. Une vague d’énergie dissipa les ténèbres de la salle.

 

 

 

La fin de l’espoir

 

                Chronos sourit. Il claqua des doigts, et Yrion se releva.

« C’est fini, Netal. Seigneur-Croc. L’anneau est à moi. Vous ne pouvez plus rien faire. »

Il jeta un regard à Rubis.

« Ton phénix m’appartient. »

Le Seigneur-Croc se releva.

« Pas encore. Il y a encore quelque chose à tenter. Notre ultime atout.

-C’est inutile. Dit le dieu. Je suis invincible désormais.

-Nous verrons cela. »

Il murmura quelque chose au micro du col de son armure et prit son arme en main.

« Netal, utilise toute ta noirceur. Phénix, fait appel à ta forme d’archange, et cède à la corruption du Basilic. Anadrys, laisse-toi aller à ta colère. Sarasin… Recule. »

Une gerbe de flamme apparut à coté de lui, et Crystal en sortit. Elle était dans une longue robe blanche translucide.

« M-maman ?! Fit Rubis.

-Bonjour. Tu m’as manqué mon nounou ! Tu as bien grandi !

-M-mais qu’est-ce que tu fais là ?

-Je vous aide à vous battre ! Ne sous-estime pas ta maman, mon nounou.

-A-arrête de m’appeler comme ça devant les gens…

-Mais tu seras toujours mon nounou. Pas vrai chéri ?

-Exactement ! Commenta le père. T’es notre nounou pour toujours. Mais pour le moment, on va se battre. Crystal, quand tu veux. »

Elle inspira, et chanta un La. En respira encore, et dit :

« Je vais vous interpréter… Le Requiem de la Faucheuse. »

Elle entonna un chant de chœur. Seule. Mais on entendait plusieurs voix. Voix d’hommes, de femmes, et même d’enfants. Un chœur à elle seule. Le chant était magnifique, mais triste. Il racontait la colère de ceux qui étaient partis trop tôt. Leurs regrets, leurs complaintes. Une colère sombre naquit dans le cœur de ses alliés. Netal inspira une bouffée d’air, sa haine s’agitait. Le Basilic cherchait à sortir de son sceau. Le Seigneur-Croc, lui, était encore calme.

« Chargez. »

Les héros noirs bondirent sur Chronos, déployant toutes leur puissance. Netal mit un uppercut à Chronos, celui-ci le bloqua et plia légèrement sous le coup.

« C’est… Impossible… »

Il esquiva les griffes du Basilic et le frappa pour le jeter à terre. Mais il avait sentit trop de résistance.

« Ce n’est pas normal… »

 Crystal acheva son chant, et dit :

« Maintenant, mon amour, un chant pour toi. Le Cœur de la Guerre. »

Elle reprit. Cette fois, c’était un hymne à la guerre. L’histoire d’un homme arraché à son foyer et condamné à être esclave. Il s’était libéré par la force et avait mit le pays de ses ennemis à feu et à sang pour retrouver sa femme et ses enfants. Chaque couplet narrait ses batailles contre ces ennemis multiples qui refusaient de comprendre son chagrin. Le Seigneur-Croc s’imprégna de cette rage. Il fondit vers Chronos et lui donna un violent coup d’épée qui le fit vaciller. Le dieu repoussa l’assaillant.

« Ce que tu fais est inutile ! Renonce ! »

Il invoqua un bâton de mage et tira un éclair magique qui jeta le guerrier à terre dans un bruit sourd. Celui-ci se releva. Son armure pectorale craquela. Il prit son arme et repartit à l’assaut.

« Chronos !! Je vais te tuer !!! »

Celui-ci frappa son adversaire d’un coup de bâton et le repoussa, mais le guerrier garda à peu près l’équilibre. Le dieu se lassa de ce jeu idiot et se tourna vers Rubis.

« Ton phénix m’appartient ! »

Et il l’enchaina avec son pendule pour le tracter à lui. Le Seigneur-Croc attrapa le fil du pendule et tira dans sa direction. Chronos dit :

« La dernière fois que nous avions joué à ça, tu l’as emporté. Mais maintenant, je te dépasse même dans le domaine de la force brute !

-C’est ce que tu crois… La dernière fois, je me battais pour te tuer. Là, je me bats pour sauver mon fils. »

Il enroula le fil autour de son arme dentelée et tira de toutes ses forces. Chronos lâcha son bâton pour prendre le fil à deux mains et résister. Le chant de Crystal continuait et semblait envelopper le guerrier. L’armure de ses bras explosa.

« Raaaaaah !!! »

Il remporta le combat de force et projeta le titan à lui. Celui-ci para de ses avant-bras un violent coup d’épée et se réceptionna.

« Il faut le reconnaître… Tu es un être exceptionnel… Mais je suis bien plus exceptionnel que toi ! »

Crystal acheva son chant, reprit son souffle et en entonna un nouveau.

« Chéri… Celui-ci est de ma propre composition. Je l’ai écrit pour toi. ‘Le sang du héros’. »

Elle commença à chanter alors que son mari se battait contre le dieu. Sarasin aida Rubis à se défaire du fils du pendule. Le chant de Crystal racontait l’histoire d’un homme qui tuait les uns et asservissait les autres. Un homme à première vue détestable. Mais au lieu de tout prendre à ceux qu’il avait conquit, il leur donnait tout ce qu’il avait et dépensait sans compter son sang et sa chair pour les protéger. Il resserrait son étau de violence sur les ennemis de ses captifs qui prenaient maintenant le nom de ‘peuple’. Désormais, il en était le chef, présenté comme leur protecteur. Mais loin de baignait dans la lumière de l’héroïsme, il continuait d’arpenter les ténèbres à la recherche de ceux qui s’y terraient. Son épée était présentée comme une arme de vengeance et non de justice. Ce héros noir surveillait son peuple avec un regard froid et tuait impitoyablement ceux qui n’étaient pas les siens. C’était un conquérant d’un nouveau genre, un bâtisseur d’utopie. Crystal raconta comment les dieux avait voulu tuer celui qui avait osé les imiter et leur échec. Les dieux, pour prendre une vie, en avait sacrifié des milliers d’autres. Les quatre porteurs de morts avaient été terrassés par le héros noirs. Ces quatre envoyés des ténèbres qui répandaient le mal sur l’Homme. Une allusion aux quatre cavaliers de l’apocalypse. Puis ce héros avait voulu venger les siens, ceux qui étaient parti avant lui. Il avait attaqué les dieux et y avait laissé sa vie. Mais il était resté dans les ténèbres toutes sa vie et n’en sortirait jamais. Il restait dans l’ombre de chacun. Il serait toujours là. Et il regarderait son fils, qui avait su trouver la lumière. Un ange qui avait trouvé la flamme pour éclairer ces temps troubles. Crystal s’arrêta enfin.

« Mais la suite ne t’es pas destiné. »

Chronos frappa de plein fouet le Seigneur-Croc, en plein torse, explosant son armure. Mais le guerrier se releva.

« Ce chant est magnifique. Crystal, je ne serai rien sans toi. Merci d’être à mes cotés. Merci de l’avoir été toute ma vie. »

Il dévia une nouvelle attaque du titan. Des flammes noires jaillirent des fissures de son armure.

« Je donnerai tout… »

Il frappa Chronos au visage et le fit tomber à terre. Le dieu était dans un état alarmant. Son armure bleue était couverte de fissures. Il était essoufflé, mais son regard restait droit et déterminé. Il se releva.

« Crystal, tu connais le chant ‘Le foudre de guerre’ ?

-Euh… Oui…

-Il est magnifique, n’est-ce pas ? Il ressemble beaucoup à ton mari, ce guerrier. Mais c’est comme dans ‘Le sang du héros’. C’est comme toujours. L’homme meurt et les dieux gagnent. Pourquoi ? Parce que c’est ainsi. Dans le mythe de la tour de Babel, les hommes se sont opposés aux dieux et ont échoués. Les hommes ont toujours échoués, c’est dans leur nature. Ils ne trouvent leur salut que dans la trahison. »

Le Seigneur-Croc se rappela qu’il avait perdu face à la Lumière, et qu’il devait la mort de celle-ci à son attaque dans le dos. Il avait attendu tout ce temps qu’elle baisse sa garde, et avait frappé lorsqu’elle lui avait confié sa vie.

« Et en ce jour, je vais prouver qu’à nouveau, les hommes vont échouer ! »

Il concentra une sphère de pouvoir.

« Le destin des hommes est de périr de la main de leurs pairs. Les hommes sont faibles car ils s’entretuent, car ils sont divisés. Et un homme seul ne pourra jamais rivaliser avec un dieu. Par le courroux du ciel ! »

Le Seigneur-Croc brandit son épée et cria :

« J’ai déjà affronté la fureur divine ! Je n’ai pas peur de toi ! Je t’attends !! »

Chronos jeta son sort. L’irradiant rayon de puissance bleue traversa la pièce à vive allure et toucha sa cible. Une explosion masqua le combat un instant.

 

                L’Oblitération tomba sur les marches et les dévala. Le Seigneur-Croc posa un genou à terre, un trou béant dans la poitrine. Un immense creux dans son torse. Il émit un râle imperceptible, et s’effondra sans vie. Son aura de puissance disparut. Sa main fut prise d’un ultime spasme. Crystal se jeta aux cotés de son mari.

« Chéri !! Non ! Réveille-toi ! Tu peux pas me faire ça ! Chéri !! »

Chronos s’approcha d’elle avec un rictus maléfique.

« Il ne se réveillera pas. Il est trop tard. Il s’est bien défendu et m’a repoussé dans mes derniers retranchements tout au long de cette guerre. Mais maintenant que j’ai l’anneau… C’est fini.

-Espèce de… De…

-Oui, insulte-moi si tu veux. C’est tellement dérisoire. C’est tout ce qu’il te reste.  Mais ne t’inquiète pas, je t’envoie le rejoindre. »

Il abattit sur bâton avec force. Crystal ferma les yeux, incapable de supporter la vision de son mari éventré. Une larme perla au coin de ses yeux et tomba sur le cadavre du guerrier. Un violent choc dévia l’arme du dieu.

« T’ose faire pleurer ma femme ?! »

Le Seigneur-Croc s’était relevé. Des flammes noires bouchaient le trou de son torse, reformant des ossements noirs pour lui permettre de combattre encore. D’autres flammes sombres entourèrent le guerrier.

« Je ne supporte pas que l’on attente à la vie de ma femme !! Et toi, tu l’as fait ! Tu t’en es pris à mon fils ! A mes filles ! A mes amis ! Je vais te détruire !! »

Le sol de fissura sous ses pieds. L’Oblitération trembla sur le sol, remonta les marches et alla d’elle-même entre les mains du guerrier. Il se jeta sur le dieu.

 

                Netal regardait le combat avec admiration.

« Aux vues de la puissance qu’il a déployé tout à l’heure, je pensais qu’il avait déjà atteint les derniers stades du berserk. Mais en fait, il ne faisait qu’effleurer la surface… Jusqu’où va son pouvoir ? »

 

                Le Seigneur-Croc donna un coup d’épée à Chronos et l’onde de choc balaya la pièce, faisait s’effondrer les murs. Un décombre tomba sur Rubis, qui l’évita.

« J’ai un très mauvais pressentiment. »

Le guerrier fit un tourbillon, Sarasin reçu les dégâts collatéraux de l’attaque. Il se protégea de ses épées.

« En effet. Le Seigneur-Croc a complètement perdu la raison. »

Chronos mit ses bras en croix et accumula de l’énergie. Son corps devient énergie pure, et il changea de forme. Il se reconstitua. Il était désormais un jeune homme assez mince, grand, et musclé malgré son manque de carrure. Il avait son bâton de magie. Il para un coup du guerrier et sauta avec agilité autour de celui-ci.

« Aveuglé par ta colère, tu ne pourras jamais t’adapter à un adversaire agile et rapide. Ta gigantesque épée ne me touchera jamais. »

Sarasin recula et dit aux autres :

« Le boss considère tout ce qu’il rencontre comme étant des ennemis. Il va d’abord détruire la cible de sa colère, Chronos. Puis il tournera sa lame vers nous. Et si Chronos se désengage et passe hors de sa portée… Nous deviendrons prioritaires. Netal ! Fais quelque chose !

-Faire quoi ? Lui répondit le Sans-Âme. Il est trop puissant pour que je pénètre son âme. Je suis démuni. J’attends juste de savoir qui périra le premier, entre lui et Chronos. »

Le maître du temps esquiva un coup avec dextérité, un autre qui explosa les murs et un dernier qui fit s’effondrer le plafond. Chronos fut gêné par les débris, et esquiva d’extrême urgence une ultime fois l’épée géante. Le Seigneur-Croc la tenait de sa main gauche. Il lui envoya un coup de poing retourné de sa main droite. Le dieu valsa à l’autre bout de la pièce avec force. Yrion voulut le réceptionner, mais fut emporter par la force titanesque du coup. Ils furent tout deux catapultés dans le couloir. Yrion dégaina ses épées et les planta dans les murs pour freiner sa course, les épées cédèrent. Les deux cognèrent avec une violence inouïe le mur du fond, le passage s’effondra, puis le mur entier. Chronos et Yrion étaient piégés sous des dizaines de tonnes de pierre. Un seul coup de poing. Les débris volèrent et Chronos en sortit en se tenant la mâchoire.

« Quel coup… »

Yrion sortit à son tour. Il avait un bras cassé et boitait.

« Tu ne te soignes pas ? Demanda Chronos.

-Pour ne rien vous cacher… J’étais en bien plus mauvais état. J’ai déjà tout dépensé pour éviter de mourir. Je n’ai plus d’énergie. Je ne suis plus qu’un fardeau pour vous. »

Chronos se mit en position offensive.

« Je vais venger ça ! »

Le Seigneur-Croc bondit sur lui, et lui asséna un coup vertical. Chronos voyait dans cette épée une guillotine absolue et irréversible. Il para, le bâton se brisa dans ses mains. L’arme le frôla avant qu’il puisse esquiver.

« Incroyable… Malgré l’anneau, il… »

Le guerrier n’avait plus rien d’humain. Son visage masqué par les flammes noires rappelait Rubis, corrompu par le Basilic. Mais rien ne le corrompait, il était lui-même. C’était juste sa noirceur qui remontait à la surface. C’était terrifiant. Crystal demanda :

« Quelles sont ses flammes noires ? Mon mari n’avait jamais utilisé des pouvoirs pyrotechniques avant.

-Ce n’est pas de la pyrotechnique. Répondit Netal d’un air grave. C’est un effet secondaire. Vous vous en rappelez peut-être, après avoir absorbé le pouvoir de la Mort, votre époux avait deux barres de flammes noires au-dessus des épaules. C’est un pouvoir que la Mort avait acquis dans le Néant. Qui sait ce qui se trouve là-bas. Tout ce que je sais, c’est que ce pouvoir est de nature divine ou démoniaque. Votre mari est un guerrier, il n’a aucune affinité magique ou très peu, ce qui fait qu’il peut tirer… Aller un dixième du pouvoir de la mort. Ce qui permet, par ailleurs, de ne pas relier sa folie à ce pouvoir.

-Sa folie ?

-Oui. Un dixième du pouvoir de la mort, assez pour le rendre plus fort, trop peu pour le rendre fou. Mais il a maintenant le pouvoir de la Lumière, un pouvoir divin. Celui-ci agi tel un prisme et permet au pouvoir de la mort de se révéler entièrement. C’est ce pouvoir qui fait qu’il est couvert de flammes. Il déborde d’énergie. Mais avec la totalité de ce pouvoir, étant déjà à moitié fou à cause de son berserk, son état s’est brutalement aggravé. Désormais, il est passé de l’autre coté. Il est vaincu par la folie. Certes, il acquit par cette folie un pouvoir qui dépasse l’entendement, au point de tenir tête à Chronos qui a l’anneau. Moi-même, je me ferai piétiner s’il se tournait vers moi. Mais en échange, il ne peut plus distinguer ses alliés de ses ennemis. Un pouvoir à double tranchant. Si Chronos ne détruit pas le monde, c’est le Seigneur-Croc qui le fera… »

Chronos réinvoqua son bâton, cette fois en métal plus dur. Il para une nouvelle attaque d’une violence incroyable. Bien que l’arme tienne le choc, lui-même posa un genou à terre pour arrêter l’immense morceau de métal dentelé. Il força et parvint à repousser l’arme sur le coté pour se créer une ouverture. Mais le Seigneur-Croc empoigna le bâton d’une main et le lui arracha, tenta de lui mettre un coup de poing, tournoya et lui assena un violent coup d’épée. Il ne la tenait que d’une main, sa main faible. Mais quand même. Avec un tel coup, Chronos avait traversé le mur pour finir encastré dans le dernier mur debout, qui s’effondra. Ils étaient à l’air libre. Chronos se releva en sang.

« Ca suffit !! »

Il invoqua un puissant sort, utilisant la tour du Firmament pour le canaliser. Il accumula l’énergie dans la paume de sa main et l’écrasa pour la capter. Il rayonna d’une puissance nouvelle et frappa le sol du pied. Yrion fut imprégné de cette énergie. Il grandit, ses cheveux s’allongèrent, ainsi que sa rapière. Sedah apparut à son tour, et l’énergie la transforma. Elle aussi fut plus grande, pour atteindre près de deux mètres, contre un mètres soixante avant. Son armure devient plus fine et d’or, elle semblait plus féminine et plus forte. Elle dégaina deux longues épées. Les trois chargèrent le Seigneur-Croc, qui ne put faire face à un tel déluge de coup. Yrion le toucha à la gorge, et Sedah, d’une façon bien symétrique, lui transperça les coudes. Chronos bondit sur le guerrier en faisant tournoyer son bâton et l’abattit de toutes ses forces en plein sur le torse du Seigneur-Croc. Celui-ci fut jeté au sol, son armure pectorale en miette.

« Je suis Chronos ! Rien ne peut me vaincre !! Les humains sont trop faibles pour m’atteindre ! Vous êtes d’une dimension inférieure à moi ! Les anges tombent et je suis toujours là. J’ai toujours été le vainqueur ! Avec mes généraux prêts à mourir pour moi, vous n’êtes que poussière sous mes pieds ! »

Gardant le silence, le Seigneur-Croc se releva. Les flammes s’intensifièrent brutalement, déchargeant une vague de chaleur autour de lui. Il serra son arme. Les runes de celle-ci brillèrent. Il chargea brusquement, et tourbillonna. Il toucha Yrion et Sedah, qui parèrent mais fut emportés comme des brindilles par la force sans limite du guerrier. Celui-ci continua sa charge comme s’ils n’avaient même pas rencontré de résistance et fondit sur Chronos. Celui-ci murmura :

« Il… Il n’était pas à fond… »

Il esquiva le premier coup, mais le deuxième fut si fulgurant qu’il lui arracha la jambe. Il la guérit. Crystal était pétrifiée par ce combat.

« Je… Je ne vois pas tout mais…

-Oui. Répondit Netal. S’il se tourne vers nous, c’est la fin de tout espoir. J’en viendrai à souhaiter la victoire de Chronos… »

Le guerrier se retourna vers Yrion et le frappa au torse, le tranchant en deux. Il continua sa rotation meurtrière et pris un bras à Sedah, fondit sur elle, lui coupa les jambes en lançant son épée à tout va, et lui donna un coup de poing si violent que sa boîte crânienne explosa. Il se tourna vers Chronos, dévia le bâton de celui-ci et lui donna un coup de boule. On entendit les os craquer dans toute la pièce, du moins ce qu’il en restait. Le dieu se soigna. Il regarda son anneau. Oui, il était immensément plus fort qu’avant. Mais c’était toujours insuffisant face à ce guerrier enragé. Ce titan aux flammes noires lui tenait tête, à l’aide d’une grotesque épée surdimensionnée. Un morceau de métal, contre toutes les techniques d’un dieu du temps. Chronos ralentit le temps pour tenter de manœuvrer. Il prévoyait également les mouvements de son adversaire. Mais c’était vain. Même si son adversaire était ralenti, même s’il voyait ses mouvements à l’avance, il restait incapable de les éviter et de contre-attaquer dans le même temps, quand bien même il avait adopté une apparence adaptée. Le guerrier s’enragea encore plus. Il poussa un terrible hurlement de rage, les flammes grandirent et éclairèrent la zone d’une lumière glauque. Il était devenu encore plus puissant.

« C’est un monstre… »

Et Chronos n’avait toujours pas encaissé un coup de plein fouet. S’il en prenait un, un seul, c’était la fin. Il regrettait ce temps où cette épée rebondissait sur sa peau en vain. Il recula, et se retrouva adossé aux ruines d’un des murs. Le guerrier avança vers lui d’un pas déterminé.

« Il faut se rendre à l’évidence, je ne suis pas de taille pour le moment. Mais j’ai peine à croire que cette rage soit contrôlable. D’abord l’archer, maintenant ça. Décidément, vous aimez avoir une puissance que vous ne pouvez utiliser quand vous le voulez. Cette puissance vous dépasse, et elle vous consumera ! En attendant, je ne resterai pas sur un échec. Il faut savoir prendre des risques… Le gamin au phénix vient avec moi ! »

Il fondit sur Rubis et le jeta à terre de toutes ses forces. Le sol se fissura sous le corps paralysé de douleur du jeune homme. Chronos prit sa proie sur l’épaule.

« Permettez, j’ai à faire avec ce jeune homme. »

Netal resta les bras croisés. Sarasin hésita, et Crystal était paralysée. Le dieu disparut, échappant de peu à un nouveau coup du Seigneur-Croc. Sarasin dit :

« Nous avons un sérieux problème. Netal ! »

Celui-ci était s’enfuit en courant.

« Vous inquiétez pas, je vengerai vos morts. »

Anadrys le suivit. Crystal écarta les bras vers son époux.

« Chéri, reprend-toi ! C’est moi ! »

Sarasin la prit par la main et la traina d’un coup sec sur le coté. L’immense Oblitération s’abattit là où elle était il y a quelques secondes. Une vive douleur la surpris, elle regarda à coté d’elle l’arme enfoncée dans le sol. Sur le sol, un bras. C’était son bras. Son époux venait de le lui trancher. C’était la deuxième fois que celui-ci la blessait. Et la première fois qu’il lui infligeait une blessure aussi grave. Elle se courba de douleur.

« Mon… Bras… »

Sarasin se plaça devant elle, en protecteur contre le Seigneur-Croc. Le monde à l’envers.

« Je vais le réveiller. Mais pour Rubis, quelqu’un doit intervenir. »

Il esquiva un coup d’épée, passa furtivement dans le dos de son supérieur.

« Se battre contre moi, c’est se battre contre une ombre. »

Il esquiva un nouveau déluge de coups potentiellement mortels. Il prit appuie sur la lame en mouvement pour bondir sur les épaules du guerrier.

« J’ai passé la moitié de ma vie à me battre à tes cotés. Je te connais par cœur. »

Il esquiva un tourbillon.

« Je suis très observateur et j’ai bonne mémoire, je connais chacun de tes mouvements, quand bien même ils sont atrocement plus puissants qu’avant. A mes yeux, tu es… Prévisible… »

Il glissa entre les jambes du guerrier noir et frôla les flammes, brûlante comme l’enfer. Il esquiva un autre coup, grimpa aux dents de l’Oblitération pour se remettre debout et donna un coup de pied au guerrier.

« Tu ne me reconnais pas, hein ?! Si tu reconnais même pas ta femme que t’aimes tant, ça non tu me reconnais pas !

-Qu… Grrr…

-Ah, la conscience émerge. »

L’assassin lui donna un coup de tête et lui dit droit dans les yeux.

