Seigneur-Croc



I – Le commencement
25 août 2011

Enfin, la réécriture est fini ! Elle m’aura donné du mal ! Je m’attaque au deuxième volet maintenant. Bonne lecture !!

 

 

Aoeste, enfant sans soutien dans un orphelinat aux tendances despotiques. Sa vie va basculer lorsqu’il va rencontrer le chef du pays : Le Seigneur-Croc. Empereur borné à souhait et agressif, tueur violent et sanguinaire, à l’apogée de sa mauvaise humeur massacrante. Mais le soutien indéfectible de l’Amirale Kiérol et du Maréchal Aomushni lui permettent de contenir la folie, et de diriger le pays tant bien que mal. Aoeste aura bien du mal à se faire à un empereur pareil, mais c’est certainement sa seule chance de quitter cet orphelinat de malheur et de devenir un homme d’arme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I Le commencement

 

Prologue

Une ombre se dessine sur le mur. Les parents d’Aoeste ne la voient pas, ils jouent avec leur fils d’à peine 3 ans. L’enfant a en main un petit cube marqué d’une lettre : Le V. L’ombre s’approche. Elle lance :

« Impôt messieurs. »

Les parents se retournent. Ils vident un tiroir et sortent une bourse de pièces d’or. L’ombre les compte puis dit :

« C’est tout ? »

Les parents lui donnent la totalité de leur argent, mais ce n’est jamais assez. L’ombre dégaine une épée noire et leur dit d’un ton froid et calme :

« Ceux qui ne payent pas meurent. »

L’épée s’abat dans une volée de liquide écarlate. L’enfant en est trempé. L’ombre se retourne et l’ignore. Elle s’en va.

 

Aoeste tomba du lit. Il se releva et prit appuie sur le mur du dortoir. Il regarda autour de lui la prison qu’était cet orphelinat, puis  se recoucha. Il pensa à la fille qu’il aimait. Il y pensa très fort, c’est comme ça qu’il oubliait cet homme qui avait détruit sa vie. Ce général de l’armée de Trachéom : Incivius. Ce meurtrier au cœur de pierre avait tué ses parents. Depuis, il vivait dans un orphelinat. Il pensa encore à cette fille, mais inutile. Le même mot résonnait dans son esprit : « Impôt ». Ses terreurs nocturnes allaient encore lui falloir nombre de moqueries. Il continua de penser à la fille qu’il aimait. Elisa. Elle était d’une grande beauté et d’un esprit ouvert. Elle ne savait pas qu’Aoeste l’aimait. Il n’était pas le seul… Il ne parvint pas à s’endormir. Il regarda par la fenêtre et vit deux gardes faire leur patrouille, cette vision lui rappela Incivius. Il s’enfonça dans les draps sans pouvoir sombrer dans le sommeil.

 

 

 

 

 

 

 

I Le Seigneur-Croc, l’empereur

                Le lendemain, dans la salle commune, à l’heure du petit déjeuner, le directeur fit une annonce :

« Mes très chers élèves. Le Seigneur-Croc nous fait l’immense honneur de visiter notre orphelinat, je vous demande donc de lui faire un accueil, non pas chaleureux, mais calme, dans la discipline, et dans le silence ! Toute personne nuisant à sa visite sera mit à la porte de l’orphelinat, ce qui est je le rappelle, une terrible épreuve ! Je vous souhaite une agréable journée. »

Il sortit de la salle. Des murmures s’élevèrent et l’inquiétude monta. L’empereur n’était pas un homme politique, c’était un guerrier, un être noir et craint. Chacun savait qu’il pouvait décider de tous les tuer sans avoir à se justifier. La porte s’ouvrit et un grand homme entra. D’une carrure impressionnante et d’une taille imposante, il était moustachu et portait un chapeau. Il se tenait droit comme la justice et avait un regard d’acier qui laissait imaginer les nombreuses guerres qu’il avait vécues. Ses cheveux et sa moustache étaient gris, et son visage était ridé. Il avança fièrement jusqu’à la table des professeurs, les mains dans le dos, et l’air plein d’assurance.

« Messieurs.

-Maréchal Iomash… Je ne m’en rappelle jamais !

-Aomushni. Je viens vérifier que tout est en ordre pour l’arrivée de l’empereur. Il sera là dans une heure. Je serais infiniment rigoureux sur le respect que vous lui devez.

-Tout sera fait parfaitement. »

Le professeur se leva.

« Très chers élèves, je vous prierais de monter dans vos chambre à fin de vous changer et de redescendre pour accueillir le Seigneur-Croc. »

Les enfants rangèrent la salle et montèrent. Plus tard, a leur retour, le directeur faisait les cent pas sur l’estrade de la salle commune.

« Il sera là dans une demi-heure, c’est bien trop peu pour décorer la salle ! Il faut que tout soit parfait ! »

Les élèves allèrent s’assoir. Les professeurs passèrent dans les rangs et désignèrent plusieurs élèves.

« Vous ! Vous et vous ! Vous n’êtes pas correctement habillé, vous irez au cachot ! »

Au bout du compte, une vingtaine d’élève, dont Aoeste, furent sélectionnés. Ils allaient passer la grande double porte quand celle-ci s’ouvrir avec violence. Le Seigneur-Croc apparut. Il avait les cheveux noirs et assez long, l’air jeune, avec des épaulières noires et une cape tout aussi sombre qui trainait derrière lui. A sa ceinture dépassaient deux manches d’épée. Il portait une armure légère sur le torse, noire et simple. Il bailla longuement, puis regarda les enfants malpropres, mal vêtus ou dépeignés.

« Qu’est-ce que vous foutez debout ? Allez vous assoir !

-S-Seigneur-Croc, nous ne pensions pas vous voir si tôt ! Répondit le professeur.

-J’arrive quand j’arrive. »

Il sembla lutter contre un nouveau bâillement.

« J’ai autre chose à fiche que visiter votre établissement, je suis pas le maire, moi, je suis l’empereur ! Je gère les guerres et je suis un stratège. »

Le maréchal toussa discrètement.

« Ah ben vous êtes là ? J’vous avais pas vu. Qui vous a dit d’venir ? M’enfin, tant que vous etes là, z’avez qu’à rester. Ben j’vous présente le maréchal Aomushni, plus grand stratège du pays, vétéran de nombreuses bataille et héros de guerre.

-Merci, monseigneur.

-Ouais ouais. Bon un discours et j’me casse ! »

Il monta sur l’estrade et regarda l’assemblée pétrifiée de surprise.

« Vous êtes tous muets ? »

Il n’eut pas de réponse.

« Bon ils sont muets, mais pas sourds j’espère. Donc discours. »

Il chercha dans ses poches, puis jura.

« Mince… Où j’l’ai foutu ? Mais mince ! »

Il sortit un papier à moitié déchiré.

« C’est ça… Bon je m’en passerais. »

Il le jeta à terre sous les regards ébahis des personnes présentes. Seul le maréchal ne semblait pas surpris.

« Donc, vous savez tous qui je suis et je me moque de qui vous êtes, on peut donc passer les présentations. Sinon, je suis ici pour faire bonne impression, et je ne suis pas hypocrite. J’ai autre chose à faire que d’être devant vous. Quand j’ai besoin de m’assurer de quelque chose, j’envoie quelqu’un ou je débarque à l’improviste. Donc ce n’est pas ça. C’est pour… »

Il sembla pensif et ramassa le papier à terre. Il murmura en relisant le papier raturé, rayé et déchiré. Le directeur s’approcha de lui et lui chuchota :

« Vous devez parler du fonctionnement de l’armé aux élèves.

-Ah ouais c’est vrai. »

L’empereur repoussa le directeur violement avec un geste brusque et reprit :

« En premier lieu, tous ceux qui se demandent pourquoi on fait la guerre sont priés d’arrêter de se poser ce genre de questions. Pour rappel, c’est moi qui décide si on discute ou si on se fout sur la gueule et c’est tout. Donc vala comment ça marche. Vous débutez élèves. Trachéom, c’est pas une école où on apprend des cours, c’est une institution militaire. On vous apprend pas à vivre, mais à survivre, car je vous assure que quand vous êtes sur un champ de bataille, vous pensez plus à vous sauver la peau qu’à gagner la guerre. Ceux qui ont vraiment la volonté de gagner, c’est des héros de guerre. Vous en avez un à coté de moi. »

Il désigna le directeur, s’aperçu de son erreur et désigna le maréchal.

« Aomushni. Vaillant guerrier, dévoué et force de la nature. On va pas s’attarder sur lui, mais sachez que c’est pas n’importe qui. Donc, après vous avez soldat. Vous faites ce qu’on vous dit de faire et ça s’arrête là. Quand vous monter en grade et que vous pouvez donner des ordres, vous donnez les ordres qu’on vous a dit de donner et vous faites toujours ce qu’on vous dit de faire. C’est à partir d’officier que ça devient marrant. Vous avez des responsabilités et vous êtes surpayés. Passons quelques grades agaçants et sans intérêt, on se retrouve à général. Eux, c’est des stratèges, des purs combattants ou des gars pistonnés. Avec moi, les pistons ça marche pas, les généraux c’est des pros. »

Une main se leva en tremblant, c’était Aoeste.

« Oui ?

-Pouvez-vous nous parler plus précisément du rôle que joue un général dans l’armé de Trachéom ?

-Bien sûr, content que ça intéresse quelqu’un. Ils gèrent les stratégies de guerre, les plans de batailles… Ils sont payé à rédigé des cartes stratégiques pour parer un assaut. Quand nous ne sommes pas en guerre, ils jouent le rôle de surveillant.

-Et les impôts ?

-Quoi les impôts ?

-Vous en avez déjà envoyé pour collecter les impôts ?

-Quels impôts ? Je n’ai établit qu’une seule forme d’impôts ! Une arme d’excellente qualité par mois et par village, c’est quand même pas trop demandé ! Si tu sais pas, Trachéom est une forteresse établie sur la plus grande mine d’or au monde ! On se fait plein de fric, pour ça qu’y’a pas d’impôts. En plus les mineurs sont tellement payés qu’ils se moquent que ce travail leur nuisent à la santé. En 3 ans ils ont assez pour le reste de leur vie. Je ne sais pas qui a bâti ce château, mais il l’a mit au bon endroit, en plus ça risque même pas de s’effondrer. »

Aoeste se leva d’un bond.

« Vous n’avez jamais demandé d’argent à la population ??

-Bah non ! Qu’est-ce que tu veux que j’achète avec ça ? Si j’veux quelque chose, j’vais le chercher, et même qu’est-ce que tu veux que je puisse désirer ? L’argent que je gagner grâce à la mine permet d’entretenir les routes, l’armée, etc. Alors non y’a pas d’impôts.

-Alors pourquoi Incivius… »

Il se coupa dans son élan, se rendant enfin compte d’à qui il parlait ainsi. Ce n’était pas un bête soldat ou un professeur, c’était l’empereur.

« Quoi Incivius ?

-Il… Il a demandé des impôts à mes parents, et comme ils n’ont pas put payer… Il les a tués !

-Sérieux ? J’irais lui en parler. Si c’est vrai, c’est un homme mort.

-Je peux venir avec vous ?

-Nan ! Je vais maintenant parler des fonctionnements internes, à commencer par les rondes des gardes… »

Aoeste était sidéré. Il avait toujours su que le général Incivius avait outre passé son pouvoir, mais maintenant il ne comprenait plus rien. Au bout d’un moment, une femme entra.

« Seigneur-Croc, on a un problème.

-Et les bateaux sont… Hein ?

-Y’a un problème majeur à la caserne de Trachéom. Deux généraux sont en train de se battre et on n’ose pas trop approcher.

-Z’êtes amirale non ? Vous êtes bien plus fort qu’eux.

-Je ne voudrais pas risquer de les blesser. Et vous savez que si l’un me frappe…

-Oui, vous êtes en carton, on le saura à force.

-Je… J’en suis désolée.

-Bah, on peut pas tout avoir. J’suis déjà content d’avoir une élémentaliste aussi puissante que vous dans mon armée. Ben tiens, maréchal, montrez-leur un peu les compétences d’un puissant guerrier, et vous amirale, montrez-leur quelques tour de passe-passe.

-De passe-passe… »

L’empereur bondit de l’estrade et sortit en manquant de trébucher sur sa cape. Le maréchal dégaina son épée et la fit virevolter d’un geste fluide.

« J’aurais besoin d’un adversaire témoin. Quelque veut-il bien me rejoindre ? »

Personne ne se proposa.

« Tiens, l’enfant de tout à l’heure. Viens me rejoindre je te prie.

-Euh, non merci !

-C’est un ordre… Je te prie. »

Aoeste soupira, puis se leva. Il se mit face au maréchal et on lui donna une épée.

« Bien, fit le grand homme, je vais vous apprendre les modalités d’un duel. On se présente, puis on salut. »

Il s’inclina en disant :

« Maréchal Aomushni.

-A… Aoeste Okrepin…

-Bien. Dans les duel entre haut dignitaire ou combattants de grand renon, il est de coutume d’énuméré trois de ses plus grands exploits ou mérites. Je suis le stratège par excellence de Koljeizer, vétéran de la 3e guerre et je fais partie de l’élite du pays.

-Je…

-Il n’y a pas de honte à admettre que tu n’as rien fait d’exceptionnel compte tenu de ton jeune âge.

-Je suis Aoeste, fils de rien. De père biologique inconnu. Je suis venu au monde en prenant la vie de ma mère. Fils adoptif de Rodolph et Béatrice Lomsu, assassinés par le général Incivius.

-Ce n’est en aucun cas des hauts faits de prestance, mais citer ainsi une vie courageuse ou misérable dans le but de mettre en évidence sa force de volonté est aussi une démarche bien vue par les combattants débutants. Félicitation pour ton instinct de duelliste. Néanmoins, à l’instant même où tu deviendras un soldat, oublie ceci. Tu ne dois pas apitoyer ton adversaire. Moi, je suis impitoyable. J’ai l’habitude des champs de bataille. Mais si tu devais combattre l’amirale…

-Oh ça va ! S’insurgea la femme. C’est pas parce que je suis sensible au malheur d’autrui que je ne suis pas une combattantes hors pairs !

-Exact, mais vous n’êtes pas une combattantes hors pairs. Sinon, prenez une épée.

-Très peu pour moi. »

Elle s’assit.

« Bien, reprit Aomushni, frappe le premier. C’est toujours ainsi lorsqu’un duelliste domine de par son grade ou son expérience son adversaire. »

Aoeste fit quelque passe dans le vide, puis se jeta avec force et courage sur le grand homme. Devant la foule surprise d’un tel acte de vaillance, il frappa avec puissance le visage du maréchal de son arme. Mais le fer ne put ouvrit la peau ridée de l’homme expérimenté.

« Tu es bien vif, Aoeste Okrepin. Et je t’en félicite. Néanmoins se jeter à corps perdu dans un combat est la meilleure façon de le perdre. Je salue ton courage, mais ce n’est pas ainsi que tu vaincras quelqu’un.

-Comment… Pourquoi n’êtes-vous pas blessé ?

-Il en faut plus, je ne suis pas un soldat, je suis maréchal. »

L’homme enchaîna soudain des coups à une vitesse fulgurante, et ce avec une fluidité à couper le souffle. Les bruits de métal résonnaient si vite qu’on ne pouvait les compter. Aoeste lâcha son épée et le maréchal la saisit.

« Il n’est pas surprenant que tu ne puisse me vaincre. Cela est déjà excellent de garder ton épée en main aussi longtemps. »

Il descendit de l’estrade en faisant signe à l’amirale. La femme soupira et prit la place du maréchal. Elle s’inclina brièvement, puis lança :

« Bon vas-y doucement, moi j’suis pas en béton armé comme l’autre. Surtout ne panique pas, tout va bien se passer. »

Aoeste s’inclina et ne répéta pas sa présentation, le maréchal l’en félicita d’un signe de tête affirmatif. L’amirale se présenta :

« Bon, je suis l’amirale Kiérol, j’ai aucun exploit à mon actif et j’en ai pas honte. Je ne tiens pas non plus à parler de mon passé. Je fais juste parti de l’élite du pays moi aussi.

-Il est douloureux ? Demanda inconsciemment Aoeste.

-Ta vie est dure non ? Celle du Seigneur-Croc l’est bien plus, ta vie est un Eden à coté de la sienne. Et sa vie et un Eden à coté de la mienne. Imagine ta vie, tu vois pire ? Encore pire. C’est moi qui porte la croix la plus lourde ici. Mais on parle trop. Commençons. »

Elle leva les mains et une barrière de glace se matérialisé devant elle. Un long « Ooooh » de surprise s’éleva de la foule. Elle fit d’autres gestes fluides des mains et des flammes apparurent et semblèrent suivre son mouvement. Elle fit tournoyer la foudre autour du jeune enfant pétrifié de terreur alors que les flammes grossissaient dans les airs.

« Voila, fit la femme, c’est fini. »

Elle claqua des mains et les éléments disparurent. Aoeste tomba à genou devant tant de puissance.

« C’est… C’est fantastique ! Vous devez être infiniment plus forte que le maréchal Aomushni ! »

Le désigné manqua de s’étouffer.

« Mais pas du tout !! Euh, je veux dire, que nenni !

-Il n’a pas tord, Aoeste, répondit Kiérol. Je suis plus puissante que lui en force absolue, mais sous mes sorts les plus puissants, il ne cillerait même pas. Et moi, au moindre coup, je suis perdue. Tu as déjà vu l’Armageddon du Seigneur-Croc ?

-Non…

-Tu as raté un spectacle, c’est surpuissant… Ou pas. Même si la zone détruite est impressionnante, même si ce sort est ahurissant… C’est très faible. C’est pas parce que j’ai fait tourner la foudre autour de toi qu’elle est surpuissante. Reste que la magie est de loin la force la plus démente qui soit. C’est un puits sans fond, il est possible de l’exploiter sans fin. Peu de gens ont mon niveau, et il est clair que je ne t’ai pas dévoilé toute l’étendue de ma force. Moi comme le maréchal, si on se donnait vraiment l’espace d’un instant, on ferrait s’écrouler le bâtiment tout entier ! Nous sommes très forts. Si je lançais mon attaque la plus puissante sur le maréchal, il serait toujours debout. Mais c’est normal, c’est un spécialiste de l’endurance. C’est pourquoi on l’appelle ‘Le rempart de Trachéom’.

-Et vous, c’est quoi votre surnom ? »

L’amirale afficha un sourire charmeur.

« On me nomme ‘La rose de Koljeizer’. Une rose, c’est beau, c’est fragile… Mais les plus belles roses ont des épines. »

Elle fit apparaître d’innombrables pointes de glace dans toute la salle.

« Enfin, je m’attarde trop sur des sujets sans importances. Je ne sais même plus où j’en étais. »

La grande porte s’ouvrit avec violence et l’empereur entra.

« Bon, ils sont calmés ces deux crétins de généraux !

-Seigneur-Croc, remarqua l’amirale, vous avez du sang sur la cape.

-Ah ? Mais oui ! Mince ! »

Il arracha sa cape et la jeta sur le portier. En dessus, il était en armure complète, à l’exception des bras. Et il n’avait pas qu’une pair d’épée, il était surarmé. Des dagues, des épées, des pugilats, des armes de jets à n’en plus finir. Il y en avait même dans les poches de sa cape.

« Bon on a carrément autre chose à faire que rester ici ! Déjà je me suis collé l’aller-retour d’ici à Trachéom deux fois ! »

Il monta sur l’estrade et passa devant Aoeste. Il fit face à la foule et remarqua enfin l’enfant qui le regardait d’un air ébahi.

« Va t’assoir ou j’te coupe en deux !

-Mais je… »

Le maréchal prit la défense du jeune homme.

« Ce garçon est né pour la guerre. Sa vivacité d’esprit et son sens inné au combat lui sera d’un grand secours. Il est ici car nous démontrions nos forces, ce qui lui a permis de démontrer la sienne.

-Mais c’est passionnant ! Retournez plancher sur votre stratégie Alpha-3-A-66-delta au lieu de me raconter votre vie !

-C’est Alpha-3-A-66-Oméga-7-Sigma.

-Qu’importe !! »

Le maréchal s’empressa de partir d’un air furieux et vaincu. Le Seigneur-Croc jeta un regard agressif à l’amirale.

« Z’êtes toujours là ? Retournez faire ce que vous faisiez avant ! »

La femme ne put retenir un sourire.

« C’est marrant hein ! Ca fait même pas 6 jours et vous êtes déjà…

-Je n’tiens pas à en parler ! Fichez moi l’camp ! »

Il regarda autour de lui et reprit d’un air colérique ses explications qui lui paraissaient tellement basiques qu’il avait peine à croire que ce n’était pas évident pour tout le monde. Il faisait de grands gestes tout en parlant et tentait sans cesse d’organiser ses propos. A la fin, il salua brièvement le directeur et se dirigea vers la sortie. Un professeur fit un signe de mains très visible d’un coup et tous les élèves dirent en cœur :

« Nous vous souhaitons une agréable journée, Seigneur-Croc ! »

L’empereur soupira, puis lança :

« Vous faites pas dans l’originalité ici. J’suis empereur, pas militaire. SI vous voulez un accro à l’ordre, adressez-vous au maréchal. »

Il voulut sortir lorsqu’il entendit :

« A plus, l’ami. »

Il se retourna et vit Aoeste lui adresser à salut sympathique avec un sourire.

« Toi… Viens par là. »

Aoeste perdit son sourire. Il approcha.

« O… Oui ? »

Le Seigneur-Croc lui jeta une épée et dégaina si vite qu’Aoeste ne put le voir distinctement, puis le frappa avec force au niveau du visage. L’enfant saisit l’épée et para l’attaque peu puissante comparé à la force démentielle dont disposait l’empereur. Ce dernier continua en le frappa à toute vitesse, et Aoeste para chaque attaque.

« Reflexes vifs, bonne appréhension des coups reçus. »

Il lui trancha une cote sans prévenir. Aoeste resta debout et se positionna d’une façon instinctive.

« Excellente évaluation des blessures. C’est ça qui te sauvera sur un champ de bataille. »

Un professeur se jeta sur l’enfant et inspecta la plaie. Fou de rage, il hurla :

« Mais vous êtes complètement malade ! Vous auriez pu le tuer ! »

Le Seigneur-Croc transperça le cœur de l’intervenant.

« Je ne tolère pas  les insultes injustifiées ou les propos agressifs erronés. Complètement malade ? Oui… Mais je suis suffisamment expérimenté pour pouvoir mettre quelqu’un à l’agonie sans risquer une seule seconde de le tuer. »

Il retira sa lame et la plaie qui laissa place à une fontaine de sang.

« Ne me croyez pas incapable de blesser sans tuer. »

Il donna un coup de genou au professeur qui s’étala, mort, puis il regarda Aoeste d’un air hautain.

« Et toi, jeune homme, viens donc me voir à Trachéom dans trois jours ! »

Il sortit d’un pas vif et arracha une porte sur son passage. La foule demeura muette face au cadavre qu’il avait laissé derrière lui.

 

Trois jours plus tard, Aoeste s’enfuit de son orphelinat pour répondre à la convocation du Seigneur-Croc. Il se présenta aux gardes qui refusèrent de le laisser entrer. Par chance, l’amirale Kiérol passait sur les remparts et le reconnut. Elle fit un escalier de glaces contre le rempart du château et descendit le rejoindre. Les gardes s’écartèrent. Il fut mener dans a salle du trône où l’empereur affrontait aux échecs un autre homme. Dès qu’Aoeste entra, l’empereur fit basculer son roi en signe de reddition et l’autre homme pouffa de rire.

« Nous en sommes à 326 victoires pour moi… Et zéro pour vous ! Sans aucun match nul !

-Hé ça va, Inquisatus. »

Les gardes débarrassèrent l’échiquier et Kiérol murmura à Aoeste :

« Quand il est venu te voir, il était furax. Là il est plus calme, ne soit pas surpris par sa sympathie. Il se sent toujours mieux sur son trône. »

L’enfant opina, et alla à la rencontre de l’empereur. Il fit un salut de tête au maréchal qui vérifiait une stratégie proposée par un général. Le grand homme lui rendit son salut. Le Seigneur-Croc se leva et saisit une immense arme qui était à coté de son trône. Il s’agissait d’une arme qui faisait la moitié de sa réputation.

« Ce… ça pèse combien un machin pareil ? Demanda Aoeste.

-250 kg la lame, 50 grammes le manche. 2 mètres de long, 50 cm de large pour 5 d’épaisseur. »

Il tendit son arme à Aoeste.

« Tu veux la prendre ?

-Je ne pense pas pouvoir supporter un tel poids…

-Bon, montre-moi ta blessure. »

Aoeste releva sa chemise et montra la plaie que l’empereur lui avait infligée. Elle était mal recousue et commençait à se résorber.

« Tu l’as soignée toi-même hein ? Y’a eu une infection. Bonne maîtrise des premiers soins et surtout excellente évaluation de la profondeur de la plaie.

-Oui… »

Il rebaissa sa chemise et resta à peine droit.

« Montre-moi tes blessures.

-Mais vous venez de la voir !

-J’ai dit « Tes blessures ». Toutes celles que tu as reçues depuis trois jours. »

Aoeste soupira, puis se retourna en enlevant sa chemise. De grandes plaies dues à un fouet étaient visibles sur son dos.

« Ils y sont pas allé de main morte… Commenta Aoeste.

-Ah si, si si si ! Répondit le Seigneur-croc. Ils y sont carrément allés de main morte. Tu veux voir ce que je te ferais d’un simple coup de fouet ?

-Sans façon.

-Tu as également soigné celles-là, mais tu as clairement concentré ton attention sur la plaie grave… Tu as correctement appréhendé ça… »

L’empereur tourna autour de l’enfant en l’observant d’un air impressionné.

« Alors ça tu l’as fais… Et puis ça… Mais pas ça… Blessure au genou à peine désinfecté, aucunes prises de risques… Tu as crié quand ils te frappaient ?

-Oui, très fort.

-Tu avais mal ?

-Non. Ils se disaient que ça marchait, et ne frappaient pas plus fort.

-Intervention et anticipation des coups pour être le moins blesser, question vaillance, à revoir, mais question instinct de survie… Enfin bon. Tu peux rentrer à ton orphelinat. Et… Attends-toi à une visite. »

Aoeste opina, puis repartit. Lorsqu’il arriva en ville, sa gorge se serra. Il regarda le surveillant de l’entrée de l’internat et pensa passer par une autre entrée. Mais c’était peine perdue, il était évident que tout le monde avait eu vent de son absence. Il soupira et se présenta devant le surveillant. Il s’inclina en s’excusant et fut directement mener au bureau du directeur.

 

« C’est une honte ! Une honte !! Tu as déserté la chose seule qui te tient en vie, et tu oses revenir !! Je devrais d’abandonner dans la rue et te regarder crever comme un clochard la gueule ouvert dans le caniveau !! J’espère que tu regrettes !

-Oui…

-Silence ! Jeune impertinent ! Tu subiras nombre de coups de fouet et tu me ferras 2 mois de cachot !! »

Un professeur entra.

« Directeur, un homme demande à vous voir.

-Et on peut savoir qui ?

-Un certain Mancer. »

Le professeur fut poussé par un nouvel arrivant. Il lança d’une voix charismatique :

« Officier Mancer ! Pour vous desservir, si j’en crois les ordres. Je suis assigné à la garde d’Aoeste et il subira un entraînement au combat bien plus constructif que des millénaires de cachot ! »

Il frappa avec force sur le bureau du directeur qui se fracassa sous le choc.

« Aoeste est également consigné jusqu’à nouvel ordre dans des appartements privé où on lui donnera des armes. Armes qu’il pourrait utiliser pour vous tuer… Je ne pense pas que ça dérange beaucoup l’empereur, vous savez… Il a une fâcheuse tendance à faire outre passer les lois à ses protégés. Si un jour j’entre dans ce bureau et que je vous retrouve dans un bain de sang, et que j’apprends que c’est Aoeste le responsable… J’en déduirais qu’il sera devenu un homme !

-Vous insinuez que seul le meurtre fait de vous un homme ?!

-Il y a trois choses qui font d’un garçon un homme… Le mariage, la peur, et la mort ! J’espère pour lui qu’il deviendra un homme par la première option… Mais qu’importe ! Aoeste, suis-moi ! »

L’enfant obéit. L’officier repoussa violement le professeur qui s’était à peine relever et mena son protégé à une grande chambre avec trois lits superposés. Il les poussa dans un coin et arracha un sommier qu’il posa au milieu de la pièce.

« On a du bois pour l’entraînement. Aoeste, ici ça va pas être de la rigolade… Mais au moins, ce sera pas de l’humiliation. Tu peux choisir de rester orphelin jusqu’à ta mort, impuissant, un témoin dans la foule… Ou saisir les armes et devenir un soldat de Trachéom ! Es-tu prêt à t’entraîner ?

-Chef, oui chef !!

-Bien, excellent… Coupe moi ces lits et fais-moi un feu avec. »

Aoeste regarda à sa ceinture par reflexe, puis chercha un outil du regard.

« Non, non, non… Fit Mancer. Sans outil… Le coupage, et le feu ! »

L’officier prit son épée et la regarda avec dégout. Il la jeta à terre.

« Pourquoi l’arme archétype d’un officier c’est une épée ? Les haches, c’est beaucoup mieux !

-J’i… J’imagine… »

Aoeste arracha le bois à mains nues et eut bien du mal à casser les solides pieds des lits. Après un long moment, il chercha quelque chose pour démarrer le feu, comme du papier. Il saisit un livre lorsque Mancer l’interpella :

« Pas droit au livre, juste le bois. »

Aoeste soupira, puis lança le livre. Il prit deux bouts de bois et les frotta sans le moindre résultat. Il avait beau forcer, rien à faire.

« Vous croyez vraiment que c’est possible ?

-Bien sur.

-En quoi ça va m’aider ?

-T’occupe. »

L’enfant ne savait pas comment faire. Il regarda le soleil à travers la fenêtre, mais l’officier lui lança :

« Que le bois. »

Il soupira de nouveau.

 

L’empereur ruminait sa défaite aux échecs sur le trône, comme à son habitude. L’amirale vint le voir et s’assit à ses cotés.

« Comment vous sentez-vous ?

-Vous êtes tombée sur la tête ?

-J’vous remercie ! Non mais oh ! Je vous demande des nouvelles, et vous, vous… Vous…

-Voila, moi je.

-Vous quoi ?

-Moi, je alors que vous pendant qu’ils.

-Vous êtes impossible. Ceci mis à part, ça va ?

-J’ai pas de fenêtre d’ouverture, repassez demain.

-Mais je ne cherche pas à faire ça !

-Vous m’aimez ?

-Bien sur ! »

Le Seigneur-Croc lui jeta un parchemin de magie incompréhensible.

« Alors normal que je me méfie. Lisez-moi ce machin et dites-moi ce que ça signifie.

-Et bien, il y a marqué que…

-Je vous ai pas demandé de le lire à voix haute, vous le lisez et vous me faites un topo. »

Il s’éloigna et croisa Inquisatus.

« Elle t’aime, hein ? Lui demanda ce dernier.

-Bien sur, je le sais parfaitement. J’ai mal de devoir l’envoyer balader à chaque fois qu’elle m’approche… Je lui donnerais de l’amitié.

-Offrir de l’amitié à celle qui veut votre amour, c’est donner du pain à ceux qui ont soif. Rendez-la heureuse, trouvez un moyen.

-Comment je le pourrais alors que moi-même je ne suis pas heureux ? »

L’archevêque lui tapa sur l’épaule.

« Le bonheur est la seule chose qu’on puisse donner sans l’avoir. »

Il partit, laissant l’empereur stupéfait.

 

Aoeste était allongé sur son lit, fixait le ciel d’un air pensif.  Il cherchait toujours un moyen d’enflammer son tas de bois sans trouver. Il demanda :

« Comment l’empereur s’est-il retrouvé sur le trône ?

-Il a fait un coup d’état.

-Ah oui ?

-Tu devais être jeune, ça fait treize ans. Avant le Seigneur-Croc, il y avait Archéom, on t’en a déjà parlé ?

-Un peu… Un ombremage hein ?

-Voila. Ce n’était qu’haine sans âme. Le Seigneur-Croc l’a tué et s’est déclaré empereur. Comme tout le monde était bien content qu’Archéom soit mort, bah… On a rien dit. De toute façon Archéom avait asservit le pays, vu que le Seigneur-Croc était plus fort, personne n’a osé bouger. Tu comptes l’enflammer quand ton tas de bois ?

-Quand j’aurais trouvé comment. Vous êtes au service de l’empereur depuis longtemps ?

-Depuis qu’il est sur le trône.

-Moi, je ne me suis jamais aventuré au-delà de mon orphelinat, sauf dans les visites guidées. C’est un bon dirigeant ?

-Franchement ? J’ai jamais vu quelqu’un de plus borné que lui. Parfois il tue sans compter, parfois il prend la défense de quelqu’un sans raison. Il est vraiment bizarre, mais c’est un grand homme qui a accomplit des exploits. Il sait prendre ses responsabilités, il est protecteur, mine de rien. Et surtout, il est un vrai rempart. Plus solide que du béton, maître affirmé de la destruction, aucune faiblesse dans sa protection.

-Et Aomushni ? Je suis curieux, mais j’aime bien connaître ceux qui sont au sommet.

-Un très grand stratège, un homme de vaillance, un héros de guerre ! Jamais je n’ai vu quelqu’un de plus droit, de plus haut, de plus noble que lui. Jamais ! C’est un modèle à suivre si tu veux défendre ton pays sans jamais vivre pour toi. Il faut lui rendre hommage.

-Et Kiérol ?

-L’amirale Kiérol. Cette femme ne comprend rien à la stratégie de guerre, c’est une poltronne, une vraie trouillarde ! Elle n’est pas faite plus être militaire. Cette femme ne sait pas se battre au corps à corps et ses performances physiques sont très limitées… Néanmoins, c’est de loin, et de très loin, la femme la plus intelligente du pays, voir de la planète. Sais-tu qu’elle est parvenue en une demi-heure à faire ce qu’un mage aurait découvert en un demi-siècle ?

-La vache… Et qu’en est-il de… Incivius ?

-Général ténébreux, pas de mérite à part celui d’être fort. Sa vie d’action n’est qu’une désolation, il n’a rien fait de spécial. Pourquoi ?

-Il… Il a tué mes parents…

-Invicius ? Pourquoi ?

-Parce qu’ils ne pouvaient pas payé d’impôt.

-Je dois avouer que ça ne m’étonne pas tant que ça, il en est bien capable le bougre. Mais c’est un général, tu ne te vengeras probablement jamais.

-Je sais… Mais j’aimerais tant lui taillader le crâne ! Lui broyé les os ! Ce… Ce fumier !! »

Il frappa le tas de bois sous l’effet de la rage.

« Tu veux savoir comment allumer ce tas ?

-Ouais… Je veux dire, oui.

-On ne peut pas. Le bois est bien trop gros pour être enflammé sans autres intervenants. Si tu n’es pas capable de te rendre compte de l’impossibilité de ta mission, tu es condamné. Maintenant, tu as dix minutes pour mettre le feu à ça avec tous les outils que tu veux. »

Aoeste regarda autour de lui, et posa du papier sur le tas. Il chercha une allumette, ou quelque chose du même genre, puis sortit soudainement.

« Où tu vas ? »

Mancer entendit des voix converser un instant, puis Aoeste refit son apparition, suivit de l’amirale Kiérol. La femme désigna le tas de bois d’un geste de la main et la source des réflexions d’Aoeste se transformèrent en un immense brasier qui fut ensuite inondé par une pluie torrentiel.

« Pas mal, jeune homme… Tu as appris une leçon que je voulais d’enseigner plus tard, celle de prendre appuie sur tes alliés. Je vous remercie, amirale.

-A ton service Mancer. Et surtout au tien, Aoeste. »

Elle partit. L’officier regarda le tas de cendre trônait au milieu de la salle.

« C’est quand même de la triche… »

 

Depuis plusieurs semaines déjà, Aoeste s’entraînait avec l’officier Mancer. Il avait captivé l’attention de tout l’orphelinat. Il était le sujet de nombre de conversation. En ce jour ensoleillé, il mangeait avec appétit après un entraînement intensif. Il discutait avec des enfants qu’il ne connaissait pas et parlait de ses épreuves. Un de ses voisins se leva et alla ranger son plat. Presque aussitôt, Elisa prit sa place et fit un grand sourire à Aoeste. Il sursauta.

« Euh… Oui ?

-Tu me parles de ton entraînement ?

-Euh si tu veux… Bah aujourd’hui par exemple, j’ai du fracasser à mains nues une cinquantaine de briques en trente secondes.

-Ah bah ça alors ! Et tu y es arrivé ?

-… Tu t’en moques hein ?

-Oui, complètement. Ecoute Aoeste, je sais que, par le biais du soldat qui veille sur toi, tu as une certaine influence. J’aimerais que tu l’utilises pour me sortir de cet orphelinat.

-La porte est grande ouverte.

-Non, que quelque chose me réceptionne à la sortie.

-Je t’arrête, je n’ai aucune influence.

-Mais enfin ! Tu peux bien m’aider non ?

-Je ne peux pas. Je ne suis rien.

-Je n’ai même pas connu mes parents ! Tu sais quel effet ça fait ?

-Le seul souvenir que j’ai de mes parents, c’est le jour où ils se sont fait tués sous mes yeux.

-Au moins, toi, quelqu’un t’aimait. Aller s’il te plait, demande au soldat de faire quelque chose !

-Mancer ne fera rien. C’est pas un haut dignitaire, c’est un… »

La grande porte s’ouvrit soudain et le Seigneur-Croc entra. Le directeur se leva.

« Seigneur-Croc ! Quelle surprise de vous…

-Toi, ta gueule ! »

L’empereur se dirigea directement vers Aoeste et le saisit par le col pour le mettre debout.

« T’as fait tes preuves, directions l’école militaire de Trachéom.

-Mais… Mais attendez juste…

-Pas de mais ! En route !

-Je peux amener une amie ?

-Non !… C’est une guerrière ?

-Bah, non.

-Elle a rien à faire dans une institution militaire alors ! »

Il souleva Aoeste jusqu’à le porter à bout de bras, puis quitta la salle sous les regards intrigués.

 

Aoeste fut retiré à la garde de l’officier Mancer qui semblait s’en réjouir. Il alla dans la salle de classe qui allait l’accueillir et fut placé au premier rang. Le soldat qui l’accompagnait sortit et le cours reprit. Aoeste s’était ainsi retrouver au beau milieu d’un cours sur les armes de jets. Il saisit rapidement la leçon et s’adapta sans mal.

 

Aoeste était entrainé par Mancer et par les cours depuis maintenant un mois. Il était passé meilleur élève et semblait posséder un potentiel illimité. Il fut convoqué dans l’office du maréchal après ce mois.

« Donc je résume, lança l’homme, tu vas sauter un cycle.

-Mais, il y en a combien ?

-Trois. Trois ans et tu seras soldat… Enfin, mettons bon soldat, certain peuvent se passer de cela et rentrer dans l’armé directement, mais seulement dans des circonstances exceptionnelles.

-C’est déjà arrivé ?

-Oui, bien sur, mais seulement des personnes qui n’avait pas besoin d’un apprentissage. Moi, par exemple.

-Evidement… Mais a-t-il déjà contraint quelqu’un à rentrer dans l’armé ?

-Diable, non ! L’empereur n’aime pas contraindre. C’est d’ailleurs pas banal pour un dictateur.

-Il m’a pourtant pas tellement demandé mon avis pour l’armé.

-Il est de mauvaise humeur ces temps-ci, c’est normal.

-Mais pourquoi ?

-Secret défense.

-Sans blague ?

-Bon, pas secret défense, mais mieux vaut ne pas en parler. Donc, tu vas passer directement dans le 2e cycle.

-Quand est-ce que le Seigneur-Croc sera de bonne humeur ?

-Dans trois mois à compter d’aujourd’hui, s’il n’y a pas de retard.

-Précis ! Comment pouvez-vous le savoir ?

-Tu ne sais pas ? On ne t’apprend donc rien dans l’orphelinat ? Parce que… »

La porte s’ouvrit et le Seigneur-Croc entra.

« Aomushni, elle est prête ? Cette stratégie 7-2-Gamma… Saleté de nom !