« Tu ne me reconnais pas ? C’est moi ! Sarasin ! Je suis ton ami ! »

Il fit un salto arrière, enchaina avec une acrobatie sublime, et frappa de ses épées sur les mains du guerrier dans le but de le faire lâcher prise. L’arme lui échappa. L’assassin s’en empara et la posa sur son épaule.

« Eh oui, je suis capable de la porter. Et n’imagine pas que je te vais te la rendre. »

Le Seigneur-Croc se jeta sur lui avec vivacité, mais Sarasin esquiva chaque coup avec habilité tout en transportant son fardeau d’une dizaine de tonnes.

« Tu n’as pas besoin de cette arme. Il n’y a personne ici que te sois hostile. Tu ferais mieux de te rappeler pour quoi tu te bats ! »

Le guerrier le saisit par la taille et le serra pour le broyer. L’assassin fut contraint de lâcher son arme pour parvenir à se dégager.

« Réponds, boss ! Pour quoi tu te bats ?! Ca aussi, tu as oublié ?! Tu te bats sans raison comme une bête sauvage ? Reviens à toi, bordel ! »

Il esquiva un coup d’épée et bondit dessus.

« Si tu te bats sans convictions, n’imagine même pas réussir à me frôler avec ton gourdin ! Tu es un berserk, tu te bats lorsque tu es enragé ! Tu te bats pour ta famille et tes amis ! Tu te bats pour les autres et jamais pour toi-même ! Alors lâche ce morceau de métal géant !! »

Les flammes noires du guerrier se dissipèrent brusquement, le laissant essoufflé. Son arme lui glissa des mains.

« Sarasin ? Qu’est-ce qui s’est passé ?

-Regarde-moi dans les yeux. Fit l’assassin.

-Quoi ? Pourquoi ? Où est Crystal ?

-Ne regarde pas ailleurs !

-La salle… Il ne reste que des ruines… Je me souviens, c’est moi. Je me suis battu avec Chronos… Et j’ai gagné… Il est partit… Et Crystal…

-Ne te retourne pas ! Ecoute ton meilleur ami !

-Je… Je ne comprends pas, mais d’accord. »

Il baissa le regard et ramassa son arme pour rengainer, et vit le bras tranché de sa femme. Il se retourna d’un coup.

« Ne me dites pas que… »

Trop tard. Il avait vu sa femme amputé d’un membre, se tenant la blessure avec douleur. Et malgré son visage soulagé de voir son mari de retour, il restait encore de la peur dans son regard.

« Non… C’est moi qui… Qui t’ai fait… »

Sarasin lui posa la main sur l’épaule.

« Tu ne te contrôlais plus, personne ne peut t’en vouloir. Au contraire, tu nous as sauvés. Satan va nous la rafistoler en deux temps trois mouvements et ça ne sera plus qu’un vague souvenir.

-Pour la deuxième fois… J’ai blessé celle que j’aime… »

Il tomba à genou sur son arme.

« Pourquoi… Pourquoi ma puissance s’accompagne-t-elle toujours de la souffrance des autres ?! Pourquoi je ne peux pas l’empêcher de faire du mal à ceux que j’aime !? »

Crystal s’approcha de lui et le prit dans son seul bras.

« Tu penses pouvoir protéger ce monde sans le pouvoir de ta folie ? Tu es devenu bien orgueilleux. Ce bras en moins, ce n’est rien comparé à tout ce que tu as enduré pour protégé notre famille. C’est une bien maigre compensation. »

Sarasin força le guerrier à se relever.

« Ramasse ton arme. Désolé de casser l’ambiance, mais Chronos a enlevé Rubis. Maintenant que t’es de nouveau maître de toi-même, faut le sauver. »

Crystal s’interposa.

« Ca va pas ?! Il ne faut plus qu’il se batte ! Il a déjà donné tout ce qu’il pouvait pour repousser Chronos !

-Et alors ? Sans lui, on ne pourra jamais sauver Rubis. J’ai un plan pour qu’il n’ait pas à se battre au-delà du raisonnable. De toute façon, vous le connaissez, il ne restera jamais les bras croisés alors que son fils court un grand danger. Pas vrai boss ? »

Celui-ci était déjà parti. Il avait pris son arme et était de nouveau prêt à écraser quiconque se dresserait sur son chemin.

« Il a un plan, au moins ? Fit Crystal.

-Lui ? Un plan ? Ria Sarasin. Quelle blague. Je le rattrape avant qu’il fasse une connerie, ce qui ne devrait pas tarder. »

 

 

                Jade était devant son ordinateur lorsque celui-ci émit un ‘ding’ sonore. Son cœur se serra. Elle ouvrit le message et le lut à toute vitesse.

« C’est Sarasin… Ca va mal. »

Améthyste, dans un corps de cyborg en morceau, lui dit :

« Qu’est-ce qui se passe ?

-Je te résume le merdier, car c’en est un. Après que Chronos ai récupéré l’anneau, papa c’est énervé plus que jamais et a cédé à la folie. Il a tenu tête à Chronos et a déployé une puissance apparemment d’un niveau encore jamais vu, au point de faire reculer son adversaire qui a fuit… En enlevant Rubis. Il a fallu un peu de temps pour calmer papa, donc on a perdu la trace de Rubis. »

Elle se leva.

« Tu te sens d’utilise Xeno ? Enfin, Protoxen ?

-Si c’est pour Rubis, oui.

-Il n’est pas au point… C’est dangereux.

-Nous n’avons pas le choix. Si Chronos a récupéré l’anneau, il faudrait tout déployer pour lui arracher Rubis. Seul papa et Netal en sont capable, j’ai besoin de Xeno pour me hisser à leur niveau.

-… Je vais t’armer et t’envoyer à papa. »

Elle se leva et décrocha la tête d’Améthyste, et l’amena dans une grande salle. Des impacts de balles, d’obus et de sorts décoraient les murs. Au milieu trônait une armure avec la tête creuse. Jade y inséra sa demi-sœur. Les circuits se mirent en place et une voix robotique et agressive dit :

« Xeno activé. Exécution du programme prototype Protoxen. Attendons les ordres.

-Xeno, fit Améthyste, engage les préparatifs de guerre.

-Préparatif en cours… Préparatifs terminés. »

Jade admira son chef-d’œuvre. Xeno. Un exosquelette doté d’une conscience artificielle et d’une volonté propre, capable de réagir indépendamment de son utilisateur pour le protéger à la manière d’un réflexe. Connecté au système nerveux d’Améthyste, il était capable de réagir plus rapidement qu’un corps humain normal et d’installer manuellement des réflexes de combat. Améthyste mit la visière du casque, où des informations apparurent. La réalité augmentée. Elle regarda sa sœur, une fiche apparut où était écrit : ‘Jade. 20 ans. Sexe féminin. Super-soldate. Statut : Alliée.’ Ainsi que sa taille, son poids, et la liste intarissable de ses armes.

« Xeno, fit la sorcière vaudou, affiche les fonctions de l’exosquelette.

-Fonctions vitales affichées. »

D’un coup d’œil, elle pouvait vérifier l’état de son exosquelette. Pour elle, c’était la perfection incarnée. Cette armure était ce qu’elle pouvait espérer de mieux.

« Souhaitez-vous charger l’énergie magique accumulé pendant : 30 jours ?

-Oui, on va en avoir besoin.

-Charge en cours… Terminé. »

Jade hocha de la tête.

« Fais de ton mieux.

-Compte sur moi. »

Elle décolla à l’aide de réacteur dans son dos.

 

                Chronos invoqua un puissant sortilège et Yrion apparut.

« Il faut l’emmener à la tour du Firmament pour extraire le Phénix. Son père doit être sur nos talons, je vais le bloquer. Quant à Netal… J’en fais aussi mon affaire. Nous n’avons personne d’autre à craindre, alors je te laisse Rubis.

-A vos ordres. »

Le chronoseigneur mit le jeune homme sur ses épaules et partit comme le vent. Peu après, comme le dieu l’avait prédit, le Seigneur-Croc arriva. Il posa lourdement son arme sur son épaule.

« Ne m’oblige pas à m’énerver à nouveau, Chronos, tu as vu le résultat. La vie de mon fils est en jeu, je vais m’enrager très vite. Ecarte-toi.

-Tu te rends bien compte que je ne vais pas obéir sagement ?

-C’était pour la forme… Parce que même si tu t’étais poussé, je serai pas passé sans faire un petit bonjour. Je vais t’éventrer et je vais te marcher dessus. Je vais te montrer toute la colère que j’éprouve envers toi. »

Des flammes noires commencèrent à l’entourer. Il chargea.

 

                Yrion continuait sa route et s’approchait de la tour du Firmament qui pointait à l’horizon. Il s’arrêta, soupira et se retourna. Sarasin apparut devant lui.

« Je me suis fait attendre ?

-Je pensais que tu resterais avec ton empereur.

-Je me doutais bien que le boss allait foncer sur Chronos et t’oublier. »

Ils étaient au-dessus d’un canyon. L’immense crevasse semblait sans fond. Le vent souffla entre eux.

« Tu penses être capable de m’affronter ? Fit l’épéiste. Tu es bien présomptueux.

-Nous verrons cela, jeune prince.

-Je suis un roi.

-Tu n’es qu’un pion. »

Sarasin dégaina ses deux épées. Il secoua sa jambe pour s’assurer d’avoir retrouver sa mobilité. Yrion posa son paquet inconscient et dégaina sa rapière.

« Pourquoi ne pas déposer les armes et te rendre ? Fit l’assassin.

-Amusant, j’allais te poser la même question. »

L’assassin bondit sur le roi qui dévia les deux lames avec souplesse. Son adversaire fit un salto pour se retrouver au-dessus de sa cible et fit un double mouvement d’estoc. Le jeune roi ralentit le temps pour esquiver, fit un pas sur le coté et bondit sur l’assassin en l’air, qui était incapable de se mouvoir. Celui-ci tournoya sur lui-même et, prenant appuie sur la garde de l’épée d’Yrion, dévia de sa trajectoire tout en se repositionnant pour le coup suivant. Yrion para les deux épées de Sarasin qui venaient de direction différente, et dit :

« La légende était donc vraie… Non, elle était en-dessous de la vérité. Tu es le meilleur escrimeur de l’humanité. Ton agilité et ta précision chirurgicale ne sont plus à prouvé… Mais je suis au-dessus de tout cela ! »

Un sort bleu l’investit et il frappa à toute vitesse. Sarasin voyait quatre épées valser devant lui tant son adversaire allait vite. Il recula et fut acculé contre le bord de la crevasse. Le chronoseigneur tourbillonna et le fit tomber. L’assassin jeta une bombe fumigène avant de chuter, qui explosa. La fumée bloqua la lumière sur un large rayon. Déchirant l’ombre, l’assassin remonta derrière Yrion en toute furtivité et fit un violent mouvement d’estoc pour l’empaler. Le prince esquiva.

« Je vois l’avenir, n’imagine pas me prendre pas surprise. »

Yrion inversa le court du temps pour se téléporter sur le coté, où il était avant, et bondit vers l’assassin. Celui-ci para de dos d’une seule lame.

« Et toi, tu penses pouvoir prendre un assassin à son propre jeu ?

-Ca valait le coup d’essayer. »

Yrion réfléchit à la stratégie à adopter. Sarasin était un assassin surexpérimenté, surentrainé et capable de s’adapter en un éclair à une légion de situation. Son génie tactique ne pouvait être égalé, pas même par un chronoseigneur, et leurs forces étaient trop similaire pour compenser ce désavantage. Yrion allait perdre ce combat. Il fit appel à ses souvenirs, chercha les faiblesses de son adversaire. A bien y réfléchir, il y en avait une. Une seule faiblesse chez cet homme excellant dans l’art de tuer.

« Dis-moi, Sarasin, tu as revu ta femme… Dans l’autre monde ?

-Tu cherches à me déstabiliser ? 

-Je suis si prévisible ? Mais ça ne changera rien. Ta femme est morte. Ta fille Altey aussi. Toutes deux tuées par… Khydal. »

Le roi fit un geste du bras et l’image de Khydal apparut. Sarasin l’estoqua par réflexe.

« A quoi ça t’avance ?

-A rien. C’est juste amusant. »

Il fit apparaître l’image de Davestyne, souriante, puis de son cadavre inerte sur un lit d’hôpital.

« Tu as été incapable de la sauver. »

Puis l’image d’Altey, fracassée contre un rocher.

« Elles se sont battues pour toi, et l’ont payé de leurs vies. Quant à toi, tu n’as jamais pu tuer leur bourreau. Même après des années de traque. C’est le Seigneur-Croc qui l’a tué. Tu en étais incapable. Incapable de porter le coup de grâce au meurtrier de ta femme et ta fille.

-Tu es bien informé.

-Tu caches très bien ta colère. Elles sont mortes en vain. Mais bon, que pouvait-on espérer d’une autiste de dix ans et d’une vampire dominée par ses instincts ? »

Sarasin bondit sur lui, et Yrion para l’attaque.

« Enfin, tu t’énerves. Davestyne était une aberration. Son amour pour toi était aliéné. Une femme de plus de 25 ans qui aime un garçon d’une quinzaine d’années… Ce n’est même plus une couguar, c’était de… »

L’assassin le fit taire en déchaînant sa fureur à grand coup d’épée. Le chronoseigneur dévia chaque coup avec facilité. Sarasin hurla :

« Je ne te permet pas d’insulter l’amour que Davestyne me porte !

-Ce n’était pas de l’amour, juste du désir charnel dû à sa soif de sang de vampire ! Elle ne t’aimait pas comme personne, mais comme réservoir à sang !

-Je vais te tuer !

-Et ta fille, Altey, ne t’aimait pas non plus ! Et elle ne t’aime toujours pas ! A travers son esprit brisé, tu n’es que l’ombre d’un chercheur qu’elle prenait pour son père ! Encore un amour aliéné et creux ! »

L’assassin accéléra la vitesse de ses coups. Yrion pensa :

« Si la colère EST l’allié d’un berserk,c’est l’ennemi d’un assassin. Dès que je critique sa famille, il s’emporte et ses coups deviennent prévisibles. »

Il fit apparaître l’image de Davestyne et d’Altey, qui lui lançaient un regard indifférent. Sarasin enragea et fondit à travers l’ombre, surgit derrière Yrion et dirigea ses deux lames vers la gorge de sa cible. Le Chronoseigneur tournoya en se baissant, esquivant les épées, puis bondit, tranchant Sarasin à la verticale. Le sang gicla du corps de l’assassin, et il s’effondra. L’entaille n’avait pas pu traverser les os, mais ses abdominaux avaient subis de trop lourds dégâts pour lui permettre de continuer à combattre.

« Tu as perdu, Sarasin. Dit Yrion. La colère t’a tué. Je te laisse deux secondes pour me féliciter de ma capacité à m’adapter à mon adversaire. »

L’assassin garda le silence.

« Tu as passé du temps en enfer, pas vrai ? D’ailleurs, c’était cool en bas. Remercie-moi, tu vas y retourner ! »

Une silhouette atterrit violement à coté de lui dans un grand bruit de métal, le chronoseigneur bondit en arrière.

« Surprise. »

 

 

                Améthyste se redressa, et son réacteur dorsal se coupa.

« Un nouveau challenger est présent, mon roi.

-C’est la première fois que tu m’appelles par mon titre. Remarqua celui-ci.

-Un peu de respect pour le roi des cons.

-Tu es… Irritante… »

Il fondit sur elle pour l’estoquer, mais une lame sortit de sa main et para.

« Je te présente Protoxen. Protoxen, dis bonjour. »

Une voix mécanique et agressive répondit :

« Proteste-toi, misérable créature organique !! »

Le roi avait du mal à prendre au sérieux la jeune fille qui, du haut de ses vingt ans et de son corps métallique d’un mètre soixante-cinq, le toisait avec un air supérieur.

« Je n’ai pas l’habitude de me prosterner devant une gamine démembrée, surtout quand je dois baisser les yeux pour la regarder.

-Protoxen, passe en combat rapproché ! »

L’ordinateur répondit : 

« Initiation du programme : Tempête de métal. »

L’épaulière d’Améthyste se souleva légèrement, dévoilant une rangée de petits missiles. Un canon sortit de l’autre épaule. Une mitrailleuse surgit de sa cuisse, et son Canon à Résonnance Nucléaire Echelonné rayonna. Elle dit :

« Je crois que tu as gardé un souvenir amer de mon poison. Tir pestiféré ! »

Le canon envoya un laser verdâtre et les missiles de la première épaule partirent. Yrion dévia les projectiles de son épée, mais les missiles explosèrent automatiquement et de la fumée empoisonnées en surgit. Il sortit du nuage, mais il en avait déjà inhalé. Une douleur à la gorge de prit. Il parvint néanmoins à frapper Améthyste à niveau des cotes. L’épée ne traversa pas l’armure. Il esquiva une partie des tirs de la mitrailleuse et dévia de son arme les autres. Protoxen dit :

« Augmentation du facteur violence ! »

Yrion jura, ralenti le temps et fondit sur son adversaire, déterminé à en finir d’un coup. Améthyste incanta un sort défensif qui parcours l’armure comme canalisée. L’ordinateur dit :

« Intégrité structurelle renforcée. »

L’épée rebondit à nouveau. La sorcière vaudou s’en saisit à pleine main.

« Exécution du programme : Désarmement. »

Yrion récupéra son arme, mais un liquide verdâtre visqueux était sur son épée et descendait dangereusement vers sa main. Il renversa le cours du temps et la fit disparaître.

« Bien essayé. »

Améthyste dit :

« Protoxen, Exécute le programme métal hurlant !

-Bien reçu. Engagement du combat ! »

Elle engagea un combat d’épée à l’aide de sa petite lame. Elle n’avait pas la prétention d’égaler le talent du duelliste, mais le canon sur son épaule fit feu à bout portant. Le roi esquiva de peu. Un autre tir, il le dévia. Le torse de la fille s’ouvrit et des éclats de métal en jaillirent. Il fit tourbillonner son épée dans sa main et les dévia tous. Il fini son mouvement par une esquiva, passa dans le dos de la fille et la frappa de la poignée de son arme sur le casque de celle-ci. La force était si grande qu’elle fut sonnée malgré l’armure, et son corps atrophié ne pouvait supporter trop de choc. Protoxen dit :

« Vous êtes blessé. Souhaitez-vous que je prenne en charge vos fonctions vitales ?

-Non ! Garde tout pour le combat ! La victoire à tout prix !

-Bien reçu. Inhibiteur de violence désactivé. »

Un laser sortit de l’œil gauche d’Améthyste sans crier gare et brûla Yrion sur le dos de la main. Il jura.

« Une petite brûlure ? C’est tout ? »

Il renversa le temps, rien ne se passa. Il l’accéléra pour permettre sa guérison naturelle de la brûlure, toujours en vain.

« Il s’agit de la complainte des damnés. Dit Améthyste. Investie cette force, les blessures que j’inflige sont permanentes et la douleur ne s’en va jamais. Tu as entendu ? La douleur ne s’en va ja-mais ! »

La sensation de brûlure d’Yrion, en effet, ne voulait pas diminuer. L’armure d’Améthyste trembla de puissance, et des rangées de missiles sortirent de part et d’autre. Tous firent feu.

« Commence la charge du vecteur alpha !

-Confirmez l’ordre.

-Ordre confirmé !

-Bien reçu. »

Elle tira au canon un explosif dispersif. Yrion fut touché, et des pustules apparurent sur sa peau.

« Déclenchement des radiations ! »

Elle tira des vagues de rayon nucléaire. Yrion, renonçant à se soigner, esquiva et passa dans son angle mort. Puisant dans sa force magique, il renforça son épée et traversa le ventre d’Améthyste, des circuits en sortirent. Protoxen dit :

« Système principale endommagé, système auxiliaire activé. Evaluation des dégâts en cours. »

Yrion brandit son épée vers le ciel et la Tour du Firmament l’investit d’un sort pour le renforcer encore davantage. Sarasin, qui observait depuis le début, était ébahi.

« Il n’avait pas… Tout donné contre moi… »

Améthyste fit jaillirent des ondes sonores de son canon. Protoxen hurla pour couvrir le bruit :

« Brouillage en cours !! »

Les ondes dévièrent le sort et le dispersa, Yrion fut contraint de renoncer. Protoxen continua :

« Vecteur alpha chargé au maximum ! Exécution du programme : Apocalypse !! »

Une violente onde magique déstabilisa Yrion, qui était déjà malade à cause des sorts précédents, et des runes se dessinèrent sous ses pieds. Il fut saisit par des chaines de sorts, s’agrippant au poison dans ses veines pour mieux le piéger. Elle pointa son canon vers lui.

« Grâce à la puissance de la techmaturgie… »

Les runes apparurent sur le corps d’Yrion.

« Feu !! »

L’immense rayon de puissance parcourut la distance qui les séparait en une fraction de seconde et heurta Yrion de plein fouet. Il para de son arme, mais celle-ci se brisa. Canalisé par les runes et les maladies accumulées sur sa cible, le sort surpuissant provoqua une explosion de type nucléo-magique. Le nuage de fumée se dissipa. Tout ce qu’il restait du chronoseigneur était un squelette encore charnu. Elle tira dessus par précaution, le dispersant. Puis elle s’en approcha, préleva et la chair et fit un test ADN sur son poignet, c’était bien sa cible.

« Avec Chronos, il reviendra. Mais on a gagné du temps.

-Signes de fatigue grave détectés. Lui dit Protoxen. Mise en place des systèmes de soutien des fonctions vitales. »

Elle se tourna vers Sarasin et lui envoya un sort qui cautérisa ses blessures.

« Je ne peux pas te soigner, mais c’est déjà ça. Où est Rubis ?

-Yrion l’avait déposé juste là.

-… Il n’y est plus. »

Elle le saisit par les vêtements et le secoua de toutes les forces qu’il lui restait.

« Où est-il ?!

-Je ne sais pas ! Un autre chronoseigneur a dû le capturer sans que je m’en aperçoive !

-Espèce d’incapable ! Tu ! Tu… »

Elle posa un genou à terre. Protoxen signala :

« Alimentation par magie requise. Retour à la base recommandé.

-Saleté… Je suis épuisée… »

Elle força et se releva.

« Protoxen, tu as l’autorisation de puiser la totalité de la puissance magique jusqu’à ma mort, il faut continuer !

-Calcul des risques… Probabilité de décès : 78%.

-Ca me va ! »

Sarasin tenta de se remettre debout en vain.

« Tu vas te tuer ! Arrête !

-Certainement pas ! Plutôt mourir que de laisser Rubis là où il est !

-C’est pas la question. Attends des renforts, voila tout. »

Une moto surgit à l’horizon dans un nuage de poussière.

« J’ai appelé Jade à la rescousse. »

Le véhicule fondit sur eux, et freina d’un coup sec une fois à leur niveau.

« Alors comme ça, t’as réussi à botter les fesses à Yrion ? Pas mal. Protoxen, ordre prioritaire, retourne à la base. Même contre le gré d’Améthyste.

-Ordre prioritaire reçu. »

Un javelot magique fendit le ciel et toucha Améthyste en pleine poitrine. Protoxen annonça :

« Système de communication vocale détruit. Réacteur dorsale endommagé. Retour à la base impossible. Energie requise. »

Jade jura, ouvrit le réservoir de sa moto, où trônaient trois piles nucléaires, et en tendit une à Améthyste.

« Utilise ça. »

Elle la prit en silence, ouvrit son torse, posa à terre l’une de ses cinq piles nucléaires et y plaça la nouvelle.