-Oui, elle est prête. »

Il lui tendit une carte. L’empereur la parcourut du regard d’un air songeur, puis lança :

« Vous pensez vraiment que les troupes ennemis ne bougerais pas alors qu’on les encercle ? Ce genre de manœuvre est bien trop longue pour surprendre qui que ce soit.

-A condition d’emporter un orchestre ! Un mouvement de terrain d’à peine 7 kilomètres se parcoure en une demi-heure au pas de course.

-Vous les prenez pour des campeurs, les soldats ? Vous croyez qu’ils ont quoi dans leurs sacs ? Des tentes ? Ils ont des armes de métaux, du matériel de survie. C’est lourd. Et ça s’entend.

-Que nenni ! Si ça s’entend, c’est que quelqu’un à fait tomber son sac ouvert sur un sol dur, en pleine campagne ! C’est quand même pas banal !

-Ouais, effectivement… Et là, cette manœuvre d’évitement…

-Seigneur, je suis occupé avec le jeune Aoeste, pourrions-nous en discuter plus tard ?

-Aoeste, dégage. »

Le désigné partit au pas de course.

« Seigneur, vous brusquez cet élève.

-Qu’il soit déjà content de plus être dans son orphelinat.

-Il voulait vous demander une faveur, mais si déjà il est en droit de vous saluer, c’est exceptionnel. Vous ne l’aimez pas ?

-Si j’l’aimais pas il serait déjà mort. Il a un grand potentiel, mais il n’est pas mon centre d’intérêt. Là ! C’est quoi ce truc noir ? On va se faire repérer si on est…

-C’est une tâche que vous venez de faire avec vos doigts.

-Eh mince ! »

Il posa sa carte et s’essuya les mains sur son pantalon.

« Seigneur, puis-je me permettre un conseil à propos d’Aoeste ?

-Bien sur. Pas un truc gnan-gnan hein ?

-Montrez-lui votre force, vraiment. Il faut lui montrer que vous n’êtes pas qu’un type borné qui fait n’importe quoi.

-Pas faux. Il va s’entraîner avec moi, juste pour voir.

-Vous allez le tuer !

-Meuh non. »

 

Aoeste attendait devant le bureau du maréchal, loin, pour ne pas croiser le Seigneur-Croc. Il sentit soudain une présence derrière lui et reconnut Incivius.

« Qu’est-ce que tu fais là ? Nom ? grade ? Bataillon ? »

Il regarda dans le blanc des yeux et dégaina. Il se jeta sur le général et tenta de lui trancher la gorge. Incivius saisit la lame à peine main sans se blesser, la brisa, puis mit un terrible coup de genou dans l’estomac du jeune garçon.

« T’as perdu la tête ?

-Salopard… Vous les avez tués…

-Qui ? »

L’empereur sortit et vit Aoeste à terre.

« Il s’passe quoi ?

-Ce gosse a essayé de me tuer.

-Il a pété un câble ?

-Demandez-lui. »

Le Seigneur-Croc donna un léger coup de pied dans le visage d’Aoeste.

« Hé ! Pourquoi t’as essayé de le buter ?

-Assassin… Il a tué… »

L’enfant cracha du sang. L’empereur soupira et s’éloigna.

« Il devait avoir une bonne raison. »

Il partit, et le général à son tour. Le maréchal vit ce tour de force et se dit qu’Aoeste avait comprit où était sa place.

 

Le soir venu, Aoeste alla rencontrer l’amirale Kiérol. Il frappa à la porte et entendit :

« Qui c’est ?

-Aoeste.

-Ah, dommage. »

Elle ouvrit la porte.

« Pourquoi dommage ? Demanda Aoeste.

-J’aurais préféré la visite de… Qu’importe.

-Un amant ? »

Kiérol sursauta et devint complètement rouge.

« Pas du tout ! Mais pas du tout !

-Je vois ça… enfin bref, j’aimerais apprendre un peu sur la magie, j’ai pensé que vous pourriez m’aider.

-Ah je vois. Quelle genre de magie ?

-Amplification des attaques au corps à corps.

-Dans ce cas, va voir Okzim, enfin, ‘L’archimage Okzim’. Il est mieux placé. Moi, je suis une élémentaliste. Mais si tu veux entrer boire quelque chose…

-Volontiers. »

Aoeste entra et attendit la permission de s’assoir. L’amirale fouilla dans ses placards à la recherche d’un objet quelconque et ne remarqua que son invité était debout que très tard après. Elle lui lança avec un sourire :

« T’attends quoi pour t’assoir ? Une carte d’invitation ?

-Désolé amirale.

-Mais… »

Elle pouffa de rire.

« J’ai l’air d’une militaire ? C’est pas parce que j’ai le 2e grade le plus haut que je suis une accro à l’ordre. Tu peux me tutoyer.

-Non, je ne préfère pas…

-Comme tu veux. Mais petit conseil d’ami, ne vouvoie pas les femmes, ça les vieillit.

-Je ne voulais pas vous vexer !

-T’inquiète, avec moi t’as de la marge. Tu me donne quel âge ?

-Euh… Là franchement, 25 ans à tout casser. Même si, sans vouloir vous offenser, vous me faites penser à une adolescente de 20 ans.

-De 23 ans. Mais j’en ai 42.

-42 ?? Vous vous fichez du monde ??

-Ah non non. Et le Seigneur-Croc ?

-Hum, 30 ans ?

-29. Pas mal. Et Aomushni ?

-Euh… Un millénaire ? »

Ils ricanèrent. Aoeste reprit :

« Je sais que je parle de compassion à propos d’un engin de siège, mais comment je pourrais obtenir une faveur du Seigneur-Croc ?

-T’attends 3 mois. Ou tu t’adresse à quelqu’un d’autre, comme moi. Il te faut quoi ?

-Eh bien… »

Le maréchal entra.

« Amirale, il faut intervenir !

-Hein ? Quoi ?

-L’empereur pique une crise de colère ! Des bandits ont attaqué la ville où il se trouvait, il est de très mauvaise humeur ! Il va tous les massacrer, bandits et civil ! Et les militaires au passage !

-Il en est vraiment capable ? Demanda Aoeste.

-Mais bien sur ! Répondit l’amirale en se levant, vite !! »

L’homme et la femme partirent. Aoeste ne put s’empêcher de les suivre.

 

Le maréchal courrait comme si l’enfer le poursuivait, alors que c’est là qu’il se rendait. L’amirale, elle, voyageait sur une plaque de glace, surfant sur une vague déferlante qu’elle avait invoqué. Le duo légendaire pour son efficacité alla à la rencontre de l’empereur, à Klasor. A leur arrivé, il y avait du sang partout sur le sol. Une immense explosion balaya le centre de la ville. Des gravats volèrent en tous coins. Ils allèrent au lieu de l’explosion et virent l’empereur étranglé un bandit si fort que ses doigts transperçaient sa gorge. Le maréchal laissa mourir la victime, puis se jeta sur le dirigeant absolu de ce pays. Il lui fit une clé de bras et tenta de l’immobiliser, l’instant d’après, il était emmuré dans une maison non loin. Le regard noir et assassin du Seigneur-Croc se déposa sur Kiérol. Elle frissonna. Il se dirigea vers elle d’un pas menaçant, si son visage était si terrifiant de rage qu’elle n’eut pas le courage de fuir. Elle tomba à genou sous la peur. L’empereur dégaina son immense arme légendaire et le pointa vers elle. L’espace d’un instant, la lame vibra. Aussitôt, l’amirale se releva :

« Vous n’êtes pas un monstre ! Vous n’êtes pas Archéom ! Vous êtes le Seigneur-Croc ! Je vous en conjure, calmez-vous !! »

Sa lame vibra encore. Il hésitait. Un flot d’énergie monta en colonne vers le ciel et perça les nuages, provoquant une pluie torrentielle. Un abysse d’angoisse prit possession de l’esprit de la femme. L’espace d’une seconde, rien qu’une seconde, elle sentait toute l’affliction que le Seigneur-Croc endurait. Les larmes lui montèrent. Cette force noire et ténébreuse grouillait dans cet homme surpuissant. La force de la femme, celle des éléments eux-mêmes, semblait n’être que poussière sous les pieds de l’empereur. Il fixait toujours la femme dans les yeux. Ses iris était blanc, et son pupille d’un noir d’encre. Le maréchal bondit avec une vaillance héroïque sur son empereur et l’immobilisa un instant. L’amirale se concentra un instant, tentant d’ignorer la sensation de terreur absolue que cet homme lui inspirait. Elle écarta les bras et récita :

« Le feu, l’eau, la terre, la foudre, le vent… »

Elle rayonna de puissance. Un océan de force élémentaire pure jaillit et le maréchal s’écarta de justesse. Le Seigneur-Croc fut noyé par cette attaque surhumaine. Désemparé et sonné, Aomushni revint à la charge et enchaîna les coups à une vitesse ahurissante. Il fit une rapide parade et transperça le Seigneur-croc de part en part. Il voulut l’achever d’un coup de poing pour l’assommer, mais ce dernier l’attrapa et le projeta sur un mur. Il fondit sur la frêle femme qui cria de peur. Soudain, un homme fantomatique apparut à coté de l’amirale frappa l’empereur au ventre. Le Seigneur-Croc s’effondra. L’homme disparut. Le maréchal revint, semblant immortel, et vit l’empereur à terre, inerte.

« Vous l’avez eu ?

-Non… Je ne sais pas qui… Un homme est apparut. Il me faisait penser à… Non, ça ne pouvait pas être lui.

-Mais qui ?

-Ne fais pas attention. Il faut le ramener.

-Oui… »

Le maréchal prit son chef sur l’épaule et passa devant Aoeste, sidéré par tant de puissance. Il fini par dire :

« Il a cherché à vous tuer… Et vous l’avez vaincu ?

-Ne sois pas stupide. Il se défoulait. Il ne nous aurait pas tué, et nous, même si on avait voulut, on l’aurait pas eu. Va plutôt aider les soldats à compter les pertes humaines et matérielles. Il est bien plus fort que ça, il a juste… Pété un câble. Son absence de lui réussit pas.

-Mais qui ?

-Crystal.

-Qui ? Rah, et pourquoi ce type…

-Tu sais c’est quoi la différence entre le Seigneur-Croc et un gamin de 3 ans ?

-Euh…

-Les dégâts des colères. Maintenant va chercher les blessés. »

Il partit. L’amirale reprit son souffle et sécha ses larmes de terreur. Des gardes virent l’aider à se relever. Aoeste alla à sa rencontre.

« Il est fou, le Seigneur-Croc, hein ?

-Non, c’est déjà arrivé. Le tout est de pas se trouver sur son chemin. »

 

Aoeste était retourné en cours. Depuis quelques semaines, ses notes avaient chutées et désormais, elles étaient désastreuses. Le Seigneur-Croc n’y prêta pas grande attention et envoya un général lui en parler. Il envoya Incivius. Le dit général ne prit même pas la peine de toquer avant d’entrer.

« Garde à vous ! Cria-t-il.

-Gné ? »

Aoeste était allongé sur son lit, l’air songeur. Il regarda l’arrivant d’un air bêta, puis d’un air féroce.

« Dégage d’ici ! Hurla l’enfant.

-Tu n’as pas à me donner d’ordre.

-Fous le camp, assassin ! Disparais !

-Silence !! »

Il saisit Aoeste à la gorge et le plaqua contre le mur.

« Ecoute moi bien, morveux, t’as intérêt à bosser un peu plus car sinon, j’vais revenir, et ça va pas te plaire !

-Va te faire… Foutre… »

Il jeta Aoeste par la fenêtre et ce dernier s’écrasa dans un bruit sourd. Puis, il s’élança et atterrit avec force sur le ventre d’Aoeste. Il le rua de coup et lui planta une épée dans le sternum.

« Je vais t’apprendre le respect ! »

Un vent glacial l’entoura. Des flammes jaillirent des nuages noirs de la nuit, des flammes gigantesques. Le général fit un bond en arrière.

« Moi, je vais t’apprendre l’humanité ! »

Un bloc de givre paralysa l’homme, le mettant face aux éléments déchaîné par un seul être, l’amirale Kiérol.

« Incivius, je te laisse partir.

-Amirale, ce gosse…

-Dégage avant que je ne change d’avis ! Tu n’es pas de taille face à moi, l’abîme qui nous sépare au aussi grand que celui qui me sépare du Seigneur-Croc lui-même !

-Mais… »

Un torrent de flamme lui brûla son bras droit armé dans d’atroce souffrance.

« Fuis pour ta vie, Incivius ! »

Le général partit en larmoyant de peur. Aoeste se releva malgré l’arme qu’il avait dans la cage thoracique.

« Reste à terre, conseilla l’amirale.

-Non… Jamais. »

Le Seigneur-Croc arriva d’un pas tranquille et jeta Aoeste à terre.

« Pas bouger, j’ai pas envie de te recoller les os… Kiérol, vous êtes bien trop gentille. Vous n’auriez pas du intervenir.

-Quoi ? S’indigna Aoeste, elle m’a sauvé la vie !

-Non, elle a sauvé la vie d’Incivius. A cinq seconde près, il se prenait une arme d’un quart de tonnes à 500 km/h dans la boite crânienne. Mon Fendium, tu l’as compris. Je vais aller chercher Inquisatus, même s’il déteste être réveillé en pleine nuit. »

L’empereur disparut dans un sprint ahurissant. Aoeste resta couché. Il demanda :

« Amirale… J’ai besoin de conseil…

-Quoi ?

-J’ai besoin de m’adresser à autre chose qu’un cœur de pierre… Avez-vous déjà éprouvé une haine sans fin envers quelqu’un ?

-Oui.

-Que pensez-vous de la vengeance ?

-Maintenant ou à l’époque ? A l’époque, je pensais que ça me défoulerait, et ça ira mieux… Mais je me suis vengé, enfin, non. Pour faire court, c’est le Seigneur-Croc qui m’a vengé. Il a débarqué en disant : »

Elle prit un air blasé et neutre :

« Sont tous morts, et j’ai supplicié l’chef ! »

Elle reprit une expression normale.

« En fait… J’avais pitié d’eux. A sa place, je n’aurais pas été capable de les tuer je pense. Se venger… Pour moi, ça ne mène à rien. La vengeance… Quand tu es dedans tu meurs, si t’y renonce, tu ne vis pas. C’est son paradoxe.

-Incivius à briser ma vie… Tuez-le pour moi.

-Euh sans façon, le meurtre par vengeance, je m’en lave les mains ! A la limite question vengeance sanguinaire, faut parler au Seigneur-Croc. Mais bon, pas avant 3 mois hein.

-Crystal c’est ça ? C’est qui elle ? Son doudou ?

-Ben en fait… Oui. »

Une douce lumière baigna Aoeste et il put se relever. Inquisatus lança :

« Bon c’est ok ? J’retourne me pieuter ! Punaise, être pris pour une trousse de soin, toujours ! »

Il s’éloigna. Le Seigneur-Croc fit face au jeune homme.

« Bon, Incivius a manqué de pédagogie hein ? Ben qu’est-ce que j’peux dire ? Travaille plus quoi. Aller j’y vais.

-Seigneur…

-Quoi ?

-Incivius… C’est un général important ? Il vous est utile ?

-Aucun général n’est utile, un genre de noblesse foireuse. Pour les stratégie y’a la maréchal, pour bourriner j’suis en première ligne, pour réfléchir y’a l’amirale. Ils seront utiles quand y’aura la guerre.

-Je veux me venger de lui.

-Tu as mon accord, trouve la force de le vaincre et tue-le si ça te chante.

-Vous pouvez pas le faire pour moi ?

-Aucun intérêt. Si ça peut t’motiver, hein.

-Vous savez ce qui me motiverait ? Qu’Elisa soit libérée du joug de cet orphelinat de malheur et que vous lui donniez une chambre à Trachéom.

-Tu crois qu’t’es à l’hôtel ou quoi ? »

Il le saisit par le col avec une expression de rage infinie.

« Ecoute, morveux ! Tu n’es qu’un soldat merdique dans mon armé débile qui mate ses pieds au lieu de l’horizon, alors tu vas m’faire le plaisir d’obéir à tous mes ordres sans réfléchir ou sinon… »

L’amirale posa sa douce main sur celle de l’empereur, ce qui lui fit lâcher prise.

« Je pense qu’il a eu assez peur, lâchez-le.

-Arrêtez de me… Ecoutez, un jour normal je vous aurais défoncé la gueule !

-Ah ben, voyez-vous. Et d’où vient cette poussée de gentillesse ?

-… Merde ! »

Le Seigneur-Croc fuit la conversation et disparut dans les ténèbres de la nuit. Aoeste tremblait comme une feuille.

« Tu vas bien ?

-Je… Je… »

Il ne parvenait plus à parler.

« Ecoute, je vais t’aider, j’ai assez d’influence. Mais demande pas quelque chose au Seigneur-Croc comme ça, sans Crystal, c’est plus le même.

-Mais bordel c’est qui celle-la ? Sa mère ?

-Sa femme. Et quand elle reviendra, ce sera avec ses 2 enfants.

-Qu… Le Seigneur-Croc ? Avoir une famille ?

-Eh oui. Ils sont ensemble depuis qu’ils ont, hum… 11 ans. »

L’enfant ne pouvait pas imaginer cela.

« Elle est retenue sous la menace c’est ça ? Il la terrorise avec sa force et… »

Comme une ombre prédatrice, le Seigneur-Croc apparut, plus furieux que jamais. L’amirale l’inonda de flammes pour le repousser. Il ne fut même pas brûlé.

« Le prenez pas mal, mais c’est vous qui poussez à ces préjugés !

-J’aime ma femme plus que tout ! Et elle m’aime ! Et mes enfants m’aiment ! »

Il partit en arracha un arbre d’un geste rageur.

« Bon Aoeste, tu vois mieux qu’une famille parfaite ? Tu vois encore mieux ? Encore mieux. »

Aoeste était trop apeuré pour parler. Kiérol le serra fort dans ses bras.

« C’est mignon ! »

Il ne réagit pas.

« Donc oui, le Seigneur-Croc a une famille. D’ailleurs ça fait qu’il est pas libre, dommage pour moi… Enfin je m’éloigne. Retourne te coucher.

-J’en ai pas la force. Je reste ici.

-Je vais t’obtenir ce que tu veux, va prévenir ton amie. »

Aoeste se leva péniblement.

« Tu vois quand tu veux ! »

 

Aoeste reprit l’entrainement. Plutôt qu’en cours, c’était au combat qu’il montrait une énergie nouvelle, alimentée de rage et de frustration. Il bloqua un coup d’épée de son bouclier et blessa au cou son adversaire avec la sienne.

« Arg ! La jugulaire !

-La ferme ! Suivant ! »

Les élèves débutants se regardèrent avec crainte. Il y a quelques jours, Aoeste n’aurait jamais blessé quelqu’un. Un autre s’avança. Sans salut ou cérémonial, Aoeste frappa avec force l’arme de son adversaire et la brisa. Sans pour autant mettre fin au combat, il trancha l’épaule de son partenaire.

« Aah ! T’es malade ? T’aurais put me tuer !

-C’est un privilège de mourir à mes pieds ! »

Il l’éjecta d’un coup de pied et réclama un nouvel adversaire.

« Pressons l’allure ! »

Personne n’osa bouger.

« Mon épée s’impatiente !

-Bien, bien, fit le maître d’arme. Je serais ton prochaine adversaire ! »

Aoeste prit une autre épée dans sa deuxième main.

« Vous n’allez pas aimer ça ! »

Il frappa de toutes ses forces son adversaire. D’un geste fluide, le maître d’arme, n’ayant qu’une épée simple et fine, para les deux lames et mit la sienne sous la gorge d’Aoeste.

« Tu as des capacités, mais moi, j’appelle ça ‘Bourriner comme un malade’, et ça, ça marche pas. »

Il rengaina son arme.

« Quand tu manies deux épées en même temps, ou quoi que ce soit d’autres, tu as le réflexe d’effectuer les mêmes mouvements avec chaque bras, ou de faire des mouvements réguliers, donc prévisibles. Rendre indépendant chacun de tes membres et pouvoir surprendre ton adversaire dans un combat avec deux armes est un tour de force. Ce que tu gagnes en vitesse, tu le perds soit en précision, soit en technique. Un bon conseil si tu veux manier une épée à une main sans laisser ton autre main vide, prend un bouclier. Le réflexe défensif que tu auras te permettra de te concentrer sur ton épée sans peine. »

Aoeste grommela et prit une épée à deux mains dans une seule main, et un bouclier dans l’autre.