« Energie assimilée. Annonça l’ordinateur. Autonomie : Cinq heures hors combat, dix minutes en combat. Vecteur alpha inutilisable. Rappel : La mise en veille des systèmes permettrait la survie du sujet pendant dix jours, immobile, pour recevoir des renforts. »

Améthyste ne semblait pas du tout d’accord avec son ordinateur, mais ne pouvait l’exprimer sans son système vocal. Même les enceintes de Protoxen, situées sur les cotés de son col, lui étaient inutile. Elle sautilla d’énervement.

« Calme-toi. Lui conseilla Jade. Tu dois économiser ton énergie. »

Elle lui ouvrit le corps et trafiqua les circuits, puis referma.

« Je peux désormais t’entendre dans mon oreillette, mais personne d’autre. Grimpe sur ma moto. Sarasin, je te laisse là ?

-Pas de soucis. Le boss va refaire le portrait à Chronos et me tirer de là. Allez chercher Rubis. »

La moto démarra avec un peu moins d’entrain, et fonça vers la tour.

 

                Le Seigneur-Croc s’écrasa au sol visage en avant. Son arme lui échappa des mains et glissa à quelques pas de lui. Il tendit le bras vers elle lorsque Chronos lui marcha sur la main. Le guerrier contint un râle. Le dieu lui dit :

« Déjà fatigué ? »

Il jura. Il était en sang, son armure était couverte de liquide écarlate. Il tenta de se releva, mais Chronos lui donna un coup de bâton sur le dos.

« Tu fais moins le malin sans ton berserk, hein ?

-Je vais… Te tuer ! »

Il mit un pied droit et tenta de se relever. Chronos s’empara de l’Oblitération en lui donna un grand coup de pied au visage. Le guerrier s’effondra de nouveau.

« Jolie épée… La plupart des méchants font un long discours avant de tuer le héros, comme ça, celui-ci trouve le moyen de s’en sortir. Moi, je ne ferai pas cette erreur. Je vais te tuer sur-le-champ. Tu as fait une grave erreur en venant m’affronter seul. Sans personne pour provoquer ta colère. »

Il brandit l’arme surdimensionnée vers le ciel et l’abattit sur le guerrier. L’Oblitération rayonna, et dévia sa course.

« Mon arme n’obéit qu’à moi. Sourit le guerrier.

-Un sursis de quelque secondes. »

Il incanta un sort.

« A moi le pouvoir de la Lumière !

-De la Lum… Quel idiot ! »

Il dégagea une onde de choc magique qui fit reculer le dieu d’un pas. Des flammes noires l’entourèrent.

« J’avais oublié que grâce à ça, j’ai accès à une plus grande partie du pouvoir de la Mort.

-Tu es… Particulièrement stupide, tu le sais ça ?

-Et toi, qui a oublié de m’achever à terre à force de blablater, tu es quoi ?

-Sans colère, tu n’as pas assez de puissance. Tu ne peux pas me battre sans le pouvoir de ta folie ! »

Le guerrier serra les dents de rage, car c’était vrai. Il chargea en criant :

« On va voir ça ! »

 

                Les filles arrivèrent au pied da la Tour du Firmament. L’édifice perçant les nuages dégageait une aura magique oppressante, même pour ceux qui n’y était pas sensible. Jade se frotta le bras comme si elle était engourdi.

« Ce truc… Est maléfique. Je peux le sentir sur ma peau. »

Elle se tourna vers Améthyste, qui avait une tête de revenant. Celle-ci lui dit à l’oreillette.

« Ca va ?

-Cette aura… C’est comme si elle me tuait à petit feu. Il faut faire vite, ou ma conscience va être broyée… »

Elles descendirent de la moto. Améthyste claquaient des dents, mais son corps ne trahissait rien. Une rangée de missive sortit de son épaule, et son canon commença à charger de l’énergie. Jade dégaina ses doubles-lames. Elles approchèrent d’une sorte de cercueil de verre. Yrion était dedans, Améthyste le pointa du canon.

« Inutile. Fit une voix un peu plus loin. Yrion n’est pas réellement devant vous, il n’est pas encore inscrit dans notre réalité temporelle. Pour le moment, il se régénère grâce au seigneur Chronos. J’ai d’ailleurs vu votre combat, très impressionnant. Dommage, tu m’as l’air… Fatiguée. »

Sedah sortit de l’ombre.

« Encore elle… Jura Améthyste.

-Yrion, Falo et moi-même constituons le corps d’élite de l’armée du seigneur Chronos. Donc oui, je serai toujours là. Et quand bien même vous me tueriez, je me retrouverai dans un cercueil en  verre comme celui-ci et je reviendrai me venger une demi-journée plus tard.

-Je sais. Répondit la sorcière vaudou. C’est pour ça que j’ai pris les mesures nécessaires. Regarde la tête de ton pote. »

Yrion grimaçait dans son coma. Ses blessures disparaissaient, puis réapparaissaient.

« Il lui faudra bien plus de temps pour sortir. Et même une fois dehors, il sera toujours ainsi.

-La complainte des damnées… Tu es plus dangereuse qu’il n’y parait. Mais tu n’as plus la force d’exécuter cette technique contre moi. »

Elle dégaina ses deux épées longues, respira et fut investit de la puissance de ce lieu. Ses cheveux mi-longs blonds s’allongèrent jusqu’au bassin, et devinrent brillant comme de l’or. Ses traits du visage s’affinèrent, ses épées rayonnèrent légèrement. Elle grandit pour atteindre un peu moins de deux mètres. Améthyste la visa.

« Où est Rubis ? Réponds ! Dit-elle en vain puisque seule Jade l’entendait.

-Il est juste là. »

Elle désigna un autel où il était allongé. Un sort bleu l’entourait pour extraire le Phénix.

« Ce sera fini d’ici dix minutes. Lorsque le Phénix l’aura quitté, le sceau s’effondrera sur lui-même et le tuera. Ton père est retenu par Chronos, vous êtes retenu par moi. Netal s’est enfuit et ne vous aidera pas. Et enfin, une petite surprise… »

Un éclat bleu les éblouit l’espace d’un instant, et laissa place à Ixel.

« Enfin un allié ! Fit Améthyste.

-Je ne pense pas. Répondit Jade. Il ne serait pas venu seul. On a un nouvel ennemi. »

Son armure était la même, mais le symbole antique sur son cœur avait changé. Avant, c’était celui de la cruauté. Maintenant, c’était celui du temps. Il dit :

« A l’instant où Chronos a posé la main sur l’anneau, j’ai compris  que ma place était à ses cotés.

-Je ne vais pas chercher à te raisonner. Lui répondit sèchement Jade. Je ne vais même pas te demander de t’écarter de mon chemin. Je ne le fais pas parce que je vais te marcher dessus, et je vais passer.

-Sale gamine arrogante… A qui crois-tu parler ? »

Il se mit en garde. Jade aussi.

 

                Améthyste regarda Sedah. Son niveau d’énergie était sur son écran interne. Bien trop bas pour tenter quoi que ce soit. Elle grinça des dents. Ne trouvant pas d’angle d’attaque, elle jeta un regard à Jade. Celle-ci avait commencé le combat mais ne dominait pas vraiment. Inutile d’espérer de l’aide, maintenant ou après leur combat, pour peu que Sedah ne l’ait pas tué d’ici là. Un trait lumineux s’abattit soudain sur la chronoseigneur et la toucha à l’épaule. Le projectile venait d’un petit vaisseau de la flotte de Jade.

« Surprise !! Cria Stellios Lugentes en tirant d’autres salves.

-‘Deuil !

-J’ai abandonné ce titre ! »

Sedah dévia les autres flèches et répondit :

« Nous aussi, on a une surprise pour toi. »

Une violente détonation résonna, du sang gicla de la cote de l’archer.

« On a aussi un sniper, tu t’en souviens ? »

Celui-ci était au dernier étage de la Tour du Firmament. Dans le flot d’énergie de l’édifice, ses armes étaient d’autant plus mortelles. A plusieurs kilomètres l’un de l’autre, ils sautaient et tiraient comme s’ils étaient en combat mi-distance.

 

                Rubis était toujours au même endroit. Il sentait la chaleur au fond de lui partir. Dans son esprit, le Phénix hurlait de douleur. Tout était noir, seuls quelques reflets de flammes éclairaient son esprit vide. Les ténèbres l’engloutirent.

 

                Le vaisseau de Stellios Lugentes perdit le contrôle et s’écrasa.

 

                Toujours plus de ténèbres. La mort. L’absence de vie. L’absence de mouvement. L’absence de lumière. Tout ce qu’il ressentait, c’était l’absence. Et une seule présence.

 

                Sedah trancha un bras à Améthyste, esquiva un tir vaudou, se rapprocha et la décapita. Les circuits imprimés jaillirent et la tête tomba. Protoxen annonça sa mise en veille.

 

                Il restait quelque chose, alors que le Phénix disparaissait. Il restait les ténèbres dans les ténèbres. Un œil rouge sang le regarda.

 

                Jade prit une balle techmaturgique dans l’épaule. Sedah se mit à coté d’Ixel. Elle jura.

 

                Cet œil rouge semblait déçu. Un autre œil s’ouvrit.

« Qu’attends-tu… Mon enfffffant ? »

 

                Ixel leva son sabre démesuré vers le ciel et l’abattit vers Jade. Une lance de ténèbres le bloqua. Une chaleur sèche attira leur attention. Rubis s’était relevé. Pourtant, le Phénix était bel et bien capturé. L’oiseau mythique était enfermé dans la Tour du Firmament. L’ange de feu dégoulinait de flammes noires comme liquide. Un feu visqueux le masquait. Il n’avait pas d’ailes, non, mais il avait une queue. Seuls ses yeux pouvaient être distingués dans cette silhouette noire. De grands yeux vides et sans pupille.

« Un sceau vide aurait du s’effondrer. Dit Sedah.

-C’est le Basilic. Lui dit Ixel. Le sceau n’est pas vide, il y a juste une personne de moins dedans.

-Mais le Basilic n’est pas si fort ! Il n’a même pas de flamme !

-Le Basilic est un parasite. Pendant des années, il a dû drainer l’énergie du Phénix comme une sangsue. Ce qui m’intrigue, c’est qu’un surplus d’énergie n’aurait pu être contenu. Il a donc… Dépenser l’énergie. Mais dans quel but ? »

 

                Les deux yeux rouges sang fixaient Rubis. Une flamme noire éblouit le jeune homme un court instant, et dévoila l’immense silhouette du Basilic. 

« Tu veux la puisssssssancsssssse ? Je vais te donner la puissssssssancssssssse… »

 

                Rubis para le grand sabre d’Ixel  de l’avant-bras, esquiva une balle techmaturgique et attaqua Sedah. Il tourbillonna et envoya des vrilles de ténèbres à ses ennemis. Ses poings grossirent pour devenir de grandes mains griffues faites d’énergie ténébreuse. Il repoussa Ixel d’une poigne gigantesque, mais Sedah passa derrière lui et l’estoqua de dos. La lame ne traversa pas entièrement, mais Rubis semblait bien ressentir la douleur. Il hurla, d’une voix déformée et surpuissante. Il se courba comme s’il avait mal, et d’immenses ailes noires décrépies surgirent de son dos masqué par les flammes noires comme du goudron. Il tourbillonna pour se protégé d’une balle, repoussant Sedah et fondit sur Ixel. Celui-ci disparut et frappa Rubis à la gorge. La lame immense le transperça, mais le guerrier de flammes se dégagea. Il semblait immortel, malgré ses cris de douleur et ses gestes devenus saccadé par la douleur. Il regarda en haut de la tour et y jeta un projectile noir, qui explosa en vol, percuté par une balle. Une autre le toucha au front et le projeta à terre. Il se releva péniblement pour se faire attaqué par Sedah. Il gronda et frappa le sol comme un gorille en colère. L’intensité de la lumière diminua. Rubis dégagea une sorte de brouillard qui masquait le soleil. Dans cette obscurité de plus en plus forte, il continua de frapper comme s’il voyait dans le noir. Le soleil étouffa, et ils furent plongé dans les ténèbres. Ixel d’en avait cure, il fondit sur Rubis et le frappa à plusieurs reprises à l’aide de son sabre géant, lui permettant de rester hors de portée. De nouveaux hurlements se firent entendre dans le noir. Puis le brouillard se déchira violement. Un halo de lumière fendit les ténèbres. Rubis, se tenant droit comme la justice avait perdu ses flammes noires, remplacée par une aura de lumière blanche. Ses grandes ailes étaient aussi blanches, pures et plumeuses. On distinguait enfin son visage et ses pupilles. Il sourit. Sedah, sans se démonter, l’attaqua de front. Le jeune homme fit apparaître une épée d’archange dans sa main pour parer, au lieu d’utiliser son pugilat habituel. Il esquiva un autre coup et contrattaqua. Toucha son ennemi à la hanche, il traversa l’armure et la blessa sérieusement. Il tendit sa main vide vers Ixel et une main spectrale, luisante de lumière pure, le renversa. Une nouvelle balle fut tirée vers lui, une disque de ténèbres la bloqua. Ses pustules rouges apparurent sur le coté droit de son visage. Son épée fut engloutie par de nouvelles ténèbres, remplacée par une main griffue surdimensionnée. Il s’en servit pour bloquer une attaque d’Ixel. De son autre main, il fit apparaître une lumière pure et éclatante qui aveugla le guerrier d’un ancien temps, et le transperça de sa main noire. Ses pustules de son visage disparurent soudainement, emportée par une douce lumière, ne laissant derrière qu’une cicatrice dorée. Désormais, au-dessus de sa tête trônait une auréole de flammes blanches. Jonglant entre la lumière et les ténèbres, le jeune homme frappa Sedah, encore à terre, de ses deux mains portant des énergies opposées. Aussitôt, il s’envola vers le haut de la tour et arriva devant le sniper. Il avait parcourut les trois kilomètres de haut de la tour en une fraction de seconde. Il saisit à la gorge son ennemi de sa main noire ténébreuse et lui écrasa les cervicales, avant de rejeter le cadavre en contrebas. Il redescendit et atterrit violement, percutant le sol sans amortir sa chute malgré ses ailes, d’ailleurs une était encore pure, et l’autre ténébreuse. Les deux éléments opposés disparurent dans un choc de flamme.

« Je ssssssuis… Sssssalamandre ! »

Il eu un spasme, comme s’il frissonnait, puis dit :

« Impressionnant… »

Il s’approcha de la tête décapitée d’Améthyste, qui le regardait avec un air dubitatif, ne sachant pas vraiment à quoi s’attendre.

« Eh ben, tu es venue me sauver… Juste avec Jade ? Chérie tu as… Perdu la tête ? »

Améthyste n’arrivait pas à croire ce qu’elle avait entendu. Elle sourit, articula dans le vide, puis jura en silence.

« Ne sois pas vulgaire, bordel. Lui répliqua Rubis. Oui, je lis sur les lèvres… Non, oui… Non… Parle pas aussi vite ! D’accord, je te raccroche. Non, dans le genre furtif t’en ferai pas bonne usage. C’est pas le moment d… Parle pas de ça devant les gens. On verra ce soir. »

Il la prit sous le bras, s’approcha du vaisseau de Stellios Lugentes et le souleva d’un seul bras. L’archer était un peu sonné, mais pas blessé. Rubis dégagea le tas de ferraille d’un geste désinvolte.

« Quelle force… Fit la victime libérée. On jurerait ton père, sans vouloir te vexer.

-Mon père n’a pas la tête de sa femme sous le bras.

-… C’est une façon de voir les choses. Je-…

-Salamandre !

-Euh pardon ?

-Rien, ça m’a échappé. »

L’archer haussa un sourcil, mais haussa les épaules et se releva. Jade se tenait l’épaule en serrant les dents, mais elle tenait toujours debout. Elle annonça d’un air sceptique :

« T’es en train de me dire… Que t’as pulvérisé Ixel, Sedah et l’aut’ sniper tout seul et qu’en plus, t’es sain d’esprit à la fin, et que, de surcroit, t’as encore de l’énergie à revendre ?

-J’ai pas dit ça. Je l’ai fait. »

Il s’étira calmement.

« Mais l’heure n’est pas au réjouissance. Chronos a eu mon phénix. Je ne sais pas comment le récupéré, maintenant qu’il est dans cette tour. D’ailleurs, je sais pas d’où me vient ce Salamandre !! Pouvoir et ce con de tic, là, de gueuler Salamandre comme ça.

-Je sais pas mais c’est rigolo. Articula en silence Améthyste.

-T’es la seule à trouver ça Salamandre !! Mais mince. »

Jade lui jeta un regard amusé. Le voir parler seul à Améthyste, qu’il était seul à entendre, était assez drôle. Son oreillette étant cassée, même elle n’entendait rien. Rubis lui posa sa main sur son épaule blessée.

« Hey !

-Waouille ! Ca fait mal !

-Ah ah, je sais. »

Il incanta un sort et la blessure se résorba, rejetant tranquillement la balle. Jade hallucina.

« Queuah ?! Depuis quand tu maîtrises les soins magiques ?

-Hm ? ‘Sais pas. M’en tape.

-Tu pourrais retaper Améthyste ?

-Faut pas abusé. Si je fais ça, son corps va pas réapparaître. »

Il passa sa main sous la gorge d’Améthyste et ne fit que guérir les quelques plaies qui s’y trouvaient.

« Et dans les ténèbres ? Tu peux faire quoi ? Demanda l’archer.

-‘Sais pas non plus. Je crois juste que si je… »

Il pointa du doigt la tour et un rayon de ténèbres violent partit, percutant le champ de force qui l’entourait.

« Oups.

-Je rêve ou t’as changé de personnalité ? T’es plus désinvolte, plus cool.

-Peut-être. Améthyste dit qu’elle aime bien ça.

-Tu sers d’interprète ?

-Ben je Salamandre ! C’est chiant ce truc ! Et ça fait rire Améthyste. C’est parce que je peux lire sur les lèvres. Elle se moque de moi là. Là elle dit qu’elle est stupide et qu’elle s’excuse. »

La désignée grogna et vociféra silencieusement qu’elle n’avait jamais dit ça.

« Je vais aller voir comment s’en sort papa. Vous, rentrez.

-T’as aucun ordre à me donner. Répliqua Jade du tac au tac. Je suis venue parce que… »

Rubis lui jeta un regard assassin.

« Exécution ! »

Elle tressaillit et avant de le réaliser, elle avait déjà prit Améthyste sous le bras après avoir récupéré le reste de Protoxen et était partie sur sa moto. Le jeune homme lança un regard à l’archer.

« T’as plus de vaisseau, hein ?

-Ben du coup non.

-Bon, reste là à faire le guet. Je revie-Salamandre ! C’est pas possible !

-Moi je trouve ça marrant. »

Rubis déploya ses ailes, qui semblait plus brillante, mais dont les flammes étaient moins vives. Il décola pour rejoindre son père.

 

                Le Seigneur-Croc fut projeté dans les airs mais atterrit sans mal. Il perdait son souffle, mais Chronos aussi.

« On se bat depuis avant l’aube, quand on a commencé à courir après l’anneau. Je commence à fatiguer… Déclara l’empereur à bout de force.

-Je dois bien reconnaître… Que j’ai besoin de recharger mes batteries… Mais il m’en reste assez pour te porter le coup de grâce ! »

Le guerrier dévia le coup et riposta d’un coup d’épée sans force dans les abdominaux de son adversaire. Ils soufflèrent.

« Raté. Ricana le Seigneur-Croc.

-Je te l’accorde. Mais tu ne peux pas l’emporter. Regarde, tes flammes noires s’éteignent. Si tu veux me battre, tu dois renoncer à ta raison. Tu dois te laisser submerger par la colère. Retourner à l’état sauvage. Mais vu que dans cette transe, la folie t’as poussé à faire ce que tu n’as jamais été capable de faire quelle qu’en soit les circonstances… Frapper Crystal… Je doute que tu prennes à nouveau ce risque.

-Me rappelle pas de mauvais souvenir.

-Cet épisode m’a laissé à moi aussi un mauvais souvenir. Quand tu as osé de dire droit dans les yeux ‘Entre Seigneur-Croc et Seigneur Chronos y’a qu’une syllabe de différence’, en prétendant que c’était le fruit d’une intense réflexion.

-J’ai encore réfléchi depuis. Et j’en suis arrivé à une conclusion bien plus transcendante. Un serpent, c’est pas si long si tu enlèves la queue.

-… Tu me tues. »

Le guerrier chargea.

« Avec joie !

-J’l’ai cherché, celle-là. »

Il para l’Oblitération de son bâton, et repoussa l’assaillant sans trouver la force de riposter.

« Inutile.

-Ben quoi, ça valait le coup d’essayer. »

Un sifflement aigu se fit entendre. Soudain, Rubis arriva entre les deux dans une avalanche de flamme vives et éclatantes, très blanches, comme si ce n’était pas vraiment du feu. Son père le regarda d’un air incrédule, il était changé. Au lieu de son air sérieux, son fils arborait le regard moqueur d’un chat amusé. Il s’approcha.

« Rubis ?

-Salut papa, comment ça va ?

-Qu’est-ce qui t’arrive ?

-Faut que je te raconte, j‘étais en train de Salamandre ! Ah pardon, je peux pas retenir ces cris. »

Chronos posa un genou à terre.

« La Salamandre ? Cet animal mythique qui vit dans les flammes et meurt aussitôt qu’elles s’éteignent ? Alors… »

Rubis s’approcha sans peur du dieu et lui lança d’un air amical.

« T’as l’air d’en savoir un rayon sur le sujet, ça te dit pas de me raconter ?

-Hé, pourquoi pas après tout. Le Basilic a drainé pendant des années l’énergie du Phénix. Lentement, furtivement. Et il a abordé sa mue. A force de se gorger d’énergie brûlante, le Basilic est devenu… La Salamandre ! A l’époque des dragons, lorsque ceux-ci bannirent le Basilic, il faut savoir que celui-ci était le dernier descendant de leurs ennemis jurés les Salamandres. Il ne c’était encore jamais manifesté avant car, après tout, le Phénix était encore là pour faire le travail. Et vous ne vous êtes jamais douter de rien… Mais maintenant que le Phénix est parti, la Salamandre a prit sa place. Incarnant la folie et l’enfer brûlant, il a détourné la personnalité de Rubis. Légèrement, bien entendu, disons qu’il est juste moins sérieux.

-Merci. Sympa de raconter. T’es moins un connard qu’avant. Mais tu restes un connard un peu quand même que presque pas tout à fait peut-être. 

-Si ça t’amuse. De toute façon, si Salamandre est sortit, alors c’est que le Phénix m’attend gentiment dans la Tour du Firmament. Vous pensez pouvoir la détruire avant que j’y arrive ? Hé hé hé. Le champ de force est très puissant.

-On a pas encore évoqué l’éventualité de combattre. »

Il lui donna un coup de boule, ce qui se montra plutôt efficace. Il fit un pas en avant et frappa le dieu au ventre, recula pour esquiver le bâton et lui colla un gifle monumentale. Il fit un sourire amusé.

« C’est trop marr-Salamandre ! Hé Chronos t’as rien contre ce tic, là ?

-Espèce de… De…

-De gougnafier ? D’infâme saloperie ? D’ordure recyclable ? D’indubitable bite ? D’accordéoniste unijambiste ? De trompettiste subaquatique concupiscant ? »

Son père ne put retenir un sourire en pensant ‘Améthyste va l’adorer maintenant’. Le dieu débarrassa le plancher direction la tour. Rubis soupira.

« Il est vexé ?

-Pourquoi tu ne le poursuis pas ?!

-Tu as peut-être l’impression que je lui mets la raclée de ses beaux jours version salamandre, mais c’est parce qu’il est tellement crevé qu’il met plus un pied devant l’autre. Je peux pas l’éclater, pas encore. Et si je le poursuis, il y a une chance non nulle que ce type récupère le phénix et utilise cette force  pour me démembrer façon puzzle.

-Ta façon de parler est… Surprenante.

-Tu comptes me punir ? Tu –Salamandre ! Tu n’as aucun pouvoir ici.

-Ah ah, non pas vraiment. Qu’est-ce qu’on fait pour Chronos ?

-On prie très fort.

-Et tu comptes prier qui ?

-‘Sais pas. Mais personne n’est athée sous le feu ennemi. Faudrait deman-Salamandre ! Demander à Netal ce qui va se passer là. Parce que avec le Phénix, ça va chauffer. »

Une explosion d’ombre apparut à coté d’eux et Netal apparut.

« On m’appelle ?

-Oui, à propos du Phénix.

-Lui ? »

Il leur tendit un orbe où le Phénix était enfermé. Elle émettait une vive lumière chaleureuse.

« Tu l’as enfermé ? Demanda Rubis.

-Il est consentant.

-Syndrome de Stockholm ?

-Je ne sais pas pourquoi tu as changé de caractère comme ça, mais Améthyste va adorer. Tu m’explique ?

-Eh bien je -Salamandre !

-D’accord j’ai compris.

-Chronos va être furieux façon salamandre, donc je propose de pas rester là. Je suis sûr qu’il enrage… Hi hi… Ce dieu, c’est un con.

-Ce con, c’est un dieu. »

Netal leur ouvrit un portail ténébrant.

« Vous venez ? »

 

                Arthémis tira sur la chaine de son poignet en jurant.

« Pourquoi je dois subir ça ?

-T’es mon prisonnier, je prends des mesures. Lui répondit le Ténébreux. T’es quand même un allié de Chronos. »

Celui-ci l’avait attaché dans le coin de la pièce, lui laissant assez de chaine pour atteindre le lit, une table et une bibliothèque.

« Je veux de meilleurs vêtements ! Ordonna Arthémis.

-T’es pas en position de me donner des ordres. De toute façon, on en a pas.

-Alors rends-moi mon armure !

-Et pourquoi pas ton épée tant que tu y es ?! »

Le guerrier noir se coucha sur le lit.

« Dernière question… Dit le captif en contenant sa rage.

-Hm ?

-Pourquoi tu dors dans le même lit que moi ?! »

Le Ténébreux lui donna un coup de poing sans force sur le sommet du crâne.

« Pour te tenir à l’œil, quelle question. C’est une pratique courante dans l’empire Otrajyd, les soldats qui s’entasse à trois dans un lit simple. La, c’est un lit double. T’as aucune raison de te plaindre.

-Je… Je suis mal à l’aise !

-Je comprends. Tu préfères les geôles j’imagine, avec la vermine et la saleté. Quand je pense aux efforts que j’ai fait pour que tu puisses dormir dans mes quartiers plutôt que dans les oubliettes.

-C’est choisir entre la peste et le choléra ! Qui me dit que tu vas pas me sauter dessus ?!

-J’ai déjà dormi avec un nombre incalculable de soldat sans leur sauter dessus. Tes préjugés, tu te les gardes ou je t’en colle une. »

Il s’allongea et souffla la bougie de la table de chevet.

« Tu te couches quand tu veux. Au fait, je voulais te demander…

-Attention, je suis armé d’un livre.

-Si tu te réveillais en pleine forêt avec un homme endormi dans tes bras, tu en parlerais à quelqu’un ?

-Certainement pas, j’aurai trop honte…

-… On va faire du camping ? »

Arthémis lui lança toute l’étagère dessus. Le Ténébreux la réceptionna avec habilité et la reposa au sol sans qu’un livre en tombe.

« Ah ah ah ! J’ai pas pu m’en empêcher !

-Je déteste cet endroit ! Ce château est glauque.

-C’est pas le même style de Wyrim, c’est sur.

-Et c’est bruyant dehors.

-Entrainement d’intervention nocturne. Rien de terrible.

-Et j’ai froid.

-Toi ? Le combattant des glaces, t’as froid dans un pays chaud ? Il fait vingt degré ! Peut-être plus !

-J’ai froid à l’intérieur. Je me sens loin de ce qui m’est cher.

-Quand t’aura fini de philosopher, hein… »

Le guerrier noir s’étira. Arthémis regarda par la fenêtre d’un air désespéré.

« Dis-moi que mon pays est sauf.

-C’est Akyssen qui l’a défendu. Pas de soucis. J’ai eu la confirmation par Netal. »

Ca faisait plus de deux jours que le roi n’avait pas dormit, mort d’inquiétude. Il ressentit un profond soulagement qui le fit s’assoir sur le lit. Il s’allongea.

« Et tu restes loin de moi.

-Tu vas finir par me vexer, et là je te colle aux mains des soldats en exercice pour qu’ils se servent de toi comme punching-ball ! C’est vraiment chiant de voir cette peur dans ton regard et tes paroles ! Je suis pas un animal, bordel !

-Désolé, je ne voulais pas…

-C’est pas parce que je suis homo que je vais te sauter dessus, fourre-toi ça dans ton crâne vide !

-Je sais ! Mais c’est pas le problème !

-… Hein ? C’est quoi alors ?

-C’est que… Tu es amoureux de moi ! »

Le roi était rouge écarlate. Le guerrier resta figé un instant, puis déclara d’une voix faible.

« Qui est l’enfant de putain qui a trahi le secret…

-C’est toi. Je n’étais pas évanoui quand tu l’as annoncé à ton empereur, à la bataille navale contre la flotte de Jade.

-… Maintenant tu vas faire un blocage sur moi, sans que j’ai pu te séduire… Je haïs ce monde. Mais je ne pouvais pas te taper plus fort… »

Il essuya une larme silencieuse. Arthémis sentit une vive douleur dans la poitrine.

« Ne… Ne pleure pas à cause de moi, s’il te plait. Tu as toujours était un ami qui…

-J’en veux pas de ton amitié ! Bordel !! Mais je demande trop. Je demande toujours trop. Ma place, c’est sur un champ de bataille à agiter mon gourdin jusqu’à crever. Les jolies choses, c’est pas pour moi. Je ne connaitrais que la violence… Même le Seigneur-Croc a eu droit à de l’amour ! Pourquoi pas moi ?! Qu’est-ce que j’ai fait au ciel pour mériter ça ?! »

Il se retourna et se cacha sous la couette.

« Je haïs ma vie. Une vie de devoir, de sacrifice… Et d’ingratitude. »

Il prit son épée et la jeta sur la chaine d’Arthémis, le libérant.

« Casse-toi. C’est la seule chose que je peux faire pour toi. Disparais. Et laisse-moi. »

Le roi de Wyrim resta paralysé. Il se redressa, hésita, puis prit la main du Ténébreux en rougissant.

« Arthé… ?

-J-Je nierai avoir fait ça…

-Tu… Rien. Ne bouge pas. »

Le guerrier noir se retourna vers lui en serrant sa main.

« Merci Arthéchou…

-C-ca va pas de m’appeler comme ça ?!

-C’est mignon, non ?

-Ce… Cette conversation n’a jamais eu lieu… »

Il resta bloqué dans sa position.

 

                Vers midi, les deux hommes ne s’étaient pas réveillés. Un général entra dans la chambre et, ignorant totalement le fait qu’ils s’enlaçaient, secoua doucement son supérieur.

« Ténébreux ! Dit-il à voix basse, on a ! Besoin de ! Vous !

-Casse-toi… Sérieux casse-toi, ou je te tue. »

Le général souffla.

« La mère ! D’Arthémis a ! Débarqué comme une furie ! Avec ! Un groupe d’une dizaine de ! Soldats armés, on la ! Capture et on tue ! Les autres ?

-Qu-quoi ? »

Celle-ci entra tel une tornade et ouvrit les rideaux d’un coup pour faire entrer la lumière. Arthémis, encore endormi, se jeta sous la couette et dans les bras du Ténébreux.

« Qui ose perturber mon sommeil ? Dit-il d’une voix colérique.

-Arthémis ! Dit-elle, debout ! C’est ta mère !! »

Celui-ci se redressa brutalement.

« Que… Mère ?!

-Mon pauvre chou… Ils t’ont fait du mal ? »

Le général soupira.

« Non, et c’est pas normal. Vous êtes des ennemis, vous avez rejoint Chronos !

-Je sais, je vais gronder mon fils, quand je m’assurerai que votre sous-disant champion ne lui a rien fait ! »

Celui-ci se leva et empoigna son épée. Il était en chemise noire et en short, à cause de la chaleur du pays. Il déclara d’une voix autoritaire :

« Alors pour commencer, vous allez vous calmer fissa ou j’vous coupe un bras ! Ensuite, les Otrajydiens ne sont pas des animaux barbares ! Nous ne lui avons rien fait ! C’est un prisonnier de guerre.

-Mais mon pauvre enfant a dû dormir dans le même lit que quelqu’un ! C’est la première fois de toute sa vie !

-Oh la vache… Laissa échappa le guerrier. Chez nous, par manque de place, c’est classique. Faut dire que nous, on a pas un château à quatre mille mètres d’altitude avec des joyaux partout et le petit déjeuner au lit.

-Et vous prétendez ne pas être des barbares ! Vous ne prenez que trois bains par semaine, vous vous entassez comme des animaux dans une étable, vous… »

Arthémis lui coupa la parole.

« Ca suffit !! Je ne saurai tolérer qu’un ami se faire insulter ! Pas même par vous ! Le Ténébreux m’a offert ses quartiers pour m’épargner les geôles, je lui en suis très reconnaissant ! Et vos préjugés sur ce pays fait honte au nôtre !

-Tu… Tu défens cet homme ? Mais…

-Oui ! C’est un ami, et… »

Il regarda celui-ci dans les yeux et se bloqua. Il sentit ses joues rougirent.

« Et… Euh… »

Impossible d’en détourner le regard. Le Ténébreux posa son arme.

« Vous arrivez dans le palais impériale en tant qu’ennemie, avec des soldats, et vous m’insultez moi et ma patrie ? Si vous n’étiez pas la mère d’Arthémis, je vous aurais fait exécuter. Je pensais que les Gaeh avaient une éducation irréprochable. Si Arthémis en est l’exemple, vous en êtes le contre-exemple. »

La mère grinça des dents. Elle passa sa main dans ses cheveux noirs et redressa sa broche.

« Très bien. Je vais partir. Viens Arthémis, on rentre.

-Non… Je ne peux pas partir…

-Pourquoi ?!

-Je… Je veux pas… »

Le Ténébreux le coupa.

« Parce que vous pensez pouvoir nous prendre un prisonnier de guerre avec la bouche en cœur et une poignée de main ? Gardes, saisissez cette folle et ramenez-la de force à la frontière, elle et ses soldats. Et si certains résistent, utilisez la force ! »

Le général sortit une corde de sa ceinture et la ligota. D’autres soldats Otrajydiens affluèrent et mirent aux arrêts les autres. Elle sortit de force. Le Ténébreux s’assit sur le lit.

« Je ne peux pas te laisser repartir ouvertement. Mais tu peux partir par la fenêtre, je dirai que tu t’es évadé.

-Non, je veux rester avec toi… Mais officiellement, je suis ton prisonnier. »

Le guerrier sourit.

« T’assume que dalle, hein ?

-C-c’est pas vrai… »

Un faucon entra par la fenêtre. Avec près d’un mètre d’envergure, il surprit les deux hommes. Il se posa sur le dossier d’une chaise et désigna sa patte où était un message. Le Ténébreux lut :

« Cher ténébreux et enfoiré d’Arthémis

Ici Rubis. Ca va ? Moi ouais. D’enfer. J’ai passé la nuit avec Améthyste, ce que je lui ai mis au poker, elle qui se pensait invincible. Du coup elle a perdu un pari, elle va devoir se balader toute la journée avec des oreilles de chat. Ca va être marrant.

On va avoir besoin de vous. D’ailleurs Ixel est passé à l’ennemi. On s’en fout ? Ben oui. De toute façon personne ne l’aimait. Dans le camp de Netal, personne n’aime personne.

Chronos a l’anneau et m’a dépossédé du Phénix mais n’a pu le prendre (la flemme de vous raconter). Grosso modo, Netal a proposé de tuer tous les habitants d’un pays pour se gorger d’âme et accroitre sa puissance, et c’est tombé sur Wyrim, puisque c’est un pays que c’est un ennemi ou pas loin enfin presque si on peut dire ou peut-être pas ? Donc, enfoiré d’Arthémis, ramène tes miches avant la nouvelle lune (Mardi) pour contester Netal ou tu seras le roi de que dalle.

Sinon on peut tuer l’empire Otrajyd y’a plus de monde mais ça passera moyen du coté du Ténébreux, non ?

Si t’as d’autres idées, on prend.

Salamandrement vôtre, Rubis.

PS : On n’en a pas encore parlé à Akyssen, alors ta gueule. »

Le ténébreux tendit la lettre à Arthémis qui blêmit.

« Anéantir Wyrim ?! Ils ne peuvent pas être sérieux ! C’est un faux billet ! Rubis n’écrirait jamais de cette façon, d’abord ! La syntaxe n’a rien à voir avec lui ! Et c’est quoi ça, salamandrement vôtre ? Cette information est falsifiée !

-J’ai bien peur que non. Répondit le Ténébreux. Enfile ton armure, chope ton épée, en se met en route. Rubis est anormal, prépare-toi au pire. Il se peut que le Basilic ait prit possession de lui. Soldat ! »

Un garde entra.

« Champion ?

-Faites préparer deux chevaux, je dois amener Arthémis à Rubis.

-… Ils sont pas de l’autre coté de l’océan ?

-Excellente remarque… »

Le guerrier frappa du poing sur la table qui céda.

« Le voyage prendra plus d’une semaine ! Comment on peut faire ? »

Un bruit de réacteur se fit entendre. Il ouvrit les rideaux d’un coup, un vaisseau techmaturgique les attendait. Il n’y avait ni commande ni pilote. Une voix leur dit :

« C’est un drone. Grimpez.

-Cette voix ? Améthyste ?

-Yep. Je vous parle depuis l’Auréole Ardente. Alors ?

-C’est toi qui a écrit la lettre ?

-Ben non c’est Rubis. Je sais, il a un peu changé. Il est siiii mignon maintenant !

-Et…

-Oui, je porte en se moment des oreilles de chat. Grimpez ! »

Ils s’exécutèrent et le vaisseau s’éleva.

« On sera de retour quand ?

-Là comme ça, une petite semaine. Peut-être moins. »

Le Ténébreux hurla au soldat qui attendait ses ultimes ordres en bas :

« Je reviens dans une semaine !

-Bien reçu ! »

Ils partirent.

 

                Les oreilles de chats poilus remuèrent. Le grelot au collier se secoua en tintant doucement. Améthyste s’assit sur le canapé en face de Rubis.

« Ca te va bien. Dit-il avec un large sourire.

-Si ça te fait plaisir, ça me fait plaisir.

-Tu peux porter ça tous les jours ?

-Faut pas pousser.

-C’est pas ce que tu m’as dit la nuit dernière. »

Améthyste eut du mal à contenir sa surprise.

« D’hab… D’habitude, c’est moi qui fais ce genre de blague.

-T’as pas déposé de copyright. Tu retournes pas à Koljeizer ?

-Pas avec des oreilles de chat. Mais j’irai. Ne suis-je pas le grande Impératrice Améthyste ?

-Pour moi, tu seras toujours ma petite princesse.

-Rubis… Je t’adore. »

L’ombre de Jade leur cacha la lumière.

« Ahem ! Vous roucoulerez plus tard, d’accord ?

-Quoi ? T’es jalouse ? Lui répondit le jeune homme avec ce même sourire.

-Certainement pas. Je préfère mon… »

Rubis se leva et plongea son regard dans le sien.

« Vraiment ?

-Qu’est-ce que tu… »

Elle sentit quelque chose lui toucher les fesses, elle se retourna en dégainant.

« Qui a osé ?! »

Le jeune homme montra la queue de salamandre squelettique qui lui avait poussé en bas du dos.

« Je t’épargne le jeu de mot. »

Jade grinça des dents et tenta d’attraper le membre ondulant, qui esquiva sa poigne et rasa le sol vers elle en balayette, et la fit tomber.

« Surprise. »

Celle-ci se redressa et fit à son tour une balayette violente à Rubis. Son tibia heurta le sien qui fut stoppé net. Les larmes montèrent aux yeux de la fille.

« Wouaïe !! C’est quoi cette jambe ? C’est du titane ?! Même mon protège-tibia a cédé !

-Ben c’est mon tibia. »

Jade sautillait en se tenant la jambe et en jurant. Un vaisseau arriva au-dessus d’eux.

« Ah, voila le Ténébreux et l’autre. »

L’engin se posa et la porte s’ouvrit. Arthémis était affalé sur son compagnon avec une tête de revenant.

« Il a le mal de l’air. Expliqua le champion Otrajydien d’un air désolé. Il va se remettre, enfin je crois. »

Arthémis se secoua la tête pour reprendre ses esprits et descendit sans trop perdre l’équilibre. Il pointa un poteau d’un doigt accusateur.

« Où est Netal, que je lui explique ma façon de penser. Et arrêtez de bougez, tout les deux ! »

Il réalisa son erreur, puis pointa son doigt vers Rubis. Mais celui-ci le devança en disant d’un air sournois :

« Alors comme ça t’assume pas ? »

Arthémis vira à l’écarlate.

« C-c-comment…

-Je sais pas. Je le vois à tes yeux. Aux traits de ton visage. A ta posture. Je peux pas l’expliquer. »

Jade approcha furtivement un klaxonne de l’oreille de Rubis et appuya dessus. L’engin fit un bruit assourdissant qui fit lâcher un grand ‘Salamandre ?!?’ à sa victime, qui tomba sur le derrière.

« J’en ai marre de tes gags et de tes spéculations erronées. Arthémis, Netal devrait arriver d’une seconde à l’autre, allons nous assoir. Je te sers quelque chose ?

-Volontiers, je prendrai une infusion aux herbes tropicales dans de l’eau chaude préalablement mélangé avec du miel, s’il te plait.

-Euh, tu préfères pas un café ? 

-… Soit, va pour un café. »

Il s’assit sur un banc et regarda Améthyste.

« Sympa les oreilles de chat.

-Grrr…

-Sans indiscretion, si tu gagnais, c’était Rubis qui en portait ?

-Ouais. Mais j’ai perdu. Je suis sur que ça lui irait bien. »

Le Ténébreux s’assit à coté de lui, Arthémis se décala dans l’autre sens.

« Je le savais. Clama Rubis.

-Tais-toi ! Ordonna le roi de Wyrim.

-T’inquiète, ton secret est bien gardé. »

Améthyste regarda les deux protagonistes en essayant de comprendre ce qui lui avait échappé. Netal apparut dans un tourbillon de ténèbres.

« Le temps presse. Arthémis, tu as trente secondes pour me donner une bonne raison de ne pas sacrifier Wyrim pour sauver le monde.

-C’est mon peuple !

-J’appelle pas ça une bonne raison. Vingt-cinq secondes.

-C’est inhumain !

-Je me demande pourquoi je me suis déplacé. Vingt secondes.

-P-pourquoi mon peuple…

-Parce que je le méprise. »

Le Ténébreux prit la parole.

« Combien d’âme à Wyrim ?

-… Deux cents millions.

-Deux cent millions de civil, non ? Un civil, ça fait pas des masses. La-dedans, combien on peut compter de combattant d’exception ?

-A peine une dizaine.

-Et de soldats ?

-Vingt milles.

-Pas de combattant d’exception, à peine vingt milles soldats, et deux cent millions de poussière de civil. Je te pose la question : Ca va vraiment te renforcer ? Tu gagnerais plus de puissance à tuer Jade qu’à anéantir Wyrim.

-Certes. Mais elle n’a aucune envie de mourir, et même si je ne gagne que peu d’énergie, c’est peut-être ce qui fera la différence. Le peuple Wyrimien est un ennemi et un traître, ne l’oublie pas, Ténébreux. »

Arthémis se rongeait les ongles.

« Cinq secondes. »

Le roi se leva.

« Tue-moi. Tu n’auras pas autant de puissance que mon pays, mais… C’est toujours ça.

-Sans toi, ton peuple est condamné.  En réalité, je devrais te tuer toi et ton peuple. Ca fera toujours plus. Après tout, tu es aussi un ennemi. »

Le Ténébreux se leva à son tour.

« Si tu fais ça, j’enverrai tout le peuple Otrajydien massacrer les pays voisins, vous y compris. Ils seront anéantis, bien sûr. Mais l’Endeuilleur a besoin de la foi du peuple, pourra-t-il le faire sans le milliard d’Otrajydien sous mes ordres ?

-Tu as perdu la raison ? Demanda Netal sur un ton neutre.

-La raison ? Je me souviens pas m’être un jour encombré d’un truc si inutile.

-Il fera plus qu’une menace pour me convaincre. »

Une flèche fondit sur Netal et le toucha à la tête, ricochant vainement.

« Objection ! Clama Stellios Lugentes. Si tu tues autant de personne, je n’aurai plus la foi du peuple. Sans elle, la bataille est perdue.

-Chronos a récupéré l’anneau. Rappela le Sans-Âme d’un air sceptique. Tu es sûr que tu peux toujours faire quelque chose contre lui ?

-Le monde est plus que jamais déchaîné contre lui. Je pourrais faire à moi seul plus de dégât que toi si tu dévorais les âmes de toute la planète.

-Tu es bien arrogant. Ce que tu dis est faux. Tes flèches ne peuvent être effectives que sous certaine condition. Il ne reste plus de temps. »

Il se leva et incanta une téléportation. Arthémis tenta de s’approcher, mais un choc mental se repoussa. Il dit :

« Tu ne peux pas faire ça… Non !

-Oui, haïs-moi. Ta haine me rend plus fort.

-Arrête ! Non !! »

Rubis se plaça devant Netal et leva le regard pour apercevoir le visage de celui-ci.

« Je t’interdis de faire ça, nom d’une salamandre.

-Sinon quoi ? Tu vas le dire à ton papa ? »

Le jeune garçon lui donna brusquement un coup dans le ventre, enchaina avec un uppercut, saisit Netal par le bras et le tira vers lui pour lui asséner un coup de boule. Ce dernier recula en se tenant le nez.

« Ca… Tu vas le payer. »

Il déploya son aura noire de haine.

« Destruction de l’âme !

-Inutile. »

Rubis fit apparaître deux grandes mains griffues noires comme du goudron et dévia le sort. Les flammes noires décrépies l’engloutirent peu à peu. Il poussa un hurlement inhumain. Il allongea son bras vers Netal pour le piéger contre le mur, mais ce dernier retint la poigne noire avec facilité.

« Les ténèbres n’ont aucun secret pour moi. »

La main noire éclata en une aveuglante lumière qui l’éblouit. Rubis en sortit avec d’immenses ailes pures et frappa Netal au torse d’une épée irradiant de lumière blanche. Celui-ci dévia l’arme d’extrême justesse et frappa Rubis au visage, brisant l’auréole de sainteté qu’il dégageait. Celui-ci s’effondra avec un regard empli de terreur. Il respirait à toute vitesse et n’arrivait pas à se calmer. Parfois, des hoquets coupaient son souffle irrégulier. Il était mentalement brisé. Netal annonça :

« Ne te monte pas trop à la tête. Tu es encore loin de moi. Néanmoins, il faut reconnaître que tu as immensément progressé. Arthémis, après avoir réfléchi, car ce n’est pas une difficulté de le faire en combattant un tel néophyte, le Ténébreux et l’Endeuilleur ont raison. C’est un pari, je table dessus. Je table sur le fait que vous pourrez obtenir cette force. »

Rubis se tint la tête, les flammes noires se déchaînèrent autour de lui.

« J’ai mal… J’ai…

-On essaye d’avoir une discussion, alors reste au calme. »

Les flammes tremblèrent.