« Tu vas perdre de la vitesse, ta force ne te suffira pas à manier un machin aussi gros d’une main. »

L’enfant de 13 ans chargea et donna un violent coup de bouclier à son professeur. Il lâcha son arme et prit celle de son adversaire.

« Vous auriez dû dégainer.

-Eh, tu veux toujours te battre ? »

Le Seigneur-Croc apparut derrière Aoeste.

« Je serais ton adversaire.

-Que… »

L’empereur décocha un énorme uppercut à l’apprenti qui s’étala lamentablement sur le sol.

« J’ai jamais put blairer les vantards. Je suis content de voir que tu veux progresser, mais ça ne signifie pas tenter d’écraser les autres en combat pour assoir son orgueil. »

Aoeste jeta un regarda haineux à l’empereur. Mais la haine fit place à la pitié. Le Seigneur-Croc avait le regard vide. Comme si sa vie n’avait aucun sens. Le guerrier partit avec une démarche pitoyable et une expression affligeante. Celle du malaimé.

 

Le lendemain, Elisa fut menée à Trachéom et fut placé à coté de la chambre d’Aoeste. Il reprit un comportement convenable et se montra lumineux pour briller devant elle. Il s’entraina dur et fut rapidement nommé soldat. Bien que le Seigneur-Croc s’en foutait du plus profond de son âme, une civile dans une institution militaire était mal vue, alors elle fut déclarée apprenti stratège. Elle ne suivait donc pas les même cours qu’Aoeste, à son grand regret.

 

Aoeste fit tournoyer son épée et frappa le mannequin d’entrainement marqué ‘Tapez ici’. Il soupira, aucun défi. Il fit son supérieur passer et demanda :

« Lieutenant, quand pourrons-nous participer à un combat réel ?

-Je ne veux pas que vous vous battiez entre vous. On attendra… »

Un autre soldat arriva.

« Lieutenant, une attaque de bandits sur Klasor.

-… On y va. »

 

Arrivé sur place, ils virent les bandits piller les maisons à l’extérieur du village, qui étaient notamment des fermes. Les soldats chargèrent. Soudain, une ombre obscurcit le ciel un court instant et la moitié des camarades d’Aoeste fut balayée.

« Ils ont des catapultes ! cria-t-il.

-Battez en retraite !

-Non ! Si nous sommes assez proche, nous en serons à l’abri !

-Aoeste, reviens ! C’est un ordre ! »

Il fondit sur ses ennemis et en faucha trois d’un seul coup. Il en assomma un autre d’un coup de bouclier. Fier de ses performances, il relâcha un instant son attention. Un immense rocher catapulté l’écrasa. Il sentit ses os se briser et son armure céder. Il inspira, sans comprendre comment il pouvait y parvenir. Les bruits d’épée semblaient de plus en plus faibles. Il n’entendit bientôt plus les cris. Soudain, les claquements métalliques l’assourdirent tant ils étaient fort. Il se dégagea en faisant rouler le rocher sur le coté. Il ne voyait rien, aveuglé. Il voyait juste des silhouettes noires en frapper d’autre. Il chargea et en empala une sur son épée, elle disparut. Il n’avait sentit aucune résistance, comme s’il traversait de la fumée. Il enchaina les adversaires et les transperça comme des ombres. Ses mouvements ralentirent. La fatigue, bien qu’il ne la ressente pas, faisait son effet. Soudain, une silhouette arrêta net son arme. Sa tête tourna d’un coup, il avait prit une gifle. Il murmura :

« Ah… Ah… Ah… »

On lui répondit, mais il ne comprit pas.

« Ah… Ah… »

 

« Oh Aoeste ? T’es conscient ? Redemanda le Seigneur-Croc.

-Ah… Ah… Ah…

-Aoeste ? Insista-t-il.

-Ah… »

 

Les râles d’Aoeste se changèrent.

« Ah… Ah… Aaaaah…. Raaaaah !!!! »

Après ce cri de guerre, il reprit le contrôle de son arme et attaqua son adversaire. Puis tout devint noir.

 

Aoeste était allongé. Les bandits encore en vie avait prit la fuite.

« Maréchal, rapport ?

-Aoeste a désobéit aux ordres et à foncer tête baissé. Après avoir vaincu quelques adversaires, il a essuyé un tir de catapulte.

-Le rocher, là ? Attendez vu son niveau il d’vrait être très mort.

-Peu de temps après, il semblerait qu’il se soit dégagé et il a massacré les bandits… Et un de nos propres soldats.

-Une forme de berserk ?

-Je ne pense pas… A vrai dire, j’avais l’impression que cette force n’était pas la sienne. Il brillait d’une aura… Qui ne lui appartenait pas.

-Quelqu’un l’aurait…

-Je dirais quelque chose… »

Il affirma ces propos en acquiesçant.

« Bien. Amenez-moi les restes de ce gosse à l’infirmerie, sinon on va devoir le ramasser à la balayette. Oh, et faite venir Inquisatus… Et Okzim. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La destinée

 

Aoeste se réveilla dans un lit. Il bougea à peine, puis la douleur le cloua au lit.

« Infirmière ! »

Il n’eut pas de réponse.

« Infirmière ! Quelqu’un ! Ceci est un message de détresse ! »

L’amirale entra. Elle soupira.

« Du calme ! Ma chambre est un étage au dessus ! Et t’es pas à l’agonie ! »

Elle prit une mine songeuse.

« Enfin… Peut-être bien que si. Ca va ?

-J’ai mal… Tellement mal… »

Il grommela plus qu’il ne gémit. Pour se changer les idées, il regarda la pièce, puis plongea son regard vers la poitrine de la femme. Elle se retourna.

« Bon j’me casse…

-Le prenez pas si mal ! J’suis désolé.

-Gamin. »

Elle sortit.

« Dommage… Elle est bien gaulée. »

Il sentit un coup résonant sur son crâne. Le Seigneur-Croc venait de faire irruption à coté de lui.

« Surveille ton langage.

-Vous ? »

L’empereur fit s’allonger sur le ventre Aoeste. Okzim entra.

« Montre-moi son dos. »

L’empereur déchira sa tunique de combat.

« Il n’y a rien. »

Okzim passa sa main au dessus du dos d’Aoeste et fit apparaître un symbole :

 

« Super, c’est quoi ce truc moche ?

-Ce ‘truc moche’ est un sigle. Une marque. J’ai ça dans un bouquin. »

Il sortit un carnet et farfouilla dans ses références.

« Vous aviez dit un bouquin.

-Vous croyez que j’ai emporté toute ma bibliothèque ? 2 000 livres, j’ai presque tout lu. Vous devriez essayer.

-Allez vous faire voir !

-Ah ! C’est le signe de ‘La promesse d’un destin sortant de l’ordinaire, pouvant être tragique, héroïque, ou méconnu.’ Il est destiné à faire ou à faire faire de grandes choses, bonne ou mauvaise. Mais… En rapport avec la guerre. Tu mourras par la lame, c’est sur.

-Ca a un rapport avec ce qu’il a fait sur le champ de bataille ?

-Je pense.

-Il est comme moi alors ? Il enrage dans les combats pour déployer…

-Pas du tout. Il n’était pas enragé, il était possédé. Non, investi. Ce sigle est la preuve qu’un être lui a donné sa force. Et puis, il n’était pas furieux. Il était très calme, limite dans un semi-coma. Mais il était plus fort. »

Aoeste se releva et dit :

« Mouais, je pouvais plus distinguer mes amis de mes alliés. Tout me paraissait en noir.

-Hum… Intéressant. Fit Okzim.

-Ca c’est vous qu’il l’dites.

-Voici ma théorie. Aoeste était sur le point de mourir. Hors, ne voulant pas que cela arrive, quelqu’un ou quelque chose lui a prêté sa force dans le but de le protéger. Ce qui marcha plutôt bien. Mais ce pouvoir ne pouvait être que chaotique. Aoeste a entreprit de tout détruire autour de lui. En fait, si Aoeste avait put distinguer ses alliés, il n’aurait pas put recevoir autant de forces.

-Il en avait bien plus que nécessaire. Répondit le Seigneur-Croc. Il n’a pas vaincu ou terrassé les bandits. Il leur a marché dessus. Il les a écrasés. La moitié de cette puissance aurait suffit.

-A cause des catapultes peut-être ?

-Une catapulte qui tire plus d’un rocher en une heure ? Ils ont quelle artillerie ? C’est des bandits, pas une armée régulière. »

Okzim haussa les épaules et quitta la pièce. L’empereur suivit, laisse Aoeste seul. Il grogna de douleur entre ses dents. Soudain, Elisa entra. Elle s’assit à coté d’Aoeste.

« Comment va mon foudre de guerre préféré ?

-Foudre de guerre ? Woah, la classe.

-Tu as mal ?

-Oui.

-Je voulais te dire, est-ce que je peux avoir un lit un peu plus grand ?

-Tu me fais marrer. J’suis soldat, j’ai aucune influence. Et pourquoi un lit plus grand ? »

Elle lui fit un sourire charmeur.

« Devine.

-Ah… Je vois…

-Et aussi, je n’ai plus beaucoup d’argent. Tu sais comment je pourrais en obtenir ?

-T’es logée, nourrie, pourquoi t’as besoin d’argent ?

-J’ai vu des bijoux juste supers beaux ! On a tous droits à des petits plaisirs, non ?

-Je te les obtiendrais si tu me donnes… Un grand plaisir… »

Il se pencha vers elle en fermant les yeux pour recevoir un baiser, mais elle se contenta de l’embrasser sur la joue avant de partir.

 

Quand elle fut sortie, il alla vers sa chambre en gambadant comme une fillette. Soudain, elle se heurta à quelque chose dur comme un mur.

« Elisa, hein ?

-S… Seigneur-Croc…

-Ce n’est pas vraiment mon problème, et je comprends ta situation. Tu n’as rien pour vivre. Mais si tu continues d’exploiter Aoeste, il ne restera de lui qu’une pierre gravée parmi d’autres dans un cimetière.

-Mais…

-Si jamais tu l’exploite encore, je t’anéantis, c’est clair ?! »

Il lui prit la tête d’une main et la jeta violement à terre en passant son chemin. La fille ne put retenir des larmes silencieuses. Elle se releva et continua, dos courbé, abattue. Elle entra dans sa chambre.

« Qu’est-ce qui t’arrives ? Demanda un garçon.

-J’ai bien négocié avec Aoeste. Mais le Seigneur-Croc a percé à jour notre plan. Et il m’a agressé, évidement. »

Elle l’embrassa avec passion.

« Je dois rester caché jusqu’à quand ?

-Jusqu’à ce que j’ai assez pillé Aoeste pour qu’on puisse vivre tranquille. S’il apprend que j’ai déjà un copain, il ne me donnera plus rien. »

 

L’empereur était allongé dans son lit, sans réussir à dormir. Il changea de position, ferma les yeux. Aucun résultat. Il regarda la nuit et estima l’heure tardive.

« Je sens la nuit blanche. »

Il se leva d’un bond et saisit le Fendium, puis, lourdement, le jeta sur son épaule. Il se souvint à ce moment qu’il n’avait pas ses épaulières et se blessa avec la lame.

« Eh merde ! Fait chier ! Encore un mois ! Je ne tiendrais jamais… Je sens que je sombre dans la folie. Pourquoi ça doit être si dur ? J’ai déjà fait les deux tiers ! Je ne dois pas craquer… Je n’y arriverais jamais seul.

-Vous… Vous n’êtes pas seul. »

Il se retourna d’un coup et enfonça son arme dans le mur, manquant de tuer l’arrivante.

« Allez vous coucher ! »

Il dégagea son arme.

« Kiérol, dégagez d’ici avant que je pète un câble !

-Qui êtes vous pour porter seul un tel fardeau ? Vous avez des alliés. Vous m’avez, moi.

-Je ne peux que vous détruire dans l’état psychique dans lequel je suis. Je suis l’homme le plus violent du pays.

-Non, vous n’êtes qu’un homme en détresse. »

Elle s’approcha d’un pas tremblant.

« Vous voyez ? Vous êtes terrorisée.

-Vous me dites sans cesse que je ne veux pas de vous… Mais vous ne dites jamais que vous ne voulez pas de moi.

-Parce que je sais que c’est inutile.

-Vous vous mentez à vous-même. Si vous me refusez de façon claire et nette, je n’insisterais pas. Mais vous ne l’avez jamais fait.

-Vous dites n’importe quoi !

-A cet stade, c’est plus de la mauvaise foi, c’est… ben si, de la mauvaise foi. »

Le Seigneur-Croc fut stupéfié un instant, puis laissa échapper un faible rire. Il se laissa tomber une chaise.

« Vous avez gagné, entrez. »

Kiérol avança vers lui et le dépassa. L’empereur ne comprit pas pourquoi. Soudain il sentit les bras de l’amirale l’enlacer. Il se dégagea d’un geste violent.

« Vous dépassez… Euh… Les limites !

-… Laissez-vous faire.

-Hors de question. »

Kiérol soupira.

« Si seulement j’avais votre force. Là où je vais, je suis chez moi. Ce qui me déplait, je le dévaste. Si je veux obtenir quelque chose de quelqu’un, je l’y force. Je vous envie tellement.

-Je ne suis ni un squatteur, ni un conquérant, ni un esclavagiste. C’est tellement facile pour les faibles de critiquer les forts. Je ne peux pas faire un mouvement sans que des milliers de faibles se dressent contre ma volonté. Marchez sur la pelouse en essayant de ne pas écrasez l’herbe, pour voir.

-Je suis seule, pas des milliers. Et je ne suis pas vraiment faible, je suis une puissante élémentaliste.

-Votre âme est faible, hélas. »

Elle manqua de pleurer.

« Pourquoi vous ne respectez pas les sentiments que j’ai pour vous ?

-Le respect ne s’est jamais donné, mais prit. »

Elle posa sa main sur le buste de l’empereur.

« Vous le sentez battre ? Dit-elle.

-Et ?

-Ecoutez dedans. Ecoutez la sale bête qui dit ‘Elle est pas comme moi’. Vous ne me considérez même pas comme un être humain…

-Je ne vous permets pas !

-Vous voyez ? Vous vous énervez… Vous ne savez rien faire d’autre…

-Ce n’est pas vous que je ne considère pas comme un être humain… C’est moi ! »

L’empereur s’irritait de plus en plus.

« Je vous admet que je commets des dégâts collatéraux, mais je ne vais pas éviter toutes les fourmis que je croise ! Si je détruis un mur par erreur, ou si je blesse quelqu’un par maladresse, je ne vais pas implorer son pardon.

-Vous ne savez pas regarder…

-Qu’est-ce que je ne vois pas ?!

-Vous ne voyez que les principes… »

Elle explosa en sanglots.

« Vous ne voyez pas la souffrance !

-Comparez la votre à la mienne ! Comparez votre impuissance face à mon infamie ! Vous savez quel effet ça fait…

-Quel effet ça fait de quoi ? D’être si vertueux ?

-Moi ? Vertueux !

-Vous, vous êtes courageux ! SI seulement je l’étais…

-Je ne suis pas courageux, mais téméraire !

-Vous êtes persévérant !

-Non, c’est de l’acharnement !

-Vous n’êtes pas un humain, vous êtes un dieu !

-Je ne suis ni un homme ni un dieu, je suis un monstre ! Je me terrorise moi-même !

-Vous ne pensez qu’à vous ! Et si on vous haït, c’est parce que vous êtes différent sur ce point !

-Si je vous massacre, c’est parce que vous êtes tous pareils, à critiquez, à parler, sans agir. »

Elle tomba sur le sol tant elle pleurait. La porte s’ouvrit et un garde entra.

« Seign… Euh amirale ? Tout va bien ?

-Qu’est-ce tu veux ? Répondit fermement l’empereur pour masquer sa gêne.

-J’ai une lettre de…

-Une lettre à une heure pareille ? Ca a intérêt à être urgent ! »

Il lui arracha des mains et le poussa hors de la pièce avant de refermer la porte. La lettre était de Crystal.

 

Chéri,

Je voulais entre autres te donner de mes nouvelles. Je vais bien. Mais je suis allé voir une voyante. Elle m’a dit qu’une de mes amies innocente était persécutée et qu’elle souffrait beaucoup. Je ne peux pas m’empêcher de cauchemarder qu’il s’agit de Kiérol. J’espère que mon absence ne te rend pas méprisable à l’égard d’une femme si gentille et si pure. Prend soin d’elle. Vraiment.

Crystal

 

Il laissa tomba la lettre. Il regarda ses mains trembler. Il respira un grand coup pour faire basculer son énergie de culpabilité en rage et saisit Kiérol par la taille. Il la déposa sur son lit et s’assit à coté d’elle.

« Vous avez raison, je ne vois pas votre souffrance. Mais vous ne voyez pas la mienne. Qu’est-ce que je peux faire, moi, hein ? »

Elle voulut le gifler, mais n’en trouva pas la force.

« Vous savez très bien… Qu’elle cautionne la polygamie. Et vous savez que tous mes espoirs s’envoleront à son retour.

-Qu’attendez-vous de moi ? »

Kiérol ne répondit pas.

« Laissez-moi, ordonna l’empereur.

-Mais…

-Je ne peux que vous détruire. »

Elle soupira, puis se leva pour partir.

« Kiérol.

-Oui ?

-Je ne vous méprise pas, sachez-le. On est de la même terre, mais pas du même monde.

-Donnez-moi juste une chance… Juste une chance…

-Mon cœur vous appelle, mon âme vous réclame. Mais dans le sanctuaire de la fureur infinie et de l’irrespect, dans l’inhumanité et l’infamie, pourriez-vous seulement survivre ? Vous ne réalisez pas l’étendue de ma noirceur.

-Laissez-moi apprendre à vous connaitre. Si nos âmes s’attirent… Nous n’aurons plus rien à nous interdire.

-Trop de barrière et d’abîme nous sépare. Il y a d’autres hommes valeureux dans le monde. Pourquoi vous acharnez sur moi ?

-Vous savez pourquoi.

-Non, je l’ignore. »

Elle ne répondit pas et quitta la pièce.

 

 

 

Un tournoi était organisé en ville, réunissant les combattants dans diverses catégories. ‘Combat à mains nues’ – ‘Combat à mains armées’ – ‘Combat à la magie’ et d’autres, avec chaque sous catégorie : Amateurs, débutants, expérimenté, professionnel, expert et élite. Déjà, le Seigneur-Croc s’y promenait, accompagné d’Aoeste.

« Rappelez-moi pourquoi je dois venir ici ? Je ne veux pas me battre contre eux, j’ai pas le niveau. Et vous, vous êtes bien trop fort ! Jurez-moi que je ne battrais pas !

-Je le jure sur la tombe de mon père adoptif.

-Merci. »

Ils s’approchèrent d’une estrade où un homme moustachu aux cheveux grisonnant faisait une annonce. Sa voix était entrainante, mais calme.

« Mesdames et messieurs, merci d’être si nombreux. Les matches de la catégorie ‘Amateur’ vont bientôt débuter ! Dans cette catégorie, aucun soldat, aucun fonctionnaire de l’armée, aucun mercenaire et aucun combattant de renommée n’est accepté. Le prix pour notre champion amateur est une épée d’une grande qualité provenant de l’autre bout du monde ! Vous pouvez prendre pari au stand sur votre droite, en jaune. La mise minimum est de 1 pièce d’or et la maximum est de  100 pièces d’or. Merci de votre attention. »

L’empereur se pressa d’aller voir les matchs, trainant presque Aoeste de force. Lorsqu’il arriva, les passants s’écartèrent immédiatement. S’approcher, c’était risquer sa vie. Le premier combat opposa un jeune garçon d’environ 15ans, en armure avec une épée et un bouclier,  une jeune fille qui semblait à peine plus âgé, elle, armée de deux dagues et vêtue d’une tenue en cuir. Le combat fut bref, après une esquive, la fille désarma son adversaire et le mit à terre avec souplesse. Les parieurs déçus huèrent le jeune homme alors que les gagnants acclamèrent la fille. La deuxième manche débuta. Toujours avec souplesse, la fille esquiva les attaques et riposta en poignardant son adversaire. Elle leva les mains en signe de non-agression pour signifier qu’elle cessait le combat momentanément puisque son adversaire était gravement blessé. Mais ce fut inutile, il se releva. Elle se remit en garde et il chargea, la repoussant violement de son bouclier invulnérable aux dagues sans force et il lui mit son épée sous la gorge. Le public acclama les combattants. Dernière manche. La fille lança un couteau pour déstabiliser son adversaire et jeta une bombe fumigène. Dissimulée dans la fumée, elle le prit à revers. Il parvint à frapper une des dagues avec sa puissante épée et la brisa, déséquilibrant l’adversaire. Sans battre en retraire, la fille continua son assaut, prit un coup de bouclier dans la figure en évitant l’épée, et parvint à désarmé le jeune garçon. Il jeta son bouclier en signe de reddition et ils se serrèrent la main.