« Je ne les contrôle plus… Je suis là, les flammes sont légions. Une armada de flammes… Cet enfer s’agite, dans ma tête il y a quelqu’un… Partez, fuyez, mon esprit est squatté par… »

Un choc de flamme le masqua un instant, il se redressa. Netal incanta un sort pour le mettre hors d’état de nuire, mais le jeune homme lui bloqua le poing et lui annoncé avec un regard droit :

« Eh gamin. Fais pas l’con, t’es pas de taille. Je suis un destructeur. Je vais t’anéantir au moindre geste. Tu sens cette odeur ? L’odeur de la chair brûlé ? Joins-toi à moi pour obtenir un pouvoir infini, ou péris sous mes attaques. »

Des flammes blanches et pures renversèrent Rubis, sa personnalité changea à nouveau.

« Non, non, Salamandre, n’écoutez pas cet homme. Cet être de flamme venu de l’enfer détruirait votre monde par les ténèbres ! Je suis le rayon de soleil qui perce le ciel d’orage, vous devez… »

Les personnalités permutèrent encore et le feu redevint noir.

« Les flammes se répandent. Mon cœur brûle comme ce monde brûlera. »

Il para un nouveau coup de Netal et continua :

« Moi aussi j’attaque les âmes. Dans mon corps trop de puissance. Mon talent et mon génie maléfique te font l’effet d’une claque. »

Le Sans-Âme, tout en continuant de contenir Rubis, déclara :

« Nous sommes fait à un flagrant cas de dédoublement de la personnalité. Visiblement, la Salamandre, anciennement le Basilic, peut asservir Rubis aux ténèbres mais celui-ci résiste. Du coup, on a ‘ça’. La bonne nouvelle, c’est qu’il peut désormais contrôler les ténèbres comme la lumière. La question est : Les ténèbres d’accord, mais depuis quand Rubis maîtrise la lumière ? Il semblerait qu’en plus de la salamandre, il y ait quelqu’un… Quelqu’un d’autre. Et pas le phénix. »

Le jeune homme reprit ses esprits un moment.

« Ma tête n’est pas un hôtel !

-Je te comprends. Approuva Netal qui, lui aussi, en avait marre que Rubis soit incarné par une pléthore de créature mythique. Qu’avons-nous, cette fois ? Le Pégase ? La Licorne ? Le manticore ? Voyons cela. »

Il posa sa main sur le front de Rubis.

 

Netal pénétra l’âme du jeune guerrier. Le lieu était dans le noir absolu. Un œil rouge s’ouvrit devant lui.

« Tu es perdu ?

-Basilic ?

-Non, c’est Salamandre désormais.

-Tu ne fourches plus sur les ‘s’ ? Ca va me manquer. Qui d’autre que toi est dans l’esprit de Rubis ?

-Personne.

-Ca ne te mènera à rien de me mentir. Parle !

-Je ne mens pas. Je n’en ai pas besoin.

-D’où vient la lumière ? Pourquoi Rubis peut maîtriser l’école de la guérison ?

-J’ai drainé le phénix jusqu’à le dépouillé de ses forces. J’ai drainé ses flammes… Sa puissance… Mais il y avait des déchets. Une matière dont je n’avais pas besoin. La lumière du Phénix. Rubis l’a alors absorbé.

-Rubis ? Et c’est ce qui explique son comportement noble et juste ?

-Au contraire, c’est parce qu’il est noble et juste qu’il a pu absorber ce pouvoir.

-Je vois… Mais cet être de lumière que j’ai entraperçu, n’était pas Rubis lui-même. Ce… Rayon de soleil qui déchire l’orage.

-Ah ça… Va savoir.

-Il va me falloir une réponse un peu plus claire. Ne m’oblige pas à sévir, ou ça ne sera agréable pour personne. »

Le Sans-Âme fit craquer la jointure de ses phalanges.

« Alors ?

-Ne penssssssssssssssse pas m’asssssssssservir aussi facsssssssssilement…

-Surveille-toi, tu recommences à fourché.

-Sssssois chsssssatié ! »

L’immense silhouette noire ouvrit une gueule pleine de flammes de referma avec force sa mâchoire sur Netal.

 

                Rubis fut pris d’un spasme. Toujours évanouit, avec Netal qui lui posait sa main sur le front. Améthyste passa ses bras autour du coup de son aimé.

« Tiens bon… »

 

                Netal posa le pied sur le museau de Salamandre d’un air victorieux.

« Tu veux toujours te battre ?

-Csssssss’est… Imposssssssssible… Je suis… Sssssalamandre !

-Salamandre ne fourche pas. Tu es redevenu Basilic. J’ai bien l’impression que sans Rubis, les flammes, c’est fini. Maintenant dis-moi qui était cet être de lumière ou je fracasse ton esprit. Ce sera aussi facile que de briser une allumette. 

-Tu ne prendras pas sssssce risque !

-Toi non plus.

-… C’est… Le subconscient de Rubis.

-Pas une bestiole mythique ?

-Non, c’est réellement Rubis. Il a absorbé une telle concentration de lumière qu’il a inconsciemment appris la lumière. Il ne le sait pas. Ce subconscient n’est réveillé que lors des combats, ou de manière très mineure.

-Intéressant…

-Et… N’oublie pas que c’est des ténèbres les plus absolues que jaillit la lumière la plus pure.

-… Qu’est-ce que ça signifie ?

-Tu peux virer ton pied sur mon museau ? J’aimerai me relever. »

 

                Netal sortit de l’esprit de Rubis. Celui-ci se réveilla.

« Hein ? Quoi ? Salamandre de qui ? Comment ? »

Le Sans-Âme restait sérieux.

« Hmpf. Cet être de lumière n’est jamais que ton inconscient. Tu ne risques rien, c’est déjà ça. »

Il jeta un regard aux autres.

« J’ignore le fonctionnement de notre nouveau Rubis, mais ni lui ni nous ne courrons le moindre danger. Je vais m’occuper de conserver le Phénix, on ne peut risquer de le restituer à Rubis dans son état. Chronos ne devrait pas tarder à débarquer pour le reprendre. N’oubliez pas qu’il détient l’anneau de la Stèle. Nous ne sommes pas de taille face à lui. Je retourne dans les salles de diamants. Je passerai prendre l’Oblitérateur, pour lui présenter mon plan. Nous avons besoin de temps, et vous ne pouvez en gagner. En cas de problème, bien sûr il reviendra. Après tout… Le Seigneur-Croc est le seul être sur cette planète a pouvoir combattre Chronos désormais. Stellios Lugentes.

-Oui ?

-Il faut que tu finisses de rallier l’humanité.

-Si c’était si facile… Je l’aurai déjà fait. En réalité, l’humanité a compris que Chronos les tuerait. Ils ont été informé des évènements qui ont survenus. Mais les réunir autour d’une seule volonté, c’est… Difficile.

-C’est ça, le défi. Apporter la salvation et la lumière, c’est pour que tout le monde en profite, pas que pour sa gueule. C’est entre autre la raison pour laquelle je préfère les ténèbres. »

Il regarda par la fenêtre, l’horizon était désert.

« Chronos n’a toujours pas bougé. Il n’y a qu’une seule raison à cela. Notre bombe à retardement a fonctionné. En épargnant Yrion, la terreur s’est répandu chez notre ennemi. Chronos, Yrion, Falo et Sedah, ainsi qu’Ixel. C’est comme s’il ne restait qu’eux, les autres sont trop terrifiés pour oser bouger.

-Pff. Fit Améthyste. Le Seigneur-Croc et Netal dans le camp d’en face. Y’a de quoi être terrorisé, c’est clair.

-Je le conçois, en effet.

-D’ailleurs, je voulais te demander un truc.

-… Je crains le pire.

-Prends-moi comme disciple, et aide-moi à maîtriser les ténèbres les plus obscurs du vaudou. Je ferai selon vos ordres… Maître.

-Voila, c’est ça, ‘le pire’. Je t’ai dit que j’étais occupé. C’est donc hors de question.

-Oui, c’est vrai que le Cristal d’Elesya, ça demande de la concentration. Mais ça te laisse quand même assez de temps pour moi.

-Qu… Quoi ? Comment es-tu au courant ?

-On dirait que tu me sous-estimes. Je donne pas l’air d’être intello, mais j’ai lu un quantité astronomique de livres de magie. »

Un projecteur sortit de son épaule et afficha sur un mur la liste intarissable de livre qu’elle avait lu. Elle isola ceux qui parlaient des salles de diamants, les croisa avec d’autres de l’Ancien Monde.

« Avec ça, j’ai pu trouver des informations sur ce qu’il y a sous nos pieds. J’ai même trouvé un dessin d’une ‘machin à désapprendre’, qui semble être ni plus ni moins que le Cristal d’Elesya. Et d’ailleurs, sur le socle dudit cristal, il est écrit en langage ancien un psaume. Qui signifie…

-L’ombre nait de la lumière, la lumière nait de l’ombre.

-… Pas du tout. Je pari que c’est Ixel qui t’avait traduit ça.

-En effet. Alors il avait déjà prévu de me trahir à ce moment ? Mmh… Et qu’est-ce que cela veut dire ?

-Ca va te surprendre, mais… Ca signifie ‘Bienvenu en enfer’.

-Ca… Ne me semble pas logique.

-C’est l’enfer du devoir. Si tu poses tes mains sur le Cristal, tu en deviens le nouveau maître. Tu sentiras alors, d’après la légende, l’écrasant fardeau de cette responsabilité. Cette pierre relie les âmes à la dimension divine. Sans elle, plus d’accès au paradis ou à l’enfer, quelle que soit la religion. Cette pierre est un transfert de dimension et contient par définition une quantité formidable d’énergie.

-Ce n’est pas ce que je convoite. Je ne suis pas suffisamment fou pour perturber l’équilibre du monde. Je le ferai, si c’est nécessaire, mais je ne pense. L’idée est que ce cristal attire les âmes. Je pourrais donc dévorer ces âmes pour accroitre mon pouvoir de manière exponentiel. D’ailleurs, si on pouvait tuer plus de gens…

-Tu tires ta force des morts, mais l’Endeuilleur, ‘fin Stellios Lugentes, tire la sienne des vivants. Tâche de pas bousiller ton allié, hein.

-Nous verrons. »

 

 

                Le cercueil de verre d’Yrion s’ouvrit. Il sortit en se tenant le visage.

« J’ai… Mal… Saleté d’Améthyste… Malgré ma guérison totale, j’ai toujours les blessures qu’elle m’infligées.

-Je t’attendais. »

Il se tourna vers son maître et se jeta à genou.

« Pardonnez-moi, seigneur, je n’ai pas pu l’emporter. Je me rachèterai.

-Epargne-moi ton mea culpa. Tu n’as rien à te reprocher. J’ai finalement capturé le Phénix, mais… Nous avons largement sous-estimé le Basilic, désormais devenu la Salamandre. Il n’a plus le Phénix, c’est Netal qui s’en ait emparé. Ca se payera… Mais pour lui reprendre, ce sera difficile. Tu n’as pas une idée ?

-Qui nous fait trembler ? L’Oblitérateur, ou plutôt le Seigneur-Croc. Qui d’autre ? Peut-être leur archer stellaire, pour peu qu’il parvienne à concentrer sa foi. C’est tout.

-Non, il y a aussi Rubis et sa Salamandre. C’est un obstacle de taille. Lorsqu’il combat, il se couvre de ténèbres. Dans cet état là, il est possible de le vaincre. Mais au fur et à mesure que le combat se prolonge, l’ombre s’étend sur son corps et dans son cœur. De plus en plus soumis à l’étreinte de l’obscurité, sa conscience disparaît lentement dans cette énergie sombre. Et lorsqu’il ne reste plus que la noirceur… Il se réveille. Et des ténèbres les plus absolues jaillit la lumière la plus pure. Lorsqu’il parvient à ce stade, il est invincible. Pour le moment, il est incapable de le maintenir, mais quelques secondes ont suffit pour qu’il terrasse Sedah, Falo, Ixel et notre sniper.

-Peut-on… Endiguer son pouvoir ?

-C’est une bonne question, mais je crois que non.

-Il semble possible de stimuler les ténèbres de la Salamandre pour que la lumière ne prenne pas le dessus. Mais on risque au contraire de précipiter son apparition.

-Une attaque de front ne me semble pas une bonne idée. En une journée, j’ai perdu mes quatre chronoseigneurs. Il me faut un manœuvre de complot. C’est dans ce domaine que tu excelles. Trouve quelque chose.

-Bien. Tout d’abord, vous ne craindrez le Seigneur-Croc que s’il entre en berserk, nous éviterons cela. Concernant Stellios Lugentes, il est possible de bloquer son pouvoir pour empêcher qu’il se déchaine. Il peut vous viser vous, pas les autres. Pas moi. Mmh…

-Hé hé, j’aime quand tu fais cette tête. Ca se voit que tu as un plan.

-J’ai suffisamment d’information sur eux… »

Il réfléchit à toute vitesse.

« Alors ? Demanda le dieu.

-Ca… Et ça… Ca… C’est bon. Mon plan est prêt.

-Je t’écoute. »

 

 

                Rubis se jeta sur le lit et s’étira en faisant un long « Mmmmmmmh… », resta allongé un instant et se redressa vers Améthyste.

« Tu viens te coucher ?

-Faut que je règle mon corps. »

Elle trifouilla dans son poignet jusqu’à l’annonce :

« Système de combat désactivé… »

Elle s’allongea à coté de l’Ange de Feu et lui caressa la joue.

« Tu veux t’endormir dans mes bras ?

-J’avais autre chose en tête. »

Il la plaqua contre le matelas avec un regard lubrique. Ses iris devinrent fins comme ceux d’un fauve. Il posa sa main sur la poitrine d’Améthyste.

« C’est bien fait. Jade a géré là-dessus, c’est du beau boulot.

-Je… »

Il lui couvrit la bouche et ouvrit le chemisier de la fille.

« Y’a vraiment aucune différence.

-Rubis ! Dit-elle en se libérant de son entrave, lâche-moi ! Tu n’es pas toi-même !

-Si, je suis moi-même ! Et je te veux !

-Moi, je veux pas ! Alors lâche-moi !

-Je ne te demande pas ton avis ! »

Elle tenta de se libérer, mais Protoxen était éteint. L’ombre de son aimé la recouvrit.

« Laisse-toi faire…

-A… A l’aide ! Non !! »

Rubis tressaillit, et une force invisible le jeta au sol. Il se tint la tête. Ses iris redevinrent normaux, et son visage reprit une expression normale. Il était essoufflé. Il se redressa maladroitement.

« Améthyste… Je… J’ai réussi à combattre le… Mais… »

Il posa un genou à terre.

« J’ai peur… J’ai peur de moi… »

De l’ombre s’accumula sur sa main droite qui se tendit d’elle-même vers Améthyste, mais une vive lumière la libéra.

« Raaaah ! Stupide Salamandre ! Les ordres, c’est encore moi qui les donne !! C’est moi le chef !! »

Il reprit le contrôle de son corps. Il soupira de soulagement.

« Je vais aller dormir dans une autre chambre. Il ne faudrait pas que… Cette chose te fasse du mal. »

Elle le prit dans ses bras.

« J’ai foi en toi. Je veux que tu restes. »

Elle réactiva Protoxen.

« Démarrage des systèmes de combat en cours. »

Elle le prit par le bras et le tira jusqu’au lit. Il se recroquevilla sous la couette.

« J’ai peur. J’ai peur j’ai peur ! Je suis terrorisé ! Il n’y a rien qui m’effraye plus que de faire du mal à ceux qui me sont chers… »

Elle le prit dans ses bras et le plaqua contre son cœur.

« Ne t’inquiète pas. Tu as gagné cette fois, tu gagneras les autres.

-T… Ton chemisier est toujours ouvert…

-Je sais. Mais si c’est toi, et pas Salamandre, c’est pas important. »

Elle lui caressa les cheveux.

« C’est marrant de te voir plus relaxé, plus vulgaire, plus joyeux… Mais ton coté prude est tellement mignon, je pourrais jamais m’en passer.

-Je… J’aime cette chaleur… Je t’aime, Améthyste. Je t’aime tellement… »

Elle continua de caresser les cheveux rouges flammes de Rubis et resserra son étreinte.

« Reste là. Dit-elle. Calme-toi. Retrouve la sérénité. Il n’y a aucun ennemi ici. Il n’y a que moi. Et je t’aime. »

Elle l’embrassa sur le front. Rubis poussa un long soupir de soulagement, comme si son cœur venait d’être délester d’un poids. Il retrouva son calme.

« Merci, Améthyste. »

Il prit la main de la fille et la posa contre sa joue.

« Reste comme ça… Jusqu’à ce que je m’endorme.

-Je te la donne, si tu veux. »

Elle décrocha son bras au niveau du coude, laissant un membre détacher et inerte à Rubis.

« Ca te plait ?

-… Comment dire. »

La main s’anima soudain et, agitant les doigts, elle escalada le corps de Rubis et passa sous son pull.

« Contrôle à distance ! Fit-elle avec un sourire d’enfant.

-C’est… Amusant.

-Je peux te chatouiller jusqu’à la mort ! »

La main commença à lui chatouiller la gorge. Il se contorsionna pour tenter de s’en saisir, en vain.

« Gya ha ha ! Arrête ça ! Ha ha !

-Hi hi… Désolée, j’avais besoin de te voir rire innocemment au moins une fois aujourd’hui. »

La main arrêta de gigoter et retourna au bout du bras d’Améthyste. Celle-ci s’allongea contre Rubis en l’étreignant.

 

 

 

 

                Yrion descendit de son cheval, une monture somptueuse noire comme la nuit, qui commença à brouter l’herbe à coté de la grande porte. Le roi avança vers Rubis, les mains derrière le dos, et s’inclina en guise de salut.

« Bonjour, Ange de Feu. Je viens en paix, pouvez-vous me recevoir ? »

Le désigné ouvrit la bouche mais Jade la lui couvrit de sa main.

« Que veux-tu ? Pas le Phénix, tout de même ?

-Non, bien sûr que non. Répondit Yrion en se redressant gracieusement. Je ne me permettrai pas. C’est à propos de mes blessures faites par Améthyste. Je vous propose un jeu. Si je gagne, vous me soignerez. Mais si vous gagnez, vous pourrez me faire d’autres blessures plus graves.

-Qu’est-ce qui nous dit que si on gagne, tu te laisseras faire ?

-Qu’est-ce qui me dit que si je gagne, vous me soignerez ?

-Je vois. Soyons bons joueurs. Quel sera le jeu ?

-Ce sera… Une joute verbale. Nous débattrons d’un sujet ou d’un autre, et celui qui l’emportera gagnera le jeu.

-Ce jeu est ta spécialité. Ce n’est pas équitable.

-J’y avais pensé. C’est pourquoi trois personnes se confronteront à moi. Gagnez une seule manche et la victoire est à vous. Cela vous va ? »

Le roi fit un geste en avant de la main, comme pour avancer sa proposition. Jade réfléchit à la question, mais Rubis tapa dans la main du chronoseigneur.

« Ca marche !

-Ravi de vous voir si enthousiaste. Je vous laisse décider qui prendra chaque tour. »

Jade se saisit de Rubis et le secoua par le col.

« Espèce de cinglé !! Yrion est surentrainé à ça !! T’as une idée de qui va pouvoir le battre ?!

-C’est bon, j’vais l’faire. Ca prendra 30 secondes. »

Elle lui donna un coup de poing sur le sommet du crâne.

« Non ! C’est toi qui va te faire éclater ! J’appelle Netal. »

Elle sortit un téléphone de sa poche et composa le numéro. Pendant ce temps, le roi installa deux pupitres et quelques feuilles vierges, ainsi qu’un stylo. Netal apparut dans un tourbillon de ténèbres.

« Qu’est-ce qui vous a prit d’accepter ce jeu ?!

-Demande à Rubis. Déclara Jade. Je dénonce pas, je renseigne. »

Le Sans-Âme saisit l’Ange de feu par le col et le secoua.

« Espèce de cinglé !! Yrion est surentrainé à ça !

-Je lui ai déjà dit. Souffla Jade.

-T’as une idée de qui va pouvoir le battre ?

-Ca aussi je lui ai déjà dit. »

Il le lâcha. Rubis avait le tournis.

« Bon, je prend le premier tour. Je ne garanti rien, appelez Sarasin !

-Et si lui-même échoue ? Demanda la Main du destin. Qui prendra le troisième tour ?

-Si Sarasin échoue… C’est déjà plié. »

Yrion se mit en place, Netal de même.

« Quel sera le sujet ? Demanda le roi.

-Mmh… ‘Peut-on s’appuyer sur les ténèbres pour apporter la lumière ?’. Je défendrai, tu t’en doute, que oui. Et toi, tu devrais me donner tord. Bonne chance.

-Tu pars avec un énorme désavantage, c’est que tout le monde n’est pas toi. Peu de gens sont capables de dompter les ténèbres. Peu de gens peuvent dompter leur haine, leur rancœur, leur colère, pour les mettre au service de leur idéaux.

-La haine et la colère partent d’un sentiment d’injustice subie. Ils ne réclament que justice. Peut-on les en blâmer ? Les sentiments dits ‘négatifs’ partent d’un sentiment de rejet de ce qui nous fait souffrir. Les sentiments ‘positifs’ comme l’amour, à l’inverse, sont un sentiment de manque à combler. Certains sont prêts aux pires ignominies pour obtenir ce qu’ils veulent.

-Parce que ceux du coté négatif sont tout à fait modérés, cela va de soi.

-Je n’ai pas dit ça. Mais ceux-là s’en prennent à l’objet de leur douleur. Quelqu’un qui les a blessé, quelque chose d’injuste. Et cette violence est justifiée. Celui qui, pour obtenir l’élu de son cœur, est prêt à égorger son meilleur ami, pourtant au nom de l’amour, n’a pas la même envergure.

-Ta haine, et ta colère, s’en prennent à la première chose qui leur tombe sur la main. Combien de victime innocentes sont tombées à cause de cet aveuglement propre aux ténèbres du cœur humain ?

-Pas plus que ceux qui sont tombés sous les coups de ceux de l’autre coté, et qui eux, sont parfaitement lucide. Prenons un exemple.

-Bonne idée.

-Pour avoir du concret, nous allons prendre quelqu’un dans cette pièce. Jade. »

La désignée sursauta, mais gardant le silence.

« Lorsque son cœur s’est empli d’amour pour l’Endeuilleur, comme il se faisait appelé à l’époque. Qu’a-t-elle fait ? Elle s’est introduite dans sa chambre, l’a étranglé jusqu’à l’évanouissement et l’a enlevé pour l’avoir pour elle seule, le ramenant avant son réveil pour qu’il n’y paraisse rien.

-Vraiment ?

-Je t’assure. L’Endeuilleur, pourtant, n’avait rien fait d’autre que ce montrer amical. Le voila pourtant ‘victime’ de Jade au nom de l’amour. Jade a mal agi pour une noble cause

-J’ai compris. Mais tu parles du camp d’en face. Revenons au tien. Tu parles de l’amour qui entraine le mal, parle-moi de la haine qui entraine le bien.

-J’y viens. Le meilleur exemple, c’est le Seigneur-Croc. Par colère, par la terreur et la violence, il a eu un effet bénéfique sur son pays et, à terme, sur le monde entier. Et pourquoi ? Pour le profit du plus grand nombre ? Non… Il n’a fait que tuer ceux qui ne lui revenaient pas. Les criminels, les crève-cœurs, les prostituées, tout ceux qui allaient à l’encontre de la loi et de la morale. Il voulait un monde parfait pour lui, un monde où tout le monde suit son idéal. Finalement, cet idéal c’est trouvé être celui de tout le monde.