« Cathlyn vint de remporté le match ! Félicitation . Et bravo à Therar qui s’est très bien défendu ! »

Le public cria son enthousiasme. L’empereur applaudit sans force. Après de nombreux combattant, un dénommé ‘Vaor’ remporta le prix.

« Passons désormais à la catégorie débutant ! Pour les soldats, mais aussi les jeunes combattants inexpérimentés qui cherchent à se faire un nom ! Mise en jeu : Une masse de guerre d’un paladin pas très célèbre et pas méconnu ! Elle est enchantée ! »

Aoeste hésita à s’inscrire, mais se dit qu’il n’avait aucune chance. Les combats se déroulèrent et chaque participant était très impressionnant. L’un d’entre eux, un guerrier en armure aux reflets argentés, et armé d’une épée certainement runique, remportait tout les combats. Aoeste n’imaginait même pas gagner contre lui. L’un de ses adversaires lui offrit enfin de la résistance. Un paladin, sûrement, en armure dorée armé d’une masse et d’un bouclier. Il chargea, para l’épée de son bouclier, et donna un violent coup de masse sur la tête de l’épéiste. Se dernier, à moitié sonné, se reprit et para le prochain coup, et tenta d’empaler la tête du paladin. Il esquiva de peu, mais il sentait l’aura glaciale que l’arme dégageait. Il tenta de riposter mais reçu un violent coup dans le tibia. Il était brisé. Sans l’armure, le paladin aurait la jambe coupée. Il commença un sort de soin rapide pour reprendre le combat, mais l’épéiste le renversa en frappa l’épaule du paladin qui ne put rester debout. Il jeta son arme en signe de reddition. L’épéiste tourna les talons, en jeta un regard méprisant au paladin.

« Le combattant… Euh ‘L’épée baignée de glace’ vint de remporter la victoire ! »

Il prit la masse, la rangea dans son sac et partit.

« Nous passons désormais à la catégorie ‘Expérimenté’ ! Le prix est une épée à une main d’une grande puissance. Vous pouvez consulter sa biographie sur le promotoire. »

Le public manquer d’enthousiasme après ses combats sans joie. L’épéiste avait gelé d’atmosphère.

« J’appelle pour le premier match, Katrina et… L’épée baignée de glace ? »

L’épéiste revint.

« Maintenant que j’ai amélioré ma technique et que j’ai une autre arme, je passe à la catégorie supérieur. »

L’empereur brûlait d’envie de le calmer en combat singulier, mais si le Seigneur-Croc participait un jour, ce serait en catégorie ‘Puissance planétaire’ Qui regroupe de la 1 000e puissance mondiale à la 500e. Lui était 914e. Le combat ne fut pas long, Katrina fut écrasée et manqua d’être tuée.

« Prochain combat : Egiste contre Aoeste ! »

La foule retrouva de son enthousiasme.

« Quoi quoi quoi quoi ?! Fit-il. Déjà qu’en débutant je sais même pas si je peut gagner, mais en expérimenté !!

-Mais si.

-Vous avez juré sur la tombe de votre père adoptif !

-Alors déjà il est pas mort, et je déteste ce type. »

Il saisit Aoeste par le buste et le jeta dans l’arène. Il fit quelque roulé-boulé avant de s’arrêter.

« Je… Haïs… Ce type… »

Il se releva. Son adversaire le salua. C’était un homme mince en vêtement de tissu léger mais résistance, armé d’une lance à la pointe aiguisé. Il avait des marques sur le visage, tatouage ou symbole magique. Aoeste, lui, était en armure légère, armé d’une épée à deux mains. Le combat débuta.

 

Aoeste esquiva la lance de peu en se baissant, mais ne pouvait toujours pas contre-attaquer. Il manquait d’allonge. L’arme s’élança vers lui, il la para, fit glisser sa lame le long du manche pour toucher son adversaire et atteint les doigts. Il pensait avoir remporté cette passe quand s’aperçu enfin que son adversaire portait des armes de pugilat sur ses mains en plus de sa lance, et qui le protégèrent. Il s’écarta rapidement. Egiste soupira avec un sourire. Aoeste parvint à la conclusion qu’une aussi longue allonge et cette défense était invincible. Il lui faudrait une plus grande épée s’il voulait toucher son adversaire ailleurs qu’aux mains. Il regretta de ne pas avoir de bouclier, puis se dit qu’il serait encombré avec. Il jeta son heaume à terre pour mieux y voir. Alors il réalisa. La défense qui faisait des crocs depuis les avant-bras jusqu’après les mains pour les protéger, gêner la lance. Egiste avait fait preuve d’un bon maniement de son arme jusqu’à maintenant, mais il était limité. Pas de tourbillon avec l’arme, et s’il voulait changer d’angle d’attaquer, il devait bouger les bras, aps seulement les mains. Aoeste chargea et bondit au dessus d’Egiste. Il atterrit derrière et lui se retourna en en balayage de son épée. Il blessa son adversaire au mollet. La blessure était superficielle mais il l’avait blessé.

« Et ben voila, Aoeste. Fit le Seigneur-Croc. Tu vois ? »

Il chargea de nouveau, mais fit une roulade. La lance n’était pas assez agile pour suivre pareils mouvements. Aoeste abattit son épée dans le dos de son adversaire. Mais il ne mit pas suffisament de force.

« Aoeste !! Hurla l’empereur. C’était coup ce coup ? Il n’y avait aucune volonté meurtrière ! C’est peut-être un tournoi, mais si tu ne veux pas tuer ton adversaire, tu ne gagneras jamais ! Tu dois frapper avec l’intention de tuer ! »

 

Aoeste se dégagea de la zone de frappe de la lance. Egiste jeta ses armes de pugilat, il était désormais plus libre de ses mouvements. Il chargea avec vélocité. Sans perdre son calme, Aoeste para la pointe d’acier, fit glisser sa lame le long du manche pour la deuxième fois et entailla le doigt d’Egiste, manqua de le couper.

« J’ai gagné. »

Il rengaina. L’empereur fit une grimace en voyant qu’Aoeste manquait à ce point de volonté meurtrière. Pas besoin d’une Kiérol bis. Le vainqueur s’étira à peine qu’on déclarait le prochain combat. Il se rassit. Deux participants s’affrontèrent, puis deux autres encore.

« Prochain combat : L’épée baignée de glace contre Aoeste Okrepin ! »

Moyen fatidique. L’épéiste sauta dans l’arène. Aoeste hésita. Son adversaire était plus grand, plus fort, plus expérimenté, plus rapide. Il ne voyait pas comment gagner. Il se tourna vers le Seigneur-Croc.

« Je préfère déclarer forfait !

-Alors je te tuerais de mes propres mains. Désolé, mais j’ai compris qu’il n’y a qu’au pied du mur que tu réagis en déployant toute ta force. En selle. »

Il le projeta dans l’arène.

« … Bon… »

Aoeste se leva péniblement la tête. Une étincelle l’éblouit, c’était la lame de l’épée de son adversaire.

« Abandonne, tu n’es qu’un insecte qui rampe à mes pieds. »

Il fut d’abord intimidé, puis se vexa et se releva. L’épéiste recula d’un pas et mit son arme sur son épaule pour donner une impression de puissance. Il avait une cape bleue marine, son épée aussi était bleue. Son visage était masqué d’une capuche qu’il enlevait en commençant un combat. Son regard était perçant. Il écarta les épaules pour avoir l’air encore plus impressionnant. Aoeste poussa un soupir de soulagement.

« Laisse tomber, tes intimidations sont vides. Tu cherches à bluffer et à profiter que je sois déstabilisé. »

L’épéiste frappa le sol devant lui de son arme.

« Tu penses que je bluff ? Viens le vérifier. Si je cherche à intimidé, c’est pour éviter d’avoir à me battre. J’aimerais éviter de te tuer…

-Franchement, t’as pas une tête à épargner qui que ce soit.

-Bien envoyé !! Hurla le Seigneur-Croc. Aller, fais-lui mordre la poussière ! »

Aoeste se sentit ridicule. Il avait gagné la bataille verbale, mais le combat physique était un défi plus ardu.

« Commencez ! »

L’épéiste chargea, fit un tour sur lui-même au moment de frapper et aveugla Aoeste avec sa cape. Il donna un violent coup sur la jambe de son adversaire et entendit un résonnement métallique. Il s’écarta par reflexe. Aoeste s’était agenouiller et avait planté son épée devant lui, ce qui lui avait permis un parade parfaite, puisque son adversaire était aussi aveuglé.

« Hum… Pas mal. »

Il jeta sa cape. Ses muscles ne brillaient pas à la lumière, il ne suait même pas. Son regard devint glacial, comme une colère froide. Une haine viscérale. Il chargea en adoptant une posture purement offensive, contrairement à avant. Ne se protégeant pas, il put se concentré sur son attaque et frappa avec une grande précision l’épée d’Aoeste de telle sorte qu’elle se brisa.

« Le combat est fini. Lança l’arbitre. Sans arme, tu ne peux pas continuer. »

L’empereur sauta à son tour dans l’arène.

« Je regrette de t’avoir filé une épée si médiocre.

-Vous n’avez pas le droit de lui donner une nouvelle arme.

-Vous trouvez qu’on peut se battre avec ça ? »

Il lui présenta l’épée en miette. Il inspecta la lame. C’était du travail bâclé, mal fait, pas assez tranchant, pas assez droit.

« Si je donnais ce genre d’arme à un soldat, il pourrait me trainer en justice. C’est une épée pour les élèves de mon école militaire.

-Hum… En raison de cette arme exécrable, je vous donne l’autorisation de lui céder une arme… »

Il regarda le Fendium du Seigneur-Croc.

« … A condition qu’elle soit déjà sur vous !

-Sur moi ?

-Voyons s’il peut se battre votre arme légendaire si lourde ! »

L’empereur eut un bref fou rire.

« J’ai plus d’une arme. Aoeste, puisqu’il le faut, je te donne… Ma meilleure arme après le Fendium. »

Il lança un regard méprisant à l’arbitre, jeta l’arme en question sur le sol et partit. Aoeste regard l’épée, elle était magnifique. La lame courbée en éclair, un reflet bleuté, un manche en or.

« T’as fini de divagué ? Lança l’épéiste.

-J’arrive. »

L’arme était très légère. Aoeste chargea et fut paré, son adversaire recula sous le choc.

« Wouah… »

Il enchaina des coups rapides et sans force, mais cette arme était exceptionnelle. Il jeta son adversaire à terre.

« Nous avons un vainqueur !

-Peuh ! Fit l’épéiste, tu te caches derrière une arme. Si j’avais la même, je t’aurais anéanti !

-Soit. »

Il prit sur son ennemi la masse précédemment gagné et rendit à son empereur l’épée légendaire. Il se mit en garde. L’épéiste chargea sans même le remercier et blessa gravement Aoeste à l’épaule. Le sang gicla et semblait être aspiré par l’épée. Un vent glacial soufflait. L’épéiste continua ses frappes. Puis il blessait son adversaire, plus il devenait terrifiant et glacial. Ses iris noirs devinrent bleus. Aoeste se dégagea de cet enchaînement et se tint droit comme pour se grandir. Il était blessé de partout, et tremblait de tous ses membres. Dans le silence le plus total, l’épéiste décida de l’achever.

« Sens-tu… La main glaciale de la mort ? »

Le mot ‘Mort’ résonnait dans l’esprit d’Aoeste. Mourir. Impossible. Son adversaire frappa de haut en bas et Aoeste para de son arme, ne la tenant que d’une main. L’épéiste continua, sur de lui. Il dégageait une aura de mort, noire et malsaine. Mais plus il était terrifiant, plus Aoeste semblait héroïque. Ce dernier  frappa de toute ses forces de sa masse et explosa le plastron de son adversaire, ce qui lui coupa la respiration. Les deux combattants se regardèrent, essoufflés.

« Bordel ! Hurla l’empereur. Qu’est-ce t’attends pour le buter ?

-A qui tu parles ? Répondit Aoeste avec un sourire.

-Au deux. »

Ces mots résonnèrent dans l’esprit d’Aoeste. L’épéiste chargea en laissant une trainée d’un bleu glacial derrière lui. Aoeste plaça sa masse devant lui pour se protéger, mais elle se brisa. Comme si le temps était ralentit, Aoeste sentit chaque morceau d’acier projetés lui incruster le visage. L’épée de son ennemi s’enfonça dans son torse. Le temps se figea, puis reprit son court normal. L’épéiste fit tourbillonner son arme.

« Au suivant. »

Aoeste était encore conscient. Transpercé, il voyait une lueur bleue. La Faucheuse. Elle s’approcha. Soudain, un sigle rouge braise lui barra la route et la fit reculer. Tout devient blanc cassé, il voyait des silhouette noires fumeuses autour de lui. Il comprit qu’il était de nouveau en transe. La silhouette de l’épéiste tremblait, vacillante. Elle dégageait une aura de puissance. Il se releva sans sentir la douleur, il chargea celui qui l’avait chargé à mort. Il poussa un hurlement, mais pourtant, n’entendit rien.

 

Aoeste venait de se relevé. Il avait les yeux fermés et le visage crispé de rage. Il hurla et fondit sur l’épéiste, puis lui planta l’épée dans le ventre.

« En… Foiré… D’où tu sors cette arme ? »

L’empereur sifflota en signe de moquerie. En plus de lui avoir lancer une épée, il lui avait donné un bouclier. Mais de la glace se forma sur l’arme d’Aoeste.

« Tu vas me le payer ! »

Il leva son épée et invoqua une tornade de vent glacial.

« Crève ! »

La tornade fondit sur Aoeste.

 

La silhouette de l’épéiste dégageait une aura de puissance bien supérieure à avant. Elle était terrifiante, au point de nuire à sa transe de bataille. Il voyait le fond de blanc cassé se déchirer, dévoilant le monde réel. Poussé par cette force qui n’est pas la sienne, il donna un grand coup d’épée dans la tornade. Rien à faire, il fut emporté.

 

Privé d’appuie, sa force physique ne servait à rien. Aoeste ignorait tout de la magie. La tornade l’emprisonna dans la glace et le rejeta à des centaines de mètres de haut, puis elle se dissipa. Le bloc de glace tomba en silence. Il se fracassa sur le sol. L’épéiste déclara :

« C’en est fini. »

Une épée lui traversa le torse, sans pour autant faire couler la moindre goûte de sang. Il se retourna vers Aoeste. Ce dernier avait atterrit sur son bouclier. Il s’était cassé les deux jambes et n’avait rien put faire d’autre que jeter son arme. L’épéiste soupira.

« Il n’est plus en état de se battre, j’ai gagné.

-T’es immortel ? Gémit Aoeste.

-Je suis pas foutu pareil. »

Le blessé jeta son bouclier qui cogna la tête de l’épéiste dans un bruit sourd. Dernier geste désespéré.

« Le vainqueur est l’épée baignée des glace ! »

 

Une lance traversa le stade et se planta devant l’épéiste.

« Un combattant de ton niveau n’a rien à faire dans cette catégorie. Je te disqualifie

-Quoi ? Après avoir lutté si vaillamment, vous me rejetez ? Vous vous prenez pour qui ?

-Pour l’empereur et pour le président du jury. Mais je ne vais pas t’éjecter comme ça, tu as une chance ! Je te propose un nouveau défi, si tu le remporte, tu rafles tout les prix de toutes les catégories. Tu seras riche et puissant.

-Je le relève ! Personne ne peut me résister

-Ton adversaire sera à ta hauteur. »

Il alla relever Aoeste.

« Ca va ?

-Non.

-Parfait, vas t’assoir. »

Il se retourna.

« Je me battrais de façon médiocre…

-Quoi ? Me battre comme vous ?

-T’es un combattant hors pair. Et c’est au pied du mur que les guerriers de ta race dévoilent leur force. Comme Aoeste, je ne l’ai jamais vu si fort. Aller, viens me prouver que tu sais te battre. Ton pouvoir de glace, il est très puissant. Moi ça m’terrifie, parait que ça refroidit.

-Sale… »

Oubliant la puissance de son adversaire, l’épéiste fit souffler un vent glacial avant de charger en hurlant.

« Les vents des glaces… Je bougerais pas de cette place. J’ai confiance en moi, parait qu’ça fait qu’du froid. »

Il subit l’attaque magique et la charge sans vacille. Il saisit à pleine main l’épée de son adversaire et, ignorant la glace qui se formait sur sa main,  la lui arracha.

 

Dans Koljeizer, y’a un guerrier surpuissant. Un empereur borné et violent. Juste et bon, et servants des droits de l’homme. Mais dans son délire, il peut défaillir. On appelle cela un « Berserker » de manière générale. Mais il est bien plus. Il est un « Emissaire de la Destruction » spécialisé dans le massacre. Un être à craindre car instable. Seule sa femme le maintient dans la voie de la raison.

 

Le Seigneur-Croc dégaina et frappa.

« Parait qu’mes coups assomment, la Lumière me pardonne ! »

Avec son Fendium, il blessa mortellement l’épéiste.

« Quel effet ça fait de se battre contre infiniment plus fort que soi ? Trop tard pour regretter. »

Il gela son sang pour ne pas succomber à l’hémorragie.

« Faites qu’il vive, il a un grand talent. Et Aoeste ?

-Ses jours de sont pas en danger, répondit un garde. Il pourrait reprendre le combat dans trois jours.

-Dans deux jours, on reprend l’entrainement.

-Quoi ? Mais…

-Sur un champ de bataille, les blessés peuvent pas toujours être soignés. Et je pense pouvoir le mettre au pied de mur de cette façon. »

Il donna un coup de pied sur la tête de l’épéiste.

« Il est vivant ?

-Oui.

-Quand il sera soigné, jetez-le en prison. »

 

Aoeste, en béquille et à moitié caché par les pansements, alla à la salle du trône. Le Seigneur-Croc lui avait demandé de passer le voir pour ‘parler de ce combat’.

« Il est pas là, le Seigneur-Croc ?

-Il a pété un câble, répondit l’amirale en soupirant. Mais un gros.

-Comment ça ?

-Il a libéré un sceau, et il en subit les conséquences.

-Un sceau ?

-Il est alité, mieux vaut pas aller le voir, quand il est frustré, c’est carrément de l’inconscience de ‘approcher de lui à plus de cinquante mètres.

-Sinon… Qu’est-ce que vous fichez sur le trône de l’empereur ?

-Qu’est-ce que ça peut lui faire ? Il en sait rien, je fais de mal à personne et à part toi, moi et les gardes, cette salle est vide. T’iras le voir quand il ira mieux. »

 

Le Seigneur-croc était alité, l’air mauvais. Il semblait furieux et faible à la fois.

« Qu’on m’apporte à manger ! »

Aucun garde ne vint.

« J’ai la dalle ! Hé !! »

La porte s’ouvrit. Un homme en robe de moine rouge entra, un plateau à la main.

« Voici votre repas, seigneur.

-T’es qui, toi ?

-Je suis…

-Plutôt, qu’est-ce tu fais ici ?

-On m’a dit que je pourrais vous apporter une aide précieuse. Vous êtes bien le Seigneur-Croc ?

-A ton avis ?

-Hum. »

Il s’assit sur le sol en position de méditation et resta immobile. Pendant une longue minute, il ne semblait même pas respirer, atteignant une transe rare.

« Bon, déclara l’empereur pour rompre le silence, tu veux me faire quoi ? »

Le moine posa son doigt sur le front du guerrier.

« Calmer votre esprit.

-Tu comptes me bercer de paix intérieure et d’harmonie parfaite ?

-Je pourrais, c’est vrai. J’en parlerais pendant des heures… Mais votre esprit n’accepterais ni la paix ni l’harmonie, n’est-il pas ?