-Il l’est parce que ceux qui n’approuvaient pas n’ont pas vécu assez longtemps pour le dire. C’est facile. Si je décide d’exterminer tout les non-racistes, j’aurai un monde idéal de raciste et personne n’y verrait d’inconvénient. Je pourrais faire gober ce que je veux à une portion de population et exterminer le reste. Quand on a un tel pouvoir de destruction, on fait ce qu’on fait. Le Seigneur-Croc n’a pas fait un monde idéal. Il a fait un monde à son image. La colère et les ténèbres ont finalement apporté l’endoctrinement. Exemple suivant ?

-Je ne vais pas passer plus de temps sur lui. Parlons de moi.

-Rien que ça.

-Par les ténèbres dont je suis emprunt, et ça tu ne va pas le nier, je lutte pour la survie du monde. Je défends ma propre vie et tout le monde est gagnant.

-C’est vrai que tu es une icône de bonté. Le résultat parle pour toi. Tu as proposé d’anéantir tout Wyrim pour gagner une poussière de force.

-Dégâts collatéraux. Mais comment es-tu au courant ?

-Tu ne le dis pas aux autres, pour je suis sûr et certain que tu as émis la possibilité de tuer toute vie humaine et de dévorer les âmes des trois milliards d’hommes qui existent pour te gorger de force.

-Bien sûr que j’y ai pensé. Mais si je tue tout le monde, et qu’il n’y a plus d’homme, ou j’irai cherche d’autres âmes ?

-… Tu es horrible.

-Ce n’est pas le débat.

-Si. Peut-on dire que sacrifier tout ce monde est ‘apporter la lumière’ ?

-Il en reste qui sont vivants, non ? Qu’ils soient heureux avec ça, c’est mieux que rien.

-Sacrifier plusieurs millions de personnes pour le profit du plus grand nombre est un choix juste, mais ce n’est pas ‘apporter la lumière’. C’est survivre, ça n’a rien à voir. C’est juste égorger son voisin pour assurer sa survie.

-C’est parce que je suis affilé à l’ombre et à la haine que je peux assurer notre survie !

-Tu m’excuseras, mais je n’ai pas l’impression que tu es le premier acteur de la survie du monde, hm.

-Quoi ?! »

Netal se calma. Surtout ne pas s’énerver, ce serait perdre la face.

« Excuse cet emportement. C’est vrai, je ne suis pas le premier acteur de la survie du monde. Cet honneur revient au Seigneur-Croc.

-On a déjà parlé de lui. Déjà Alzheimer ?

-Je…

-Oh arrête, tu t’es suffisamment ridiculisé.

-Ne commence pas avec tes invectives, sophiste.

-… Dit fièrement Netal après m’avoir insulté.

-Revenons au débat.

-Tu es sûr ?

-Un être issu de la lumière peut trahir cette dernière, ça c’est beaucoup vu. Mais changer de camp une deuxième fois, jamais. C’est pourquoi un être issu des ténèbres qui change de camp se montrera insensible aux tentations, à la corruption et aux attraits des ténèbres, contrairement à ceux issus de la lumière qui succomberont aux charmes de l’ombre.

-Un être issu des ténèbres ne pourra jamais apporter la lumière s’il est lui-même fait de ténèbres. Que ce soit toi, le Seigneur-Croc ou qui que ce soit d’autres. Je croyais te l’avoir démontré.

-Qu…

-Tu as déjà perdu toute crédibilité. Garde le peu d’honneur qu’il te reste et retire-toi. »

Netal serra les dents de rage, et tourna les talons.

« Tu as remporté cette victoire. »

Il descendit de l’estrade où Sarasin attendait.

« Il est fort. Commenta celui-ci pour consoler le Sans-Âme.

-D’après toi, d’où vient ma défaite ?

-Tu es resté sur la défensive, tu aurais dû lui demander d’expliquer son point de vu. Tu as bêtement déballé tes arguments qu’il a abattu un par un sans sourciller. Ton raisonnement était correct, mais te fallait le prouver. Et il fallait prouver ta preuve, ainsi de suite. Il faut le piéger à l’aide de ses propres axiomes. Regarde faire un pro.

-Montre-toi à la hauteur. On a pas de plan de secours.

-C’est bon… »

Il se mit en place. Yrion fit une incantation et une bouteille d’eau apparut dans sa main. Il la but d’une traite sans en renverser une goute, s’essuya sur une serviette de soie qu’il remit dans sa poche. Il demanda :

« Quel sera le débat ?

-Y’a-t-il une exception à la règle qui dit qu’il y a toujours une exception à la règle ?

-… Oui, la règle qui dit qu’il y a toujours une exception à la règle. »

Sarasin fut désarçonné avec violence. Alors qu’il voulait démarrer avec humour pour attirer les faveurs d’un public imaginaire à l’aide d’une citation originale, Yrion l’avait retourné contre lui en le piégeant dans un paradoxe.

« Pas mal, jeune prince… Pas mal… »

Le chronoseigneur ne le reprit pas, contrairement à d’habitude, où il exigerait d’être appelé roi.

« J’attend. Quel débat ?

-Parlons des inégalités sociales. Peut-on juger un homme sur son milieu social ? Peut-il s’affranchir de ce milieu ? Moi je dis que oui, ça t’va ? Aller en piste ma danseuse !

-Cela me paraît déplacé, sachant que je suis roi et que vous venez de la rue.

-Justement, ça mettra du piment.

-Très bien, essayez juste de ne pas jouer le martyr écrasé par un chef d’état.

-Moi, un martyr ? C’est moi qui martyrise les chefs d’états. Même le boss s’en est toujours pas remis. »

Une voix forte lui dit :

« Je confirme ! »

L’assassin se retourna.

« Ah, boss !

-Salut, Sarasin. Répondit Seigneur-Croc. Je suis de tout cœur avec toi, éclate-le !

-Pas besoin de me l’ordonner ! »

Il fit craquer la jointure de ses phalanges et fit face au roi.

« Je te préviens, je ne suis pas Netal. Faudra t’armer de patience.

-Je sais bien. Je t’écoute.

-Oh oh, certainement pas. Trop facile de regarder.

-Je ne vois pas de quoi tu parles.

-Vraiment ? Je me trompe peut-être. Prouve-le donc, et commence. »

Le Seigneur-Croc entama un paquet de pop-corn et en tendit à son fils.

 

                Les deux hommes se regardèrent dans les yeux. Yrion ouvrit les hostilités.

« Très bien. Attachons-nous d’abord à la problématique. S’affranchir des conditions sociales d’où nous venons. Si cela signifie juste amasser une montagne d’argent ou acquérir une force colossale, il faut reconnaître que j’ai perdu d’avance. Mais ce n’est pas le cas. S’affranchir des conditions sociales signifie pouvoir en rejoindre d’autre. Toi, qui est un bonne exemple parlant. Issu de la rue, tu es désormais le bras droit d’un empereur. Mais es-tu vraiment de la haute société, désormais ?

-Là comme ça, je dirai oui.

-Question. Peut-on considéré le Seigneur-Croc comme la haute société ?

-Il est empereur. Si lui, il n’en fait pas parti, qui peut le prétendre ?

-Moi. Le Seigneur-Croc, de par son langage, ne peut prendre part aux discussions politiques des grands de ce monde. Penses-tu que la politique d’autarcie de Koljeizer est un  choix ? Personne ne voulait de lui. Et toi, son bras droit, tu es comme lui .Tu viens de la rue, du petit peuple. Tu ne peux pas t’intégrer à la haute société.

-Tu t’appuie sur moi comme si j’étais l’exemple parfait. Si je n’ai aps rejoins la haute-société, c’est parce que j’en ai fait le choix.

-Et si c’était parce que tu ne pouvais pas les rejoindre ? Tu as peut-être l’impression d’avoir choisi, mais tu n’avais même pas conscience de ne pas être libre. Tu penses avoir choisi, tu étais obligé. Poussons l’exemple. Tu te souviens de Khydal ?

-Toi… Toujours à te raccrocher à ça.

-Je n’ai aucune mauvaise intention.

-Y’a baleine sous caillou.

-Je t’assure. Pourquoi ne pas l’avoir rejoins dans son château plutôt qu’elle qui te suit dans ta guilde d’assassin.

-Comment un criminel aurait-il pu ?

-C’était donc impossible de la rejoindre ? De rejoindre la cour, et ce malgré la présence de la princesse qui t’aimait ? »

Sarasin réalisa trop tard qu’il s’était contredit. Dès que l’on parler de son passé, il avait tendance à s’emporter. Face à quelqu’un qui connaissait se secret, il serait manipulé.

« Il ne faut pas oublier qu’à 9 ans, je n’étais pas bien lucide.

-Tu te caches derrière une excuse aussi minable ? »

L’assassin soupira.

« Changeons d’exemple… Le royaume d’Okeud. Tu sais, chez toi. Tu t’en rappelles ? T’as buté ton père et ton frère.

-Je ne m’en cache pas.

-Dans ce pays, il n’est pas rare de voir des gens venant d’un milieu défavorisé se hisser jusqu’au sommet.

-Tu as complètement raison. Laisse-moi donc t’en narré un qui m’a marqué.

-Tu me donnes raison ?

-Oui. C’était il y a plus de milles ans. A cet époque, l’esclavage existait, même chez nous. A l’époque où je te parle, le roi Aocel était sur le trône.

-Celui qui a aboli l’esclavage. Il disait que c’était pour le bien, tout ça tout ça…

-Marié à une femme qu’il n’aimait guère par arrangement. Il a rencontré une esclave. L’histoire dit que c’était celle de sa femme. Il s’est attaché à elle et a tout fait pour la sortir d’où elle était. Tout ces consultants se sont dressés contre lui et ont tenté de le chasser du pouvoir. Il a alors proclamer la dictature la plus violent qu’a connu notre royaume. Il a fait abolir de force l’esclavage, et à grand renfort de répression et d’ordre absolu, il a fait disparaître ce fléau, cette esclave est devenue sa femme, son ancienne ayant connu une mort prématuré à coup d’épée.

-Il l’a assassiné lui-même ? Ce n’est pas ce que l’histoire dit.

-C’est pourtant vrai.

-Je crois bien que j’ai gagné. Tu as vu ce que certains peuvent faire pour changer l’ordre social ?

-Non. Tu as vu ce qu’il faut faire pour hisser une seule personne ? Tu réalise le chantier que ça représente ? Tu réalises le chaos engendré par l’équilibre rompu ? Les victimes innocentes sacrifiées ?

-Je m’attendais à quelque chose dans ce genre, venant de toi…

-Toi as l’exemple absolu qu’il est impossible de s’affranchir de ses conditions sociales sans une puissance égal à celle d’un tyran ! Même ta princesse ne t’avait pas suffit ! Tu peux citer Améthyste, Aoeste ou Kiérol comme contre exemple, mais la cour du Seigneur-Croc n’est pas la haute société !

-Hm…

-J’ai démontré mon point de vue. A ton tour. »

L’étau se resserrait sur Sarasin. Son plan de démanteler le raisonnement d’Yrion avait échoué à cause de son style concessif. Maintenant, c’était à lui de résister à la précision chirurgicale des propos de son adversaire. Vite, une idée. Une amorce.

« S’affranchir de nos conditions sociales… Depuis le début, on considère que c’est le petit peuple qui rejoint les hautes-sphères.

-Belle observation après dix minutes. Chacun son rythme.

-Garde ton sarcasme pour plus tard, il n’est pas encore l’heure de m’exécuter. Car peut-on considérer que la haute société décide de rejoindre le petit peuple ? C’est aussi s’affranchir de ses conditions, non ?

-Ca s’appelle ‘échouer et tomber dans les tréfonds de la société’.

-Non, par choix.

-Ca n’existe pas.

-Ne jamais dire jamais !

-… J’ai pas dit ‘jamais’.

-Notre Seigneur-Croc était fils de l’Archempereur, bien qu’il te soutienne le contraire. Je pense que ce fossile mérite le titre de haute société. Et pourtant, ce fils est ‘retourné’ à un stade normal. Bon il est quand même empereur, mais tu l’as toi-même défini comme hors de la haute-société !

-… Evidemment. Bien que fils adoptif d’un représentant de la haute société ,il n’en demeure pas moins fils de paysan qui n’en fait pas parti. Il ne s’est pas élevé à la haute société pour ensuite en partir, il ne l’a jamais atteint et c’est pour cela que c’est un homme stupide qui est à la tête de votre pays décadent. »

Sarasin eut du mal à accuse un tel coup. Alors que sa cause était juste à n’en pas douté, il était incapable de le prouver. C’était incroyablement frustrant.

« Un autre exemple de quelqu’un qui a renoncé à ses conditions pour se mélanger au petit peuple ? Ou nous pouvons clore la discussion et éviter de vous ridiculiser davantage ? »

L’assassin grinça des dents. En s’enfonçant dans ses pensées, sous trouver d’amorce. Une grande voix le ramena à la réalité.

« Sarasin !! »

Il sursauta et se retourna vers le Seigneur-Croc, qui lui jeta un regard furieux.

« Réveille-toi ! T’es capable de gagner ! Même moi, je pourrais le faire sur cette passe ! »

L’assassin sourit.

« Il y a un exemple ! Khydal ! Tu l’as toi-même cité, à moi de m’en servir comme arme ! C’était une princesse noble et bien éduquée comme il faut, et pourtant elle a renoncé à ses conditions pour me rejoindre ! »

Le Seigneur-Croc sourit à son tour. Enfin la victoire.

« C’est tout ? Fit Yrion, déçu. On peut facilement expliquer son comportement par sa folie. D’ailleurs, on voit bien comment ça s’est fini. Une princesse qui renonce à ses conditions ? Non, une princesse déchue, qui fini sa vie les mains velues couvertes de sang et la gueule bardée de croc et de cadavre, traquant son premier amour au lieu de l’oublier. Bravo. Bel exemple. Tu creuses ta propre tombe, je n’ai même pas besoin de me fatigué. Khydal était une aberration qui, je le rappelle, a tué Davestyne et Altey. Voila ce qui arrive lorsque l’on s’éprend d’une princesse alors que l’on est un minable criminel de rue. »

Sarasin perdit son sang froid. Il poussa un hurlement de fureur, dégaina et fondit sur Yrion. Celui-ci resta stoïque. Il esquiva d’un cheveu au dernier moment et, anticipant facilement les mouvements de son ennemi, dégaina sa rapière et transperça Sarasin à l’épaule.

« Je ne vais pas te tuer, ca serait comme tirer sur l’ambulance. Je vais juste savourer ma victoire… Quoiqu’un peu facile. »

Il retira sa lame et repoussa Sarasin. Le Seigneur-Croc le réceptionna.

« Tu tiens le coup ?

-Oui, c’est bon, c’est rien. J’en ai vu d’autre… Je suis désolé, j’ai pas réussi à gagner. J’ai vraiment tout donné…

-C’est pas grave, ça arrive. On peut pas toujours gagner. »

Le guerrier noir semblait étrangement calme.

« Bon, au suivant. Dit-il.

-Ah ah… On peut toujours tenté le coup mais… Je connais la fin. Fonce-lui dessus et découpe-le.

-On ne sera pas mauvais perdant. On va gagner. J’ai un dernier atout. »

Une gerbe de flamme rouge apparut, et Satan en sortit.

« Salut salut.

-Toi ? Tu vas te battre contre Yrion ?

-Ah non, c’est pour les intellos ça. Je fais le taxi. »

Une nouvelle gerbe de flamme apparut, dévoilant la silhouette de Crystal.

« Maman ? Fit Rubis.

-Non, c’est pas elle. »

En effet. C’était bien une femme, mais pas Crystal. Non. C’était Emeraude. Fille aînée du Seigneur-Croc.

« Salut frérot.

-Em… Emeraude. Quelle surprise. »

L’arrivante regarda Jade.

« Ravie de te voir en chair et en os. Je suis ta grande sœur.

-… J’te connais pas assez pour te considéré comme un membre de ma famille.

-Tu connaissais pas ton propre père avant, et tu te battais pour son honneur.

-C-ca compte pas. »

Emeraude se positionna devant Yrion. Elle avait un sourire tendre et un regard doux.

« J’ai déjà gagné. Annonça le roi. Quelqu’un sans cruauté et sans hostilité ne peut l’emporter.

-Il existe en ce monde d’autres forces que le mal, Yrion.

-C’est couru d’avance. Quel sera le débat ?

-Est-ce légitime de détruire le genre humain ? Si tu gagnes, tu auras prouvé ta cause. Et si c’est moi qui gagne, j’aurai prouvé que votre cause n’a pas lieu d’être, et je justifierai ainsi votre extermination par la main de mon père.

-Le dernier soubresaut de la bête acculée, j’imagine. Es-tu seulement consciente de la facilité que j’aurai à défendre ma thèse ?

-Es-tu conscient de facilité que j’aurai à défendre la mienne ?

-Que de l’esbroufe.

-Nous verrons. Je vais commencer.

-Novice. Commencer est la meilleure façon de perdre. Sarasin l’avait compris.

-Reprends-toi. Je ne veux pas devoir ma victoire à ton excès de confiance. »

Yrion prit bonne note du conseil et se calma.

« Bien. Fit la fille. Le genre humain se distingue par sa capacité à faire le bien comme à faire le mal. Mais lorsqu’il fait le mal, c’est qu’il pense faire le bien et se trompe. Donc l’homme chercher toujours à faire le bien. L’enfer est pavé de bonnes intentions. Pouvez-vous les blâmer pour cela ?

-L’homme est fondamentalement mauvais.

-Vraiment ? Explique-moi alors pourquoi certains sont prêts à mourir pour leurs semblables ?

-Parce qu’ils sont trop lâches pour vivre sans eux. Choisir la mort, c’est l’échappatoire des lâches.

-Vraiment ? Explique-moi alors ceux qui donnent sans compter leur temps et leurs efforts à des personnes qu’ils ne connaissent pas ? Comme ce fameux magicien, dont j’ai oublié le nom, qui a fait un spectacle de quatre heures ininterrompues à des enfants, mettant en place son jeu d’acteur talentueux et difficile ?

-Pour se faire bien voir auprès d’autre personne, simplement. Pour faire sa promotion.

-Vraiment ? Explique-moi alors l’origine de toutes ces actions humanitaires qui existent, traversant les océans et les continents pour porter secours aux plus démunis ? Et qui ne font rien d’autre ?

-Pour impressionner quelqu’un, pour soulager leur conscience…

-Vraiment ? Explique-moi alors ceux qui n’ont rien à prouver et qui aide leur prochain quand même ? »

Yrion en avait marre de ces ‘Vraiment ? Explique-moi alors’ prononcés sur ce ton si enfantin. Il serra le poing sur le pommeau de son épée. C’était lui qui argumentait et son adversaire ne le contrait même pas.

« Ca cache toujours quelque chose.

-Ah bon. Je te crois. »

Elle sourit. Il enragea.

« Mais pourtant, les gens aiment les gens bien et punissent les gens mauvais.

-Ce n’est pas par crainte de la commettre que l’on redoute l’injustice, c’est par crainte de la subir. Les gens mentent en prétendant admirer les gens bien. Ils ne feront jamais comme eux.

-Et ces gens bien, c’est qui ?

-La plupart ne font que cacher l’ombre et montrer la lumière.

-Donc ils ont de la lumière ?

-Une imitation du moins.

-Et les gens aiment ça ?

-On leur vend du rêve. Ce n’est pas réel.

-Donc leur rêve est le bien ?

-Ils en rêvent, mais ils ne font rien pour.

-Mais ils en rêvent. Et la nature du genre humain est de poursuivre ses rêves, quels qu’ils soient.

-Non, car la poursuite de ce rêve mène toujours à la corruption et à son propre anéantissement.

-Par exemple ? Les gens qui font de l’humanitaire ?

-… Non. Eux, leur rêve est perdu. Car même s’ils sauvent un million de personne, un autre mourra. Ce n’est qu’une goutte dans l’océan. Un geste vain. Un coup d’épée dans l’eau. Une cause perdue.

-Mais ils essaient.

-La nature humaine est basée sur l’autodestruction ! Akyssen Gaeh, celui qui a tué seul des milliards de personne !

-S’il avait gagné, sa famille noble aurait pu bâtir un idéal. Il a fait le mal… Mais il pensait faire le bien.

-Ce qui fait de lui la forme la plus aliéné du mal, comme le dit ton père.

-C’est vrai. Mais il cherchait à faire le bien. Car la nature humaine, c’est de faire le bien. C’est d’aimer son prochain.

-Tu parles ! L’homme est un loup pour l’homme. Même les aveugles préfèrent se faire aider par des chiens plutôt que par leurs congénères.

-Tu n’as pas d’exemple plus parlant ?

-… Que penses-tu du mythe du chevalier blanc ?

-Hmm, je ne suis pas fan des chevaliers blancs.

-Leur perfection te révulse ?

-Un peu, il faut dire. Quelqu’un de parfait est ennuyeux.

-Alors, tu préfère le chevalier noir qui se bat pour la justice ?

-Alors là, complètement ! J’adore ce petit coté ténébreux qui…

-C’est normal. D’ailleurs, tout le monde pense à peu près ça, à des niveaux différents. Quelqu’un de tout blanc est ennuyeux. Comment l’expliques-tu ?

-Il est nécessaire d’avoir un équilibre…

-Non. Comment expliquer tout que le genre humain, qui selon toi, cherche le bien… Aime les chevaliers noirs ? D’où vient cet attrait des ténèbres ? Pourquoi les forces de l’ombre ont l’air si cool ?

-C’est… Une bonne question.

-L’homme est instinctivement attiré par le mal ! Personne n’aime les chevaliers blancs irradiant de perfection ! Tout le monde préfère les héros noirs, ou du moins les ‘durs à cuir’.

-Tu dis ça mais… Qu’est-ce que cela implique ?

-Hein ? Ca implique que l’homme aime le noir !

-Mais on parle de héros. Ni tout blanc, ni tout noir.

-Oui, je sais bien. Tu vas pas m’expliquer mon propre raisonnement.

-Peux-tu définir ce que tu qualifies de ‘durs à cuir’ ?

-C’est un héros, ou du moins le gentil de l’histoire, qui à l’aide d’une force herculéenne ou de méthodes peu orthodoxe, combats le mal avec zèle et parfois avec cruauté.

-C’est exact. Il combatte le mal. Pourquoi ?

-Quoi de plus normal que laisser exploser sa colère et sa haine face à notre pire ennemi ?

-Pourquoi le fait-on ?

-Parce qu’il est jouissif de voir ce qui nous a blessé être blessé à son tour ! La vengeance, tout simplement.

-Donc si je suis ton raisonnement, nous aimons les héros ‘durs à cuir’ parce qu’il anéantissement le mal avec encore plus de talent que les autres et leur fait payer leurs méfaits ?

-En effet.

-Pourquoi aime-t-on ces héros là ?

-Mais… Parce que l’Homme aime voir le mal se faire terrasser avec force par les forces du bien !! »

Il écarquilla les yeux devant sa propre erreur. Le silence retomba, le vent souffla entre les deux rhéteurs. Emeraude lui fit un sourire.

« Tu vois… Tu le savais au fond de toi. L’homme est bon. »

Yrion ferma les yeux en jurant, comme s’il pouvait effacer son erreur. Il les rouvrit.

« Ce n’est pas fini !

-Si. Tu as admis comme véridique ma thèse.

-Je refuse ! J’ai dit que l’Homme aimer voir le bien gagner, pas qu’il était bon !

-S’il aime voir le bien gagner, c’est qu’il appartient à ce camp, non ?

-Ce… Non !

-Yrion, tu as perdu.

-Je n’ai jamais perdu de joute verbale ! Je suis invincible !