-En quoi tu pourrais m’aider alors ?

-Votre esprit est un champ de bataille. Vous êtes constamment en guerre contre vous-même, admettez-le.

-… Et ?

-Je ne peux pas arrêter cette guerre. Néanmoins… Je peux la rendre plus saine, et vous aider à trouver votre ennemi. »

Il se remit à méditer.

« Tu fais quoi encore ?

-Je cherche à atteindre un niveau de conscience supérieure. Il vous sera nécessaire de passer par là.

-Alors laisse tomber, je n’y arriverais jamais. La méditation, c’est pas mon truc. »

Le moine se leva et dit avec un sourire angélique :

« Votre ‘Berserk’ vous permet d’accomplir des prouesses hors d’atteinte normalement. Vous êtes plus fort, plus rapide, vous réfléchissez plus vite et avec plus efficacité. Et surtout… Votre perception du monde change. Vous n’êtes plus un individu dans un monde paramétré par votre esprit, vous n’êtes plus dans un monde découpé en catégorie. Vous êtes un dans le Tout. Et vous chercher à le détruire. C’est pourquoi vous ne faites pas la différence entre vos ennemis et vos alliés. Vous les percevez de la même façon.

-Ton charabia est très intéressant. Mais tu parles une langue qui m’est étrangère. Tes raisonnements, tu peux les garder. Je ne peux pas exprimer ce que je ressens. Donc vous ne pouvez pas comprendre. Donc, vous ne pouvez pas m’aider. Personne ne peut savoir ce que c’est que d’être un monstre. De ne jamais avoir été un être humain. De ne jamais être un inconnu dans la masse. J’ai toujours été une aberration condamné à la puissance et à la destruction de tout ce qui m’entoure… c’est très floue comme description, et très approximatif. Je n’ai pas les mots.

-Pourquoi des mots ? Vous n’en avez pas besoin. Vous exprimez ce que vous ressentez depuis que votre femme n’est plus là pour vous comprendre.

-En massacrant tout ce qui bouge ?

-… Oui. Vous être comme un bébé qui, privé de la parole, hurle de toutes ses forces dans le vain espoir d’être compris.

-Bravo. »

Il applaudit de façon sarcastique.

« Très belle métaphore, vous avez exprimé encore mieux que quiconque des platitudes évidentes pour tous. ‘Privé de la parole gnagnagna’ ‘Ne pas pouvoir s’exprimer’… C’est ça qu’on appelle ‘La Folie’ !

-Je vous ai mit devant votre reflet. Il est temps de vous mettre devant vos erreurs.

-Ah oui ?

-Vous êtes un lâche. Un lâche couard incapable d’agir, pétrifié par la peur. Un être sans courage et sans valeur, prêt à tout pour survivre.

-Y’a des moyens moins cruel de se suicider. »

Il prit furieusement le moine par l’épaule et le repoussa avec violence. Mais plutôt que de résister, il se laissa faire pour utiliser la force de l’empereur contre lui. Avec souplesse, il fit une rotation doublée d’un salto arrière, sans avoir dégagé la moindre énergie.

« Attaquer avec furie est dangereux pour ceux sur le chemin. Et vous pouvez être sur votre propre chemin.

-Je suis un être mauvais ! J’aime être méchant ! Abandonnez tout espoir. J’suis déjà mort à l’intérieur, y’a plus rien à sauver.

-Vous n’êtes pas fondamentalement mauvais, vous êtes agressif, destructeur et violent. Pas mauvais.

-La dernière fois que je me suis énervé, j’ai dévasté une ville et y’a eu des tas de morts !

-Il n’y en a eu qu’un.

-Et bah vous voyez ? Je tue mes propres soldats !

-Vous avait frappé le mur d’une maison et le soldat s’est ramassé une pierre sur la tête.

-Et alors ?

-Et alors je vois pas ce que la méchanceté vient faire là-dedans. C’était un accident. »

L’empereur grogna.

« Je ne vais pas vous montrer la paix intérieure, mais je vais faire en sorte que la guerre qui règne dans votre âme cesse de vous blesser vous-même.

-Quand j’aurais besoin de vos services, j’vous appellerais.

-Grognon et incurable. »

Le moine soupira, et posa une carte de visite sur la table de nuit.

« Venez me trouver si votre âme…

-Blablabla… »

Il sortit et donna sa carte à l’amirale Kiérol et au maréchal Aomushni. On ne sait jamais.

 

L’empereur déchira la carte et ordonna :

« Garde, allez me chercher l’épéiste du frigo.

-A vos ordres ! »

Le soldat partit stoïquement. L’empereur tenta de se remettre debout, en vain. Le maréchal entra.

« Seigneur.

-Hum ? Bonjour, maréchal.

-Votre santé ?

-J’ai connu pire. Que me vaut cette visite ?

-Je suis désolé de vous presser ainsi, mais vous devez traiter avec le roi d’Okeud.

-Qu… Mince ! J’avais complètement oublié !

-Il sera là dans quelques heures. Vos ordres ?

-J’arrive à peine à me lever. Allez me cherche mon Fendium et ramenez-le moi. Et trouver de quoi réparer la salle du trône.

-Réparer ? Elle est en parfaite état.

-Je sais, mais pas après la visite. »

L’épéiste arriva, enchainé.

« Allez-y. »

Le maréchal tourna les talons et partit encore plus stoïquement.

« Ce bon vieux maréchal, on dirait qu’il a avalé un lampadaire. Bon, ça va ?

-A votre avis ? Pourquoi je suis arrêté ?

-Primo, pour avoir caché ta force dans un tournoi. Vu ton niveau, t’as rien à faire dans la catégorie expérimenté, et encore moins en amateur. Toi, c’est direct catégorie expert. Tu es aux arrêts pour triche lors d’un tournoi officiel. Et secundo… Parce que je fais ce que je veux. Et ta tronche me revient pas.

-Tss…

-T’as faillit dépecer mon combattant, et en plus j’ai perdu cent pièces d’or aux paris.

-Voilà où passent nos impôts.

-Quels impôts ?

-Ah, oui… Quels impôts ? On va vous reconnaître cette qualité.

-Qui t’as appris tes sorts de combat ?

-Je garderais le silence.

-Comme tu veux. Ecoute, je te propose un marché. T’as fichu un gros bazar et t’as faillit raser les gradins. Si tu refuses mon offre, c’est 3 mois de cachot. Mais si tu acceptes, non seulement je passe l’éponge pour service rendu à la nation, mais en plus… Euh… »

Il réfléchit.

« Dites ce que vous attendez de moi, je vous demanderais quelque chose en retour.

-Je veux que tu formes un duo avec Aoeste, il a besoin d’un rival, d’une motivation.

-Je le haïs, il me haït.

-La haine est une motivation comme une autre, en plus d’être très puissante.

-Bon, et on va où comme ça ?

-J’vous confirais des missions. Son envie de te surpasser devrait le motiver. Car après tout, ‘C’est un privilège de mourir à ses pieds’ ! C’est lui qui l’a dit. Quand il aura la force d’un général, tu seras libre. Ca prendra un mois je pense. Il progresse vite.

-Pourquoi ne pas l’intégrer dans l’armée régulière ?

-Je pense pas qu’il soit en mesure de commander quoi que ce soit. C’est ni un stratège ni un tacticien.

-Bon, voilà mes conditions : La grâce impériale, cela va de soit. Mais je veux… Une arme.

-T’en as déjà deux.

-Une en particulier. Que vous allez m’obtenir.

-Laquelle ?

-Une arme connu sous le nom de Istasin.

-Et comment je la trouve ?

-Le roi d’Okeud la possède et ne s’en sert pas, il a mieux. Vous allez négocier avec lui, non ? Obtenez-la !

-On verra. En attendant, tu attends aux cachots.

-Aucun problème. »

Il brisa ses chaînes, sortit en mettant sa main sur l’épaule du garde et dit :

« Je connais le chemin. »

Il partit. L’empereur soupira et se leva tant bien que mal. Il boita jusqu’à la salle du trône et s’assit. Le maréchal l’y attendait.

« Votre arme, seigneur.

-Plantez-la devant moi.

-Comme il vous sierra. »

La lame traversa le sol. L’empereur fit signe de l’enfoncer plus, jusqu’à ce qu’il puisse s’appuyer dessus pour se tenir droit.

« Il arrive bientôt, le roi ?

-Il vous attend.

-Faites entrer. »

Les portes d’ouvrirent en parfaite synchronisation. Les trompettes résonnèrent et le Seigneur-Croc grimaça d’assourdissement. La musique se tût.

« Seigneur-Croc, ravi que vous m’accueillez.

-Ravi que vous ayez prit la peine de vous déplacer. Garde, apportez-lui un siège.

-Bien, nous pouvons entrer dans le vif du sujet.

-Je vous demande un instant. »

Il chuchota au garde à coté de lui :

« Va me chercher l’amirale !

-Bien ! »

Le soldat partit. L’empereur se tenait sur son épée pour masquer sa faiblesse, ne serait-ce que par politesse. Maudit soient ces fichus sceaux.  L’amirale arriva et s’assit aux cotés de son empereur.

« Donc, l’abolition des taxes sur le commerce entre nos pays. Je pense qu’il serait favorable… »

Il récita son texte d’un trait, sans vraiment comprendre ce qu’il racontait. Le roi hocha la tête en signe approbateur.

« Vous êtes conscient que j’y gagnerais bien plus que vous, même si vous ne perdez rien ?

-Tant mieux pour vous.

-Vous risquez de vous faire un ennemi sur le marché.

-Je… »

L’amirale le coupa :

« Notre pays a toujours vécu en autarcie totale, et nous pouvons continuer. Le marché international n’est pas quelque chose qu’on fréquente, chez nous. Si nous proposons ce traité, c’est pour quelques commerçants en minorité qui  voulaient vous vendre du charbon et du métal.

-Et bien, je crois qu’on a fini.

-En fait, non. Reprit l’empereur, je me demandais, puisque vous y gagnez plus… Peut-on marchander votre arme Istasin.

-Hum… Pourquoi ?

-Ce n’est pas pour moi, disons que j’avais passé un marché avec quelqu’un d’autre.

-Je vois, je respecte le secret du négociant. Mais alors, je voudrais faire un autre marché pour cette arme… »

Il alla chuchoter quelque chose au Seigneur-Croc, puis lança :

« Je vous souhaite une bonne journée.

-Ouais, ben pare…

-Faites un agréable voyage de retour ! Coupa l’amirale.

-Merci. »

Il partit sous les trompettes.

« Qu’on fasse venir Aoeste et l’autre givré. »

 

 

 

Le bras armé de la justice.

 

« Aoeste, je vais t’assigner une nouvelle mission. Pour commencer, tu feras équipe avec lui. »

Il désigna l’épéiste.

« Objection, j’refuse d’y aller avec lui.

-On ne me refuse rien.

-… J’abandonne.

-Bon, ta mission consiste à aller au Royaume d’Okeud pour y faire régner la loi dans un village un peu paumé. Les paladins ne peuvent pas se permettre d’être aussi radicale avec ces délinquantes, mais la passivité, ça craint. Donc tu vas y aller pour faire régner l’ordre, tu ne vas surtout pas dire que t’es sous les ordres du roi, et encore moins sous les miens. Et enfin, ne va pas croire que le roi d’Okeud est un hypocrite, la situation est exceptionnelle et c’est un homme bon et juste.

-D’accord, mais rappelez-moi pourquoi je me colle l’autre ? »

L’épéiste lui jeta un regard sournois.

« Ca, ça me regarde. Aller, va faire ton taf. Le roi t’as gracieusement offert un uniforme de justicier.

-De justicier ? Ca sonne creux.

-Ben, tu préfère un de criminel ?

-… Laissez tomber.

-Alors en route. »

 

Aoeste et l’épéiste étaient dans le carrosse à destination de Jodiay, ville de 45 000 habitants sujette aux émeutes et à la délinquance criminelle et organisée. La ville était très grande et il paraissait vraiment trop idéaliste de pouvoir la rappeler à l’ordre avec deux combattants à peine. Aoeste soupira et lança :

« Hé, le givré.

-Arrête de m’appeler comme ça.

-Ben justement, comment je suis censé t’appelé ? J’connais pas ton nom.

-… Appelle-moi le givré, c’est pas grave.

-Pourquoi cacher ton nom ?

-J’ai mes raisons.

-… Comme tu veux. »

Le carrosse s’arrêta.

« Vous êtes arrivé, dis le chauffeur. A plus, les jeunes. »

Ils descendirent et le carrosse fit demi-tour. Aoeste et l’épéiste furent accueillit par la police locale, essentiellement constitué de gardes à la solde du roi. La plupart était en armure légère et était assez jeune. De toute évidence, il s’agissait de novices.

« Voici vos quartiers, dis l’un d’eux en désignant deux chambre assez petites. Vous vous mettrez au travail dès demain. En attendant, vous pouvez visiter la ville.

-Je n’y manquerais pas, répondit Aoeste. »

L’épéiste se contenta d’un hochement de tête. Ils se séparèrent.

 

En ville, Aoeste s’assit sur un banc d’une place très fréquentée et observa. Une minute, deux minutes. La vieille femme se fit arracher son sac à main. Trois minutes. Un jeune garçon se fit racketter. Quatre minutes, cinq, six. Une bagarre éclata. Sept, le combat était fini et les blessures étaient graves. Huit, neuf minutes. Deux hommes se mirent à se battre à couteaux tirés. Dix minutes, un bâtiment fut la cible d’un incendie criminel.

« Y’a du boulot. »

Il commença à lutter contre les flammes. Un nouveau vol, un racket, un trafic de stupéfiant, et un marchand ambulant douteux.

« Décidément. »

Aoeste retourna dans ses quartiers. L’épéiste était revenu, et semblait aussi accablé que lui. Une différence notable : Aoeste était couvert de cendre, l’épéiste de sang.

 

Le lendemain, ils allèrent patrouiller. Ils se concertèrent pour décider du niveau de répression à adopté. Un ‘ca va pour cette fois, ne recommence pas’ allait les décrédibiliser. Mais une répression trop violente ferait d’eux de simples criminels. Ils optèrent pour une répression par le sang, mais pas par la mort. Rapidement, ils assistèrent à un vol à l’arrache. Aoeste saisit le voleur fermement et l’épéiste saisit une masse à une main, puis lui brisa le bras droit. Aoeste le jeta à terre.

« Qu’on ne t’y reprenne plus. »

Ils rendirent l’objet du vol à son propriétaire qui prit la fuit sans même les remercier. Un instant après, une bagarre éclata. Aoeste s’interposa.

« Vous êtes prié de ne pas troubler l’ordre public, allez régler vos problèmes hors de la ville.

-Va te faire foutre ! »

Les deux camps chargèrent. L’épéiste leur lança un vent glacial qui les fit battre en retraite.

« En ben c’est pas gagné. »

 

 

Le Seigneur-Croc contemplait la nuit sans nuage du haut de la grande tour de Trachéom. Le vent pourtant glacial qui soufflait sur son visage de lui faisait rien. Le trappe s’ouvrit et l’amirale en sortit.

« Brrr, ça caille ici !

-Mouarf, pas tant que ça. »

Elle alla s’assoir sur un créneau.

« Je me demandais où vous étiez.

-Ben j’suis là, je réfléchis.

-Faut pas forcer quand on a pas l’habitude.

-Qu… Va t’faire f… »

Il jura d’un air vaincu.

« Ne me perturber pas dans ma réflexion !

-Et à quoi vous ‘réfléxionnez’ ?

-Aux deux boulets.

-… Qui ?

-Aoeste et l’autre givré. Je les laisser se débrouiller seuls 2 mois et j’vais les rejoindre. C’est pas comme si ils avaient une chance infime de réussir.

-Vous avez osé les envoyer en mission impossible ?!

-Non, c’est un entrainement. Je ne doute pas de leur capacité à assurer, mais finir le boulot nécessite une grande force. J’irais voir jusqu’au ils ont poussé l’amélioration, et je finirais le travail.

-Vous avez bon cœur, finalement.

-Non, j’suis méchant.

-Vous êtes un méchant gentil, c’est tout.

-Même pas vrai.

-Alors un gentil méchant. »

Elle croisa les bras pour se protéger du froid. L’empereur détacha sa cape et couvrit l’amirale avec.

« Vous allez choper la mort.

-Merci… Brrr… Vous êtes comme un bazar. Un désordre incompréhensible et mal organisé, et on se prend à chaque fois les pieds dedans. Mais y’a toujours ce dont on a besoin.

-… Moui. »

 

Aoeste et l’épéiste décidèrent d’affirmer leur autorité par le symbolisme. Pour eux, la meilleure solution était de mettre aux arrêts un malfrat et de lui faire un procès correct, comme un tribunal de rue, et de le condamné, prouvant ainsi non seulement leur pouvoir, mais aussi leur sens de la justice, il n’y aura pas d’abus. Le coupable ne se fit pas attendre, alors qu’ils marchaient dans les rues, ils virent un homme, debout, dans une flamme ardente. Il était assez beau, un regard haineux emprunt de puissance, et à ses pieds des dizaines de cadavres carbonisés.

« Toi ! Fit Aoeste en brandissant son épée, au nom de la loi, je t’arrête !

-Hein ?

-Ne fait pas l’innocent, criminel ! Nous sommes les forces de l’ordre, et nous…

-De quoi suis-je inculpé ?

-Pardon ?! Tu oses nier ! Tu es incriminé de multi-homicide volontaire ! Tu…

-Avez-vous des preuves ? Des témoins ? »

Aoeste fut désarçonné, mais l’épéiste garda son assurance et affichait même un sourire triomphant, ravi d’avoir trouvé un coupable qui se défendrait par les mots et non par les poings.

« Soit ! Que prenne place le tribunal ! Aoeste, tu seras le procureur. Je serais le juge, et cette foule autour de nous, le jury. Monsieur, vous avez droit à un avocat. »

L’homme sourit.

« Soit, je suis monsieur Ytho. Je souhaite assurer ma défense moi-même.

-Comme il vous plaira. Je déclara ouvert l’audience ! »

La foule de curieux autour de put s’empêcher de rester, étonnés et captivés par cette tournure inattendue des évènements.

« Vous êtes accusé d’avoir tué toutes ses personnes. Que plaidez-vous ?

-Non-coupable, évidement.

-Bien, que l’accusation fasse son office. »

Aoeste prit une voix charismatique, mais il s’appuyait trop sur un volume sonore élevé pour avoir de l’autorité.

« Vous avez été vu sur les lieux du crime. Vous possédez un pouvoir pyrotechnique, et il est clair que les victimes sont mortes par le feu.

-Et alors ? Si elles avaient été tué à grand coups d’épée, c’est vous qu’on aurait pu accuser. Je possède une arme propice au crime, mais vous ne pouvez pas prouver que je l’ai tournée vers eux.

-Et… Et cette foule aux alentours, que… Bégaya Aoeste. Elle peut…

-Pourquoi aurais-je tué ces gens ?

-A vous de nous le dire.

-Si je n’ai ni mobile, ni arme, pourquoi je dois encore rester ? »

Aoeste grommela, puis alla inspecter un cadavre pour gagner du temps. Il fouilla les poches du pantalon carbonisé et trouver une montre avec le symbole des céléstins (Une religion minoritaire et mal vue en ces terres). Il la prit.

« Hum… Quelle est votre religion ?

-Je n’ai as à répondre à cette question. »

Aoeste s’approcha de lui et désigna son collier.

« Vous êtes un lumirien (Religion dominante en ces terres).

-C’est un crime ? Quel importance que leur religion soit différente de la mienne ? Vous l’êtes aussi, c’est marqué sur votre uniforme.

-Quoi ? Mais comment…

-Non, je plaisante, mais vous vous êtes trahi. Bon, pouvez-vous désormais établir un lien ? »

Aoeste grommela de nouveau. Soudain, il vit un bout de tatouage sur le bras de l’homme. Il arracha sa manche et dévoila un tatouage anti-céléstin radical et discriminatoire, et donc prohibé.

« Je pourrais déjà vous inculpé pour ça. Mais c’est aussi une preuve, vous détestez les céléstins, c’en sont. Vous possédez des pouvoirs pyrotechniques, ils sont mort par le feu.

-Je m’incline, vous avez trouvé un mobile valable. Mais, et les preuves ? »

Il s’adressa au juge.