-Personne n’est invincible éternellement. Reconnais ta défaite. »

Yrion posa sa main sur le manche de son épée.

« Ne fais pas ça. Dit-elle. N’agis pas comme les perdants que tu méprises. Sois un adversaire honorable. »

Le Seigneur-Croc mit son épée sous la gorge d’Yrion.

« Nous avons le droit de t’infliger une nouvelle blessure, il me semble ? »

La respiration du roi accéléra. Il regarda autour de lui. Netal, Sarasin, Améthyste, Rubis, Jade, le Seigneur-Croc. Il n’avait aucune chance de fuir.

« Non… Non… Ca ne devait pas se passer comme ça ! Je devais être soigné ! »

Améthyste inspira et s’investit de la complainte des damnés, puis le visa de son canon.

« Attends ! Fit le Seigneur-Croc.

-Attendre quoi ? Répondit sa fille.

-Ce type peut te restituer ton corps. On va quand même pas se priver.

-Je t’avouerai, c’est quand même pratiquer d’avoir un corps mécanique. Si y’a un problème, on le répare. Aucun risque avec les blessures, suffit de changer les pièces. Je crois que je vais le garder jusqu’à la fin de cette guerre. »

Yrion voyait là sa dernière chance s’envoler. Améthyste décrocha sa tête pour l’attaquer à son poing droit, décrocha son bras droit pour la main au bout de son bras gauche, et pointa son père avec ce double-bras-avec-tête.

« Faut dire, c’est super marrant.

-T… Tu peux revenir à la normale ? C’est archi-flippant !

-Ah ah… »

Elle redisposa correctement ses membres.

« Bon, je lui colle une lèpre permanente ou une peste à vie ?

-Quelque chose de douloureux, je pense que tout le monde ici haï ce type.

-Dans ce cas je propose la peste. Mais la lèpre lui ferait perdre ses membres qu’il régénérerait en vain, ça serait marrant. »

Yrion blêmit. Sa respiration s’emballa, il paniquait, lui qui était généralement si calme.

« On dirait qu’il a été traumatisé par la douleur. Annonça Améthyste le sourire aux lèvres.

-C’est une bonne chose. Lorsqu’il rentrera, brisé, à son camp, il sèmera encore plus la peur. »

Netal s’approcha de la victime, l’inspectant de haut en bas. Il posa la main sur le front de celui-ci en récitant une incantation.

« Qu’est-ce que tu fais ?

-J’ai un plan… Qui vous étonnera. Yrion, je vais scellé toute trace de ta puissance. Tu deviendras un homme parmi d’autre. Sans ta marque du temps, Chronos ne pourra jamais te retrouver. Par ailleurs… Je te place un autre sceau qui te tuera si tu t’approches d’un autre être du temps.

-P… Pourquoi ne pas me tuer ?

-Parce que ce sceau n’est pas définitif. C’est une blessure, et elle guérira. Comme notre accord le précise. Pendant un an, tu y seras soumis.

-H-huit mois ! S’il vous plait !

-… Pourquoi ?

-Je ne répondrai pas. »

Netal fronça les sourcils et Yrion commença à se débattre de douleur.

« Parle ! Pourquoi ?

-Parce que… Ca concorde à nos plans !

-… D’accord. Huit mois. Par ailleurs… »

Un tatouage noir apparut sur le torse d’Yrion, dessinant l’œil griffé. Netal se tourna vers Améthyste.

« Soigne ses blessures. Je veux juste qu’il garde une blessure éternelle pas trop douloureuse et visible.

-Qu-quoi ?! Et puis quoi encore ?!

-Sois gentille et obéit. Je n’aurai pas l’outrecuidance de te menacer en présence de ton père, mais c’est nécessaire. Fais-moi confiance.

-… C’est bon, je cède. Mais si tu te plantes, mon père te décapitera.

-Très bien.

-Tu peux me signer un contrat quand même ? »

Netal poussa un soupir d’agacement.

« Exécute-toi. »

La sorcière vaudou canalisa un nouveau sort et résorba les blessures d’Yrion, ne laissant qu’une brûlure sur le visage. Une brûlure qu’il gardera à vie. Elle l’effleura, il grogna de douleur.

« C’est bon. »

Netal le saisit par le col et le traina à la sortie, et revint. Il ferma la porte et, par détection d’âme, s’assura que le roi était parti. Il dit enfin :

« Bon, je vous dois des explications.

-Ca serait pas mal. Dit le Seigneur-Croc avec une colère mal retenue.

-Toi, tu rengaines. Yrion a été très déstabilisé par sa défaite. Pas parce qu’il a perdu, mais parce qu’Emeraude n’était pas une sophiste. Elle l’a convaincu par la raison. Grâce à mon sceau, il va se mêler aux humains. Dans le royaume d’Okeud, il sera bien traité. Je m’assurerai personnellement qu’il mène la belle vie. Car je pense qu’il est possible… Qu’Yrion se joigne à notre cause.

-Tu plaisantes ?! Dit le guerrier.

-Pas du tout. Il a passé beaucoup de temps chez les humains et a survécu grâce à sa haine. Désormais, il est brisé, et il souffre autant physiquement que mentalement. Il existe un moyen de lui arracher sa loyauté.

-Quoi ? Fit Améthyste. Un pot-de-vin ? De la puissance ? Du pouvoir ? Du respect ?

-Une femme. Coupa son père.

-Exact. Fit Netal. Je m’assurerai qu’il trouve quelqu’un qui l’aidera. Et alors, il sera gagné à la cause de l’humanité.

-Tu penses vraiment que c’est possible ? Comment tu vas faire ?

-Grâce à mes pouvoirs, je peux manipuler les sentiments. Même si j’ai l’habitude de manier la peur ou la haine, je vais manier l’amour. Pas le sien, non, celui d’une femme. Une femme qui l’aidera, qui le soignera, et qu’il aimera.

-Tu peux faire ça ?

-Je ne peux qu’exciter ou inhiber un sentiment primaire, c’est-à-dire l’amour, la haine, la colère, la tristesse, la peur. Les sentiments complexes tels que l’orgueil, les regrets ou la jalousie sont hors de ma portée. Ne t’inquiète pas pour moi. Je sais ce que je fais.

-Je ne peux approuver un plan qui consiste à manipuler les sentiments d’un homme.

-Je ne manipule rien. Je ne compte pas lui briser le cœur. La femme l’aimera réellement, et il l’aimerait tout autant. S’il se fait briser le cœur, il repassera dans le camp de Chronos, plus motivé que jamais.

-… J’espère que ça va marcher. Choisis bien la femme. Il faut qu’elle aime l’humanité entière, pas de solitaire. Il faut quelqu’un de joyeux, de doux. Sinon, Yrion n’aura qu’à l’emmener avec lui. Il lui faut une naïve, une femme honnête et désintéressé. Lui, il vient d’un milieu riche détestable.

-Tu sais que parfois, j’entrevois une lueur d’intelligence derrière tes yeux glauques à l’expression bovine ?

-Je te tuerai.

-Je sais. »

Netal tendit la main à Améthyste.

« On a du boulot en bas.

-Ca prendra combien de temps ?

-Plusieurs mois… Mais si Chronos compte attendre lui aussi, on en sortira gagnant. Je te remontrai à la surface le soir venu. »

Elle lui prit la main et ils disparurent dans les ténèbres.

 

 

Nouveaux alliés

 

                Améthyste et Netal atterrirent dans les salles de diamants. Les murs scintillaient à la moindre lumière, et des gémissements se faire entendre. Le Sans-Âme Annonça :

« La zone n’est pas sure, j’espère que tu sauras protéger ta vie.

-On est quand même au troisième niveau sous la surface. Je doute être de taille. Je pense être simplement en mesure de fuir et aller chercher ton aide.

-Qui te dit que je te protégerai ?

-La simple existence de mon père t’y astreint. »

Elle se tourna vers le Cristal d’Elesya

« Ca ne ressemble pas vraiment aux illustrations de mon livre. »

Le cristal était immense, il faisait peut-être une dizaine de mètre de hauteur, et des piques de diamants partaient vers le haut. Des chaînes l’entouraient et étaient secouées par une force mystique. Elle passa la main sur le cristal et une décharge d’énergie lui explosa la main, qui tomba en morceau.

« Génial, je viens d’arriver et j’ai pété ma main. Jade va me tuer. »

Elle regarda les fils qui sortaient de sa blessure en émettant des étincelles. Elle soupira.

« Bon, on touche pas directement. Alors Netal, en quoi c’est utile ce truc ?

-Chaque âme qui meurt attend la Faucheuse. Lorsque celle-ci fauche l’âme, elle est envoyé ici. Elle est alors dépossédée de sa puissance et envoyé dans une dimension supérieure. Le paradis ou l’enfer. Selon. Ce cristal accumule donc la puissance des âmes qu’il transfert. Tu m’écoutes ? »

Améthyste tentait d’arrêter les étincelles de son membre tranché. Elle hocha la tête.

« Je ne suis pas stupide au point de passer à coté de telles informations. Ce cristal contient donc de l’énergie, qui m’a explosé la main. Tu veux t’en emparer, c’est ça ?

-C’est l’idée. Mais quelles seront les conséquences ? Pourrais-je seulement contenir toute cette énergie ? Et comment m’en emparer ?

-Ce sont de bonnes questions. Moi aussi j’en ai une. Tu peux arracher l’âme de quelqu’un, est-ce que celle-ci est ensuite fauchée par… Ben par la faucheuse ?

-Oui. Je ne peux pas sauter cette étape.

-Bien. Et si tu arraches l’âme de quelqu’un ici, à part moi, et que tu poses l’âme contre ce cristal… Il s’passera quoi ?

-Ca ne me semble pas sans risque.

-Qui tente rien n’a rien.

-… Tu es certaine d’être adoptée ?

-Hi hi hi… Je crois que papa a déteint sur moi. Aller, on verra. »

Netal regarda autour de lui. Akyssen attendait en somnolant contre un mur. Quelques officiers mettaient en place un périmètre de sécurité. Il s’éloigna.

« Je reviens. »

Il quitta le camp et on entendit des bruits de combat. Il revient avec un humanoïde gigotant qu’il tenait par la gorge. Il se positionna devant le cristal et arracha l’âme de la créature. Il regarda un instant la brume azur de sa main, et jeta l’âme dans le cristal. Une force mystique le repoussa et il traversa la salle en sens inverse et chuta violement. Il se redressa difficilement.

« T’es blessé ? Dit Améthyste sans vraiment y croire.

-Non. J’ai juste reçu un choc psychique violent. Pendant un très court moment, j’ai été en liaison avec l’énergie qu’il y a là-dedans. J’aurai pu la prendre, pour peu que j’y sois préparé. J’ai du mal à croire qu’une gamine de vingt ans a trouvé un moyen si vite, alors que du haut de mes 155ans, j’ai échoué. Très impressionnant.

-Je savais que je te serai utile.

-Je serai plus impressionné le jour où je n’aurai pas à baisser les yeux pour te regarder.

-… Sale type. »

Il ricana.

« Et pour Yrion, t’en es où ?

-J’ai placé de bon élément dessus. »

 

 

Le monde des humains

 

                Yrion se frotta sa brûlure permanente qui n’en finissait pas le se faire souffrir. Il gémit. Cette douleur ne s’en irait jamais. Il souffrirait ainsi pendant au moins huit mois, et peut-être pour le reste de sa vie. Il arriva dans une ville et regarda le panneau à l’entrée. La capitale. La capitale du royaume d’Okeud. Puis il regarda son reflet dans une vitre. Sa brûlure lui traversait le visage d’un trait. Bien qu’il ne soit pas défiguré, il était méconnaissable. Son château lui parut soudain bien loin. Y retourner ? Certainement pas. Si Chronos l’apprenait, il enverrait un chronoseigneur, ou pire, irait le chercher lui-même. Et en sa présence, il mourrait. Il regarda autour de lui en quête d’un endroit où dormir. Il risquait de passer sa nuit sur le trottoir.

« Ca va être long. »

Un doux parfum vint lui chatouiller les narines. Une fleuriste passa devant lui en chantonnant et en s’occupant des plantes. Elle prit l’arrosoir et le passa dans les fleurs, se retourna d’un coup et heurta Yrion, renversant le reste d’eau sur lui.

« Oh ! Pardon monsieur !

-Ce n’est rien. Répondit-il en contenant difficilement la douleur de sa brûlure.

-Vous êtes blessé ?

-Ce serait trop long à expliquer. Disons que j’étais un guerrier et que mon état m’empêche de me battre pendant huit mois. D’ailleurs, si vous saviez où je pourrais trouver un logement…

-Vous pouvez allez à l’auberge, ils vous donneront une chambre à un bon prix.

-Je n’ai même pas d’argent. Il va falloir que je trouve un travail… Rah ! Pourquoi je vous explique ça ! Ca doit certainement vous ennuyer. Bon j’ai à faire, bonne journée. »

Un plateau de cookie surgit devant lui.

« Prenez-en quelques un, vous allez avoir besoin de force.

-Merci. »

Il en prit autant que possible, il ne savait pas quand l’occasion de manger se représenterait. Il la salua d’un hochement de tête et partit.

 

 

                La nuit était en train de tomber. Yrion dégaina et fit quelques mouvements dans le vide. Sa force écrasante était partie, mais il restait rapide et agile.

« Faites attention avec ça ! Lui lança un garde.

-Bien compris. »

Il fit une feinte et frappa le mur devant lui d’un estoc. La lame ricocha dessus et s’enfonça très légèrement. Un peu de pierre tomba du petit trou.

« Hum… Avant, ce mur se serait effondré. Comme tout le bâtiment. En fait, avant j’aurai pu anéantir cette ville en un quart d’heure. »

Il rengaina. Tout ce qui lui restait, c’était sa force légèrement supérieure à celle des civiles. Il lui fallait de l’argent, il n’avait qu’à en voler. Mieux, il suffisait de tuer quelqu’un et de lui prendre sa maison. De tuer les passants pour acheter de quoi manger. Non, autant voler la nourriture aussi. Il s’approcha d’une petite maison et s’arrêta sur le seuil. Tuer ne ferait qu’alerter les gardes, et avec sa faiblesse, il serait incapable de se défendre. Mais aucun soldat d’élite ne serait envoyé pour un simple vol. Il tendit l’oreille, pas un bruit. Il passa son épée dans la serrure pour casser le mécanisme et entra. Il n’y avait qu’un couple qui dormait dans un lit double. Tout deux étaient assez âgés, sûrement proche de la retraite. Il ouvrit le coffre devant le lit, quelques vêtements.

« Hm… »

Il inspecta la pièce, se baissa et passa sa main sur les planches. Il parvint à en trouver une étrange et la souleva, un gros sac plein de pièce d’or l’attendait. Il sourit et le prit. A son poids, il y avait de quoi manger pendant suffisamment de temps. Il se dirigea vers la sortie lorsqu’il entendit une voix masculine :

« Qui… Qui va là ? »

L’homme le vit un court instant.

« Au… Au voleur ! »

Yrion partit au pas de course et disparut dans les ruelles.

« Garde ! Au voleur !! »

Le chronoseigneur fusa dans les rues et sema ses poursuivants à un carrefour. Sans lâcher sa prise, il se dirigea vers ce qui lui semblait une ruelle et se retrouva dans une impasse. Acculé, il bondit avec agilité au-dessus d’un mur et rentra dans une maison assez grande. Elle avait deux étages et un jardin assez modeste. Il tendit l’oreille, les gardes l’avaient perdu. Il poussa un soupira de soulagement et entreprit d’explorer la maison. Une voix s’éleva :

« Qui est là ? »

Il se retourna, la fleuriste. Les nerfs à fleur de peau, Yrion regarda enfin avec attention la femme. Elle était rousse et ses cheveux légèrement bouclé lui tomber jusqu’à sa poitrine. Ses lunettes étaient de vrais culs de bouteille qui ne laissaient pas voir ses yeux. D’une taille moyenne et d’une corpulence classique, le seul détail qu’elle avait était une cicatrice en forme de croix sur le dos de sa main droite. Il dégaina et lui mit l’épée sous la gorge.

« Pas un mot. Je partirai lorsque je ne serai plus poursuivi. Ne me dénonce pas, je saurai que c’est toi et je te tuerai.

-Qu’est-ce que t’as dans la main ? Dit-elle sans la moindre peur. Cet argent, tu l’as volé ?

-Je t’ai dit de la fermer !

-Tu avais pourtant l’air d’un gentil garçon. Il ne faut pas se fier aux apparences.

-T’imagine pas de quoi je suis capable ! Tais-toi !

-Tu voles de l’argent, tu menaces une femme sans défense après t’être introduit chez elle…

-Silence, misérable fleuriste ! »

Elle lui saisit violement le poignet et se dégagea, puis le fit basculer par-dessus son épaule et le projeta à terre avec force. Il se releva, le sac avait explosé et il y avait des pièces d’or dans toute la pièce.

« Tu as volé… Tout ça ! Je n’imagine pas l’état de rage de ta victime…

-Je n’en ai que faire ! »

Il lui fondit dessus, elle dévia la lame du plat de la main et dégaina un poignard qu’elle lui mit sous la gorge, et le força à se mettre à genou. Elle le désarma.

« Hélas pour toi, tu as choisi la mauvaise demeure. »

Yrion repoussa son adversaire d’un coup vif et se jeta sur son arme, roula et bondit sur elle en donna un grand coup circulaire au visage de la femme. Elle fit un pas pour esquiver et seules ses lunettes furent détruites, dévoilant enfin ses yeux bleus très clair, et surtout son expression de combattante aguerrie. Elle lui entailla sa brûlure au visage et le désarma, saisit le poignet droit du chronoseigneur, puis le gauche lorsque celui-ci voulut la frapper au visage. Elle croisa les bras de son adversaire et le fit basculer avec force au-dessus de son épaule. Sans possibilité d’amortir le choc et chutant la tête la première, Yrion allait se briser les cervicales. Il heurta le sol avec force.

 

                Yrion se réveilla. Il était enchainé sur une chaise. Devant lui, la fleuriste. Elle était en train d’aiguiser son poignard à l’aide d’un fusil. Il grogna pour signifier son éveil. Elle dit :

« Pas trop mal au cou ?

-C’est ma brûlure qui me lance. Si tu crois me faire mal, tu te mets le doigt dans l’œil. Tu as de la chance que je sois blessé. Lorsque je récupérerai ma force, je reviendrai te tuer ! Tu te jetteras à mes pieds pour que je t’épargne, et je refuserai ! »

Elle se leva calmement et lui mit une gifle.

« Ouais. Peut-être. En attendant, je décide de ce que je fais de toi. A qui t’as volé cet argent ?

-A un couple de vieux.

-Qui ?

-Je sais pas et je m’en fous. Ca te va ? »

Il jura. Sa vengeance sera terrible. La femme prit une autre chaise et la mit devant Yrion, la retourna et s’assit dessus à califourchon en croisant ses bras sur le dossier.

« Alors tu te fous de tout ? C’est ça ? De la justice ? D’autrui ? »

Yrion baissa le regard. Le but de son maître était de rebâtir un nouveau monde parfait en détruisant celui qui existe déjà. Pas de répandre le malheur. Il avait agi égoïstement, mais c’était justifié.

« Je ne peux pas me permettre de mourir dans la rue. Je dois survivre à n’importe quel prix pendant huit mois et retourner vers mon seigneur ! Il a besoin de moi ! En attendant, je dois survivre.

-A n’importe quel prix, hein ? En attendant, si je t’avais balancé à la police, tu aurais tenu un jour.

-Qu’on se comprenne, je n’ai que faire de la prison, tant que je vis. Je veux juste m’éviter un tel désagrément.

-Tu vaux pas grand-chose…

-Qu-quoi ?! J’ai provoqué à moi seul la chute de la Lumière !! J’ai tenu en respect les plus grandes puissances de ce monde !! Je te suis supérieur !! »

Elle le tapa sur la tête de son fusil.

« Ouaip. Peut-être que c’est vrai. En tant que guerrier, tu es très certainement plus fort que moi. Mais en tant qu’être humain, tu ne vaux rien. Tu es juste un égoïste. C’est n’être bon à rien que de n’être bon qu’à soi.

-Je me bats chaque jour pour l’accomplissement d’un idéal qui te dépasse. N’imagine pas me comprendre. »

Elle désigna les pièces qu’elle avait rassemblées dans leur sac.

« C’est ça, ton idéal ? Le vol ?

-Toute chose nécessite un sacrifice. »

Elle le tapa encore de son fusil.

« La plupart du temps, on voit le sacrifice et pas l’idéal. »

Ca oui. Puisque l’idéal consisterait à détruire le monde pour le refaire, personne ne le verrait. Elle baissa encore les yeux. Elle soupira et posa une petite bourse.

« Voila. Je te donne ça. Trouve-toi un travail et survis comme n’importe quel homme, et là je te respecterai. En attendant, tu es juste une petite frappe. Je vais rapporter l’argent au commissariat. »

Elle le libéra.

« Ton épée est sur la table derrière toi. Casse-toi, je veux plus jamais te voir. »

Il se leva lorsque son estomac grogna.

« Y’a du pain dans la cuisine, sers-toi. »

Elle partit en claquant la porte. Yrion prit la petite bourse et le pain et regarda la maison. Il pourrait tout voler. Puis son regard tomba sur l’argent volé la veille.

« … Elle ne l’a même pas prit. »

 

                La fleuriste attacha le bouquet avant de le tendre à son client.

« Votre femme adorera !

-Merci beaucoup. Combien je vous dois ?

-35 pièces d’or, s’il vous plait.

-Tenez, en voici 40. Bonne journée. »

Elle lui fit un signe de la main pour le saluer et reprit le travail. Elle entendit quelqu’un arriver derrière elle. Elle se retourna avec un sourire angélique :

« Bonjour, je peux vous aider ? »

C’était Yrion.

« … Toi ?

-Bonjour. Vous changez rapidement d’expression, on vous l’a déjà dit ?

-Qu’est-ce que tu veux ?

-J’ai un peu honte de le dire, mais je ne sais rien faire d’autre que me battre. »

Et gouverner, mais autant tenir sa langue.

« Comme vous me connaissez et que vous êtes bien la seule, je me suis dis que vous aviez peut-être un poste à proposer.

-Mouais… Ca s’tient. Bon, prend un sécateur et essaie de tailler l’arbuste juste là en quelque chose d’à peu près rond. »

Il dégaina son épée et taillada l’arbre en quelques secondes. Il enleva les feuilles de l’arbuste d’un revers de main et passa un coup de balai rapidement.

« Voila. »

Le travail était impeccable. C’était parfaitement sphérique.

« Impressionnant… »

Elle lui mit un arrosoir dans les mains.

« Les pétunias ont soif, arrose-les.

-… C’est quoi, les pétunias ?

-Tu ne sais pas différencier les fleurs ?

-Juste les plus connus. »

Elle lui apprit à différencier les quelques fleurs qu’il ne connaissait pas, puis lui présenta les arbustes. Elle lui expliqua ensuite quel rôle il tiendrait dans la boutique. Cela dura jusqu’à l’après-midi.

 

                « Bon, on a fini pour aujourd’hui. Tu peux rentrer chez toi.

-Merci mais j’ai pas de ‘chez moi’. Vous vous rappelez ?

-J’avais oublié ça. Tiens, ta paye. »

Elle lui jeta une bourse.

« Ca te va ?

-C’est pas assez pour une chambre à l’auberge, surtout si j’y mange matin et soir. Sans vouloir vous racketter.

-Faut pas exagérer. T’auras pas plus. Trouve-toi un endroit où vivre.

-Je vais réfléchir. Je… »

Il fut pris d’un vertige.

« Ca va ?

-Ma brûlure me lance… Encore plus fort.

-Tu vas la garder encore longtemps ?

-Toute ma vie. C’est un sortilège. Les blessures que j’ai subies sont permanentes et la douleur ne s’en va jamais. Je souffrirai toute ma vie. Alors avec la coupure que vous m’avez faite dedans…

-Pour toujours ? La vache.

-C’est ça la guerre, ma bonne dame. Je… »

Il tomba et amortit le choc comme il put.

« M… Mince… j’arrive pas à rester debout… Partez devant, je vais attendre de récupérer. Quand bien même je suis blessé, je suis résistant. Je devrais pouvoir me lever d’ici une heure…

-Je vais me retrouver avec une ‘non-assistance à personne en danger’ sur le dos si tu crèves comme ça. »

Elle le prit et le porta sur l’épaule.

« Je vais t’héberger, exceptionnellement. »

 

                Yrion fut réveillé par une voix colérique venant d’en dessous.

« Bon, tu descend oui ? J’ai préparé le petit déjeuner, alors magne-toi !

-… Elle est bien plus mignonne avec les clients… »

Il se leva. Il était dans un lit de fortune, placé dans le grenier. Il y faisait bon et le temps était radieux. Il prit son épée et descendit.

« Me voici.

-Ca va mieux depuis hier ?

-La douleur ne partira pas. Mais oui, je vais mieux. Merci.

-Très bien. Je t’ai préparé des crêpes. J’avais envie de sucre ce matin. »

Elle en posa cinq dans l’assiette d’Yrion et dix dans la sienne, et apporta le sucre en poudre, le miel et le sirop d’érable.

« Bon ap’.

-… Dites-moi, je ne connais pas votre nom. Je pourrais l’avoir ?

-Ah tien, j’avais pas fait attention. Je me nom Elyss. Et toi ?

-Yrion.

-Ah ? Comme le roi Yrion ?

-Oui. On me le dit souvent. »

Il se sentait désolé de devoir mentir.

« Je vois que t’as pas touché à l’argent. C’est bien. Encore heureuse, je n’avais pas envie de te courir après pour le récupérer. »

Un toqua violement à la porte. Elyss se saisit de son poignard et se dirigea vers la porte.

« Pourquoi vous prenez une arme ?

-Ce sont certainement les corbeaux noirs. Une guilde de voleur qui cherche à m’escroquer. Je vais les faire fuir, comme d’habitude. Reste en dehors de ça. »

Elle ouvrit. Deux hommes entrèrent en la bousculant.

« Vous savez pourquoi on est là, non ?

-Comme d’habitude, j’imagine. Et je vais vous répondre comme d’habitude d’aller vous faire mettre. J’ai pas besoin de votre protection. Vous n’avez qu’à voler mes fleurs, vous en tirerait un bon prix j’en suis certaine !

-Vous êtes plus mignonne avec les clients. »

Yrion était d’accord.

« Mais cette fois, on nous a dit que si vous refusiez, on vous passerait à tabac. Vous voulez toujours pas payer ? »

Elle lui mit son poignard sous la gorge.

« Approche donc, pourceau ! Que je te fende le crâne ! »

Les deux sortirent leurs dagues.

« Bougez pas ou je lui tranche la gorge. »

Sa victime sourit, puis s’éjecta en arrière. L’autre la frôla de sa lame. Ils engagèrent un deux contre un, sous le regard méfiant de Yrion. Elyss ne cherchait pas à tuer, elle voulait blesser, faire fuir, mais elle semblait incapable de prendre la vie. Forcément, elle perdit l’avantage et fut désarmée. Elle tomba au sol.

« Cette fois tu as perdu. Dit un voleur. Je vais te faire une cicatrice sur la main gauche, puisque celle de droite ne te suffit pas. »

Elyss se tint la main droite comme si ce souvenir réveillait sa douleur. Yrion s’approcha d’eux.

« Vous importunez cette demoiselle. Si vous partez maintenant, tout s’arrête. Je ne vous poursuivrez pas. Mais si vous persistez, je me battrai. Vous ne trouverez pas chez moi la dixième de la gentillesse d’Elyss. Je vous taillerai en pièce si j’ai la moindre occasion.

-Amusant. Tu crois pouvoir faire quoi, le grand brûlé ? »

Il dégaina d’un coup et trancha la main droite du voleur.

« Quelque chose dans ce genre. Je vous laisse une ultime chance de fuir.

-Aaah ! S… Salaud ! »

Ils chargèrent tous les deux. Yrion profita de sa longue allonge et attaqua la proie la plus faible, le blessé. Il lui creva un œil et lui ouvrit la gorge. Il hurla. Complètement déstabilisé, l’autre adversaire n’avait plus la force de lui résister. Yrion fit un pas vers lui, il recula. Le chronoseigneur se mit en position de frappe, attendit un court instant, et dit :

« … Bouh. »

Le dernier voleur s’enfuit à toute vitesse. Le duelliste s’approcha de la victime agonisante et lui porta le coup de grâce en le décapitant, puis il s’approcha d’Elyss.

« Ca va ?

-C… Comment avez-vous pu… Je vous ai battu pourtant…

-J’ai surpris le premier, puis je l’ai achevé rapidement et douloureusement. L’autre avait trop peur pour penser à se battre. Il aurait pourtant pu me vaincre. Au final, je n’ai même pas rencontré de résistance.

-Tu es impitoyable…

-C’était quand la dernière fois que tu as affronté quelqu’un qui cherchait à te tuer ? Je vais nettoyer ce bazar.

-T… Tu parles du cadavre d’un être humain !

-Et alors ? Ce n’est plus qu’un corps. Il est mort, c’est fini. Il ne reviendra pas. Son âme est partie rejoindre ses dieux. »

Il prit le corps et le jeter dans une fosse, puis pris une serpillière et lava le sang. Elyss était pétrifiée. Puis, elle se releva et dit :

« Merci.

-Hm ? Pardon ?

-Merci de m’avoir sauvé. Je ne sais pas ce qu’ils m’auraient ça sans toi. J’ai vraiment eu peur.

-… De rien. »

Il vida l’eau rouge vif et rangea la serpillière.

« On va bosser ?

-On est dimanche.

-Ah ? C’était pour ça les crêpes ?

-Non… Disons que c’est rare que j’ai un invité, voila tout. Surtout un homme…

-Ne me dites pas que je vous intéresse !

-Comment ça pourrait ! Je te connais depuis deux jours ! Je plaçais juste de grand espoir en toi. Je me disais… Pour une fois que je rencontre un gentleman… Mais non, c’est un guerrier. Un tueur. Un assassin.

-… Vous en êtes encore à cette logique primaire. ‘Les armes servent à tuer d’autres hommes’.

-Tu ne vas pas le nier ! »

Il dégaina et menaça Elyss de son arme.

« Vous imaginez les armes comme ça. »

Il baissa son épée, puis se mis en position de protecteur, défendant Elyss contre un ennemi invisible.

« Mais les armes se tiennent de cette façon. Elles servent à se défendre soi, et à défendre ceux qui l’on aime. »

Il rengaina et prit un couteau.

« Cet objet et un outil qui permet de couper la viande et éplucher un fruit. C’est un outil très pratique. »

Il le jeta à coté d’Elyss, l’arme allait se planter dans le mur lorsqu’elle le saisit en plein vol.

« Pourtant, il peut devenir une arme mortelle très dangereuse. Quel genre de combattant étiez-vous pour vous battre si bien sans pour autant prendre des vies ?

-Agent de police. Je mettais les voleurs derrière les barreaux et je m’occupais des bagarres d’ivrogne. Certains se défendaient, avec parfois l’intention de me tuer. Mais ils n’avaient jamais réussi. Jusqu’au jour où un voleur à l’étalage m’a planté un couteau dans le ventre. J’ai survécu, mais j’ai perdu des choses très importantes…

-Laissez-moi deviner, votre capacité à enfanter ?

-Exactement. Les lésions ne sont pas dangereuses, mais une grossesse me serait fatale. Depuis, j’ai abandonné mon poste d’agent de police et je suis devenu fleuriste.

-Et pour les corbeaux noirs ?

-Ils ne me tueront jamais. Le meurtre ne rapporte rien. Ils intimident, et en dernière recours, ils nous font des cicatrices, comme la croix sur ma main droite. Jusqu’à maintenant, j’avais toujours gagné. Là… C’était différent.

-Si vous avez toujours gagné, d’où tirez-vous cette cicatrice ?

-Un jour, c’est le chef en personne qui s’est présenté à ma porte. Je n’avais aucune chance.

-Le lâche. Et que fais la garde ?

-Même la garde a peur de s’opposer à eux. »

Yrion frappa du poing sur la porte.

« Quelle bande d’incapable ! Lorsque je récupérerai mes pouvoirs, j’irai les exterminer moi-même !

-Tu… Tu as perdu tes pouvoirs ?

-… Puisque c’est l’heure des confessions. Je suis un puissant lieutenant d’un seigneur très influent. J’ai été capturé par l’ennemi et on a scellé ma force.

-Quel seigneur tu servais ?

-… Je suis désolé, je ne peux pas vous le dire.

-Bon, d’accord. On va aller au commissariat pour expliquer pourquoi il y a un corps devant chez nous et qu’ils réagissent face aux corbeaux noirs. »

Elle ouvrit un tiroir et pris une paire de lunettes.

« Pourquoi mettez-vous ces culs de bouteilles ? Elles ne vous mettent pas du tout en valeur.

-Je fais fuir les clients à cause de mon regard. Donc je mets ça.

-Ca explique cette comédie quand vous vendez vos fleurs. Le seul moment où vous êtes si mignonne. »

Elle haussa les épaules.

« On y va. »

Elle sortit et contourna largement le cadavre comme si celui-ci aller se relever, et pris le chemin de la ville. Yrion l’enjamba d’une façon désinvolte et la suivit.

 

                Ils attendaient au commissariat. Yrion attendait les bras croisés, le regard calme et serein. Elyss avait un sourire innocent et son air de guerrière était caché par ses culs de bouteille. Le Chronoseigneur se secoua la tête.

« Ta blessure te fait mal ? Demanda-t-elle.

-Non, elle m’a fait mal hier. J’ai très mal dormi… Je me suis réveillé plusieurs fois. Et là, ça va mieux.

-Ah bon ? Ca ne doit pas être facile d’avoir mal tout le temps. »

Yrion bascula sur le coté et posa sa tête sur l’épaule d’Elyss.

« Hein ? »

Il dormait. Un homme d’un certain âge passa devant eux et expliqua à l’agent d’un ton paniqué :

« On m’a volé toute mes économies ! Plus de trois mille pièces d’or !! Il faut que vous le retrouviez, je vous en supplie ! J’en ai besoin pour couler des jours paisibles avec ma femme lorsqu’on sera trop vieux pour travailler !

-Trois mille pièces d’or ?! Il y a peu de chance qu’on retrouve une telle somme. Nous allons organiser des recherches. Une idée sur le coupable ?

-Il s’agit d’un homme de taille normale et assez mince avec les cheveux court. C’est tout ce que je sais. »

Elyss allait réveiller Yrion, mais il l’était déjà. Les yeux écarquillés. Il se redressa, inspira pour se calmer et reprit sa position. L’homme partit, sans vraiment espérer récupérer son or. Ils se présentèrent à l’agent.

« Je vous écoute.

-Nous avons été attaqué par deux corbeaux noirs. Commença à expliquer la femme. Grâce à ce jeune homme, je n’ai pas été blessé. Mais l’un d’entre eux à été tué et son corps est devant chez nous.

-Je vois. C’est une bonne chose que ce soit lui qui soit mort et pas vous, Elyss. On a pas idée de s’en prendre à une pauvre fleuriste sans défense. »

Yrion leva les yeux au ciel.

« On va aller chercher le corps, merci de nous avoir prévenu. On va vous assigner quelques gardes pour si jamais ils cherchaient à se venger.

-Merci beaucoup… Je ne vous cache pas que je suis très inquiète.

-Jeune homme, comment avez-vous réussi à le vaincre ? Demanda l’agent.

-Je l’ai pris par surprise et je lui ai tranché la main. Incapable de se défendre, j’ai pu le terrasser facilement et surtout douloureusement. Devant un tel spectacle, l’autre a pris peur et a fuit.

-Vous… Vous avez…

-Bienvenu dans notre monde, monsieur l’agent. C’était lui ou notre fleuriste, le choix était facile.

-Je comprends, oui. De toute façon, on ne va pas vous poursuivre pour avoir défendu une femme si gentille qu’Elyss. »

Il finit de prendre des notes.

« On en a fini, conclut-il. Autre chose ?

-Non, je vous remercie d’avoir pris le temps de nous recevoir. Fit Yrion, très courtois. Passez une bonne journée.

-Vous aussi. »

Ils sortirent. Elyss le regarda d’un air surpris et dit :

« Tu as grandi dans la haute société ?

-Pourquoi cela ?

-Tes manières sont extrêmement raffinées, c’est impressionnant…

-Le respect de l’autorité est simplement dans ma nature.

-Etrange, de la part d’un voleur. »

Il sentit comme une lance lui perforer la poitrine.

« Je… J’étais obligé.

-D’ailleurs, que vas-tu faire pour ce pauvre homme ?

-Je vais lui rendre son argent. Je n’ai que faire d’une telle quantité d’or tant qu’on m’offre gîte et couvert.

-Tu comptes squatter chez moi pendant huit mois ?

-Ah ? Vous ne voulez pas ? Très bien, je me débrouillerai. Je continuerai de travailler pour vous. Même si je ne peux vivre à l’auberge, je trouverai bien un endroit où vivre. »

Ils arrivèrent à la maison du fleuriste. Yrion prit le sac d’or et dit :

« Je serai de retour avant midi. »

 

                Le chronoseigneur poussa la porte dont la serrure était cassée. Il n’y avait personne. Il regarda aux alentours, personne. Il haussa les épaules et souleva la planche pour y reposer l’argent, puis sortit. Une faux se mit sous sa gorge.

« Le voleur de la dernière fois ! Fit le vieil homme.

-Moi ? Fit-il très calmement. Vous faites erreur, je me suis juste tromper d’adresse.

-Menteur ! Tu m’as volé !

-Je n’ai rien volé, je vous assure.

-Qu’as-tu fais de mon or ?!

-Quel or ? Je n’ai touché à rien. Vous avez bien regardé ? »

Il recula dans la maison et souleva la planche d’un geste du pied.

« Regardez, tout est là. »

Il repoussa la faux, l’homme se laissa faire.

« Il est… De retour…

-Je vais m’en aller alors. »

Il partit calmement, les mains dans le dos, alors que l’homme tomba à genou en recomptant son or.

 

                Il était de retour. Elyss attendait sur le seuil, deux gardes étaient en train d’évacuer le corps. Il les laissa passer et alla vers la fleuriste.

« Nous sommes à nouveau seuls.

-J’avais remarqué. »

Il lui prit ses lunettes.

« Je vous préfère vraiment comme ça. »

Il replia les lunettes et les posa sur une table.

« Tu… Qu’est-ce que tu fais ? Demanda-t-elle.

-J’aime vos yeux. Ces yeux qui m’ont regardé sans peur avant de me faire mordre la poussière lors de notre première rencontre. Vous ne changerez pas les préférences d’un homme d’arme. Quel est le programme de la journée ?

-On ne fait rien le dimanche, c’est un jour de repos.

-Je propose d’organiser les défenses contre un éventuel assaut des corbeaux noirs.

-Des… Des défenses ?

-Vous n’étiez pas policière ?

-Policière, oui, pas soldat. »

Yrion alla dans la maison et revient avec des pièges à loups.

« Eh ! Il ne faut pas qu’un innocent marche dessus !

-Ces voleurs ne passeront pas par la porte d’entrée. Je vais les disposer à des endroits stratégiques.

-Mais les gardes…

-Je préfère assurer moi-même votre sécurité. C’est la chose seule que je suis capable de faire, laissez-la moi. »

 

                La nuit était en train de tomber. Le Soleil disparaissait à l’horizon et les gardes allumèrent des torches. Trois gardes de faction qui seront là pour deux jours.  Yrion soupira en regardant à travers la fenêtre. Il posa son visage contre la vitre.

« Un problème ? Demanda Elyss.

-Ma brûlure… J’ai de plus en plus de mal à soutenir cette douleur. »

Il s’allongea dans son lit. La fleuriste fit de même dans le sien.

« La première fois, tu étais enchainé. Dit-elle. La deuxième fois, tu étais évanoui. C’est la première fois que tu es libre de tes mouvements chez moi.

-Je ne compte pas vous approcher. »

Il se mit sous la couette.

« … Ce genre de sentiment m’est étranger. »

Le silence retomba. Les lueurs des torches faisaient danser des ombres sur le plafond. Le calme, la sérénité de la nuit. Rapidement, il entendit la respiration régulière et calme d’Elyss. Elle dormait. Maintenu éveillé par la douleur, Yrion regarda les aiguilles de la pendule avec désespoir. Un hurlement déchira le silence. Le chronoseigneur bondit hors de son lit et prit son épée.

« Le piège à loup ! »

Elyss eut du mal à se réveiller.

« Mmh… Quoi ?

-L’ennemi approche. »

Il regarda par la fenêtre, les gardes allèrent voir l’origine de bruit, et ne revinrent pas.

« On est seuls.

-Ils sont morts ? S’inquiéta la fleuriste.

-J’en doute. Ils doivent être assommés et ligotés. Ce ne sont pas des meurtriers.

-Ca me rassure. Nous nous battrons à armes égales.

-Pas moi. »

Un autre hurlement, le deuxième piège à loup. Il venait d’en dessous d’eux.

« Je l’avais mis près de la fenêtre. Ils arrivent. »

Elle se leva.

« Allons leur coller une raclée !

-A vos ordres. »

Il prit un chandelier et descendit. Deux silhouettes les attendaient, dont une qui se frotter la cheville. Elle dit :

« C’est courageux de venir affronter son destin. »

Elyss lui sauta dessus sans attendre, bloqua son poignard et le balança par-dessus son épaule. Le voleur percuta le mur avant de comprendre ce qui lui arrivait. Il commença à se relever.

« Espèce de petite… »

Yrion poussa calmement l’armoire instable qui lui tomba dessus.

« Couché. »

Il resta devant les escaliers. La silhouette blessée valsa à travers la pièce et se heurta aux marches. Il lui asséna un coup avec son chandelier et l’assomma, puis ralluma calmement les bougies éteintes. Une nouvelle personne sortit de l’ombre, une arbalète à la main. Yrion, comme s’il n’attendait que ça, fondit à travers la pièce et dévia le projectile de son épée avant de désarmer son adversaire et de le jeter à terre. Il trancha la corde à coté de lui et le lustre tomba sur un quatrième ennemi, resté caché, juste derrière Elyss.

« M… Merci Yrion.

-Ne vous relâchez pas, il en reste un. D’après vous, où ai-je mis le dernier piège à loup ? »

Une ombre surgit derrière lui. La corde du lustre tomba, et laissa chuter un objet mécanique qui se referma avec force sur la tête de son attaquant.

« C’est exact, en hauteur. »

Il mit un coup de poing dans le ventre de son adversaire pour lui couper le souffle, le désarma et retira le piège pour éviter la blessure mortelle. Il se plierait aux règles de son hôte, ce n’était pas un ingrat. Il les ligota et leur arracha leur cagoule, puis éclaira leur visage à la lumière du chandelier.

« Bien. On va vous livrer à la garde. Vous allez croupir dans les prisons du la ville un petit moment. Je meurs d’envie de vous égorger, pour ne plus jamais entendre parler de vous… Mais je retiendrai ma lame par respect pour la maîtresse de maison. »

Il alluma un signal devant la maison.

« Ils arrivent. Je m’occupe de tout, vous pouvez aller vous coucher.

-Tu… Tu sembles plus fort que moi. Immensément, pourtant je t’ai battu. Je n’aurai pas pu faire face à cinq adversaires… Comment as-tu fait ?

-Nous nous sommes affrontés sur un terrain que vous connaissiez alors que je ne m’y attendais pas. Là, je les attendais, j’avais préparé le terrain, et n’oubliez pas que vous avez immobilisé deux d’entre eux. Vous avez distrait l’attention de deux autres. Au final, mon plan a été un succès grâce à vous. Si vous le désirez, nous pouvons nous battre amicalement, vous verrez que sans préparation minutieuse, je ne peux vous égaler. »

Elle hocha la tête. Une tirade pareille, à cette heure de la nuit, était trop pour elle. Les gardes arrivèrent.

« Nous voila ! Vous allez bien ?

-Très bien, même. Répondit Yrion. J’aimerai pouvoir en dire autant des gardes que vous avez laissé ici.  Je ne pense pas qu’ils soient gravement blessé, mais vous devriez fouiller le jardin, je n’y suis pas encore allé. Les forbans sont maîtrisés, ils sont cinq. »

Il les désigna d‘un geste de la main.

« Emmenez-les, je vous prie. »

Les gardes s’exécutèrent. Yrion bailla, en prenant bien soin de mettre sa main devant sa bouche, et remonta lentement les escaliers.

« Je retourne dormir, j’ai besoin de repos. Ma brûlure me fait moins mal, je devrais y arriver. J’en profite, généralement, ça m’arrache le sommeil. »

Elyss avait du mal à croire ce qu’elle voyait. Il lui semblait qu’Yrion ne ressentait au stress, aucune inquiétude quelle qu’elle soit. Il était évident qu’il avait longtemps fait la guerre pour maîtriser aussi rapidement une situation et trouver le repos juste après. Elle, elle était partit pour une nuit blanche. Les gardes partirent, et elle remonta se coucher. Mais elle ne trouva pas ce à quoi elle s’attendait. Yrion était prostré sur son lit, en train de se tenir le visage.

« Qu’est-ce qui ne va pas ?! Fit-elle inquiétant.

-Ma brûlure… Me fait de plus en plus mal…

-Mais tout à l’heure…

-Je ne voulais pas déranger les gardes avec des problèmes personnels, ça aurait été impoli, surtout à cette heure.

-Tu veux un antidouleur ?

-Inutile. Ce sort résiste aux antidouleurs. La souffrance est éternelle et inapaisable. »

Elle lui caressa la joue pour le réconforter, et réalisa qu’il était brûlant de fièvre.

« Mon dieu ! Quel température ! Il faut te soigner !

-Ce n’est… Rien… Je l’ai déjà enduré par le passé, je peux recommencer… »

Il regarda le vide un instant.

« Je le sens… Pas bien du tout… »

Il s’effondra sur le matelas, haletant.

« Yrion ! »

Elle prit un thermomètre et lui mit dans la bouche. Le mercure indiqua 42°C.

« Quelle fièvre… »

Elle regarda par la fenêtre, deux gardes étaient encore là, ils avaient des bosses mais aussi blessure grave. Elle ouvrit et dit :

« Allez me chercher un médecin, je vous en prie ! C’est urgent ! »

Ils partirent au pas de course. Elyss resta seule à coté d’Yrion. Elle alla chercher une serviette humide et fraîche pour lui mettre sur le front. Il entrouvrit les yeux.

« Ah… Seigneur Chronos… Aidez-moi… »

La fleuriste revint et lui posa la serviette sur le front, sans réaliser qu’Yrion était conscient. Elle prit une chaise et resta à son chevet, avec un visage inquiet. Elle lui toucha la joue et sentit la fièvre tomber légèrement. Elle lui prit la main, comme pour l’encourager.

« J’ai appelé le médecin… Tiens bon… »

Elle refusait de le lâcher, et il n’avait pas la force de se dégager. On toqua, elle descendit.

« J’arrive docteur ! »

Yrion était de nouveau seul. Il murmura :

« Bah… C’est bien aussi… »

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