« Votre honneur, je souhaite prendre la parole.

-Je vous écoute.

-Je souhaite produire un alibi. Ces personnes sont mortes par le feu, et comme le prouve leur rigidité, cela date de prêt d’une demi-heure. Vous pensez que je serais resté là, comme un crétin, debout avec des flammes partout autour de moi, après mon crime ? De plus, il y a une demi-heure, j’étais à la mairie, et la réceptionniste peut en attester. »

Aoeste grimaça, et retourna voir les cadavres. En effet, ils étaient bien morts il y a une demi heure. Il lui semblait évident que cet homme était coupable, mais pourquoi rester une demi-heure ?

« Grr… Et merde ! »

Il frappa du pied dans un cadavre et le bras s’arracha.

« Fais chier ! »

Il en frappa un autre, qui se retourna sous le choc. Aoeste fit demi-tour.

« Monsieur Ytho, quand vous êtes arrivé sur les lieux du crime, qu’avez-vous fait ?

-J’ai activé mon pouvoir de flamme pour pouvoir me battre, au cas où le meurtrier serait encore là.

-Il n’y avait personne, hein ?

-Non. »

Il prit le cadavre qu’il avait frappé en dernier et déposa la dépouille devant l’accusé.

« D’après vous, de quand date son décès ?

-Hum… Il est récent. En effet, j’aurais put le commettre, il est mort après les autres. Mais, quelle preuve ?

-Primo, il est céléstin. Secundo… »

Il désigna la dépouille.

« Ce pauvre homme fut clairement torturé, ses membres sont gravement brûlés. Il a souffert. Vous cherchiez des réponses, hein ?!

-Effectivement, votre raisonnement est valable. J’aurais buté tout le monde, puis j’aurais torturé celui-là pour avoir des réponses, m’obligeant à rester ici une demi-heure. Mais, j’étais à la mairie. Aller voir la réceptioniste. »

Aoeste ordonna à un garde d’aller la chercher.

« En attendant que votre alibi soit confirmer, parlez-moi de ce tatouage.

-Je l’ai fait quand j’étais jeune. On a tous fait des conneries.

-Vous ne l’avez pas fait enlever ?

-Ca fait mal et ça coute cher. Ce tatouage porte les regrets du temps où j’étais raciste. Pouvez-vous pardonner à un gosse d’avoir fait un mauvais choix dans sa vie ? Vous n’en avait jamais fait ? »

Le soldat revint peu après, suivit de la réceptionniste.

« J’appelle le temoin que voici : La réceptionniste qui m’a reçu.

-Bien ! Fin l’épéiste. Jurez de ne dire que la vérité et rien que la vérité.

-Je le jure sous serment.

-Parfait. Nous écoutons votre déposition.

-Et bien, il y a peu de temps, monsieur Ytho…

-A quelle heure ? Fit Aoeste.

-Hum, vers 10h58. Il est restez jusqu’à 11h12, puis il est partit.

-Je vois, ces cadavres ont été visiblement tué vers 10h30, il est possible qu’il les ai tué avant, non ?

-Non, je l’ai vu dans la file d’attente. Je l’ai aperçu vers 10h20.

-Et il a attendu calmement 30min ?

-Oui.

-Je vois. Je souhaite réécouter votre déposition.

-Hum, comme je le disais, monsieur Ytho était dans la file d’attente à 10h20, et il est partit à 11h12. Il est arrivé à mon bureau à 10h58.

-… Puis-je savoir pourquoi vous n’avez pas votre uniforme ?

-La mairie est repeinte en jaune, et je me suis tachée, alors je l’ai enlevé, c’est tout.

-Je vois. Monsieur Ytho vous avez vu le peintre ?

-Non, j’ai juste vu les pots de peinture.

-De quelle couleur était peinte le mur ?

-Ben, en jaune. Elle l’a dit. »

Aoeste sortit un papier, et le lu.

« Mademoiselle, j’ai ici votre CV. Vous dites que le mur était peint en jaune, hein ?

-Oui, mais…

-Chut chut chut ! Monsieur Ytho, le mur était peint en jaune ?

-Ca vous amuse de me faire répéter ? Oui !

-Alors… Objection !!! Mademoiselle, sur votre CV, vous êtes daltonienne ! Vous ne voyait pas le vert correctement ! Mais le mur était bel et bien vert ! J’y suis allé ce matin ! Monsieur Ytho, vous n’êtes jamais allé à la mairie ! »

La foule murmura.

« D’accord, d’accord, j’y suis pas allé. J’ai pas d’alibi, est-ce une preuve ?

-Non… Mademoiselle, pourquoi avoir menti sous serment ?

-Je… Je…

-Il vous a menacé ?

-N… Non…

-Pourquoi avoir menti ?! Vous êtes tenu de répondre !

-Procureur Aoeste, dit l’épéiste, n’intimidez pas ainsi le témoin.

-Je… Groumf.

-Laissez tomber, dit M. Ytho. Vous avez joué, vous avez perdu.

-Quoi ? Je viens de mettre à jour un faux témoignage et j’ai perdu ! Vous…

-Procureur Aoeste ! Cria l’épéiste, calmez-vous ou je vous condamne pour outrage à la cour et je vous expulse de cette salle d’audience !

-T’es dans quel camp ?

-Je n’ai pas de camp, je suis un juge ! »

Aoeste serra les poings.

« Soit. J’ai prouvé que vous pouviez être ici, je vais prouver que vous y étiez bel et bien.

-Comment ?

-… »

Aoeste s’énerva. Cet homme mentait comme il respirait. Comme il serait plus simple de le tuer d’un coup d’épée comme le Seigneur-croc le ferait.

« Où étiez-vous lors du crime ?

-Je ne répondrais pas à cette question. »

C’était fini. Aoeste ne voyait plus de moyen de gagner ; Il espéré un miracle, un enfant qui dirait ‘C’est le monsieur de tout à l’heure’ ou n’importe quoi du genre.

« Bon, dis l’épéiste. Monsieur Ytho, je proclame le non-lieu faute de pr…

-Objection ! Cria Aoeste, il ment, il est coupable ! Pourquoi avoir fournit un faux mobile ? Pourquoi avoir fait preuve d’un faux témoignage ? Pourquoi ne pas nous dire où il était il y a une heure ?

-Objection rejetée.

-Objection !! S’époumona encore Aoeste.

-Rejetée.

-Ob…

-Rejetée.

-Intervention !!

-Rej… Quoi ? »

Le Seigneur-Croc apparut, sépara la foule par sa présence.

« Je fais une intervention impériale. Monsieur Ytho, je vous donne l’ordre absolu et incontestable de nous dire ce que vous faisiez lors du crime. Si vous ne répondez pas, vous serez inculpé de trahison envers la patrie et vous serez condamné à mort.

-C’est un abus de pouvoir !

-La justice à n’importe quel prix. »

Il grogna.

« Je n’ai aps d’alibi, j’étais dans la rue à flâner. »

L’empereur afficha un sourire cruel, puis alla taper amicalement l’épaule d’Aoeste.

« Il est cuit. Je vais à la capitale voir le roi. Salut. »

Aoeste ne comprit pas. Alors l’empereur lui chuchota brièvement quelque chose puis partit.

« Monsieur Ytho. Le Seigneur-Croc vient de me remettre un papier sur lequel est écrit toutes les informations que vous avez soutirées en torturant ce pauvre homme. Vous comptiez le donné à un gang raciste, hein ?

-Ce… Bafouilla-t-il comme écrasé par la présence de l’empereur. J’avoue tout, c’est le gang qui m’a obligé ! C’est eux ! »

Il désigna trois personnes dans l’assemblée.

« Salaud ! Crièrent-ils. On va te faire la peau ! »

L’épéiste dégaina et gela sur place les intervenants.

« Je vous retire le droit de vous déplacer.

-Merci votre horreur. Fit Aoeste avec un sourire vainqueur.

-Honneur !

-Monsieur Ytho, ce papier… N’Existe pas. Vous vous en êtes débarrassé je pense. De plus, nous sommes au royaume d’Okeud, pas à Koljeizer. Le Seigneur-Croc n’avait nullement le droit de vous donner cet ordre. Si vous aviez refuser, il n’aurait rien fait. C’était du bluff. Mais vous vous êtes trahis. »

Il éleva la voix.

« Monsieur Ytho, pour avoir pactisé délibérément avec un gang raciste illégal, et pour ce tatouage. Deux ans de prison.

-Objection !

-L’heure n’est plus aux objections. Fit l’épéiste.

-Pour avoir menti à la cour et avoir menacé un témoin pour qu’il mente, quatre ans de prison. »

Aoeste lui lança un regard hautain.

« Et pour avoir pratiqué la torture et le génocide sur des personnes innocentes, plus faibles que vous, pour un prétexte absolument irrecevable…

-A vie ?

-Non. A mort. »

Aoeste dégaina et le frappa, mais l’homme esquiva. L’épéiste attaque à son tour et jeta la surface du sol. Les deux autres combattants glissèrent et tombèrent. Aoeste enfonça sa masse dans la glace pour prendre appuie dessus et se releva. L’épéiste, sans glisser, comme s’il avait marché sur de la glace toute sa vie, le rejoignit.

« Repose en paix. »

Ils abattirent tous deux leurs armes. La glace disparut, et ils se tournèrent vers les trois membres du gang encore prisonniers.

« Vous allez passer devant le tribunal. Vous avez droit à un avocat, et vous avez le droit de garder le silence. Tout ce que vous direz pourra et sera retenu contre vous. »

 

Le Seigneur-Croc était à Trachéom, sur le trône, le nez sur un rapport qu’il ne lisait pas.

« Seigneur ?

-Hum… ? Amirale ?

-Vous étiez où, hier ?

-J’étais au château.

-Vous avez des valises sous les yeux, et la garde vous a cherché pendant une heure. Vous êtes aller aider Aoeste, hein ?

-Non. Vous avez pas de preuve. Vous ne pouvez pas m’inculper. »

Il s’effondra sur son rapport. Etant aussi souple qu’une poutre, la douleur le réveilla.

« Allez vous coucher, fit Kiérol. Vous en avez besoin.

-Je dois lire ce rapport.

-Vous le tenez à l’envers. Laissez-moi faire. »

Elle lui prit des mains et le lut à toute vitesse.

« La tour de garde a besoin de réparer une meurtrière suite à sa destruction accidentelle. Par mesure de sécurité, je ferais envoyer un architecte pour vérifier les fondations, des fois que le choc provoqué ait altéré sa stabilité.

-Rzzz… »

L’amirale prit la cape de l’empereur et la mit sur lui, puis fit évacuer et verrouiller la salle.

 

Aoeste et l’épéiste avait démantelé le gang, et sans sa néfaste influence, la ville retrouvait un peu de sa sérénité.

« Pff… Déjà le matin. »

Aoeste se leva péniblement. Il se tint droit en utilisa sa masse comme une canne. Soudain, la porte s’ouvrit violement et l’envoya valser à terre. C’était l’épéiste.

« Spèce de givré.

-Aoeste, je dois aller réglé un problème personnel. Tu te débrouilleras tout seul. Si on commence à t’emmerder à cause de moi, dis que j’ai déserté. Je suis de retour d’ici une semaine. »

Il referma la porte.

« Qu… Quoi ? Mais c’est pas vrai ! »

Il se remit sur pieds. La chambre de l’épéiste était déjà vide, à l’exception sur boxon qu’il avait laissé derrière lui. Aoeste soupira.

« Va falloir que je le ramène, à défaut, l’aider à régler son problème au plus vite. »

Il alla voir les autres gardes.

« Eh, vous savez où l’autre givré est partit ?

-Il a prit un carrosse en direction des Pics Gelés, à 20km vers le sud. C’est super haut, il doit avoir quelque chose à faire au pied de ces montagnes, parce que les escalader avec pour seul équipement une armure et une épée, c’est du suicide.

-Faut que je le rattrape !

-Prenez un cheval. Je vous confie Solstice, un excellent destrier. Vous le rattraperez rapidement.

-Merci ! »

Aoeste arriva en furie dans les écuries et enfourcha Solstice.

« Allez, yah ! »

Le cheval se cabra et l’éjecta d’un mouvement brusque.

« Mais… Qu’il est con ce cheval ! »

Ledit cheval s’approcha d’Aoeste, et le renifla. Il le fixa un moment dans les yeux, comme pour juger son âme. Puis il souffla bruyamment, et fit signe à Aoeste de monter.

« … C’est quoi ce canasson ? »

Il l’enfourcha et prit au triple galop.

 

L’épéiste était seul dans le carrosse, il n’adressait pas la parole au conducteur. A ce rythme, il serait arrivé dans deux heures. Il s’allongea pour se détendre, la main sur le manche de son arme. Il pensait. Soudain, il entendit :

« Espèce de givré !! Tu m’entends ?! »

Il se redressa et regarda par la fenêtre.

« Mais quel abruti celui-là ! Carrossier, semez-le !

-C’est comme si c’était fait. »

Le carrosse accéléré d’un coup. Les chevaux étaient excellents. Mais celui d’Aoeste semblait encore meilleur, car il gagnait encore du terrain. L’épéiste monta sur le toit et frotta le sol de son épée. De la glace apparut et le cheval d’Aoeste perdit l’équilibre. Mais il se rattrapa. En abordant un virage, il courut sur le mur pour éviter la glace. Sa vitesse était phénoménale.

« Plus vite ! »

Les deux véhicules accélérèrent. Le carrosse traversa un pont. L’épéiste frotta encore le sol avec, et la glace fit s’effondrer le pont. Seul lui était passer.

« Salut, gros naze !! »

Aoeste renonça et fit signe à son cheval de s’arrêter. Mais le destrier continua droit vers le vide.

« Mais qu’il est con ! Mais qu’il est con ce cheval !! »

Le destrier bondit. Aoeste crut mourir. Mais non, sa monture avait bel et bien réussit à sauter 30 mètres de vide.

« Sa suffit ! Cria l’épéiste. Tu ne me suivras pas, même si je dois te tuer ! »

Il projeta des sphères de brume bleu azur, qui gelaient tout sur leur passage. Sans qu’Aoeste ne fasse quoi que ce soit, son cheval les évita avec dextérité, puis remonta jusqu’au niveau de l’épéiste.

« J’t’ai rattrapé ! Aller, arrête-toi ou je détruis ton carrosse !

-Il gèlera en enfer avant que je t’accepte dans mon voyage ! »

Il fit un geste pour frapper le cheval d’Aoeste, en vain, mais cela lui fit perdre de la vitesse.

« Rempart de l’hiver ! »

Un immense mur de glace empêcha Aoeste d’avancer. Cette fois, son destrier s’arrêta. Il n’était même pas essoufflé. Aoeste frappa de sa masse le mur, ne le fissurant même pas.

« Saleté ! »

Il insista, mais ce mur était solide. A force d’effort, il parvint à passer tant bien que mal. Mais non seulement le trou qu’il avait fait ne pouvait pas laisser passer son cheval, mais en plus, il avait perdu la trace de l’épéiste. Il aperçu un peu plus loin un village d’où s’échappait de la fumée. Mais la neige devenait omni présente, et ce n’était pas un terrain praticable pour une monture.

« Solstice, rentre à l’écurie, je continue seul. »

Le cheval hennit en signe d’approbation, puis fit tranquillement demi-tour. Aoeste soupira, vanné. Cette course poursuite lui avait donné du fil à retordre. Et il n’avait pas gagné.

 

 

L’empereur se réveilla. Il venait de faire le pire des cauchemars. Sa femme était de retour. Réveil difficile. Il se leva et regarda la salle du trône, vide et plongée dans l’obscurité.

« Gardes ! »

Deux soldats entrèrent et ouvrirent les volets.

« Je me suis endormi… Tsss… »

Il fit quelques mouvements dans le vide pour bien se réveiller. Il avait visiblement assez dormit pour tenir toute la journée. Il mit sa cape et sortit. Il croisa le maréchal Aomushni.

« Monseigneur.

-Salutations. Quoi de neuf depuis que je me suis endormi ?

-Hum, je ne sais pas si c’est une bonne idée de vous le dire. Cela vous troublerez et cela ne servirait probablement pas à grand-chose.

-Dites toujours.

-‘L’épéiste’, comme on l’appelle, a déserté son poste. Et Aoeste est partit à sa poursuite. Mais ils ont fait du bon boulot.

-… Super ! Je vais les éventrer. Tenez-moi au courant s’ils rentrent.

-Bien reçu.

-Sinon, autre chose ?

-Voyons… Non. Mais vous avez encore une pile de rapport.

-C’est pas vrai !

-Vous devriez demander de l’aide. Un secrétaire, si vous voulez. Je peux vous recommander nombre d’officiers tout à fait dignes de confiance.

-Et vous leur faites confiance ?

-Je ne fais confiance à personne, à part vous. »

L’empereur fit une mine énervée.

« Et votre famille, cela va de soi.

-Je préfère. Je vais y réfléchir. Bon, comment je vais m’occuper aujourd’hui ? »

Le maréchal partit, incapable de résoudre ce genre de problème.

 

Aoeste arriva dans le village qu’il avait vu. La neige était peu épaisse, mais notable en mi-automne. Il interpela un policier, ou quelconque représentant de l’ordre.

« Excusez-moi, je cherche un… Euh, un mec avec les cheveux long et gris, mais jeune. Il a une épée et une armure bleu sombre. Il est arrivé en carrosse, ça vous dit quelque chose ?

-Oui, je vois de quel personne vous parlez, il est bien passé ici. Il est descendu dans cette rue, et il est partit droit vers le nord, en direction de l’Eglise. Il avait l’air de connaitre le coin.

-Et y’a quoi par là-bas ?

-Un quartier de la ville et une falaise très abrupt. Impossible à escalader, il n’ira pas plus loin.

-Merci.

-Je vous en prie. Dites-moi, que faites-vous ici, étranger ? »

Aoeste remarqua que les autres personnes avaient le teint bien plus pâle, certainement en raison du froid de la région. A coté d’eux, il revenait d’un mois de vacances à la plage.

« Ce type est un déserteur, je suis venu le chercher.

-Un déserteur ? Quelle était sa fonction ?

-Agent de l’ordre et de la justice, plus bas dans la vallée. On a rétablit l’ordre comme on pouvait.

-Vous êtes des justiciers, en somme ?

-Hum, oui. On y est aller parce qu’on nous en avait donné l’ordre, mais on lutte pour le bien et les pitits oiseaux.

-Et qui vous a donné cet ordre ?

-Le S… Je ne peux pas vous le dire.

-D’accord. Bon, M. Le Justicier, vous pourrez peut-être nous rendre un fier service. Un type fait des ravages, plus hauts dans la montagne. Bon, nous en s’en fout parce qu’il descend jamais si bas, mais si vous pouviez nous en débarrassé, on aurait moins de réfugié, et puis c’est ça, ‘Lutter pour le bien’.

-Et je le trouve où ?

-Pas la moindre idée, allez dans les villages plus haut, ils vous le diront. »

Aoeste salua et partit. Il alla vers l’Eglise, comme selon les indications. Il entra dans ledit bâtiment, en pleine messe. Personne en armure, pas d’armure posée quelque part. L’épéiste n’était pas ici. Aoeste ressortit. Il se balada dans le quartier assez peu fréquenté, e qui rendait ses recherches plus faciles. Il s’arrêta à un boucher.

« Excusez-moi, vous n’auriez pas vu un type en armure, cheveux blancs et long, avec une épée ?

-Oui, mais j’ai oublié. Si vous m’achetiez quelque chose…

-Qu… Bon, de toute façon, j’ai la dalle. Une poitrine de bœuf, 1kg s’il vous plait.

-15 pièces d’or.

-Un peu cher. »

Il paya.

« Le mec dont vous parlez est aller sur votre droit, dans l’impasse, là. Soit il est dans une maison, soit il a monté le mur en marchant à 90°. »

Il explosa de rire. Aoeste ne sourit même pas, mais remercia l’homme et partit à la recherche de son compagnon.

 

Assit sur un banc, Aoeste mangeait son morceau de viande cru.

« ‘Foiré d’givré. Il est où ce… »

Il proféra une chaine d’injure appris à l’orphelinat. L’orphelinat. Elisa… Il se ressaisit. Comme pour se changer les idées, il regarda le ciel. Il vit la falaise, bien un kilomètre de haut à la verticale. Même pas une plante. Il se leva et frappa calmement la falaise pour se changer les idées. Un morceau de roche de décrocha.

« Mais… C’est quoi cette pierre ? C’est pas solide du tout ! »

Il insista. Sous une légère couche de roche fragile se trouvait une autre couche, qu’il jurerait incassable.

« Bon, bah on s’en fout en fait. »

Il remarqua une encoche faite avec une arme, une lame probablement. Puis une autre, et d’innombrable encoche l’une au-dessus de l’autre.

« Non, c’est pas possible d’escalader un truc pareil ! Non… Mais quel enfoiré ! »

Il fit demi-tour et demanda à un passant.

« Y’a quoi, là-haut ?

-Oh, une forêt. Y’a aussi une énorme maison, presque un château, genre manoir, style gros batiment.

-Oui, oui, et donc ?

-Il est inhabité, enfin, personne n’est allé vérifier. Et encore plus loin, à une bonne dizaine de kilomètre, il y a un autre village. »

Aoeste hocha la tête.

« Y’a un moyen d’y aller ?

-Oui, il y a une route qui fait le tour de la montagne en grimpa, un bon jour de marche. »

Aoeste n’avait pas le temps de faire le tour. Il devait escalader cette saleté de falaise.

« Quelqu’un ici vend du matériel d’alpinisme ?

-Pas du tout, personne n’est assez frapadingue pour tenter une ascension.

-Bon. Merci pour les renseignements. »

Il prit deux poignards et escalada un peu la falaise pour tester la méthode. C’était efficace, mais il lui faudrait quelque chose pour grimper aussi avec les pieds. Il fixa donc solidement des lames devants ses semelles, pour pouvoir les planter dans la roche friable. C’était valable, et on pouvait escalader comme ça. Mais un kilomètre, c’était fatiguant. Et tomber revenait à mourir. Il commença l’escalade.

 

 

L’empereur était dans sa chambre, à son bureau. Déjà c’était rare. Mais il écrivait quelque chose.

« Hum… Comment je pourrais l’appeler ? L’escadron de la mort ? Non, trop sinistre. La meute de la loi ? Bof. L’escadron de la justice ? Nul. Le bras armé de la justice ? Trop classique. »

L’amirale toqua.

« Seigneur, y’a une pile de rapport plus grand eque moi qui vous attend dans la salle du trône.

-Brûlez-la, j’en ai marre des rapports qui disent jamais rien d’intéressant !

-Euh bon. Vous faites quoi ?

-Je concocte une unité spéciale chargé de faire régner la loi, mais qui, contrairement à la garde ou l’armé, aura pour seule but de traquer les criminels et de les tuer, sans aucune forme de procès.

-c’est pas un peu dur ? Grimaça l’amirale.

-Hum, si, un procès. Mais ils sont chargés de faire respecter la loi là où la loi elle-même est impuissante. En somme, transgresser la loi pour mieux la servir. Exercer la justice en dehors du cadre de la loi. Parce que, faute de preuve, ou faute de témoin, on peut pas arrêter quelqu’un sans un mandat de perquisition ou autre. Ils sont là pour combler les failles de notre système de justice.

-C’est intéressant. Un commando d’élite ?

-Le commando de la justice !… Non c’est nul. J’arrive pas à trouver de nom.

-… L’armé du courroux ?

-Mouais.

-La jugement de Damoclès.

-Hum, bof.

-Je sais pas trop. »

 

Aoeste continuait son ascension. Il était presque au sommet.

« Ne pas regarder en bas, ne pas regardez en bas. »

Il mit une main sur le rebord, puis deux, et se hissa enfin.

« De la terre horizontale, enfin ! »

Il s’assit pour récupérer.

« Un… Un intrus !! »

Aoeste releva la tête, c’était une femme en tenue de domestique, visiblement terrorisée par sa simple vue.

« Euh, du calme.

-Kyaaaa !! »

Elle partit en courant. Aoeste regarda en bas, puis détermina un chemin à suivre pour arrivé au manoir dont on lui avait signifié l’existence.

« Hum, un peu près par là… Plus à gauche… »

Il s’enfonça dans la forêt. Il jura contre les arbres, s’aperçu qu’il n’avait pas tracé un chemin, et réalisa qu’il était perdu.

« Que faites vous ici ! Lui dit soudain une femme en robe longue.

-Euh, je cherche un… Un déserteur. »

Il se demanda pourquoi il se donnait tant de mal pour ce type.

« Il a les cheveux longs et gris, assez jeune, en armure bleu foncé…

-Mon fils ?

-Qu… Votre fils ?!

-Vous n’êtes pas le bienvenu en ces terres ! En plus, vous avez fait peur à une de mes servantes. »

Aoeste s’inclina en signe d’excuse.

« Pensez bien que ce n’était pas mon attention. Puis-je m’entretenir un moment avec votre fils ?

-Vous… Vous avez gravit la falaise pour vous entretenir un moment ?

-Euh… Oui. Je ne me savais pas aussi stupide. Quoique le Seigneur-Croc m’étriperait si je n’étais pas parti à sa poursuite.

-Le Seigneur-Croc ?

-Ah ! J’en ai trop dis !

-Je vois. Le légendaire Seigneur-Croc, l’homme qui n’a jamais de préjugé. L’homme pour qui… Soit, venez.

-Je… J’vous remercie. »

Il la suivit dans un manoir.

« Donc, votre fils… C’est le givré ?

-Le quoi ?

-Euh ! Non ! Il m’a pas dit son nom, alors je l’appelle comme ça. Vous voulez pas me dire comment il s’appelle ?

-Non.

-… D’accord. »

Il entra dans le manoir.

« Bon, fit la femme, que veux-tu à mon fils ?

-Déjà qu’il m’explique pourquoi il a déserté.

-Il est ici parce que lui a demandé.

-Mais pourquoi il ne me dit jamais rien ?

-C’est comme ça. Notre famille a toujours était comme ça. »

La servante surgit de derrière le canapé d’Aoeste.

« Je vous sers quelque chose ?

-Wouah ! Qu’est-ce que vous faites là ? Vous m’avez fait peur !

-C’est vous qui faite peur. »

Elle se blottit contre sa maitresse, qui lui caressa les cheveux comme on caresse un chien.

« Sa famille est à notre service depuis 18 générations. Le sang qui coule dans ses veines est d’une rare dévotion. »

Aoeste ne comprit pas le rapport avec le sang et la dévotion, mais hocha la tête.

« Et le g… Votre fils, vous pouvez me dire où il est ?

-… Le village tout près d’ici est souvent attaqué par… Un on-ne-sait-quoi. Mon fils est allé regler le problème..

-Vous êtes donc du village ? Vous êtes quoi, le maire ?

-Nous sommes… Ca ne te regarde pas. »

Aoeste soupira et se leva. Il remercia courtoisement pour l’invitation et fit demi-tour. Il tomba alors sur une armoirie qu’il avait déjà vu.

« Ce truc… J’ai étudié ça à l’orphelinat.

-Ce n’est rien ! Va-t-en !

-La croix… La lignée maudite. »

 

« Je te chasse d’ici ! Va-t-en ! Je ne veux plus te voir !

-C’est pour ça… Que vous vivez reculé de tout ? Cette marque antique et honnie. »

Il se retourna et arracha la manche de la robe à la femme. Sous son avant-bras, la croix gammée à trois branches était bel et bien présente.

« Comment oses-tu…

-Votre destin est cruel. Vous payez pour l’erreur d’un autre. D’un parent, mais pas la votre. La population est vraiment stupide de croire que vous êtes mauvaise à cause d’un parent mort il y a plus d’un millénaire !

-Tu… Ne me juges pas là-dessus ?

-Je n’en ai pas le droit. Ce n’est pas votre faute si vous avez cette marque. C’est comme vous punir parce qu’un inconnu vous a fait tomber, c’est absurde. Votre nom de famille… Est Gaeh ?

-Oui. Et alors ?

-Vous n’êtes pas mauvais. Je m’en vais de ce pas porter secours à votre fils.

-Arthémis. C’est son nom. »

Aoeste mit sa masse sur son épaule.

« J’y vais. »

Il fut mené par la servante jusqu’à une montagne dont le sommet était remplacé par un cratère, tel un volcan.

« Arthémis est là-haut. Bonne chance. »

Elle fit demi-tour. Aoeste monta la pente pourtant très inclinée, et arriva en haut. Il assista alors a la scène suivante.

 

Un homme visiblement âgé était assis devant un feu de camp, une lame d’épée brisée à coté de lui. Arthémis, l’épéiste comme on l’appelait, approcha.

« C’est toi qui commets tout ces ravages ?

-… Oui.

-Il est tant de payer.

-… Peut-être. »

Il dégaina une hache à deux mains.

« Viens te battre.

-Pourquoi ? Demanda l’épéiste. Pourquoi tuer tout ces gens ?

-Pour la lame. Pour la reforger. Je ne sais pas comment il faut faire, mais je sais qu’il faut de l’énergie. J’ai pensé que l’énergie de la vie suffirait. Regarde, la rouille est partie d’elle-même, et la lame est tranchante. »

Il posa la lame et chargea. Arthémis para tant bien que mal, mais cet homme avait une force colossale.

« Istasin ? Demanda l’homme. Le destin irrévocable. Le destin se trompe toujours. Les choix ont toujours raisons. »

Une rafale hurlante s’abattit sur l’homme. Il commença à être gelé sur place. Arthémis en profita pour tenter de porter un coup mortel.

« Ca ne sera pas… Si simple ! »

Il para au dernier moment et frappa de sa hache dans le ventre de l’épéiste. L’armure se fissura, et il fut légèrement blessé. D’un seul coup et malgré sa protection.

« Cycle du froid : Le tombeau de glace ! »

Un bloc de glace apparut autour de l’homme, si vite qu’il ne put réagir.

« Cycle du froid : Le froid de la tombe ! »

De la neige et encore plus de glace vient sceller le tombeau.

« Cycle du froid : Le réveil prématuré ! »

La glace se fissura d’un coup, cassant comme du verre les muscles de sa victime.

« L’hiver impitoyable ! »

Il planta son épée dans le le bloc, l’enfonça dans le ventre de l’homme. Soudain, il se réveilla et dit en soufflant de la buée.

« Pas mal… Ta puissance va reforger la lame ! »

D’une main, il serra si fort le poignet d’Arthémis qu’il lui brisa, détruisant le brassard au passage, et laissant paraître la marque maudite. De puis, l’épéiste était entravé du bras gauche.

« La marque… Quelqu’un d’aussi mauvais… Doit périr ! »

Aoeste bondit.

« Objection !!! »

Il frappa de sa masse la tête de l’homme dans un bruit sourd. Il s’éloigna en trébucha.

« Ouah la chute ! Tin j’ai mal aux mains ! »

Il reprit son arme et tracta son allié vers lui.

« Bon sang, Aoeste ! Qu’est-ce que tu fous là ?!

-Tais-toi, givré ! Qu’est-ce qui se serait passé si j’étais pas venu ?! J’croyais que t’étais super fort ! Tu m’as explosé lors du tournoi, et là tu perds ?!

-Mais si moi je peux pas le battre, tu feras rien !

-P’etre, mais un justicier, ça laisse pas les autres dans la mouise ! »

Leur ennemi se releva.

« Bien bien bien… Quel courage. Dommage que ce soit de l’inconscience.

-Il est en quoi ce mec ? J’ai frappé comme une brute ! »

Aoeste chargea de nouveau. L’homme saisit la masse à pleine main et la brisa sans effort.

« Oh… Mince…

-De l’énergie pour la lame ! »

Il la ramassa et la planta dans le ventre du jeune guerrier.

« Je suis pas… Encore mort ! »

Aoeste fut repoussé. Mais il se releva et retira la lame, et la prit en main.

« Tu comptes te battre avec moi, avec une lame sans manche ?

-Un héros, ça obandanne jaimas… »

Aoeste commençait à perdre conscience à cause de l’hémorragie. L’homme frappa sans force sur Aoeste, qui para l’attaque .La lame lui rentra dans les paumes des mains et il hurla de douleur.

« Tu es ridicule. »

L’homme se dirigea vers Arthémis. Une parade, deux parades, et Istasin vola à l’autre bout du cratère.

« Bon, tu es à ma merci. Je n’ai plsu qu’à récupéré la lame sur le cadavre de ton ami.

-C’est pas mon ami.

-Je ne suis pas… Mort… »

Aoeste s’effondra, à bout. L’homme s’approcha de lui. Soudain, Aoeste se releva, en transe. Il ne voyait que de la fumée, comme par le passé. Il vit ARthémis, à terre, une épaisse fumée l’entourait. C’était le signe d’une certaine puissance. Mais son adversaire en dégageait bien plus. Toujours armé de sa lame, il avança le dos droit, comme si il avait avalé un lampadaire.

« Rends-moi la lame, cadavre. »

Aoeste frappa avec la lame nue, et brisa la hache avec laquelle l’homme avait paré. L’énergie se déversa dans la lame, elle devint plus tranchante. Des runes apparurent. Et enfin, le manche se matérialisa, issue de nulle part ailleurs que de l’énergie dégagée par Aoeste.

« Comment… Elle est reforgée ! Elle est à moi ! »

Aoeste reprit un semblant de conscience.

« Pour tes meurtres répétés, tu es condamné… A la peine capitale. »

Il frappa et explosa ce qui restait de la hache, l’armure, la chair et les os de son adversaire. Aoeste n’avait fait que donner un coup sans force, d’une main. Avec une arme exceptionnelle et une puissance d’un niveau rarement vu. Le combat était fini, la transe disparut, Aoeste tomba. Arthémis grogna d’avance, le sourire aux lèvres.

« Enfoiré. Et qui va te porter, hein ? C’est Bibi… »

 

 

De retour au manoir Gaeh, Arthémis déposa Aoeste sur la table. Sa mère lui prodigua les premiers soins et  rapidement, Aoeste reprit conscience.

« … Arthémis ?

-De ? De quoi ? Maman, tu lui as dis mon nom !

-Hu hu, c’est un homme bon et juste. Tu n’as pas à le cacher devant lui.

-Eh, Aoeste, t’es avec nous ?

-Je… Gémit-il. Je t’ai jamais vu si détendu.

-… Ben on a gagné et je suis chez moi, forcément… Et puis j’ai pas à me justifier. Tiens, l’épée qui s’est recomposée dans tes mains. Moi je m’approche pas d’une arme aussi bizarre. »

Aoeste la prit et la posa sur son ventre.

« Ca vous dérange si je reste un moment pour récupéré ?

-Bien sur que non. Répondit la femme.

-Cette épée… Je vais l’appelé ‘L’incrimination’. »

Arthémis lui tendit un bouclier.

« Cadeau.

-Hum… Un objet de défense. Ce sera… Le Blanc-comme-neige.

-J’aime pas beaucoup.

-Il est de votre famille. La famille Gaeh. Il est blanc comme neige. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Promotion fulgurante

 

Le Seigneur-Croc était sur son trône, à attendre.

« Depuis combien de temps ce crétin d’Aoeste et ce givré d’épéiste sont partis ?

-Deux semaines, Seigneur. Répondit le maréchal.

-Et ma femme, et revient quand ?

-Dans un mois.

-J’vais peut-être aller cherche ces deux boulets, hein.

-Ils vont revenir. Certifia l’amirale. L’épéiste, je sais pas, mais Aoeste forcément. Ici, y’a la fille qu’il aime. Et vous, il vous respecte énormément. Il reviendra.

-Toc toc. Fit une voix derrière la porte.

-… Entrez. »

La porte s’ouvrit et Aoeste entra. Il avait une armure moyenne, ni légère ni lourde. Elle était gris acier, et rayé comme si on l’avait lavé avec du papier de verre. Il avait l’Incrimination dans la main droite, et le Blanc-comme-neige dans la main gauche.

« Ben t’es de retour ? »

Aoeste fit un signe de tête, s’arrêta, et se tourna à 90° vers Incivius.

« … Quoi ? Dit ce dernier.

-Incivius. Vous êtes inculpé du meurtre de mes parents, d’abus de pouvoir et de détournement de fond.

-Je rêve ! Dégage gamin ! »

Il le frappa de sa masse et Aoeste bloqua le coup de son bouclier, comme si c’était une plume.

« Que plaidez-vous ? »

Il dévia de son épée le nouveau coup d’Incivius, et ce avec facilité, puis le fit tomber à genou.

« Que plaidez-vous ?

-Non-coupable, maintenant arrière gamin ! »

Il voulut ce relever mais Aoeste le repoussa d’un coup de pied.

« De nombreux témoins affirment que vous leur avez soutiré des impôts, hors il n’y en a aucun. Expliquez-vous.

-Va te…

-Irrécupérable. »

Aoeste para un coup, puis frappa le buste d’Incivius de son bouclier, lui coupa de souffle. Il esquiva une nouvelle attaque, recula et dit :

« La prison du froid ! »

Un bloc de glace se forma aux pieds d’Incivius, le maintenant bloqué. L’empereur était soufflé.

« Maréchal, dit-il, Incivius, il est fort ?

-Assez, disons que c’est un général moyen. Et Aoeste… Un élève. Et il ne le bat pas… Il l’écrase. »

Aoeste reprit.

« Alors, les impôts ?

-J’avais reçu des ordres !

-De qui ?

-De… De l’amirale Kiérol ! »

La femme grimaça de surprise. Personne ne crut un instant au mensonge.

« De tous ceux qui sont plus gradés que, vous, c’est bien elle la moins suspecte. Le maréchal, noble comme il est, ne peut avoir donné cet ordre. Quand au Seigneur-Cro,c pourquoi aurait-il abolit les impôts pour en collecté de manière détourné ? Incivius, vous êtes désormais accusé de parjure en plus de n’avoir aucune excuse.

-Ce… C’est pas femme ! »

L’empereur craqua des doigts.

« T’es pas marié.

-C’est ma maîtresse, mais c’est pas officiel voila tout !

-Son nom ?

-Euh… Je sais pas. »

Un rire parcourrut la foule.

« Incivius, pour meurtre, abus de pouvoir, détournement de fond et mensonge à la barre, vous êtes par la présente condamné… A mort. »

Il regarda l’empereur, celui-ci fit un signe de tête affirmatif.

« Aoeste a gagné dans un tribuanl, aussi improvisé soit-il. Incivius, tu es quelqu’un de mauvais. Même s’il t’épargnait, je te tuerais moi-même. »

Aoeste rengaina.

« Je t’accorde la clémence de la cours, tu es condamné à la prison à perpétuété.

-Objection, dit l’empereur. Moi je marche pas comme ça. Incivius, pour ton incroyable mépris de la vie humaine et de mon autorité, et pour avori salit l’uniforme de général et le drapeau de notre nation, je te condamne non seulement à mort, mais également au supplice. »

Le Seigneur-Croc enfonça directement ses mains dans le buste du général immobilité et arracha les cotes une par une, jusqu’à retiré toute la cage thoracique.

« J’te souhaite une bonne agonie. Personne n’a le droit de lui venir en aide, jetez-le juste dans un cachot pour le peu de temps qu’il lui reste à vivre. »

Avec un visage aussi neutre qu’avant, l’empereur continua.

« Aoeste, tu as fait de grand progrès. Je vais te grader.

-Je vous remercie.

-Tu seras désormais connu sous le nom de généralissime Aoeste Okrepin !

-Généralissime ?! Crièrent Aoeste et le maréchal Aomushni.

-Oui et oui. Marécha, un problème ?

-Ce morv… Cet enfant, plus gradé que moi !

-J’ai pas envie de le nommé maréchal et vous généralissime, j’ai trop l’habitude de vous appeler maréchal. Puis ça vous va bien comme titre. Vous resterez plus grand stratège du pays, pas de panique.

-… J’ai un supérieur autre que l’empereur…

-Où est passé votre retenue mon vieux ? Souriez ! »

Tout le monde applaudit.

« Bon, Aoeste, je vais te confier une nouvelle unité. Le nom est… J’ai pas encore choisi. Mais tu seras chargé d’exercer la justice en dehors du cadre de la loi. Je t’expliquerais tout ça en détail. Tu…

-Excusez-moi, mais j’aimerais aller voir Elisa. »

L’empereur vit une grimace en pensant qu’elle avait déjà un petit ami t que ce n’était qu’une manipulatrice haïssable.

« … D’accord, généralissime. »

 

 

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